Ets Moreau : du sillon de la bett e rave au nettoyage des plages Ets
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Ets Moreau : du sillon de la bett e rave au nettoyage des plages Ets
* F177-32 33 REUSSITE 28/10/2005 09:34 Page 1 La réussite, une stratégie Ets Moreau : du sillon de la betterave au nettoyage des plages En pleine mondialisation, alors que la politique agricole commune engendre bien des modifications tant dans la production que dans la commercialisation des cultures, les Ets Jean Moreau essaient de garder leur spécificité dans le machinisme agricole : la conception et le développement de matériels de récolte de produits en terre. Une activité et un savoir-faire séculaires dans le Cambrésis qui sortent peu à peu les Ets Moreau de la crise en tablant sur la reprise du marché et de nouveaux débouchés. l faut transformer ses échecs en expériences. En d’autres termes, il ne faut pas se laisser abattre et tirer la leçon des difficultés que nous réserve la vie. A Noyelles-sur-Escaut, un petit village rural du Cambrésis, faire le dos rond : on connaît. Le siècle dernier s’est terminé dans la tristesse et le début du nouveau millénaire en 2001 n’a pas réservé que des bons moments. La récession économique qui a suivi la crise russe, les perspectives de la nouvelle politique agricole commune (PAC) et les attentats américains ont laissé leurs empreintes chez Moreau. Pertes de marchés à l’exportation, baisse des investissements agricoles, problèmes financiers, allègements des effectifs : c’est le dépôt de bilan. I Renaître Rien de bien réjouissant d’autant que dans le milieu agricole, on est fataliste. Vivant au gré de la météo et habitué aux caprices du temps, 32 Etienne Jette, PGD du Groupe Moreau FACE - NOVEMBRE2005 - N° 177 le caractère est forgé et, contre les éléments de Dame Nature, cent fois sur le métier, il faut remettre son ouvrage. “Nous avons fait le dos rond et le faisons encore en attendant que l’horizon soit totalement dégagé”, explique Etienne Jette, P-dg du Groupe Moreau, une entreprise familiale qui s’est transmise depuis quatre générations au gré des héritages ou des mariages. Le groupe Moreau veut donc repartir de l’avant et essayer de faire de son rebond une réussite dans sa spécialité les arracheuses de racines en terre - betteraves, pommes de terre, endives, oignons, carottes etc. - avec une seule ambition en tête : être à la hauteur de Jean-Baptiste, l’ancêtre qui a tracé le sillon de l’entreprise. Les Etablissements Moreau ont été fondés en 1890, l’année de naissance du Général de Gaulle, un autre nordiste. L’ancêtre, maréchal-ferrant à deux pas du clocher du village a eu une idée de génie : il a mis au point la première décolleteuse deux rangs à couteaux rotatifs. En plein pays de la culture betteravière, c’est une aubaine. Alors que dans les villes, les usines de l’ère industrielle attiraient les paysans vers des sorts qu’ils pensaient être meilleurs, Moreau offre aux cultivateurs le dernier cri de la technologie agricole qui soulage l’homme, augmente la productivité et évite d’avoir recours à une main d’œuvre en peau de chagrin. Finies les heures à essayer de dégager les betteraves dans le froid automnal : la machine fait désormais le plus dur. Depuis, les Ets Moreau vont jalonner leur histoire par des dépôts de brevets, des conceptions de machines de plus en plus perfectionnées pour arriver aujourd’hui à la dernière née de la gamme Lexxis, une nouvelle arracheuse de betteraves automotrice de 11,72 m de long, 3,43 de large et de 3,93 de haut à quatre roues motrices et quatre roues directrices. Agriculture et environnement De la conception à la construction, chaque machine frôle les 250 000 euros. Comme l’industrie automobile La conception et la réalisation de ces immenses machines qui frôlent les 250 000 euros pièce ressemblent finalement à ce que l’on rencontre dans nos grandes usines automobiles régionales. Aujourd’hui, les constructeurs sont devenus des assembleurs et des vendeurs laissant à leurs équipementiers la fourniture, voire la conception, des multiples pièces composant le véhicule. Chez Moreau, c’est à une moindre échelle la même chose. Des milliers de composants de ces grosses machines arrivent de la sous-traitance “sauf, précise Etienne Jette, que la conception est totalement faite dans notre bureau d’études et que Moreau assure tout, de la conception au service après-vente”. C’est d’ailleurs logiquement par le bureau d’études qu’il vous convie à commencer la visite. Car on a beau être au cœur de la ruralité, chez Moreau on est fier aussi de sa matière grise : “La moindre pièce de notre matériel est conçue dans notre bureau d’études et nos ingénieurs et techniciens vont sur le terrain rencontrer les utilisateurs de nos machines pour constamment améliorer le matériel. Etre à l’écoute, le service : c’est ce qui fait la diffé- rence avec nos concurrents. 