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L’Encéphale (2013) 39, 165—173 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com journal homepage: www.em-consulte.com/produit/ENCEP MÉMOIRE ORIGINAL Évaluation des croyances et des attitudes d’une population tunisienne de proches de patients atteints de schizophrénie Assessing beliefs and attitudes of relatives of patients with schizophrenia: A study in a Tunisian sample S. Bouhlel ∗, S. Ben Haouala , A. Klibi , M. Ghaouar , L. Chennoufi , W. Melki , Z. El-Hechmi 416, rue El Maari Msaken, 4070, Tunisie Reçu le 13 décembre 2010 ; accepté le 4 avril 2012 Disponible sur Internet le 12 juillet 2012 MOTS CLÉS Schizophrénie ; Famille ; Croyances ∗ Résumé Introduction. — Plusieurs études s’intéressant aux croyances populaires sur la schizophrénie ont montré que les explications psychosociales et biologiques sont prédominantes dans les pays occidentaux alors que dans d’autres cultures les causes surnaturelles sont plus fréquentes. Qu’en est-il des types de croyances en Tunisie ? Objectifs. — Les objectifs de ce travail étaient de décrire les attitudes des proches ainsi que leurs croyances au sujet des causes, des symptômes et des moyens thérapeutiques de la schizophrénie. Méthodes. — Un total de 91 proches de patients atteints de schizophrénie ou de trouble schizo-affectif (DSM-IV) ont été inclus dans cette étude et ont été interviewés à l’aide d’un questionnaire semi-structuré comprenant 27 items. Résultats. — Les parents interrogés ont évoqué des explications religieuses dans 70 cas (76,9 %), magiques dans 43 cas (47,3 %), socioenvironnementales dans 73 cas (80,2 %), biologiques dans 54 cas (59,3 %), familiales dans 49 cas (53,8 %) et héréditaires dans 31 cas (34,1 %). Pour le diagnostic, seuls 15 participants (16,5 %) ont employé le terme « schizophrénie ». Les autres ont employé différents termes dont « la folie » dans 20 cas (22 %). Concernant les moyens thérapeutiques, 87 (95,6 %) proches ont reconnu la nécessité des antipsychotiques et 74 (81,3 %) ont évoqué l’intérêt d’y associer une psychothérapie. Toutefois, 52 (57,1 %) proches approuvaient aussi l’intérêt des tradithérapies dont l’exorcisme des « djinns » dans 13 cas (14,3 %). La croyance en l’efficacité des tradithérapies, l’incapacité à nommer le nom exact de la maladie et la stigmatisation étaient plus fréquentes parmi les classes sociales peu instruites, ayant un faible niveau économique et issues d’un milieu rural. Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (S. Bouhlel). 0013-7006/$ — see front matter © L’Encéphale, Paris, 2012. http://dx.doi.org/10.1016/j.encep.2012.06.012 166 S. Bouhlel et al. Conclusion. — L’établissement de programmes de psychoéducation et de déstigmatisation à l’attention des familles, voire de la population générale tunisienne, est nécessaire. © L’Encéphale, Paris, 2012. KEYWORDS Schizophrenia; Relatives; Opinions Summary Introduction. — Investigating and understanding family member’s causal beliefs and attitudes about schizophrenia is an important step in the management of the illness. They likely influence the family’s help-seeking decisions and affect both adherence with biomedical interventions and social integration of the patients. The aim of this study was to describe Tunisian families’ beliefs about the causes, the symptoms and the treatments of schizophrenia. Methods. — We led a transversal study including 91 relatives of patients with schizophrenia or schizoaffective disorder (DSM-IV). We excluded patients with mental retardation or neurological diseases. For family members, we excluded participants with a history of mental disorders or cognitive impairments. We collected basic socio-demographic data for both patients and relatives. We asked relatives to respond by ‘‘yes/no/I am not certain’’ to a three-part questionnaire including 27 items dealing with causal explanations, symptoms and optimal cures for schizophrenia. Results. — The mean age of the relatives was 49.8 (± 13.7) years; 54.9% were men; 49.4% were parents, 8.8% spouses, 39.6% brothers or sisters; 25.3% had not attended school, 24.2% had attended primary school, 37.4% junior high school or high school and 13.2% had a university degree; 63.7% lived in an urban area; 33% had low economic status and 41.8% reported having another family member with mental disorder. Only 46.2% of participants had asked psychiatrists about the diagnosis of their sick relatives and only 16.5% were able to label the term ‘‘schizophrenia’’. Among the cited etiologies of schizophrenia, religious causes were found in 76.9% of cases, they first cited God’s will or fate and secondly God’s punishment. Magical explanations such as witchcraft and possession by ‘‘djinns’’ were found in 47.3% of cases. The biological causes were cited by 59.3% of participants. The majority of participants (95.6%) proved the need for drugs and 81.3% the utility of psychotherapies. However, 30.8% believed in non-medical practices such as reading Holy Koran verses, charity and