ANALYSE DE L`EFFICACITÉ DE LA DÉVALUATION DU F. CFA EN
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ANALYSE DE L`EFFICACITÉ DE LA DÉVALUATION DU F. CFA EN
TRAVAUX ET DOCUMENTS Responsable de la collection : Didier Morin ANALYSE DE L’EFFICACITÉ DE LA DÉVALUATION DU F. CFA EN CÔTE-D’IVOIRE Sylvie COSTE N° 63- 1999 CENTRE D'ÉTUDE D'AFRIQUE NOIRE IEP de Bordeaux Domaine universitaire 11, allée Ausone F-33607 PESSAC CEDEX Tél. (33) 05 56 84 42 82 Fax (33) 05 56 84 43 24 E-mail : [email protected] Préface Traumatisme majeur de la période post-indépendances en Afrique francophone, la dévaluation du franc CFA du 12 janvier 1994 n’apparaît pas simplement comme un simple réajustement monétaire. Le changement de parité marque une profonde évolution dans les rapports des pays africains de la zone franc (PAZF) avec leur ancienne métropole. En effet, la dévaluation entérine l’échec de l’ajustement désinflationniste prôné par la France, censé permettre le redressement économique des pays africains membres de la zone sans toucher au tabou de la parité du CFA. Cet échec est également révélateur de l’incapacité de la France à assumer seule la charge financière induite par son pré-carré en crise. La dévaluation marque enfin le partage de la tutelle de la zone par la France avec les institutions de Bretton Woods. La dévaluation du franc CFA présente un caractère atypique. En effet, une dévaluation “classique” a principalement pour objectif la disparition du déficit des échanges extérieurs et l’obtention d’une balance commerciale excédentaire, dans un délai généralement compris entre 12 et 24 mois. Or, en 1993, la plupart des PAZF possédaient une balance commerciale structurellement excédentaire. Ce sont donc bien d’autres raisons qui ont conduit au changement de parité, c’est-à-dire la réduction des flux d’aide extérieure à terme, la reprise des relations avec les institutions financières internationales, la substitution des financements d’origine privée aux financements publics. Le consensus des chefs d’États africains sur le changement de parité a été obtenu notamment grâce à des mesures massives d’accompagnement (échange d’un financement contre une réforme) de la part des institutions de Bretton Woods et de la France. Pour de nombreux observateurs, la dévaluation a principalement été décidée pour résoudre les problèmes de deux pays, chacun leader dans sa sous-région. Il s’agit de la Côte-d’Ivoire en Afrique de l’Ouest et du Cameroun en Afrique Centrale. Sylvie Coste a centré son étude sur l’efficacité de la dévaluation en Côte-d’Ivoire. Elle s’interroge sur “le retour ambigu de la croissance” dans ce pays après la dévaluation. Les deux premières années suivant le changement de parité ont pu faire croire au redressement de l’économie ivoirienne à travers “la maîtrise de l’inflation, la relance de la production, l’accélération de la croissance interne ou l’amélioration des performances extérieures”. Mais, l’essoufflement de la croissance enregistré en 1996 semble révélateur de la fragilité de la reprise. En effet, Sylvie Coste montre que l’embellie économique constatée se révèle, dans une large mesure, tributaire “de facteurs externes au pays, tels l’afflux massif d’aides extérieures, ou l’appréciation du dollar des États-Unis conjuguée à la hausse des cours mondiaux du café et du cacao”. De plus, la mise en œ uvre des réformes, aptes à pérenniser les effets bénéfiques du changement de parité, se caractérise par une certaine lenteur. Enfin, la dévaluation “a essentiellement profité aux secteurs les plus dynamiques de l’économie, aggravant le réel problème de pauvreté urbaine dans une économie déjà très fortement duale”. Les craintes exprimées par l’auteur semblent s’être concrétisées. Depuis 1995 la croissance de la Côted’Ivoire marque une nette tendance au fléchissement. En 1999, s’est produit un retournement de la conjoncture externe avec la chute des cours mondiaux des principales exportations ivoiriennes. “Encore trop dépendante des prix des matières premières exportées”, la Côte-d’Ivoire a été durement frappée par ce choc externe. La croissance de 4,3 % attendue en 1999 est à rapprocher du taux de croissance de la population qui s’établit à 3,8 %. La conséquence directe se mesure en termes d’aggravation de la pauvreté tant urbaine que rurale. Le ralentissement prolongé de l’activité économique ainsi que la baisse des recettes d’exportation ont largement obéré les finances de l’État et réduit les possibilités de distribution de rente à la clientèle politique. Cette dernière tendance se trouve accentuée par la mise en œ uvre du processus de réforme de la Caistab opérée sous l’égide des institutions de Bretton Woods. La réduction du volume de la rente susceptible d’être distribuée ne semble pas étrangère à la réduction de l’assise politique du président Bédié. Il a été, peu à peu, amené à se retrancher sur son ethnie d’origine et, pour conserver le pouvoir, il a conduit une politique d’exclusion menaçant l’unité nationale. De plus, l’accumulation de malversations, de détournements de fonds et de scandales financiers n’a fait qu’accroître la rancœ ur de la population à l’égard de son Président. Ce contexte a inexorablement conduit au coup d’État militaire du 24 décembre 1999. Bernard Conte Centre d’étude du développement-Bordeaux IV 2 “Sans l’appui de la Banque mondiale, la politique d’ajustement sans dévaluation ne pouvait plus convaincre. Dès lors, la dévaluation devenait inévitable” (P. Guillaumont) L e 11 janvier 1994, après quarante-six années de stabilité monétaire, les quatorze pays de la Zone Franc, sous la pression des institutions internationales de Bretton Woods et finalement de la France, s’accordent pour modifier la parité du franc CFA (f. CFA) à compter du 12 janvier 1994 à 0 heure. La crise économique sans précédent qui frappait la Zone Franc n’épargnait personne : même la “réussite économique de la zone”, ainsi qu’était qualifiée la Côte-d’Ivoire, subissait une détérioration généralisée de sa situation économique et financière. Les causes spécifiques nationales sont à rechercher dans son passé plus lointain. Après deux décennies de croissance soutenue fondée sur l’agriculture et les activités de traitement et de transformation des produits agricoles, le “miracle ivoirien des années 1970” commence à souffrir de sa dépendance à l’égard du café et du cacao lorsque, dès 1978, les premières difficultés apparaissent : chute du prix mondial de ces deux principales cultures d’exportation, choc pétrolier de 1979, hausse des taux d’intérêt sur la dette publique extérieure. Les déficits consécutifs des paiements courants et du budget conduisent le gouvernement, dès 1981, à s’engager dans une série de programmes de stabilisation économique et d’ajustement structurel en accord avec les institutions de Bretton Woods. Ces programmes, destinés à réduire les déséquilibres macro-économiques et à accroître la compétitivité de l’économie, permettent une croissance positive au début des années 1980. L’année 1985 marque une rupture : deux chocs majeurs concomitants se produisent, entravant le développement ivoirien : – une dégradation durable et générale, de près de 50 % entre 1985 et 1993, des termes de l’échange, conséquence d’un effondrement des cours des principaux produits d’exportation (chute d’environ 50 % pour le café et le cacao, 20 % pour le coton entre 1984 et 1992). La baisse des recettes d’exportation entraîne alors celle des recettes publiques, largement tributaires des taxes sur le commerce extérieur et des excédents de la Caisse de stabilisation (Caistab). – l’appréciation nominale du Franc français (FF) vis-à-vis du dollar US (US$) décidée en septembre 1985 lors de l’Accord du Plaza, provoquant une appréciation du franc CFA, étroitement lié au Franc français par une parité fixe. Les cours des principales matières premières étant fixés en devises, principalement en US$ sur le marché mondial, la Côte-d’Ivoire reçoit désormais moins de f. CFA par unité de volume exporté, ce qui amplifie l’effet récessif de la dégradation des termes de l’échange sur les recettes d’exportation. À ces événements s’ajoutent les politiques de baisse du taux de change1 menées dans les pays africains voisins tels le Ghana ou le Nigeria, et l’émergence d’économies compétitives en Asie du Sud-Est (Malaisie et Indonésie). Cette conjoncture défavorable plonge la Côte-d’Ivoire dans une récession prolongée, se traduisant par un déclin général de l’activité économique, une contraction des recettes d’exportation ainsi que des recettes fiscales, aggravant les déficits budgétaires et de la balance courante. Dans le même temps, la Caistab, qui dégageait des excédents réintroduits dans les recettes budgétaires de l’État jusqu’en 1986, commence à subir des pertes en raison de la chute des cours mondiaux et du maintien des prix d’achat garantis aux producteurs. Ces déficits, 1. La cotation est au certain : le taux de change bilatéral exprime le nombre d’unités de devises pour une unité de monnaie nationale. 3 financés par une accumulation des arriérés de paiement intérieurs et extérieurs, provoquent une explosion de la dette publique ainsi qu’une grave crise de confiance vis-à-vis du pays. En 1987, la Côte-d’Ivoire ne peut plus assurer le remboursement des intérêts sur sa dette extérieure, ce qui conduit les institutions de Bretton Woods à interrompre leurs prêts jusqu’en 1989. Face à cette crise, le gouvernement intensifie ses efforts d’ajustement. En 1989, un programme global de stabilisation financière est mis en place, avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI), afin de réduire les déséquilibres des finances publiques et de créer les conditions d’un retour à la compétitivité de l’économie. L’accent est mis sur la réduction des coûts internes, concernant, en particulier, la masse salariale et les prix garantis aux producteurs, mais également sur une gestion rigoureuse de la consommation visant à reconstituer les capacités d’épargne intérieure des secteurs public et privé, et poser les fondements d’une politique d’investissement. Les réformes structurelles qui l’accompagnent s’appuient sur trois programmes d’ajustement dans les secteurs de l’agriculture (PASA), de l’énergie (PASE) et de l’eau (PASEA). Des manifestations et mouvements de grève en 1990 poussent le gouvernement à modifier, en 1991, son programme initial en renonçant à la réduction des salaires nominaux pour se centrer sur les réformes structurelles et l’amélioration des performances budgétaires. Diverses mesures sont appliquées aux finances publiques – telles une plus grande rationalisation du système fiscal, un élargissement de l’assiette fiscale, une amélioration des procédures de recouvrement, une réduction des effectifs de la fonction publique – ainsi que des prix garantis aux producteurs. Trois programmes d’ajustement sectoriel plus approfondis complètent ces mesures : ils visent à restructurer le secteur financier (PASFI), à rétablir la compétitivité de l’économie (PASCO), ainsi qu’à valoriser les ressources humaines (PASRH). Par ailleurs, il était prévu un désengagement progressif de l’État inscrit dans un projet d’appui à la privatisation (PAP). Ces stratégies, fondées sur des mesures d’ajustement interne, certes nécessaires, n’apparaissent pas suffisantes pour enrayer la détérioration rapide de la situation économique ivoirienne : chute du Produit intérieur brut (PIB) de 18,8 % en monnaie courante, de 9,8 % en volume entre 1986 et 1993 (en tenant compte de son taux de croissance démographique de 3,8 % par an, la Côte-d’Ivoire subit une baisse de 38 % de son PIB/habitant) ; expansion du chômage et de la pauvreté en milieu rural et urbain ; stagnation de la production des cultures d’exportation due à une diminution des prix destinés aux producteurs ; compression de la demande intérieure consécutive à une chute des revenus affectant les activités des secteurs secondaire et tertiaire ; stagnation de l’investissement intérieur brut entre 1989 et 1993 (9 % du PIB) provoquée par un manque de confiance de la part des investisseurs ; chute de l’épargne de 10 % pendant la même période (28,4 % du PIB en 1985) ; déficit budgétaire élevé (en moyenne 13 % du PIB entre 1987 et 1991) ; accumulation d’arriérés impayés (fin 1993, la dette extérieure s’élève à 5 739 milliards de f. CFA, ce qui équivaut à 200 % du PIB et 540 % de la valeur totale des exportations). Les comptes extérieurs dépendent alors de plus en plus de la générosité des créanciers officiels, la France, le FMI ou la Banque mondiale, mais les retards dans les règlements du service de la dette et la lenteur du gouvernement à mettre réellement en œ uvre les mesures issues des plans d’ajustement structurel conduisent à une rupture des relations entre la Côte-d’Ivoire et les institutions de Bretton Woods en 1991. Aucun crédit ne lui sera consenti entre 1992 et 1994. En conséquence, une stratégie d’ajustement plus radicale apparaît inévitable. Le 11 janvier 1994, le gouvernement ivoirien, tout comme l’ensemble de ses partenaires de la Zone Franc, décide d’inclure, dans sa stratégie d’ajustement structurel, une dévaluation de 50 % de sa monnaie : alors qu’elle s’établissait vis-à-vis du Franc français à 2 centimes depuis octobre 1948, la parité du f. CFA est désormais ramenée à 1 centime. Longtemps impopulaire, la dévaluation de la monnaie apparaît comme l’une des pièces majeures d’un redressement économique et financier. En effet, en restaurant la compétitivité-prix du pays dévaluateur, par une hausse du prix des devises étrangères, elle modifie les flux d’échange de biens et services avec l’extérieur en faveur du pays considéré, stimulant ainsi, à terme, une meilleure compétitivité externe. Néanmoins, un objectif de maximisation de l’aide extérieure reçue en contrepartie de l’opération monétaire tend à supplanter peu à peu celui de la relance économique. Ainsi, la dévaluation “devient d’abord, quels que soient ses effets sur le commerce, un argument dans la négociation avec les bailleurs de fonds”2 parce qu’elle permet une reprise des financements des institutions financières internationales vers des pays incapables de faire face à leurs engagements financiers. Quatre ans après, on peut analyser le développement économique nouveau de la Côte-d’Ivoire, impulsé par la chute de la valeur de sa monnaie. Koumoué avait qualifié la dévaluation de “premier pas pour la réalisation durable du potentiel de croissance ivoirienne”3. Néanmoins, plutôt que d’exposer un bilan, il apparaît essentiel de s’interroger sur la responsabilité de la dévaluation dans ce développement économique nouveau, à la lumière d’une comparaison entre les résultats observés et ceux prévus, en théorie, d’un changement de parité. Telle est la pertinence de l’analyse de l’efficacité de la dévaluation du f. CFA en Côte-d’Ivoire. 