0024 Autre dans l`autisme(1).

Transcription

0024 Autre dans l`autisme(1).
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
L’AUTRE
DANS
L’AUTISME
Vincent
BENOIST1
Reçu
le
30
mars
2011,
accepté
le
10
juin
2011
Résumé
Depuis
la
loi
Chossy,
en
1996,
l’autisme
est
officiellement
sorti
du
champ
des
maladies
mentales
pour
devenir
un
«
Trouble
Envahissant
du
Développement
»,
c'est‐à‐dire
un
handicap
et
non
plus
une
psychose.
Parallèlement,
dans
les
services
de
psychiatrie
l’approche
psychodynamique
n’a
pas
disparu
et,
en
IME,
nombreuses
sont
les
équipes
qui,
dans
leur
pratique
éducative,
tiennent
compte
des
particularités
structurales
du
sujet
autiste
et
qui
prennent
notamment
appui
sur
ses
«
inventions
»
pour
contrer
l’angoisse
Notre
propos,
ici,
est
d’examiner
en
quoi
un
sujet
autiste
est
accessible
ou
pas
à
une
aide
à
la
socialisation,
aux
apprentissages
et
sous
quelles
conditions.
Or
nous
prétendons
que,
de
la
même
façon
que
pour
les
sujets
psychotiques,
c’est
avant
tout
le
statut
de
l’Autre
du
sujet
qui
détermine
les
possibilités
et
les
limites
de
cette
ambition
et,
partant,
les
stratégies
à
adopter.
Nous
nous
proposons
donc
ici
d’examiner
en
quoi
la
structure
de
l’Autisme
est
particulière
et
plus
précisément
en
quoi
elle
est
différente
de
la
structure
de
la
psychose,
c'est‐à‐dire
en
quoi
l’Autre
dans
l’autisme
n’est
pas
le
même
que
dans
la
psychose.
Mots­clés
:
autisme,
TED,
psychose,
structure,
Autre.
The
Other
in
Autism
Summary
Since
the
law
Chossy,
in
1996,
autism
is
officially
brought
off
the
mental
diseases
to
becoming
a
T.E.D,
a
handicap
and
no
more
a
psychosis.
But,
in
psychiatric
services,
the
psychodynamic
approach
didn’t
disappear
and
in
the
specialized
institutions
for
children,
many
teams
continue
to
take
structural
distinctive
features
of
autistic
subject
into
account,
especially
by
leaning
on
“inventions”
to
counter
anguish.
We
try,
here,
to
examine
in
which
condition
an
autistic
subject
is
available
to
access
to
assistance
to
socialisation
and
learning,
and
we
pretend
that,
as
psychotic
subjects,
it
is
first
the
status
of
the
Other
which
decides
the
possibilities
and
limits
of
this
ambition
and,
therefore,
the
strategy
to
adopt.
We
propose
here
to
examine
how
autism
structure
is
different
from
psychosis
structure,
as
the
Other
in
autism
is
not
the
same
as
in
psychosis.
Keywords:
autism,
TED,
psychosis,
structure,
Other.
1
Chargé
de
cours
à
l’IPSA,
UCO,
Angers.
Docteur
en
psychologie
clinique
et
pathologique,
chercheur
associé
au
CERIPSA.
Adresse
:
70,
rue
du
Quinconce,
49100
Angers.
Tel
:
02
41
87
05
38
‐
Courriel
:
mailto:[email protected]
1
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
El
Otro
en
el
autismo
Resumen
En
Francia,
desde
1996,
con
la
ley
«
Chossy
»,
el
autismo
ha
dejado
de
ser
una
enfermedad
mental
para
considerarse
oficialmente
«
un
trastorno
invasor
del
desarrollo
»,
es
decir
una
discapacidad
y
ya
no
una
psicosis.
Al
mismo
tiempo,
en
los
departamentos
de
psiquiatría,
el
enfoque
psicodinámico
no
ha
desaparecido
y,
en
los
centros
medico‐educativos,
muchos
equipos
toman
en
cuenta,
en
su
práctica
educativa,
las
particularidades
estructurales
del
autista
y,
en
especial,
se
apoyan
en
sus
«
invenciones
»
para
contrarrestar
la
angustia.
Proponemos
aquí
examinar
en
qué
medida
el
autista
es
asequible
a
la
ayuda
para
su
socialización,
a
los
aprendizajes,
y
en
qué
condiciones.
Pensamos
que,
al
igual
que
entre
los
psicóticos,
lo
que
determina
las
posibilidades
y
los
límites
de
tal
ambición
y,
por
lo
tanto,
las
estrategias
a
adoptar,
es
el
estatus
del
Otro
para
el
sujeto.
Proponemos
pues
examinar
en
qué
es
especial
la
estructura
del
autismo
y,
más
precisamente,
en
qué
difiere
de
la
estructura
de
la
psicosis,
o
sea,
en
qué
sentido
el
Otro
es
diferente
en
el
autismo
y
en
la
psicosis.
Palabras
clave:
Autismo,
TED,
psicosis,
estructura,
Otro.
Introduction
Depuis
la
loi
Chossy,
en
1996,
l’autisme
est
officiellement
sorti
du
champ
des
maladies
mentales.
Ainsi
les
enfants
ou
adultes
atteints
d’autisme
sont‐ils
désormais
considérés
comme
souffrant
de
«
Troubles
Envahissants
du
Développement
»,
c'est‐à‐dire
d’un
handicap
et
non
plus
d’une
psychose.
Des
hypothèses
génétiques
ou
cognitives
sont
avancées,
comme
«
la
théorie
de
l’esprit
»
(Peeters,
2007),
qui
postulent
l’existence
d’un
trouble
neurologique
empêchant
l’accès
de
l’enfant
au
langage,
à
l’abstraction
et
à
la
possibilité
de
se
représenter
les
affects
de
l’interlocuteur.
Le
2ème
Plan
Autisme
mis
en
place
en
2008
par
la
Ministre
de
la
Santé
Roselyne
Bachelot2
exige
qu’on
fasse
désormais
référence
à
la
CIM
10,
Classification
Internationale
des
Maladies
de
l’OMS,
dans
laquelle
la
catégorie
des
psychoses
infantiles
a
disparu,
pour
être
remplacée
par
le
vaste
champ
des
«
T.E.D.
».
Dans
l’introduction
du
Plan
Autisme,
il
est
notamment
stipulé
qu’
«
il
est
encore
nécessaire
de
démanteler
le
fantasme
qui
sévit
malheureusement
encore
autour
de
ce
handicap,
fantasme
solidement
ancré
dans
certaines
pratiques
médicales
et
fortement
culpabilisant
pour
les
mères.
»
Exit
donc
la
psychiatrie
et
la
psychanalyse
et
bienvenue
aux
«
pédagogies
structurées
»
lesquelles
se
proposent
d’adapter
l’environnement
et
les
techniques
(TEACCH),
de
renforcer
les
comportements
jugés
adéquats
(ABA)
ou
encore
de
proposer
un
type
de
communication
qui
ne
fasse
pas
usage
de
la
langue
parlée
(MAKATON,
PECS).