exorcism. Significant correlations were found between relatives’ low level of education, low economic status, living in a rural area and supernatural beliefs, traditional practices, stigma and the use of the term ‘madness’. Significant correlations were also found between family history of mental disorders and beliefs on family and hereditary causes. Conclusion. — In this study, opinions and attitudes regarding schizophrenia were related to education level, economic status and geographic origin. Few persons recognized the term ‘‘schizophrenia’’ despite a long contact with the mental health system. This fact points out the need to improve the psychoeducation of family members of persons with schizophrenia. © L’Encéphale, Paris, 2012. Introduction Toute société possède un ensemble cohérent de traditions, de croyances et de coutumes ainsi qu’une conception du monde. La conception de la maladie mentale ne fait pas exception. En effet, les cultures adoptent généralement un modèle explicatif particulier basé essentiellement sur des idées reçues et transmises de génération en génération, dans le but de préserver et protéger la pensée collective consciente et inconsciente contre les phénomènes angoissants tels que la maladie mentale [1]. Ainsi dans les pays développés, les explications étiologiques sont dominées par les causes psychosociales et biologiques alors que dans beaucoup de pays en voie de développement, la croyance en une origine surnaturelle essentiellement magico-religieuse est fréquemment évoquée [1]. L’évaluation des attitudes et des croyances des familles sur les causes et les modes de traitement de la schizophrénie est d’un grand intérêt pour la pratique clinique dans la mesure où la famille constitue le principal support psychosocial pour le patient. Les types de croyances peuvent influencer négativement le projet thérapeutique des psychoses. En effet, les familles, qui ne reconnaissent pas bien la nature psychiatrique des symptômes psychotiques présentés au début de la maladie, risquent de faire tarder le recours aux soins spécialisés et prolonger par conséquent la durée de psychose non traitée [2]. Par ailleurs, ces croyances peuvent influencer aussi le niveau d’expression émotionnelle de la famille ainsi que la compliance aux traitements appropriés [3]. La Tunisie, de part son emplacement stratégique, a été convoitée par de nombreux conquérants (romains, vandales, byzantins, arabes, espagnols, turcs et français) ce qui lui a valu une histoire très riche et une culture pénétrée de traditions orientales et occidentales. L’influence d’une telle situation culturelle sur les représentations sociales de la schizophrénie chez le Tunisien mérite d’être évaluée. Le but de ce travail était de décrire les croyances des proches des patients atteints de schizophrénie ainsi que Croyance et attitude des parents tunisiens de patients atteints de schizophrénie leurs représentations des causes, des manifestations et des moyens thérapeutiques de la schizophrénie. Patients et méthodes Il s’agit d’une étude descriptive et transversale réalisée au service de psychiatrie « F » de l’hôpital psychiatrique universitaire Razi de Tunis. Le secteur géographique de ce service couvre la ville de Tunis et le Cap bon soit près d’un million d’habitants. Les patients qui ont été inclus étaient tous hospitalisés au moment de l’étude pour schizophrénie ou trouble schizo-affectif selon les critères du DSM-IV [4]. Seuls les patients, dont les parents leur ont rendu visite dans le service, ont participé à cette étude une fois que leur consentement informé et écrit a été obtenu. Nous avons exigé également que les parents soient indemnes de tout antécédent de troubles psychiatriques ou d’altération des fonctions cognitives. Nous avons exclu les patients qui avaient un retard mental ou des maladies neurologiques associées. Les différentes données démographiques et cliniques concernant le patient ont été extraites à partir d’un entretien auprès du patient et de sa famille ainsi que de son dossier médical. Le nombre de parents qui ont participé était de 91. Les données sociodémographiques à savoir l’âge, l’origine, le niveau scolaire, le statut professionnel, le niveau socioéconomique, le degré de parenté avec le patient et le fait d’habiter ou non avec lui ont été recueillis. Ils étaient interrogés sur les causes qu’ils estimaient responsables de la maladie de leurs proches, puis interviewés au moyen d’un questionnaire conçu selon notre contexte socioculturel et rédigé en langue arabe. Ce questionnaire comportait 27 items portant sur les étiologies, les symptômes et les possibilités thérapeutiques de la schizophrénie. Les participants étaient invités à répondre aux différents items proposés par « oui », « non » ou « je ne suis pas certain ». Ils étaient encouragés à donner éventuellement d’autres réponses. Ces items ont été regroupés en trois sections. La première section comportait neuf items centrés sur les causes éventuelles de la schizophrénie. Les causes ont été