Être un bon - Presses de l`EHESP

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Être un bon - Presses de l`EHESP
« Être un bon parent »
Sous la direction de
Une injonction contemporaine
Claude Martin
Claude Martin, sociologue, est directeur de recherche au CNRS,
titulaire de la chaire Lien social et santé – social care CNSA de
l’EHESP et directeur du centre de recherche sur l’action politique en
Europe (CRAPE – UMR 6051, universités de Rennes, Sciences Po
Rennes et EHESP).
Avec les contributions de : B. Bastard, F. Brunet, A. Campéon,
P.-É. Gaberel, S. Garcia, N. Geens, F. Giuliani, D. Keppens, P. Kertudo,
M.-C. Le Pape, C. Martin, G. Neyrand, J. Pothet, E. Ramos, G. Roets,
C. Rothé, M. Sas-Barondeau, M.Vandenbroeck.
ISBN : 978-2-8109-0260-6
« Être un bon
LIEN SOCIAL ET POLITIQUES
u cours des dernières décennies, la condition parentale a
considérablement évolué du fait des changements sociodémographiques, mais aussi des mutations des conditions
de travail. Si les conseils et prescriptions à l’adresse des
parents représentent un véritable marché, relayé par les
médias, ils correspondent également à une forte demande du
politique qui, en écho aux inquiétudes et incertitudes des
parents sur leur mission éducative, se soucie de garantir au
mieux la réussite de cette mission, ou plutôt d’éviter son
échec et les risques supposés pour la collectivité tout entière.
Cet ouvrage, qui réunit les contributions des meilleurs spécialistes de ces questions, part du regain d’intérêt accordé
dans le débat public au rôle joué par les parents. L’apparition
de la thématique de la parentalité et des mesures de « soutien
à la parentalité » au cours des vingt-cinq dernières années est
en effet remarquable. Assiste-t-on à une redéfinition de ce
qu’est un « bon parent » ? Ce problème public est-il analogue
à ceux identifiés à d’autres périodes de l’histoire ? Comment
cette question normative est-elle mise en acte dans les interventions publiques en interaction avec les professionnels ?
Si cette normativité concernant la fonction parentale est une
question enfouie dans l’histoire de nos sociétés contemporaines, cet ouvrage fait l’hypothèse que les mesures d’aujourd’hui à destination des parents représentent une nouvelle
étape dans les relations entre l’État et la sphère familiale.
À travers une vision européenne (France, Suisse, Belgique),
il scrute les recompositions des normes parentales véhiculées
par ces nouveaux dispositifs des politiques mises en œuvre.
« Être un bon parent » Une injonction contemporaine • Claude Martin (dir.)
A
parent »
Une injonction
contemporaine
Sous la direction de
Claude Martin
25 €
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« Être un bon parent » :
une injonction contemporaine
Sous la direction de
Claude MARTIN
2014
PRESSES DE L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SANTÉ PUBLIQUE
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Collection
LIEN SOCIAL ET POLITIQUES
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Toute reproduction, même partielle, à usage collectif de cet ouvrage est strictement interdite sans autorisation
de l’éditeur (loi du 11 mars 1957, code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992).
© 2014, Presses de l’EHESP, Avenue du Professeur-Léon-Bernard - CS 74312 - 35043 Rennes Cedex
ISBN : 978-2-8109-0260-6 – ISSN : 1771-9410
www.presses.ehesp.fr
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Liste des auteurs
Benoît Bastard, directeur de recherche au Centre national de la recherche
scientifique (CNRS), est directeur adjoint de l’Institut des sciences sociales
du politique (CNRS, ENS de Cachan, UPO Nanterre), responsable du site de
l’ENS de Cachan. Ses travaux portent sur le fonctionnement de l’institution
judiciaire et l’intervention sociale, notamment dans le champ familial. Il a
publié Les Démarieurs : enquête sur les nouvelles pratiques judiciaires du divorce
(Paris, La Découverte, 2002), ainsi que de nombreux travaux sur les pratiques
d’intervention, en particulier la médiation familiale et les lieux d’accueil pour
l’exercice du droit de visite.
Florence Brunet, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, est responsable d’études au sein du cabinet FORS-Recherche sociale. Elle y a réalisé,
en collaboration avec P. Kertudo, plusieurs travaux d’études liés aux politiques éducatives, à l’enfance et à la famille, pour diverses collectivités locales
ou institutions publiques, notamment la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF).
Arnaud Campéon, docteur en sociologie, est ingénieur de recherche à l’École des
hautes études en santé publique (EHESP) et chercheur au Centre de recherche
sur l’action politique en Europe (CRAPE - UMR 6051). Ses recherches portent
sur la sociologie du vieillissement et sur les vulnérabilités liées au grand âge
(maladie d’Alzheimer, suicide, pauvreté, solitude). Plus largement, il s’intéresse aux politiques de soins de longue durée et aux politiques du care dans
une perspective nationale et européenne. Depuis 2012, il participe également
au projet de l’Agence nationale de la recherche (ANR) « Gouverner les nouveaux risques sociaux : le cas des politiques en direction de l’enfance et de la
parentalité dans les États-providence européens » (POLCHI) dans le cadre
d’un programme « Open Research Area for the social sciences in Europe ».
Il a notamment publié « Les trajectoires de la maladie d’Alzheimer : des incertitudes négociées entre patients, famille et monde médical » (avec B. Le Bihan
et I. Mallon, in A. Brodiez-Dolino [dir.], Vulnérabilités sanitaires et sociales :
de l’histoire à la sociologie, Rennes, PUR, 2014, p. 119-135) et « Des travailleurs
sous pression : logiques d’engagements et pratiques du care auprès de proches
âgés en situation de dépendance » (avec B. Le Bihan, Gérontologie et société,
n° 145, 2013, p. 103-117).
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
Pascal Éric Gaberel est professeur à la Haute École de travail social et de la
santé – Vaud à Lausanne. Ses recherches récentes sur l’éducation familiale
et institutionnelle en lien avec les politiques sociales, familiales, éducatives et
sanitaires questionnent la professionnalisation de l’éducation, l’action éducative en milieu ouvert, les controverses liées à la parentalité, le devenir des
parents non statutaires dans les familles recomposées et homoparentales
et l’externalisation étatique, marchande et sociale des soins de l’enfant. Il
conçoit, coordonne et réalise des évaluations ou des recherches appliquées
dans le domaine du travail socio-éducatif en Suisse.
Sandrine Garcia est professeure à l’université de Bourgogne, elle est rattachée
à l’Institut de recherches sur l’éducation : sociologie et économie de l’éducation. Elle a publié aux éditions La Découverte Mères sous influence : de la cause
des femmes à la cause des enfants en 2011, et À l’école des dyslexiques : combattre ou
naturaliser l’échec scolaire ? en 2013. Elle a également publié de nombreux
articles, dont « Expertise scientifique et capital militant. Le rôle des médecins
dans la lutte pour la libéralisation de l’avortement » (Actes de la recherche en
sciences sociales, n° 158, 3, 2005), « L’expert et le profane. Qui est juge de la
qualité universitaire ? » (Genèse, n° 70, 2008) et « Pour une sociologie critique
des dispositifs d’évaluation » (Actes de la recherche en sciences sociales, n° 189,
2011), avec S. Montagne. Ses objets s’inscrivent dans la sociologie de l’expertise dans ses relations avec les politiques publiques et sur les mobilisations
formées par des groupes d’acteurs pour élargir leur territoire d’intervention
en s’appuyant sur des savoirs théoriques. Dans cette perspective, elle s’attache
à analyser les relations entre les experts producteurs de savoirs théoriques
qui cherchent à les diffuser et les groupes professionnels qui s’en emparent
pour construire leur propre légitimité.
Naomi Geens est chercheuse au département du travail social (faculté de psychologie et sciences de l’éducation) de l’université de Gand. Sa thèse de
doctorat a porté sur le thème du « social support » des familles avec jeunes
enfants en contextes de diversité. Ses recherches se concentrent sur la signification des contacts (durables et éphémères) entre parents et le rôle des
professionnelles des milieux d’accueil et d’éducation des jeunes enfants en
tant que facilitateurs de ces rencontres. Quelques publications : « Early childhood education and care as a space for social support in urban contexts of
diversity » (avec M. Vandenbroeck, European Early Childhood Education Research
Journal, 21 [3], 2013, p. 407-419), « The (ab)sense of a concept of social support in parenting research: A social work perspective » (avec M. Vandenbroeck,
Child & Family Social Work 2012, 2013), « Informal social support in contexts
of diversity: Shaping the relationship between the public and the private
sphere » (avec M. Vandenbroeck et G. Roets, Health & Social Care in the
Community, à paraître).
Frédérique Giuliani est maître d’enseignement et de recherche au sein de la
faculté de psychologie et de sciences de l’éducation de l’université de Genève
et membre de l’équipe SATIE. Elle étudie les transformations des relations
entre les institutions socio-éducatives et les familles dans différents champs de
l’action publique : l’aide sociale à l’enfance, l’école, etc. Elle s’intéresse plus
particulièrement aux enjeux qui traversent les relations entre les professionnels
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Liste des auteurs
des institutions socio-éducatives (enseignants, éducateurs, médiateurs, puéricultrices) et les familles, dans un contexte normatif régi par les valeurs de
responsabilité, de gouvernement de soi et de participation. Elle a récemment
publié l’ouvrage Accompagner : le travail social face à la précarité durable (Rennes,
PUR, 2013).
Delphine Keppens, docteure en sociologie, est ingénieure de recherche sur le
contrat de recherche ANR « Gouverner les nouveaux risques sociaux : le cas
des politiques en direction de l’enfance et de la parentalité dans les Étatsprovidence européens » (POLCHI) dans le cadre d’un programme « Open
Research Area for the social sciences in Europe » (ORA). Ses travaux portent
essentiellement sur les politiques d’accompagnement des parents dans
leur rôle éducatif. Elle a soutenu en 2010 une thèse en sociologie intitulée
Comment le médical devient familial : obésité et diabète chez l’enfant, sous la direction
de F. De Singly à l’université Paris Descartes.