Parallèlement,
dans
les
services
de
psychiatrie
l’approche
psychodynamique
n’a
pas
disparu
et,
en
IME,
nombreuses
sont
les
équipes
qui,
dans
leur
pratique
éducative,
tiennent
compte
des
particularités
structurales
du
sujet
autiste
et
qui
prennent
notamment
appui
sur
ses
«
inventions
»
pour
contrer
l’angoisse
(objets
autistiques,
double,
ilots
de
compétence).
2
http://www.travail‐solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/PLAN_AUTISME_Derniere_version.pdf
2
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
Notre
propos,
ici,
est
d’examiner
en
quoi
un
sujet
autiste
est
accessible
ou
pas
à
une
aide
à
la
socialisation,
aux
apprentissages
et
sous
quelles
conditions.
Or
nous
prétendons
que,
de
la
même
façon
que
pour
les
sujets
psychotiques,
c’est
avant
tout
le
statut
de
l’Autre
du
sujet
qui
détermine
les
possibilités
et
les
limites
de
cette
ambition
et,
partant,
les
stratégies
à
adopter.
Lacan,
dans
son
article
«
D’une
question
préliminaire
à
tout
traitement
possible
de
la
psychose
»
(Lacan,
1966
:
531‐583),
démontre
que
le
sujet,
en
tant
qu’il
est
représenté
par
un
signifiant
pour
un
autre
signifiant,
est
l’effet
de
l’Autre
en
tant
que
lieu
du
signifiant.
Ce
qui
signifie
que,
pour
qu’un
sujet
advienne,
c'est‐à‐dire
pour
qu’il
y
ait
une
articulation
possible
entre
corps
et
signifiant,
il
y
faut
bien
sûr
une
décision
subjective,
il
y
a
une
part
de
responsabilité
du
sujet
lui‐même,
mais
il
faut
aussi
que
l’Autre
du
sujet
en
tant
qu’il
est
incarné
dans
un
sujet
parlant
offre
à
l’enfant
les
points
d’appui
symboliques
suffisants
pour
la
constitution
de
la
structure.
Cette
structure,
S.
Freud
l’a
symbolisée
par
le
complexe
d’Œdipe
couplé
au
complexe
de
castration.
Lacan,
lui,
fait
référence
aux
travaux
de
Saussure
et
de
Jakobson
pour
logifier
la
structure
œdipienne
–
dont
il
dit
dès
1938
qu’elle
est
contextuelle
(Lacan,
1938
:
23‐84)
–
et
montrer
comment
le
sens
est
soumis
à
des
lois
qui
tiennent
à
la
structure
du
langage.
Le
père
de
l’Œdipe
freudien,
de
cette
façon,
a
la
structure
d’une
métaphore
qui
permet
la
constitution
subjective
quand
l’Autre
du
sujet
–
le
lieu
du
langage
–
contient
cette
métaphore
paternelle
qui
équivaut
à
la
castration
symbolique
freudienne.
L’Autre
est
alors
un
Autre
«
barré
»,
castré,
définitivement
désirant
et
impossible
à
combler.
Tandis
que
l’Autre
du
sujet
psychotique
n’est
pas
castré
et
peut
donc
jouir
du
sujet
qui
le
comble.
Ainsi,
chez
le
sujet
psychotique,
le
fait
d’avoir
affaire
à
un
Autre
non
barré
entraîne
la
persécution
–
parce
que
l’Autre
peut
jouir
du
sujet
‐,
les
hallucinations
–
parce
que
ce
qui
n’est
pas
symbolisé
réapparaît
dans
le
réel
‐,
le
délire
–
comme
tentative
de
guérison
après
un
déclenchement
psychotique.
C’est
cette
dimension
de
l’Autre
persécuteur,
en
l’absence
de
castration
symbolique,
qui
explique
également
l’accès
difficile
à
l’abstraction
–
le
sujet
est
pris
dans
la
chaîne
signifiante
–,
au
savoir,
lequel
est
menaçant
parce
qu'il
est
situé
dans
l’Autre,
et
aux
conventions
sociales,
parce
qu'elles
supposent
la
reconnaissance
d’une
dette
vis‐à‐vis
de
l’Autre.
La
pratique
éducative
doit
tenir
compte
de
ces
particularités.
Dans
l’autisme,
les
difficultés
sont
exacerbées,
parce
que
le
sujet
ignore
le
plus
souvent
–
ou
semble
ignorer
–
la
présence
de
l’éducateur
ou
du
thérapeute,
il
n’est
intéressé
que
par
ses
objets
autistiques,
supporte
difficilement
qu’on
s’intéresse
à
lui
et
est
parfois
pris
de
crises
d’angoisse
telles
–
entraînant
passages
à
l’acte
et
automutilations
–,
qu’on
ne
peut
envisager
un
accueil
collectif
qu’à
la
condition
de
faire
de
nombreuses
entorses
à
la
règle
commune.
Nous
nous
proposons
ici
d’examiner
en
quoi
la
structure
de
l’Autisme
est
particulière
–
nous
suivons
sur
ce
point
R.
Lefort
et
J.‐C.
Maleval
(Maleval,
2009)
–
et
plus
précisément
en
quoi
elle
est
différente
de
la
structure
de
la
psychose,
c'est‐à‐dire
en
quoi
l’Autre
dans
l’autisme
n’est
pas
le
même
que
dans
la
psychose,
plus
exactement
en
quoi
l’Autre
dans
l’autisme
n’est
pas
un
Autre
symbolique,
ce
qui
équivaut
à
dire
qu’il
n’existe
pas.
1
­
L’autisme
:
un
refus
primordial
Dans
sa
définition
de
l’Autisme
Infantile
Primaire
en
1943,
Léo
Kanner
note
que
l’enfant
est
décrit
par
ses
parents
comme
ayant
toujours
été
«
autosuffisant,
agissant
comme
si
personne
n’était
là
»
(Kanner,
1943
;
Berquez,
1983
:
253).
Cet
autisme
n’est
pas
comme
dans
la
schizophrénie
adulte
ou
infantile
«
un
commencement
à
partir
d’une
situation
initiale
présente,
ce
n’est
pas
un
retrait
de
la
participation
à
l’existence
d’autrefois.
Il
y
a
depuis
le
départ
une
extrême
solitude
autistique
qui,
toutes
les
fois
que
cela
est
possible,
dédaigne,
ignore,
exclut
tout
ce
qui
vient
de
l’extérieur
vers
l’enfant
»
(Kanner,
1943
;
Berquez,
1983
:
253).
Cette
solitude,
«
aloneness
»,
se
manifeste
notamment
par
le
fait
que
l’enfant
est
incapable,
entre
le
3
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
quatrième
et
le
huitième
mois,
de
mouvements
anticipateurs
avant
d’être
pris
dans
les
bras
ni
de
mouvements
d’ajustement
pour
s’adapter
à
la
personne
qui
le
porte
(allure
de
poupée
de
chiffons),
«
l’enfant
ordinaire
apprend
pendant
les
premiers
mois
à
ajuster
son
corps
à
la
position
de
la
personne
qui
le
porte.
Nos
enfants
n’étaient
pas
capables
d’en
faire
autant
avant
l’âge
de
deux
ou
trois
ans
»
(Kanner,
1943
;
Berquez,
1983
:
254).
Le
rapport
à
la
nourriture
précise
cette
position
subjective
qui
apparaît
plutôt
comme
un
refus
que
comme
une
incapacité
:
«
chaque
chose
qui
est
rapportée
de
l’extérieur,
chaque
chose
qui
change
son
environnement
représente
une
intrusion
effroyable.