divisées en cinq catégories : la catégorie des causes socioenvironnementales (items : 6, 8, 9) ; la catégorie des causes familiales (item 5), la catégorie des explications surnaturelles (item 4), la catégorie des causes biologiques (items : 2, 3, 7) et héréditaires (item 1). La deuxième section se composait de 12 items qui portaient sur les principaux symptômes de la schizophrénie (items : 7, 8, 9, 11) et la recherche d’une attitude négative du proche à l’égard du patient (items : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12). La troisième section incluait six items s’intéressant aux modalités thérapeutiques de la schizophrénie. Ce questionnaire a été soumis à une phase de pré-test en le passant sur dix proches de patients atteints de schizophrénie de différents âges, niveaux scolaires et économiques. Les questions auxquelles les participants ont eu des difficultés pour répondre ont été discutées et reformulées avec les autres membres de l’équipe. La saisie et l’analyse des données ont été réalisées grâce au logiciel SPSS.11. L’analyse a consisté à générer des fréquences et des moyennes et à les comparer à l’aide de l’analyse de variance Anova et le Chi2 . Le seuil de signification retenu de p a été inférieur ou égal à 0,05. 167 Un total de 86 patients a été recruté. Leurs âges variaient entre 17 et 60 ans avec un âge moyen de 35 ± 10,7 ans. Les patients atteints de schizophrénie étaient au nombre de 66 (76,7 %) dont 39 (45,3 %) avaient une forme indifférenciée, 20 (23,2 %) avaient une forme désorganisée et sept (8,1 %) avaient une forme paranoïde. Ceux qui étaient atteints d’un trouble schizo-affectif étaient au nombre de 20 (23,2 %). La durée moyenne de la maladie de ces patients était de 10,8 ± 8 ans. La durée moyenne de psychose non traitée était de 1,56 ± 1,6 an. Les antécédents familiaux psychiatriques étaient présents dans 41,8 % (n = 38). Résultats Les proches participants à cette étude étaient au nombre de 91. Pour cinq patients, nous avons interrogé séparément deux membres de sa famille. Ces proches étaient dans la majorité des cas un géniteur (n = 45) dont 26 (28,6 %) mères et 19 (20,9 %) pères ou un membre de la fratrie (n = 38 ; 39,6 %) et moins fréquemment un conjoint (n = 8 ; 8,8 %) ou un descendant (n = 2 ; 2,2 %). Ils étaient issus d’un milieu urbain dans 63,7 % (n = 58) des cas et avaient un bon niveau socioéconomique dans 11 (12,1 %) cas, moyen dans 50 (54,9 %) cas et bas dans 30 (33 %) cas. Ils étaient analphabètes dans 23 (25,3 %) cas, de niveau primaire dans 22 (24,2 %) cas, secondaire dans 34 (37,4 %) cas et universitaire dans 12 (13,2 %) cas. Ils habitaient sous le même toit avec le patient dans 84,6 % des cas (n = 77) et étaient tous des musulmans. Seuls 42 (46,2 %) participants se sont informés auparavant sur l’état de leurs proches malades auprès de leurs médecins traitants. Pour le diagnostic, seuls 15 participants (16,5 %) ont employé le terme « schizophrénie ». Les autres ont employé différents termes dont les termes « les nerfs » dans 28 cas (30,8 %), « la folie » dans 20 cas (22 %), « la nervosité » dans 12 cas (13,2 %), « la dépression » dans sept cas (7,7 %) et maladie mentale dans six cas (6,6 %). Les autres étaient incapables de mentionner un diagnostic. Ils ont cité différents symptômes tels que l’agressivité et la peur (n = 3). Les causes évoquées d’emblée par les proches étaient en rapport avec un dysfonctionnement familial dans 25,3 % des cas (n = 23) ; un événement de vie stressant dans 20,9 % des cas (n = 19) et des difficultés sociales dans 32,9 % des cas (n = 30). Dans le reste des cas, différentes causes ont été rapportées tels que la sorcellerie dans 11 % des cas (n = 10), le service militaire dans 2,2 % des cas (n = 2), une fièvre durant l’enfance dans 2,2 % des cas (n = 2), l’abus sexuel dans 1,1 % des cas (n = 1), l’insolation dans 2,2 % des cas (n = 2) et une personnalité faible dans 2,2 % des cas (n = 2). Parmi les 20 causes proposées dans le questionnaire, les proches participant à cette étude ont choisi en moyenne cinq propositions comme étiologies possibles de la schizophrénie. La catégorie des causes surnaturelles à savoir les causes religieuses dans 76,9 % des cas (n = 70) et les causes magiques ont été impliquées dans 47,3 % des cas (n = 43), la catégorie des causes socioenvironnementales dans 73 cas (80,2 %), la catégorie des causes biologiques dans 59,3 % des cas (n = 54), la catégorie des causes familiales dans 53,8 % cas (n = 49) et la catégorie des causes héréditaires dans 168 S. Bouhlel et al. Tableau 1 Les réponses des proches des patients atteints de schizophrénie interrogés dans cette étude aux différents items du questionnaire. Première section : causes de la maladie La schizophrénie est héréditaire La schizophrénie est due à des complications qui ont eu lieu durant la grossesse ou l’accouchement La schizophrénie est due à des perturbations organiques au niveau du cerveau La schizophrénie peut être expliquée par le fait que La personne est possédée par des « djinns » La