Pauline Kertudo est responsable d’études au sein de FORS-Recherche sociale,
en charge du pilotage et de la réalisation des enquêtes qualitatives dans les
champs des politiques éducatives et familiales. Elle est notamment l’auteur
de l’ouvrage Le Métier de conseiller (ère) en économie sociale familiale (avec
F. Abbaléa et F. Brunet, Paris, La Découverte, 2011), et de l’article « Le rapport à l’emploi des femmes en congé parental » (Politiques sociales et familiales,
n° 108, juin 2012).
Marie-Clémence Le Pape est maître de conférences en sociologie à l’université
Lumière Lyon 2 et fait partie du centre Max Weber. Elle est chercheuse associée à l’Observatoire sociologique du changement (OSC) et intervient
comme collaboratrice extérieure auprès du bureau « Jeunesse et famille » de
la Direction de la recherche des études et de l’évaluation statistique (DREES).
Ses travaux de recherche portent d’une part sur la parentalité et, en particulier sur l’étude des normes et des pratiques éducatives des parents. D’autre
part, elle s’intéresse à l’analyse des relations intergénérationnelles dans la
famille, et travaille actuellement sur les normes de solidarité entre générations (articulation, tensions avec la vie familiale quotidienne). Parmi ses
publications récentes sur le thème de la parentalité, on peut mentionner :
« L’art d’être un “bon” parent : quelques enjeux des nouvelles normes et
pratiques éducatives contemporaines » (Cahiers français, n° 371, 2012,
p. 36-42), « Famille et école : un partenariat éducatif ? La prévention des
conduites à risque juvéniles en milieu scolaire vue par les familles » (Agora
débats/jeunesses, n° 54, 2010, p. 47-59), « Être parent dans les milieux populaires : entre valeurs traditionnelles familiales et nouvelles normes éducatives »
(Informations sociales, n° 154, 2009, p. 88-95), et « Les pratiques éducatives des
familles » (avec A. van Zanten, in M. Duru-Bellat, A. van Zanten [dir.], Sociologie
du système éducatif : les inégalités scolaires, Paris, PUF, 2009, p. 185-205).
Claude Martin est sociologue, directeur de recherche au CNRS, titulaire de la
chaire Lien social et santé – Social Care CNSA de l’EHESP et directeur du
CRAPE - UMR 6051, universités de Rennes, Science Po Rennes et EHESP.
Ses recherches portent sur les politiques publiques en direction de l’enfance,
de la famille et de la vieillesse. Il codirige la revue internationale Lien social
et politiques. Il a publié récemment les ouvrages suivants : Handicap et perte
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
d’autonomie : des défis pour la recherche en sciences sociales (avec J.-F. Ravaud et
F. Weber, Rennes, Presses de l’EHESP, 2014), Work and Care under Pressure. Care
Arrangements across Europe (avec T. Knijn et B. Le Bihan, Amsterdam & Chicago
University Press, 2013), Aider les parents à être de « meilleurs » parents : perspectives
internationales (avec M.-P. Hamel et S. Lemoine, Paris, La Documentation
française et Centre d’analyse stratégique, 2012), Changements et pensées du
changement : échanges avec Robert Castel (avec R. Castel, Paris, La Découverte,
2012), Concilier vie familiale et vie professionnelle en Europe (avec B. Le Bihan,
Rennes, Presses de l’EHESP, 2008), Reforming Bismarkian Welfare Systems (avec
B. Palier, Oxford, Blackwell, 2008).
Gérard Neyrand est sociologue, professeur à l’université Toulouse 3, membre
du PRISSMH-SOI ([email protected]) et directeur du CIMERSS,
Bouc-Bel-Air, [email protected]. Site : www.gerardneyrand.fr. Parmi les principaux
ouvrages disponibles : Corps sexué de l’enfant et normes sociales : la normativité
corporelle en société néolibérale (avec S. Mekboul, Toulouse, Érès, 2014), Soutenir
et contrôler les parents : le dispositif de parentalité (Toulouse, Érès, 2014, 1re éd.
2011), Monoparentalité précaire et femme sujet (avec P. Rossi, Toulouse, Érès,
2014, 1re éd. 2004), Père, mère, des fonctions incertaines : les parents changent, les
normes restent (avec M. Tort, M.-D. Wilpert, Toulouse, Érès, 2013), L’Enfant, la
mère et la question du père : un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite
enfance (Paris, PUF, 2011, 1re éd. 2000), Le Dialogue familial : un idéal précaire
(Toulouse, Érès, 2009), L’Enfant face à la séparation des parents : une solution, la
résidence alternée (Paris, La Découverte, 2009, 1re éd. Syros, 1994), Les Mariages
forcés : conflits culturels et réponses sociales (avec A. Hammouche et S. Mekboul,
Paris, La Découverte, 2008).
Jessica Pothet est doctorante en sociologie à l’université de Savoie, au sein du
laboratoire « Langages, littératures, sociétés ». Sa thèse, en cours, porte sur la
fabrique politique du « soutien à la parentalité », considérant tant les processus de construction normative que cette politique émergente engage pour
l’action publique que les pratiques professionnelles hétérogènes en direction
des parents qui en émanent. Intégrant l’Agence nationale de lutte contre
l’illettrisme (ANLCI) dans le cadre d’un contrat doctoral CIFRE (2011-2014),
elle participe à la conduite et à l’évaluation d’une expérimentation nationale
articulant soutien à la fonction parentale et formation aux compétences de
base et de son essaimage. Publications : « Actions éducatives familiales : une
expérimentation contre l’illettrisme » (Diversité ville école intégration, n° 166,
octobre 2011, p. 207-214), « Évaluation et innovations des politiques
publiques. Une expérimentation visant à soutenir la parentalité » (Diversité
ville intégration, n° 169, juillet 2012, p. 192-198).
Elsa Ramos, sociologue, est maître de conférences à l’université Paris Descartes
et chercheur du CERLIS-université Paris Descartes-CNRS, centre de recherche
sur les liens sociaux. Elle travaille notamment sur les thématiques de la famille,
de l’adolescence, de la jeunesse et de la mobilité, ainsi que sur les problématiques de l’autonomie. Elle travaille également sur la question des appartenances familiales et de la définition même de la famille. Elle a notamment
publié : « Les origines : la tension entre appartenance familiale et identité
individuelle » (dossier : « Individualização, pertencimentos e subjetividades »,
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Liste des auteurs
coordonné avec F. Ribeiro, Publicação do Programa de pós-graduação em ciências
sociais, Civitas, revue de science sociales en ligne, Brésil, PUCRS, 11 [1],
2011), « “Les racines” : une territorialisation de l’identité qui fragmente »
(in A. Morel-Brochet, N. Ortar [dir.], Modes d’habiter, Paris, L’Harmattan,
2011), « La cohabitation intergénérationnelle : un angle d’approche pertinent du processus d’autonomisation des étudiants brésiliens et français ? »,
(Agora, L’Harmattan, n° 59, 2011), et avec F. de Singly « Moments communs
en famille » (Nouvelles adolescences, Ethnologie française, janvier-mars 2010).
Griet Roets est professeure en travail social au département de travail social
(faculté de psychologie et sciences de l’éducation) de l’université de Gand.
Ses recherches portent principalement sur la précarité et la relation entre
services sociaux et familles. Avec M. Vandenbroeck, elle fait partie d’un
consortium de chercheurs dans le domaine de la lutte contre la pauvreté.
Parmi ses publications, on peut mentionner : « Immigrant mothers crossing
borders: Nomadic identities and multiple belongings in early childhood education » (avec M. Vandenbroeck et A. Snoeck, European Early Childhood
Education Research Journal, 17 [2], 2009, p. 203-216), « Researching child
poverty: Towards a lifeworld orientation » (avec R. Roose et M. Bouverne-De
Bie, Childhood, a Global Journal of Child Research, 20 [4], 2013, p. 535-549),
« Reconstructing the foundations of joined-up working: From organisational
reform towards a joint engagement of child and family services » (avec
R. Roose, T. Schiettecat et M. Vandenbroeck, British Journal of Social Work, à
paraître), « Framing the “child at risk” in social work reports: Truth-telling or
story-telling? » (avec R. Roose, L. De Wilde et B. Vanobbergen, Journal of Social
Work, à paraître).
Céline Rothé, docteure en science politique, est ingénieur de recherche à
l’EHESP et chercheure au CRAPE - UMR 6051. Ses centres d’intérêt portent
sur les situations de vulnérabilité et les trajectoires sociales de publics aux
parcours précaires. Elle travaille notamment sur les jeunes à la rue et les
personnes âgées dépendantes sous l’angle de l’analyse de la relation d’aide
sociale. En parallèle, elle développe des recherches sur les politiques de jeunesse en France et en Europe et participe au projet ANR « Gouverner les
nouveaux risques sociaux : le cas des politiques en direction de l’enfance et
de la parentalité dans les États-providence européens » (POLCHI) dans le
cadre d’un programme ORA. Elle a notamment publié « Parcours de marginalisation de jeunes en rupture chronique : l’importance des autrui significatifs dans le recours à l’aide sociale » (avec V. Muniglia, Revue française des
affaires sociales, 2013/1, n° 1-2, p. 76-95) et « Parcours de jeunes en grande
difficulté : à l’interaction des logiques d’intervention professionnelles et des
usages juvéniles de l’aide sociale » (avec V. Muniglia, Lien social et politiques,
n° 70, 2014, p. 153-170).
