Faire des vacances un droit plutôt qu`un privilège
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Faire des vacances un droit plutôt qu`un privilège
Argumentaire Faire des vacances un droit plutôt qu’un privilège Chaque année 3 millions d’enfants ne partent pas en vacances en France. Le droit aux vacances est un droit reconnu par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et par la loi Française de 1998 contre l’exclusion. Les vacances sont un acquis social fort pour notre famille politique issu de la réduction du temps de travail et des congés payés, octroyé par l’action des socialistes au pouvoir au 20è siècle. Pourtant les vacances sont aussi un temps durant lequel les inégalités deviennent les plus évidentes. Alors que 95% des enfants de cadres partent en vacances chaque année, seuls 35% des enfants d’ouvriers ont cette chance. Ces dernières engendrent l’exclusion sociale de jeunes qui n’ont jamais vu la mer ou la montagne ni vécu dans un cadre collectif. L’isolement et le repli sur soi pour ceux qui ne peuvent pas partir, sont les conséquences des vacances lorsqu’elles excluent une partie des jeunes. En 2008 le député socialiste de la Loire Régis Juanico avait présenté une proposition de loi pour l’instauration d’une aide au départ en vacances pour les mineurs. Les inégalités d’accès aux vacances devenues des discriminations Depuis plus de 20 ans, deux textes engagent la puissance publique à lutter contre les inégalités d’accès aux vacances. Dans le droit international Le 6 septembre 1990, la France ratifie la convention Internationale des droits de l’enfant1, texte fondateur des droits de l’enfant à l’échelle mondiale. Elle reconnaît ainsi à l’enfant le droit au repos et aux loisirs. Elle s’engage à favoriser le droit de l’enfant à participer pleinement à la vie culturelle et artistique, à encourager les moyens d’accès aux loisirs, à des activités récréatives, artistiques et culturelles, dans des conditions d’égalité. 1 Convention Internationale des Droits de l’Enfant, article 31 « Repos et loisirs » (texte complet : http://www2.ohchr.org/ french/law/crc.htm). Une inscription formelle dans la loi française Depuis 1998, une loi relative à la lutte contre les exclusions2 fait de l’accès de tous aux vacances un objectif national pour prévenir l’exclusion. Elle affirme la complexité et la diversité des processus d’exclusion qu’elle entend combattre. Les vacances deviennent un droit au même titre que l’emploi, le logement, la santé, la protection sociale… Avec ces évolutions juridiques, les inégalités d’accès aux vacances sont devenues des discriminations3 contre lesquelles l’Etat se doit de d’agir. Les inégalités d’accès aux vacances se creusent depuis les années 1990 Moins de départs, moins loin et moins longtemps Le taux de personnes parties en vacances qui était de 65% en 1995 est aujourd’hui de 58%. La crise qui a débuté fin 2007 a eu tendance à accélérer ce phénomène: entre 2007 et 2008, le taux de partants a chuté de 4 points pour atteindre un niveau historiquement bas et s’établir à 52%. D’autre part, quand ils peuvent partir, de plus en plus de foyers procèdent à de nombreux arbitrages pour partir, en saisissant « tous les bons plans » à leur portée pour limiter la facture des vacances (vacances dans la famille, chez des amis, départ moins loin, moins longtemps, réservés longtemps à l’avance ou au contraire à la dernière minute, etc.). En 2011, 88% des vacanciers sont restés à l’intérieur du pays, 78% des voyages ont été effectués en voiture, 66% des hébergements se sont fait chez des amis ou de la famille4. 2 Loi n°98-657 du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre les exclusions, Titre II “De la prevention des exclusions”, chapître IV “ Moyens d’existence”, article 140. (texte complet: http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000206894) 3 Une définition de droit (vosdroits.services-publics.fr) : la discrimination consiste à favoriser ou défavoriser quelqu’un, en raison de certaines de ses caractéristiques ou de certains de ses choix personnels. Sauf exceptions, la discrimination est illégale et sanctionnée. Les victimes de discrimination négative à leur encontre peuvent obtenir réparation du préjudice causé. 