2. 3. J. COUSSY, 1994, p. 21. K. KOUMOUÉ, 1996, p. 91. 4 Une première partie analysera le retour ambigu de la croissance ivoirienne depuis 1994, tandis qu’une deuxième partie relativisera cette croissance nouvelle, en révélant toute la fragilité de la reprise. LE RETOUR AMBIGU DE LA CROISSANCE Accompagnant la dévaluation du f. CFA en janvier 1994, le programme ambitieux d’ajustement structurel ivoirien, couvrant les années 1994-1997, est approuvé par le FMI en mars de la même année. Il permet au pays de bénéficier d’un concours financier de cette institution au titre de la Facilité d’ajustement structurel renforcée d’un montant de 333,3 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) (soit 281 milliards de f. CFA). La Banque mondiale y joint 435 millions US$ entièrement consentis sous forme d’un Economic Recovery Credit, sa formule au décaissement le plus rapide. Le soutien de l’Union européenne est également mobilisé au travers d’un troisième programme général d’importation (PGI-III), de même que celui de la France, premier bailleur de fonds du pays. Cette dernière procède, début 1994, à une annulation de 50 % de la dette ivoirienne au titre de l’Aide publique au développement ainsi que des arriérés de paiement sur tous les prêts consentis par la Caisse française de développement (CFD). Au total, en 1994, le montant des concours financiers consentis par la CFD à la Côted’Ivoire s’élève à 1,451 milliard FF. Par ailleurs, le pays obtient un accord de rééchelonnement de sa dette au Club de Paris à des conditions très avantageuses. Ainsi, début 1994, toutes les conditions favorables sont réunies pour relancer l’économie tant sur le plan interne qu’externe. Un dynamisme interne retrouvé L’économie semble répondre de manière satisfaisante à la restructuration des prix relatifs puisque, dans leur grande majorité, les objectifs fixés, concernant l’inflation, le PIB ou la production, ont été satisfaits. L’effectivité de la dévaluation La capacité pour une dévaluation nominale d’engendrer une baisse réelle du taux de change dépend du degré d’inflation consécutif au changement de parité. Ainsi, plus la hausse des prix sera contenue, plus l’effectivité s’élèvera. L’indicateur le plus souvent utilisé étant le taux de change effectif réel (TCER), l’effectivité mesure donc la proportion dans laquelle une variation du taux de change effectif nominal (TCEN)4 se traduit par une variation du TCER5. En 1994, l’inflation, mesurée par l’indice officiel des prix à la consommation, a bien été maîtrisée puisqu’elle s’est fixée à 32,5 %, soit un taux inférieur à l’objectif prévu (35 %). Afin de casser le risque inflationniste, le gouvernement a appliqué un décret visant à bloquer temporairement le prix d’un certain nombre de biens et services, parmi lesquels des produits alimentaires et pharmaceutiques. Parallèlement, les salaires ont connu une hausse modérée, notamment dans la fonction publique avec une progression moyenne de 10 % cette même année. La hausse des prix s’est révélée plus brusque entre janvier et mars 1994 avant de se modérer au second semestre. En effet, même après la levée du contrôle des prix, l’inflation est restée limitée à 1 % par mois en moyenne à partir de juin. En 1995, elle a été de 7,8 % pour l’année, légèrement au-dessus de son objectif prévu (6,8 %) mais néanmoins bien maîtrisée car la pression sur les salaires et les prix commençait à se faire sentir. Dans l’administration, la progression des salaires a été de 5 %, de même qu’en 1996 compte tenu des hausses annoncées par le gouvernement. Le premier semestre de 1995 a connu une résurgence temporaire de l’inflation due à la faiblesse de l’offre, à la vigueur de la demande ainsi qu’à la hausse des prix des biens d’équipement suite à l’augmentation des coûts des facteurs de production (eau, électricité, communication) et au renchérissement des importations. Avec une base de 100 en décembre 1993, l’indice des prix à la consommation des produits importés a grimpé jusqu’à 165 en décembre 1994 et 172 en décembre 1995, nettement au-dessus de celui des produits locaux (130 et 140 respectivement). L’objectif fixé pour 1996 a largement été atteint puisque l’inflation réalisée n’a pas dépassé 3,5 % grâce à la stabilisation des prix des produits alimentaires et au ralentissement des prix des produits importés. La tendance 4. 5. Le TCEN est défini comme la moyenne des indices du taux de change de la monnaie nationale, exprimé dans les monnaies des principaux partenaires commerciaux, pondéré par le poids occupé par ces partenaires dans les échanges du pays concerné. Il donne, en conséquence, le prix de la monnaie nationale exprimé par rapport à un panier représentatif de devises. Le TCER est “le TCEN corrigé par les mouvements des prix ou des coûts de production du pays concerné relativement à ceux de ses partenaires” (J ACQUEMOT, 1989, p. 369). 5 pour 1997 était à une nouvelle hausse, principalement liée à une poussée des prix alimentaires due à un développement de la demande intérieure ainsi qu’à des difficultés d’approvisionnement des marchés. Sur les six premiers mois de l’année, l’inflation se fixait à 7,4 %, dépassant l’objectif retenu de 3 % pour l’année. En conséquence, la maîtrise globale de l’inflation a favorisé le maintien d’une partie des gains de compétitivité issus de la dévaluation nominale. Ainsi, de décembre 1993 à décembre 1995, les prix ont augmenté, en moyenne, de 43 % en Côte-d’Ivoire, ce qui, pour une dévaluation monétaire de 50 % vis-à-vis du FF et une quasi stabilité des prix en France, entraîne une dépréciation réelle vis-à-vis du FF d’environ 28,5 % : la chute du TCER était de l’ordre de 32 %6 fin 1994 et de 29 % en décembre de l’année suivante. Il en résultait, fin 1995, un taux d’effectivité représenté par le rapport de la variation en pourcentage du TCER sur celle du TCEN, de 60 % (65 % fin 1994), ce qui représente une effectivité de la dévaluation relativement élevée : 60 % de la dépréciation nominale initiale était encore effective fin 1995. Cependant, les données diffèrent sensiblement selon les sources, avec des taux d’effectivité plus faibles, relativisant ainsi toute conclusion trop optimiste concernant l’effectivité de la dévaluation. Le PIB et sa structure Trois ans après le changement de parité, l’effectivité élevée de la dévaluation satisfait la première condition du succès de l’opération monétaire. Ainsi a-t-elle impulsé une croissance soutenue du PIB aussi bien en valeur qu’en volume. ÉVOLUTION DU PIB ET DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION PIB (au prix du marché), en milliards f. CFA Taux de croissance réel du PIB, en % Déflateur du PIB, en % Variation de l’indice des prix à la consommation, en % 1993 2 946,5 -0,6 2,1 1,9 1994 4 136,2 1,8 37,9 32,5 1995 5 031,2 7,0 13,7 7,8 1996 5 441,7 6,5 1,6 3,5 Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO À prix courants, le PIB a progressé de 40,3 % en 1994, grâce en particulier, à la forte hausse du prix des produits exportés. Il a atteint, après une hausse plus modérée en 1995 (+21,6 %), 5 031,2 milliards de f. CFA puis 5 441,7 milliards en 1996 (+8,1 %). Au sein de la Zone Franc, alors qu’en 1993 il comptait pour 19,9 % de l’ensemble du PIB de la zone, il passe de 20,4 % en 1994 à 41 % en 1996. Les taux enregistrés à partir de 1995 étant supérieurs au taux de croissance démographique (+3,8 %), le PIB/habitant a progressé de 223 600 F. CFA en 1993 à 381 900 F. CFA en 1996. En considérant l’évolution de l’indice des prix à la consommation, le taux de croissance réel du PIB, d’une valeur négative en 1993, a dépassé les objectifs fixés les trois années pour atteindre +1,8 % en 1994 (contre 1,7 % prévu), +7 % en 1995 (contre 6,5 % prévus) et +6,5 % en 1996. Pour les années 1997 et 1998, les autorités ivoiriennes ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance très optimistes, envisageant des taux plus réalistes de l’ordre de 6 % par an. Le PIB devrait se situer aux alentours de 5 978 milliards de f. CFA en 1997. La croissance du PIB a été impulsée par les exportations – qui seront traitées ultérieurement – mais aussi par la reprise de la consommation et des investissements. La consommation Le choc inflationniste qu’engendre habituellement un changement de parité, associé à la mise en place de politique de rigueur, est censé provoquer un effet restrictif à court terme sur la consommation. 6. P. et S. GUILLAUMONT , 1996. 6 VALEUR DE LA CONSOMMATION EN MILLIARDS DE f. CFA COURANTS Consommation totale Consommation publique Consommation privée 1993 2 661,30 487,00 2 174,30 1994 3 283,70 599,40 2 684,30 1995 4 016,90 625,40 3 391,50 1996 3 922,80 637,20 3 285,60 Source : FMI, Statistiques financières internationales, novembre 1997. En valeur, entre 1993 et 1995, la consommation totale a augmenté de plus de 20 % chaque année. Cependant, à prix constants, avec un taux d’inflation de 32,5 %, supérieur à sa hausse en valeur, elle chute de près de 7 % en 1994, conséquence de la politique restrictive destinée à comprimer la demande : les crédits à l’économie ont été réduits pour s’établir à 865,2 milliards de f. CFA en 1994 avant de se développer l’année suivante avec un encours de 1 030 milliards fin décembre. La reprise en 1995 s’explique, en grande partie, par une croissance de la production dans les filières café et cacao dès 1994. En 1996, la consommation totale a faiblement chuté, en volume et en valeur (-2,3 %), comme les crédits à l’économie qui enregistrent une légère baisse, se fixant à 1 026,7 milliards de f. CFA. La politique d’assainissement des finances publiques a entraîné une contraction sur les produits importés ou à fort contenu en importations ainsi qu’une restriction des dépenses dans les domaines de l’énergie, des transports ou des services. Cela s’est traduit par une chute, en volume, de la consommation publique en 1994 (-7,3 %), avant une reprise en 1995 (+16 %) et 1996 (+6,1 %). Progressant à prix courants à un rythme moins rapide que l’inflation en 1994, la consommation privée s’est contractée en volume, avant de repartir en 1995 puis de régresser à nouveau en 1996. Présentée en octobre 1994, une enquête sur 25 ménages d’Abidjan, conçue par le Dr Francis F. Akindes de l’Université nationale de Côted’Ivoire7, expose l’adaptation de la consommation au changement de parité. Il en ressort que les classes moyennes, qui consomment davantage de produits importés ou industriels (lait, beurre ou riz de luxe) dont les prix ont presque doublé depuis janvier 1994, sont les plus touchées par la dévaluation. Elles ont été contraintes d’augmenter leur budget alimentaire ou de réduire leurs consommations jugées peu nécessaires sur les produits secondaires (chocolats ou pâtisseries), ce qui a détérioré la qualité de leur consommation. Les catégories les moins élevées, quant à elles, frappées par la crise économique des années 1980, étaient déjà contraintes de consommer des produits de moindre qualité et moins chers. Elles ont, par conséquent, réagi à la dévaluation par une coupe dans leurs quantités consommées. En effet, le prix de la viande de bœ uf s’est accru de près de 33,3 % au premier semestre 1994, celui du poisson frais importé de 50 % et celui du poisson fumé de 15 % en moyenne. Néanmoins, malgré ces hausses de prix, la viande locale, de bonne qualité, ne subit pas de report vers d’autres protéines et reste prépondérante dans la consommation urbaine. Elément de base de l’alimentation ivoirienne, le riz a fait l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics. Grâce à un contrôle, les prix n’ont que faiblement augmenté par comparaison avec l’inflation générale. Cette hausse, acceptable, n’a donc pas induit de modifications majeures dans la consommation du produit. À l’issue de la dévaluation, F. Akindes, en conséquence, n’observe pas de bouleversements spectaculaires dans la consommation des habitants d’Abidjan : la viande et le riz restent toujours des produits de grande consommation. Les habitudes alimentaires, généralement indépendantes des produits importés, mettent en partie la consommation à l’abri de la hausse du prix des denrées. Néanmoins, F. Akindes, soulignant que “le facteur prix joue désormais en faveur du riz local au détriment du riz importé de luxe”8 surtout consommé par les cadres et employés qualifiés, s’interroge sur l’apparition d’un processus de substitution du riz importé de luxe par le riz local. Il en résulterait donc que la dévaluation a bien favorisé l’expansion de la consommation locale, conformément aux prévisions : une réorientation de la demande intérieure (mais également extérieure) vers les produits locaux se dessine, stimulant ainsi la production agricole vivrière et le secteur des substitutions aux importations. De même, la consommation, en volume, des ménages a répondu positivement à la dévaluation puisqu’elle s’est contractée en 1994, passant de 2 061 milliards de f. CFA de 1986, en 1993, à 1 863 milliards de f. CFA de 1986, l’année suivante. Elle s’est relevée en 1995 (+9,4 %) et 1996 pour atteindre 2 160 milliards de f. CFA de 1986. La tendance pour 1997 est au ralentissement avec un taux de croissance proche de 4,7 %. Contrairement à la consommation, l’épargne a progressé dès 1994. Au cours de cette année, l’épargne intérieure a presque triplé, passant de 285,2 milliards de f. CFA en 1993 à 852,5 milliards l’année suivante, atteignant alors 19,8 % du PIB, soit un taux supérieur à l’objectif prévu (13,3 %). Ceci répond, d’une part, à l’effort du gouvernement de mobiliser l’épargne intérieure comme il avait été prévu dans le programme de relance de 1989 et, d’autre part, à l’amélioration sensible du niveau de vie des populations rurales depuis la 7. Marchés tropicaux et méditerranéens, n° 2566, 1995, p. 78-79. 8. Ibid., p. 79. 