Martine Sas-Barondeau est postdoctorante à l’université de Lorraine, membre
d’une équipe appartenant à l’axe « Culture et urbanité » du Laboratoire lorrain de sciences sociales (2L2S) et du réseau de Formation et de recherche
en action sociale de Lorraine (FOREAS). Elle s’intéresse plus particulièrement à la parentalité, à travers l’analyse des dispositifs d’accompagnement et
de soutien des parents, financés par les caisses d’allocations familiales (CAF),
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
qui sont principalement mis en œuvre par les centres sociaux au sein des
quartiers d’habitat social. Dans ce cadre, elle s’est attachée à déterminer en
quoi les phénomènes d’insécurité économique (pauvreté et précarité), mais
également d’insécurité identitaire (discrédit et stigmatisation), façonnent
l’art de vivre des familles destinataires de ces dispositifs, invalidant en partie
leurs attendus. Un ouvrage, tiré de son travail de thèse, soutenue en 2012,
intitulé La Face cachée de la parentalité, doit paraître aux éditions L’Harmattan.
Michel Vandenbroeck est professeur en pédagogie de la famille au département de travail social (faculté de psychologie et sciences de l’éducation) de
l’université de Gand. Ses recherches portent principalement sur les milieux
d’accueil et d’éducation des jeunes enfants et sur les politiques et les pratiques de soutien à la parentalité. Il est membre du comité de rédaction de
plusieurs journaux scientifiques en ce domaine (entre autres Early Years et
European Early Childhood Education Research Journal) et fait partie du comité
d’avis de Kind en Gezin (Enfant et famille), l’administration gouvernementale
dans le domaine de la petite enfance de la communauté flamande de Belgique.
Parmi ses publications, on peut mentionner : Éduquer nos enfants à la diversité
(Toulouse, Érès, 2005), Repenser l’éducation des jeunes enfants (avec G. Brougère
[éds.], Bruxelles, Peter Lang, 2007), « La construction de savoirs sur l’enfance
et sur la parentalité dans l’État-providence actif : la prévention précoce
comme cas emblématique » (in G. Brougère [dir.], Parents, pratiques et savoirs
au préscolaire, Bruxelles, Peter Lang, 2010, p. 93-114), « Why the evidencebased paradigm in early childhood education and care is anything but evident » (avec G. Roets et R. Roose, European Early Childhood Education Research
Journal, 20 [4], 2012, p. 537-552).
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« Mais que font les parents ? »
Construction d’un problème public
Claude Martin
« D’où la différence entre l’ancienne charité et la nouvelle
philanthropie, où l’aide doit être conçue comme un investissement. »
(Gilles Deleuze, 1977, p. 216)
La « condition parentale », au sens des conditions dans lesquelles les
parents exercent leur rôle, a considérablement évolué au cours des dernières décennies (Martin, 2009). Pour en prendre la mesure, on se réfère
souvent aux importants changements sociodémographiques qui ont eu
lieu depuis la fin des années 1960, aussi bien en matière de fécondité, de
nuptialité que de divorce, et aux variations aujourd’hui banalisées distinguant mono-, bi-, beau-, grand-, homo- et pluri-parentalité. Cependant,
la source de ces évolutions de la condition parentale n’est pas là, nichée
au cœur de la famille et de l’aléa de ses arrangements, mais bien davantage en dehors d’elle, du côté, d’une part, des mutations des conditions
de travail et d’emploi – féminisation du marché du travail, transformation
des rythmes et horaires de l’activité avec leur impact sur les relations de
genre, précarisation et flexibilisation des emplois, en particulier pour les
nouvelles générations –, et d’autre part, des réformes de l’État social,
notamment en matière de politique familiale, de conciliation vie familiale/vie professionnelle et de prise en charge de la petite enfance
(Le Bihan, Martin, 2008 ; Martin, 2012a).
Pour les uns, ces mutations auraient provoqué l’absence et la démission
des parents, voire la faillite de leurs compétences et responsabilités. Pour
d’autres, elles ont surtout engendré une redéfinition de leur rôle en ces
temps d’incertitudes, avec, par exemple, la figure du « parent-voyagiste »
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
(Singly, 2009) ou celle du « parent-curling 1 ». Ces incertitudes ont aussi
généré un certain nombre d’angoisses, dont témoigne l’apparition des
« parents-hélicoptères », comme sont appelés aux États-Unis ceux qui
intensifient la surveillance de leurs enfants en une forme d’« hypervigilance2 » (Nelson, 2010). Frank Furedi évoque même une véritable aversion aux risques qui menaceraient les enfants aujourd’hui, conduisant
au paranoïd parenting (Furedi, 2008). De telles tendances expliquent le
recours de plus en plus systématique aux experts.
Les conseils et prescriptions à l’adresse des parents représentent
depuis des décennies un véritable marché, qui s’adosse notamment sur
le sentiment partagé par ces derniers que leur tâche est difficile et les
obstacles nombreux sur le chemin de la socialisation et de la vie de leur
progéniture. Nombre de psychologues, médecins, psychiatres, psychanalystes, et plus largement tous ceux que l’on pourrait qualifier, avec
Robert Castel, de « thérapeutes pour les normaux », mettant en œuvre
des « techniques médico-psychologiques » (Castel, 1973, 1981), occupent le créneau de cette demande croissante d’expertise et de conseil
aux parents, et y consacrent une partie plus ou moins substantielle de
leur activité professionnelle. La plupart des savoirs accumulés au cours
du xxe siècle dans les champs de la psychologie, de la pédiatrie, de la
pédopsychiatrie et de la psychanalyse ont ainsi été consacrés à
comprendre, définir et orienter cette fonction parentale, afin de concevoir les meilleures conditions possibles d’accompagnement et de
socialisation de l’enfant (Bettelheim, 1987 ; Neyrand, 2000 ; Quentel,
2001). Ces experts en fonction parentale se déploient désormais dans
les multiples maillons d’un marché tentaculaire et médiatique, phénomène qu’avait fort bien décelé Robert Castel à la fin des années 1970 3
(voir encadré ci-après).
1. Dans le premier cas, il s’agit d’un parent qui organise le voyage de l’enfant et son individualisation. Dans le second, le parent se charge de poser l’enfant sur la piste de la vie et
cherche à accompagner sa trajectoire en préparant le terrain autour, à l’instar du joueur de
curling qui réchauffe la glace avec son balai pour orienter la trajectoire de la pierre de granit
sans jamais la toucher.
2. Avec notamment le recours aux nouvelles technologies, comme le blouson connecté ou
le bracelet pour suivre son enfant à la trace.
3. « Le discours diffusé par les adeptes du Planning familial, de l’École des parents, par les
porte-parole des émissions radiophoniques spécialisées dans le conseil familial et conjugal, par
les journaux féminins et les rubriques “Société” des revues et hebdomadaires fait reposer la
réalité ultime de la famille sur la capacité de ses membres à intensifier leurs rapports et à les
réguler par la psychologie » (Castel, 1981, p. 185).
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
Encadré 1. Le conseil aux parents : un vaste marché
Pour se convaincre de l’étendue de ce marché au plan des médias, il suffit de faire référence aux très nombreuses émissions de radio et de télévision, ou encore à la presse
spécialisée ciblant les parents, l’enfant et la famille depuis le début des années 1970. Côté
presse écrite, ce marché s’étend des magazines Parents ou L’Enfant et la vie : le magazine
des éducateurs et parents chercheurs, créés respectivement en 1969 et 1970, à Famili,
apparu en 1993, ou encore Family, le magazine chrétien sur la famille, diffusé depuis 2011,
sans compter les espaces consacrés aux parents dans les nombreux magazines pour les
enfants et les sites de conseils aux parents. Côté médias audio et télévisés, cela va des
causeries radiophoniques de Françoise Dolto sur France Inter de 1976 à 1978, ou de
ses émissions de vulgarisation comme, par exemple, celle que lui consacra Jean-Louis
Servan Schreiber (Questionnaire) en 1977, intitulée précisément « Le métier de parent1 »,
à des programmes télévisés comme l’émission « Les maternelles », diffusée sur France 5
depuis 2000, ou « Supernanny », diffusée au Royaume-Uni depuis 2004 et rapidement
reprise et adaptée dans de nombreux pays, dont la France.
Depuis peu apparaissent même des cabinets de « conseil en éducation » à destination des
parents2, mais surtout un nouveau marché de « programmes de soutien parental » (parenting
programs), très nombreux dans le monde anglophone, dont les effets sont validés par des
recherches quasi expérimentales avec groupe contrôle, ce que l’on qualifie de programmes
evidence-based ou fondés sur des preuves3. On peut encore évoquer le marché de l’accompagnement scolaire ou des cours privés qui ont véritablement explosé au cours des dernières
années4.
Pour illustrer la popularité de cette thématique de la fonction parentale, on peut enfin mentionner deux récentes séries télévisées : Parents, mode d’emploi, dont le principe consiste à
utiliser les ressorts comiques du bricolage des parents dans l’exercice de leur rôle « entre
contradictions et mauvaise foi, devoirs conjugaux et parentaux, démissions passagères et ruses
inavouables pour limiter les conflits5 », ou Fais pas ci, fais pas ça, qui met en scène deux familles
nombreuses (une famille « bobo » recomposée de trois enfants et une famille conservatrice
de quatre enfants) avec des normes éducatives contrastées. Le site de l’émission présente ces
deux couples de parents comme immatures et angoissés par leurs responsabilités6. La fonction
parentale fait recette.
1. Voir la rubrique « Françoise Dolto » sur le site www.ina.fr pour visualiser certaines de ces émissions.
2. À titre d’exemple, voir l’extrait de l’émission « Parents dépassés » du magazine Zone interdite sur le site
www.educationconseil.com.
3. Pour prendre la mesure de la variété et des modalités de validation de ces programmes, voir Moran
et al. (2004) et en français Hamel et al. (2012).
4. Voir la comparaison menée par la Commission européenne au début des années 1980 (Macbeth, 1984)
et le récent bilan du CAS sur le soutien scolaire (« Quelle organisation pour le soutien scolaire ? »,
http://archives.strategie.gouv.fr).
