Les Services vétérinaires et la recherche

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Les Services vétérinaires et la recherche
Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1986, 5 (1), 33-45.
Les Services vétérinaires et la recherche
P.N. ACHA* el L. BLAJAN**
Résumé: En concertation avec les autres organisations internationales, l'OIE
contribue à la promotion et à la coordination des recherches sur la santé animale.
Les auteurs rappellent les méthodes suivies pour la planification de la recherche et les domaines de recherche qui apparaissent actuellement prioritaires pour
une plus grande efficacité des actions des Services vétérinaires.
Parmi les thèmes de recherche recommandés par le Comité international
de l'OIE, les auteurs indiquent successivement: l'économie de la santé animale,
les méthodes de diagnostic expérimental, l'épidemiologie des maladies animales,
le contrôle de la qualité des produits biologiques et des médicaments vétérinaires,
l'application de la biologie moléculaire en immunologie, la conception de vaccins nouveaux, notamment grâce aux techniques du génie génétique, le traitement des infestations parasitaires, la contamination des denrées d'origine
animale.
Les autorités vétérinaires sont les plus compétentes pour gérer les recherches correspondant à leur secteur de responsabilité et pour en exploiter les
résultats. Leurs choix doivent être établis en fonction des besoins de la collectivité et guidés par les expériences des autres pays, tout en tenant compte des
spécificités de leur propre pays. Pour faciliter la coordination des projets et
promouvoir l'action des réseaux de recherche, les auteurs proposent que soit
mise en place, auprès de l'OIE, une Unité de coordination des recherches.
MOTS-CLÉS : Contrôle de qualité - Economie - Epidémiologie - Immunologie OIE - Organisations internationales - Planification - Produits antiparasitaires Projets de recherche - Recherche vétérinaire - Santé animale - Services
d'information - Services vétérinaires - Techniques de diagnostic.
L a progression de l'élevage et surtout l'amélioration de sa productivité s'imposent à tous les pays, et plus encore aux pays en développement q u ' a u x pays développés. A u c u n d'eux ne peut se soustraire à cette évidence, sous peine de mettre en cause
le progrès économique et social qui constitue l'aspiration de tous.
L ' i m p o r t a n c e de la recherche p o u r trouver des solutions aux problèmes de t o u t e
nature qui se posent dans le domaine agropastoral a été depuis longtemps reconnue.
D a n s le domaine sanitaire, volet essentiel de la production animale, l'Office international des Epizooties est la première Organisation internationale à l'avoir clairement
exprimé, en faisant de la p r o m o t i o n et de la coordination des recherches, une de ses
activités prioritaires (1).
Il n'est pas actuellement d'Organisme international spécialisé dans la coopération technique agricole qui ne prévoit pas des programmes de recherche sur la santé
* Pan American Health Organization, 525 Twenty-third St. N.W., Washington D.C. 20037, USA.
** Directeur Général de l'OIE, 12, rue de Prony, 75017 Paris, France.
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animale. Tel est le cas n o t a m m e n t , au plan mondial, de la F A O ou de la C E E , et
dans les pays d'Amérique, de l ' I I C A dont une publication récente présente le rôle
et le c h a m p d'action des Organisations internationales en matière de recherches concernant la santé animale (2).
Le présent article a pour objet de rappeler les méthodes suivies pour la planification de la recherche et les domaines de recherche qui apparaissent actuellement
prioritaires pour une plus grande efficacité des actions des Services vétérinaires. Quelques suggestions seront présentées pour faciliter la réalisation des recherches jugées
prioritaires.
L'ÉVALUATION DES BESOINS PRIORITAIRES
EN MATIÈRE DE RECHERCHE
Les temps sont révolus où les programmes de recherche se décidaient sur l'avis
de quelques hommes de science influents. Cependant, ce n'est q u ' a u cours de ces dernières années que chercheurs et planificateurs se sont efforcés de recourir à des
méthodes objectives et quantitatives d'évaluation de la recherche et de choix des p r o jets. Cette prise de conscience suscitée par la montée rapide des coûts de la recherche
et la nécessité, particulièrement pour les pays en voie de développement, de tirer le
meilleur parti des ressources disponibles, a conduit les économistes et les spécialistes
de la recherche opérationnelle à tenter d'asseoir sur des bases rationnelles le processus
de décision concernant l'affectation des ressources à la recherche.
