Fédération des Associations de Parents d`Elèves de la Guadeloupe

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Fédération des Associations de Parents d`Elèves de la Guadeloupe
Fédération des Associations de Parents d’Elèves de la Guadeloupe
211, Résidence Les Collinettes - Grand-Camp
97142 LES ABYMES
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Présidente : Françoise GACE tel 0590 98 82 89 et 0690 37 05 73
COMMUNICATION DU SECRETAIRE GENERAL DE LA FAPEG
LORS DE L’ASEMBLEE GENERALE DE L’U.P.E.M.
FORT-DE-FRANCE LE 24 OCTOBRE 2010
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs, en vos fonctions et qualités,
Mes premiers mots seront pour vous remercier, Monsieur le Président, de nous avoir fait l’amitié de
nous inviter à votre assemblée générale, et de nous avoir accueillis, la Présidente de la FAPEG et
moi-même, avec autant de gentillesse et de spontanéité.
Ayant rejoint le bureau de la Fédération des Associations de Parents d’Elèves de la Guadeloupe il y
tout juste deux ans, je me souviens très bien de votre participation à notre Assemblée Générale de
novembre 2008. L’exposé que vous avez présenté ce jour-là, votre rapport moral d’aujourd’hui, les
propos de M. SAINT-CYR, CSAIO de l’académie de Créteil, et ceux de M. Daniel ROBIN, en
charge des affaires scolaires au Conseil Régional de la Martinique, confortent notre conviction que
les problèmes que nous connaissons, ici et en Guadeloupe, procèdent d’une même origine,
procèdent de la volonté du pouvoir central de démanteler l’Ecole, cette école dont un excellent ami,
aujourd’hui disparu, a pu dire que c’était « la terre des gens sans terre ».
Celle-ci occupe, dans la mémoire collective héritée du siècle des lumières, une place prépondérante.
En effet, il faut remonter à 1791-1792 avec Condorcet pour mesurer l’enracinement de l’instruction
publique, forgeron du citoyen. C’est dire qu’elle représente un verrou de taille aux yeux des
marchands du temple et son démantèlement n’est pas chose aisée. Aussi, pour réussir son dépeçage,
deux stratégies, idéologique et politique, sont en œuvre depuis une trentaine d’années.
La première stratégie consiste à discréditer le savoir, à détourner la finalité de l’Ecole publique, à
saper l’autorité, à confondre massification et démocratisation. Enfin, à faire porter à l’école le lourd
fardeau du chômage et de la précarité. La violence physique et verbale que l’on découvre dans le
milieu scolaire en est l’un des symptômes.
La deuxième, légitimée par l’idéologique, sert à élaborer des réponses à la « crise chronique
programmée » de l’école. C’est le rôle des « réformes » de l’éducation nationale qui agissent sur
deux fronts, qu’elles soient d’ailleurs d’inspiration de droite ou de gauche. Tout en flattant le
« client-élève » et le « parent-usager », elles allègent les programmes, baissent les niveaux
d’exigence avec son corollaire, la diminution horaire des cours d’enseignement et la suppression de
postes...
Entretenir la crise dans l’Education Nationale, telle semble être la fonction des réformes
ministérielles, avec comme première conséquence, une crise de confiance en l’école publique. C’est
le début d’un processus de divorce d’avec « le client usager ».
Un pas supplémentaire vient d’être franchi avec la suppression de 11.200 postes de professeurs et
de plusieurs classes du Primaire. Plus grave encore, comme ses prédécesseurs, l’actuel Ministre de
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l’Education Nationale fustige l’échec scolaire dans le public, alors que, je le cite «… l’enseignement
privé a fait la preuve de sa capacité à accueillir des publics très divers, y compris des élèves en
difficulté, et à leur proposer une pédagogie et un encadrement leur permettant de renouer avec la
réussite scolaire… »
Et tout naturellement, le Ministre annonce à l’école privée, la bonne nouvelle « …Dès cette année,
un fonds d’intervention spécifique « Espoir banlieues » sera créé sur le budget de l’Education
nationale pour permettre le financement des dépenses de fonctionnement des établissements privés
qui accepteraient d’ouvrir des classes dans les banlieues. Je me fixe un premier objectif pour la
rentrée 2008, la création de 50 nouvelles classes de l’enseignement privé dans les banlieues et je
couplerai chaque fois que possible ces projets d’ouverture de classe avec les internats
d’excellence. »
Cette volonté ministérielle de créer des écoles privées dans les banlieues donne une plus forte
tonalité au discours du Président de la République à Latran où il énonce que « …Dans la
transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur
ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche,
parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un
engagement porté par l’espérance.
Saper la crédibilité de l’école publique et laïque, encourager l’école privée ne va pas sans le
désengagement de l’Etat de son rôle de garant d’un enseignement public de qualité. C’est le
rôle dévolu à la décentralisation. Car, comme l’affirme l’ancien ministre de l’Education, Luc Ferry
dans sa Lettre à tous ceux qui aiment l’école, p 133, « L’éducation ne saurait à cet égard,
s’exempter du mouvement par lequel la République se décentralise. »
Enfin, pour briser l’unicité et l’égalité dans l’école publique, les réformateurs, comme Claude
Allègre en février 1998, préconisent l’autonomie des établissements afin, soi-disant, d’« instiller cet
esprit d’entreprise et d’innovation qui fait défaut. »
Tout compte fait, le plan social est à l’entreprise ce que la réforme est à l’école publique.
