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1 Université de Nice-Sophia Antipolis Faculté de médecine de Nice Année 2009 Enquête descriptive sur la traumatologie en médecine de montagne hivernale THESE Présentée à l’université de Nice Pour l’obtention du DOCTORAT EN MEDECINE, DIPLOME D’ETAT Par Pascal PONSET Né le 2 septembre 1981 à Béziers Thèse soutenue publiquement à la faculté de médecine de Nice le 21 Septembre 2009 Devant le jury composé de : Monsieur le Professeur Jacques LEVRAUT, Président du Jury, Monsieur le Professeur Patrick BAQUE, Monsieur le Professeur Fernand DEPERETTI, Monsieur le Professeur Jean-Baptiste SAUTRON, Monsieur le Docteur Roland GIRAUD, Directeur de Thèse. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 2 UNIVERSITE DE NICE-SOPHIA ANTIPOLIS FACULTE DE MEDECINE _________ Doyen M. BENCHIMOL Daniel 1er Assesseur M. QUATREHOMME Gérald Assesseurs M. FUZIBET Jean-Gabriel M. GUERIN Olivier M. LACOUR Jean-Philippe Conservateur de la bibliothèque M. SCALABRE Grégory Chef des services administratifs Mme de KOZAK Nicole Doyens Honoraires M. AYRAUD Noël M. RAMPAL Patrick Professeurs Honoraires M. BLAIVE Bruno M. BOQUET Patrice M. BRUNETON Jean-Noël Mme CAREL Claude M. COUSSEMENT Alain M. DARCOURT Guy M. DELMONT Jean M. DEMARD François M. DOLISI Claude M. FREYCHET Pierre M. GILLET Jean-Yves M. HARTER Michel M. INGLESAKIS Jean-André M. JAEGER Philippe M. KERMAREC Jean M. LALANNE Claude-Michel M. LAPALUS Philippe M. LAZDUNSKI Michel M. LE BAS Pierre M. LOUBIERE Robert M. MAESTRACCI Pierre M. MARIANI Roger M. MARTIN Pierre M. MATTEI Mathieu M. MASSEYEFF René M. MOUIEL Jean M. OLLIER Amédée M. SCHNEIDER Maurice M. SERRES Jean-Jacques M. TRAN Dinh Khiem M. ZIEGLER Gérard M.C.A. Honoraire Mlle ALLINE Madeleine M.C.U. Honoraires M. ARNOLD Jacques M. BASTERIS Bernard M. EMILIOZZI Roméo M. GASTAUD Marcel Mme MEMRAN Nadine M. POIREE Jean-Claude Mme ROURE Marie-Claire Traumatologie en médecine de montagne hivernale 3 PROFESSEURS CLASSE EXCEPTIONNELLE M. M. M. M. M. M. M. M. M. BERNARD Alain CHATEL Marcel DELLAMONICA Pierre GASTAUD Pierre GERARD Jean-Pierre GRIMAUD Dominique LEFEBVRE Jean-Claude ORTONNE Jean-Paul VAN OBBERGHEN Emmanuel Immunologie Neurologie Maladies Infectieuses et Tropicales Ophtalmologie Cancérologie-Radiothérapie Anesthésiologie et Réanimation Chirurgicale Bactériologie-Virologie Dermatologie-Vénéréologie Biochimie et Biologie Moléculaire PROFESSEURS PREMIERE CLASSE M. M. M. M. Mme M. M. M. Mme M. M. M. M. M. M. M. M. Mme M. M. M. M. Mme M. M. M. M. M. M. M. BATT Michel BENCHIMOL Daniel BOILEAU Pascal BOURGEON André BUSSIERE Françoise CAMOUS Jean-Pierre DARCOURT Jacques DESNUELLE Claude EULLER-ZIEGLER Liana FENICHEL Patrick FUZIBET Jean-Gabriel GRELLIER Patrick GUGENHEIM Jean HASSEN KHODJA Reda HEBUTERNE Xavier HOFMAN Paul LACOUR Jean-Philippe LEBRETON Elisabeth LE FICHOUX Yves MARQUETTE Charles-Hugo MICHIELS Jean-François MOUROUX Jérôme MYQUEL Martine PAQUIS Philippe PRINGUEY Dominique QUATREHOMME Gérald ROBERT Philippe SANTINI Joseph THYSS Antoine TOUBOL Jacques Chirurgie Vasculaire Chirurgie Générale Chirurgie Orthopédique et Traumatologie Anatomie-Chirurgie Thoracique Biophysique Thérapeutique Biophysique Biologie Cellulaire Rhumatologie Biologie du Développement et de la Reproduction Médecine Interne Neurochirurgie Chirurgie Digestive Chirurgie Vasculaire Nutrition Anatomie et Cytologie Pathologiques Dermatologie-Vénéréologie Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique Parasitologie Pneumologie Anatomie et Cytologie Pathologiques Chirurgie Thoracique et Cardio-Vasculaire Pédo-Psychiatrie Neurochirurgie Psychiatrie d'Adultes Médecine Légale Psychiatrie d’Adultes O.R.L. Cancérologie – Radiothérapie Urologie Traumatologie en médecine de montagne hivernale 4 PROFESSEURS DEUXIEME CLASSE M. M. M. M. M. M. M. M. M. M. M. M. M. Mme M. M. M. M. M. M. Mlle M. Mme M. M. M. M. M. M. M. Mme M. M. Mme M. M. M. M. M. M. M. M. ALBERTINI Marc AMIEL Jean BALAS Daniel BAQUE Patrick BERARD Etienne BERNARDIN Gilles BOCQUET Jean-Pierre BONGAIN André BOUTTE Patrick CANIVET Bertrand CASSUTO Jill-Patrice CASTILLO Laurent CHEVALLIER Patrick CRENESSE Dominique DE PERETTI Fernand DRICI Milou-Daniel FERRARI Emile FERRERO Jean-Marc FREDENRICH Alexandre GIBELIN Pierre GIORDANENGO Valérie GRIFFET Jacques ICHAI Carole JOURDAN Jacques LAMBERT Jean-Claude LEVRAUT Jacques LONJON Michel MARTY Pierre MOUNIER Nicolas PADOVANI Bernard PAQUIS Véronique PRADIER Christian RAUCOULES-AIME Marc RAYNAUD Dominique ROGER Pierre-Marie ROSENTHAL Eric SADOUL Jean-Louis SCHNEIDER Stéphane THOMAS Pierre TRAN Albert TROJANI Christophe VENISSAC Nicolas Pédiatrie Urologie Cytologie et Histologie Anatomie - Chirurgie Générale Pédiatrie Réanimation Médicale Hygiène Gynécologie-Obstétrique Pédiatrie Médecine Interne Hématologie et Transfusion O.R.L. Radiologie et Imagerie Médicale Physiologie Anatomie-Chirurgie Orthopédique Pharmacologie Clinique Cardiologie Cancérologie, Radiothérapie Endocrinologie, Diabète et Maladies métaboliques Cardiologie et Maladies Vasculaires Bactériologie-Virologie-Hygiène Chirurgie Infantile Anesthésiologie et Réanimation Chirurgicale Chirurgie Thoracique et Cardio-Vasculaire Génétique Anesthésiologie et Réanimation Chirurgicale Neurochirurgie Parasitologie Cancérologie – Radiothérapie Radiologie et Imagerie Médicale Génétique Epidémiologie, Economie de la Santé et Prévention Anesthésie et Réanimation Chirurgicale Hématologie Maladies infectieuses, maladies tropicales Médecine Interne Endocrinologie et Maladies Métaboliques Nutrition Neurologie Hépato-Gastro-Entérologie Chirurgie Orthopédique et Traumatologique Chirurgie Thoracique et cardio-vasculaire Traumatologie en médecine de montagne hivernale 5 MAITRES DE CONFERENCES DES UNIVERSITES - PRATICIENS HOSPITALIERS Mme M. M. M. Mme Mme M. Mme Mlle M. Mme M. M. M. M. M. Mlle Mme M. Mme M. Mme M. M. M. M. M. M. ALUNNI-PERRET Véronique BAHADORAN Philippe BENIZRI Emmanuel BENOLIEL José BERNARD-POMIER Ghislaine BLANC-PEDEUTOUR Florence BREAUD Jean BUREL-VANDENBOS Fanny CHICHMANIAN Rose-Marie DOGLIO Alain DONZEAU Michèle FOSSE Thierry FRANKEN Philippe GARRAFFO Rodolphe GIRARD-PIPAU Fernand GIUDICELLI Jean LANDRAUD Luce LEGROS Laurence MAGNE Jacques MAGNIE Marie-Noëlle MENGUAL Raymond MUSSO-LASSALLE Sandra NAÏMI Mourad PHILIP Patrick ROUX Christian STACCINI Pascal TESTA Jean TOULON Pierre Médecine Légale et Droit de la Santé Cytologie et Histologie Chirurgie Générale Biophysique Immunologie Cancérologie – Génétique Chirurgie Infantile Anatomie et Cytologie pathologiques Pharmacologie Fondamentale et Clinique Bactériologie-Virologie-Hygiène Biologie du Développement et de la Reproduction Bactériologie-Virologie-Hygiène Biophysique Pharmacologie Fondamentale Bactériologie-Virologie-Hygiène Biochimie Bactériologie – Virologie Hématologie et Transfusion Biophysique Physiologie Biochimie Anatomie et Cytologie pathologiques Biochimie et Biologie moléculaire Cytologie et Histologie Rhumatologie Biostatistique et Informatique Médicale Epidémiologie-Economie de la Santé et Prévention Hématologie et Transfusion PROFESSEURS ASSOCIES M. M. HOFLIGER Philippe SAUTRON Jean-Baptiste Médecine Générale Médecine Générale MAITRE DE CONFERENCES ASSOCIE Mme VANONI Isabelle Médecine Générale PROFESSEURS CONVENTIONNES DE L’UNIVERSITE M. M. M. M. BERTRAND François BROCKER Patrice MAGNE Jacques QUARANTA Jean-François Médecine Interne Médecine Interne Option Gériatrie Biophysique Santé Publique Traumatologie en médecine de montagne hivernale 6 REMERCIEMENTS A Monsieur le Professeur LEVRAUT, Vous m’avez fait l’honneur d’accepter la présidence de cette thèse et de juger mon travail, Veuillez trouver ici le témoignage de ma reconnaissance et de mon profond respect. A Monsieur le Professeur BAQUE, Vous m’avez fait l’honneur d’être membre de mon jury et de prêter attention à ces recherches, Veuillez accepter ma reconnaissance et mes remerciements respectueux. A Monsieur le Professeur DE PERETTI, Vous m’avez fait l’honneur d’être membre de mon jury et de manifester votre intérêt pour ces recherches, Veuillez accepter ma reconnaissance et mes remerciements respectueux. A Monsieur le Professeur SAUTRON, Vous m’avez fait l’honneur d’être membre de mon jury et de vous pencher sur ces recherches, Veuillez accepter ma reconnaissance et mes remerciements respectueux. A Monsieur le Docteur GIRAUD, Merci tout d’abord de m’avoir ouvert ta porte et de m’avoir accueilli à bras ouverts pour mes six mois de stage en cabinet et pour les nombreuses autres fois… où je n’étais pas en stage. Merci également de m’avoir accordé ta confiance et ton aide dans la réalisation de cette étude. Merci encore pour toutes les heures consacrées à me guider avec tant de bienveillance et de générosité. Et merci enfin de m’avoir si bien montré par ton exemple les qualités humaines nécessaires à notre métier et que je m’efforcerai désormais d’appliquer. A l’association Médecins de Montagne et son Président, Monsieur le Docteur Laporte, Merci pour toutes les heures consacrées à me guider avec tant de bienveillance et de gentillesse. Merci aussi de votre disponibilité et de votre aide précieuse pour la collecte des données. A Martine, la secrétaire du cabinet médical de Valberg , Merci pour ton aide précieuse lors des soins, de la collecte des données, de ta courtoisie et de ta disponibilité. A tous les habitants de Valberg, qu’ils soient pharmaciens, pisteurs, ambulanciers, boulanger… L’association de leurs efforts à tous permet le bon fonctionnement de la station. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 7 A toutes les équipes des urgences et du SMUR de Menton et de Nice, même aux têtes de pioche, qui ont eu à me côtoyer pendant trois ans et pour qui, a priori, ce n’est pas encore terminé. A toute l’équipe du service de Médecine de Menton qui m’a supporté et que j’ai supportée pendant un an. A toute l’équipe de la pédiatrie de Béziers avec qui j’ai passé six excellents mois. A mes Parents et Grand Parents, Merci de m’avoir si bien soutenu et encouragé pendant toutes ces années d’études. Que ce travail en soit la récompense. Vous m’avez permis de réaliser mon rêve. N’oubliez jamais combien je vous aime. A ma Sœur, à qui je pense avec tendresse (de temps en temps), Merci d’avoir toujours été là. A mes oncles et tantes Grâce à qui j’ai pu avoir un toit en région PACA, Et qui ont eu à me fréquenter pendant trois ans. A Jean-Sébastien (qui est un peu trop têtu) A Thomas A Alix A Sarah A Céline A Laure A Erick A Arek A Nicolas A Thibault A Sandra A Didier A Séverine A Nathalie A Ludivine A Catherine A Jacqueline A Michèle A Céline A Hourria Traumatologie en médecine de montagne hivernale 8 Aux Isabelle(s) A Nicolas et Marion A Julien A Denis et Sabine Aux Sylvain(s) A Marianne A Anne-Claire A Philippe A Hélène A Régis et Caroline A Rita A Jérôme A Pierre A Raymond A Leïla A Christel A Christelle A Audrey A Annie A Christine A tous ceux que j’ai pu oublier, qu’ils veuillent bien m’en excuser. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 9 TABLE DES MATIERES TABLE DES MATIERES .............................................................................................. 9 I/ INTRODUCTION ..................................................................................................... 11 1.1. L’histoire ............................................................................................................. 11 1.2. A l’heure actuelle ................................................................................................ 12 II/ BUT DE L’ETUDE.................................................................................................. 14 III/ MATERIEL ET METHODE .................................................................................. 15 3.1. Description de l’étude ......................................................................................... 15 3.2. Recueil des données ............................................................................................ 16 3.3. L’Association Médecins de Montagne ............................................................... 20 3.4. Statistiques au niveau national ............................................................................ 21 IV/ CONTEXTE LOCAL ............................................................................................. 22 4.1. Valberg et sa station ............................................................................................ 22 4.2. Le versant médical .............................................................................................. 23 4.3. La situation et son accès depuis Nice ................................................................. 25 V/ RESULTATS ET ANALYSE ................................................................................. 26 5.1. Population des blessés ........................................................................................ 26 5.2. Répartition par type d’accidents ......................................................................... 28 5.3. Répartition par type de sports de glisse .............................................................. 29 5.4. Répartition par lésions ........................................................................................ 30 5.5. Répartition par localisation ................................................................................. 31 5.6. Répartition en fonction de l’intervention des pisteurs ........................................ 32 5.7. Nombre d’accidents dus à des collisions sur les interventions des pisteurs ....... 33 5.8. Gravité immédiate et pronostic vital engagé ...................................................... 34 5.9. Gravité : éventuelle nécessité de l’hospitalisation .............................................. 35 5.10. Patients ayant bénéficié de radiographies ......................................................... 36 5.11. Hospitalisation après radiographies .................................................................. 37 Traumatologie en médecine de montagne hivernale 10 VI/ DISCUSSION ......................................................................................................... 38 6.1. Matériel et méthode ............................................................................................ 38 6.2. Contexte local ..................................................................................................... 39 6.3. Population des blessés ........................................................................................ 41 6.4. Répartition par type d’accidents ......................................................................... 42 6.5. Répartition par type de sports de glisse .............................................................. 43 6.6. Répartition par lésions ........................................................................................ 44 6.7. Répartition par localisations ............................................................................... 46 6.8. Répartition en fonction de l’intervention des pisteurs ........................................ 47 6.9. Nombre d’accidents dus à des collisions sur les interventions des pisteurs ....... 48 6.10. Gravité immédiate et pronostic vital engagé .................................................... 49 6.11. Gravité : éventuelle nécessité de l’hospitalisation ............................................ 50 6.12. Patients ayant bénéficié de radiographies ......................................................... 52 6.13. Hospitalisation après radiographies .................................................................. 53 VII/ CONCLUSIONS ................................................................................................... 54 VIII/ REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................. 56 IX/ ANNEXES.............................................................................................................. 59 9.1. La place de la France dans le reste de l’Europe.................................................. 59 9.2. Les sports d’hiver et la crise ............................................................................... 62 9.3. La montagne et ses activités ............................................................................... 63 9.4. Les conditions liées à l’altitude .......................................................................... 72 9.5. Les conseils avant la pratique ............................................................................. 74 9.6. Les accessoires de prévention ............................................................................. 76 SERMENT D’HIPPOCRATE ...................................................................................... 77 Traumatologie en médecine de montagne hivernale 11 I/ INTRODUCTION 1.1. L’histoire Au début, le ski était un moyen de transport sur la neige [1] au même titre que les raquettes. L’origine du ski remonte à 4500 ans avant notre ère environ : on a, en effet, retrouvé en Suède gravures rupestres et fragments de skis (en Norvégien, le mot ‘ski’ signifie d’ailleurs « morceaux de bois »). Les débuts du ski comme activité sportive remontent à 1826, en Norvège, lorsque l’armée décida de dissoudre ses détachements de skieurs, unités de soldats skieurs très développées depuis 1750. Ce sport a connu un essor fulgurant dans les années 1850 aux Etats-Unis lors de la ruée vers l’or. En France, l’armée ne prit conscience de l’intérêt du ski que vers 1901, date à laquelle fut créé un bataillon de skieurs militaires. C’est à cette même période que le Dr Payot, officiant à Chamonix, visite ses malades à skis. Toujours à Chamonix, a lieu en 1908 le second concours international de ski (après Montgenèvre) et en 1924 se déroule ce qui est reconnu comme les premières olympiades d’hiver. Progressivement de nouveaux arrivants qui souhaitent «faire du sport même en hiver» vont découvrir le ski et le pratiquer bientôt avec passion. C'est grâce à eux que, dès les années 1920, on invente ce qu'il convient désormais d'appeler «les Sports d'hiver». La seconde guerre mondiale entrainera un déclin de l’activité puis un rebond, à la fin des années 50, avec de nombreuses initiatives émanant des communes ou de sociétés privées) déclenchant des investissements afin de créer de nombreuses remontées mécaniques. Vient alors la notion de «pistes» avec l'invention de matériels adaptés, puis, plus tard, l'enneigement artificiel. A la fin du XXe siècle, la France possède 30% des domaines skiables aménagés dans le monde ainsi que le plus grand parc de remontées mécaniques. Le phénomène ski a atteint un niveau énorme et reste en constante croissance. C’est cet historique qui nous permet de comprendre l’évolution de la pratique du ski et des sports d’hiver ainsi que la modification de la pathologie rencontrée dans cette pratique [14], [15], [16]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 12 1.2. A l’heure actuelle « En saison d'hiver, la traumatologie du sport représente 32% de l'activité des Médecins de Montagne, avec des extrêmes allant de 0 à 100%. En effet, plus de 95% des patients blessés en station sont traités au cabinet du médecin. » Ces chiffres de l’association des médecins de montagne sont éloquents et soulignent bien la nécessité pour le médecin généraliste choisissant d’exercer sa profession en station de sports d’hiver précisément, mais également en milieu rural de façon plus générale, de savoir dominer ces problèmes et d’en connaître la nature exacte. L’hiver, la traumatologie représente une grande partie de l’activité. Chaque année, sur environ neuf millions de pratiquants des sports d’hiver en France, près de 150 000 blessés [3], [11], dont 30% conduits par les services des pistes [19], sont pris en charge par les médecins de montagne. Il faut savoir prendre en charge un patient et gérer l’aspect multidisciplinaire de l’intervention (pisteurs-secouristes, pompiers, médecins). Il faut savoir avant toute autre chose pratiquer un premier examen rapide, menant à l’essentiel: fautil l’évacuer depuis la piste ? Est-il transportable ? Puis retirer, avec dextérité, un matériel de ski le plus souvent encombrant et volumineux, gérer la douleur du patient, le conditionner et le déconditionner en toute sécurité pour pouvoir respectivement le transporter et l’examiner au cabinet. Une fois un diagnostic posé, à l’aide souvent d’examens para-cliniques nécessitant un équipement relativement coûteux (comme la radiographie), il faudra traiter le patient, voire le transférer au centre hospitalier le plus proche. Exercice pouvant rapidement s’avérer compliqué car très consommateur de temps [22] tandis que la salle d’attente est souvent bondée. Exercice compliqué encore car également consommateur de bras : le médecin est-il seul [23] ? A-t-il des auxiliaires dans l’installation du blessé pour la radio, Traumatologie en médecine de montagne hivernale 13 dans la confection de plâtre, la réalisation d’une suture, la pose d’une voie veineuse ? Autant de gestes simples et quotidiens qui peuvent, à ce moment-là, relever de la prouesse. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 14 II/ BUT DE L’ETUDE Cette thèse a pour but de prendre une photographie du type de lésions rencontrées dans une station en saison hivernale pour évaluer les moyens déjà mis (et en adéquation ?) ou à mettre en place pour permettre leur prise en charge efficace et, qui sait, donner envie à la génération future de prendre le relais. Elle va répondre à la question : « A quelle traumatologie est confronté un médecin généraliste en station, l’hiver ? », son objectif principal. Dans un second temps, nous décrirons la prise en charge et les traitements possibles, soit sur place, soit nécessitant une évacuation vers un centre hospitalier. Pour ce faire, nous allons décrire la pathologie traumatique rencontrée, son nombre, ses modes (ski, luge, snowboard, voie publique, …) et la population qu’elle concerne. Nous décrirons la prise en charge associée, l’éventuelle réalisation d’examens radiologiques ainsi que l’éventuelle nécessité d’évacuer le patient. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 15 III/ MATERIEL ET METHODE 3.1. Description de l’étude Il s’agit d’une étude descriptive prospective réalisée chez un médecin généraliste, en cabinet, dans la station de Valberg, sur la période hivernale 2007/2008 et incluant 467 victimes (définissant la population N), s’attachant à décrire leur pathologie, le mode d’entrée dans cette pathologie et les moyens de traitement mis en œuvre au cabinet. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 16 3.2. Recueil des données Les données sont recueillies dès l’arrivée du patient au cabinet par le biais d’une fiche papier, validée par Médecins de Montagne ou, quand le patient ne passe pas par le cabinet, en cas d’évacuation héliportée sur la piste, a posteriori dès le retour au cabinet. Fiche de recueil des données Traumatologie en médecine de montagne hivernale 17 Cette fiche comprend plusieurs variables dont certaines ne seront pas utilisées pour cette étude et donc non décrites ici : - l'âge Il a été décidé de diviser la population en 5 sous-groupes d'âges : âge < 10 ans : enfants 10 ans < âge < 15 ans : adolescents 15 ans < âge < 25 ans : adultes jeunes 25 ans < âge < 55 ans : adultes âge > 55 ans : vétérans - le sexe - la cause Trois types seront retenus : - Sport (incluant uniquement les sports de glisse) - Voie publique - Autres (incluant les autres sports, les accidents domestiques et les malaises) - le type d'accidents : - Accident de miniski - Accident de ski alpin - Accident de snowboard - Autres (incluant la luge) - collision Traumatologie en médecine de montagne hivernale 18 Cet item permet de renseigner sur la nature de l'accident suivant la présence ou l'absence d'une collision. - types de lésions 10 lésions ont été retenues (dont 7 avaient été identifiées comme caractéristiques des sports d'hiver lors d'un travail commun avec l'équipe américaine de Rick Greenwald et de réflexions communes lors des travaux de l'ISSS (International society for Skiing and safety) [17]). Dix types de lésions ont été retenus : - fracture de jambe et de cheville, - fracture du poignet, - entorse du pouce, - rupture du ligament croisé antérieur (LCA), - entorse du genou, - traumatisme crânien, - lésions tronc/tête (hors traumatisme crânien), - luxation de l'épaule (luxation antéro-interne de l'épaule), - lésions de l'épaule (sauf luxation), - autres lésions (qui regroupent tout ce que l'on ne peut pas intégrer aux diagnostics précités). - Echelle de gravité L'utilisation a été simplifiée pour les besoin de l'étude à une variable binaire: Pronostic vital engagé ou non [5]. - Hospitalisation immédiate Variable binaire pour savoir si un patient examiné a été admis en service hospitalier ou si son état était compatible avec un retour au domicile. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 19 - Ajouts La fiche a été complétée par une variable supplémentaire dans la section « commentaires » qui a permis de connaître le moyen de prise en charge du blessé, selon qu’elle a été ou non effectuée par les pisteurs. La saisie est ensuite faite sur le logiciel EPI Info, logiciel de santé publique recommandé par l’OMS, qui permet de structurer simplement la base de données et d’analyser les chiffres. En termes de statistiques, des tests non paramétriques sont utilisés, le khi2 en général. Les résultats significatifs sont donnés pour p < 0,05. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 20 3.3. L’Association Médecins de Montagne « Médecins de Montagne » est une association loi 1901 créée en 1953. Elle regroupe plus de 250 médecins généralistes installés en station de sport d’hiver sur l’ensemble du territoire français et veillant à la sécurité des quelques 8.8 millions d’usagers des pistes de ski françaises l’hiver et des autres victimes hors pistes (luge, randonnée, …) [11]. Son réseau d’épidémiologie, d’envergure nationale, fonctionne depuis 1992 [2]. Il constitue la base la plus importante au niveau mondial (plus de 400.000 cas) et continue de s’étoffer d’année en année. Cette association a pour buts : - d’assurer la Formation Médicale Continue (séminaires et conférences), - d’améliorer la qualité des soins en station, - de faire connaître et défendre les aspects spécifiques de la pratique de la médecine en montagne, - d’améliorer la prévention des accidents de ski, - de mesurer l’efficacité des mesures entreprises, - de créer des fiches de recommandations et de bonnes pratiques destinées aux patients A noter que l’association a participé à l’élaboration de la Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM) avec la création de certaines cotations spécifiques aux médecins de montagne. De plus, l’association gère un service « Centrale d’achat » pour permettre à tous ses membres de bénéficier des tarifs les plus avantageux (matériel et fournitures). Un réseau de Médecins Correspondants SAMU est également opérationnel et a pour but de permettre une meilleure prise en charge en fournissant au SAMU des relais fiables sur le terrain. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 21 3.4. Statistiques au niveau national Les chiffres avancés pour la station de Valberg seront, quand cela est possible, comparés aux chiffres globaux français sur l’hiver 2007/2008 publiés par Médecins de Montagne avec le concours de 53 médecins répartis dans 27 stations de ski dans le document « Réseau épidémiologique d’accidentologies des sports d’hiver » [3]. Ces résultats globaux français ont été obtenus avec la même méthode et les mêmes outils que pour ce travail, à savoir la fiche de Médecins de Montagne permettant le recueil des données et le logiciel EPI Info leur analyse. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 22 IV/ CONTEXTE LOCAL 4.1. Valberg et sa station Valberg est une station de sports d'hiver du Mercantour. Elle est donc située dans les Alpes du Sud (région Provence-Alpes-Côte d’Azur, département des Alpes Maritimes), à cheval sur les communes de Péone, Beuil et Guillaumes. En 1935, la construction du Grand Hôtel à Valberg et l'installation de la première remontée mécanique de la région sur la piste nord de la Croix du Sapet assurèrent le développement rapide de Valberg. Aujourd’hui, La station compte 90 km de pistes. Le bas des pistes est situé à 1500m et le point le plus haut culmine à 2066m. Le domaine skiable compte 53 pistes, 22 remontées mécaniques et est à 90% couvert par les canons à neige permettant un enneigement artificiel [28]. Ces infrastructures accueillent plus de deux millions de skieurs annuels et permettent un débit horaire de plus de vingt et un mille skieurs. En Février 1937, Beuil inaugura son propre tremplin olympique, le seul de toutes les Alpes du Sud. Remis aux normes en 1990 pour accueillir la coupe d’Europe de saut à ski, ce tremplin est le point de départ historique du projet visant à faire descendre les skieurs des mélèzes aux palmiers pour les JO d’hiver de 2018, dont Nice brigue la candidature. Mais Valberg vit aussi l’été avec son golf, sa piscine, son altisurface, ses activités de VTT et de parapente, son parcours d’accro-branche et tous ses sentiers de randonnées. Il s’agit bel et bien d’une station dynamique, avec un afflux constant de personnes et donc, potentiellement, de blessés nécessitant la présence d’un médecin sur place. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 23 4.2. Le versant médical Il n’y a à Valberg qu’un seul cabinet médical, avec un seul médecin [23], [24], le Dr Roland Giraud, qui veille sur la population de tous les alentours. Soit respectivement 400, 700 et 100 personnes à l’année pour les communes de Beuil, Valberg et Péone. Population passant à Beuil à 2200 personnes l’hiver et 12000 à Valberg (l’accroissement de la population de Péone étant négligeable l’hiver) [28]. Le cabinet est situé à 150m du pied des pistes, avec un accès facile pour les ambulances et Véhicules de Secours aux Victimes (VSAV), permettant leur stationnement, sans gêner la circulation. Il comporte : - une salle d’attente, - une salle d’examen, - une seconde salle d’examen avec l’appareil de radiographies. Les patients peuvent y accéder - soit spontanément et ils se présentent d’eux- mêmes au cabinet, - soit par l’ambulance des pistes, - soit par un VSAV des pompiers dont les casernes se situent à Beuil, Valberg et Guillaumes. Le Dr Giraud, médecin pompier, travaille seul ou, étant maître de stage, aidé par son interne en stage. Le médecin est disponible à toute heure du jour ou de la nuit (dans le cadre de la permanence de soin h24 [25], seul médecin sur place). Il reçoit essentiellement au cabinet et évite, autant que possible, tout déplacement lors de cette période hivernale, très lourde en termes de charge de travail [22]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 24 Il est soumis cependant à des impératifs et confronté à des patients non transportables. Il se rend alors sur le lieu de l’intervention avec son véhicule personnel quand c’est possible, s’il s’agit d’une voie publique, d’un hôtel, d’une habitation ou rejoint un pisteur en bas des pistes qui l’emmènera en motoneige sur la zone. Il abandonne, pendant ce temps, la salle d’attente du cabinet qui ne désemplit pas, et il ne peut plus être disponible, par définition, pour une seconde urgence, si elle venait à arriver. Dans ce cas les différentes victimes