La
nourriture
est
l’intrusion
la
plus
précoce
qui
est
apportée
à
l’enfant,
venant
de
l’extérieur.
(…)Donald,
Paul,
vomissaient
beaucoup
la
première
année.
Barbara
a
été
nourrie
par
sonde
jusqu’à
un
an,
Herbert,
Alfred
et
John
ont
présenté
de
grandes
difficultés
à
être
nourris
depuis
le
début
de
la
vie.
»
(Kanner,
1943
;
Berquez,
1983
:
257)
Pourtant,
il
existe
aussi
des
formes
d’autisme
«
secondaire
»
où
l’enfant
ne
manifeste
aucun
symptôme
dans
ses
premiers
mois
jusqu’à
ce
que,
du
fait
d’une
expérience
vécue
comme
traumatique
–
que
ce
soit
une
hospitalisation,
un
début
de
scolarisation,
une
séparation
d’avec
la
mère
–
l’enfant
entre
dans
une
profonde
période
dépressive,
cesse
tout
contact
avec
l’extérieur
et
présente
à
partir
de
là
un
autisme
typique.
Il
y
eut
ainsi
chez
Birger
Sellin
(Sellin,
1998
:
19)
une
première
période
«
normale
»
jusqu’à
l’âge
d’un
an
et
demi
où
il
est
même
noté
qu’il
commence
à
parler.
Mais
un
séjour
dans
un
jardin
d’enfants
déclenche
bientôt
en
cascade
les
différents
symptômes
du
retrait.
Il
tombe
d’abord
malade
et
pendant
trois
mois
souffre
d’otites
et
de
vomissements
puis
s’enferme
peu
à
peu
dans
un
comportement
où
il
apparaît
comme
terrifié,
ne
supportant
pas
la
vue
des
autres
enfants,
saisi
de
crises
de
cris
inextinguibles.
Birger
s’installe
à
partir
de
là
dans
un
état
autistique
sévère
et
ne
parlera
plus
jamais.
Citons
également
le
cas
de
cette
petite
fille,
née
de
parents
français
à
l’étranger,
bilingue
à
l’âge
de
cinq
ans
qui,
à
la
suite
d’une
première
tentative
de
scolarisation,
déclenche
une
profonde
dépression
qui
la
fait
se
réfugier
dans
sa
chambre
chaque
soir
au
retour
de
l’école
et
qui,
à
partir
de
là,
sombre
dans
un
profond
retrait
autistique
et
cesse
définitivement
de
parler.
Parfois
même
le
déclenchement
se
fait‐il
sans
cause
extérieure
repérable,
ainsi
Emile
qui
est
décrit
par
ses
parents
comme
un
bébé
calme
ne
demandant
rien,
déclenche‐t‐il
subitement
à
l’âge
de
18
mois
des
stéréotypies
ainsi
que
des
comportements
hétéro
et
auto
agressifs
;
vite
angoissé,
il
ne
supporte
plus
la
lumière
trop
forte,
le
mouvement
autour
de
lui
et
refuse
à
partir
de
là
tout
contact
physique
particulièrement
avec
sa
mère
(Teinturier,
2010).
Ce
retrait
secondaire
des
investissements
du
monde
extérieur
pourrait
évoquer
d’autres
formes
de
psychose
infantile
;
cependant,
il
y
a
depuis
l’autisme
primaire
–
enfants
autosuffisants
dont
parle
Kanner
–
jusqu’aux
formes
qui
apparaissent
plus
tardivement
une
parenté
structurale
suffisante
pour
considérer
qu’il
s’agit
d’une
seule
et
même
structure
psychique,
distincte
de
la
psychose.
2­
Autisme
et
psychose
infantile
Retenons
au‐delà
des
symptômes
kannériens
et
de
ce
qui
en
découle
les
précisions
que
F.
Tustin
donne
quant
au
concept
d’objet
autistique
et
ce
que
les
avancées
plus
récentes
de
cliniciens
comme
Rosine
Lefort,
Robert
Lefort
(Miller
J.
et
al.,
2010)
et
J.‐C.
Maleval
(Maleval,
2009)
ont
permis
de
mettre
en
évidence
avec
la
notion
de
double
et
d’absence
d’énonciation.
Nous
y
reviendrons.
4
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
Posons
que
ces
différents
jalons
nouvellement
placés
pour
se
repérer
dans
la
spécificité
de
l’autisme
démontrent
qu’il
s’agit
d’une
structure
différente
de
la
structure
de
la
psychose
telle
qu’elle
nous
est
indiquée
dans
le
premier
enseignement
de
Lacan
à
partir
de
la
forclusion
du
Nom‐du‐père
:
l’Autre
persécuteur
ou
menaçant
de
l’autiste
ne
renvoie
pas
à
l’écriture
de
grand
A
non
barré
à
partir
de
laquelle
Lacan
spécifie
la
condition
du
sujet
psychotique.
Il
y
a
en
effet,
comme
plus
petit
dénominateur
commun
de
l’autisme,
une
position
particulière
du
sujet
à
l’endroit
de
l’énonciation
qui
témoigne
d’un
rapport
tout
à
fait
particulier
au
signifiant
et
à
l’objet
voix.
Or
il
nous
semble
que
le
concept
de
forclusion,
que
ce
soit
du
Nom‐du‐Père
ou
du
S1,
ne
convient
pas
pour
qualifier
cette
position
subjective
parce
que
la
forclusion
lacanienne
est
une
forclusion
signifiante
et
renvoie
donc
à
un
rapport
minimal
au
symbolique
qu’il
n’y
a
pas
dans
l’autisme.
La
question
de
savoir
si
l’Autre
du
symbolique
est
toujours
présent
dès
l’origine
a
déjà
été
abordée
par
Rosine
et
Robert
Lefort
qui
ont
tranché
par
la
négative
dans
le
cas
de
l’autisme.
Ainsi,
dans
un
ouvrage
publié
chez
Navarin
en
2010
(Miller
J.
et
al.,
2010),
au
cours
d’une
interview
accordée
à
M.
H.
Brousse
et
D.
Miller,
Rosine
Lefort
déclare
qu’on
peut
parler
d’entrée
dans
la
psychose
pour
toute
psychose
infantile
mais
pas
pour
l’autisme
primaire
«
qui
est
vraiment
autre
chose.
Dans
son
Séminaire
D’un
Autre
à
l’autre,
Lacan
dit
que
la
première
formation
de
l’imaginaire
chez
un
tout
petit,
c’est
le
«
halo
(…)
de
l’organisme
»
:
l’enfant
sait
qu’il
y
a
un
organisme
à
l’extérieur
qui
va
lui
apporter
ce
qui
est
nécessaire
à
son
propre
organisme.
C’est
en
le
lisant,
il
n’y
a
pas
longtemps
que
je
me
suis
dit
:
«
c’est
l’autisme
primaire.
»
Il
suffit
d’entendre
les
mères
vous
dire
:
«
il
ne
réclame
pas
le
biberon
:
si
je
n’y
pensais
pas,
lui
n’y
penserait
pas.