5. Voir le site de l’émission sur < www.france2.fr >.
6. Ibid.
Les conditions de développement du conseil parental ne se limitent
cependant pas à cette seule logique de marché faisant se rencontrer une
offre et une clientèle. Elle correspond aussi à une forte demande politique qui, en écho aux inquiétudes et incertitudes des parents sur leur
mission éducative, se soucie de garantir au mieux la réussite de cette
mission, ou plutôt d’éviter son échec et les risques supposés qu’ils feraient
courir à la collectivité tout entière. Au-delà de l’enjeu juridique et de
l’importance des lois qui régissent et encadrent la famille, l’enjeu est ici
normatif, au sens où l’entendait Michel Foucault dans son analyse du
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
bio-pouvoir 4, c’est-à-dire « passer d’une opposition simple entre “obéissance” et “désobéissance” au jeu des “distributions” autour d’une norme »…
et « déplacer le regard de la coercition directe à la régulation » (Darmon,
1999, p. 5).
Cette normativité concernant la fonction parentale n’est pas, bien sûr,
une question nouvelle. Elle est même profondément enfouie dans l’histoire de nos sociétés contemporaines (Lenoir, 2003). Certains la font
remonter au fameux traité d’éducation de Jean-Jacques Rousseau, L’Émile
ou De l’éducation, publié une première fois en 17625. Les termes de cette
réflexion, qui s’intensifie au xviiie siècle sur le statut de l’enfant et la
vocation de l’éducation, posent non seulement les bases d’une distinction
entre instruction et éducation, mais aussi d’une nouvelle répartition des
rôles entre la famille et l’État6. Dès les origines, cette production normative et ces « conseils » aux parents en matière d’éducation ont buté sur la
barrière de l’institution familiale elle-même, et surtout, en fait, sur l’autorité détenue par les pères, considérés dans de nombreuses cultures
comme les chefs de famille et garants du respect de règles au sein de leur
petite « communauté ». D’ailleurs, malgré les avancées préconisées par
Rousseau en faveur d’une éducation publique, celui-ci ne remettra pas
pour autant en cause cette autorité paternelle et contribuera au contraire
à en relégitimer la puissance, y compris aux dépens des mères7. Il faudra
attendre encore près de deux siècles avant que cette puissance soit
destituée8.
4. « Une conséquence du développement du bio-pouvoir, c’est l’importance croissante
prise par le jeu de la norme aux dépens du système juridique de la loi » (Foucault, 1976, p. 189).
Comme le précise bien Muriel Darmon dans son retour sur les recherches menées dans les
années 1970 sous et regroupées derrière la thématique du « contrôle social », « le véritable
concept opératoire est celui de “norme” […], terme qui sert dans ces travaux à caractériser le
mode de contrainte spécifique qui s’exerce sur les individus et les familles » (Darmon, 1999,
p. 4-5).
5. Dans l’ouvrage qu’il a consacré à la contribution des philosophes sur les questions de
l’enfance et de l’éducation, Alain Renaut (2002) évoque également le De Pueris d’Erasme
(1529).
6. Comme le souligne Alain Renaut : « Rousseau explique que “comme on ne laisse pas la
raison de chaque homme unique arbitre de ses devoirs, on doit d’autant moins abandonner
aux lumières et préjugés des pères l’éducation de leurs enfants”, et qu’“elle importe à l’État
encore plus qu’aux pères” – en vertu de quoi se trouvait envisagée une “éducation publique
sous des règles prescrites par le gouvernement et sous des magistrats établis par le souverain” »
(Renaut, 2002, p. 246).
7. Comme le rappelle encore Alain Renaut, citant les écrits de Rousseau dont un texte
de 1755 sur l’« économie politique » : « Dans la “petite famille” (par opposition à la grande
famille qu’est l’État), “le père étant physiquement plus fort que ses enfants, aussi longtemps
que son secours est nécessaire, le pouvoir paternel passe avec raison pour être établi par la
nature” […] “L’autorité ne doit pas être égale entre le père et la mère”, car il faut que “le
gouvernement soit un” et que, “dans les partages d’avis, il y ait une voix prépondérante”,
laquelle doit évidemment être celle du père » (Renaut, 2002, p. 247).
8. Avec le vote de la loi du 4 juin 1970 instituant l’autorité parentale.
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
La construction de l’« État-providence » (éducateur, sanitaire et social)
au cours des xixe et xxe siècles a continué de modifier les relations entre
vie privée et espace public et déplacé cette barrière du privé, intensifiant
ce travail normatif (Joseph, Fritsch, 1977 ; Donzelot, 1977 ; Castel, 1995 ;
Commaille, Martin, 1998 ; Lenoir, 2003). L’État a non seulement, en élargissant son périmètre d’action, délesté progressivement la famille de
nombre de ses fonctions, mais il en a également fait l’épicentre de ce que
l’on va progressivement appeler le « social », en développant des réponses
pour compenser les incapacités ou épauler les faiblesses et les vulnérabilités de certains citoyens, au premier rang desquels les mères, notamment
celles appartenant aux classes populaires, cibles privilégiées des prescriptions et autres mesures de contrôle et d’encadrement du xviiie siècle à
nos jours (Boltanski, 1969 ; Gojard, 2010 ; Garcia, 2011).
La fonction parentale : un problème public
Sans prétendre (re)faire l’histoire de cette production normative au fil
des siècles, nous proposons dans cet ouvrage de l’analyser sous l’angle de
la construction d’un « problème public », au sens où l’entendent les
sciences sociales, c’est-à-dire un fait social ordinaire « transformé en enjeu
de débat public et/ou d’intervention étatique » (Neveu, 1999, p. 41)9. Nous
partons ainsi du regain d’intérêt accordé au rôle joué par les parents dans
le débat public depuis une vingtaine d’années pour interroger le sens de
ce revival. Assiste-t-on à une redéfinition de ce qu’est un « bon parent »
aujourd’hui ? S’agit-il d’un problème public identique ou analogue à celui
ou ceux identifiés à d’autres périodes de l’histoire ? Assistons-nous à la
répétition générale d’une activité de production normative mobilisant les
mêmes arguments, les mêmes techniques et instruments, les mêmes ressorts idéologiques et les mêmes savoirs, ou bien sommes-nous en présence
d’une variation significative, d’un déplacement, d’une reconfiguration de
tous ces ingrédients, voire d’un certain nombre d’innovations au plan des
finalités poursuivies, des idées et/ou des pratiques d’intervention ? Et si
changement de cap il y a, de quelle nature est-il ? Quels en sont les facteurs
d’impulsion ou les drivers, comme disent les anglophones ?
9. La construction des problèmes publics par les experts, les acteurs politiques et les médias
représente un domaine de recherche à part entière dans les pays anglophones, avec des revues
spécialisées comme Social Problems, des auteurs précurseurs appartenant à l’école de Chicago,
comme Howard Becker (1963) et ses travaux sur les consommateurs de marijuana ou Joseph
Gusfield (1963, 1981) sur l’alcool au volant. Ces recherches ont pris beaucoup d’ampleur en
ayant recours à la thématique des « paniques morales » et en étudiant en particulier le rôle de
la médiatisation. Ce type de problématique est particulièrement pertinent pour analyser le
phénomène de responsabilisation des parents.
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
L’apparition de la thématique de la parentalité 10, et plus encore de
mesures de « soutien à la parentalité » au cours des vingt-cinq dernières
années est en effet particulièrement remarquable de ce point de vue.
Nous faisons l’hypothèse que ces mesures spécifiques à destination des
parents représentent une nouvelle étape dans le régime des relations
entre l’État et la sphère familiale. Nombre d’analystes au plan international défendent d’ailleurs cette idée d’un changement significatif de ce
que nous avons coutume d’appeler la politique familiale ou d’un tournant vers la parentalité (turn to parenting) (Knijn, Hopman, 2013 ; Martin,
2014). Avec le soutien à la parentalité, s’ouvrirait un nouveau chapitre,
ou se construirait un nouveau pilier d’intervention publique : une politique à destination des parents proprement dits (et non plus de la famille,
des enfants, ou des pères et mères) (Giampino, 2006a), substituant le
« parentalisme » aux référentiels antérieurs de l’action publique dans ces
domaines (familialisme, individualisme et féminisme) (Commaille,
Martin, 1998 ; Bastard, 2006 ; Barrère-Maurisson, 2007 ; Martin, 2010).
La France n’est d’ailleurs pas, loin s’en faut, le seul pays concerné par
cet enjeu public et par l’apparition d’une politique explicite de « soutien
à la parentalité » (on parle de parenting support dans les pays de langue
anglaise), ni surtout le premier concerné par le développement de ce
nouveau marché de programmes d’intervention (parenting programs)
visant à doter les parents de compétences adéquates dans leur fonction
éducative (parenting skills), mis en œuvre et financés par des collectivités
publiques et/ou par l’État, et promu par les institutions européennes11
(Daly, Martin, 2012 ; Daly, 2013a ; Martin, 2014).
En Europe (en particulier au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Allemagne,
dans les pays scandinaves et, nous le verrons aussi dans la suite de cet
ouvrage, en France, en Belgique et en Suisse), ces nouveaux développements suscitent de nombreuses interrogations, voire de vives controverses
académiques, professionnelles et politiques. Ce déploiement de programmes et d’experts en compétence parentale, financés sur fonds publics
et/ou privés, est interprété par certains auteurs comme l’expression de
politiques sociales néolibérales, correspondant à une sorte de défausse
sur les parents de la cause des problèmes sociaux auxquels font face les
10. Un néologisme aujourd’hui intégré dans le discours des professionnels de l’enfance et
de la famille, mais aussi dans le lexique politique et médiatique, et dont on peut retrouver les
racines dans l’histoire des sciences humaines et sociales. Pour une généalogie de cette notion,
se reporter à : Martin (2003), Boisson et Verjus (2004), Neyrand (2011) et Martin (2012b).
11. Notre ouvrage s’inscrit d’ailleurs dans un programme de recherche qui a reçu le soutien
de l’ANR et de trois autres agences nationales, allemande, hollandaise et britannique, dans le
cadre du programme Open Research Area for the Social Science in Europe. Cette recherche, intitulée :
« Gouverner les nouveaux risques sociaux : le cas des politiques en direction de l’enfance et de
la parentalité dans les États-providence européens – POLCHI », a déjà donné lieu à un certain
nombre de publications (voir le site www.uni-goettingen.de).