Les progrès des différentes disciplines concernant l'optimisation des décisions
touchant à l'administration et à la gestion, ont été accompagnés de nombreuses études
consacrées à la recherche agricole qui sont présentées dans une publication de la F A O
(3) qui s'adresse essentiellement à ceux qui sont chargés d'affecter des crédits à la
recherche agricole. Cependant, comme le rappelle l'auteur de la publication, il n'est
pas possible de planifier et de programmer la recherche agricole sans la participation
active des chercheurs agricoles. Ajoutons que, par chercheurs il convient d'entendre
n o n seulement ceux qui conduisent les travaux de recherche, mais également ceux
qui ont la charge de l'administration de la recherche. Les responsables nationaux de
la santé animale en tant que demandeurs de programmes spécifiques de recherche
et parfois administrateurs de ces programmes ont intérêt à connaître les méthodes
de planification de la recherche. Celles-ci sont résumées en s'inspirant de la publication précitée de la F A O .
Planification de la recherche
L a planification de la recherche comporte trois phases: la fixation de l'objectif,
le choix de la stratégie et la mise au point de la tactique. Les deux premiers temps
correspondent à l'établissement du programme qui doit tenir toujours compte de la
politique nationale d'ensemble. Rédigé par des économistes spécialistes de la planification et des scientifiques responsables de l'administration de la recherche, le programme
doit définir les secteurs à étudier, leur importance relative, le budget à prévoir et la
forme de financement.
L ' a p p r o b a t i o n définitive du p r o g r a m m e relève du niveau politique; le rôle des
chercheurs à ce stade n ' e n est pas moins important, par les explications qu'ils fournissent aux autorités de leur pays, permettant d'éclairer leur décision.
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U n e fois les objectifs clairement définis, les administrateurs de programmes de
recherches établissent une liste des thèmes de recherches en indiquant p o u r chacun
d'eux l'objet ou le type de l'activité de recherche, le produit principal ou la ressource
principale - objet de la recherche, et les disciplines concernées. Il sera ainsi possible
d'avoir une classification «tridimensionnelle» des secteurs de recherche. Bien évidemment, cette liste devra être en permanence mise à j o u r en fonction des besoins et des
progrès de la science. Ainsi, la classification des domaines de la recherche agricole
ne prévoyait pas il y a vingt ans (4) p a r m i les secteurs d'activité la «protection de
l ' h o m m e et des animaux à l'égard des produits toxiques contenus dans les aliments»,
ou dans les disciplines scientifiques, l'«écologie», l'«épidémiologie», la «biométrie»,
l'«informatique», les «systèmes de communication».
N o t r e propos n'est pas d'analyser le processus des décisions qui doit conduire à
l'affectation des crédits à la santé animale en p a r t a n t du budget national affecté à
la recherche, et en tenant compte n o t a m m e n t de la nécessité d ' u n b o n équilibre entre
recherches fondamentale et appliquée, et d ' u n e planification à court et long termes.
C h a q u e pays a en effet pour cela ses méthodes propres, et les responsables de la santé
animale auront rarement à intervenir au cours de ce processus. Il est cependant essentiel
qu'ils connaissent bien le processus suivi dans leur pays pour jouer pleinement leur
rôle dans l'orientation des décisions finales.
La méthodologie en matière de formulation des programmes de recherche est u n
domaine prioritaire et il conviendra d'assurer dans chaque pays la présence d ' u n noyau
de spécialistes de la planification des recherches sur la santé animale, dans le cadre
de l'instance nationale chargée de la planification de la recherche agricole.
Sans prétendre indiquer tous les problèmes que les spécialistes auront à affronter,
il convient de mentionner l'importance, les avantages et les limites de l'emploi des
recherches antérieures, t a n t il est vrai que «la recherche découle en grande partie de
recherches antérieures». Il faut aussi souligner le danger que présente la classique
affectation de crédits aux différents secteurs de production en fonction de leur valeur
brute, méthode qui pénalise les nouveaux secteurs de p r o d u c t i o n ou les secteurs j u s que là les moins productifs.
La m é t h o d e consistant p o u r l'Etat à allouer des fonds en contrepartie des
financements privés, malgré ses avantages, présente également l'inconvénient de ne
pas favoriser les innovations. Le juste équilibre qui devrait exister entre recherches
à court, moyen et long termes, n'est pas toujours aisé à respecter. Les dernières sont
en effet souvent négligées parce qu'elles n ' o n t pas l'impact électoral des premières.