»
c’est­à­dire
qu’il
est
dans
la
mort,
organisme
développé
sur
lui­même,
il
est
sans
double
–
l’autisme
tout
à
fait
primaire
c’est
cela
:
sans
déclenchement
d’un
appel.
Ces
enfants
ne
savent
pas
qu’il
y
a
un
extérieur
à
leur
enveloppe,
à
ce
qu’ils
sont.
Donc
ils
n’ont
rien
à
demander
»,
et
Robert
Lefort
de
poursuivre
:
«
il
n’y
a
pas
d’Autre
»
(Miller
J.
et
al.,
2010
:
135).
Rosine
Lefort
développe
donc
ici
une
spécificité
de
l’autisme
primaire,
«
sans
déclenchement
d’un
appel
»,
sans
Autre,
mais
également
sans
double,
alors
que
le
double
est
au
contraire
une
des
solutions
que
trouvent
certains
sujets
autistes
pour
pallier
leur
absence
d’énonciation
(cf.
le
cas
de
Donna
Williams
qui
s’invente
des
personnages
imaginaires
par
l’intermédiaire
desquels
elle
réussit
à
faire
bonne
figure
quand
il
s’agit
de
prendre
la
parole
(Williams,
1993
:
155,189,
289).
Hormis
le
fait
qu’il
n’est
pas
dit
que
la
problématique
du
double
n’apparaisse
pas
dans
un
second
temps
dans
l’autisme
primaire,
posons
que
l’assertion
selon
laquelle
«
il
n’y
a
pas
d’Autre
»
définit
la
structure
de
l’autisme
en
général,
depuis
l’autisme
primaire
jusqu’aux
formes
moins
précoces.
Selon
la
définition
que
donne
Lacan
de
la
métaphore
paternelle,
les
symptômes
qui
témoignent
de
la
forclusion
du
Nom‐du‐Père
se
rapportent
à
l’impossibilité
d’une
interprétation
pacifiée
du
désir
de
la
mère,
la
substitution
du
signifiant
du
Nom‐du‐Père
au
signifiant
du
Désir
de
la
Mère
permettant
seule
de
franchir
la
barre
du
sens
et
d’inventer
une
raison
au
fait
que
la
mère
donne
ou
pas
accès
à
l’objet
de
satisfaction,
objet
qui
devient
donc
symbolique
de
l’amour
de
la
mère.
Au
départ,
l’objet
est
réel
et
la
mère
est
symbolique
et
c’est
parce
que
la
mère
qui
était
jusque‐là
inscrite
dans
la
structuration
symbolique
ne
répond
plus
qu’elle
devient
réelle,
ce
qui
est
la
condition
pour
que
l’objet
devienne
à
son
tour
symbolique
et
puisse
permettre
l’accès
de
l’enfant
à
la
problématique
du
phallus
et
de
la
castration.
La
métaphore
paternelle
n’intervient
que
dans
un
troisième
temps
pour
signifier
les
allées
et
venues
de
la
mère
à
partir
5
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
du
moment
où
l’enfant
accepte
qu’elle
ne
soit
pas
complètement
soumise
au
signifiant
de
son
appel.
Lacan
explique
ainsi
comment,
dans
ce
processus
qui
aboutit
au
complexe
de
castration,
l’enfant
a
affaire
dès
l’origine
a
une
mère
qui
participe
de
l’ordre
symbolique
:
«
l’enfant
se
situe
donc
entre
la
notion
d’un
agent,
qui
participe
déjà
de
l’ordre
de
la
symbolicité
et
le
couple
d’opposition
présence­absence,
la
connotation
plus­moins,
qui
nous
donne
le
premier
élément
d’un
ordre
symbolique.
Sans
doute
cet
élément
ne
suffit
pas
à
lui
tout
seul
à
le
constituer,
puisqu’il
faut
ensuite
une
séquence
groupée
comme
telle,
mais
dans
l’opposition
plus
et
moins,
présence
et
absence,
il
y
a
déjà
virtuellement
l’origine,
la
naissance,
la
possibilité,
la
condition
fondamentale,
d’un
ordre
symbolique
»
(Lacan,
1956‐1957
:
68).
Dans
un
premier
temps,
donc,
la
mère,
qui
est
l’agent
de
la
satisfaction
et
de
la
frustration,
permet
l’accès
à
l’objet
réel
parce
qu’elle
«
participe
déjà
de
l’ordre
de
la
symbolicité
»
et
c’est
parce
que,
à
un
moment,
elle
ne
répond
plus
alors
qu’elle
était
jusque‐là
inscrite
«
dans
la
structuration
symbolique
qui
la
faisait
objet
présent­absent
en
fonction
de
l’appel
»
(Lacan,
1956‐1957
:
68)
qu’elle
devient
réelle.
C’est
par
rapport
à
cette
mère
«
réelle
»
que
l’enfant
peut
à
bon
droit
se
poser
la
question
de
son
désir,
c'est‐à‐dire
de
ce
qui
motive
ses
allées
et
venues
et
c’est
là
que
vient
se
loger
la
solution
de
la
métaphore
paternelle,
«
soit
la
métaphore
qui
substitue
ce
Nom
à
la
place
premièrement
symbolisée
par
l’opération
de
l’absence
de
la
mère
»
(Lacan,
1966
:
557).
C’est
cette
mère
«
réelle
»
dans
le
cas
de
forclusion
du
signifiant
du
Nom‐du‐père
qui
devient
l’Autre
Non
barré
qui
détermine
la
position
du
sujet
psychotique.
En
effet,
sans
le
signifiant
du
Nom‐du‐Père
qui
donne
au
Désir
de
la
Mère
valeur
phallique,
ces
allées
et
venues
ne
renvoient
qu’au
caprice,
à
savoir
la
jouissance,
maternel.
Tandis
que
l’enfant
qui,
grâce
à
la
métaphore
paternelle,
interprète
le
désir
de
la
mère
comme
un
désir
orienté
par
le
phallus,
tentera
d’abord
d’occuper
une
position
d’objet
phallique
puis
sera
dans
un
second
temps
débouté
de
cette
position
du
fait
de
son
impuissance,
depuis
cette
place,
à
combler
la
mère.
Il
construira
alors
un
fantasme
qui
orientera
à
partir
de
là
sa
relation
à
un
Autre
castré
et
définitivement
manquant.
Ce
que
nous
voulons
souligner
ici,
c’est
que,
dans
ce
processus,
au
départ,
le
sujet
attend
de
sa
mère
qu’elle
lui
donne
l’objet
propre
à
la
satisfaire.
C’est
cet
objet
que
Lacan,
dans
ce
Séminaire,
nomme
l’objet
réel.
Mais
on
verra
que
le
sens
de
ce
qualificatif
varie
selon
qu’il
désigne
l’objet
que
le
sujet
demande
à
l’Autre
ou
selon
qu’il
désigne
l’objet
–
c'est‐à‐dire
la
jouissance
–
dont
le
sujet
doit
se
séparer
pour
avoir
accès
à
l’Autre.
Dans
la
psychose,
cette
mère
symbolique
qui,
dans
un
premier
temps,
donne
accès
à
l’objet
sans
condition
est
la
matrice
de
la
mère
réelle
en
tant
qu’elle
acquiert
une
véritable
autonomie
par
rapport
au
couple
d’opposition
présence
absence.