7 dévaluation. Ainsi, l’épargne intérieure a-t-elle continué de croître les années suivantes pour se fixer à 1 014,3 milliards de f. CFA en 1995 (+19 %) puis 1 061,9 milliards en 1996 (+4,7 %), comptant alors pour près de 20 % du PIB. De -2,6 % du PIB en 1993, l’épargne nationale passe à +17,2 % du PIB en 1994 puis à +13,6 % en 1996. L’investissement La reprise de l’activité incitée par la dévaluation doit favoriser une modification des combinaisons productives. Ainsi a-t-elle permis, en 1994, une expansion des investissements qui s’est confirmée les années suivantes. Le taux d’investissement global, de 7,8 % du PIB en 1993, est parvenu à 11,1 % en 1994, 12,9 % en 1995, 12,6 % en 1996 et 14,7 % l’année suivante. En volume, il a crû de 15,4 % en 1994, 31,3 % en 1995 puis 6,4 % en 1996, ce qui accélère le renforcement du potentiel interne de production, malgré un net ralentissement en 1996, et favorise ainsi la croissance de la production industrielle. Cette progression est principalement le fait des investissements publics dont le développement, spécialement dans l’infrastructure, a excédé les prévisions : de 3,7 % du PIB en 1993, ils sont estimés à 4,3 % en 1996 et 1997. Cependant, les investissements privés restent majoritaires puisqu’ils représentaient 53 % du total en 1993, 63 % en 1994, 67 % en 1995 et 67,6 % en 1996. De 4,1 % du PIB en 1993, ils ont atteint 7 % du PIB en 1994 puis 8,6 % en 1995 et 1996, et sont estimés à 10,9 % en 1997. Cette moindre croissance du privé reflète le climat d’incertitude de l’après-dévaluation ainsi que l’utilisation de capacités de production existantes, jusque-là fortement sous-utilisées. Néanmoins, les progressions d’investissements privés les plus importantes concernent, en 1994, les branches du BTP, des transports et des communications. Le secteur agricole subit une décroissance car la hausse des revenus du monde rural profite surtout à la consommation. Depuis 1995, ces investissements se sont centrés sur le développement des capacités de production, la création de nouvelles unités et la réalisation de nouveaux projets, essentiellement dans les secteurs des mines et de l’énergie. L’investissement en général, mais l’investissement privé en particulier – d’un montant de 500 milliards de f. CFA en 1996 contre un peu plus de 140 milliards en 1993 –, est désormais considéré par le gouvernement comme l’élément clé de sa politique de croissance de moyen terme. En l’an 2000, la part de l’investissement dans le PIB devra être de 30 % dont 26 % pour le privé et 4 % pour le public. La stratégie adoptée vise à promouvoir le secteur privé, considéré comme le nouveau secteur moteur de l’économie. Son évolution est déterminée par des réformes structurelles portant d’une part, sur l’amélioration de l’environnement réglementaire, juridique et fiscal des entreprises – rationalisation de la fiscalité, amélioration du fonctionnement du marché du travail et de la concurrence, simplification de l’environnement administratif des entreprises, voilà quelques mesures inscrites dans le PASCO – et, d’autre part, sur la restructuration et la privatisation d’entreprises publiques visant au désengagement de l’État. L’exécution du programme de privatisation, devant s’achever en 1997 et portant sur 58 entreprises, n’a démarré qu’au second semestre de 1994. Après une accélération certaine en 1995 et 1996, vingt-huit opérations ont été menées, parmi lesquelles Sicor (Société ivoirienne de coco râpé), SOGB (Société des caoutchoucs de Grand-Béréby), SAPH (Société africaine de plantation d’hévéa), Sicable (Société ivoirienne de câbles), SICF (Société ivoirienne des chemins de fer), Palmindustrie, Sodesucre ou CI-Télcom ou SMB (Société multinationale de bitumes). Les entreprises privatisées en 1996 ont généré un produit de 53,7 milliards de f. CFA. Les recettes attendues pour 1997 seront plus importantes : près de vingt entreprises devraient être privatisées dont la Société ivoirienne de raffinage, première entreprise ivoirienne par le chiffre d’affaire. Un nouveau programme de privatisations couvrant la période 1997-2000 et portant sur une dizaine d’entreprises est en cours de discussion. Outre ces privatisations, l’évolution des mouvements de capitaux privés témoigne de la forte progression des investissements privés. Selon une estimation de la BCEAO9, un mouvement de retour des capitaux privés s’est accéléré en 1994 : leur montant a triplé entre 1993 et 1995, passant de 98,6 milliards de f. CFA à 304,9 milliards, puis s’est consolidé en 1996. Ainsi, le solde de la balance des capitaux à moyen et long terme, déficitaire en 1992, enregistre un excédent à partir de 1993. Il a été multiplié par six entre 1993 et 1994, par neuf entre 1993 et 1996. C’est donc sur les performances du secteur privé que repose, de plus en plus, le développement économique futur ivoirien. L’utilisation croissante des capacités de production déjà existantes conjuguée à l’expansion des investissements témoigne bien du dynamisme économique impulsé par la dévaluation. 9. Marchés tropicaux et méditerranéens, n° 2644, 1996, p. 1537. 8 La production Grâce à une modification des prix relatifs, censée améliorer la compétitivité du pays, ainsi qu’à une reprise de la consommation locale, la dévaluation est parvenue à engendrer un redressement général de la production, mais néanmoins inégal selon les secteurs d’activité. Secteur primaire Faisant vivre environ 70 % des Ivoiriens, employant plus des 2/3 de la population active et contribuant pour 48 % aux recettes d’exportation et 28 % au PIB nominal en 1996, l’agriculture représente la priorité économique du pays. La reprise de son activité à l’issue de la dévaluation, de l’ordre de +0,5 % en 1994 en termes réels (0,4 % en 1993), +10 % en 1995 et seulement +3,7 % en 1996, se répartit inégalement entre le secteur d’exportation et le secteur vivrier. • Production agricole d’exportation Sa croissance a été essentiellement impulsée par le café et le cacao puis, dans une moindre mesure, le coton. La hausse des cours mondiaux de certains produits d’exportation ainsi que la chute des coûts de production exprimés en devises ont, en effet, amélioré la rentabilité des filières. En moyenne, l’augmentation de la production dans ce secteur a été estimée à 4 % en 1994 et 1995, et 5,6 % en 1996. Elle devait s’établir à 10,2 % en 1997. CAFÉ ET CACAO : Quatre millions de personnes, sur une population totale de onze millions d’habitants, dépendent directement ou indirectement des filières café et cacao. Ceci traduit le caractère vital de ces deux cultures. Ces dernières avaient accusé un repli de la production lors de la campagne 1992-1993 (-45,5 % pour le café et -8 % pour le cacao). Depuis le second semestre de 1993, les cours mondiaux s’étaient raffermis avec la perspective d’un déficit de l’offre mondiale, permettant ainsi de valoriser les prix d’achat garantis aux planteurs. ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION EN MILLIERS DE TONNES Café vert Cacao en fèves 1992-1993 139,50 697,00 1993-1994 139,00 887,50 1994-1995 192,10 860,00 1995-1996 182,70 1 235,30 1996-1997* 230,00 1 150,00 * Estimations Source : Rapport Zone Franc, 1996 Avec une part de marché de 35 à 40 %, la Côte-d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao qui devient, de ce fait, la principale source de devises du pays. Sa production a crû de 27 % lors de la campagne 1993-1994 avant de chuter de 3,1 % en 1994-1995. Ce repli s’explique par le renchérissement des intrants importés. Ainsi, “après la dévaluation, en francs courants, le prix du cacao passe seulement de 200 à 240 f. CFA le kilo alors que celui des insecticides, par exemple, double (10 000 à 12 000 f. CFA les deux litres de lindane contre 6 500 avant la dévaluation). Pour le producteur, les termes de l’échange entre le prix du cacao et celui des insecticides poursuivent leur ‘descente aux enfers’ déjà amorcée depuis les années 1980”10. Or, une condition nécessaire pour que le producteur intensifie sa culture est que l’inflation interne soit inférieure à la hausse des prix de vente. Le revenu réel qu’il perçoit doit, en conséquence, être indexé sur les prix. La récolte 1995-1996 atteint le niveau historique de 1 235 300 tonnes grâce à une politique active de soutien des prix aux producteurs qui a permis de multiplier par vingt la production au quatrième trimestre de 1995, malgré le manque de flexibilité traditionnel de l’offre agricole puisqu’un cacaoyer met généralement cinq à six ans avant d’être productif. La prévision pour 1996-1997 restait bonne quoiqu’en légère baisse (-7 %). En ce qui concerne le café, la Côte-d’Ivoire se place au sixième rang des producteurs mondiaux. Sa production a stagné lors de la campagne 1993-1994 avant de se développer de +38,2 % en 1994-1995 puis de régresser légèrement (-4,9 %) pour se fixer à 182 700 tonnes en 1995-1996. En 1997, il était prévu une expansion nouvelle de 25,8 %, l’objectif étant d’atteindre, à l’horizon 2005, 350 000 tonnes. En conséquence, la réponse de l’offre à la dévaluation s’est révélée relativement limitée, ce qui pourrait se traduire par un manque de compétitivité à l’exportation, mais la hausse des cours a pu compenser une partie de la chute des revenus en autorisant une augmentation considérable des prix payés en f. CFA aux producteurs. En effet, la dévaluation a accru les prix aux producteurs de 58 % pour le cacao et de 280 % pour le café. 10. F. RUF, 1995, p. 200. 9 CAFÉ ET CACAO : PRIX AUX PRODUCTEURS EN f. CFA PAR KILO 700 600 500 400 300 200 100 0 1988 caf? cacao 1989 1990 1991 1992 1993 Mar 94 Sep 94 Fev 95 Source : GOREUX, 1995 Outre la part destinée aux producteurs, une partie importante du surplus des filières café et cacao est retenue par l’État, soit directement sous forme de taxe à l’exportation, soit indirectement par le truchement de la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des produits agricoles (CSSPPA) ou Caistab. Principal bailleur national, cette dernière représente le deuxième pilier de revenu de l’État après les recettes fiscales. Par une double optique, elle garantit un niveau de revenu aux agriculteurs en minimisant leurs risques et offre des recettes à l’État par l’intermédiaire des prélèvements directs ou indirects sur les ventes à l’extérieur. Ainsi est-elle principalement chargée de stabiliser les prix des principaux produits d’exportation : si le cours mondial de la vente dépasse le prix garanti à l’exportation, elle encaisse la différence qui, en fait, constitue une recette publique, versée aux différents budgets de l’État, et si le cours mondial est inférieur au prix garanti, elle verse alors une subvention aux exportateurs. Ceci la place au centre du système de redistribution de la rente d’exportation. La réforme de la filière cacao, inscrite dans le programme d’ajustement du secteur agricole (PASA) soutenu par le FMI et la Banque mondiale, s’est accentuée depuis la dévaluation. Cette filière, mais aussi celle du café, pourrait ainsi connaître à terme une restructuration importante : réexamen des taxes à l’exportation sur ces produits (Droit unique de sorties) mais surtout, désengagement de la Caistab pour en limiter son pouvoir excessif. Ce désengagement comporte quatre volets, à savoir : une réduction de son rôle dans la commercialisation extérieure, un retrait de son rôle dans la commercialisation intérieure, l’introduction d’une plus grande transparence dans ses opérations ainsi que la réduction de ses charges de fonctionnement. Il est nécessaire pour la Côte-d’Ivoire de conserver un mécanisme de stabilisation ou de régulation comme la Caistab car, malgré ses difficultés financières, cette dernière a permis de propulser le pays à son rang actuel sur le marché mondial du cacao. Ainsi, en septembre 1995, il a été décidé que la Caistab n’aurait plus de centres d’achat, n’assurerait plus le transport intérieur du cacao jusqu’au port, ne fournirait plus de sacs, ne garantirait plus de prix aux producteurs mais fixerait, en début de campagne, un prix incitatif et ne pourrait plus vendre directement au négoce international que 15 % de ses ventes globales. Les changements, même s’ils ont été significatifs, principalement la libéralisation de la commercialisation intérieure, restent globalement assez limités : la Caistab conserve son emprise et l’ouverture de son conseil d’administration à des représentants des producteurs est purement formelle. Néanmoins, renforcée dans le cadre de la prochaine FASR couvrant la période 1998-2000, la libéralisation de la filière café est prévue pour la campagne 1998-1999, celle de la filière cacao devra intervenir lors de la campagne 1999-2000. COTON : ses rendements sont parmi les meilleurs dans le monde, les fibres étant de très bonne qualité et les prix de revient très proches des cours mondiaux. ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION DE COTON GRAINE EN MILLIERS DE TONNES 1992-1993 238,80 1993-1994 258,20 1994-1995 209,60 1995-1996 217,20 1996-1997* 252,00 * Estimations Source : Rapport Zone Franc, 1996 Après des fluctuations dans les années récentes, la production de coton graine s’est améliorée en 1993-1994 grâce à la dévaluation et à la remontée des cours mondiaux qui ont permis de revaloriser les prix d’achat aux producteurs. Ainsi, de 110 f. CFA en 1993, le kilo était compté 170 f. CFA en 1995 puis 150 f. CFA en 1996. 10 Cependant, en raison de l’abondance des pluies, la production a chuté, en 1994-1995, à 209 600 tonnes, soit en deçà de l’objectif initial (280 000 tonnes). Les campagnes 1995-1996 et 1996-1997 renversent le mouvement, encouragées par le bon niveau des prix. • Production vivrière La variation des termes de l’échange en faveur des biens locaux provoquée par la dévaluation a bien engendré une réorientation de la demande intérieure vers les produits alimentaires locaux au détriment des biens importés. Ceci a stimulé la production agricole vivrière et le secteur de substitution aux importations, conformément aux prévisions. ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION DES PRINCIPALES CULTURES VIVRIÈRES EN MILLIERS DE TONNES Riz Paddy Igname Maïs Manioc 1992-1993 732,0 2 765,7 1 396,9 1993-1994 854,0 3 999,0 559,4 1 547,3 1994-1995 888,5 4 091,0 552,0 1 608,0 1995-1996 791,3 2 575,0 575,0 1 670,0 1996-1997* 886,3 nd nd nd * Prévisions Source : Rapport Zone Franc, 1996 L’agriculture vivrière s’est développée à un taux moyen de +4,5 % en 1994 et 1995, signe que la consommation locale tend à délaisser les produits importés. Cependant, la totalité de l’effet de substitution n’a pu se produire dès 1994 et 1995 en raison de la rigidité relative de l’offre, des délais nécessaires à l’adaptation des circuits d’écoulement des produits ainsi que du caractère paysan et familial des exploitations (faible recours au crédit bancaire). Face à un taux de croissance démographique de 3,8 % par an, le gouvernement vise à faire passer le taux d’accroissement annuel de la production vivrière à 6 % d’ici l’an 2000. Les efforts entrepris dans ce sens, en 1994, pour développer les productions, parmi lesquelles le maïs ou divers féculents, ont donné des résultats positifs mais la Côte-d’Ivoire n’a pas encore atteint l’autosuffisance alimentaire. Le déficit en riz, qui constitue l’alimentation de base, reste trop élevé, la production ne couvrant que la moitié de la consommation totale. Néanmoins, les efforts d’investissement convergent pour atteindre un million de tonnes de riz blanc en l’an 2000 afin de satisfaire, par la production locale, entre 80 et 90 % de la demande locale. Les prévisions pour 1997 projetaient une croissance relativement forte pour l’ensemble des productions vivrières. Secteur secondaire La contribution du secteur secondaire au PIB nominal se fixait à 20,8 % en 1996. Le secteur agro-alimentaire reste majoritaire avec plus de 700 entreprises (activités de transformation du café et du cacao, Grands Moulins d’Abidjan), mais la Côte-d’Ivoire possède également une industrie chimique diversifiée. I NDICE DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE PAR BRANCHE (BASE 100 = EXERCICE COMPTABLE 1985) Extraction de pétrole et mines Agro-alimentaire Textile et chaussures Bois Chimie Matériaux de construction Auto, mécanique et électricité Industries diverses Energie électrique et eau Total industrie CVS Secteur manufacturier CVS Secteur concurrentiel CVS 1993 3 119 87 74 119 115 62 136 122 95 108 87 1994 3 110 89 84 135 120 62 135 129 97 108 93 1995 32 107 117 77 126 134 74 141 155 107 112 101 1996 78 116 119 69 141 162 75 154 171 120 119 106 Source : I NSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE, 1993-1996 La reprise de l’activité, amorcée en 1994, s’est amplifiée les années suivantes, à un rythme plus intensif dans le secteur concurrentiel que manufacturier. Ainsi, la production industrielle a globalement crû de 27 % entre 1993 et 1996, dont 12,2 % pour la seule année 1996, grâce à la contribution de l’ensemble des branches à l’exception de l’agro-alimentaire et du bois qui régressent respectivement de 2,5 % et 6,7 % entre 1993 et 1996. 11 Cette évolution a nécessité un accroissement du taux d’utilisation des capacités de production : de 81 % en 1994, il passe, en effet, à 86 % en 1996. En 1994, l’ensemble de la production industrielle a augmenté de 2,1 %, grâce à une poussée au deuxième trimestre. Ce bilan relativement modeste est compensé par la progression plus rapide du secteur concurrentiel (+7 %). Les productions chimiques (+13,4 %) et celles du bois (+13,5 %) se sont exceptionnellement accrues, les premières surtout grâce à la reprise du raffinage du pétrole et à un accroissement de la production du caoutchouc naturel ; les secondes ont suivi la tendance économique générale caractérisée par le dynamisme des exportations. À l’inverse, le secteur agro-alimentaire accuse un certain recul à partir du deuxième semestre (-7,5 %), comme le textile et la chaussure (-2,2 %), et ce, malgré un redressement au quatrième trimestre. La reprise s’est essentiellement manifestée pour les activités tournées vers les exportations tandis que la chute de la demande locale n’a pu stimuler la production orientée vers le marché intérieur. L’ensemble de la production industrielle a connu une forte expansion au premier semestre 1995 avec des résultats très favorables impulsés par le secteur manufacturier (+20 %), conséquence de l’amélioration de la conjoncture générale dans tous les secteurs, du dynamisme de la demande locale ainsi que de l’utilisation plus optimale des capacités de production. L’activité annuelle a été soutenue par les branches du textile et de la chaussure (+31,4 %), de l’électricité et de la mécanique (+19,3 %), mais surtout de l’extraction de pétrole et des mines qui constituent une filière en pleine expansion (+967 %). Concernant cette dernière branche, les nouveaux gisements de pétrole et de gaz naturel offshore “Lion” et “Panthère” découverts par la société texane Umic en mars 1994, puis leur exploitation intensifiée par la suite, vont rendre le pays autosuffisant en énergie dès 1996 avec une production annuelle de 5 820 milliers de barils de pétrole et 3 millions de mètres-cube par jour de gaz. L’impact positif s’est trouvé atténué par le tassement de l’agro-alimentaire qui s’est poursuivi (-2,7 %), accompagné de celui des secteurs du bois (-8,3 %) et de la chimie (-6,6 %). En 1996, la production industrielle s’est légèrement accélérée (+12,2 % contre +10,3 % en 1995), dans tous les secteurs d’activité notamment l’extraction de pétrole et les mines (+143,7 %). Avec la cadence actuelle, la Côte-d’Ivoire est autosuffisante pour le pétrole. Les compagnies américaines et internationales explorent et développent d’autres activités offshore, alors que des Canadiens, des Américains, des Ivoiriens ou des Français produisent de l’or en quantités croissantes. Les gisements complémentaires de cuivre, diamant ou nickel conditionnent la croissance future du pays. Hors extraction de pétrole, l’indice de production reste élevé ce qui témoigne du dynamisme de l’industrie nationale essentiellement dans les secteurs des matériaux de construction (+20,9 % grâce à une forte reprise dans le BTP et l’immobilier), la chimie (+12 %), l’énergie électrique et l’eau (+10,3 % stimulés par la croissance) et l’agro-alimentaire (+8,4 %). Les branches du textile et de la chaussure (+1,7 %) et de l’auto-mécanique (+1,3 %) ont vu leur activité stagner. Seul le bois accuse un nouveau recul (10,4 %). La croissance du secteur manufacturier s’est dynamisée (+6,2 % en 1996 contre +3,7 % en 1995), surpassant celle, fortement ralentie, du secteur concurrentiel : suite à une vive progression jusqu’en 1995 (+7 % en 1994 puis +8,6 % l’année suivante), le taux de croissance de ce secteur est tombé en dessous de 5 % en 1996. Au cours du premier semestre 1997, la production industrielle a connu une croissance plus soutenue (+7 %) qu’au premier semestre 1996. L’amélioration des conditions de production rendue possible par les investissements réalisés en 1996 ainsi que le dynamisme de la demande étrangère, ont stimulé cette expansion. Secteur tertiaire Suite à la dévaluation, le taux de croissance du PIB réel du secteur tertiaire est devenu positif en 1994 (+3 %). Sa croissance s’est accélérée en 1995 et 1996 avec un taux approximatif de 10 %. En 1996, la contribution de ce secteur au PIB nominal se fixait à 51,2 %. Ce résultat est essentiellement le fait des branches du commerce et des transports qui ont enregistré les croissances les plus élevées entre 1994 et 1996. Ces dernières détiennent une place importante dans l’économie grâce, notamment, à l’excellent réseau de transport du pays (un des meilleurs d’Afrique) avec ses 70 000 km de routes dont 7 000 bitumés, ses ports d’Abidjan (conçu pour une capacité de 20 millions de tonnes, en traitant 15 millions par an, soit 90 % des importations et exportations du pays) et de San Pedro (spécialisé dans l’exportation de bois, traitant annuellement 1,2 million de tonnes dont 84 % à l’exportation), ses trois aéroports internationaux (Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké) et ses 638 km de voies ferrées en territoire ivoirien sur les 1 156 km du trajet Abidjan-Ouagadougou. Bien que restant encore un secteur marginal, le tourisme a été fortement stimulé par la dévaluation. En 1997, le secteur tertiaire devrait bénéficier du dynamisme des deux autres secteurs. 12 En conséquence, même si la réponse de l’offre exportable à la dévaluation s’est révélée relativement limitée, le changement de parité de 1994 a néanmoins favorisé le processus de substitution de la production locale aux importations, puisqu’une réorientation de la demande intérieure vers les produits locaux ainsi qu’une expansion de la production vivrière ont été observées. Il est également à l’origine du fort dynamisme de la production industrielle, essentiellement en ce qui concerne le secteur concurrentiel, et de la production tertiaire. Dans cette évolution, satisfaisant pleinement les objectifs attendus d’une dévaluation sur le plan interne, apparaît le succès de l’opération monétaire menée en Côte-d’Ivoire. Un essor du commerce extérieur La reprise de l’activité – facilitée par la variation, en monnaie nationale, des prix des importations et des exportations – issue de la dévaluation, a essentiellement profité aux secteurs d’exportation et d’importsubstitution qui ont pu favoriser, de ce fait, une meilleure compétitivité externe de la Côte-d’Ivoire. La géographie des échanges du pays avec ses partenaires commerciaux, de même que la position de sa balance courante en ont été transformées. Géographie des échanges Le changement de parité, en rendant moins attractives les importations en provenance de pays extérieurs à la zone dévaluée, a légèrement modifié la géographie des échanges de la Côte-d’Ivoire avec ses partenaires commerciaux. Néanmoins, les grandes tendances restent inchangées : la Communauté européenne, puis la sousrégion africaine, demeurent les zones avec lesquelles le pays entretient la majeure partie de ses échanges. En 1994, le commerce ivoirien avec ses principaux voisins africains a été affecté par le ralentissement de la demande intérieure de ces pays. En conséquence, les ventes vers le Mali et le Burkina Faso ont chuté tandis que les importations en provenance du Sénégal ont progressé. Néanmoins, la balance commerciale de la Côted’Ivoire demeure excédentaire avec l’Afrique qui occupe une part non négligeable du commerce ivoirien (23,5 % des exportations, 23,3 % des importations). L’essentiel des échanges s’effectue avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA)11 dont le niveau des exportations vers cette dernière demeure élevé (11,3 % du total en 1996) tandis que les importations restent faibles (0,81 % du total en 1995). VALEUR DU COMMERCE DE LA CÔTE-D’I VOIRE AVEC LA CEDEAO, EN MILLIARDS DE f. CFA COURANTS Exportations ivoiriennes vers la CEDEAO - dont l’UEMOA Importations ivoiriennes de la CEDEAO - dont l’UEMOA Balance commerciale avec la CEDEAO Balance commerciale en % du PIB 1993 131,52 87,72 126,18 8,99 +35,33 1,20 1994 330,93 172,45 185,90 9,40 +145,03 3,50 1995 341,58 197,86 215,54 12,25 +126,03 2,50 1996 418,34 248,46 305,29 16,07 +113,04 2 Source : I NSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE, 1993-1996 Entre 1993 et 1996, le surplus commercial ivoirien n’a cessé de s’accélérer avec l’UEMOA alors qu’il régresse, après son niveau record de 1994, avec la CEDEAO (-13 % en 1995, -10,3 % en 1996) en raison d’une progression plus rapide des importations. Ainsi, comptant pour 3,5 % du PIB en 1994, il tombe à 2 % deux ans plus tard. Ces tendances sont à relativiser du fait de l’importance du commerce transfrontalier. Le commerce avec l’Afrique, en hausse, occupe la deuxième place dans les échanges par zone de la Côted’Ivoire car, malgré leur réorientation au profit des pays limitrophes depuis la dévaluation et l’effritement qui s’ensuit de la part de l’Europe, la France demeure le premier partenaire de la Côte-d’Ivoire avec 26 % du total des importations et 17 % des exportations. VALEUR DU COMMERCE DE LA CÔTE-D’I VOIRE AVEC LA FRANCE, EN MILLIONS DE FF Exportations ivoiriennes Importations ivoiriennes Balance commerciale de la Côte-d’Ivoire vis-à-vis de la France 1994 3 618,940 2 944,852 +674 088 1995 4 585,549 4 679,417 -94 068 1996 4 161,190 4 098,839 +62 351 1997 3 824,149 3 641,635 +182 514 Source : DIRECTION DES DOUANES 11. L’UEMOA est composée des pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. 13 Après une expansion des échanges à l’issue de la dévaluation, au cours de laquelle la valeur des importations avait surpassé celle des exportations, provoquant ainsi un déficit du solde commercial ivoirien en 1995, l’intensité des échanges avec la France s’est affaiblie. Néanmoins, le solde commercial de la Côte-d’Ivoire est redevenu positif en 1996 pour se consolider l’année suivante puisqu’au cours de ces deux années, la chute des importations a été plus vive que celle des exportations (-12,4 % en 1996 puis – 11,1 % en 1997 pour les importations contre – 9,2 % en 1996 puis – 8,1 % en 1997 pour les exportations), avec des taux de décroissance des échanges ralentis en 1997. La position de la balance courante La dynamique de la dévaluation, et son impact sur le solde de la balance commerciale, résulte du jeu de deux types d’effets et de leur décalage dans le temps : – un effet-prix immédiat et négatif, résultant de la hausse des prix, en monnaie nationale, des importations simultanément à la chute des prix des exportations, en devises étrangères12 ; – un effet-volume positif, plus lent à réagir, nécessaire pour compenser la détérioration des termes de l’échange. Ainsi, la prédominance de l’effet-prix dans une première phase conduit à une chute du solde de la balance commerciale avant une nette amélioration, à moyen terme, conséquence de la meilleure compétitivité externe. C’est ce processus théorique, appelé “courbe en J”, que tout pays dévaluateur doit nécessairement subir. Exportations La Côte-d’Ivoire occupe une place déterminante tant dans les exportations vers la Zone Franc puisque les ventes de cacao ivoirien constituent 86 % des ventes totales de ce produit, celles de café 62 %, de coton 18 % ou d’ananas 100 %, qu’au niveau mondial, la Côte-d’Ivoire étant le premier pays exportateur de cacao. VALEUR DES EXPORTATIONS IVOIRIENNES EN MILLIARDS DE f. CFA COURANTS Exportations - dont cacao en fèves - dont café vert - dont produits pétroliers Exportations en % du PIB 1993 713,20 223,70 56,80 109,70 24,20 1994 1 592,80 454,70 105,70 180,50 38,50 1995 1 906,60 549,20 169,20 202,80 37,90 1996 2 238,20 746,20 121,00 335,00 41,10 Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO. L’évolution la plus spectaculaire de 1994 a concerné