personne est ensorcelée La personne subit un châtiment de dieu pour un mal commis La personne subit un destin pré arrangé La schizophrénie est due au dysfonctionnement du système familial Personne vivant dans un environnement familial stressant Personne vivant dans un environnement familial très critiquant Personne n’ayant pas vécu avec sa mère ou celle-ci était très froide Personne vivant avec une mère dominante La schizophrénie est due à des difficultés sociales importantes La schizophrénie est due à l’abus de Tabac Alcool Drogues La schizophrénie est due à l’engouement pathologique dans l’un des domaines suivants Les études, le travail La politique La religion Relations interpersonnelles Autres domaines (préciser) La schizophrénie est due à un choc émotionnel Deuxième section : symptômes de la maladie et attitude du proche On ne peut pas faire confiance à un schizophrène On ne peut pas avoir comme ami un schizophrène Le schizophrène est généralement dangereux Le schizophrène doit être protégé et aidé par la société Le schizophrène est embarrassant et est motif de honte pour les membres de sa famille Le schizophrène pense d’une façon égoïste Le schizophrène est très renfermé sur lui-même et préfère rester seul tout le temps Le schizophrène a parfois un discours incompréhensible et incohérent Le schizophrène a une attitude très indifférente à son environnement Le schizophrène est imprévisible Le schizophrène entend des voix que nous ne pouvons pas entendre et voit des choses que nous ne pouvons pas voire Le schizophrène est généralement issu d’un milieu défavorisé Oui Non Je ne sais pas n (%) n (%) n (%) 31 (34,1) 13 (14,3) 56 (61,5) 70 (76,9) 4 (4,4) 8 (8,8) 42 (46,2) 35 (38,5) 14 (15,4) 35 (38,5) 32 (35,2) 17 (18,7) 50 (54,9) 55 (60,4) 72 (79,1) 6 (6,6) 4 (4,4) 2 (2,2) 67 (73,6) 22 (24,2) 2 (2,2) 45 (49,5) 33 (36,3) 46 (50,5) 58 (63,7) 0 0 5 (5,5) 86 (94,5) 0 2 (2,2) 33 (36,3) 89 (97,8) 57 (62,6) 0 1 (1,1) 18 (19,8) 7 (7,7) 5 (5,5) 71 (78) 84 (92,3) 85 (93,4) 2 (2,2) 0 1 (1,1) 18 (19,8) 1 (1,1) 3 (3,3) 19 (20,9) 0 65 (71,4) 73 (78) 90 (88,9) 88 (96,7) 72 (79,1) 0 24 (26,4) 0 0 0 0 0 2 (2,2) 41 44 55 88 21 50 46 36 3 70 0 1 (1,1) 0 0 0 (45,1) (48,4) (60,4) (96,7) (23,1) (54,9) (50,5) (39,6) (3,3) (76,9) 50 (54,9) 66 (72,5) 41 (45,1) 25 (27,5) 0 0 61 (67) 30 (33) 0 73 (80,2) 18 (19,8) 0 77 (84,6) 74 (81,3) 14 (15,4) 13 (14,3) 0 4 (4,4) 48 (52,7) 42 (46,2) 1 (1,1) Croyance et attitude des parents tunisiens de patients atteints de schizophrénie 169 Tableau 1 (suite) Troisième section : Traitements possibles de la maladie La schizophrénie se traite par les médicaments La schizophrénie se traite par les psychothérapies La schizophrénie se traite par un acte chirurgical sur le cerveau La schizophrénie se traite par La lecture du coran « ruqya » Les cérémonies d’exorcisme des « dijinns » Les sacrifices aux saints Les actes de charité La schizophrénie se traite par des extraits de plantes La schizophrénie se traite par d’autres moyens (à préciser) 34,1 % cas (n = 31). Les détails des réponses aux différents items du questionnaire sont indiqués dans le Tableau 1. Concernant l’attitude à l’égard des patients, 55 (60,4 %) proches ont décrit le patient comme dangereux, 77 (84,6 %) comme imprévisible, 41 (45,1 %) comme non digne de confiance, 21 (23,1 %) comme source de honte et enfin pour 44 (48,4 %) d’entre eux le patient ne peut pas être pris pour un ami. Malgré cette attitude négative, la grande majorité des proches (n = 88 ; 96,7 %) ont insisté sur l’importance du rôle de la société dans la protection des patients. Par ailleurs, ils étaient dans la majorité des cas capables de reconnaître les principaux symptômes caractéristiques de la schizophrénie tels que les hallucinations (81,3 %), le détachement de la réalité (80,2 %), le retrait autistique (72,5 %) et l’incohérence du discours (67 %). Concernant les moyens thérapeutiques, la grande majorité des proches ont reconnu la nécessité des antipsychotiques 87 (95,6 %) et 74 (81,3 %) ont évoqué l’intérêt d’y associer une psychothérapie. Toutefois, beaucoup des proches croyaient aussi en l’efficacité des tradithérapies que ce soit par la lecture de versets coraniques (n = 52 ; 57,1 %) ou par la pratique de cérémonies d’exorcisme des « djinns » (n = 13 ; 14,3 %). Par ailleurs, 40 proches (44 %) ont consulté auparavant des tradithérapeutes que ce soit avant de consulter en psychiatrie ou même après. La recherche de corrélations entre les différentes variables sociodémographiques des apparentés et le type des croyances et des attitudes à l’égard de la schizophrénie a montré que les proches instruits (ayant fait plus de six ans d’études) croyaient plus en des causes héréditaires et familiales, avaient une attitude moins stigmatisante en utilisant moins le terme « folie » et en étant moins embarrassés de leur proche malade. Ils étaient également plus aptes à nommer le terme schizophrénie et croyaient moins en l’efficacité des tradithérapies et d’un éventuel traitement chirurgical. Le faible niveau socioéconomique