4 Etude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation Toujours plus de foyers défavorisés sur le bord de la route des vacances Ces possibilités de transport et de logement ne s’offrent pas toujours aux plus modestes5, moins équipés en voitures, qui disposent d’un réseau relationnel moins étendu et qui n’ont pas forcément accès aux offres touristiques sur internet (34% n’ont pas accès à internet chez eux). Les inégalités se creusent entre les enfants de cadres et les enfants d’ouvriers et employés : 95% des uns partent en vacances chaque année contre 33% seulement pour les autres6. De plus, 47% des foyers les plus pauvres partaient en vacances en 2007; en 2012, ils ne sont plus que 37% dans ce cas (-10 points en cinq ans). Avec la crise, ces foyers modestes, déjà en prise avec des difficultés pour boucler leurs fins de mois, sont les premiers touchés par l’augmentation du chômage. Dès lors, partir en vacances semble de plus en plus improbable7. Trois millions d’enfants sont aujourd’hui dans l’impossibilité de partir en vacances pour des raisons financières8. Les dispositifs existants ne compensent pas la baisse du pouvoir d’achat de ces dernières années. Des dispositifs insuffisants À l’heure actuelle, des dispositifs d’aide aux départ en vacances existent mais sont insuffisants et dispersés entre différents acteurs: dispositif Villevie-vacances, collectivités locales, comités d’entreprise, bons CAF, Agence nationale des chèques vacances, tarifs réduits SNCF et campagnes nationales de solidarité des associations d’éducation populaire. Le gouvernement agit Le 12 Novembre 2012, la ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme lançait une mission intitulée « l’accès aux vacances pour tous » afin de réduire les inégalités d’accès aux vacances. Cette des conditions de vie (Crédoc), intitulée “Les catégories défavorisées, de plus en plus sur le bord de la route des vacances”, de Sandra Hoibian, parue en 2012. 5 Le niveau de vie est calculé en prenant compte de toutes les ressources du foyer, ainsi que le nombres de personnes qui le composent. Selon l’Insee les 10% les plus modestes perçoivent moins de 870€ par mois. 6 Etude de l’Observatoire des Vacances et des Loisirs des Enfants et des Jeunes (OVLEJ) intitulée « Les vacances des enfants et des jeunes aujourd’hui en France, une injustice sociale » parue en 2012. 7 Selon la même étude du Crédoc 2012 8 Selon la même étude de l’OVLEJ 2012 enquête menée par Claude Buission, contrôleur général économique se déroule sur deux temps d’expérimentation pour aboutir à la mise en œuvre d’un plan d’action 2013-2017. Des mesures seront donc annoncées durant les prochains mois. Les Jeunes socialistes proposent une loi en 3 volets : Nous comptons nous inscrire dans l’action du gouvernement en proposant 3 mesures législatives pour agir sur les 3 leviers de l’action publique permettant l’accès aux vacances pour 3 millions d’enfants. Instaurer une aide de 200€ minimum pour les 3 millions d’enfants qui ne partent pas en vacances Une proposition née en 2008, portée par les socialistes Ce dispositif fut élaboré par Régis Juanico, député socialiste de la Loire à l’occasion d’une proposition de loi instaurant une aide au départ en vacances pour les enfants et adolescents mineurs9 en 2008. Une mesure pour que l’Etat assure réellement le droit aux vacances inscrit dans la loi Ce dispositif sera comparable à l’allocation de rentrée scolaire (ARS), d’un montant minimum de 200 euros et modulée en fonction des ressources. Contrairement à l’ARS, l’argent devra être uniquement affecté au financement des centres de vacances ou de loisirs accueillant le jeune pour un séjour d’une durée minimum d’une ou deux semaines, loin de chez lui. Dans un second temps, on pourra réfléchir à étendre ce dispositif à d’autres modes de vacances, par exemple en compagnie des parents. Au lieu de laisser uniquement les associations caritatives financer, via des dons, le fait de faire partir des jeunes, nous pensons qu’il faut que l’État prenne ses responsabilités et assure ce droit. Un dispositif financé Diverses voies de financement existent pour financer l’accès aux vacances. Une mesure de justice serait par exemple d’adosser une taxe de 1€ sur chaque billet d’avion. Chaque année, 137 millions de billets d’avions passagers sont vendus en France10 pour des longs, moyens et courts courriers. Cette mesure permettrait déjà de