le remarquable développement des exportations en valeur (+123,3 %) puisque, de 713,2 milliards de f. CFA en 1993, elles ont rapporté, suite à la dévaluation, une recette globale de 1 592,8 milliards de f. CFA qui équivaut à 38,5 % du PIB, soit un taux légèrement supérieur à l’objectif fixé (38,4 %). Cette hausse des exportations a essentiellement résulté des ventes de cacao en fèves et de café vert dont les valeurs ont crû respectivement de 103,3 % et 86,1 % entre 1993 et 1994 (454,7 milliards de f. CFA contre 223,7 milliards pour le cacao et 105,7 milliards contre 56,8 milliards pour le café). Ainsi, les exportations de cacao représentaient 28,5 % des ventes totales. Le dynamisme de 1994 s’est atténué l’année suivante pour rapporter 1 906,6 milliards de f. CFA, soit une hausse de près de 20 %. Cette dernière s’explique toujours par les mêmes produits : hausse de 20,7 % de la valeur des ventes de cacao, rapportant 549,2 milliards de f. CFA, hausse de 60,1 % de celle du café (169,2 milliards de f. CFA). Par ailleurs, la part des produits agricoles traditionnels a eu tendance à décroître au profit d’une reprise des ventes de produits non traditionnels et de produits vivriers. Fin 1995, l’ensemble des exportations représentait 39,7 % du PIB, en légère augmentation par rapport à la fin de 1994. Les exportations, en 1996, sont restées dominées par les produits primaires, essentiellement le café et le cacao (38,7 % du total), même si la part des ventes des produits pétroliers tend à augmenter grâce à la mise en production des gisements de “Panthère” et “Lion” : de 11,3 % en 1994 à 14,9 % en 1996. Ces produits ont fourni 335 milliards de f. CFA, soit une progression de 65 % par rapport à 1995, progression supérieure à celle du cacao en fèves (+35,8 %). La chute des exportations en valeur du café (-28,5 %) est liée au fléchissement continu des cours sur le marché international, les quantités exportées de café s’étant accrues. Cependant, la tendance au ralentissement du rythme de progression des exportations s’est poursuivie en 1996, avec un taux de croissance de 17,4 %, rapportant ainsi 2 238,2 milliards de f. CFA (41,1 % du PIB). 12. Néanmoins, le changement de parité accroît la contrepartie des exportations en monnaie nationale. 14 L’évolution pour le premier semestre de 1997 indiquait une stabilité des exportations en valeur, avec une stagnation pour le cacao, une expansion pour le café et un recul pour tous les autres produits. Ce développement des exportations en valeur signifie-t-il que l’effet-volume s’est réalisé ? Après une chute en 1993, les exportations en volume se sont faiblement redressées en 1994 (+4 %) grâce, essentiellement, aux produits transformés (+20,2 % contre -10,6 % en 1993). En effet, les ventes à l’extérieur sont principalement constituées de produits de base pour lesquels la demande étrangère est peu élastique. Sur ceci, se greffe un manque de flexibilité de l’offre agricole qui a entraîné des volumes exportés moins importants que prévus : stagnation pour le cacao en fèves et chute de 25 % pour le café. En revanche, les autres produits primaires développent leurs exportations, tel l’ananas frais. En fin d’année, suite à des perturbations climatiques, le volume d’exportation des produits industriels s’est ralenti, conséquence d’un déficit de production de matières premières, comme le coton ou le cacao fève pour le cacao transformé. En 1995, les volumes d’exportation du cacao en fèves et du café se sont redressés avec, respectivement, des hausses de 8,9 % et 5,5 % : les exportations de cacao en fèves sont passées de 706 000 tonnes en 1994 à 769 100 en 1995 tandis que celles de café vert ont atteint 143 859 tonnes en 1995 contre 136 282 en 1994. De même, la majorité des principaux postes a progressé, à l’exception du bois dont le volume d’exportation s’est contracté de 6,9 %. Au total, les exportations se sont consolidées par rapport à 1994, progressant à un rythme de 6,5 %. Elles se sont accélérées en 1996 (plus de +30 %), expliquant alors l’essentiel de la croissance des exportations en valeur. Ainsi, les hausses en valeur du cacao en fèves, du café ou du pétrole résultent des effets d’accroissement des quantités : 1 087 000 tonnes pour le cacao en fèves (plus de +40 % de croissance), 149 022 tonnes pour le café (+4 %) et une progression de près de 90 % pour le pétrole. À l’inverse, les volumes exportés de coton et bois ont accusé de nets reculs. La tendance pour le premier semestre de 1997 était à une compression des quantités exportées. Compensées par des prix en nette croissance, elles assuraient la stabilité des exportations en valeur. En conséquence, ce n’est qu’à partir de 1996 que le rythme de croissance des exportations en volume excède celui des exportations en valeur. Conformément aux prévisions théoriques, l’effet-volume, nécessaire corollaire de l’effet-prix, s’est affirmé deux ans après le changement de parité. Intensifiant ses ventes à l’étranger, la Côted’Ivoire semble avoir amélioré sa compétitivité externe. Il est à craindre, néanmoins, que la réalisation de cet effet-volume ne soit vite amortie par les premières tendances de 1997. Importations VALEUR DES IMPORTATIONS EN MILLIARDS DE f. CFA COURANTS 1993 1994 Importations 501,30 851,30 - dont biens d’équipement 99,20 191,20 - dont produits pétroliers 109,30 184,80 Importations en % du PIB 17 20,60 Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO 1995 1 235,10 247,90 199,30 24,50 1996 1 286,80 285,30 282,50 23,60 Suite au renchérissement des produits importés, les achats de la Côte-d’Ivoire ont progressé de 69,8 % en 1994. Avec un coût de 851,3 milliards de f. CFA, ils représentaient 20,5 % du PIB, un pourcentage en deçà de l’objectif fixé. Cette croissance trouve son origine dans l’achat de biens intermédiaires et de biens d’équipement (+92,7 % soit 22,4 % du total des importations), conséquence de la reprise des investissements, notamment dans le secteur énergétique, et dans une moindre mesure, dans le secteur alimentaire. Le développement des importations s’est poursuivi en 1995 (24,5 % du PIB), ce qui confirme la relance de l’activité économique : investissements des entreprises et consommation locale. En effet, en hausse de 45,1 %, elles ont coûté à la Côte-d’Ivoire la somme de 1 235,1 milliards de f. CFA dont 247,9 milliards pour les biens d’équipement (+29,7 %). La moindre progression des importations de produits pétroliers et de gaz traduit les progrès de la Côte-d’Ivoire vers l’indépendance énergétique. En 1996, le rythme de croissance des importations s’est nettement ralenti (+4,2 %), en raison du recul des importations de biens alimentaires ainsi que d’une meilleure substitution des productions locales aux produits auparavant importés. La part des importations dans le PIB régresse alors à 23,6 %. Néanmoins, les importations de biens d’équipement ont continué à croître (22,1 % du total des importations contre 20 % en 1995), consolidant ainsi la reprise et le dynamisme de l’activité économique. La tendance pour le premier semestre de 1997 était à une extension de la valeur des importations (+8 %). Cette progression des importations en valeur cache, en réalité, une contraction des achats en volume 15 consécutive à la dévaluation. En effet, en 1994, les quantités importées chutaient de 11,9 % suite à la diminution, d’une part, de la demande intérieure et à sa réorientation en faveur des produits locaux, et d’autre part, à la réduction de l’activité dans les branches consommatrices d’intrants étrangers. Ainsi, étaient concernées les importations de produits alimentaires tels les produits laitiers (-50 %), les fruits et les légumes (-66 %), les poissons frais (-44 %) ou le riz (-34 %) mais également, les importations de produits pharmaceutiques (-37 %) ou les livres (-29 %). Lors du dernier trimestre de 1994, les importations en biens d’équipement se sont redressées pour s’intensifier en 1995 avec un taux de croissance en volume de 94,3 %. À l’instar de cette catégorie, l’ensemble des postes d’importation a progressé en volume en 1995 : +41,4 % pour les produits alimentaires ; +57 % pour les autres biens de consommation et +14,8 % pour les biens intermédiaires, impliquant une croissance globale de 44 % du volume de l’ensemble des importations. Il est intéressant de souligner, pour 1995, la chute des prix en monnaie nationale de certains biens importés, contrairement à l’effet théorique d’une dévaluation. C’est notamment le cas des biens d’équipement (-16,6 %), mais aussi des produits pharmaceutiques (-19,1 %), des poissons frais (-2,7 %) ou du riz (-0,4 %). En 1996, ces diminutions de prix ont persisté, favorisant un développement des importations de 7,8 % en volume. Les quantités importées de biens d’équipement progressaient de 13,1 %, celles de produits semi-finis de 9,4 %, à l’inverse des produits alimentaires dont les volumes chutaient de 5,9 %. La tendance pour le premier semestre de 1997 décrivait un relèvement des prix freinant le volume des quantités importées (-5 %). Ce relèvement n’est, néanmoins, pas perceptible au niveau de toutes les branches car seuls les combustibles, lubrifiants et biens d’équipement semblent concernés. Les branches restantes continuent de subir des baisses de prix. Ainsi, globalement, la hausse des prix des produits importés s’est révélée relativement modérée, inférieure à 100 %, ce qui a pu réduire l’effet-volume prévu pour les importations. Les explications de cette hausse modérée sont à rechercher aux différents niveaux de la formation des prix : tout d’abord, aux prix à la frontière, puis au type de politique douanière et fiscale. Or, la politique de libéralisation de la Côte-d’Ivoire a réduit les droits de douane et taxes sur les importations de 25,8 % en 1993 à 20,9 % en 1995, ce qui a légèrement atténué le gain de compétitivité des productions locales. Solde des paiements courants Traditionnellement, le solde commercial ivoirien est positif. En 1993, il s’établissait à 211,9 milliards de f. CFA. Le changement de parité a eu pour effet d’améliorer le taux de couverture du pays qui a atteint 136,1 % en 1995 et 151,2 % en 1996. De ce fait, l’excédent commercial s’est fixé, en 1994, à 741,5 milliards de f. CFA, soit à un niveau supérieur à l’objectif prévu (+564 milliards de f. CFA). Il a, en conséquence, plus que triplé (+250 %) en f. CFA mais, mieux encore, presque doublé en FF. En 1995, le développement des importations, plus rapide que celui des exportations, a stoppé l’expansion de l’excédent commercial qui est tombé à 671,5 milliards de f. CFA, accusant une chute de 9,4 %. Il s’est néanmoins relevé l’année suivante (+41,6 %) pour atteindre 951,4 milliards de f. CFA grâce au rythme plus modéré des importations. Ces moyennes annuelles peuvent, néanmoins, cacher de fortes disparités trimestrielles. Ainsi, il semble intéressant d’effectuer une analyse plus fine afin de déterminer si la Côte-d’Ivoire a subi le phénomène “courbe en J”, à savoir si sa balance commerciale s’est immédiatement détériorée après la dévaluation suite à l’effet-prix avant de s’améliorer, grâce au développement de l’effet-quantité positif. ÉVOLUTION DES EXPORTATIONS , IMPORTATIONS ET SOLDE COMMERCIAL EN MILLIONS DE US$ 1993 1994 I II III IV I II III IV Exp 838,50 867,30 718,20 782,90 885,00 930,40 920,80 909,40 Imp 521,40 533,20 577,60 547,70 431,80 491,50 516,60 658,80 BC 317,10 334,10 140,60 235,20 453,20 438,90 404,20 250,60 I II III I II III IV I II Exp 1 091,00 1 206,30 1 177,70 1 083,60 1 437,10 1 231,00 1 140,80 1 187,00 1 258,50 1 186,40 Imp 737,00 951,90 752,20 815,60 691,70 674,60 681,50 861,00 713,70 711,60 BC 354 254,40 425,60 268,00 745,40 556,40 459,30 326,00 544,80 474,80 1995 1996 IV 1997 Source : FMI, Direction of Trade Statistics Quarterly 16 800 700 600 500 400 300 200 100 0 1993 BC MM 1994 1995 1996 1997 Les balances commerciales trimestrielles de la Côte-d’Ivoire évoluent de façon erratique depuis la dévaluation. Néanmoins, le calcul des moyennes mobiles laisse apparaître que le pays subit le phénomène “courbe en J”, mais avec un certain décalage temporel en comparaison de la courbe en J théorique, la balance commerciale poursuivant sa croissance au cours du premier trimestre de 1994. L’effet-prix n’a donc pas été entièrement vérifié juste après le changement de parité car, même si les importations ont été renchéries en monnaie nationale, il semblerait que les exportations aient bénéficié d’un effet-prix positif non conforme à la théorie, puisque la hausse des exportations en valeur excède très largement celle des exportations en volume. Ainsi, au cours du premier semestre de 1994, les exportations ont crû en valeur de 13 % par rapport au dernier trimestre de l’année précédente, alors que dans le même temps, en raison de la contraction logique des quantités importées due à la hausse de leurs prix, la valeur des importations chutait de 21 %. À partir du deuxième trimestre de 1994, la balance commerciale vérifie le schéma de la “courbe en J” traditionnelle : elle tend à se détériorer jusqu’à la fin de l’année avant de s’améliorer, début 1995, jusqu’au premier trimestre de 1996. Après cette date, elle décroît à nouveau sous l’effet d’une diminution des exportations aux deuxième et troisième trimestres de 1996, face à une moindre décroissance d’abord, puis à une augmentation des importations. Cette tendance croissante de l’excédent commercial a été atténuée, en 1994, par un gonflement du déficit de la balance des services (628,7 milliards de f. CFA en 1994 contre 409,4 milliards en 1993), essentiellement provoqué par un alourdissement des intérêts versés sur la dette extérieure : de 211,4 milliards de f. CFA, ils sont passés à 303,7 milliards. Cependant, en 1994, après un déficit de 197,5 milliards de f. CFA, la balance courante hors transferts unilatéraux devenait excédentaire de 112,8 milliards. En 1995, le déficit des services s’est alourdi de 155 milliards de f. CFA par un gonflement des dépenses de services liées aux échanges commerciaux effectués dans un contexte de libéralisation du secteur des transports, alors que les charges d’intérêt se sont réduites à 301,7 milliards de f. CFA. De ce fait, l’excédent des paiements courants hors transferts unilatéraux s’est contracté et est devenu négatif de 112,2 milliards de f. CFA. Le déficit des services s’est accentué à nouveau, en 1996 (875 milliards de f. CFA), conséquence d’un manque de compétitivité de l’offre touristique, d’une faiblesse relative des exportations de service ainsi que du poids des intérêts de la dette extérieure (286,2 milliards de f. CFA). Cette dégradation de la situation des services, moins rapide que l’expansion de la balance commerciale, a permis au solde de la balance des paiements courants hors transferts unilatéraux de redevenir positif (+76,4 milliards de f. CFA) limitant, de ce fait, les besoins de financements extérieurs du pays appréciés par le montant des transferts unilatéraux. Suite à la dévaluation, la balance des transferts unilatéraux est devenue excédentaire de +205,1 milliards de f. CFA, grâce à une forte progression des entrées de transferts unilatéraux du secteur public (52,9 milliards de f. CFA en 1993 puis 399,9 milliards en 1994), exprimant l’importance de l’aide publique extérieure dont la Côted’Ivoire a bénéficié en appui de la dévaluation. Cette aide s’est appréciée de près de 280 % en FF (+656 % en f. CFA) entre 1993 et 1994. Par suite d’une moindre entrée des transferts unilatéraux publics (92,8 milliards de f. CFA puis 81,2 milliards), la balance des transferts unilatéraux est redevenue déficitaire en 1995 et 1996, respectivement de -147,8 milliards et -195,1 milliards de f. CFA. Il est indéniable que le commerce ivoirien a su profiter du changement de parité : les chiffres en témoignent. Néanmoins, le retard observé dans le processus de la “courbe en J” conduit à s’interroger sur l’origine de l’essor du commerce extérieur au début de l’année 1994. Celui-ci semblerait résulter davantage d’une compression des importations en volume et d’une explosion inattendue des exportations en valeur que d’une véritable relance des ventes à l’étranger. Ainsi, des facteurs externes au pays favoriseraient les exportations ivoiriennes, ce qui, d’une part, réduirait la responsabilité de la dévaluation dans le bilan observé et nuancerait donc son efficacité et, d’autre part, fragiliserait la reprise en Côte-d’Ivoire. 