sont conditionnées dans les VSAV et ambulances disponibles, regroupés sur un même site afin que le médecin puisse examiner chacune le plus rapidement possible. Il bénéficie de l’aide de Martine, sa dévouée secrétaire, qui le soulage non seulement de toute la charge administrative mais de bien davantage : elle l’aide à installer les patients pour les radiographies, elle le sert pour les sutures, met la main à la pâte dans la confection des plâtres et devient un relais entre lui et les secours (pompiers, Samu) quand il est en intervention. Bref, une aide plus que précieuse. Le cabinet, le domicile du médecin ainsi que sa voiture captent de façon permanente, grâce à des appareils de radiocommunication, les fréquences des pompiers, des pisteurs et de l’ambulance des pistes: le docteur Giraud est ainsi informé en temps réel de la situation et d’un accident qui nécessitera une éventuelle intervention dans les minutes à venir. Les effectifs des pompiers, en période hivernale, sont composés de cinq pompiers de garde sur la caserne de Beuil, entre trois et cinq pompiers de garde à Valberg. Ces effectifs sont identiques les week-ends et sur les périodes de vacances scolaires et sont diminués environ par deux aux autres périodes de l’année [28]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 25 4.3. La situation et son accès depuis Nice Il est important de prendre en compte le facteur trajet. Valberg n’est situé qu’à 85km de Nice, il s’agit cependant d’une « vraie » route de montagne, très étroite et très sinueuse. Le trajet en voiture se fait classiquement en une heure et demie, deux heures en VSAV, parfois beaucoup plus en cas de fortes chutes de neige (jusqu’à 4 heures). Cela implique que l’accès est parfois difficile, voire même impossible. L’hélicoptère reste souvent la méthode de choix pour l’évacuation. Soit l’hélicoptère du Samu, soit celui de la Sécurité Civile (quand la météo le permet). Localisation géographique par rapport à Nice Traumatologie en médecine de montagne hivernale 26 V/ RESULTATS ET ANALYSE Tous les tableaux et graphiques qui suivent concernent exclusivement la station de Valberg sur la saison hivernale 2007/2008. 5.1. Population des blessés - répartition par groupe d’âges : Groupe adolescents adultes adultes jeunes enfants vétérans total Nombre Pourcentage 61 13,06% 185 39,61% 88 77 56 467 18,84% 16,49% 11,99% 100,00% Ces groupes d’âges sont sensiblement comparables aux chiffres globaux français [3], avec plus de vétérans (15%) mais moins d’enfants (12%) en moyenne dans les autres stations françaises qu’à Valberg. Les sous-groupes d’âge « adolescents », « adultes » et « adultes jeunes » étant sensiblement comparables, en représentant respectivement 17,2, 38,2 et 18,9% de la population étudiée sur les chiffres nationaux. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 27 - répartition par sexe Sexe masculin féminin total Nombre Pourcentage 260 55,67% 207 44,33% 467 100,00% Les populations sont comparables aux chiffres globaux français [3]. Sur l’année, on a recensé en France 47,6% de femmes et 52,4% d’hommes blessés en station de sports d’hiver. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 28 5.2. Répartition par type d’accidents Divers voie publique sport de glisse autres Total Nombre Pourcentage 32 6,85% 426 9 467 91,22% 1,93% 100,00% En France [3], la répartition est sensiblement identique avec 6,3% de la population blessée sur la voie publique, 92,1% en pratiquant un sport et 1,6% dans la catégorie « autres ». La catégorie « autres » comprend d’autres sports, comme le ski de fond ou encore des pratiques restant très minoritaires l’hiver: football, rugby, tennis. Ce tableau définira la sous-population N2, celle de tous les blessés au cours de la pratique d’un sport de glisse. Elle comportera donc 426 patients. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 29 5.3. Répartition par type de sports de glisse Sport de glisse Nombre Pourcentage miniski 9 2,11% ski alpin 317 74,41% snowboard 86 20,19% autre 14 3,29% Total 426 100,00% Les chiffres sont comparables avec les chiffres globaux français [3]. Il est intéressant de noter que la part de miniskis semble se stabiliser par rapport à l’année précédente [14]. Année durant laquelle la pratique du ski alpin augmente sensiblement (+4%) alors que la pratique du snowboard, elle, diminue (-2%). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 30 5.4. Répartition par lésions Diagnostic Autre entorse genou lésion épaule lésion tronc/tête entorse pouce fracture jambe/cheville fracture poignet luxation épaule rupture LCA TC Total Nombre 65 133 43 15 13 Pourcentage 15,26% 31,22% 10,09% 3,52% 3,05% 34 58 20 13 32 426 7,98% 13,62% 4,69% 3,05% 7,51% 100,00% Dans « autre » sont classées les plaies, les contusions et les malaises. Les chiffres sont comparables aux chiffres globaux français [3]. Il est à noter que les ruptures du LCA, en constante augmentation de 1992 à 2001, sont à un niveau stable depuis 2001 [11], [12], [13], [15], [16], [17], [18]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 31 5.5. Répartition par localisation Siège abdomen bassin crâne face membre inf. membre sup. rachis thorax Total Nombre 7 2 30 17 Pourcentage 1,64% 0,47% 7,04% 3,99% 197 46,24% 133 31 9 426 31,22% 7,28% 2,11% 100,00% Là encore, les chiffres sont superposables aux chiffres globaux français de l’année [3], d’où se détache également cette nette prédominance des lésions des quatre membres suivie de celles de l’axe crâne/rachis. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 32 5.6. Répartition en fonction de l’intervention des pisteurs Interventions des pisteurs Nombre Pourcentage non 181 42,49% oui 245 57,51% Total 426 100,00% Cette fois-ci, les chiffres s’écartent sensiblement de la moyenne française [3] avec en France 31% d’interventions des pisteurs et 69% sans (contre respectivement 58% et 42% à Valberg), moyenne elle-même plus basse que celle des années précédentes [3], [19]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 33 5.7. Nombre d’accidents dus à des collisions sur les interventions des pisteurs Collisions non oui Total Nombre Pourcentage 367 86,15% 59 13,85% 426 100,00% Ces chiffres sont strictement superposables à la moyenne française sur l’année [3]. Et ils sont stables dans le temps. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 34 5.8. Gravité immédiate et pronostic vital engagé Pronostic vital non oui Total Nombre Pourcentage 422 99,06% 2 0,47% 426 100,00% Le taux de patients dont le pronostic vital est engagé est faible et comparable à la moyenne française [3]. Il est comparable aux chiffres de l’année précédente également. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 35 5.9. Gravité : éventuelle nécessité de l’hospitalisation hospitalisation Nombre Pourcentage oui 66 14,13% non 401 85,87% Total 467 100,00% Le taux d’hospitalisation sur la station de Valberg est plus important que la moyenne française [3] avec 14% des patients blessés examinés hospitalisés contre 7%. Les accidents ne sont en revanche pas plus graves que dans le reste de l’hexagone [3]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 36 5.10. Patients ayant bénéficié de radiographies radio oui non Total Nombre Pourcentage 166 35,55% 301 64,45% 467 100,00% Un peu plus d’un tiers des patients blessés examinés par le médecin a bénéficié d’examens de radiographie. Seules sont pratiquées au cabinet les radiographies des quatre membres, y compris la clavicule et le bassin. Ne sont pas pratiquées les radiographies du crâne, du rachis et du thorax pour des raisons médico-légales d’interprétation par un médecin généraliste. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 37 5.11. Hospitalisation après radiographies Nombre hospitalisations malgré la radio hospitalisations évitées Total 31 135 166 Pourcentage 18,67% 81,33% 100,00% Sur les 166 radiographies pratiquées, 135 n’ont pas débouché sur une hospitalisation et les 31 autres ont, tout de même, nécessité une prise en charge secondaire au Centre Hospitalier Universitaire de Nice ou en clinique privée (à la demande du patient). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 38 VI/ DISCUSSION 6.1. Matériel et méthode La fiche de recueil a été standardisée, validée et élaborée par Médecins de Montagne, après de longues années d’évolution depuis 1992 avec des items modifiés, certains ajoutés, d’autres supprimés au fil du temps et de l’évolution des pratiques, de la pathologie rencontrée et des retours des médecins. Ces fiches sont toujours en constante évolution et ont encore été modifiées pour la saison 2008/2009. Ces fiches sont remplies sur le terrain, sur le vif ou alors a posteriori, le soir, une fois la journée de travail terminée. Ceci implique donc qu’un certain nombre de fiches n’étaient pas complètes ou trop partiellement utilisables pour cette étude. Soit par un manque de rigueur dans la collecte des données, soit par des erreurs de retranscription au format informatique, soit carrément par des fiches physiquement inutilisables (la neige, l’eau, le plâtre sont autant de milieux hostiles pour le papier et l’encre du stylo). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 39 6.2. Contexte local Il est intéressant de noter que si les moyens locaux sont manifestement suffisants et qu’ils permettent une bonne prise en charge du patient tant qu’il ne nécessite pas un transfert à l’hôpital, en revanche les choses se compliquent quand un transfert secondaire est nécessaire. L’accès à la station étant en effet bien moins évident (petite route, sinueuse au possible) que l’accès aux stations voisines d’Isola 2000 et Auron, cela pose des problèmes de transport pour les patients par la route [23]. D’une part, il faut considérer la durée du trajet: entre deux et quatre heures, selon les conditions de la météo et de la route. D’autre part, il faut penser qu’un patient dans un VSAV, même conditionné dans un matelas à dépression (communément appelé matelas coquille), aura un certain nombre de virages à passer, autant de virages qui pourront réveiller une éventuelle douleur ou entrainer quelques désagréables vomissements (notamment si le patient est sous morphiéne) et participer à son inconfort (patient conditionné et coquillé en décubitus dorsal et donc immobilisé dans cette position ; en cas de vomissements, le VSAV doit s’arrêter, incliner l’ensemble patient plus matelas à dépression en décubitus latéral pour lui permettre de vomir). Il existe un VSAV dit VSAV jonction, basé à Gilette qui prendra en charge la victime en bas des gorges du Cians pour libérer le VSAV de Beuil, Valberg ou Guillaumes [28]. Il s’agit d’un transfert supplémentaire pour le patient que le médecin peut interdire s’il le juge potentiellement aggravant pour la victime, auquel cas le VSAV engagé descendra jusqu’à Nice. Le moyen de choix d’évacuation reste alors l’hélicoptère, mais son vol est conditionné par la météo et sa disponibilité. Deux machines sont disponibles pour l’ensemble du département : celui du SAMU (temps de vol d’environ vingt minutes) et celui de la Sécurité Civile (temps de vol d’environ douze minutes). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 40 D’autre part, entre l’éloignement de la ville, le peu d’effort des pouvoirs publics pour attirer les jeunes médecins (qui ne connaissent même pas ce type d’exercice le plus souvent, n’y ayant que peu (exceptionnellement), voire pas du tout (majoritairement) accès pendant leur cursus universitaire), l’exigence sans cesse croissante des patients et les menaces médico-légales qui en découlent, les stations de sport d’hiver et plus généralement l’arrière pays de chaque région de France se désertifie dangereusement et la démographie médicale y est en chute libre [24], [25], [26]. Il faut savoir qu’en France, plus de 2,6 millions de personnes rencontrent des difficultés pour avoir accès aux soins. Le nombre de médecins n’a jamais été aussi important en France et il a plus que doublé en vingt ans pour atteindre 203 000 médecins. Mais leur répartition sur le territoire n’est pas homogène. De plus, d’ici 2025, ce nombre devrait chuter de 10% en raison des départs à la retraite. La densité médicale atteindrait alors son niveau de 1980 avec 283 médecins pour 100 000 habitants [24], [25]. A Valberg, la présence du seul médecin est suffisante en morte saison. En revanche, en pleine saison, le médecin est seul et, bien qu’il arrive à gérer l’afflux de patients, c’est au prix d’un investissement personnel pouvant effrayer et décourager les jeunes médecins à venir s’installer en station [22], [23]. A ce sujet, la maîtrise de stage qui permet aux internes de médecine générale de passer en cabinet est peut-être un excellent moyen d’intéresser les futurs médecins à ce type de pratique et peut-être empêcher la désertification qui guette la médecine rurale. Et si le Dr Giraud est donc seul à veiller sur ce bassin de population, il est intéressant de noter que la région PACA ne comporte officiellement pour le ministère aucune commune à faible densité médicale. C’est dire [24]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 41 6.3. Population des blessés Comme tous les ans, la répartition montre un taux supérieur de blessés masculins. A cela deux raisons viennent à l’esprit : les hommes pratiquent plus de sports que les femmes ou bien les femmes sont plus prudentes et réfléchies. Par rapport aux chiffres nationaux [3], on note qu’il y a à Valberg moins de vétérans mais plus d’enfants dans les populations de blessés. Ceci est assez paradoxal, la population de la région PACA étant sensiblement plus âgée que la moyenne nationale, en se classant au 9ème rang des régions françaises les plus âgées avec 23,8% des habitants âgés de 60 ans et plus [27]. Il est intéressant de relever que les patients de plus de cinquante ans partent en moyenne deux fois plus aux sports d’hiver qu’il y a vingt ans et que leurs séjours y sont plus longs que chez les populations plus jeunes. Cependant, ils pratiquent moins les sports de glisse que leurs cadets, préférant la randonnée, les raquettes ou … le repos en terrasse ! [7] Traumatologie en médecine de montagne hivernale 42 6.4. Répartition par type d’accidents On trouve une écrasante majorité d’accidents liés à la pratique sportive. En effet, sur les 467 patients inclus et blessés, 426 l’ont été au décours de la pratique d’un sport de glisse. Ce à quoi l'on pouvait s'attendre et qui paraît tout à fait cohérent, étant donné que l’on s’intéresse à l’activité de traumatologie générée dans une station de sports d’hiver sur la période hivernale. De plus, si tous les accidents sur une piste ayant nécessité l’intervention des pisteurs, même bénins, sont répertoriés, il faut garder en tête que nombre d’accidentés sur la voie publique ou au domicile n’ont pas consulté le médecin (soit qu’ils ne l’estimaient pas nécessaire, soit qu’ils ignoraient sa présence et rentraient par leurs propres moyens en ville) et n’ont, bien évidemment, pas nécessité l’intervention des pisteurs : ils ne sont donc pas pris en compte dans ces résultats. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 43 6.5. Répartition par type de sports de glisse Les chiffres sont comparables avec les chiffres globaux français [3]. Il est intéressant de noter que la part de miniskis semble se stabiliser par rapport à l’année dernière [14], là où les skieurs alpins augmentent sensiblement (+4%) au profit des pratiquants de snowboards, qui, eux, diminuent (-2%). On peut sans doute rattacher cela à la variabilité d’une saison à l’autre (l’année prochaine, peut-être verrons nous l’inverse) mais plus vraisemblablement à un tassement de la mode snowboard. L’introduction sur le marché de nouveaux types de skis plus « fun » a amené les jeunes et les adultes jeunes à redécouvrir à la pratique du ski (ou du miniski, toujours très en vogue [14]). D’autre part, il est intéressant de remarquer que les pratiquants du snowboard semblent de plus en plus responsables (discours tenu, port de protections, bonne conduite sur les pistes, …). La diabolisation du snowboarder devient donc totalement fantaisiste, chiffres à l’appui [3], [11], [15], [16], [17]. A noter que les accidents de luge [20], s’ils restent fort heureusement peu nombreux, sont généralement d’une gravité importante et entraînent des lésions le plus souvent de la tête et du tronc ainsi qu’un nombre non négligeable de fractures de la diaphyse fémorale, nécessitant un transfert rapide en milieu hospitalier. Il existe des pistes réservées aux luges, souvent peu courues des amateurs qui leur préfèrent des descentes plus vertigineuses, plus dangereuses mais aussi interdites et souvent accompagnées de skieurs ou autres usagers des pistes, majorant le risque d’accident [20], [21]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 44 6.6. Répartition par lésions Le diagnostic d’entorse est le plus fréquemment posé. Nous pouvons l’expliquer par la grande fréquence des lésions du genou survenant en ski alpin (près d’un tiers des lésions avec dans sa forme la plus grave la rupture du ligament croisé antérieur). Les femmes sont trois fois plus exposées à ce risque que les hommes et tous les niveaux de pratique sont touchés. Les conséquences sont lourdes avec souvent une intervention chirurgicale à la clef, une longue rééducation, une instabilité permanente du genou, une gène fonctionnelle dans la pratique de certains sports et une arthrose précoce du genou. Il est cependant intéressant de noter que ce chiffre est en constante baisse tous les ans, les progrès en matière de fixations (ainsi que leur réglage, très important : une entorse sur deux est imputable à un mauvais réglage de la fixation) et de chaussures y étant pour beaucoup (auparavant, la pratique du ski entrainait de nombreuses fractures de tibia et fibula à cause de l’utilisation de chaussures en cuir, non rigides) [1], [6], [11], [12], [13]. La traumatologie osseuse est également importante, vu qu’environ 21% des lésions observées sont des lésions fracturaires (membre inférieur et membre supérieur confondus, les snowboarders étant grands pourvoyeurs de fractures du membre supérieur, les skieurs plutôt du membre inférieur), dont certaines sont ouvertes [11], [15], [16], [17], [18]. Même si aucun indicateur n’a été utilisé dans cette étude, il est intéressant de relever que la qualité de la neige influe sur le type de lésion : une neige dure entrainera plutôt des traumatismes des membres supérieurs alors qu’une neige molle impliquera plutôt des atteintes des membres inférieurs. La pathologie impliquant le rachis nécessite une évacuation hospitalière systématique. Ces lésions du rachis, quand elles sont hyperalgiques, sont celles qui nécessitent toujours une intervention du médecin sur piste, de par la nécessité de conditionner le patient, de soulager rapidement sa douleur et surtout d’évaluer son état neurologique. Ce sont également les plus demandeuses en termes d’évacuations héliportées pour les raisons évoquées plus haut. Ces patients ne passent donc pas par le cabinet médical [15], [16], [17], [18]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 45 A noter une baisse des traumatismes crâniens. Sans doute à corréler avec la baisse des hospitalisations, un traumatisme crânien avec perte de connaissance imposant une surveillance de 24h en milieu hospitalier selon les recommandations et donc une hospitalisation immédiate. Il est intéressant de rappeler qu’une baisse très significative (de moitié) des TC avait eu lieu dans les années 1992-1995 chez les jeunes de moins de 16 ans, suite à la campagne « Skiez casqués », instaurée par l’association Médecins de Montagne qui continue chaque année par des campagnes d’information de sensibiliser la population des usagers des pistes à ce sujet [8], [9], [10], [21]. Les fractures non déplacées, les luxations d’épaules sans fracture associée, les plaies à la limite de l’aponévrose et plus généralement les entorses et autres lésions musculo-tendineuses sont traitées au cabinet. Avec une éventuelle consultation à distance avec un spécialiste, mais sans urgence ni hospitalisation immédiate. Les traumatismes abdominaux avec suspicion d’atteinte d’un organe interne, les traumatismes crâniens avec perte de connaissance initiale, les traumatismes du rachis, les traumatismes du bassin, les plaies transfixiantes de la face, les plaies de la main avec atteinte d’un tendon ou d’un nerf, les plaies profondes à suturer en deux plans et toutes les fractures déplacées, ouvertes ou instables, sont en revanche évacuées vers le Centre Hospitalier Universitaire de Nice ou la Clinique privée choisie par le patient. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 46 6.7. Répartition par localisations Les zones les plus touchées sont les quatre membres, en toute logique, vu le nombre de fractures et d’entorses, largement prédominant, auquel on peut en plus ajouter les luxations et autres lésions musculo-tendineuses. Suivent les lésions de l’axe crâne/rachis, grandes pourvoyeuses d’hospitalisation puisqu’il y a impossibilité quasi complète de leur prise en charge entièrement sur place. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 47 6.8. Répartition en fonction de l’intervention des pisteurs Les pisteurs interviennent beaucoup plus à Valberg que dans les autres stations françaises en moyenne, sans que l’on puisse y trouver la moindre explication. A l’objection près que certaines petites stations ne disposent pas de pisteurssecouristes [19]. Cela a un coté très rassurant et très apprécié des usagers des pistes qui se sentent en sécurité et savent que quelqu’un sera là pour eux en cas de problème. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 48 6.9. Nombre d’accidents dus à des collisions sur les interventions des pisteurs Ces chiffres sont strictement superposables à la moyenne française sur l’année [3]. Ils sont stables dans le temps, mais il est intéressant de noter que les plus touchés en termes de gravité par les collisions sont les enfants de plus de dix ans et les personnes âgées de plus de cinquante- cinq ans [7], [8], [9], [10], [21]. Les auteurs de ces collisions sont principalement des skieurs adultes. Les lésions entrainées sont généralement plus graves que lors d’une banale chute non occasionnée par la présence d’un tiers. La raison la plus évidente à cela étant la cinétique des deux personnes impliquées. Un des attraits du ski à Valberg est attribuable à l’existence de certaines pistes bordées par la forêt de mélèzes, mais cela implique une part de collisions non négligeables avec les dits mélèzes. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 49 6.10. Gravité immédiate et pronostic vital engagé L’engagement du pronostic vital, avec un taux inférieur à 0,5%, est fort heureusement très faible mais reste toujours trop important (chiffre stable par rapport à l’année précédente [3]). Le port du casque n’étant pas obligatoire, ce risque devient plus important chez l’adulte et l’adulte jeune que chez l’enfant, les enfants étant désormais majoritairement équipés de casques [8], [9], [10], [21]. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 50 6.11. Gravité : éventuelle nécessité de l’hospitalisation Le taux d’hospitalisation sur la station de Valberg est plus important que la moyenne française [3] avec 14% contre 5% (taux franchement plus faible qu’en 2007 avec alors 6,7% au niveau national, à noter que les hospitalisations depuis la station de Valberg ont baissé également dans les mêmes proportions par rapport à 2007). Les accidents ne sont en revanche pas plus graves. Cela est sans doute imputable aux moyens limités présents sur place et surtout à la difficulté d’accès à la station, imposant de prendre des précautions supplémentaires lors de la prise en charge [23]. Valberg est une des stations de ski les plus éloignées en France d’un centre hospitalier de référence. Dans les grandes stations de Haute-Savoie par exemple, l’évacuation peut ne durer qu’une vingtaine de minutes, ce qui modifie considérablement la prise en charge [24], [25]. Il est à remarquer que le Dr GIRAUD ne pratique pas de réduction des foyers de fracture au cabinet, à la différence de certains cabinets de médecins de montagne avec une plus grosse structure (plusieurs médecins, des infirmières et une plus grande proximité des centres hospitaliers). Ses patients sont donc systématiquement transférés en centre hospitalier depuis Valberg. Ce taux reste tout de même relativement faible dans l’absolu et la prise en charge quasi exclusive des lésions au cabinet et le faible taux d’hospitalisation peuvent étonner au prime abord. Ce phénomène est pourtant relativement facilement explicable par : - une compétence multidisciplinaire des médecins de montagne acquise soit avec le temps, soit au cours des multiples formations et séminaires organisés tout au long de l’année. La plupart sont, de plus, de vrais urgentistes avec une formation adéquate et sont souvent médecins pompiers également. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 51 - une infrastructure disponible au cabinet qui, bien que toujours trop limitée et variable selon les stations, reste très performante et technique avec notamment de quoi plâtrer, immobiliser, suturer et réaliser des examens radiographiques. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 52 6.12. Patients ayant bénéficié de radiographies 35% des patients ont bénéficié d’examens radiologiques, soit plus d’un tiers d’entre eux. C’est une part non négligeable qui montre bien l’intérêt de la présence de ce genre d’appareil dans une zone comme une station de ski, très exposée à la traumatologie et où l’indication de ce type d’imagerie est très fréquente. Le cabinet médical de Valberg était équipé d’un appareil de radiographies avec une développeuse à bain. Devenu obsolète, ce matériel a été remplacé par un appareil neuf avec une développeuse numérique. Dans le cadre du pôle d’excellence santé [28], le Conseil Général a investi dans ce nouvel équipement mis à disposition du cabinet médical (ainsi qu’un appareil de Ventilation Non Invasive et d’un nouvel appareil à électrocardiogrammes). Le tout pour un montant total de 75.000€ : peu de médecins peuvent investir une telle somme sans le concours des pouvoirs publics. A noter qu’en sus, le cabinet doit être équipé et répondre à certaines normes au sujet des rayonnements X et que le médecin doit être titulaire d’un diplôme de radio-protection. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 53 6.13. Hospitalisation après radiographies Il est intéressant de noter que seuls un peu plus de 18% des patients ayant bénéficié d’examens radiologiques ont été hospitalisés. Ce qui sous-tend donc que pour plus de 81% d’entre eux, une hospitalisation a pu être évitée, ainsi que son coût pour la communauté (transport jusqu’à Nice, passage aux urgences de Nice) : l’économie réalisée en termes de temps, de coût et de personnel est loin d’être négligeable. Cela renforce donc l’intérêt, voire la nécessité, de ce type d’équipements dans un cabinet de station de ski. Equipements coûteux (cf. 6.12.) pour lesquels le médecin ne bénéficie pas nécessairement d’une aide des pouvoirs publics (certaines stations ne sont donc toujours pas équipées). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 54 VII/ CONCLUSIONS Cette étude portant sur 467 patients prend donc une photo à un instant « t » donné de la pathologie traumatique rencontrée à Valberg lors de la saison hivernale 2007/2008, pathologie qui est, comme nous l’avons vu, comparable aux autres stations françaises. Les hommes restent donc les plus exposés et majoritairement les skieurs, suivis des snowboarders, avec essentiellement des lésions des quatre membres (entorses ou fractures) et des traumatismes de l’axe crâne/rachis dont la prise en charge est limitée sur place. Les lésions retrouvées sont peu spécifiques (c'est-à-dire qu’on les retrouve lors de nombreux autres accidents n’ayant pas de rapport avec la glisse et les sports d’hiver) mais très reproductibles. Il est intéressant de noter que, malgré la présence de pistes qui leur sont consacrées, les amateurs de luge s’y rendent peu. Ceci est d’autant plus préjudiciable que si les accidents de luge sont rares, ils surviennent quasi exclusivement en dehors de ces pistes et sont en revanche souvent dramatiques avec des lésions sévères de la tête et du tronc. La prise en charge s’effectue majoritairement sur place (au cabinet ou sur la piste) et les moyens disponibles à Valberg, en termes humains (pisteurs, ambulanciers, pompiers), techniques (confection de plâtre, appareil de radiographies), ou pour ce qui concerne l’évacuation (pompier, Samu, ambulance des pistes), sont suffisants. La présence de toutes ces équipes est un plus pour l’usager des pistes qui se sent en sécurité et bien entouré. C’est également un gros plus en termes de santé publique et d’économie car s’il n’y avait pas de médecin sur la station, les près de cinq cents patients auraient dû être évacués sur Nice pour prise en charge médicale, avec tout ce que cela Traumatologie en médecine de montagne hivernale 55 implique au niveau du transport, de la logistique et des coûts engendrés. De même, si la présence d’appareils coûteux, comme la radio, peut surprendre, il s’avère que c’est un investissement très intéressant puisqu’il permet d’éviter bon nombre d’hospitalisations. Il est important d’insister sur la nécessité d’une cohérence et même d’une complicité entre les différents intervenants du secours: pisteurs-secouristes, pompiers, médecins, centres de traitement des appels du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS 06), régulation du Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU 06). Un dysfonctionnement d’un des maillons de la chaîne peut être responsable d’importantes difficultés de prise en charge. Il faut tout de même garder à l’esprit que si la charge de travail reste très lourde en période hivernale et particulièrement pendant les vacances scolaires, le travail en station s’avère très enrichissant et intéressant pour le médecin qui y exerce, ainsi que très gratifiant. Les gestes techniques à pratiquer y sont nombreux et très variés. Le médecin sur place aura plusieurs casquettes, devra bien manager les équipes disponibles, savoir de quels moyens il dispose et à quel moment, le tout en jonglant avec la météo et le relief. Enfin, l’activité pendant la saison estivale est totalement différente et permet donc de rompre avec une certaine monotonie. Peut-être une prochaine étude s’acharnera-t-elle à décrire cette activité pour parachever le tableau brossé ici de la médecine de montagne et finira-t-elle par convaincre d’actuels ou futurs médecins de s’intéresser à cette activité et de ne pas délaisser ce secteur, avec les terribles conséquences en termes de santé publique que cela entrainerait ? Traumatologie en médecine de montagne hivernale 56 VIII/ REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1. Binet MH. Pathologie provoquée ou induite par la chaussure. Médecins de Montagne Publications, 2007. 2. Laporte JD, Binet MH, Rouvière D. Premiers Résultats d’une Etude Epidémiologique d’une grande Ampleur sur les Accidents des Sports de Neige et de Glace, Journée de Médecine du Sport 1992, Médecine du sport 1992. Sports de Neige et de glace. 1992. 3. Laporte JD, Constans D, Baudru C, Boileau A. Résultats Hiver 2007 2008. Médecins de Montagne Publications, 2008. 4. Demay A. 