financer environ 20% du coût du dispositif. Un nouvel abais9 Texte complet de la proposition de loi : http://www.assembleenationale.fr/13/propositions/pion1078.asp 10 Chiffre issu du rapport annuel 2012 du Ministère de l’Ecologie du Développement durable et de l’Energie sur le secteur aérien. sement du plafond des niches fiscales, aujourd’hui situé à 10 000 euros, permettrait en outre de dégager des marges de manoeuvre. D’autres sources de financement pour une plus juste redistribution des richesses sont possibles comme en atteste ces premières propositions. Une telle loi permet en outre se soutenir l’industrie du tourisme qui bénéficierait directement de ces retombées. Renforcer le financement des associations qui permettent aux familles les plus isolées de construire un projet de départ en vacances Les structures associatives, d’éducation populaire et plus généralement de tourisme social11, font aujourd’hui l’offre et assurent l’accompagnement des foyers les plus vulnérables qui ne peuvent partir en vacances. Ces personnes et ces familles ont besoin d’une offre abordable de départs en vacances, des séjours pour les mineurs aux départs en famille. Elles ont par là même besoin d’un accompagnement pour planifier et organiser leurs projets de vacances. La création en 1982 du chèque vacances a été déterminante pour favoriser les départs en vacances des foyers français. Les difficultés économiques sont indiscutablement un frein au départ (voir plus haut). Ce dispositif est organisé par l’association nationale des chèques vacances (ANCV)14. Alors que chaque salarié y a théoriquement droit (le patron peut en faire la demande directement auprès de l’ANCV) ce dispositif est encore trop peu utilisé, surtout par les salariés des petites et moyennes entreprises. Il doit pouvoir être accessible à tous et non seulement aux salariés des entreprises qui le proposent, notamment grâce à la création de comités d’entreprises de territoire. L’ANCV doit pouvoir étendre ce droit à chaque personne tout en le modulant selon le revenu. Une réflexion pourra être lancée quant au financement de ce dispositif pour les chômeurs et les jeunes en formation. Loin d’être excédentaires, ces structures ont aujourd’hui de grandes difficultés à maintenir la qualité et les prix des séjours qu’ils proposent12. Ce constat est celui de 10 ans de droite au pouvoir qui n’a cessé de les précariser par la baisse des subventions notamment. Il est donc essentiel d’augmenter et de pérenniser les subventions de façon pluriannuelle tout en améliorant les partenariats avec ces structures. Proposer un billet SNCF de congés annuels et ouvrir les chèques vacances à tous Les billets SNCF de congés annuels sont un dispositif existant, proposé par la SNCF mais très restreint. Cette réduction de tarif pour l’achat d’un billet de train aller-retour à l’occasion d’un congés annuel, qui se limite à 25% ne bénéficie pas à tout le monde. Les étudiants, jeunes en formations ou encore les jeunes ni en emploi ni en formation, qui ne peuvent donc pas bénéficier d’une allocation chômage, sont exclus du dispositif13. Nous devons améliorer ce dispositif pour en faire accéder tous les jeunes et tous les foyers sans distinction en lui donnant une existence juridique grâce à la loi. 11 Défini par la Convention Collective Nationale des organismes de tourisme : organismes de tourisme social et familial sans but lucratif 12 voir enquête CPCA sur le financement public des associations de tourisme social en baisse 13 http://vosdroits.service-public.fr/F2328.xhtml 14 L’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances, (ANCV) est un établissement public crée en 1982 et placé sous la tutelle du ministre de l’Economie et du secrétaire d’Etat chargé du Tourisme. Elle est régie par le Code du Tourisme (articles L411-1 et suivants et R411-1 et suivants). Elle dispose de 2 moyens complémentaires : 1) le Chèque-Vacances et le Coupon Sport ANCV, destinés aux salariés du secteur privé et aux agents des 3 fonctions publiques qui représentent 3,7 Millions de bénéficiaires. 2) Des programmes d’action sociale, mis en place au profit des personnes en difficulté économique et sociale (familles notamment monoparentales, jeunes adultes, personnes en situation de handicap et personnes âgées) avec plus de 200 000 bénéficiaires (chiffres 2011).