Rappelons le caractère indispensable des recherches fondamentales qui visent à élargir
les connaissances scientifiques, et par leur rôle éducatif permettent de préparer le personnel à affronter les problèmes intéressant le moyen et le long termes. Il est vrai
cependant que les progrès réalisés dans les pays en développement découlent en grande
partie de recherches appliquées, dérivées de recherches fondamentales, qui ne sont
économiquement réalisables que dans les pays les plus avancés.
Il convient enfin de faire une place importante à l'aspect «préventif» concernant
des problèmes susceptibles de se poser dans l'avenir, tels que la mise au point de
méthodes d'identification et de prévention des maladies exotiques.
Méthodes d'évaluation des projets de recherche et de détermination des priorités
Le groupe de spécialistes de la planification des programmes sanitaires devrait
dans chaque pays procéder également à la planification des recherches. Il utilisera
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p o u r l'évaluation des projets de recherche et le choix des priorités une méthodologie
adaptée aux conditions du pays. La méthode utilisée p o u r l'évaluation des priorités
devra avoir essentiellement u n caractère appliqué et utiliser les principes maintenant
tout à fait admis à cette fin. Des différentes approches existantes — analyse économique, recherche opérationnelle ou approche par la théorie de la décision —, on retiendra ce qui est applicable en fonction du contexte politique, technologique, biologique
et du milieu. Le système utilisé dans l'Etat du Minnesota (USA) à partir de 1971 constitue u n exemple intéressant à cet égard (5).
P a r m i toutes les méthodes de détermination des priorités, celle qui a la préférence
de la majorité des pays, parce qu'elle reconnaît clairement la subjectivité des éléments
de toute décision, repose sur la notation des projets. Cette méthode qui relève de
l'approche par la théorie de la décision (6, 11) compte parmi celles qui ont résisté
à l'épreuve du temps (12, 13).
La clé de tout système de programmation et de choix des priorités est, évidemment, le projet de recherche. Celui-ci s'appuie sur une proposition qui doit comporter
tous les éléments d'appréciation indispensables pour sa justification. Avant sa présentation, la proposition doit faire l'objet d ' u n e évaluation préliminaire dans le Service
de l'organisme auquel il revient de réaliser le projet. Il est entendu que dans une
première étape, le Service réunira tous les éléments disponibles dans la littérature scientifique et ses propres archives:
— les objectifs du projet,
— l'importance des travaux et leur utilité p o u r atteindre ces objectifs,
— les innovations qu'elle comporte,
— la responsabilité des différents groupes participant au projet,
— une estimation réaliste du coût,
— la présentation détaillée du problème, de la stratégie de recherche et des techniques à employer,
— l'estimation de la durée du travail.
Le système de présentation des projets a fait l'objet de nombreuses critiques d o n t
certains sont fondées.
•
L a «projetite» est une déformation du système qui, par l'abus de prédictions
favorables, peut conduire à des erreurs, généralement décelées a posteriori, et empêcher
des recherches qui pourraient être fructueuses.
Le refus de projets se rattachant à des programmes bien établis est le plus souvent dû à leurs points faibles: importance ou opportunité douteuses, approche du
thème de recherche inappropriée ou insuffisance de compétence de l'encadrement
scientifique (14).
Priorité relative des projets de recherche
L'expression souvent utilisée de «priorité relative des projets de recherche» mérite
d'être comprise au travers d'exemples empruntés au domaine de la santé animale.
Des projets intéressant ce domaine, on entend retirer des avantages qui se rapportent
essentiellement à l'amélioration de la santé publique et au progrès économique et social.
Ce dernier va en effet de pair avec une meilleure nutrition des populations qui
est elle-même tributaire de l'amélioration et de l'augmentation des productions
animales. Il dépend également du commerce international de ces productions dont
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le développement, conditionné par l'état sanitaire du cheptel, permet aux pays exportateurs l'acquisition de devises et, par conséquent, l'achat des biens qui leur font défaut.
Il convient également d'accorder la priorité à la reconnaissance des limitations
technologiques ponctuelles — goulots d'étranglement qui empêchent le progrès de
l'élevage — et à la recherche de solutions pour y remédier. Deux exemples permettront d'illustrer ce point. Le déplacement et le rassemblement des animaux p o u r les
bains acaricides favorisent la transmission de la fièvre aphteuse ou d'autres maladies
contagieuses dans les zones d'enzootie. L'étude de solutions de rechange p o u r lutter
contre les ectoparasites est, dans ces conditions, prioritaire.