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
sociétés postindustrielles (Furedi, 2008 ; Gillies, 2008, 2012 ; Churchill,
2011 ; Ramaekers, Suissa, 2012 ; Richter, Andresen, 2012 ; Hartas, 2014 ;
Lee et al., 2014 ; Hennum, 2014).
Frank Furedi, auteur d’un essai à succès publié à trois reprises depuis
2001, Paranoïd Parenting (2008), se positionne même comme un véritable
lanceur d’alerte sur le sujet. Il écrivait ainsi récemment dans la préface
d’un ouvrage consacré aux Parenting culture studies :
« Le “parentage” (parenting) est devenu l’une des questions les plus
vivement débattues du xxie siècle. Si la culture occidentale attache une
telle importance au parenting, c’est qu’il est considéré potentiellement
comme la source de tous les problèmes sociaux qui affectent nos communautés. Une parentalité défaillante, de faible qualité (poor parenting), ou
l’absence de ce qu’on appelle des compétences parentales, est tenue pour
responsable de l’élevage d’enfants dysfonctionnels qui, par la suite, deviennent des adultes inadaptés. Suivant cette perspective fataliste, le déficit de
compétence parentale (parenting deficit) est accusé d’être la cause des problèmes de santé mentale des enfants, des difficultés éducatives, des comportements antisociaux et des faibles capacités de faire face (coping) ; les
conséquences destructrices de cette mauvaise parentalité produisant leurs
effets tout au long de la vie d’un individu » (Furedi, 2014, p. 8)12.
Comprendre les changements en cours
Notre ouvrage collectif entend contribuer à repérer les fils et les transformations de ce problème public, à séparer la part du revival de vieux
débats et d’anciennes pratiques et celle de l’inédit dans cette définition
de ce qu’est un bon parent. Nous verrons ainsi que si la définition du
« métier de parent » est une vieille lune poursuivie depuis plus de deux
siècles par nombre de clercs soucieux de dispenser conseils et préconisations à des parents « en détresse », mais aussi par des décideurs publics
dénonçant les risques que feraient courir les parents des « classes dangereuses » à des enfants conçus comme « en danger », précisément, les
termes de cette définition du problème ont aussi changé.
12. Voici également ce qu’il écrivait en 2008 sur la situation au Royaume-Uni, soulignant
l’importance du changement de vision des relations entre l’État et la sphère privée, dans un
pays coutumier d’une forte protection de la privacy : « Mois après mois, des rapports officiels
condamnent le déficit de “parentage” (parenting) […]. L’élevage des enfants est en conséquence de plus en plus politisé et les parents dénoncés dans le débat public comme le problème. Les initiatives gouvernementales sont fondées sur l’idée que les autorités publiques ont
à la fois le droit et le devoir de manager le comportement des parents. Les parenting orders et les
contrats parentaux ont principalement une signification symbolique, mais ils suggèrent aussi
l’idée que l’élevage des enfants n’est plus la seule responsabilité des mères et pères » (Furedi,
2008, p. 14). (Traduction de l’auteur)
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
Si les processus de construction de ce problème public se ressemblent
– comme le fait d’adosser des mesures et une politique sur des arguments
et des « preuves scientifiques », ou encore de masquer derrière une finalité universelle une logique de ciblage et de traitement social différencié,
en somme d’euphémiser la question des enjeux de classe sociale et d’inégalités –, il semble bien que le contexte dans lequel est produite actuellement cette construction a aussi des spécificités, du fait des changements
qui sont intervenus du côté des pratiques familiales et des modes de vie,
d’une part, et des capacités d’intervention de l’État pour accompagner
ces transformations, de l’autre (Martin, 2012a). La focalisation contemporaine sur la question parentale pourrait ainsi prendre de nouveaux
accents du fait de la montée en puissance de la question des droits
propres des enfants, de l’impuissance publique face aux difficultés que
rencontrent les nouvelles générations, enfants, adolescents et jeunes
adultes, qui font écho en retour aux supposées menaces que font peser
les actes d’incivilité.
Cet ouvrage collectif propose donc, en quelque sorte, d’actualiser la
généalogie sociohistorique qu’avaient en leur temps entrepris Isaac
Joseph et Philippe Fritsch dans Disciplines à domicile : l’édification de la
famille (1977), Jacques Donzelot dans La Police des familles (1977), voire
Luc Boltanski lorsqu’il a étudié les règles de la puériculture et de l’enseignement ménager au tournant des xixe et xxe siècles dans Prime éducation
et morale de classe (1969). Nous dessinons également quelques pistes en
matière de comparaison internationale, puisque ces questions sont également traitées, avec d’importantes nuances, dans de nombreux pays
européens et non européens13.
Une des manières de rendre intelligible et de situer ce qui se joue
aujourd’hui dans les dispositifs de soutien à la parentalité, et notamment
la production normative sur le rôle de parent élaborée par les experts et
les décideurs publics contemporains, consiste non seulement à les décrire
finement, mais aussi à relier et comparer ces pratiques, décisions et discours actuels aux écrits et initiatives qui, au fil du temps, nous semblent
en avoir constitué des préfigurations probables. Nous avons déjà souligné
ailleurs que, même en se limitant au cas français, il était possible de repérer en effet des moments historiques au cours desquels cet enjeu normatif
de la fonction parentale a été bien identifié comme problème public
(Martin, 2003 ; 2012a ; 2014). Si les styles et les arguments ont évolué, un
certain nombre d’éléments perdurent manifestement.
13. Voir le programme de recherche ANR POLCHI mentionné précédemment. Nous nous
concentrons dans le présent ouvrage sur la France, en donnant quelques éléments sur des pays
voisins et (en partie) francophones, comme la Belgique et la Suisse.
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
On pourrait prendre de multiples exemples historiques de cet encadrement normatif, de ces « conseils » et injonctions qui visent les protagonistes de la fonction parentale à partir de la fin du xviii e siècle,
délimitant ainsi le périmètre et les attendus du rôle de parent. Pour
autant, à cette époque, pères et mères, paternité et maternité étaient
clairement distingués, sans doute, pour une large part, du fait de la très
forte division des rôles des sexes. Aussi, chacun d’entre eux suscitait des
discours et des pratiques bien contrastés. De même, il était alors le plus
souvent question de famille et non de parentalité, un terme qui, il est vrai,
n’avait pas encore cours.
Du côté des pères, et du fait de l’autorité qui leur a été allouée, l’enjeu
principal portait sur l’opportunité ou la nécessité de s’y substituer en cas
de défaillance ou de danger. Mais l’essentiel des normes et préconisations
a surtout longtemps ciblé les mères, et, parmi elles, celles jugés les plus
faibles, à savoir les jeunes mères, pour les épauler et les aider à faire face
à leur nouvelle condition, souvent dans une perspective de santé publique
et de prévention. Mais cette pression normative variait encore selon que
l’on avait affaire aux jeunes mères de milieu populaire, jugées encore
plus mal préparées par leur classe d’origine pour adopter les bonnes
pratiques ; et a fortiori aux jeunes mères sans conjoint, considérées comme
livrées à elles-mêmes et totalement démunies, risquant de commettre
l’irréparable (l’avortement ou l’abandon) pour certains défenseurs de la
morale familiale, mais aussi du capital humain, et occupant de ce fait une
sorte de dernier rang de ces mauvaises élèves de l’apprentissage maternel.
Ainsi peut-on comprendre les interventions et mesures d’accompagnement visant les mères célibataires, et le rôle joué, en France notamment,
par certains médecins hygiénistes sous la Troisième République, inventeurs de l’obstétrique mais aussi des foyers d’accueil pour « filles-mères »,
dans le but de garantir la survie de ces enfants abandonnés par leurs pères
mais aussi d’éviter les pratiques abortives et les placements d’enfants en
aidant et en accompagnant ces mères14.
Des moments-clés dans une lutte d’idées
Dans l’histoire de cette production normative, la Troisième République
et l’avènement des sciences sociales autonomisant progressivement psychologie, sociologie et science de l’éducation de la seule philosophie
14. Se reporter sur ce point à la recherche comparative que nous avons menée avec Nadine
Lefaucheur dans quatre pays avec le soutien de la CNAF il y a une vingtaine d’années et intitulée « Qui doit nourrir l’enfant quand le père est absent ? » (Lefaucheur, Martin, 1995 ;
Lefaucheur, Martin, 1996).
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
n’ont pas peu joué dans ces changements d’équilibre entre rôles respectifs de la famille et de l’État, mais aussi dans la concentration de l’attention des pouvoirs publics sur le rôle spécifique des parents, dans un
contexte de lutte entre deux versions du familialisme (familialisme
d’Église contre familialisme d’État) (Lenoir, 2003). Les pionniers de
l’école durkheimienne soulignaient ainsi le rétrécissement du périmètre
des fonctions propres de la famille et des parents 15. Parmi les diverses
fonctions assumées par la famille au cours de l’histoire humaine, seuls
l’élevage et l’éducation des enfants auraient en somme résisté au temps
puisque « aucun système d’éducation ou de travail social ne peut remplacer la famille de ce point de vue, tant l’enfant en devenir nécessite la
sollicitude bienveillante et l’affection personnelle que seuls les parents
sont en position de donner » (Boettiger, 1938, p. 617), d’où le caractère
de plus en plus central de cette fonction éducative parentale.
Mais à la même période, c’est incontestablement la psychanalyse qui
va à la fois écrire les lettres de noblesse de cette « mission » parentale,
défendre son incontournable exclusivité, établir ses responsabilités et
fournir la majeure partie des référentiels pour l’action (Castel, 1973).
Comme l’écrivaient déjà Joseph et Fritsch en 1977 :
« Dans la mesure où les relations du “pèrémère” à l’enfant se donnent
comme la préconnaissance originaire de la loi de tout rapport humain, la
famille devient l’espace privilégié, le laboratoire, où se font les apprentissages du rapport au corps et aux besoins, aux demandes de l’enfant […].