Elle
est
alors
à
son
tour,
en
l’absence
de
métaphore
paternelle,
le
creuset
de
l’Autre
réel,
c'est‐à‐dire
de
l’Autre
non
barré
du
sujet
psychotique.
Or,
si
l’Autre
non
barré,
menaçant,
du
sujet
psychotique,
renvoie
à
la
mère
réelle
telle
qu’elle
est
produite
par
sa
non‐réponse
à
l’appel
de
l’enfant,
nous
supposons
que
cette
mère
réelle,
non
tempérée
par
la
métaphore
paternelle,
n’est
cependant
pas
celle
à
qui
le
sujet
autiste
a
affaire.
Cette
mère
réelle
–
dans
la
psychose
–
est
en
effet
déjà
suffisamment
présente
à
l’enfant
pour
qu’il
pâtisse
de
son
absence,
ou
de
la
non‐réponse
à
son
appel,
ce
qui
suppose
que
l’enfant
puisse
articuler
un
appel
à
son
endroit
et
ce
qui
suppose,
encore
en
amont,
qu’il
y
ait
eu
une
identification
minimale
possible
de
cet
enfant
à
sa
mère.
A
propos
du
cas
de
Dick,
présenté
par
M.
Klein,
Lacan,
dans
son
premier
Séminaire,
insiste
sur
cette
problématique
de
l’appel
:
«
ce
dont
il
s’agit,
c’est
que
cet
enfant
n’émet
aucun
appel.
Le
6
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
système
par
où
le
sujet
vient
à
se
situer
dans
le
langage
est
interrompu,
au
niveau
de
la
parole.
Ce
n’est
pas
pareil,
le
langage
et
la
parole­
cet
enfant
est
jusqu’à
un
certain
niveau
maître
du
langage,
mais
il
ne
parle
pas.
C’est
un
sujet
qui
est
là
et
qui,
littéralement,
ne
répond
pas.
»
(Lacan,
1953‐1954
:
99).
Dans
la
psychose,
le
symptôme
est
corrélé
à
une
erreur
ou
une
absence
d’interprétation
du
désir
de
la
mère
et
à
la
persécution
comme
en
étant
la
conséquence
;
alors
que
dans
l’autisme,
si
l’Autre
est
également
menaçant
pour
le
sujet
qui
ne
supporte
aucune
intrusion,
rien
n’indique
cependant
que
ce
soit
pour
la
raison
de
l’interprétation
délirante.
Au
contraire
la
position
très
particulière
de
l’autiste
à
l’endroit
de
l’énonciation
–
que
ce
soit
la
sienne
ou
celle
de
l’Autre
–
pose
la
question
de
savoir
si,
quand
il
se
bouche
les
oreilles,
ce
qu’il
ne
supporte
pas,
c’est
le
sens
ou
la
voix
elle‐même
?
En
d’autres
termes,
est‐ce
le
rapport
au
sens
qui
est
obéré
ou
n’est‐ce
pas
plutôt
le
rapport
à
l’objet
voix
?
3
–
L’objet
autistique
:
F.
Tustin
est
la
première
à
dégager
le
concept
d’objet
autistique
qu’elle
distingue
précisément
de
l’objet
transitionnel
de
Winnicott.
L’objet
transitionnel
est
un
objet
qui
représente
la
mère
et
qui
est
censé
permettre
à
l’enfant
de
symboliser,
et
donc
de
supporter,
son
absence.
Au
contraire,
l’objet
autistique
est
un
objet
qui
ne
vient
pas
de
la
mère
et
l’usage
qu’en
fait
l’enfant
a
peu
de
choses
à
voir
avec
la
symbolisation
du
manque.
De
la
même
façon,
si
le
jeu
du
fort‐da
traite
le
réel
du
désir
de
la
mère
–
c'est‐à‐dire
ses
allées
et
venues
–
,
le
battement
ou
la
rotation
imprimés
aux
objets
autistiques
ne
renvoient
pas
à
l’alternance
«
S1‐
S2
»
qui
s’inscrit
grâce
aux
deux
états
distincts
de
la
bobine
dans
l’espace
et
à
leur
redoublement
dans
le
signifiant
:
le
réel
à
traiter
n’est
pas
du
même
ordre.
Ainsi,
dans
le
rapport
aux
objets
«
inanimés
»,
Léo
Kanner
note
que
«
l’enfant
s’intéresse
à
eux
et
peut
jouer
avec
eux,
joyeusement,
pendant
des
heures.
Il
peut
être
indulgent
avec
eux,
ou
en
colère
contre
eux,
s’il
n’arrive
pas
à
les
adapter
à
tel
ou
tel
endroit.
(…)
Donald
et
Charlie
commencèrent
dès
la
deuxième
année
à
exercer
ce
pouvoir
en
faisant
tourner
tout
ce
qu’il
était
possible
de
faire
tourner,
et
ils
sautaient
en
l’air
de
joie
quand
ils
observaient
les
objets
tourbillonnant
sur
eux­mêmes
»
(Kanner,
1943
;
Berquez,
1983
:
259).
L.
Kanner
note
par
ailleurs
que
lorsque
les
enfants
exercent
sur
leur
corps
un
pouvoir
similaire
à
celui
qu’ils
exercent
sur
les
objets,
on
observe
parfois
la
présence
d’une
forte
satisfaction
masturbatoire.
Le
cas
de
John,
rapporté
par
F.
Tustin,
illustre
cette
observation
:
«
pendant
la
première
séance,
il
demeura
impassible,
passant
devant
moi
sans
me
prêter
attention,
comme
si
je
n’existais
pas,
à
l’exception
d’un
seul
moment
où,
dans
le
bureau,
il
me
prit
la
main
et
la
tira
vers
la
toupie
que
je
fis
tourner
pour
lui.
Là,
pris
d’excitation,
il
se
pencha
en
avant
pour
la
voir
tourner.
En
même
temps,
il
faisait
tourner
son
pénis
à
travers
son
pantalon
et,
de
l’autre
main,
décrivait
des
cercles
autour
de
la
bouche.
»
(Tustin,
1977
:
17)
Il
y
a
connexion
possible
entre
un
objet
autistique
et
un
adulte
ou
un
autre
enfant,
cet
appui
sur
un
double
permettant
au
sujet
d’animer
son
corps
et
de
se
soutenir
en
l’absence
de
toute
identification.
C’est
notamment
au
principe
de
la
«
communication
facilitée
»,
laquelle
permet
à
Birger
Sellin,
progressivement,
de
pouvoir
écrire
sur
un
clavier
d’ordinateur
et
de
rendre
compte,
ainsi,
de
son
expérience
subjective.
A
contrario,
quand
l’objet
autistique
ou
son
prolongement
du
double
est
absent,
le
sujet
se
retrouve
parfois
dans
un
état
d’apathie
et
d’absence
à
l’autre
–
Margaret
Mahler
(Mahler,
1973
:
127)
remarque
ainsi
que
Stanley
«
tombait
»
parfois
dans
une
indifférence
totale.
En
7
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
revanche,
quand
il
se
«
branchait
»
–
en
touchant
le
bras
de
la
thérapeute,
par
exemple,
ou
parce
que
le
mot
bébé
était
prononcé
–
il
passait
d’un
état
d’apathie
à
un
état
d’excitation.