était corrélé à la croyance en des causes magiques et en l’efficacité des tradithérapies ainsi qu’à l’utilisation du terme « folie » et une moindre connaissance du terme schizophrénie. Oui Non Je ne sais pas n (%) n (%) n (%) 87 (95,6) 74 (81,3) 16 (17,6) 52 13 11 47 20 12 (57,1) (14,3) (12,1) (51,6) (22) (13,2) 4 (4,4) 14 (15,4) 55 (60,4) 35 73 77 40 67 78 (38,5) (80,2) (84,6) (44) (73,6) (85,7) 0 3 (3,3) 20 (22) 4 5 3 4 4 1 (4,4) (5,5) (3,3) (4,4) (4,4) (1,1) Les proches issus d’un milieu rural croyaient plus en des causes religieuses et en l’efficacité des tradithérapies et considéraient plus le patient comme étant dangereux. Le genre, le degré de parenté et l’âge du proche n’avaient d’influence ni sur les types de croyances ni sur les attitudes envers cette pathologie. Les proches qui habitaient dans le même foyer avec le patient attribuaient plus que les autres la schizophrénie aux causes socioenvironnementales. Les détails de l’ensemble des corrélations que nous avons trouvées sont résumés dans le Tableau 2. Discussion Les résultats de notre étude montraient une grande disparité ainsi qu’une diversité des causes évoquées, qui se situaient aux antipodes telles que les causes magiques et les causes biologiques. Une telle diversité a été également rapportée dans différentes cultures [2,5—10]. Nous citons en particulier une étude réalisée au Maroc qui a trouvé que 46 % des parents de patients atteints de schizophrénie attribuaient la cause de la schizophrénie à des événements de vie stressants tels que les conflits et les ruptures, 25 % incriminaient la sorcellerie, 23 % l’expliquaient par l’hérédité, 30 % mettaient en cause des perturbations organiques et 25 % évoquaient l’abus de drogues [6]. Prés des trois quarts (76,9 %) des proches interrogés dans notre étude croyaient à des causes religieuses notamment le destin préarrangé et prés de la moitié (47,3 %) croyaient également à des causes magiques telles que la sorcellerie et les « djinns ». Les croyances surnaturelles, quant aux causes de la schizophrénie, semblent également fréquentes dans les autres pays de l’Afrique tels que le Nigeria où les étiologies les plus reconnues par les parents de patients atteints de schizophrénie étaient les causes surnaturelles, puis héréditaires et en dernier lieu les explications médicales et psychosociales [5]. Les familles américaines, d’origine africaine, installées aux États-Unis [10] semblent être elles-aussi influencées par les croyances surnaturelles. En effet, 54,1 % d’entre elles 170 S. Bouhlel et al. Tableau 2 Les variables liées aux croyances et aux attitudes des proches des patients atteints de schizophrénie interrogés dans cette étude. X2 ddl p 7,35 4,86 2 1 < 0,001 0,023 Les causes magiques sont corrélées avec Les antécédents de recours aux tradithérapies Le faible niveau socioéconomique La croyance en l’efficacité des extraits de plantes La croyance en l’efficacité des actes de charité La croyance en l’efficacité des cérémonies d’exorcisme 22 5,3 16,9 7,97 8,49 1 1 2 2 2 < 0,001 0,041 < 0,001 0,019 0,014 Les causes religieuses sont corrélées avec Les antécédents de recours aux tradithérapies L’origine rurale 10,08 9,27 2 2 0,006 0,010 Les causes socio environnementales sont corrélées avec Moins d’antécédents de recours aux tradithérapies Le fait de vivre sous le même toit avec le patient 6,31 4,08 2 1 0,042 0,035 Les causes familiales sont corrélées avec Les antécédents familiaux psychiatriques Le niveau d’instruction secondaire et universitaire La croyance en l’efficacité de la lecture du Coran 3,74 4,8 6,7 1 1 2 0,042 0,023 0,034 Les causes biologiques sont négativement corrélées avec La croyance en l’efficacité des cérémonies d’exorcisme 6,41 2 0,040 5,7 19,63 1 7 0,016 0,06 5,08 1 0,02 L’emploi du terme « folie » est corrélé avec Les antécédents de recours aux tradithérapies L’analphabétisme et le niveau d’instruction primaire Le faible niveau socioéconomique La forme clinique « schizophrénie désorganisée » 5,1 3,45 8,15 30,79 1 1 2 15 0,023 0,054 0,017 0,009 L’emploi du terme « schizophrénie » est corrélé avec Moins d’antécédents de recours aux tradithérapies Le niveau d’instruction secondaire et universitaire Le haut niveau socioéconomique 5,1 3,45 10,56 1 1 2 0,023 0,054 0,05 La croyance en l’efficacité des tradithérapies est corrélée avec Les antécédents de recours aux tradithérapies L’analphabétisme et le niveau d’instruction primaire Le faible niveau socioéconomique L’origine rurale 14,94 7,2 12,9 8,13 2 2 4 2 0,001 0,027 0,012 0,17 La croyance en l’efficacité de la lecture du Coran est corrélée avec L’âge avancé du proche 41 1,73 0,033 La croyance en l’efficacité des actes de charité est corrélée avec L’âge avancé du proche 41 1,85 0,02 2 0,026 Les causes héréditaires sont corrélées avec Les antécédents familiaux psychiatriques Le niveau d’instruction secondaire et universitaire L’item « le patient est source de honte pour son proche » est corrélé avec Les antécédents de recours aux tradithérapies L’analphabétisme et le