U n autre exemple est celui de la diffusion des maladies contagieuses lors d'emploi
de seringues n o n stérilisées pour les vaccinations ou les traitements en série. Alors
que le risque de diffusion des maladies contagieuses qui résulte de cette pratique est
considérable, il ne semble pas exister de p r o g r a m m e pour la recherche de méthodes
qui se substitueraient à celles traditionnellement utilisées dans les pays développés.
Il ne semble pas n o n plus que l'on se soit penché très sérieusement sur les motivations des éleveurs qui refusent dans certaines régions la vaccination de leurs animaux.
Et si l'on a de bonnes raisons de penser que le coût des interventions en est la raison
essentielle, il n ' a p p a r a î t pas que des recherches suffisantes aient été mises en œ u v r e
pour diminuer les coûts de production, de transport et d'administration des vaccins
ou encore pour régler le problème des «réduits» qui échappent à la vaccination et
entretiennent la persistance de l'enzootie.
La prise en compte de l'importance des «goulots d'étranglement» dans le choix
des priorités peut se heurter aux résistances opposées par le milieu social à l'attribution de crédits à des programmes de recherche qui ne se traduisent pas par des résultats
immédiats. Ceci est particulièrement vrai en période de crise économique ou politique. Mais il est évident que les recherches les plus importantes et les mieux conduites,
si elles ne règlent pas dès le début le problème des facteurs limitants, ne se traduiront
que par de maigres résultats. Outre le préjudice économique qui en résultera, l'ensemble du p r o g r a m m e de recherche se trouvera discrédité.
U n exemple de facteur limitant qui mérite une recherche prioritaire dans le cadre
de l'étude d ' u n p r o g r a m m e de prophylaxie de la fièvre aphteuse est celui des
déplacements d ' a n i m a u x n o n vaccinés susceptibles d'être provoqués par des
événements exceptionnels, tels que des inondations survenant dans une zone
De plus, le choix des priorités peut être biaisé dans certains cas, lorsque des difficultés occasionnées en fait par une mauvaise planification générale sont attribuées
aux projets eux-mêmes. L'impossibilité de remplir les conditions préalables à la réalisation des études peut également expliquer le rejet d e projets t o u t à fait valables.
L'absence de programmes de qualification des chercheurs, l'insuffisance de centres disposant d'une documentation à j o u r sont parfois suffisantes pour faire avorter
des projets extrêmement i m p o r t a n t s , mais qui nécessitent u n contact soit direct soit
par l'intermédiaire des publications scientifiques, entre le chercheur potentiel et les
autres chercheurs.
P a r m i les facteurs importants d'acceptation d ' u n projet, citons l'existence de
laboratoires adéquats, en matière de sécurité des chercheurs et de protection vis-à-vis
des contaminants, disposant d'animaux de laboratoire élevés et entretenus conformé-
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ment aux normes établies, et équipés pour la production de cultures de tissus divers,
l'existence de données sur les effectifs animaux, leur répartition géographique, sur
les modes de conduite de l'élevage et les indicateurs sanitaires, ainsi que l'existence
de Services de biométrie et de statistiques.
Il n'est pas toujours possible ni souhaitable de ranger u n projet dans la catégorie
prioritaire ou n o n prioritaire. L a «priorité» est en effet souvent une notion relative.
C'est ainsi que, parce qu'il ne remplit pas les conditions permettant de lui accorder
la priorité, u n b o n projet peut être écarté d'année en année, j u s q u ' a u j o u r où il a p paraît de toute évidence que, de ce fait, on a laissé échapper des chances de progrès
dont le retentissement aurait une grande ampleur.
Ce type de projets relève de la «recherche exploratoire» qui se consacre à l'étude
d'idées originales ou non orthodoxes. Leur évaluation est possible sans que l ' o n ait
besoin de faire des investissements que nécessite l'examen exhaustif du projet de recherche. Qu'elle soit fondamentale ou appliquée, la «recherche exploratoire» peut aboutir
à des découvertes révolutionnaires. Négliger ce type de recherche pour des questions
d'orthodoxie ou de coût peut donc se traduire par une perte considérable p o u r le
secteur de l'élevage ou de la santé publique (3).
QUELQUES RECHERCHES PRIORITAIRES
DANS LE DOMAINE D E LA SANTÉ ANIMALE
Il est hors de question de dresser u n registre complet des recherches prioritaires
pour les Services vétérinaires. Nous nous limiterons à en présenter quelques-unes parmi
celles dont la réalisation a été recommandée par le Comité international de l ' O I E
au cours des dernières années et dont la nécessité est toujours actuelle.
L ' o r d r e dans lequel ces recherches sont présentées n'implique pas une hiérarchie
dans les priorités.