17 LA FRAGILITÉ DE LA REPRISE La reprise ivoirienne paraîtrait, en réalité, reposer sur des bases peu solides, tributaires, non seulement des fluctuations des prix de ventes des matières premières exportées, mais également de l’évolution des structures internes du pays. Or, la dévaluation s’est produite dans un contexte international favorable aux pays exportateurs de matières premières. En outre, la Côte-d’Ivoire n’a pu réellement solidifier ses structures internes. Des facteurs externes favorables Goreux13 décompose l’augmentation de la valeur des exportations exprimée en f. CFA en deux effets : un effet quantité, qui donne une idée de la réponse de l’offre au changement de parité, et un effet prix. Ce dernier se subdivise en deux sous-effets, relatifs aux mécanismes de la dévaluation et aux variations des cours mondiaux. Soit la valeur (PiQi) exprimée en f. CFA et la quantité (Qi) du produit i exportée par la Côte-d’Ivoire en temps t-1 et t, l’augmentation de la valeur des exportations de produit i de t-1 à t se décompose en : Pi, tQi, t - Pi, t-1Q i, t-1 = Qi, t (Pi, t -Pi, t-1) + Pi, t-1 (Qi, t -Q i, t-1) (augmentation en valeur) = (effet prix) + (effet quantité) L’effet prix se décompose en : – un effet dû à l’augmentation des cours mondiaux exprimés en FF (0,01Pt-0,02Pt-1) multiplié par 50, le taux de change de t-1 ; – un effet mécanique de la dévaluation : Qi,t (Pi,t -Pi,t-1) = 0,5Qi, tPi, t + Qi, t (0,5Pi, t -Pi, t-1) (effet prix) = (effet mécanique de la dévaluation) + (effet dû aux variations des cours mondiaux exprimés en FF) Il ressort de son analyse les résultats globaux suivants concernant l’augmentation de la valeur des exportations hors pétrole en milliards de f. CFA : Effet quantité Effet cours mondiaux Effet mécanique Total 1994-1993 26 51 601 678 1995-1994 54 120 174 1995-1993 80 171 601 852 Parts (%) 9 20 71 100 Source : GOREUX, 1995, p. 31 En Côte-d’Ivoire, 9 % de l’augmentation de la valeur des exportations est imputable à l’effet quantité ; 20 % à l’effet cours mondiaux et 71 % à l’effet mécanique de la dévaluation. Les effets quantité et cours mondiaux sont deux fois plus importants en 1995 qu’en 1994, avec une croissance plus rapide de l’effet cours mondiaux. De 1993 à 1995, ce dernier serait équivalent à plus de 3 % du PIB 1995, et porterait presque exclusivement sur les produits bruts. Ainsi, l’effet cours mondiaux concernant les produits transformés, est négatif et décroissant, à l’inverse de l’effet quantité qui traduit un volume d’exportation croissant. Par contre, les quantités exportées de produits primaires se contractent légèrement suite à la dévaluation (-4,9 milliards de f. CFA en 1994), en particulier le café vert (-16,44 milliards de f. CFA), ce qui pourrait traduire le manque de flexibilité de l’offre agricole. Ce dernier serait compensé par une envolée des cours puisque cet effet est nettement positif et fortement croissant de 1993 à 1995 (+56,99 milliards de f. CFA en 1994 puis +131,97 en 1995). Au sein des produits primaires, les hausses des cours du café vert et du cacao fèves sont de loin les principaux responsables (respectivement +81,96 milliards de f. CFA et +93,32 milliards de f. CFA sur un total de 188,97 milliards) de l’augmentation de la valeur des exportations. En conséquence, le succès de la dévaluation serait-il plus le fait d’éléments externes, tels les cours mondiaux, qu’internes à la Côte-d’Ivoire ? En outre, les prix des matières premières étant fixés en US$ sur les marchés internationaux, les variations de leurs cours peuvent être amplifiées par celles de la devise : une appréciation du US$ vis-à-vis des FF et f. CFA accroît la contrepartie, en f. CFA, des recettes d’exportation. Au début des années 1980, la chute du prix des matières premières n’avait pu être compensée par la hausse 13. L. GOREUX, 1995. 18 du US$. En 1994, la dévaluation s’est produite dans un contexte de croissance généralisée des cours mondiaux des principaux produits agricoles d’exportation. Depuis, l’évolution de l’US$ a-t-elle amplifié cette tendance expansionniste ? Nous allons examiner le cas des deux principales cultures d’exportation de la Côte-d’Ivoire. Le café Les cours du café en US$ ont explosé lors des trois premiers trimestres suivant la dévaluation, avant de s’affaiblir en 1995 et 1996 pour revenir à un niveau presque équivalent à celui de 1994. ÉVOLUTION DU COURS DU CAFÉ ROBUSTA POUR 100 KG EN US$ (Cours en US$) 450 400 350 300 250 cours en USD 200 150 100 50 1994 1995 1996 1997 En considérant l’évolution du cours en US$, conjuguée à celle du taux de change de l’US$ par rapport au FF, se déterminent les recettes d’exportation en FF, et donc par prolongement en f. CFA, du café Robusta. ÉVOLUTION DU COURS DE L’US$ EN FF US$ en FF 04-01 5,90 29-03 5,70 1994 28-06 04-10 5,43 5,28 06-12 5,37 03-01 5,36 28-03 4,82 1995 04-07 03-10 4,83 4,94 12-12 4,98 US$ en FF 02-01 4,88 02-04 5,03 1996 02-07 01-10 5,15 5,14 03-12 5,29 04-02 5,54 08-04 5,76 1997 01-07 07-10 5,87 5,88 02-12 5,92 Source : Marchés tropicaux et méditerranéens, 1994-1997 ÉVOLUTION DU COURS DU CAFÉ ROBUSTA, LES 100 KG CAF (Coût d’assurance frêt) EN FF 1994 Cours du café en FF 04-01 720 29-03 855 28-06 1 760 04-10 2 150 Cours du café en FF 02-01 895 02-04 1 035 02-07 970 01-10 880 1995 06-12 1 635 03-01 1 560 28-03 1 545 04-07 1 405 03-10 12-12 1 315 1 050 03-12 745 04-02 930 08-04 1 065 01-07 1 060 07-10 02-12 1 020 1 160 1996 1997 Source : Marchés tropicaux et méditerranéens, 1994-1997 Ainsi, la dépréciation de l’US$ par rapport au FF a légèrement amorti l’explosion des cours du café qui est restée, néanmoins conséquente en FF puisqu’entre le 4 janvier 1994 et le 4 octobre 1994, les recettes d’exportation ont presque triplé. Le cacao Les cours du cacao en US$ ont suivi une tendance à la hausse relativement continue en 1994, contrairement aux trois années suivantes au cours desquelles l’évolution a été beaucoup plus irrégulière. SOIT L’ÉVOLUTION DU COURS DU CACAO EN US$, PAR TONNE POUR CES TROIS ANNÉES 19 1995 Cours du cacao en US$ 1996 03-01 28-03 04-07 03-10 12-12 02-01 02-04 02-07 01-10 03-12 1 421, 7 1 425, 9 1 423, 3 1 373, 8 1 395, 4 1 356, 9 1 415, 5 1 528, 4 1 490, 1 1 493, 2 04-02 08-04 01-07 07-10 01-12 1 422, 9 1 539, 1 1 817, 4 1 805, 3 1 665, 0 1997 Cours du cacao en US$ Source : Marchés tropicaux et méditerranéens, 1995-1997 ÉVOLUTION DU COURS DU CACAO EN US$ PAR TONNE 1900 1800 1700 1600 cours du cacao 1500 1400 1300 1995 1996 1997 Les recettes en US$ sont relativement stables ou décroissantes en 1995, avant d’augmenter les années suivantes. L’évolution de l’US$ par rapport au FF, et de ce fait au f. CFA, renverse-t-elle la tendance de 1995 et accentue-t-elle celle de 1996 et 1997 lorsqu’elle détermine les recettes d’exportation en FF ? Plusieurs phases se dessinent : – entre le 3 janvier 1995 et le 28 mars 1995, la hausse du cours en US$ peut être atténuée par la dépréciation de la devise ; – entre le 28 mars 1995 et le 3 octobre 1995, l’appréciation del’US$ peut compenser la chute du cours ; – entre le 3 octobre 1995 et le 2 janvier 1996, la baisse de l’US$, accentuée par celle du cours, devrait provoquer un effondrement des recettes en FF ; – entre le 2 janvier 1996 et le 2 juillet 1996, la hausse de l’US$, associée à celle du cours, devrait amplifier les recettes en FF ; – entre le 2 juillet 1996 et le 1er octobre 1996, les chutes du cours et del’US$ affaiblissent les recettes en FF ; – entre le 1er octobre 1996 et le 3 décembre 1996, les hausses de l’US$ et du cours accroissent les recettes en FF ; – entre le 3 décembre 1996 et le 4 février 1997, la chute du cours peut être amortie par l’appréciation de l’US$ ; – entre le 4 février 1997 et le 1er juillet 1997, la hausse de l’US$ associée à celle du cours augmente les recettes en FF ; – entre le 1er juillet 1997 et le 2 décembre 1997, l’appréciation de l’US$ peut compenser la baisse du cours. 20 ÉVOLUTION DU COURS DU CACAO EN FF 11000 10000 9000 cours du cacao 8000 7000 6000 1995 1996 1997 Dans la détermination du cours du cacao en FF, les variations de l’US$ en FF ont amplifié celles des cours du produit en US$, que ce soit à la hausse ou à la baisse, à l’exception des deux premières phases de 1995 où le mouvement du US$ en FF a dominé celui du cours en US$, ainsi que de la première et de la dernière phase de 1997 où les fluctuations du cours en US$ l’ont emporté sur celles du US$ en FF. En conséquence, le retour de la croissance paraît être le corollaire, certes du changement de parité, mais essentiellement de l’évolution des cours mondiaux, surtout pour 1994, conjuguée à l’appréciation de l’US$ vis-à-vis du FF pour les années 1995, 1996 et 1997. La dévaluation s’est donc produite dans un contexte international extrêmement favorable, où ni l’explosion des cours mondiaux des principaux produits agricoles d’exportation ni l’appréciation de l’US$ n’étaient garanties, ce qui pourrait expliquer le retard de la “courbe en J”. Un scénario moins optimiste aurait pu être envisageable en l’absence de ces facteurs externes positifs que la Côte-d’Ivoire contrôle peu. C’est donc en partie sur ceux-ci que s’appuie la reprise dans ce pays, ce qui, sur le plan interne la fragilise, d’autant plus que des faiblesses internes persistent. Des faiblesses internes persistantes Le succès d’une dévaluation dépend, en partie, du partage des gains issus de l’opération monétaire et de sa capacité à poser les bases solides d’une croissance future. Or, en Côte-d’Ivoire, le partage des gains aurait pu être moins équitable, mais le pays souffre toujours d’une profonde pauvreté et d’un relatif immobilisme des réformes. Le partage des gains de la dévaluation Tous veulent goûter aux fruits de la reprise qui semble se dessiner mais certains sont plus puissants que d’autres. La part de l’État Suite à la dévaluation, l’État a tenté de capter l’essentiel de la prime monétaire, ce qui a amélioré substantiellement la situation des finances publiques. • Solde budgétaire primaire Le solde primaire représente l’excès des recettes courantes sur les dépenses courantes, hors intérêts. LES RECETTES : Les recettes hors dons sont en hausse constante depuis 1993. Elles représentaient 17,5 % du PIB en 1993 ; 20,5 % en 1994 ; 22 % en 1995 et 22,3 % en 1996. En progression de 63,4 % en 1994, elles atteignent 846,9 milliards de f. CFA, un montant supérieur à l’objectif prévu (840,2 milliards). Après une hausse de 30,2 % en 1995, elles rapportent 1 103,3 milliards de f. CFA, dépassant ainsi l’objectif prévu (1 074,2 milliards de f. CFA) puis 1 211,2 milliards de f. CFA en 1996 (+9,7 %). Ces résultats positifs sont imputables à l’ensemble des recettes fiscales qui sont passées de 678,5 milliards de f. CFA en 1994 à 897,4 milliards en 1995 et 1 034,4 milliards en 1996 avec, en particulier, une forte croissance des impôts directs (126,4 milliards de f. CFA en 1994 et 145,6 milliards en 1995) et indirects tels les droits et taxes à l’importation 21 (280,6 milliards de f. CFA en 1994 ; 287,9 milliards en 1995) ou les recettes sur exportations (5,7 milliards de f. CFA en 1993 ; 205,7 milliards en 1996). Ces progressions s’expliquent par l’orientation favorable de l’activité économique ainsi que l’élargissement de l’assiette fiscale réalisé par la mise en place de nouvelles mesures fiscales. Une part non négligeable des recettes provient également des transferts, dans les comptes du Trésor, des bénéfices réalisés par la Caistab : des surplus importants ont été dégagés par la filière café-cacao sous forme de droits uniques de sortie ou d’excédents de stabilisation, ceci grâce à l’impulsion donnée par la dévaluation associée à la hausse des cours mondiaux et à l’action du gouvernement : afin de récupérer la plus grande part des gains, l’État comptait instaurer de lourdes taxes à l’exportation. Ajournées depuis 1990, elles ont été restaurées par la loi du 12 novembre 1994 au profit de la Caistab et à des taux très élevés, supérieurs de 45 % pour le café et de 13 % pour le cacao à ce qu’ils étaient dans l’ancien système. De quoi rapporter au Trésor ivoirien un surplus considérable, de l’ordre de 180 milliards de f. CFA supplémentaires pour 1994 et 1995. Néanmoins, en 1996, l’excédent de stabilisation a chuté (70,1 milliards de f. CFA contre 112,7 milliards en 1994 et 135,9 milliards en 1995) en