Le premier annonce aux salariés leurs licenciements et la restructuration ou la fermeture de leur
entreprise, le second, des suppressions de postes et le démantèlement de l’école publique.
Ainsi, au nom de la modernisation et de la compétitivité capitaliste, réforme est devenue synonyme
de… régression.
L'Education nationale, née de l'idéal de l'école laïque, gratuite et obligatoire, est aujourd'hui en
danger de mort car sous la menace d'une croisade, menée depuis plus de 15 ans par les franges
catholiques les plus intégristes des mouvements ultralibéraux, qui s'invite désormais au cœur de la
réforme économique menée par l'actuel gouvernement.
La rentrée scolaire 2010 illustre malheureusement cette dégradation du service public d’éducation
dans nos régions, où l’on découvre que les conditions d’accueil des enfants d’âge maternel sont
modifiées. En effet, le ministère ayant ordonné l’arrêt de la scolarisation « dès deux ans »,
désormais, seuls les enfants français et étrangers âgés de trois ans pourront, je dis bien pourront y
être accueillis.
Peut-on en être surpris ? Souvenons-nous : après s’être laissé aller à parler des enseignants qui
« changent les couches et qui surveillent les siestes » à l’école maternelle, et le tollé de protestations
que ses propos avaient provoqués, le Ministre Xavier Darcos s’était excusé en regrettant d’avoir été
mal compris… Mensonge ! En réalité, bien que les gouvernements successifs ne l’aient jamais
annoncé officiellement, ils ont procédé à la mise en œuvre de multiples actions séparées qui,
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lorsqu’on les rassemble comme les pièces d’un puzzle, montrent que l’école maternelle est
condamnée à court terme.
Autre signe du démantèlement de l’école dans nos régions : malgré les avis des conseils
d’administration lors des réunions pour la répartition de la DGH (Dotation Globale Horaire), des
suppressions de postes ont été enregistrées dans les établissements ainsi que l’augmentation des
heures supplémentaires et la multiplication des BMP, ce qui n’empêche pas que de nombreux
postes ne soient pas pourvus depuis la rentrée, notamment dans des disciplines réputées
fondamentales. C’est encore dans nos régions que le remplacement des enseignants absents n’est
souvent pas assuré, au mépris de l’obligation de continuité du service public d’éducation.
Imaginez le mal-être d’une principale de collège et le malaise dans les familles ! Alors que la
Principale ne cesse d’adresser des courriels en direction du rectorat de l’académie de la Guadeloupe
pour demander un remplaçant dans une classe de 3ème dont les élèves sont privés d’enseignement du
français depuis la rentrée, celle-ci reçoit pour toute réponse « qu’on ne peut rien y faire » et se voit
priée d’arrêter d’encombrer la messagerie du rectorat avec ses demandes…
Il est vrai que, comme tous leurs collègues de France et de Navarre, les recteurs de l’académie de la
Guadeloupe et de la Martinique ont été invités à faire part au ministère de « leurs gisements de
productivité », c’est-à-dire du nombre de postes qu’ils peuvent supprimer dans leur académie pour
atteindre l’objectif fixé par le gouvernement.
Mais, indépendamment de la violence qui transparaît dans ce genre de correspondance, je note pour
ma part le peu de cas que font ces gens de l’avenir de nos enfants dont vous affirmez, à juste titre,
dans le logo de votre association qu’ils sont l’avenir du pays : « Divini yich nou ce divini peyi a ».
Pourtant, ce sont ces mêmes fossoyeurs du service public d’éducation qui, à la fin de l’année
scolaire, se répandent dans les medias pour regretter l’insuffisance des résultats obtenus aux
différents examens et feindre d’essayer de comprendre les raisons de l’écart existant entre les
résultats des élèves antillais et ceux d’élèves scolarisés dans l’hexagone...
Après que le gouvernement a mis tout en œuvre pour faire adopter la réforme des retraites à marche
forcée, au moment où de nombreux nuages planent au-dessus de nos têtes, annonçant un orage dont
nous ignorons encore les effets, prenons-nous résolument en mains, unissons nos efforts pour que
soient remis à plat un certain nombre de mesures qui mettent à mal l’école, comme la suppression
de dizaine de milliers de postes d’enseignants, l’élimination progressive de l’école maternelle, la
mise en concurrence des établissements, l’appauvrissement des programmes, la privatisation du
système éducatif, la stratégie populiste du culte du mérite individuel, la mise de l’école au service
du capitalisme, le développement des aides aux écoles privées..., et surtout, ne négligeons pas
d’impliquer et de responsabiliser nos présidents des Conseils Régional et Général, comme les élus
nationaux que sont nos Députés et Sénateurs pour relayer nos justes revendications auprès du
ministre de l’Education nationale, voire du président de la République, organisateur en chef de ce
désastre…
Voilà, Monsieur le Président, et vous tous, Chers Amis, ce que je souhaitais vous dire à l’occasion
de cette Assemblée Générale, au nom de la Fédération des Associations de Parents d’Elèves de la
Guadeloupe, de sa Présidente et des membres du bureau.
Je vous remercie de votre bienveillante attention.
Jacques F. FORIER
Secrétaire Général de la FAPEG
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