L'économie de la santé animale est u n domaine de recherche qui fait appel à de
nombreuses disciplines. Des travaux sur ce thème ont été effectués au cours des dix
dernières années par des spécialistes de différents pays (15, 16) et des experts internationaux qui ont abordé le problème essentiellement du point de vue des pays occidentaux (17).
e
e
L ' O I E a consacré à ce sujet une étude approfondie, lors de ses 4 8 et 4 9 Sessions
Générales et recommandé n o t a m m e n t que (18, 19):
• soit mise au point u n e méthodologie de l'analyse socio-économique, susceptible de s'adapter aux différentes situations régionales;
• soient créées des bases de données utilisables pour la recherche;
• soient mis au point des programmes de formation, d'éducation et de recherche
en matière d'épizootiologie et d'économie vétérinaire à tous les niveaux appropriés
et sur une base régionale;
• soient élaborées des techniques d'analyse économique afin d'aider à la
planification, à l'évaluation et à la mise en oeuvre de programmes de production et
de santé animales au niveau des élevages et au niveau national;
• soient intégrées dans les systèmes d'information sur les maladies animales, les
données permettant des analyses économiques, en particulier concernant la structure
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des troupeaux, les paramètres de productivité, les effets sur celle-ci des maladies et
les coûts des mesures de prophylaxie p o u r les gouvernements et les éleveurs.
Les méthodes de diagnostic expérimental constituent u n domaine de recherche
constant. Il n'est guère de réunions de l ' O I E à l'issue desquelles il n ' a pas été adopté
de Résolutions tendant à encourager les recherches pour la mise au point de méthodes
plus fiables, rapides, simples et économiques.
U n e étude récente (20) a été consacrée à l'évaluation des laboratoires du continent américain et aux domaines techniques pour lesquels ils sont compétents. Sa lecture s'impose à tous ceux qui doivent gérer des programmes de recherche, en raison
n o n seulement des informations qu'elle contient, mais plus encore de l'analyse critique de l'activité de chaque laboratoire, indiquant en particulier sa possibilité de remplir
le rôle de laboratoire de référence et de formation.
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U n r a p p o r t a été également publié (21) à la suite de la 5 Conférence de la C o m mission régionale de l'OIE pour l'Afrique, qui fait le point des possibilités dont disposent les laboratoires du continent africain pour les maladies aviaires.
Ces travaux m o n t r e n t que la coordination de la recherche dans le domaine des
méthodes de diagnostic est indispensable. Telle est également la conclusion d'Arellano
qui, pour le continent américain, propose que l'Institut Inter américain pour la
Coopération en Agriculture (IICA) assure cette coordination (22).
Il est particulièrement i m p o r t a n t p o u r les pays d'élevage extensif de rechercher
des techniques de prélèvement plus simples à mettre en œuvre, et à cet égard, l'Association mondiale des Spécialistes de Laboratoires de Diagnostic vétérinaire, conjointement aux Organisations intergouvernementales, pourrait jouer u n rôle décisif (23).
Il est également nécessaire de rechercher les possibilités d'application économique des tests immuno-enzymatiques ainsi que des progrès récents de la biologie
moléculaire qui permettent la purification d'antigènes spécifiques et l'utilisation d'anticorps m o n o c l o n a u x .
Les techniques biochimiques modernes qui consistent à analyser le génome viral
ou ses produits, les protéines virales, permettent de suivre l'évolution des virus sur
le terrain et d'étudier leurs modifications éventuelles. Leur contribution à la connaissance de 1'épidémiologie des maladies animales peut donc être considérable.
L'épidémiologie des maladies virales doit pouvoir bénéficier des nouvelles méthodes
de diagnostic d o n t l'application est comparable à celle des techniques de typage des
bactéries au m o y e n de phages ou de sérums spécifiques qui facilitent les travaux
épidémiologiques dans le d o m a i n e des maladies bactériennes.
Les recherches dans le domaine de l'épidémiologie
méritent d'être particulièrement développées dans les pays du Tiers M o n d e , pour fournir les éléments nécessaires
à l'analyse et à la planification économique et déterminer les conditions à respecter
pour le succès de prophylaxies. L'épizootiologie que certains considèrent c o m m e la
branche de l'épidémiologie s'intéressant aux maladies animales, mais dans laquelle
d'autres auteurs voient une discipline t o u t à fait différente en ce sens qu'elle a u n
objectif avant tout économique, n'est plus considérée uniquement comme ayant pour
objet l'étude de la répartition des maladies animales. Elle s'intéresse en effet à l'«interaction des facteurs qui causent la maladie; l'économie de la Santé animale y ajoute
la dimension socio-économique»
(24). Depuis sa fondation, l ' O I E lui a reconnu u n
rôle primordial comme instrument au service de l'économie des productions animales.