raison de la faiblesse des cours internationaux du café. Afin de maintenir l’équilibre de cette filière, le gouvernement a décidé de réduire de 93,7 % les droits uniques de sortie qui ont été fixés à 10 f. CFA par kilo. Ainsi, le développement des recettes fiscales devient conséquent, mais il reste à intensifier car le gonflement des recettes d’exportation ne devrait être que temporaire, d’autant plus que celles issues de l’excédent de stabilisation devraient progressivement décroître sous la pression de l’augmentation des prix garantis aux producteurs. Venant en appui de l’expansion des recettes, les aides internationales sous forme de dons extérieurs ont apporté 29,7 milliards de f. CFA en 1994, 30 milliards en 1995 puis 40 milliards en 1996. LES DÉPENSES : suite à la volonté du gouvernement de contenir ses charges courantes, celles-ci ont globalement pu être maîtrisées. De ce fait, de 796 milliards de f. CFA en 1993, les dépenses budgétaires courantes ont progressé à un taux inférieur à l’objectif prévu pour 1994 puisqu’elles ont atteint 971 milliards de f. CFA, mais supérieur à celui de 1995 avec une hausse de 7,3 % contre 5,3 % fixé, coûtant ainsi 1 042,5 milliards de f. CFA. Elles se sont élevées à 1 079,7 milliards en 1996. Les dépenses relatives aux salaires et traitements ont bien été maîtrisées (314,6 milliards de f. CFA en 1993 ; 328 milliards en 1994 ; 346,3 milliards en 1995 et 389,6 milliards en 1996), se situant en-dessous des prévisions en 1994 puis dépassant légèrement le plafond fixé à 337 milliards en 1995 du fait de la hausse des salaires décidée dans la fonction publique à partir du 1er janvier 1995, avant d’être contenues en deçà du plafond fixé en 1996 en raison de la baisse des effectifs enregistrés (-2,1 %). Ces dépenses ne représentaient plus que 37,6 % des recettes fiscales en 1996 contre 72 % en 1993. Les autres dépenses courantes ont été réorientées vers les secteurs de l’enseignement, de la santé ainsi que des investissements publics. Ainsi, en 1994, la croissance des dépenses courantes a essentiellement résulté d’un alourdissement de la charge d’intérêts au titre de la dette extérieure (303,7 milliards de f. CFA sur un total de 348,3 milliards de f. CFA d’intérêts de la dette publique) si bien qu’en 1995, l’ensemble des intérêts (343,2 milliards de f. CFA dont 301,7 milliards au titre de la dette extérieure) représentait plus de 30 % des dépenses courantes. L’année suivante, les intérêts de la dette publique ont enregistré une légère décroissance de 5,5 % pour se fixer à 324,3 milliards de f. CFA dont 286,2 milliards concernant la dette extérieure. Dans l’ensemble, le poids relatif des dépenses courantes dans le PIB régresse, passant de 23,4 % en 1994 à 20,7 % en 1995 et 19,8 % en 1996. Dépassant leur niveau envisagé du fait de la reprise des grands projets d’infrastructure, les dépenses d’investissements publics ont fortement crû en 1994 (+115 %) pour atteindre 280,1 milliards de f. CFA en 1995 (5,56 % du PIB) alors que l’objectif se fixait à 233,2 milliards de f. CFA et 4,9 % du PIB, et 300 milliards de f. CFA en 1996 (5,5 % du PIB). LE SOLDE PRIMAIRE : grâce à l’amélioration des recettes et aux efforts visant à contrôler les dépenses, le solde primaire, après avoir été négatif de 19,2 milliards de f. CFA en 1993, a dépassé son objectif prévu en 1994 pour s’établir à 404 milliards de f. CFA en 1995, soit 8,02 % du PIB, et 455,8 milliards en 1996 (8,37 % du PIB). Néanmoins, l’excédent du solde primaire reste limité par le poids de la dette publique. POIDS DE LA DETTE : le redressement des finances publiques conjugué au supplément d’aides des bailleurs de fonds a incité, conformément aux accords avec le FMI, à une accélération du remboursement d’arriérés de paiements intérieurs et extérieurs. Néanmoins, la dette publique reste, en raison de son poids insupportable (1 100 milliards de f. CFA en 1993 soit 42 % du PIB), une menace pour la stabilité économique du pays, d’autant plus que la dévaluation a eu pour effet de faire passer du simple au double la valeur, en f. CFA, de la dette extérieure libellée en devises étrangères. Fin 1996, la dette totale du pays s’élevait à 9 731,6 milliards de 22 f. CFA, ce qui équivalait à 178 % du PIB. Or, une solution durable à ce problème est le préalable à toute relance et au développement économique. Suite au changement de parité, les remboursements intérieurs ont été payés par voie de remboursement pour 70 milliards de f. CFA et de titrisation pour 20 milliards de f. CFA environ, contre 53 milliards prévus. En deux ans (1994 et 1995), l’État a ainsi pu régler plus de 150 milliards de f. CFA d’arriérés de dette intérieure. Le solde devait être totalement apuré en 1996. Cependant, malgré les annulations et restructurations de 1994 qui ont permis de faire face aux échéances de la dette extérieure multilatérale et bilatérale, celle-ci reste encore excessive. La communauté internationale s’était engagée, en 1994, à soutenir la mise en œ uvre du programme d’ajustement sous forme de nouveaux prêts et d’allégements de dette pour un montant global de 616,6 milliards de f. CFA. En 1995, elle soutenait la poursuite de son plan en mobilisant 365,5 milliards de f. CFA dont 120 milliards de la France ; 106,7 milliards de la Banque mondiale ; 89,5 milliards du FMI et 37,4 milliards de l’Union européenne. Le réaménagement de la dette se fixait à 223,4 milliards de f. CFA, le remboursement à 422,1 milliards et le poids des intérêts à 301,7 milliards. Mais malgré ces mesures et les allégements du Club de Paris, la dette publique extérieure, en hausse par rapport à 1995 car estimée à 8 688,9 milliards de f. CFA fin 1996 soit 158,5 % du PIB et 360 % de la valeur totale des exportations, continue à peser lourdement sur les finances de l’État. La Côte-d’Ivoire devrait négocier avec le Club de Paris dans les termes dits de Lyon qui font encore plus de concessions. Parallèlement, elle devait être déclarée, en juin 1997, éligible à l’initiative d’allégement de la dette des pays pauvres très endettés mise en place par le FMI et la Banque mondiale. L’objectif recherché visait la réduction importante de la dette extérieure. Cependant, le pays sera définitivement éligible une fois conclue la nouvelle facilité d’ajustement structurel (FAR), couvrant la période 1998-2000. Ainsi, même si l’État a pu honorer ses échéances vis-à-vis de ses créanciers publics depuis 1994, il serait virtuellement en cessation de paiement si les donateurs ne lui consentaient pas, chaque année depuis la dévaluation, des aides budgétaires considérables. Or, celles-ci s’affaiblissaient en 1995 et devront se réduire dans les prochaines années : elles ne devraient pas atteindre plus de 180,5 milliards nets de f. CFA en 1996. La situation est d’autant plus préoccupante que la dette commerciale auprès du Club de Londres (environ 3 577 milliards de f. CFA dont 99 % d’arriérés) n’était toujours pas réglée en 1996 alors que la Côte-d’Ivoire a cessé de payer depuis mars 1987. C’est pourquoi un accord de restructuration a été signé puis finalisé en mai 1997 avec les banques commerciales dans le cadre du Club de Londres. Il s’est traduit par un allégement significatif – de près de 80 % – du stock de la dette commerciale. La mise en œ uvre de cet accord nécessitait un financement de 237 millions d’US$ pris en charge pour 70 millions par le FMI, 70 par la Banque mondiale, 52 par la France, 10 par la Suisse, 5 par les Pays-Bas et 30 par la Côte-d’Ivoire elle-même. Selon les projections disponibles, l’État sera probablement incapable d’assurer le service de sa dette extérieure, notamment multilatérale, sans aides extérieures, jusqu’en 2005. De ce fait, le fragile équilibre des finances publiques, obéré par le poids de la dette, dépend uniquement d’éléments que le gouvernement ne maîtrise pas : accords avec le Club de Londres, futurs allégements de la dette publique et soutien de la communauté internationale. C’est précisément ce que le gouvernement ivoirien recherchait en optant pour la dévaluation qui, parce qu’elle favorise une plus grande crédibilité du pays aux yeux des institutions financières internationales, permet une reprise de leurs financements. Le facteur clé de la reprise réside donc dans la poursuite de l’aide extérieure grâce au bon déroulement du programme conclu avec le FMI en 1994. Dans cette perspective a été signée, le 9 février 1998, la deuxième FASR couvrant la période 1998-2000 et débloquant un financement de 1,185 milliard d’US$ dont 385 millions en provenance du FMI et 800 millions de la Banque mondiale. Parce qu’il est à craindre que les programmes dans les domaines sociaux ne subissent les méfaits de cet endettement (chaque année, le service de la dette publique extérieure ponctionne environ 700 milliards de f. CFA), après la part de l’État, que reste-t-il du surplus des gains pour la population ? La part de la population La dévaluation est, en réalité, “un des instruments les plus efficaces d’une politique de redistribution du revenu interne vers le secteur externe et une des moins ‘coûteuses’à mener en pratique parce qu’elle procède par variation des prix plutôt que par modification des revenus nominaux. C’est d’ailleurs pour son caractère relativement indolore qu’elle est explicitement recommandée comme moyen de politique des revenus par le FMI”14. En effet, le secteur d’exportation bénéficie d’un surplus de revenu grâce à la prime de change positive liée à l’augmentation de la contrepartie des exportations en monnaie nationale. Sont concernés les salariés 14. J.-M. G ANKOU, 1987, p. 212. 23 élaborant des biens échangés au plan international ou les agriculteurs produisant des cultures d’exportation, en particulier le café et le cacao dont la production est presque totalement exportée. À l’inverse, le secteur domestique subit une perte de pouvoir d’achat, en raison de la contraction de la masse salariale affectant l’emploi, principalement urbain et dominé par la fonction publique, et de la hausse plus rapide, sous l’influence des biens échangeables, du niveau général des prix comparé aux prix du secteur. En conséquence, en l’absence de clauses d’indexation des revenus, ce sont, a priori, les salariés, les ménages des milieux urbains et les secteurs non exportateurs qui souffrent le plus de la dévaluation. Celle-ci est donc censée opérer un transfert massif de pouvoir d’achat de ces catégories vers les entreprises orientées à l’exportation. • Population rurale Le mode de répartition de la valeur ajoutée issue de la dévaluation se confirme par l’évolution des prix payés aux producteurs. Ainsi, en instaurant une politique de revalorisation systématique des prix aux producteurs de cultures d’exportation en cas de hausse des cours mondiaux, le gouvernement visait à redonner une nouvelle vigueur à ce secteur puisque ces prix constituent l’élément essentiel de la rentabilité des exploitations. Il a, de ce fait, favorisé les revenus ruraux. ÉVOLUTION DES PRIX D’ACHAT AUX PRODUCTEURS, EN f. CFA LE KG 1992-1993 170 200 90 Café décortiqué Cacao Coton graine 1993-1994 275 240 105 1994-1995 650 315 150 1995-1996 700 320 170 1986-1997 500 320 150 Source : Rapport annuel Zone Franc, 1996 Les prix d’achat payés en f. CFA aux producteurs ont considérablement augmenté, en particulier ceux de café qui ont plus que triplé (+311 %) entre les campagnes 1992-1993 et 1995-1996. Seuls les prix du riz paddy ont chuté. En moyenne, ces prix ont progressé de 33 %, ce qui a amélioré de façon évidente les conditions de vie dans les campagnes et permis une reprise de la consommation plus marquée qu’en ville, conformément aux prévisions. Néanmoins, cette amélioration se voit atténuée par le renchérissement des biens de consommation finale, des coûts des facteurs de production ou des produits importés nécessaires. Il s’avère alors indispensable de déterminer les variations des prix réels payés aux producteurs. VARIATION DES PRIX RÉELS PAYÉS AUX PRODUCTEURS PAR RAPPORT À LA CAMPAGNE 1992-1993, EN % Café robusta Cacao Coton 1994-1995 +181 +16 +18 1995-1996 +181 +9 +29 Déflateur : indice des prix à la consommation du mois de décembre au milieu de la campagne Source : GUILLAUMONT, 1996, p. 27 En 1993, 80 % des pauvres se trouvaient en zone rurale suite à l’effondrement des cours mondiaux. Depuis la dévaluation, les revenus monétaires des agriculteurs se sont accrus, d’environ 15 % en termes réels, par la conjonction d’effets prix et d’effets quantités généralement favorables. Cependant, l’amélioration du niveau de vie dans les campagnes a été compensée par la pauvreté urbaine. • Population urbaine Les citadins, en particulier les couches moyennes, ont répondu positivement au changement de parité dans la mesure où ils ont été les plus affectés par la dévaluation. Les augmentations de salaires décidées en 1994, 1995 puis 1996 n’ont pu compenser le choc inflationniste issu de l’opération monétaire, choc incluant le renchérissement des produits importés dont les citadins sont les plus grands consommateurs. Le rattrapage des salaires s’opérant d’abord au profit des plus défavorisés, celui des cadres n’était toujours pas entièrement terminé en 1997. Ainsi, la chute du niveau de vie dans les villes s’est traduite par des changements dans les modes de consommation (réorientation des achats vers les productions locales), des compressions dans les quantités achetées, des détériorations dans la qualité de la nourriture induisant des possibilités de carences alimentaires, la régression sociale et donc le développement de l’informel urbain satisfaisant toute stratégie de recherche de revenus complémentaires. 