Extrait - Librinova

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Extrait - Librinova
Dix Den
Les Mémoires d'un
fétichiste
Premiers souvenirs
© Dix Den, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0449-7
Courriel : [email protected]
Internet : www.librinova.com
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« Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe
terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »
François Truffaut
Chapitre I
Première séance
La salle d’attente grande comme un mouchoir de poche, un fauteuil
spartiate d’un confort rudimentaire, une plante verte dont il était difficile
de dire si elle était vraie ou fausse, une table basse vide, pas même une
revue obsolète pour vous faire patienter comme chez le coiffeur et sur le
mur, une gravure vaguement libertine. Le patient se retrouvait seul, face à
lui-même. Ce jour-là justement, Didier Denier attendait sa première séance
; un rendez-vous qu’il avait pris, il y a deux semaines sur la demande
insistante de sa femme.
Didier venait d’avoir cinquante-quatre ans, directeur d’une galerie
d’art dans le quartier du Marais à Paris, marié, deux enfants, bon père et
bon mari, on pouvait le classer dans la catégorie homme heureux qui a
réussi. Pas très grand, juste dans la moyenne, un mètre soixante-quatorze,
toujours habillé avec classe, aujourd’hui, costume noir Kenzo, chemise
grise à motifs géométriques Paul Smith et bottines sur mesure. Son pêché
mignon, justement, des modèles italiens qu’il faisait fabriquer à Milan.
Leur particularité : un cuir d’une incroyable souplesse et un style d’une
élégance parfaite. Didier savait que les femmes étaient sensibles à ce genre
de détail, un peu comme ses mains toujours impeccablement manucurées,
pas très grandes, mais nerveuses et très mobiles. Elles avaient acquis une
douceur et une agilité incomparable, malaxer de l’argile durant de
nombreuses années leur donnait cette souplesse et ce toucher soyeux
appréciés par une majorité de femmes, à commencer par celles qu’il avait
croisées et aimées. Pendant dix ans, Didier avait été modeleur.
Livia Massari le fit entrer dans son cabinet. Une jolie brune, qui
devait approcher les trente cinq ans, les cheveux aux boucles épaisses
tombant en cascade sur des épaules assez étroites. Des yeux, marrons
clairs, presque dorés avec des nuances vertes, qui vous observaient avec
douceur. Un maquillage léger rehaussait ses traits harmonieux et réguliers.
Elle était habillée d’un tailleur pantalon marron glacé et d’un corsage vert
amande, agrémenté d’un collier de perles. Elle vint s’assoir, en face de
Didier, sur un fauteuil au design moderne, soigneusement choisi pour être
légèrement plus haut que celui du patient, de forme plus classique, une
variante du Chesterfield.
Le docteur Massari croisa ses jambes qu’elle avait longues, laissant
apparaître une cheville élégante prolongée par un pied menu chaussé de
ballerines vernies, surmontées d’un noeud en tissu. Didier remarqua tout
de suite la texture finement voilée et élégante de ce qu’il imaginait être un
collant. De couleur claire, il permettait d’admirer la cambrure du pied et la
naissance ombrée des orteils. Didier tenta vainement de voir un début de
démarcation plus opaque annonçant la pointe renforcée, mais le docteur
Massari avait pris soin de bien l’ajuster. Il put néanmoins se concentrer sur
cette partie des doigts de pied qu’il affectionnait tant. Quand la jambe de la
psychiatre se mit à se balancer d’un rythme régulier, et que le soulier
glissa légèrement, laissant apparaître un talon parfaitement dessiné, Didier
sut qu’il avait trouvé le médecin qui lui convenait.
Chapitre II
L’anniversaire
Nous étions en mars, le 21 mars exactement, date de mon
anniversaire. Ce jour-là, j’avais rendez-vous à la station de métro
Trocadero avec Annie. Annie était ma petite amie, même si ce mot sonnait
bizarre. Nous sortions ensemble depuis maintenant six mois. Notre histoire
était sérieuse, autant que peut l’être une histoire entre un jeune homme de
18 ans et une jeune fille de dix sept ans.