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Il est maintenant unanimement reconnu que l'approche épidémiologique ne peut être
que pluri- et interdisciplinaire et qu'elle peut alors apporter des solutions qui ne sont
pas à la portée des spécialistes les plus éminents agissant séparément.
C'est ainsi que l'hydatidose dont l'importance pour la santé publique n ' a pas besoin d'être soulignée, p o u r r a être mieux contrôlée si, parallèlement à la recherche
d ' u n cestocide efficace, économique et facile à administrer, on recourt à l'«expertise» épidémiologique. La recherche épidémiologique combinera les actions p o r t a n t
sur l'hôte herbivore, et sur l'hôte canin, à l'étude des aspects écologiques, anthropologiques, socio-psychologiques et économiques. E n ce qui concerne ce dernier
point, sera étudiée en particulier l'économie des déchets, n o t a m m e n t déchets
pour que tous les efforts intégrés par l'épidémiologie soient couronnés de succès.
Mais l'enjeu pour la production animale et la qualité de la vie dans les zones infestées vaut que de tels projets soient retenus. Les avantages indirects, difficiles il
est vrai à quantifier, doivent cependant être pris en compte, lorsque l'on procède à
la notation des projets de recherche, dans le cadre de la détermination des priorités.
Les méthodes de contrôle de la qualité des produits biologiques et des médicaments
vétérinaires doivent également faire l'objet de recherches en vue de leur amélioration. Ce contrôle doit se faire à deux niveaux différents:
a) Evaluation de l'efficacité et de l'innocuité d ' u n produit nouveau. Les règles
à cet égard ont été bien définies en ce qui concerne la pharmacologie, l'immunologie
et les essais cliniques en médecine humaine.
b) Contrôle de qualité des lots de fabrication. Le développement de nouvelles
méthodes de contrôle, autant que possible in vivo, comme le recommande l ' O M S
p o u r les produits à usage humain, est une condition essentielle p o u r le progrès de
la prévention et de la thérapeutique.
Une des difficultés les plus importantes pour le succès des campagnes de vaccination anti-aphteuse tient à l'incertitude relative à l'efficacité des lots de vaccin vis-àvis des différentes variantes de virus présentes dans les zones d'intervention. Le motif
en est, en partie, le coût élevé de l'évaluation de la puissance du vaccin vis-à-vis de
toutes les valences.
Mais deux facteurs expliquent également ces difficultés : le premier tient à ce que
l'on n'est pas informé en permanence de la nature exacte des virus circulants, ceci
pouvant être corrigé par l'amélioration de la surveillance épizootiologique. Le second concerne la méthode de détermination de la dose protectrice bovine 5 0 %
( D P B ) , avec trois dilutions et cinq bovins par dilution, qui est moins juste pour
mesurer la puissance, que la technique du pourcentage de protection utilisant au total
vingt-quatre bovins (25). L a technique de la D P relève en effet d'une mauvaise utilisation de la logique inductive aboutissant à l'application de critères conçus pour des
conditions tout à fait différentes (vaccins antirabiques).
50
Dans le domaine de l'immunologie, le développement extraordinaire que connaît
la biologie moléculaire depuis quelques années, ouvre de nouvelles perspectives.
L'identification des polypeptides qui constituent la structure protéinique des
de produire des antigènes spécifiques de l'immunité anti-aphteuse par synthèse chimique ou par recombinaison de l ' A D N dans E. coli, l'obtention d'anticorps m o n o -
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clonaux dont l'extrême spécificité permet une étude approfondie de la réponse imm u n e , sont déterminantes p o u r les études immunologiques en cours de réalisation
u n peu partout dans le monde. Les recherches qui permettront de connaître les facteurs
qui induisent une réponse cellulaire élevée, auront des répercussions considérables
sur les programmes de lutte contre la brucellose, la tuberculose bovine, les protozooses
et de nombreuses maladies virales.
Egalement importante est l'étude de la stimulation spécifique de l'immunité locale
de nature humorale observée avec les rotavirus, coronavirus, aphtovirus, H B V - 1 ,
parainfluenza 3, etc.