niveau d’instruction primaire L’item « le patient est dangereux » est corrélé avec L’origine rurale La croyance en l’efficacité du traitement chirurgical est corrélée avec L’analphabétisme et le niveau d’instruction primaire 7,26 Croyance et attitude des parents tunisiens de patients atteints de schizophrénie ont évoqué des causes ésotériques telles que la pollution, l’horoscope non favorable et principalement la possession par un esprit malin. En plus de ces étiologies, 86,7 % des proches ont cité également une ou plusieurs causes biologiques et 63,9 % ont rapporté une ou plusieurs causes familiales. Dans les pays asiatiques tels que le Japon, la Chine et la Malaisie, les familles reliaient la schizophrénie à des causes psychosociales et plus rarement à des causes surnaturelles [7,8,10]. La surreprésentation des causes religieuses dans notre société tunisienne est tout à fait attendue et démontre bien l’influence exercée sur elle par la religion. En effet, la pensée religieuse musulmane, dans une vision fataliste des événements, considère la maladie en général comme faisant partie d’un destin préarrangé auquel on ne peut échapper. C’est également une mise à l’épreuve de la part de Dieu pour tester la sincérité et la force de la foi aussi bien du malade que de son entourage qui doit lui venir en aide. Plus le malade et son entourage sont patients, plus la force de leur foie est solide [11]. Cette pensée fataliste n’élimine pas pour autant les autres modalités causales, que ce soit pour la schizophrénie ou les autres événements de la vie. L’islam a également sa propre représentation de la folie. En effet, le terme le plus souvent utilisé, y compris dans le Coran, est celui de « majnoun » qu’une erreur fréquente conduit à interpréter comme « possédé par les jnouns » alors que le vrai sens de ce terme est « celui dont la raison est voilée » [12]. En ce qui concerne le terme « djinn » : ce n’est pas forcément un démon, mais un être surnaturel, qui peut être bon ou mauvais, croyant ou non croyant. Pour ceux qui croient à la possession, cette dernière peut donc être le fait d’un esprit malin ou bienveillant. Cette définition est en étroite relation avec la sorcellerie dont l’islam reconnaît sa réalité ainsi que celles de la magie, de la voyance, de la divination et de l’astrologie qu’il interdit formellement [13]. Malgré cette interdiction, les pratiques de la sorcellerie subsistent encore à nos jours, principalement en raison de rituels antéislamiques qui imprègnent encore certaines croyances. La pratique en elle-même est semblable à celle en usage dans d’autres cultures. Elle s’apparente à des rites occultes et sataniques, elle consiste en des offrandes et des sacrifices d’animaux destinés au démon, à l’utilisation d’amulettes protectrices, de pentagrammes et d’incantations inintelligibles. Le sorcier, se mettant sous l’égide du diable et des démons, fait appel à des forces du monde de l’invisible dont les mauvais génies afin de lancer ses sortilèges. « Or, il y avait des mâles parmi les humains qui cherchaient protection auprès des mâles parmi les djinns mais cela ne fit qu’accroître leur détresse. » (Coran, 72 : 6) [11]. Ces sorts sont accusés de causer de graves troubles d’ordre physique, relationnel et psychologique mais il est admis qu’ils ne peuvent faire aucun mal sans la permission d’Allah. La sorcellerie n’a d’effet que sur ceux qui ont la foi faible [11]. Cette modalité explicative, se référant à la pensée magique, nous semble bénéfique dans la mesure où elle débarrasse aussi bien le patient que sa famille d’une éventuelle part de responsabilité dans le développement de la maladie. Cette déresponsabilisation pourrait réduire le niveau d’expression émotionnelle intrafamiliale et diminuer le risque conséquent de rechutes [14,15]. Quant à la famille, 171 ce mode d’explication permettra d’atténuer les sentiments de culpabilité de ses membres qui ne se sentiront plus responsables de la souffrance des malades qui leur sont chers [16]. D’un autre côté, il a été démontré dans plusieurs cultures que la religiosité peut constituer pour les aidants naturels de patients atteints de schizophrénie une stratégie de coping assez efficace pour faire face à la charge imposée par la maladie de leurs proches [17,18]. Pour les causes socioenvironnementales, nous rappelons que 80,2 % des proches de cette étude les ont incriminées dans la schizophrénie. Nous pensons que cette surreprésentation est due au fait que les familles ont du mal à faire la part entre les vrais facteurs de stress pouvant déclencher la maladie et les dysfonctionnements psychosociaux qui résultent de la maladie elle-même, surtout dans ses formes insidieuses. Le chômage, la rupture sentimentale, l’inadaptation professionnelle et les difficultés d’accomplissement du service militaire rapportés spontanément par les parents comme une cause de la schizophrénie sont en effet des conséquences fréquentes de la maladie. De même, l’engouement dans la religion ou dans d’autres domaines est plus un