La pédagogie d’inspiration psychanalytique accomplit là un véritable travail de Sisyphe en constituant le lexique des situations auxquelles les
parents doivent répondre, tout en affirmant par ailleurs qu’il n’y a pas
d’usage pédagogique de la psychanalyse » (Joseph, Fritsch, 1977, p. 28).
15. Dans un style parfaitement emblématique de l’époque, où sociologie et morale allaient
souvent de pair, Paul Lapie écrivait ainsi dans un ouvrage de 1908, intitulé La Femme dans la
famille : « La famille était jadis un temple, et l’organisation du service religieux y maintenait
l’unité et la hiérarchie. Mais des temples se sont construits en dehors de la famille, et elle a
perdu, avec son caractère de secte autonome, l’un des principes de sa discipline. La famille
était jadis un État, un État centralisé et gouverné par un monarque. Mais le véritable État,
grandissant en dehors d’elle, a fini par s’introduire dans le petit et par destituer son magistrat.
La famille était parfois un atelier, mais la grande industrie est en train d’en disperser les
membres. La famille est encore un “hôtel”, mais elle perdra à son tour ce caractère, comme
elle a déjà perdu celui qui lui donnait, parmi les institutions sociales, sa plus grande originalité,
son caractère pédagogique : la famille n’est plus une école, à peine est-elle une “nursery”. Tous
les besoins auxquels elle peut répondre trouvant satisfaction dans la société extérieure, chacun
de ses membres doit la quitter. Loin d’être pressés les uns contre les autres et placés sous l’autorité d’un chef, ils sont dispersés et soustraits, tout le jour, à cette autorité par les conditions
nouvelles de la vie religieuse, politique et familiale » (Lapie, 1908, cité par Hesse et Gleyze,
1939, p. 96). Rappelons que ce philosophe (1867-1927) a été un des fondateurs, avec Émile
Durkheim, Célestin Bouglé et Dominique Parodi, de la revue L’Année sociologique (1898).
Républicain convaincu, il s’est consacré à réformer le système éducatif français dans le sens
d’une plus grande démocratisation. Pour un rappel des évolutions des fonctions de la famille,
voir Martin, 2004.
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
L’entre-deux-guerres représente une période particulièrement propice à la fabrication de ces visions du rôle de parent et aux luttes pour sa
définition entre « entrepreneurs de la morale familiale ». Nous nous
devons ainsi d’évoquer la création, au tout début des années 1930, de
l’École des parents, dont l’objectif, tel qu’il est formulé à l’origine en
1929, était notamment « d’apprendre aux parents à s’éduquer et à s’instruire mutuellement pour faire de leurs enfants de futures valeurs sociales
et morales16 ». Par rapport à l’exemple précédent concernant les mères
célibataires, il est manifeste qu’il s’agissait moins pour l’École des parents
de protéger la mère et l’enfant vulnérables, dans une logique tutélaire,
que de défendre précisément, dans une perspective de prévention et de
conseil, un périmètre protégé de la famille et des parents contre une
intrusion jugée excessive de l’État et de ses agents, mais non sans faire
appel à une autre supervision : celle des professionnels de la relation (de
psychanalystes, notamment) et des défenseurs de la famille contre l’État.
L’apport central de la psychanalyse pour cette initiative est, selon Jacques
Donzelot, de se présenter comme un outil de conseil permettant de « prévenir », démarche distincte et complémentaire en cela de la pédopsychiatrie qui formule pour l’essentiel un catalogue d’échecs et de déviances.
Ce faisant, l’École des parents se propose d’échapper à l’alternative de la
culpabilisation directe (votre enfant est mal élevé) ou indirecte (votre
enfant est « taré »), pour autoriser le conseil et la prévention. Pour
reprendre les termes de Jacques Donzelot, cette initiative de l’École des
parents était en somme marquée par « la crainte de la collectivisation et
du positivisme médical » (Donzelot, 1977, p. 172), expression d’une lutte
importante à l’époque visant à contrecarrer l’hégémonie de l’école républicaine sur toutes les autres formes de socialisation, en particulier en
matière d’éducation sexuelle17.
D’autres modalités d’intervention publique peuvent être considérées
comme des sources d’inspiration pour comprendre la période actuelle,
comme la Protection maternelle et infantile (PMI), dont on trouve des
équivalents dans de très nombreux pays depuis la Seconde Guerre mondiale 18. Là encore, on peut repérer des évolutions et des luttes d’idées,
en particulier sur le sens de la prévention face aux enjeux d’inégalités.
16. Cité par J. Donzelot, 1977, p. 181. Nous développons ici quelques exemples déjà mentionnés dans Martin, 2014.
17. Pour se figurer l’importance de ce contexte idéologique de la Troisième République
et ses conséquences sur le débat public du moment, mais aussi sur les finalités poursuivies par
ces initiatives, on peut aussi rappeler ce que Gérard Noiriel (2005) a écrit à propos de la « politisation de l’enfance maltraitée sous la IIIe République », caractéristique de la configuration
française dans le concert de la mobilisation internationale sur la protection de l’enfance au
xixe siècle. Le clivage et les controverses opposent alors d’un côté les conservateurs, défenseurs
de la famille et en son sein de l’autorité du père, et de l’autre, les républicains, qui mettent en
cause sa toute-puissance dans une logique de protection.
18. Voir Norvez, 1990.
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
Dans la somme qu’il consacre à l’histoire des politiques de santé publique,
de modes de garde et de préscolarité, Alain Norvez identifie ainsi un
basculement à la fin des années 1950. Est posé lors de ce tournant le
problème du ciblage ou de la concentration des efforts et des soutiens en
direction des plus vulnérables. Ce tournant préventif va susciter de nombreuses réflexions par la suite, en particulier en termes de risques de
« contrôle social » excessif ou d’inefficacité, quand les messages et injonctions préventifs ne recueillent pas l’adhésion des populations concernées
ou même suscitent une résistance de leur part, du fait de leur nature
culpabilisante. D’où d’ailleurs l’idée de « promotion de la santé » et non
plus seulement de prévention, défendue dans le rapport Propositions pour
une politique de prévention remis par les professeurs F. Grémy et S. Pissaro
au ministre de la santé, Jacques Ralite, en 198219.
De ces exemples illustrés par le cas français, mais qui ont leurs variantes
dans d’autres pays européens, nous retirons trois leçons : la première est
que la volonté des pouvoirs publics et de certains cercles de savants,
experts ou praticiens, de contrôler, encadrer et/ou guider les pratiques
parentales est ancienne ; la seconde, que le contexte sociopolitique est
crucial pour apprécier le sens à attribuer à ces pratiques et interventions.
On perçoit ainsi les équilibres qui se cherchent entre préservation de
la vie privée, résistance à la tendance tutélaire de l’État et besoin de
défendre un enjeu collectif et d’intérêt général, ou bien encore les hésitations et arbitrages entre logique de prévention, d’éducation et logique
de protection, voire logique répressive. Il est manifeste que ces oppositions ne sont pas réglées une fois pour toutes et qu’elles donnent lieu à
des rapports de force, toujours à l’œuvre aujourd’hui, qui permettent de
dessiner des trajectoires pour l’action publique en ce domaine.
La troisième leçon concerne le passage d’un encadrement normatif
« genré », distinguant père et mère, à une construction de messages à
l’adresse des parents. Pour Mary Daly (2013b), cette apparente « neutralité » (en termes de genre) du terme de « parent », par rapport au rôle
respectif du père et de la mère, peut correspondre à au moins deux
logiques : soit la volonté de montrer que la fonction parentale est (doit être)
19. « Une politique de prévention ou de promotion de la santé est conçue, non au sens de
l’exercice d’un contrôle social […], mais au sens d’une démocratisation des relations sociales
au service de la satisfaction effective des besoins de tous, à commencer par le besoin global de
bien-être. » Norvez identifie bien alors l’enjeu de l’acceptabilité par les populations des conditions du bien-être et la différence entre besoins des enfants et demandes des parents. Il écrit
ainsi : « De ces quelques réflexions générales sur la prévention on retiendra l’idée qu’on ne
peut appliquer à tous, individus et groupes sociaux, sans aucun discernement, des contraintes
uniformes, des règles trop rigides. Ce qui est accepté par les uns risque d’être mal compris et
rejeté par les autres. Il s’agit donc de définir un niveau minimum de pratique commune, exigible de la part de tous, puis, par l’éducation et l’information, de créer une dynamique de la
demande », Norvez, 1990, p. 250.
20
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
de moins en moins genrée pour tenir compte de la nécessité de défendre
l’égalité des genres sur ce plan (gender neutral ; un père = une mère comme
parent) ; soit le fait de négliger, voire nier cette question de la différence
de genre en matière de parentalité (gender blind). Il semble que cette
deuxième hypothèse soit plus fondée pour comprendre l’étape où nous
sommes aujourd’hui dans ce processus20.
Situer notre plongée dans le présent du « soutien à la parentalité »
L’ouvrage que nous avons réalisé collectivement reprend donc les fils
d’un questionnement entamé il y a de nombreuses décennies, en particulier par des auteurs qui, influencés par le travail de Michel Foucault21,
ont pris très tôt la mesure du formidable chantier d’observation que
représente cette interaction entre l’État, les pouvoirs publics, les professionnels du social et du sanitaire et des « entrepreneurs de la morale
familiale », d’une part, et la sphère familiale et ses acteurs, de l’autre. Il
ne s’agit pas de dire, pour autant, que les auteurs qui contribuent à ce
livre se situent tous dans une perspective foucaldienne, ou ne font que
prolonger une orientation théorique homogène. Ce n’est pas le cas.
En revanche, comme organisateur de ce travail collectif, je défends que
ces travaux réalisés au tournant des années 1970 et 1980, en particulier
ceux menés par Jacques Donzelot (1977), Isaac Joseph et Philippe Fritsch
(1977) ou Robert Castel (1981), ont posé l’essentiel des questions que
soulèvent ces interactions et les bases d’une analyse du temps présent sur
cette question de la fonction parentale et de l’évolution des énoncés
normatifs la concernant22. C’est pourquoi il m’a semblé utile d’aborder
notre réflexion présente armé des outils et concepts de ces travaux antérieurs qui ont saisi l’amorce de la « société des individus » (Elias, 1991).