Les techniques de diagnostic immunologique d o n t il a été question plus haut, ont
connu des développements récents qui en faciliteront l'application aux maladies les
plus diverses. Ces techniques sont appelées à connaître b e a u c o u p d'améliorations
n o t a m m e n t du point de vue de la rapidité d'exécution.
La poursuite des recherches p o u r l'application des techniques du génie génétique
à la lutte contre les maladies animales a été recommandée p a r le Comité de l ' O I E
lors de sa 5 1 Session Générale (26).
e
Dans le domaine des vaccins, les progrès obtenus ne doivent pas faire oublier tout
ce qui reste à découvrir afin d'expliquer pourquoi les antigènes obtenus par les techniques du génie génétique sont moins efficaces que les virus aphteux inactivés. De même
faut-il mieux connaître les facteurs qui entrent en jeu p o u r renforcer et prolonger
l'immunité avec les adjuvants tels que ceux utilisés dans la fabrication des vaccins
anti-aphteux. Les réponses irrégulières obtenues en utilisant c o m m e adjuvant u n e
amine lipidique synthétique (27) suggèrent en effet l'intervention de facteurs qui ne
sont pas forcément liés à la structure physique de l'adjuvant comme ceci semble être
le cas pour la combinaison hydroxide d'alumine-saponine et l'émulsion eau-huile
minérale qui provoqueraient une libération retardée et une stimulation des
macrophages.
La culture in vitro de Babesia bovis (28) a fait avancer de façon considérable les
travaux en vue de l'immunisation contre la babésiose bovine. O n a réussi à préparer
des antigènes solubles (29, 30) avec lesquels on a obtenu une protection h o m o l o g u e .
Ces résultats permettent d'espérer que l'on p o u r r a vacciner contre la babésiose avec
des antigènes n o n vivants et d o n c éviter le risque que fait courir la prémunition, mais
comme l'a r e c o m m a n d é le Comité lors de sa 5 3 Session Générale, les recherches à
ce sujet doivent être intensifiées (31).
e
Le traitement des infestations parasitaires a largement bénéficié de la découverte
des substances actives vis-à-vis des tiques, des diverses espèces d'acariens responsables
des gales, des larves de Dermatobia
hominis, ainsi que des nématodes gastrointestinaux parasites de différentes espèces animales. Les études pharmacologiques
dans ce domaine n'en sont pourtant q u ' à leurs débuts, et il est permis de penser qu'elles
joueront u n rôle très important dans le contrôle des affections parasitaires, d o n t les
conséquences défavorables à la productivité du bétail sont particulièrement sensibles
dans les pays tropicaux et subtropicaux. Les recherches devront viser n o t a m m e n t
l'obtention de produits dont l'application sera moins contraignante et coûteuse que
les bains acaricides qui ont par ailleurs l'inconvénient de nécessiter le rassemblement
des animaux.
Le problème de la contamination des denrées d'origine animale par des substances
potentiellement toxiques — pesticides, résidus minéraux, etc. — présentes dans le
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milieu ambiant a pris une très grande importance, au cours des dernières années. L a
priorité devrait être donnée à des recherches écologiques multidisciplinaires pour
CONCLUSION
Les responsables des Services vétérinaires nationaux ne sont généralement pas
associés aux décisions en matière d'affectation des crédits de recherche, mais il est
b o n qu'ils connaissent les processus habituellement suivis pour avoir plus de chances
de voir leurs demandes retenues. C'est p o u r q u o i il nous est a p p a r u o p p o r t u n de consacrer, dans la première partie de notre article, u n développement relativement important aux méthodes d'évaluation et de choix des projets de recherche.
Les responsables des Services vétérinaires confrontés quotidiennement aux p r o blèmes que pose l'amélioration de l'efficacité des actions dans le domaine de la santé
animale et de la santé publique sont à m ê m e d'identifier les problèmes les plus importants qui nécessitent une recherche prioritaire.
Mais leur intervention ne doit pas se limiter à cette identification et à la formulation du projet de recherche. C o m m e indiqué dans la première partie, ils devraient
être également les administrateurs des programmes intéressant leur domaine d ' a c tivité. Une étude consacrée à la recherche agricole du Tiers M o n d e est arrivée en 1981
à la conclusion (32) que «probablement un tiers des pays étudiés a atteint un niveau
de recherche où l'obstacle à la réussite n'est pas tant le manque d'argent, de locaux,
d'équipement ou de chercheurs qualifiés que la gestion défaillante des ressources».