Annie m’attendait en haut des marches de la station. Ce jour là, elle
portait une long manteau en laine beige, une longue écharpe rouge, un
béret assorti et des bottines à talons hauts, en daim de couleur caramel que
je ne lui connaissais pas. Le style parfait d’une étudiante parisienne issue
d’un lycée chic. Son sac débordait de livres, comme à chaque fois, et de
mille autres choses qui font le mystère des filles. J’admirais ses longs
cheveux raides, châtain clair, soigneusement coiffés, qui dépassaient de
son béret et qu’elle portait jusqu’aux épaules.
Ce que je préférais chez elle, c’étaient ses jambes. Son manteau les
cachait en partie, mais je pouvais néanmoins admirer ses mollets joliment
dessinés qu’un collant gris transparent, aux nuances bleutés, mettait en
valeur.
Quand elle me vit, le visage d’Annie s’éclaira d’un petit sourire
avant qu’elle ne baisse la tête. Je m’approchai d’elle et lui effleurai le bras.
Nous étions convenus de ne pas nous embrasser en public, une sorte de
pudeur mêlée à la peur de croiser ses amies. A l’époque, je venais d’être
admis dans une école d’art de la ville de Paris, Annie poursuivait ses
études littéraires dans un lycée prestigieux du XVIe arrondissement. Nous
avions prévu d’aller voir une exposition au Palais de Tokyo, mais ce jourlà, un vent glacial soufflait sur la place du Trocadero, et quand la pluie se
mit de la partie, nous décidâmes de nous réfugier dans un café. Assis l’un à
côté de l’autre, nos mains s’enlacèrent sous la table attendant que nos
chocolats chauds refroidissent. Le manteau d’Annie ouvert, laissait
apparaître une robe en laine assez courte qui me permit d’admirer ses
genoux parfaitement lisses et ronds. Je posai doucement ma main, le
contact du nylon de son collant m’électrisa. D’une infinie douceur, la
texture très fine brillait légèrement, et mes doigts s’égarèrent sur les petits
plis de la pliure du genou. Annie prit doucement ma main et la reposa plus
haut sur sa robe. Je n’osais plus bouger, prenant ce geste pour une sorte de
rappel à l’ordre gentil. L’épaisseur de la laine provoquait une douce
chaleur sur la paume de ma main, je sentais sa jambe frémissante et en
profitai pour serrer subrepticement mes doigts sur sa cuisse, je jouais à
frotter lentement le tissus laineux de la robe contre le voile de nylon de son
collant. Annie s’aperçut de mon petit jeu, me regarda en souriant et
repoussa ma main délicatement. Pas assez vite pour que je n’ai eu le temps
de sentir sous mes doigts un renflement curieux au niveau supérieur de sa
cuisse. Je tentai de remettre ma main, mais ce fut peine perdue. Annie était
maintenant parfaitement attentive à tous mes gestes et je dus abandonner,
pour un temps mon enquête sur cette forme mystérieuse sous sa robe.
Le temps ne s’arrangeait pas, les derniers téméraires couraient
s’abriter, la place du Trocadero était maintenant presque déserte sous les
trombes d’eau, il ne restait plus que les voitures et les cars de touristes
pour oser affronter les bourrasques de pluie. Nous décidâmes d’aller chez
moi, mes parents, par chance, étaient partis en weekend, ce qui me
convenait plutôt bien. Annie n’y vit aucune objection, et je pus même voir
un sourire malicieux passer. Devant une telle perspective, j’engloutis mon
chocolat encore bouillant et me levai, j’en oubliai presque la bienséance et
je ne compris pas pourquoi mon amie mettait autant de temps à quitter la
banquette, boutonnant soigneusement son manteau. Elle marchait
bizarrement, à petits pas, et me fit signe qu’elle devait passer aux toilettes.
Je dus l’attendre sous l’auvent de la brasserie, me serrant contre le panneau
du menu, restant de longues minutes immobile, en tentant vainement de ne
pas me faire mouiller. Quand enfin Annie me rejoignit, elle semblait
soulagée et beaucoup plus à l’aise. Elle prit même mon bras, ce qui me
surpris. J’espérai qu’elle n’ait pas changé d’avis et que nous allions bien
chez moi, poursuivre l’après-midi comme convenu. Heureusement, mes
parents habitaient à trois stations de métro et Annie ne changea pas d’idée.
Je lui parlai de mes dernières acquisitions musicales que j’avais hâte de lui
faire découvrir, mais mon amie était rêveuse, presque absente.