24 À cette chute de pouvoir d’achat consécutive à la dévaluation, se greffe un taux de croissance démographique très élevé (doublement de la population tous les vingt ans) qui accroît les besoins, de plus en plus difficiles à satisfaire, dans les domaines de l’éducation, de la santé ou des infrastructures de base. Il s’ensuit une dégradation de l’état sanitaire du pays, une insuffisance de la formation, une irrégularité d'entretien des équipements... Cette dégradation du niveau de vie a été, néanmoins, tempérée par une diminution des transferts des villes vers les campagnes dont le pouvoir d’achat s’est accru, ainsi que par l’application des programmes sociaux : construction d’hôpitaux, adoption d’un plan d’urgence pour Abidjan qui abrite d’importantes poches de pauvreté. En 1996, le nouvel ajustement des salaires publics visait à atténuer cet appauvrissement dans les villes. Il existe toujours en Côte-d’Ivoire un réel problème de pauvreté urbaine depuis la dévaluation, même si le pouvoir d’achat réel de la population active dans son ensemble s’est sensiblement amélioré. La lenteur des réformes Le programme ambitieux accompagnant le changement de parité incluait un certain nombre de réformes dont une majorité a été appliquée. Néanmoins, la Banque mondiale déplore la lenteur de l’exécution des programmes qu’elle finance, entraînant des taux de décaissement très faibles qui contribuent à un flux négatif de fonds vers la Côte-d’Ivoire. Ainsi, l’élaboration du Programme d’investissements publics sur trois ans n’était toujours pas achevée au début de juin 1996, la Commission de la concurrence toujours pas opérationnelle, non plus que la Cour arbitrale qui devait être mise en place au sein de la Chambre de commerce et d’industrie. Il n’y avait pas d’amélioration dans la justice, en particulier lorsqu’il s’agissait de contentieux de type économique, ce qui rendait les banques ou les entreprises très frileuses dans le choix de leurs clients ou partenaires. Les décrets d’application du nouveau code du travail ont mis plusieurs mois à être publiés, ceux du nouveau code minier, pourtant votés en juillet 1995, se faisaient toujours attendre. La situation était identique pour la nouvelle loi pétrolière. Par ailleurs, le processus de privatisation, qui a fait l’objet de nombreux blocages, n’a ni favorisé une réduction des coûts des facteurs de production, rendus responsables du manque de compétitivité ivoirienne, ni même amélioré la qualité des services rendus. C’est le cas de la privatisation de l’électricité qui maintient, pour les entreprises, un coût excessif de cette énergie, ou celle de Citelcom ne satisfaisant pas les usagers par une meilleure qualité de service. En conséquence, la conjoncture est telle que la Côte-d’Ivoire semble être toujours en transition, avec, d’une part, une volonté forte d’accélérer les réformes mais, d’autre part, des résistances toujours importantes pour leur mise en oeuvre. Ces blocages internes ont conduit à une détérioration des relations entre le pays et les institutions de Bretton Woods en 1997 se traduisant, cette même année, par une non-communication des chiffres de vente de la Caistab ou par un relèvement des prix garantis aux producteurs, opéré par la Côte-d’Ivoire sans en informer les bailleurs de fonds, rendus responsables d’intrusion dans la souveraineté du pays. Ces frictions n’ont pu que ralentir les négociations concernant l’accord relatif à la deuxième FASR 1997-2000 qui ont duré huit mois, pour n’aboutir à une signature qu’au début de l’année 1998. Les bonnes performances des années 1994-1995 ont alors correspondu à un ajustement du marché face à la reprise de la consommation locale mais les investissements correspondant à de nouveaux projets ont été rares, à l’exception des domaines énergétiques (pétrole et gaz). En matière industrielle, les seuls investissements importants ont été le doublement de la capacité de transformation du cacao par les groupes Saco et Sifcom, respectivement en novembre 1995 et mars 1996 dans le but d’arriver, d’ici la fin du siècle, à un taux de transformation annuel de 50 % de la production de cacao et de 30 % pour le café. Fait plus grave, une tendance à la baisse globale des programmes d’investissements se dessine en 1996. Celle-ci pourrait correspondre à un réel essoufflement car de nombreuses entreprises ont, à cette date, achevé leurs investissements d’ajustement de capacité, ou de modernisation de leurs équipements sans prévoir de projets réellement nouveaux. Ce problème touche particulièrement les filières du négoce et de la distribution, du plastique et de ses dérivés ainsi que la transformation du bois. Parallèlement, le programme de privatisation jugé trop timide par les institutions de Bretton Woods, se terminant à la fin de 1997, ne constituera plus un moteur de l’investissement. Se pose alors la question de la poursuite de la croissance, dynamisée par de nouveaux secteurs. Pour les prochaines années, les autorités espèrent voir dans les mines et l’énergie (pétrole, gaz, électricité) les nouvelles locomotives de l’investissement. Mais ceci n’est qu’une hypothèse dans une économie encore trop fortement dominée par le café et le cacao dont les cours peuvent fluctuer de manière violente et imprévisible. 25 Conclusion “Il faut construire l’Éléphant d’Afrique avec sa trompe, avec ses défenses et ses quatre pattes. Nous irons solidement, paisiblement, en balayant tout sur notre chemin, comme lorsque l’éléphant se déplace. Rien ne lui résiste sur son chemin, même les arbres. C’est ce que nous allons faire car il faut construire un pays où il fait bon vivre” (Daniel Kablan Duncan, Premier ministre, avril 1995). Par ses impacts dans différents domaines complémentaires de l’économie ivoirienne, la dévaluation du f. CFA décidée en janvier 1994 visait à redonner une certaine compétitivité au pays afin de rompre avec la situation de crise dont il était victime depuis les années 1980. Quatre ans après, il est incontestable que la Côted’Ivoire a su optimiser le changement de parité. En effet, le redressement de l’économie, déjà perceptible en 1994, s’est confirmé en 1995. Ainsi, le gouvernement a fait preuve d’une volonté certaine pour satisfaire, ou mieux encore dépasser, les objectifs prévus d’une dévaluation théorique concernant la maîtrise de l’inflation, la relance de la production, l’accélération de la croissance interne ou l’amélioration des performances extérieures. En cela, l’opération monétaire s’est révélée effective et totalement efficace dans ces domaines, même si un certain essoufflement dans le développement des investissements, de la production agricole et du secteur industriel s’est manifesté en 1996. Ainsi, cette croissance retrouvée reste fragile, traduisant de ce fait toute son ambiguïté. D’une part, le ballon d’oxygène issu du changement de parité a essentiellement profité aux secteurs dynamiques de l’économie, orientés vers l’exportation, aggravant le réel problème de pauvreté urbaine dans une économie déjà très fortement duale où coexistent firmes formelles exportatrices et peu concurrencées et firmes informelles plus orientées vers le marché intérieur et exposées à la concurrence. D’autre part, l’administration n’est toujours pas épargnée par certaines pratiques négatives qui se traduisent par des lenteurs dans l’application des réformes. Se pose alors toujours la question de la véritable compétitivité de l’économie reposant sur de solides bases nationales. D’autant plus que les bonnes performances observées depuis la dévaluation, pourraient, en fait, plutôt s’expliquer par des facteurs externes au pays, tels l’afflux massif d’aides extérieures ou l’appréciation de l’US$ conjuguée à la hausse des cours mondiaux du café et du cacao, ce qui conduit à nuancer fortement l’optimisme relatif à l’efficacité de la dévaluation en Côte-d’Ivoire. L’économie demeure encore trop dépendante des prix des matières premières exportées. Ceux-ci ont été à l’origine de la crise des années 1980, ils sont les principaux moteurs de la reprise de 1994. Or, personne ne peut prévoir la durée de leur embellie. En conséquence, afin que cette reprise débouche sur une croissance solide, il est indispensable que ces cours se maintiennent à un niveau suffisamment élevé pour rembourser le service de la dette et assurer les revenus dont a besoin le pays. Il s’avère également nécessaire pour le gouvernement de confirmer les progrès déjà réalisés dans le but de faire face à un des accroissements démographiques parmi les plus élevés du monde. Sa politique devra donc intensifier les réformes structurelles, assurer une meilleure exécution des plans sociaux, être plus attentive à la programmation des investissements publics et développer le secteur privé, maîtriser plus strictement les dépenses publiques pour une meilleure politique budgétaire… Consolider les progrès accomplis, sans perdre le bénéfice des gains de compétitivité issus de la dévaluation : tel est l’enjeu majeur de la Côte-d’Ivoire qui aspire à “construire l’Éléphant d’Afrique” afin de devenir un pays en voie d’industrialisation accélérée, en l’an 2000, prêt à entrer dans le groupe des nouveaux pays industrialisés aux alentours de 2025. 26 Annexes BALANCE DES PAIEMENTS DE LA Cô TE-D’I VOIRE (EN MILLIARDS DE f. CFA COURANTS) 1993 1994 1995 1996* TRANSACTIONS COURANTES Balance commerciale -252,50 211,90 317,90 741,50 -260,00 671,50 -118,70 951,40 Exportations - dont cacao en fèves - dont café vert - dont produits pétroliers 713,20 223,70 56,80 109,70 1 592,80 454,70 105,70 180,50 1 906,60 549,20 169,20 202,80 2 238,20 746,20 121,00 355,00 Importations 501,30 851,30 1 235,10 1 286,80 99,20 191,20 247,90 285,30 Services nets -409,40 -628,70 -783,70 -875,00 Transferts unilatéraux - dont secteur privé - dont secteur public -55,00 -107,90 52,90 205,10 -194,80 399,90 -147,80 -240,60 92,80 -195,10 -276,30 81,20 FLUX FINANCIERS - dont long terme - dont court terme -93,30 -97,30 4,00 190,00 193,60 -3,60 149,40 115,50 33,90 -17,30 40,40 -57,70 5,40 -340,40 340,40 -15,20 492,70 -492,70 6,30 -104,30 104,30 -15,00 -151,00 151,00 362,80 -22,40 67,00 -559,70 230,50 -126,20 203,50 -52,50 - dont Biens d’équipement ERREURS ET OMISSIONS BALANCE GLOBALE FINANCEMENT - Financements exceptionnels - Variation des réserves officielles * Estimations Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO SOLDE PRIMAIRE DE L’ÉTAT IVOIRIEN (E N MILLIARDS DE f. CFA COURANTS ) 1993 1994 1995 1996 RECETTES TOTALES 533,00 876,60 1 138,30 1 251,20 Recettes courantes 518,00 846,90 1 103,30 1 211,20 Recettes fiscales 435,30 678,50 897,40 1 034,00 Recettes non fiscales 82,70 168,40 205,90 177,20 Dons extérieurs 15,00 29,70 35,00 40,00 DEPENSES TOTALES 886,80 1 166,00 1 322,60 1 379,70 Dépenses courantes 796,00 971,00 1 042,50 1 079,70 Salaires 314,60 328,00 346,30 389,60 Intérêts de la dette publique 258,80 348,30 343,20 324,30 intérieure 47,40 44,60 41,50 38,10 extérieure 211,40 303,70 301,70 286,20 Autres dépenses courantes 222,60 294,70 353,00 365,80 Dépenses en capital 90,80 195,00 280,10 300,00 SOLDE PRIMAIRE -110,00 29,20 123,90 155,80 Recettes totales 18,10 21,20 22,60 23,00 Dépenses courantes 27,00 23,50 20,70 19,80 En pourcentage du PIB : Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO 27 COMPTES NATIONAUX DE LA CÔTE -D’I VOIRE (EN MILLIARDS DE F. CFA COURANTS ) : 1993 1994 1995 1996 RESSOURCES 3 758,00 5 516,00 6 766,40 7 484,10 PIB (au prix du marché) 2 946,50 4 136,20 5 031,20 5 411,70 811,50 1 379,80 1 735,20 2 042,40 EMPLOIS 3 758,00 5 516,00 6 766,40 7 484,30 Consommation finale 2 661,30 3 283,70 4 016,90 4 379,80 487,00 599,40 625,40 635,80 2 174,30 2 684,30 3 391,50 3 744,00 Importations de biens et services - publique - privée Formation brute de capital fixe * 245,40 501,80 655,00 816,20 Exportations de biens et services 851,30 1 730,50 2 084,50 2 288,30 Epargne intérieure brute 285,20 852,50 1 014,30 1 061,90 Capacité de financement 39,80 350,70 349,30 245,70 8,30 12,10 13,20 15,00 Taux d’investissement (en %) Variations en pourcentage Taux de croissance du PIB en volume -0,60 1,80 7,00 6,50 Déflateur du PIB 2,10 37,90 13,70 1,60 Indices des prix à la consommation (en glissement annuel) 1,90 32,50 7,80 3,50 * Y compris variation de stocks Source : ADMINISTRATIONS NATIONALES et BCEAO ÉVOLUTION DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION ET DES PRINCIPAUX COMPOSANTS EN CÔTE -D’I VOIRE À LA SUITE DE LA DÉVALUATION Base 100 en décembre 1993 Décembre 1994 Décembre 1995 Indice général 135 146 - vivriers 126 147 - manufacturés 145 155 - services 126 127 Produits importés 165 172 - vivriers 156 168 - manufacturés 139 162 Produits locaux 130 140 - vivriers 117 134 - manufacturés 139 151 - formel 141 152 - secteur informel 134 149 - produits locaux hors services 132 146 Mars 1996 169 140 Source : chiffres extraits de la base de données sur les prix établis par B. Leenhardt à la Caisse française de développement, ou reconstruits à partir de ce document et des informations contenues dans B. LEENHARDT et B. MASSUYEAU, 1995 28 ÉVOLUTION DES TAUX DE CHANGE EFFECTIFS NOMINAUX ET RÉELS ET TAUX D’EFFECTIVITÉ DE LA DÉVALUATION (en pourcentage) Variation par rapport à la fin de 1993 TCEN TCER Effectivité Déc. 1994 Déc. 1995 Déc. 1994 Déc. 1995 Fin 1994 Fin 1995 -49 -48 -32 -29 65 60 Côte-d’Ivoire TCEN : Taux de change effectif nominal TCER : Taux de change effectif réel Calculs : d’après les données du FMI, complétées pour les prix à la consommation des pays de la Zone Franc par les donnés du ministère de la Coopération. Pondération par l’origine des importations (les dix principaux fournisseurs à monnaie convertible, y compris les pays de la Zone Franc). Source : GUILLAUMONT P. et S., 1996 CôTE-D’I VOIRE : INDICE DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE 1993-1997 (Base 100 : exercice comptable 1985) 93 Extraction de 94 I 94II 94III 94IV 95 I 95II 95III 95IV 96 I 3 2 3 2 4 2 26 40 63 119 120 120 102 99 118 111 91 87 133 113 42 69 150 182 42 96II 96III 96IV 97 I 97II 97III 79 79 71 81 82 75 67 106 136 127 91 109 139 134 98 94 141 194 47 92 169 221 51 pétrole et mines Agro-alim. TextileChaussures Bois Chimie Matériaux de 74 83 82 80 91 88 75 71 73 74 87 57 59 56 60 59 119 116 145 135 145 122 139 132 129 156 139 126 142 147 161 168 115 114 117 127 122 129 121 147 140 147 130 186 183 283 217 212 construction Auto-mécanique 62 56 62 54 74 69 75 87 67 84 74 67 76 81 75 71 136 110 132 137 161 131 136 139 157 123 146 162 186 163 151 145 122 131 132 121 133 157 171 143 150 168 179 160 177 195 202 204 industrie 95 91 104 97 95 98 117 104 108 121 124 115 119 127 135 133 manu- 108 102 119 110 106 107 125 108 109 123 125 110 116 129 138 127 87 88 92 95 98 100 100 100 101 100 103 107 113 117 116 120 Industries diverses Énergie électrique Total CVS Secteur facturier CVS Secteur concurrentiel CVS Source : I NSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE, 1993-1997 29 Bibliographie “Afrique : Quel avenir pour la Zone Franc ?”, Problèmes économiques, n° 2379, 8 juillet 1994, pp. 1-5. 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