symptôme de la maladie dans certaines formes cliniques qu’une véritable cause. Par ailleurs, cette surreprésentation des causes psychosociales pourrait être expliquée aussi par un fonctionnement psychodynamique particulier qui privilégie la projection comme mécanisme de défense permettant ainsi de rendre externe ce qu’on ne peut accepter en soi. Dans ce sens il a été remarqué dans notre étude que les gens qui habitaient sous le même toit avec le patient croyaient plus aux causes psychosociales. Pour les causes biologiques 59,3 % des familles y croyaient malgré le contact de ses familles avec le système de santé mentale qui admet la théorie biologique. Dans les pays occidentaux le nombre de proches qui impliquent les causes biologiques est plus élevé [16]. Cette différence pourrait être attribuée aux différences du niveau d’instruction entre notre pays et les pays développés. Un peu plus de la moitié (53,8 %) des interrogés de notre étude ont attribué la schizophrénie à une cause familiale. Cette attribution causale pourrait correspondre dans la terminologie psychiatrique à la théorie systémique de la schizophrénie. D’ailleurs se sont les participants instruits qui l’ont évoqué. Cette théorie repose sur le rôle « schizophrénogène » de certaines mères, trop permissives ou au contraire trop autoritaires, froides, rejetantes, hostiles, et sur l’absence du père ou au contraire son autorité excessive. Cette théorie met en cause également les perturbations de la dynamique familiale et les anomalies de la communication au sein de la famille, notamment le double-bind [19]. Cette théorie est actuellement largement critiquée, mais les résultats de notre étude montrent que certaines familles y croient encore, du moins en partie. Les causes héréditaires ont été citées par 34,1 % des proches. Ces derniers avaient plus d’antécédents familiaux psychiatriques et étaient mieux instruits. Cette explication ne nous semble pas s’appuyer nécessairement sur des connaissances génétiques spécifiques à la schizophrénie mais basée sur la simple constatation de cas similaires dans la famille comme c’est le cas pour plusieurs autres maladies. Dans la littérature, l’intérêt croissant que les gens accordaient aux causes génétiques viendrait de 172 l’importance de la publicité que faisaient les mass média sur le projet du génome humain et les progrès considérable de la science dans ce domaine [20]. Quant à l’incrimination des toxiques, 19,8 % pensaient que la schizophrénie était induite par le tabac et 5,5 % l’attribuaient aux drogues. Ce dernier chiffre est plus faible que ceux cités dans les autres études. Cela pourrait être expliqué par la rareté de telles conduites dans notre pays [21] due à l’interdiction religieuse morale et légale et surtout aux difficultés financières pour se procurer de telles substances pour ces patients dont les ressources sont limitées. Le fait que seuls 15 (16,5 %) participants à cette étude étaient capables de donner le nom exact de la maladie ne nous paraît pas étonnant. En effet, moins de la moitié des parents 42 (46,2 %) ont déjà reçu des informations claires sur cette maladie auprès des médecins et la moitié avait un faible niveau d’instruction. Ces proches auraient des difficultés à retenir le terme technique désignant cette maladie surtout quand ils ne maîtrisaient pas la langue française. En plus, l’utilisation du synonyme en arabe littéraire n’est pas courante dans le langage des psychiatres tunisiens francophones. Concernant l’attitude de la société à l’égard de cette maladie mentale, dans notre pays et toutes les autres sociétés arabo-musulmanes, l’attitude des gens devrait être plus tolérante du fait de la religion. En effet, l’islam recommande le respect envers les aliénés. Ils ne peuvent faire l’objet d’une sanction ou d’une condamnation et sont dispensés de toutes les obligations religieuses [22]. L’attitude observée dans la réalité n’est pas aussi indulgente du fait de la stigmatisation constatée au niveau de la population générale dans plusieurs pays tels que l’Égypte [23], le Maroc [7], l’Oman [24] et l’Arabie Saoudite [25]. Notre société qui paraît dans cette étude largement influencée dans le degré de sa tolérance de cette pathologie mentale, à la fois par le niveau d’instruction et par le niveau socioéconomique des citoyens ne fait pas l’exception. Ces attitudes doivent être combattues car elles risquent de diminuer la confiance en soi des patients et de précipiter les rechutes [26,27]. Par ailleurs, il nous paraît tout à fait compréhensible que les formes désorganisées de la schizophrénie suscitaient plus l’emploi du terme « folie », la bizarrerie dans cette forme étant frappante. Concernant la prise en charge thérapeutique de la schizophrénie, 57,1 % des interrogés croyaient à l’effet curatif de la lecture du Coran (ruqya). Ce résultat est attendu puisque cette dernière est bien recommandée par la sunna et le Coran. « Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. Cependant, cela ne fait qu’accroître la perdition des