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La place de la France dans le reste de l’Europe La France reste leader sur le marché des sports d’hiver, avec 357 stations de ski sur les 4 000 stations de sports d’hiver existant dans le monde (8,93% de l’ensemble), un domaine skiable qui couvre une surface totale de 1 180 km2 et représente 30% du domaine skiable européen, 4 013 remontées mécaniques (soit 18% du parc mondial). Ses stations se répartissent sur 6 massifs : les Alpes, les Pyrénées, le Massif Central, le Jura, les Vosges et la Corse. L’analyse a porté sur 6 concurrents européens : l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, l’Andorre, en rapportant les données à celles de la France. Il faut savoir que seule l’Autriche possède une vraie cohérence statistique avec des données recueillies à la base depuis le milieu des années 1970 et des unités territoriales clairement définies. En France, on estime que sur les quelques neuf millions de skieurs, un peu plus de deux millions sont d’origine étrangère. En Autriche, les clientèles étrangères représentent 76,28% des parts de marché, dont 52% pour les seuls Allemands). La couverture d’un territoire par la zone de montagne est un facteur explicatif du dynamisme de l’économie touristique. En France, la zone de montagne n’occupe que 22,8% du territoire national, mais son domaine skiable représente 28% du domaine skiable européen. En Suisse, elle occupe 65% du territoire et 20% du domaine skiable européen. En Autriche : 70% du territoire national et 19% du domaine skiable européen. Tandis qu’en Espagne, la montagne occupe 58% du territoire et… 2, 69% du domaine skiable européen seulement. En revanche, contraintes par un territoire montagneux, Autriche et Suisse ont su développer des activités économiques – notamment liées au tourisme, et ont su maintenir 25% pour l’Autriche et 27,5% pour la Suisse de leur population nationale en montagne, contre 7% en France. Par ailleurs, en France, le nombre de communes de montagne est très élevé (6 000), alors qu’il est relativement réduit en Autriche (800) pour une zone de Traumatologie en médecine de montagne hivernale 60 montagne moins étendue et pour des chiffres de populations inverses. France : 724 habitants/commune en moyenne, Autriche : 2 490 habitants/commune. Parmi les domaines skiables étudiés, on peut citer quelques superficies : le plus grand, la France avec 118 000 ha, viennent ensuite la Suisse avec 84 000 ha, l’Autriche avec 79 000 et l’Italie avec 75 000 ha. Les autres domaines skiables ont des tailles plus réduites. Répartition française selon les régions en % de la superficie et du nombre d'habitants Traumatologie en médecine de montagne hivernale 61 Répartition de la fréquentation selon les régions selon la saison Traumatologie en médecine de montagne hivernale 62 9.2. Les sports d’hiver et la crise Selon le Baromètre TNS-Sofres réalisé pour ODIT France pour la saison 2009, en décembre, les professionnels du tourisme ont très majoritairement déclaré une activité stable ou en hausse par rapport au même mois de l’année précédente (83% des hôteliers et 91% des loueurs). L’état d’esprit des établissements sur ce niveau d’activité de décembre est très positif. Ces bons résultats renforcent la confiance dans l’avenir chez les professionnels du tourisme : 65% d’optimistes dans le secteur de l’hôtellerie (contre 50% en décembre de l’année précédente) et 74% chez les loueurs (contre 63% en décembre de l’année précédente). La crise n’aura pas trop touché les stations de ski françaises dont le remplissage est équivalent à celui des années précédentes. En effet, les importantes chutes de neige sur pratiquement tous les massifs ont même permis d’annoncer de bonnes prévisions pour les vacances de Noël de l’année passée et ont entraîné des ouvertures anticipées des domaines skiables dans certaines stations, permettant de bien démarrer la saison notamment dans les Pyrénées avec la clientèle espagnole. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 63 9.3. La montagne et ses activités La plupart des informations fournies ci-dessous sont reprises dans le document "Les chiffres clés du tourisme de montagne en France - 5ème édition" ODIT France – DEATM. La destination : Quelle que soit l'origine géographique des skieurs, la destination vers les Alpes du Nord est prépondérante, à l'exception des habitants du Sud-Ouest qui privilégient les Pyrénées, et de ceux du Sud-Est qui vont de préférence dans les Alpes du Sud, pour d’évidentes raisons de proximité immédiate. Le poids des enfants dans la décision de partir au ski en famille est décisif pour 56% des foyers, non décisif pour 41% et lié au nombre d'enfants dans le foyer et à leur âge. L’apprentissage des enfants : L'apprentissage des enfants débute jeune et passe par le ski alpin. L'âge moyen est de 4,9 ans, 64% débutent entre 3 et 5 ans et 31% débutent après 6 ans. Cet apprentissage se fait à 64% en école de ski et à 22% dans le cadre familial. 14% des enfants apprennent à skier dans un autre cadre (avec leur école, avec des amis…). Les plus de 50 ans et le ski: Ils sont deux fois plus nombreux qu’il y a 20 ans et représentent 8% de la clientèle des sports d’hiver. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 64 Leurs séjours sont plus longs, pour une plus faible pratique des sports de glisse en revanche. Mais ce sont aussi eux les plus propriétaires et les prescripteurs des générations futures. Les nouvelles glisses: Très peu pratiquées dans les années 80, elles ont véritablement "explosé" dans les années 90, principalement le surf des neiges (snowboard). La population concernée, essentiellement citadine et masculine, vient d'un milieu social plutôt aisé, et évolue vers les tranches d'âge les plus jeunes. Si le taux de pratique des nouvelles glisses semblait vouloir se stabiliser au début des années 2000, la saison 2004/2005 confirme une nouvelle augmentation de cette pratique, déjà mise en évidence en 2003/2004. Cette tendance semble être plutôt le fait des stations de longs séjours (17%), pour lesquelles le développement des nouvelles glisses s'est fait plus tardivement que dans les stations à dominante journée et courts séjours (22%) que nous appellerons "stations de proximité". La pratique des skis courts (snowblades, patinettes, miniskis), après avoir fortement progressé entre1997 et 2002 (0.5% des pratiques en 96/97, 4.5% en 2004/05) semble maintenant se stabiliser. Les autres pratiques (monoski, télémark, snowscoot, snowskate) se situent à un niveau insignifiant (0.2% pour le monoski, moins de 0.1% pour les autres pratiques). Le matériel (source FIFAS) : Traumatologie en médecine de montagne hivernale 65 520 000 paires de skis vendus en 2003/2004, en progression de 16% par rapport à la saison 2000/2001. Progression qui atteint 20% sur les skis adultes en moyen et haut de gamme. La tendance est toujours à des skis plus faciles, qui offrent plus de sensations en répondant mieux aux différentes attentes des skieurs : skis de compétition, de piste, tout terrain ou nouvelle glisse. Pour la 2e année consécutive, les skis destinés à la vente ont plus progressé que les skis destinés à la location. 110 000 paires de raquettes ont été vendues en France en 2004/2005, ce qui représente une augmentation de 10% par rapport à 2000/2001. L’industrie française de matériel de ski est largement exportatrice. Les exportations de skis, fixations et autres matériels de ski ont représenté 490,65 millions d’euros en 2003. Le ski de fond : L’offre disponible se répartit sur 825 communes des 6 massifs français sur 330 sites, dont 230 faisant payer une redevance. Cela représente un total de 9.700 km de pistes linéaires et de 5.034 km d'itinéraires de randonnées. Entre tourisme et loisirs, le ski de fond est pratiqué aussi bien par des clientèles en séjour touristique que par des clientèles de proximité, qui se déplacent sur les sites à la journée ou pour quelques heures. Les pratiques et les attentes de ces deux types de clientèles sont très différentes. L’iconographie suivante montre le type de pratique du ski de fond, enquête Savoir Nordique datée de 2003 : Traumatologie en médecine de montagne hivernale 66 Pratique du ski de fond La redevance perçue en 2004/2005 s’élevait à 9,72 M€ soit +3% par rapport à la saison 2003/2004. Les investissements annuels ont été d'environ 3 M€ par an entre 2002 et 2005. Notons que contrairement au ski alpin, le chiffre d'affaires d'un site donné n'est pas directement corrélé avec le linéaire de pistes offertes : ainsi les Alpes du Nord, qui recueillent plus de la moitié de la redevance totale ne représentent que 32% du linéaire total de pistes. Ce fait a deux explications : d'une part, la qualité intrinsèque d'un site nordique est loin de ne dépendre que du linéaire de pistes. La qualité de l'enneigement, du tracé, du damage, des équipements connexes ont une importance capitale. D'autre part, les sites remplissent différentes fonctions sociales suivant leur situation géographique : des équipements structurants de pôles touristiques forts, équipements annexes de stations de ski alpin, espaces de loisirs pour des agglomérations proches, équipements touristiques diffus dans les zones de moyenne montagne sans vocation touristique marquée. L’impact économique consolidé du ski de fond est 29 fois supérieur au volume des financements mobilisés. 