Margaret
Mahler
souligne
que
l’enfant
paraissait
rechercher
très
délibérément
un
tel
stimulus
pour
se
libérer
de
son
état
apathique.
Il
y
a
dans
l’objet
autistique
et
dans
son
prolongement
du
double
une
modalité
de
régulation
de
la
libido
qui
permet
à
la
fois
une
animation
pulsionnelle
du
sujet
et
une
localisation
de
cette
jouissance
pulsionnelle,
rôles
habituellement
dévolus
aux
objets
pulsionnels
que
le
sujet
névrosé
situe
dans
l’Autre
:
objet
oral,
objet
anal,
regard
et
voix.
Cet
usage
particulier
d’un
objet
autistique
spécifique
tient
à
l’absence
originaire
d’un
Autre
qui
participerait
déjà
«
de
l’ordre
de
la
symbolicité
»
(Lacan,
1956‐1957
:
67)
tandis
que
l’Autre
à
qui
le
sujet
autiste
a
à
faire
ne
contient
pas
les
objets
susceptibles
de
localiser
la
jouissance
du
sujet.
4­
Identification
et
statut
de
l’Autre
Pour
que
l’enfant
ait
accès
à
l’objet
de
satisfaction,
il
faut
que
cet
objet
soit
corrélé
à
un
Autre
à
qui
l’enfant
puisse
appliquer
le
couple
d’opposition
présence‐absence.
Si
cette
inscription
est
impossible,
alors
l’enfant
est
confronté
au
vide
c'est‐à‐dire
à
l’absence
de
l’objet.
Dans
l’autisme
primaire,
il
n’y
a
pas
d’appel
à
l’Autre
parce
que
pas
de
manque
de
l’objet.
En
effet,
pour
qu’une
première
réalité
se
constitue,
à
savoir
pour
qu’il
existe
dans
la
réalité
des
objets
à
rechercher,
il
faut
que
l’enfant
les
ait
préalablement
introjectés,
c'est‐à‐dire
qu’il
y
ait
renoncé.
C’est
ce
que
S.
Freud
indique
dans
son
article
«
Die
Verneinung
»
où
le
principe
d’appartenance
précède
le
principe
de
réalité.
Le
fait
que
l’enfant
renonce
à
la
satisfaction
hallucinatoire
et
cherche
l’objet
dans
la
réalité
suppose
que
cet
objet
ait
été
préalablement
perdu
:
«
on
reconnaît
comme
condition
pour
la
mise
en
place
de
l’épreuve
de
réalité
que
des
objets
aient
été
perdus
qui
autrefois
avaient
apporté
une
satisfaction
réelle
»
(Freud,
1925
:
138).
Dans
ses
premier
et
troisième
Séminaires,
Lacan
souligne
donc
que,
pour
Freud,
la
réalité
se
constitue
par
«
la
mise
à
l’épreuve
de
l’extérieur
par
l’intérieur
»
(Lacan,
1955‐1956
:
171)
dans
une
tentative
de
retrouvaille
de
l’objet
perdu.
Le
jugement
d’attribution
établit
une
division
du
bon
et
du
mauvais
et
oriente
la
quête
ultérieure
de
l’objet
du
fait
de
la
constitution
d’un
«
corps
primordial
(…)
déjà
structuré
en
termes
de
signifiants
»
(Lacan,
1955‐1956
:
171).
Il
s’agit
là,
dit
Lacan,
d’une
première
sorte
d’identification
«
qui
précède
l’identification
moïque
»
(Lacan,
1953‐1954
:
82)
et
qui
s’appuie
«
sur
un
processus
d’expulsion
lié
à
l’instinct
de
destruction
primitif
»
:
l’enfant
s’attend
à
rencontrer
d’abord
dans
le
corps
maternel
un
certain
nombre
d’objets
«
qui
peuvent
être
dangereux
pour
lui
(…)
pour
la
même
raison
exactement
que
lui
est
dangereux
pour
eux
»
(Lacan,
1953‐1954
:
96)
;
il
les
rejette
alors
de
ce
qui
constitue
la
première
limitation
de
son
moi.
Pourtant
ils
lui
apparaitront
toujours
menaçants,
parce
que
«
toujours
pourvus
du
même
accent
maléfique
qui
aura
marqué
ses
premières
relations
avec
eux
»
(Lacan,
1953‐1954
:
96)
;
il
les
réintrojectera
donc,
et
portera
son
intérêt
vers
des
objets
moins
dangereux
:
«
Différents
objets
du
monde
extérieur,
plus
neutralisés,
seront
posés
comme
les
équivalents
du
premier
et
leur
seront
liés
par
une
équation
imaginaire.
»
(Lacan,
1953‐1954
:
96).
«
Ainsi
l’équation
symbolique
que
nous
découvrons
entre
ces
objets
surgit
d’un
mécanisme
alternatif
d’expulsion
et
d’introjection,
de
projection
et
d’absorption,
c'est­à­dire
d’un
jeu
imaginaire
»
(Lacan,
1953‐1954
:
96).
8
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
C’est
à
partir
de
là
que
se
constitue
la
réalité
proprement
humaine,
à
savoir
un
monde
constitué
d’objets,
qui
ne
sont
pas
des
objets
autistiques,
au
sens
où
le
sujet
va
chercher
leur
racine
dans
l’Autre,
l’être
humain
étant
«
le
seul
parmi
les
animaux
à
avoir
un
nombre
presque
infini
d’objets
à
sa
disposition
»
(Lacan,
1953‐1954
:
98)
du
fait
de
cette
capacité
à
s’incorporer
symboliquement
les
objets
rejetés
et,
à
partir
de
là,
établir
avec
d’autres
objets
des
relations
de
substitution
imaginaires.
Dans
le
cas
de
Dick,
que
Lacan
examine
peu
après,
ces
relations
de
substitution
ne
se
produisent
pas.
Le
nombre
d’objets
significatifs
à
sa
disposition
est
extrêmement
réduit
:
«
réduit
aux
signes
minima
qui
permettent
d’exprimer
le
dedans
et
le
dehors,
le
contenu
et
le
contenant.
Ainsi
l’espace
noir
est
tout
de
suite
assimilé
à
l’intérieur
du
corps
de
la
mère,
dans
lequel
il
se
réfugie.
Ce
qui
ne
se
produit
pas
c’est
la
conjonction,
c’est
le
jeu
libre,
c’est
la
conjonction
entre
les
différentes
formes,
imaginaire
et
réelle,
des
objets
»
(Lacan,
1953‐1954
:
97).
Ainsi
quand
Dick
va
se
réfugier
à
l’intérieur
du
corps
maternel,
les
objets
n’y
sont
pas.
Il
s'agit
en
fait
pour
Dick
«
d'une
seule
et
unique
identification
primaire
qui
a
des
noms
­
le
vide,
le
noir,
(…)
Il
n’a
de
contact
qu’avec
cette
béance.
»
(Lacan,
1953‐1954
:
83)
5­
L’objet
réel
Si
dans
l’autisme
«
primaire
»
il
n’y
a
pas
d’objet
condensateur
de
jouissance
parce
que
pas
d’Autre,
les
symptômes
kannériens
tels
que
l’autisme
proprement
dit
(aloneness),
c'est‐à‐dire
le
fait
de
se
couper
de
l’Autre,
de
l’ignorer,
ou
l’immuabilité
(sameness)
qui
est
cette
exigence
de
se
maintenir
dans
un
monde
sans
surprise,
témoignent
pourtant
de
ce
que
le
sujet
autiste,
rapidement,
devient
sensible
aux
objets
qui
font
signe
d’une
présence
Autre.