Fébrile, j’ouvris la lourde porte de l’immeuble et lui proposai de
prendre l’escalier. J’adorais passer derrière elle, Annie m’offrait un point
vue magnifique sur ses jambes quand elle portait une jupe, et je n’aurais
manqué ce moment pour tout l’or du monde. Contrairement à d’habitude,
elle insista pour que je passe devant elle. Déçu, j’obtempérai, songeant que
ce n’était que partie remise, nous allions bientôt être seuls dans ma
chambre et Annie aurait bien du mal à se refuser à mes caresses. Une
dernière appréhension en ouvrant la porte, qui sait, si mes parents avaient
changé d’avis et seraient revenus à l’improviste. Heureusement,
l’appartement était silencieux et nous traversâmes le long couloir désert,
nous tenant par la main en chuchotant. J’aidai Annie à poser son manteau,
lui faisant des compliments sur sa robe qui mettait sa silhouette en valeur.
Mon amie rougit comme à chaque fois que je la regardais de façon trop
appuyée. Elle s’assit sur le bord du lit, jambes serrées, le buste bien droit et
les mains à plat sur ses genoux. Je mis un disque, Crime of the century de
Supertramp. Assis enfin, tout près d’elle, sentant sa cuisse contre la
mienne et ne pouvant résister plus longtemps, je mis mon bras autour de
ses épaules et l’attirai vers moi. D’un baiser fougueux, je lui signifiai ainsi
mon impatience et mon désir. Elle me rendit mon baiser et chercha ma
langue qu’elle aspira doucement, caressant de ses délicates mains mon
visage. Nous basculâmes en arrière sur le lit, nos lèvres soudées dans un
des baisers interminable dont nous avions le secret. Je retrouvai enfin
Annie, ma désirable amie. Reprenant son souffle, elle me repoussa
doucement.
— Ne serait-ce pas ton anniversaire aujourd’hui?
Je n’avais pas osé le lui rappeler, trop content de l’avoir pour moi
seul dans l’intimité de ma chambre pour l’après-midi entier. Je crois que
j’avais même oublié.
— Mon cadeau, c’est toi Annie.
Elle rit, flattée.
— Alors, j’ai un second cadeau pour toi, je ne sais pas si tu vas
aimer, j’ai bien cru que tu l’avais découvert tout à l’heure au café.
Je me confondis en remerciements, lui dis qu’il ne fallait pas et me
demandai de quoi il pouvait s’agir.
Elle me regarda malicieuse et chercha mes lèvres, qu’elle commença
à mordiller délicieusement. J’adorais son doux parfum, un mélange
d’amande et d’agrumes. Puis, elle attira ma tête dans son cou que je
dévorai avidement de mille baisers passionnés, m’enivrant de la chaleur de
sa peau mêlée à la soie de ses cheveux.
— Mon cadeau, je le porte sur moi. À toi de le trouver.
Ces mots murmurés sonnèrent comme une invitation coquine à
explorer son corps. J’avais la réputation d’être un garçon doux, il n’était
donc pas question de me précipiter tel un hussard, entre ses cuisses. J’en
aurais été bien incapable, mais la demande pleine de sous-entendus,
m’avait mis en émoi. Annie continua à chercher ma bouche, nous étions
toujours assis au bord du lit, nos corps à moitié allongés. Notre étreinte
devint fougueuse, je caressai à nouveau ses cuisses à travers sa robe en
laine et sentis ce curieux renflement que j’avais perçu au café, je glissai
délicatement ma main dessous, en remontant lentement. La curiosité avait
pris le dessus sur ma timidité. J’adorais la chaleur de sa peau et le contact
de son collant soyeux, je sentis la texture du nylon, si douce. Ce qui me
surprit et me troubla, étaient ces petits plis que le collant faisait sous mes
doigts à chaque mouvement, accompagnés de discrets crissements dont je
n’avais pas l’habitude. Le collant d’Annie paraissait être dans une une
matière bien différente et beaucoup plus agréable que la mousse de ses
Dim habituels. Je remontai encore, elle croisa les jambes, entraînant un
frottement très sensuel de ses cuisses, souligné du même crissement
voluptueux. N’y tenant plus je montai de quelques centimètres,
m’inquiétant à chaque instant qu’Annie ne me prenne le poignet pour me
stopper dans ma course. Elle n’en fit rien et retint ma main, en la tenant
fermement sous sa robe. Je me retrouvai à caresser sa peau nue et douce,