injustes. » (Coran, 17 : 82) [11]. Nous remarquons d’ailleurs, dans cette étude que plus le proche avance dans l’âge plus il croit aux effets bénéfiques de la lecture du Coran et des actes de charité dans le traitement de la schizophrénie, comme ci la force de la foi se renforçait avec l’âge pour faire face à l’angoisse d’une mort qui s’approche de plus en plus. Les proches qui croyaient aux causes magiques croyaient plus en l’efficacité des tradithérapies, notamment l’exorcisme ainsi qu’aux extraits de plantes et ont eu plus d’antécédents de recours à ce type de thérapie. Il paraît ainsi évident, que quand une personne croit aux S. Bouhlel et al. causes magico-religieuses, elle va chercher le remède auprès des marabouts et des guérisseurs. Ces derniers vont se charger des « djinns » ce qui peut atténuer le sentiment d’angoisse, de menace ou de danger qui envahit le patient, en expliquant la maladie par une intervention malveillante, dirigée contre un corps ensorcelé, ce corps qui reste inséparable du contexte culturel et social [28]. Notre étude confirme aussi un raisonnement tout à fait logique dans la mesure où une personne mettant en cause les facteurs socioenvironnementaux et biologique ne pensera pas aux tradithérapies mais plutôt aux psychothérapies et aux traitements biologiques. Toutefois, certains proches peu instruits et en l’absence d’une connaissance exacte des causes biologiques précises de la schizophrénie ont admis la chirurgie cérébrale comme traitement possible de la schizophrénie. Enfin, le niveau d’instruction, le niveau socioéconomique et l’origine géographique (rurale ou urbaine) chez les tunisiens semblent déterminants puisque les gens les plus défavorisés croyaient plus aux tradithérapies, connaissaient moins le terme schizophrénie, et adoptaient une attitude plus négative vis-à-vis de leur proche souffrant de schizophrénie. Dans la littérature, l’influence du niveau d’instruction sur les croyances et les attitudes a été également notée [2,3,16,17,29—32]. Notre étude relève certaines limites méthodologiques. La première critique est en rapport avec l’utilisation d’un questionnaire non validé. Notre choix se justifie par le fait que tous les questionnaires existants dont le « Family opinion Questionnaire » n’ont pas été validés dans des cultures arabo-musulmanes qui se distinguent des pays occidentaux par leurs spécificités culturelles et religieuses, influençant les croyances et la perception de la maladie mentale. Par ailleurs, nous signalons que cette échelle dans le cadre d’un travail de validation en population allemande, n’a pas pu être utilisée dans sa version originelle et a nécessité le changement de certains items [33]. La deuxième critique est en rapport avec l’échantillon dont la taille est réduite et ne représente pas l’ensemble de la population tunisienne. Conclusion La majorité des parents tunisiens de patients atteints de schizophrénie de cette étude ont retenu les causes socioenvironnementales et religieuses comme causes possibles de la schizophrénie. Venaient par la suite, les causes biologiques et familiales puis les causes magiques et enfin les causes héréditaires qui étaient plus fréquemment citées par ceux qui avaient des antécédents familiaux de troubles psychiatriques. Par ailleurs, sur le plan thérapeutique, ils rejoignaient leurs semblables dans les autres cultures occidentales en ce qui concerne la reconnaissance de la nécessité des traitements pharmacologiques et des psychothérapies. Il ressortait aussi que les croyances en des causes surnaturelles, en l’efficacité des tradithérapies, l’ignorance du nom scientifique de la maladie et la stigmatisation étaient plus fréquentes chez les classes sociales peu instruites, ayant un faible niveau économique et issues d’un milieu rural. Ces données doivent inciter le personnel médical et paramédical à mieux communiquer avec ces familles afin de Croyance et attitude des parents tunisiens de patients atteints de schizophrénie corriger leurs croyances et de leur expliquer les traitements les plus adaptés à cette pathologie. Ces interventions psychoéducatives pourraient être optimisées par des programmes de psychoéducation destinés aux familles voir à la population générale du moment où nous n’avons pas encore mis en place dans notre pays de programme de déstigmatisation. Déclaration d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article. Références [1] Kohl FS. Les représentations sociales de la schizophrénie. Paris: Masson; 2006, p. 66—72. [2] Toshiyuki K, Motoichiro K, Robert R, et al. Beliefs about causes of causes of schizophrenia among family members: a community based survey in Bali. Psychiatr Serv 2006;57:1795—9. [3] Wolf G, Pathare S, Craig T, et al. Community attitudes to mental illness. Br J Psychiatry 1996;168:183—90. [4] American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders. 4th ed. Washington DC, USA: American Psychiatric Association; 1994. [5] Adebowale TO, Oqunlesi A. 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