On
a
alors
toute
une
sériation
possible
des
troubles
en
fonction
de
différentes
formes
d’hypersensibilité
sensorielle
:
certains
sujets
ne
supportent
pas
les
bruits
forts,
d’autres
ne
supportent
pas
la
lumière
forte
ou
les
bruits
continus,
etc.,
sans
parler
du
regard
qu’il
est
souvent
impossible
de
croiser
ou
de
soutenir.
Posons
que
le
sujet
autiste
est
alors
confronté
à
l’objet
réel
en
tant
que
cet
objet
est
rival
de
sa
propre
jouissance
dont
il
n’est
pas
séparé
:
l’objet
réel‐jouissance
est
cet
objet
que
Lacan
aborde
dans
son
Séminaire
L’angoisse
(Lacan,
1962‐63
:
379),
dont
J.‐A.
Miller
nous
dit
qu’il
représente
la
matrice
de
l’objet
plus­de­jouir
(Miller
J.‐A.,
2004)
antérieur
à
l’objet
qui,
pris
dans
la
dialectique
de
la
frustration,
devient
le
symbole
de
l’amour
de
la
mère.
En
effet,
par
la
voie
de
l’amour,
le
sujet
a
accès
à
l’objet
agalmatique,
situé
au
champ
de
l’Autre,
qui
provoque
le
transfert,
tandis
que
l’angoisse
situe
précisément
la
place
de
l’objet
cause
du
désir,
en
tant
qu’il
n’est
pas
transformé
par
la
dialectique
de
l’amour
et
de
la
frustration.
Dans
«
Inhibition,
symptôme,
angoisse
»
(Freud,
1926),
S.
Freud
met
ainsi
en
valeur
l’objet
réel‐jouissance,
antérieur
à
l’objet
du
désir,
et
dont
le
paradigme
est
le
sein.
C’est
de
cet
objet
que
le
sujet
doit
se
séparer,
avant
même
que
la
castration
symbolique
ne
l’articule
au
désir
de
l’Autre.
Ainsi,
dit
J.‐A.
Miller,
ce
qui
fait
la
garantie
de
la
chaîne
signifiante,
ce
n’est
pas
Φ
(grand
phi),
c’est
la
jouissance,
en
tant
qu’elle
se
présentifie
sous
la
forme
d’un
morceau
de
corps,
un
condensateur
de
jouissance,
que
le
sujet
va
livrer
à
l’Autre
:
«
pas
un
organe
signifiant,
un
organe
jouissance
»
(Miller
J.‐A.,
2004).
Le
modèle
n’est
plus
ici
celui
de
l’image
de
l’éviration
mais
celui
de
l’image
de
la
perte
et
de
la
séparation.
Ceci
évoque
la
théorie
de
F.
Tustin
lorsqu’elle
situe
l’origine
de
l’autisme
dans
le
traumatisme
de
la
séparation
d’avec
le
sein
maternel.
Elle
pose
en
effet
l’hypothèse
selon
laquelle
l’autisme
est
la
conséquence
de
«
la
perte
de
certains
aspects
de
la
bouche
[du
9
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
nourrisson],
qui,
pour
le
nourrisson,
disparaissent
en
même
temps
que
la
mère
et
le
sein,
lorsque
la
séparation
a
lieu
trop
vite,
avant
que
son
développement
affectif
soit
suffisamment
avancé.
(…)
Quelques
mois
plus
tard,
cette
perte
ne
serait
qu’une
perte
d’objet
sans
perte
d’une
partie
du
sujet.
»
(Tustin,
1982
:
14)
Autrement
dit,
elle
fait
l’hypothèse
que
l’autiste
«
aurait
fait
trop
précocement
l’expérience
de
la
séparation
à
l’égard
de
l’objet
de
sa
satisfaction
pulsionnelle,
de
sorte
qu’il
éprouverait
une
catastrophique
sensation
d’arrachement
de
substance
»
(Maleval,
2010
:
47).
Cependant,
au
contraire
de
F.
Tustin,
pour
Lacan,
ce
n’est
pas
une
question
de
temporalité,
il
ne
s’agit
pas
pour
l’enfant
de
faire
trop
précocement
ou
pas
l’expérience
de
la
séparation
puisque
cela
dépend
avant
tout
de
la
capacité
–
du
consentement
?
–
du
sujet
à
la
séparation
d’avec
un
organe
jouissance
pour
le
livrer
à
l’Autre.
6­
L’énonciation
Le
mutisme
du
sujet
autiste,
ou
son
verbiage,
tiennent
à
ce
qu’Asperger
avait
remarqué
à
propos
de
ses
psychopathes
autistiques,
à
savoir
leur
difficulté
à
articuler
les
affects
et
la
parole
:
«
ils
manquent
d’harmonie
entre
les
affects
et
l’intellect
»
(Asperger,
1998
:
58),
disait‐
il
;
ce
que
confirme
Donna
Williams,
qui
expliquait
:
«
la
solution
que
j’ai
trouvée
pour
combattre
la
surcharge
affective
consistait
à
combattre
pour,
et
non
pas
contre,
la
séparation
entre
mon
intellect
et
mes
émotions
»
(Williams,
1993
:
293)
‐
établissant
ainsi,
selon
elle,
un
diagnostic
différentiel
d’avec
la
schizophrénie.
Ce
refus
d’une
énonciation
tient
à
ce
que
Maleval
identifie
comme
un
refus
de
céder
sur
la
jouissance
vocale,
refus
qui
vient
répéter
le
refus
initial.
Ainsi
la
capacité
d’animation
libidinale
par
un
objet
autistique
alterne
avec
cet
insupportable
de
la
présence
de
l’Autre
vivant
qui
ne
contient
pas
les
objets
susceptibles
de
localiser
la
jouissance
du
sujet.
La
jouissance
pulsionnelle
peut
renvoyer
alors
uniquement
à
l’imminence
de
la
mort
possible,
sans
possibilité
de
la
symboliser.
On
en
voit
une
illustration
dans
l’exemple
suivant
:
dans
un
souci
de
«
normaliser
»
Peter,
un
enfant
autiste
qu’elle
suit
en
thérapie,
Mira
Rothenberg
(Rothenberg,
1979)
rapporte
que
pendant
des
semaines
elle
a
corrigé
son
expression
orale
en
lui
demandant
de
mettre
dans
sa
voix
un
peu
plus
d’énergie
«
pour
être
vivant
quand
tu
parles
»,
lui
disait‐elle.
Elle
constata
qu’il
restait
sourd
à
ce
conseil.
Elle
insista
en
employant
la
même
technique
qu’avec
la
lecture
:
elle
lui
demanda
de
lire
d’une
façon
vivante.
«
Quelque
chose
dans
mes
propos
avait
du
le
toucher,
expliqua­t­elle,
parce
que
je
reçus
un
coup
de
pied
dans
les
tibias
»
(Rothenberg,
1979
:
275).