24h/24 et 7J/7 en ce moment pendant la campagne betteravière, nous sommes joignables et pouvons intervenir en France comme à l’étranger”. Le bureau d’études est un mélange de modernité et de tradition où se côtoient le dernier cri de la CAO (Conception assistée par ordinateur) qui sert à concevoir les pièces des machines et permet de visualiser en “3 D” près de 40 000 références, mais aussi la planche à dessin, ultime instrument nécessaire au technicien pour coucher sur le papier la pièce rare et difficile à conceptualiser sur un ordinateur : “Pour des pièces spécifiques, voire uniques, les logiciels ne peuvent pas toujours remplacer notre savoir-faire, la mémoire de l’entreprise et l’expérience du terrain”. Une technicité qui sert à anticiper les besoins de la clientèle qui se concrétise dans un hangar où sont testés des prototypes ou par la formation du personnel et des clients qui auront à piloter le matériel. Le reste des ateliers rassemble les différents métiers nécessaires à l’ensemble des drôles de machines rouges ou bleues. : mécano-soudure, hydraulique, électricité, électronique, mécanique, peinture etc., sans compter la remise en état du matériel d’occasion car, comme dans l’automobile, il n’y a pas de ventes neuves sans reprise. “Même si les marchés à l’exportation renforcent l’activité française, il faut songer sans cesse à la nouvelle donne économique”, explique pour sa part Muriel Caille. Dans cet univers, plutôt masculin, où il faut se fournir dans la métallurgie et vendre au monde agricole, c’est une femme qui occupe les fonctions de directeur général. La nouvelle donne, au-delà de la progression des charges et de la complexité des règlements et des normes, c’est l’évolution du secteur betteravier, le plus gros marché de l’entreprise cambrésienne qui interpelle Etienne Jette : “2005 est une année charnière car la surface dédiée à l’éthanol a doublé. La France, pays betteravier par excellence, bat des records mondiaux de rendement de 12 tonnes sucre blanc à l’hectare alors que les quotas sont redistribués et le monde des sucreries s’est singulièrement restructuré”. Des perspectives de marchés s’ouvrent également dans le secteur de l’environnement. Une nouvelle stratégie est déjà mise en place depuis les événements douloureux du début du siècle. Moreau possède une activité principale : l’agriculture. L’entreprise s’est engagée dans des productions complémentaires : le ferroviaire en sous-traitance pour les industriels de la région avec la réalisation de grandes pièces de caisse de voiture TER2N (trains régionaux à 2 niveaux) et surtout dans l’environnement depuis 2003. Moreau a ainsi innové en lançant le “Tamistar”, un nouveau cribleur et nettoyeur de plage qui a fait preuve de son efficacité sur les plages de l’Atlantique, et notamment de la baie d’Arcachon, souillées par le pétrole du Prestige. “Le coût des carburants et de l’eau nous a déjà contraints à inclure des données écologiques dans la conception de nos machines agricoles. Mais il faut réfléchir plus largement dans la direction de l’environnement et notre savoir faire technique peut être mis au service du nettoyage de la terre. C’est aussi notre devoir de citoyen de penser à la planète qu’on laissera demain à nos enfants”. De nouveaux sillons se prof ilent ainsi pour l’entreprise cambrésienne qui rejoignent ceux foulés 115 ans plus tôt par un modeste maréchal-ferrant de Noyelles-sur-Escaut ! ● Fiche signalétique ● ETS JEAN MOREAU Siège : 59159 Noyelles-sur-Escaut (près de Cambrai).Sur 6 ha dont 3 ha couverts PDG : Etienne Jette DG : Muriel Caille Capital familial + SIPAREX Chiffre d’affaires : 15 millions d’euros Activité : machinisme agricole (arracheuses de betterave s ) ,n e t t oyeuses de terre ou de plage, matériel ferroviaire en sous-traitance Effectifs groupe : 100 salariés dont 89 chez Moreau Agriculture à Noyelles-sur-Escaut. Sous-traitance : fait travailler indirectement 60 salariés Implantations : Noyelles-sur-Escaut (Moreau Agriculture),Maizy dans l’Aisne (CAPAGRI) et une filiale en Ukraine Exportation : présent dans 27 des 33 pays producteurs de betteraves à sucre : en Angleterre, Ukraine, Croatie et Serbie, 80 % des surfaces emblavées sont arrachées par Moreau. ■ Philippe HOCHART FACE - NOVEMBRE2005 - N° 177 33