La relecture de ces travaux permet de comprendre un processus de longue durée, de saisir des régularités, de repérer des redites, mais aussi des
reconfigurations. Selon nous, on ne peut faire l’économie des pistes proposées par l’ensemble de ces auteurs, même si désormais la question
20. Voir aussi le point de vue de Sylviane Giampino sur ce sujet (Giampino, 2006b).
21. On pourrait ajouter le travail de Norbert Elias comme source d’inspiration de cette
généalogie des interactions entre individus et société (Elias, 1991).
22. Nous rejoignons sur ce point tout à fait la position défendue par Muriel Darmon sur
« les entreprises de la morale familiale » (Darmon, 1999). Pour un développement de cette
perspective voir aussi Castel et Martin (2012). Cette « école » dite du contrôle social n’est
cependant pas la seule à avoir documenté ce chantier de recherche. Rémi Lenoir, inspiré par
le travail de Pierre Bourdieu et notamment par sa théorie des champs, a consacré une grande
partie de ses recherches à décrypter la lutte pour la définition de cette structure sociale et
cognitive qu’est la famille (voir Lenoir, 2003 ; Bourdieu, 1993).
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
parentale et le « parentalisme » émergent là où dominait une interrogation sur la famille et le familialisme.
Rappelons les principales orientations de ces travaux pour apprécier
leur pertinence dans le but d’étudier aujourd’hui la question de la norme
du bon parent. Pour rendre compte de sa perspective dans La Police des
familles, Donzelot insiste sur sa volonté de décrypter le passage, avec la
modernité, d’un modèle de la coercition qui s’exerçait sur les familles
à un mécanisme bien plus subtil, consistant à surinvestir le rôle de la
famille « en faisant d’elle la condition de l’épanouissement de chacun »
(Donzelot, 1977/2005, p. 5), et donc aussi, à bien des égards, la coupable
en cas d’échec du processus de socialisation :
« Pour décrire le mouvement de réforme constitutif de la famille
moderne, nous l’avons pensé comme le passage du “gouvernement des
familles au gouvernement par la famille”. Gouvernement des familles :
c’est la famille de l’Ancien Régime, sujet politique, capable d’instrumenter ses membres, de décider de leur destin, de faire d’eux un moyen de sa
politique, comptable du comportement de ceux-ci devant le pouvoir royal,
mais susceptible en retour de prendre appui sur lui pour imposer son
ordre à ses membres récalcitrants. Gouvernement par la famille : cette fois,
la famille n’est plus le sujet politique de son histoire. Elle devient plutôt
l’objet d’une politique. Elle n’est plus un but pour ses membres à travers
des stratégies d’alliance, la gestion des filiations, mais un moyen pour
chacun de ceux-ci dans la perspective de leur épanouissement propre,
chacun pouvant faire valoir le déficit de son épanouissement et l’imputer
à la famille sous condition qu’il prenne appui sur un juge, un travailleur
social ou un thérapeute qui les aidera à identifier la source de leur malaise
dans les travers de leur famille passée ou présente et à s’en libérer d’une
manière ou d’une autre » (Donzelot, 1977/2005, p. 6).
N’assistons-nous pas à un phénomène absolument analogue en ce qui
concerne la fonction parentale ? Nous pouvons tout autant faire le lien
entre la question parentale contemporaine et le questionnement développé par Isaac Joseph et Philippe Fritsch (1977), lorsqu’ils expliquent leur
projet dans Disciplines à domicile, à savoir « faire la généalogie de la normalisation des rapports intrafamiliaux et plus particulièrement des rapports
éducatifs depuis la fin du xviiie siècle. Nous faisions l’hypothèse que cette
normalisation était moins le fait d’une subordination globale de la famille
à la logique d’un appareil d’État et à sa fonction de reproduction des rapports sociaux, qu’à l’importation dans son champ et dans ses pratiques de
tactiques disciplinaires disparates, elles-mêmes d’origine scolaire, pénitentiaire, hospitalière ou relevant du domaine de l’assistance sociale » (p. 19),
tout en insistant sur le rôle du fait divers, « permettant de spectaculariser
des déviances et de camper ainsi des figures-repoussoirs autour desquelles
se constituaient les normes de l’habiter, de l’éduquer » (p. 22). Pour ces
deux auteurs, « si on est passé, au xixe siècle, d’une société de la loi à une
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
société de la norme, comme dit M. Foucault, c’est par la succession de ces
figures dramatisées, dont la logique est mise à nu par un corps de spécialistes dans l’ordre du savoir » (p. 22).
Bien sûr, au-delà des rapprochements avec ces lectures passées, il est
aussi question de saisir grâce à elles les changements perceptibles, les
reconfigurations. Ainsi, par exemple, on peut se demander en quoi le soutien aux parents d’aujourd’hui peut permettre d’actualiser le diagnostic
de Robert Castel (1981) dans La Gestion des risques. À la fin des années 1970,
Castel constatait en effet, qu’en ayant recours à ces techniques psychologiques d’intensification du potentiel humain, caractéristiques de la psychologie humaniste des années 1970 et 1980, il ne s’agissait « plus de guérir
une maladie, de réparer un dysfonctionnement ou de remédier à une
déficience, mais de travailler sur le capital personnel et relationnel de chacun pour l’intensifier et le rendre plus performant » (Castel, 2011, p. 11).
Castel repérait ainsi « une recomposition des politiques sociales et des interventions de l’État social (“État social actif”) dans le sens de l’activation de
l’individu » (Castel, 2011, p. 12). Aujourd’hui, il semble que l’on soit passé
à une étape supplémentaire dans laquelle le problème n’est plus seulement
la production de l’adulte travailleur par son optimisation psychologique,
mais plutôt celui de focaliser l’attention sur le rôle que jouent précisément
les adultes devenus parents dans leur fonction de socialisation, dans un
contexte d’affaissement complet des leviers de la promotion sociale.
En ce sens, on pourrait avancer que le soutien à la parentalité complète le développement personnel, voire même en partie s’y substitue,
tant la demande s’est déplacée de l’hédonisme et l’individualisme
ambiants des années post-soixante-huitardes aux incertitudes du temps
présent, en particulier quant à l’avenir des nouvelles générations (Castel,
2009). D’un adulto-centrisme à un pédo-centrisme, en quelque sorte.
Mais une fois encore, comment ne pas faire de lien avec le présent et
l’idée d’une faillite des capacités ou la condamnation de l’échec des
parents ? Comme l’a bien écrit Sylviane Giampino : « Quand on œuvre à
ce point, à soutenir la fonction parentale, il faut se demander pourquoi
soutenir quelque chose si on ne le soupçonne pas d’être en train de
faillir ! » (Giampino, 2006a, p. 33).
Il est donc de multiples signes de ces reprises et reconfigurations,
parmi lesquelles on pourrait encore mentionner le retour de la question
de « l’investissement social » et du « capital humain », aujourd’hui
(Heckman, 2000 ; Morel et al., 2012). Cette idée d’investissement social
dresse ainsi un véritable pont conceptuel entre les époques, d’où mon
choix de mettre la citation de Gilles Deleuze, publiée en 1977, en exergue
à ce chapitre. Par le revival de cette perspective, il faut entendre la concession faite aujourd’hui à l’idée que l’investissement dans l’enfant – c’està-dire en clair les dépenses que l’on est collectivement prêt à lui
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
consacrer –, ce sont bien des dépenses que l’on évitera demain ; dépenses
qui ont de fortes chances d’être à fonds perdu. Comme cherche à le
démontrer James Heckman, prix Nobel d’économie, un dollar dépensé
aujourd’hui chez un jeune enfant pourrait permettre de garantir un taux
de rendement annuel de 7 à 10 % (Heckman, 2000) : curieuse solidarité
de banquier ou d’économètre.
Pour mener à bien et prolonger ce vaste chantier de réflexion sur la
fonction, les conduites et les normes parentales et leur définition comme
enjeu d’action publique, nous avons choisi d’aborder successivement
trois volets. Dans une première partie, trois chapitres sont consacrés aux
normes parentales et à la manière à la fois dont elles ont évolué au fil du
temps (par exemple dans les messages des campagnes de santé publique,
Marie-Clémence Le Pape), mais aussi dont elles ont été produites à l’appui de batteries d’indicateurs du bien-être de l’enfant à l’échelle internationale (Pascal Éric Gaberel). Dans leur contribution, Florence Brunet,
Pauline Kertudo et Elsa Ramos nous montrent même comment, presque
paradoxalement, ce sont peut-être aujourd’hui les parents adoptifs qui
se pensent comme des « plus-que-parents », du fait du chemin qu’ils suivent et des épreuves qu’ils franchissent dans cette démarche volontariste
pour devenir un « bon parent ». Grâce à ce type d’approche, on aborde
une composante insuffisamment développée dans les travaux des
années 1970 évoqués précédemment, à savoir l’intériorisation des normes
par les agents, ici les parents.
La deuxième partie est entièrement consacrée à la définition de la
politique de soutien à la parentalité. On y comprend ce que cette politique doit à la question de la régulation des séparations et des divorces et
à l’enjeu du maintien des relations entre les deux parents séparés et leurs
enfants (Benoît Bastard), mais on entre aussi en profondeur dans son
processus de production, en mettant en lumière les joutes d’idées et de
perspectives au sein d’un système d’acteurs complexe et institué, le
Comité national de soutien à la parentalité (Jessica Pothet). Pour sa part,
Gérard Neyrand consacre son chapitre à nous montrer les ambivalences
et contradictions inscrites dans le processus de construction de cette politique, dessinant des défis pour la suite. Enfin, Michel Vandenbroeck,
Griet Roets et Naomi Geens nous présentent l’orientation et les travers
introduits en Flandre par le recours à des programmes fondés sur des
preuves (evidence based programs).