Elle
continue
pourtant
de
la
même
façon
et
Peter
continue
de
manifester
son
angoisse,
ou
son
désaccord
:
elle
dit
que
«
Peter
se
mit
à
lire
comme
il
frappait,
avec
énergie
et
vitalité
»
(Rothenberg,
1979
:
275),
il
percevait
que
c’était
cela
qui
lui
était
demandé,
il
le
faisait
pour
satisfaire
sa
thérapeute.
«
Un
jour
»,
rapporte‐t‐elle,
«
il
me
lut
une
histoire
avec
une
force
et
une
animation
que
je
ne
lui
avais
jamais
vues
auparavant,
je
m’exclamai
:
c’est
formidable,
c’est
ça
que
je
voulais
dire
».
Terrifié,
Peter
lève
les
yeux
vers
elle,
elle
lui
demande
:
«
qu’y
a­t­il
Peter
?
»
Il
hurle
:
«
parce
qu’après
il
y
a
le
cimetière
!
»
;
«
Après
quoi
?
»
;
«
Quand
vous
êtes
bien
alors
après
il
y
a
une
voie
sans
issue
et
le
cimetière…
»
Et
Mira
Rothenberg
interprète
cette
dernière
phrase
en
supposant
que
Peter
voulait
dire
«
qu’après
avoir
connu
la
vie
il
faut
mourir
»
(Rothenberg,
1979
:
275).
Cette
angoisse
du
vivant
rappelle
également
Donna
Williams
quand
elle
énonce
que
«
la
sensibilité
propre
à
la
sensation
de
vivre
doit
être
repoussée
»
(Williams,
1996
:
180),
raison
pour
laquelle
il
faut
garder
le
contrôle
absolu
de
ses
émotions.
Donner
vie
au
langage
pour
le
sujet
autiste,
nouer
la
jouissance
et
la
parole,
les
affects
et
l’intellect,
c’est
supporter
en
même
temps
la
perte
de
l’objet
voix.
10
Vincent Benoist, International Psychology, Practice and Research, 2, 2011
Il
est
établi,
après‐coup,
par
le
témoignage
de
sujets
autistes
adultes,
que
leur
compréhension
du
langage
est
ancienne
et
que
leur
mutisme
ne
s’explique
donc
pas
par
un
handicap
intellectuel
ou
sensoriel.
Cependant,
leur
pratique
de
la
langue
orale,
quand
elle
advient,
témoigne
de
leur
goût
pour
ce
qui
peut
tenir
à
l’écart
les
équivoques,
que
ce
soit
par
la
pratique
purement
lexicale
et
experte
de
multiples
langues
étrangères
comme
chez
Daniel
Tammet,
ou
par
le
biais
d’une
culture
scientifique
à
propos
d’un
objet
comme
chez
Temple
Grandin
avec
sa
trappe
à
bétail.
Ce
goût
de
certains
sujets
autistes
pour
la
mécanique
du
langage
indique
que
leur
approche
du
symbolique,
leur
confrontation
au
langage,
se
fait
préférentiellement
à
partir
du
code
pour
laisser
de
côté
le
message
qui,
lui,
implique
l’énonciation,
qu’elle
soit
de
l’Autre
ou
du
sujet3.
Dans
la
psychose,
c’est
par
l’intermédiaire
d’une
identification
imaginaire
que
le
sujet
peut
parfois
«
assumer
le
désir
de
la
mère
»
(Lacan,
1955
:
565)
,
ainsi,
dans
le
Séminaire
Les
Psychoses,
Lacan
note
que
le
sujet
psychotique
a
accès
au
signifiant
«
par
une
sorte
d’imitation
extérieure
»
(Lacan,
1955‐1956
:
285).
Même
en
l’absence
d’une
assise
structurale
solide,
il
y
a
donc
un
accès
possible
au
symbolique,
d’une
façon
fragile,
imparfaite,
imaginaire,
qui
permet
cependant
au
sujet
psychotique
un
traitement
du
désir
de
l’Autre.
Dans
l’autisme,
il
n’y
a
pas
d’incorporation
possible
de
l’objet
voix,
parce
que
pas
de
cession
de
l’objet
réel,
de
l’organe
jouissance,
or
:
«
nous
devons
incorporer
la
voix
comme
altérité
de
ce
qui
se
dit.
C’est
bien
pour
cela,
et
non
pour
autre
chose
que
détachée
de
nous
elle
nous
apparaît
avec
un
son
étranger
»
(Lacan,
1962‐1963
:
318).
Au
contraire,
l’autiste
n’est
pas
étranger
à
sa
voix
et
refuse
de
céder
cet
organe
jouissance.
Si
le
sujet
psychotique
est
parfois
envahi
par
la
voix
de
l’Autre
parce
qu’il
ne
la
reconnaît
pas
comme
la
sienne
–
cf.
les
hallucinations
motrices
verbales
de
Séglas
(Lacan,
1955‐1956
:
33)
‐,
le
sujet
autiste
refuse,
lui,
toute
énonciation,
parce
qu’il
ne
peut
pas
concéder
la
plus
petite
part
à
l’Autre
dans
cette
voix.
7­
Conclusion
Dans
le
Séminaire
sur
les
Psychoses,
Lacan
revient
sur
l’article
«
Die
Verneinung
»,
et
il
note
que
Freud
n’a
pu
concevoir
la
question
de
la
dénégation
qu’en
la
mettant
en
relation
avec
«
quelque
chose
de
plus
primitif
»
(Lacan,
1955‐1956
:
177)
;
c'est‐à‐dire,
dans
la
lettre
52,
avec
«
une
première
mise
en
signes
:
Wahrnehmungzeichen.
Il
admet
l’existence
de
ce
champ
que
j’appelle
du
signifiant
primordial
»
(Lacan,
1955‐1956
:
177).
Nous
supposons
ici
que
l’autisme
est
l’exception
à
partir
de
laquelle
se
démontre
que
ce
champ
ne
se
constitue
qu’à
partir
du
consentement
du
sujet
à
une
première
perte,
celle
d’un
organe
jouissance
et
non
pas
organe
signifiant
et
que
c’est
à
partir
de
cette
première
cession
de
jouissance
que
se
constitue
l’Autre
du
symbolique
qui
contient
alors
les
objets
susceptibles
de
localiser
la
jouissance
du
sujet.
Le
sujet
autiste
n’a
pas
consenti
à
cette
première
perte.
Il
reste
en
dehors
du
champ
symbolique
et
l’Autre
sujet
reste
définitivement
énigmatique
et
angoissant.
Voilà
pourquoi
les
différents
témoignages
qui
relatent
une
approche
réussie
du
sujet
autiste
font
état
d’un
effacement
absolu
de
la
subjectivité
du
thérapeute
–
ce
qui
en
passe
par
une
neutralisation
radicale
de
l’énonciation
–
et
d’une
place
qui
oscille
entre
celle
d’un
double
du
sujet,
celle
d’un
témoin
de
ses
inventions
autistiques
–
les
objets,
les
ilots
de
compétence
–
et
celle
de
qui
consiste
à
se
fondre
dans
les
objets
autistiques
du
sujet
(Borgnis‐Desbordes,
2009
:
109).
3
Cf.
le
développement
de
Lacan
dans
le
Séminaire
V
du
graphe
du
désir
à
partir
des
phénomènes
de
code
et
de
message
qui
font
la
matière
des
deux
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