40% de cet impact concerne le tissu économique Traumatologie en médecine de montagne hivernale 67 local (consommation liée aux séjours, aménagements du domaine skiable, infrastructures, frais de personnel), 60% l’activité économique générale associée (dépenses d’équipement, de transport). Les raquettes : Avec une progression fulgurante au cours des cinq dernières saisons hivernales, la raquette à neige a pris place parmi les activités de base de la montagne hivernale en France. Evolution de la pratique des raquettes en France Il y a plusieurs motivations principales à la pratique : - découvrir des espaces vierges, - accéder facilement à la montagne, - réaliser des randonnées dans d'autres conditions qu'en été, - se maintenir en forme. En France, en 1999, un minimum de 1,4 millions de personnes auraient pratiqué la raquette et 460.000 paires de raquettes seraient en circulation. Le marché français est le deuxième du monde derrière celui des USA. Alors que le marché Traumatologie en médecine de montagne hivernale 68 français est maintenant mature, certains pays d'Europe et le Japon continuent de progresser régulièrement. Dans les stations, la pratique de la raquette concernait en 1997/1998, 7,9% de la population totale des visiteurs (en séjour ou à la journée) avec une majorité de femmes (58,2%). La raquette recrute dans toutes les classes d'âge, y compris chez les enfants, avec cependant un creux marqué chez les 15-24 ans. 93% des raquettistes pratiquent par ailleurs la randonnée pédestre, dont 64% régulièrement. La plupart des raquettistes sont aussi des skieurs qui cherchent à diversifier leurs loisirs de neige. La part des non-glisseurs (15%) est modeste mais réelle. Moins de 10% des raquettistes ne pratiquent que cette activité durant leur séjour d'hiver en montagne. Les métiers du sport en montagne (Données CEMAGREF – 1992) : En station de montagne, on évalue à 128500 le nombre de salariés, toutes activités confondues. On évalue à 120000 les emplois liés au tourisme dans les communes support de stations (salariés et professions indépendantes). L’été à la montagne : Le but de cette étude étant de ne parler de la montagne qu’en plein hiver, il semble tout de même judicieux de toucher un mot des activités possibles en saison estivale. La via ferrata: 82 itinéraires représentent environ 230 000 « sorties via ferrata » par an. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 69 Seulement 8% de cette pratique est encadrée rémunérée. Beaucoup d’encadrement se fait à titre « amical ». En augmentation régulière, cette pratique, toujours perçue comme une activité nouvelle, est en vogue et reste très attractive pour une approche familiale de la montagne Le canyoning: On compte 287 parcours. Ce sport est peu envisageable de façon autonome : 69% de cette pratique est donc encadrée payante. La demande semble encore augmenter et devient même plus familiale. 9 000 passages sur juillet-août se font dans les principaux canyons du Vercors. Les parcours acrobatiques en forêt: Plus de 200 parcours sont recensés en France, dont 87 parcours dans les Alpes. Le rythme de création de PAF s’accélère de façon très sensible depuis 2000 (25 nouveaux parcours en 2002). 700 000 entrées ont été comptabilisées en 2002 sur les 87 PAF Alpins. 8 000 entrées par PAF ont lieu en moyenne par an. Tout cela représente un chiffre d’affaires de104 000€ par an (HT) en moyenne par PAF. L’escalade: 656 sites, 22 000 voies équipées dans les Alpes sont répertoriés Environ 600 000 personnes pratiquent en France. Cette pratique est très autonome ; seulement 19% sont encadrés et payants. Les prestataires constatent une progression régulière de la demande depuis 5 ans. 30 000 "journées grimpeurs" par an ont pour cadre Orpierre (05). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 70 Source : AFIT / étude sur les APN dans les Alpes françaises . Autres équipements en: Sentiers de randonnée : environ 70.000 km. Refuges de montagne : environ 270 (pour 12.000 lits). Circuits VTT : environ 11.000 km sur 38 centres labellisés FFC en montagne. Vol libre : 400 sites. La randonnée dans les parcs naturels de montagne (Source : SDT / Traitement AFIT): La fréquentation des parcs naturels n’est pas exclusivement estivale, même si c’est à cette période que l’on enregistre le plus de visiteurs. Pratique de la randonnée selon la localisation La France possède 5 parcs: ceux des Cévennes, des Ecrins, du Mercantour, des Pyrénées, de la Vanoise, (soit 3% de la zone montagne). Elle compte encore 17 parcs naturels régionaux : Ballon des Vosges, Chartreuse, Corse, Grands Causses, Haut Languedoc, Livradois Forez, Lubéron, Massif des Bauges, Monts d'Ardèche, Morvan, Pilat, Queyras, Vercors, Verdon, Volcans d'Auvergne, Vosges du nord, (soit 30% de la zone montagne). Traumatologie en médecine de montagne hivernale 71 9,2 millions de séjours / an donnent lieu à une pratique de la randonnée pédestre. 48% de ces pratiques se situent en espace montagne (Alpes et Corse 28%, Pyrénées 9%, autres massifs 11%). La randonnée pédestre est à distinguer de la promenade, beaucoup plus pratiquée. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 72 9.4. Les conditions liées à l’altitude L’altitude Lorsque l’altitude augmente, la pression atmosphérique diminue et de ce fait l’air se raréfie en oxygène, les rayonnements augmentent et la température baisse. En France, les sports d’hiver se pratiquent généralement entre 1500 et 2500m d’altitude. L’hypoxie La diminution de la quantité d’oxygène dans l’air ambiant entraine une diminution de la quantité d’oxygène assimilable et disponible pour les cellules de l’organisme. L’organisme réagira pour s’adapter par une hyperventilation et une augmentation de la fréquence cardiaque. Puis, secondairement, une augmentation du taux d’hémoglobine si on séjourne assez longtemps en altitude. L’air sec Avec la baisse de la pression atmosphérique, la pression de vapeur d’eau diminue également. Ce qui a pour conséquence l’obtention d’un air plus sec en altitude. A cela deux effets immédiats sur l’être humain : une déshydratation plus rapide et une irritation des voies respiratoires. Il faut donc boire beaucoup et fréquemment en altitude, sans attendre la sensation de soif. Les rayonnements La protection offerte par la couche d’atmosphère au dessus de nos têtes est moins importante qu’en bord de mer : plus on monte, plus les rayonnements sont violents (UV, IR, gamma) et volontiers responsables de brûlures, particulièrement cutanées. Le froid La température descend d’environ 6.5°C par mille mètres de dénivelé ascensionné. Le vent accentue cette impression. L’homme lutte par nature très mal contre le froid et sa principale source de création de chaleur est le travail musculaire. Son ennemi est donc l’immobilité. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 73 La tête est la zone de déperdition thermique la plus importante. Si une partie du corps non protégée est exposée plus ou moins longuement à une température inférieure à 0°C, il peut apparaître des gelures. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 74 9.5. Les conseils avant la pratique La préparation physique Mobiliser les articulations, préparer le système cardio-vasculaire et faire travailler la musculature selon une préparation adaptée sont des préparatifs nécessaires avant tout séjour à vocation sportive (même sport-loisir) en montagne. Il s’agit d’une préparation progressive débutant par des activités d’endurance (efforts soutenus et de longue durée) sur une durée d’au moins quatre semaines puis s’orientant ensuite davantage vers le sport pratiqué. Par exemple pour le ski alpin, un travail spécifique de gainage et de musculation du genou permettra de le renforcer et de protéger les croisés. Cela réduit considérablement les risques de traumatismes sur les pistes. Une fois au bas des pistes, comme avant toute pratique de sport, un échauffement de cinq à dix minutes augmentant la fréquence cardiaque, la température corporelle, favorisant l’irrigation des muscles et leur oxygénation et permettant un dérouillage articulaire est recommandé. Cela contribue à diminuer les risques de lésions et d’accidents tout en procurant un plaisir accrue dès la première descente. La diététique Le froid, l’air sec et l’effort physique intense entrainent une perte de calories. Un solide petit déjeuner s’impose, il ne faut surtout pas sauter de repas et y privilégier les sucres lents (riz, pâtes, pain). Il faut boire régulièrement, par petites gorgées, l’air sec contribuant à une déshydratation souvent non ressentie. Et éviter autant que possible les boissons alcoolisées, abaissant paradoxalement la température corporelle … La protection solaire Chaque individu a son propre phototype qui lui permet de s’adapter plus ou moins à une exposition solaire prolongée. A ensoleillement identique, les phototypes des sujets roux à peaux laiteuse ou blonds à peau claire exposent à une survenue plus rapide de dommages cutanés que les sujets à peau mate ou ceux à peau brune ou noire. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 75 Vulnérabilité aggravée en montagne de par la filtration moins importante des UV B et C courts ainsi que par l’effet réfléchissant de la neige. D’autre part, le froid et l’air très sec rehaussent le seuil de tolérance de l’homme, celui-ci se rendant alors moins rapidement compte qu’il est en train de prendre un bon « coup de soleil ». La protection solaire est de mise pour tous mais à adapter au phototype, à appliquer sur toutes les parties exposées et à renouveler toutes les deux heures. De même, l’œil, devant une exposition trop intense aux UV, est sujet à des kératoconjonctivites. Lunettes de soleil certifiées CE et adaptées à l’ensoleillement en montagne sont de rigueur là aussi. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 76 9.6. Les accessoires de prévention Le casque est le meilleur moyen de protection face au traumatisme crânien. Comme nous l’avons vu, le nombre de nécessitant une prise en charge hospitalière TC a presque été divisé par deux depuis les campagnes encourageant massivement le port du casque. Le casque doit être certifié CE et adapté à l’enfant en taille et en poids. Il doit être sanglé. Pour les pratiquants du snowboard, très exposés comme nous l’avons vu à la pathologie du poignet parce que souvent en appui sur la neige lors des virages et de la prise de carre, le port de gants renforcés est recommandé. Enfin, les skieurs et leurs genoux peuvent remercier un matériel de plus en plus performant (chaussures et fixations), en continuelle évolution. A ne pas sousestimer lors de l’achat ou de la location. D’autre part, il ne faut jamais oublier de passer son poignet dans les dragonnes des battons, pour sa propre sécurité ainsi que celle d’autrui. Traumatologie en médecine de montagne hivernale 77 SERMENT D’HIPPOCRATE En présence des maîtres de cette école, de mes condisciples, je promets et je jure au nom de l’être suprême d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la médecine. Je dispenserai mes soins sans distinction de race, de religion, d’idéologie ou de situation sociale et n’exigerai jamais un salaire au dessus de mon travail. Admis à l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser les crimes. Je serai reconnaissant envers mes maîtres et je rendrai à leurs enfants l’instruction que j’ai reçue de leurs pères. Je serai solidaire moralement de mes confrères. Conscient de mes responsabilités envers les patients, je continuerai à perfectionner mon savoir. Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d’opprobre et méprisé par mes confrères si j’y manque. Traumatologie en médecine de montagne hivernale