La troisième partie aborde enfin la manière dont la production normative concernant le rôle de parent est mise en acte dans des interventions précises en interaction avec des professionnels. Arnaud Campéon,
Delphine Keppens et Céline Rothé l’abordent sous l’angle des interventions menées dans trois réseaux d’écoute, d’accueil et d’accompagnement de parents ; Martine Sas-Barondeau en décrivant le montage de
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« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public
cette politique par les CAF et la CNAF, dans un formidable va-et-vient de
circulaires et de règlements ; Frédérique Giuliani en examinant un dispositif de soutien à la parentalité de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et
Sandrine Garcia en décryptant la division du travail entre les parents et
les professionnels dans des crèches parentales.
Cet ensemble de contributions produit un prisme qui permet au lecteur
de saisir concrètement en quoi la fonction parentale s’inscrit, comme le
soutenaient déjà Joseph et Fritsch à propos de la famille, dans « la généalogie d’un couple fragile : espaces institutionnels, espaces domestiques.
L’objet famille [ici, pour nous, la parentalité] n’est rien d’autre que ce
rapport toujours retravaillé ; ni matrice ni surface d’enregistrement, la
famille se dissout et se recompose suivant une logique et des rythmes qui
ne lui appartiennent pas en propre » (Joseph, Fritsch, 1977, p. 28).
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Table des matières
Liste des auteurs...................................................................................................................................
« Mais que font les parents ? » Construction d’un problème public, Claude
3
Martin ......................................................................................................................................................
La fonction parentale : un problème public ....................................................................
Comprendre les changements en cours ............................................................................
Des moments-clés dans une lutte d’idées ..........................................................................
Situer notre plongée dans le présent du « soutien à la parentalité » ................
9
13
15
17
21
PREMIÈRE PARTIE
Figures du bon et du mauvais parent
Qu’est-ce qu’un « bon » parent ? Analyse des images véhiculées par les
affiches et brochures des campagnes de santé publique, Marie-Clémence
Le Pape .....................................................................................................................................................
Une évolution de la représentation de la vie familiale..............................................
Des rôles parentaux qui restent très stéréotypés...........................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
Instaurer des normes de bonne parentalité. Les indicateurs statistiques des
risques et du bien-être de l’enfant aux États-Unis, Pascal Éric Gaberel ........
L’approche par les controverses .............................................................................................
Une initiative privée : Kids Count .............................................................................................
Déplacement de l’objet de la controverse ........................................................................
Un antiprogramme fédéral ........................................................................................................
L’enquête nationale sur les familles américaines .........................................................
Le déploiement des controverses...........................................................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
31
34
43
48
53
54
55
57
61
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64
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La parentalité adoptive : une parentalité « supérieure » ?, Florence Brunet,
Pauline Kertudo, Elsa Ramos .........................................................................................................
Une parentalité réflexive.............................................................................................................
Une « rencontre » .............................................................................................................................
L’enfant, un individu à part entière .....................................................................................
Une parentalité « égalitaire » et un projet réellement partagé au sein du
couple............................................................................................................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
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« Être un bon parent » : une injonction contemporaine
DEUXIÈME PARTIE
Le soutien à la parentalité : composer une politique
Ruptures familiales et soutien à la parentalité, Benoît Bastard ..............................
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L’intervention sociale en matière de divorce pourvoyeuse de normes pour
la parentalité .............................................................................................................................
Quand les normes des parents séparés deviennent celles de tous les parents
Conclusion ...........................................................................................................................................
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Le Comité national de soutien à la parentalité : ethnographie de l’élaboration d’une politique publique, Jessica Pothet .............................................................
La parentalité au prisme de la « réussite éducative » ..................................................
La parentalité au prisme de la « prévention de la délinquance » ........................
La parentalité au prisme de l’« intérêt supérieur de l’enfant » ............................
Conclusion ...........................................................................................................................................
Visée sécuritaire et managériale, ou soutien et accompagnement des parents :
les paradoxes d’une gestion néolibérale de la famille, Gérard Neyrand .....
Un dispositif à fort impact symbolique : les REAAP ....................................................
L’illusion émancipatrice ..............................................................................................................
Une gouvernementalité des citoyens consommateurs..............................................
Individualisation et insécurisation, le poids de la nouvelle modernité ..........
La sur-responsabilisation parentale ......................................................................................
La science au secours de la gestion politique .................................................................
Le parentalisme : les risques d’une gouvernance par la parentalité .................
Les impensés de la co-socialisation face au parentalisme ........................................
Conclusion : les paradoxes du néolibéralisme face à la gestion de la parentalité................................................................................................................................................
Les politiques parentales à la flamande (Gezinsondersteuning), Michel
Vandenbroeck, Griet Roets, Naomi Geens ...............................................................................
Un arrêté et trois décrets .............................................................................................................
Modularisation et evidence-based practice ..............................................................................
Les sciences de la méritocratie.................................................................................................
Des îlots sociaux dans une ère individualisante ?..........................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
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TROISIÈME PARTIE
Productions normatives en action
Une mise en œuvre du soutien à la parentalité dans des réseaux d’écoute,
d’appui et d’accompagnement des parents en France, Arnaud Campéon,
Delphine Keppens, Céline Rothé......................................................................................................
Analyse de la structuration institutionnelle de trois REAAP : variations et
fragilités .......................................................................................................................................
Universalisme versus ciblage : quel sens donner aux REAAP ? ..............................
Évaluation et preuve d’efficacité : la réception des programmes evidencebased ................................................................................................................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
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Table des matières
Les malentendus de la parentalité, Martine Sas-Barondeau .......................................
Genèse et principes de la coparentalité .............................................................................
Au cœur de l’accompagnement, les centres sociaux..................................................
Effets et malentendus de l’accompagnement de la fonction parentale .........
Mères « à l’essai » : analyse des processus de catégorisation dans un dispositif
de soutien à la parentalité de l’ASE, Frédérique Giuliani ........................................
La construction normative de la relation mère-enfant .............................................
Le stigmate de la « mère défaillante » et le stéréotype de la « mère normalement dévouée »....................................................................................................................
Une exigence d’identification personnelle .....................................................................
Le poids de la participation .......................................................................................................
Conclusion ...........................................................................................................................................
Construction de l’autonomie professionnelle et assignation des parents à
une position de profanes dans les crèches parentales, Sandrine Garcia ....
Le rôle des savoirs dans l’affirmation de la professionnalité des éducatrices
de jeunes enfants....................................................................................................................
Instaurer une division morale du travail grâce au mandat de prévention ....
Les parents tels qu’ils sont vus par les professionnelles : des non-professionnels
Une alliance entre les professionnels de l’enfance et les pouvoirs publics
dans la négociation d’un rôle de normalisation des parents ......................
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COLLECTION
LIEN SOCIAL ET POLITIQUES
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Les enjeux du don de sang dans le monde
Entre altruisme et solidarités, universalisme et gestion des risques
Johanne Charbonneau, Nathalie Tran (dir.)
Que reste-t-il des classes sociales ?
Jean-Noël Chopart et Claude Martin (dir.)
Concilier vie familiale et vie professionnelle en Europe
Blanche Le Bihan-Youinou et Claude Martin (dir.)
L’intergénérationnel. Regards pluridisciplinaires
Anne Quéniart, Roch Hurtubise (dir.)

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« Être un bon parent »
Sous la direction de
Une injonction contemporaine
Claude Martin
Claude Martin, sociologue, est directeur de recherche au CNRS,
titulaire de la chaire Lien social et santé – social care CNSA de
l’EHESP et directeur du centre de recherche sur l’action politique en
Europe (CRAPE – UMR 6051, universités de Rennes, Sciences Po
Rennes et EHESP).
Avec les contributions de : B. Bastard, F. Brunet, A. Campéon,
P.-É. Gaberel, S. Garcia, N. Geens, F. Giuliani, D. Keppens, P. Kertudo,
M.-C. Le Pape, C. Martin, G. Neyrand, J. Pothet, E. Ramos, G. Roets,
C. Rothé, M. Sas-Barondeau, M.Vandenbroeck.
ISBN : 978-2-8109-0260-6
« Être un bon
LIEN SOCIAL ET POLITIQUES
u cours des dernières décennies, la condition parentale a
considérablement évolué du fait des changements sociodémographiques, mais aussi des mutations des conditions
de travail. Si les conseils et prescriptions à l’adresse des
parents représentent un véritable marché, relayé par les
médias, ils correspondent également à une forte demande du
politique qui, en écho aux inquiétudes et incertitudes des
parents sur leur mission éducative, se soucie de garantir au
mieux la réussite de cette mission, ou plutôt d’éviter son
échec et les risques supposés pour la collectivité tout entière.
Cet ouvrage, qui réunit les contributions des meilleurs spécialistes de ces questions, part du regain d’intérêt accordé
dans le débat public au rôle joué par les parents. L’apparition
de la thématique de la parentalité et des mesures de « soutien
à la parentalité » au cours des vingt-cinq dernières années est
en effet remarquable. Assiste-t-on à une redéfinition de ce
qu’est un « bon parent » ? Ce problème public est-il analogue
à ceux identifiés à d’autres périodes de l’histoire ? Comment
cette question normative est-elle mise en acte dans les interventions publiques en interaction avec les professionnels ?
Si cette normativité concernant la fonction parentale est une
question enfouie dans l’histoire de nos sociétés contemporaines, cet ouvrage fait l’hypothèse que les mesures d’aujourd’hui à destination des parents représentent une nouvelle
étape dans les relations entre l’État et la sphère familiale.
À travers une vision européenne (France, Suisse, Belgique),
il scrute les recompositions des normes parentales véhiculées
par ces nouveaux dispositifs des politiques mises en œuvre.
« Être un bon parent » Une injonction contemporaine • Claude Martin (dir.)
A
parent »
Une injonction
contemporaine
Sous la direction de
Claude Martin
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www.presses.ehesp.fr
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