P a r leur connaissance des contraintes de toute nature qui s'opposent aux améliorations visées et des meilleurs moyens pour surmonter les difficultés, ils apparaissent
en effet les mieux placés pour gérer la recherche correspondant à leur secteur de responsabilité, et en faire assurer l'application des résultats.
La coupure qui existe parfois entre Services vétérinaires et recherche apparaît contraire à l'intérêt général. L'intégration des activités de routine et de la recherche
présente en effet des avantages pour les deux secteurs que l'on veut parfois séparer.
C'est ainsi que les Services d'épidémiologie et de diagnostic qui participent à un p r o jet de recherche intéressant leur domaine respectif, seront beaucoup plus motivés dans
leurs travaux de routine qu'ils seront amenés à évaluer d'eux-mêmes. Ils trouveront
p a r ailleurs des solutions qui échappent forcément à des chercheurs travaillant
Le choix des priorités de thèmes de recherche en fonction des besoins de la collectivité, et les résultats obtenus sont évidemment très importants pour la crédibilité des
Services vétérinaires.
C o m m e il a été indiqué, chaque pays a ses méthodes propres et ne doit pas se
contenter de transposer les techniques utilisées ailleurs, sous peine d'échec. Il n'est
cependant pas question de fermer la porte aux expériences des autres pays (33). A u
contraire, les échanges d'information entre chercheurs devraient être importants, et
il est à déplorer que souvent des recherches soient entreprises en faisant totalement
abstraction d'études identiques conduites par d'autres équipes, parfois du même pays.
Les organismes de financement de la recherche internationale eux-mêmes semblent
rarement se soucier d'une coordination des projets. Les réseaux de recherche qui se
sont parfois constitués spontanément pour l'étude par plusieurs équipes des différents
aspects d ' u n problème se sont généralement montrés d'une grande efficacité.
— 43 —
La suggestion a déjà été faite (34) de mettre en place u n dispositif de ce type p o u r
les recherches intéressant la santé animale. L a p r o m o t i o n de ces réseaux de recherche, l'appui qui peut être nécessaire p o u r l'animation de chacun de ces réseaux, pourraient être assurés en ce qui concerne les recherches prioritaires p o u r les Services
vétérinaires, par l ' O I E .
E n l'absence de coordination, des activités simultanées de recherche ont beaucoup
de chances d'entraîner une duplication des travaux et u n gaspillage de ressources.
La mise en place d ' u n e Unité de coordination des recherches auprès de l ' O I E serait
conforme à l'esprit et à la lettre d e l'Arrangement international p o r t a n t création d e
l'Organisation. L'investissement qu'elle suppose serait rapidement rentabilisé, car il
permettrait d'optimiser l'utilisation des ressources nationales et internationales dans
le domaine de la recherche.
*
* *
LOS SERVICIOS VETERINARIOS Y LA INVESTIGACIÓN. — P.N. Acha y L. Blajan.
Resumen: En concertacíón con las demás organizaciones internacionales, la OIE
viene contribuyendo a promover y coordinar las investigaciones sobre salud
animal. Recuerdan los autores los métodos seguidos para la planificación de
la investigación y los campos de investigación que son prioritarios modernamente
para conseguir mayor eficiencia en las actuaciones de los Servicios veterinarios.
Entre los temas de investigación recomendados por el Comité internacional
de la OIE, van indicando los autores sucesivamente: economía de salud animal,
métodos de diagnóstico experimental, epidemiología de las enfermedades
animales, control de calidad de los productos biológicos y de los medicamentos veterinarios, aplicación de la biología molecular en inmunología, concepción de nuevas vacunas, especialmente utilizando las técnicas de ingeniería
genética, tratamiento de las infestaciones parasitarias, contaminación de los
productos de origen animal.
Los responsables de los Servicios veterinarios son los más competentes para
administrar las investigaciones que corresponden a su sector de responsabilidad
y para aprovechar sus resultados. Se deberán establecer sus opciones en función de las necesidades de la colectividad y se guiarán por las experiencias de
los demás países sin dejaf por ello de tener en cuenta las peculiaridades de su
propio país. Para facilitar la coordinación de los proyectos y promover la acción de las redes de investigación, proponen los autores que se cree, ante la
OIE, una Unidad coordinadora de investigaciones.
PALABRAS CLAVE: Control de calidad - Economía - Epidemiología Inmunología - Investigación veterinaria - OIE - Organisaciones internacionales Planificación - Productos antiparasitarios - Proyectos de investigación - Salud
animal - Servicios de información - Servicios veterinarios - Técnicas de
diagnóstico.
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