Memoire - Champ Savant

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Memoire - Champ Savant
Passer par la Bande
(la vraie)
Pour prolonger notre initiation à une spiritualité martiale… l’on voudrait bien que
notre vie n'ait qu'un visage comme nous souhaiterions n’avoir nous—mêmes qu'un
visage : un souhait de soi. Le terme « même » d'ailleurs résonne comme l'allocution
« m'aime »… Pourtant précisément par ce placage de l'identité, d'autant absolu que
nous le sommes nous, notre vie passe au mieux par la bande, pour le meilleur
sûrement.
PRESENTATION
Quelle est la force de l’abstrait dans notre intelligence des choses, des choses qui nous entourent ? L’on
pourrait par exemple faire remarquer que l’abstrait procure la liberté face aux contingences, tel des cieux ou nuées.
L’excès de matière, l’excès de présences distinctes, peut opprimer l’humain qui est un être ascendant, érigé, et
d’autant en partie aussi aérien.
Le principe d’abstraction par ailleurs est lié à l’essence des choses, à l’élément subtil selon lequel elles se
composent voire même s’intègrent. Ainsi dans les sociétés anciennes, l’air, comme matière du ciel, est l’élément
déterminant des êtres vivants et des humains, dont les matières plus denses ne sont que conséquences et retenues.
Ainsi l’intelligence serait l’aptitude à identifier et abstraire les contingences, à retenir le ou les principes
essentiels des situations, la possibilité de trouver le centre structurel des considérations, leur axe médian, alors les
symétries, et alors les configurations singulières.
Dans l’art du combat, l’intelligence et son aptitude à abstraire sont équivalentes au recours à l’arme,
l’arme décisive, l’arme tranchante, tranchant la situation elle-même. En cela les arts martiaux sont l’approche de
la maîtrise de l’arme, mais dans l’instant toujours singulier et jamais préconçu du combat. Le combat répond peutêtre au combat, au combat avant, au combat ailleurs.
Mais l’intelligence et son aptitude à abstraire ce sont aussi un champ technique clair pour la maîtrise
martiale, mais certes oui à la condition là aussi de « se dépouiller » et chaque fois connaître et connaître encore
l’instant singulier, le fil d’émergence, et le recours constant au dépourvu.
La maîtrise de la pratique martiale consiste alors précisément à explorer ce dépourvu, cet être au dépourvu,
en retour de notre incidence propre, ce dépourvu que l’on traverse et qui parfois nous traverse, tout comme un «
dépourvu de soi (ou du sien) », ultime recours en son lieu, tout au long duquel le reflux (ou regain) de force
permettra l’ascendant.
L’intelligence-maître des arts martiaux, c’est le recours aux principes de vie, et l’articulation des aptitudes
selon une maîtrise chaque fois et sans cesse dépossédée, comme de profondes inspirations nécessitent d’expirer
longuement et puissamment, d’abandonner le souffle même.
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Première Partie – ERIGER UNE LAME MARTIALE
1 – MORPHOLOGIE MARTIALE
la force du Qi Gong
Le travail de compréhension qui a été réalisé dans la première moitié du XXème siècle au cœur de la
modernité chinoise dans les boxes dites internes, s’est avéré, dans les lois physiologiques de la modernité proche,
l’équivalent des lois d’ingénierie ou d’industrie dans le monde des objets. Ce sont des lois effectives, des lois
motrices en ce qui concerne la maîtrise et le soin délibéré du corps.
Nous avons donc, si nous nommons Qi Gong (ch’i kung) cette modernité du corps et son énergie dans
l’histoire chinoise de la deuxième moitié du XXème siècle (et non quelques filons occultes), par exemple ces trois
éléments :
1/ la structure du corps - trois longueurs et sphères d’amplitude : épaules-bassin, coudes-genoux, mains-pieds
2/ les principes d’énergétique - révolution interne des proportions de puissance dans le corps, structurées en
triangles, à base de l’attention à la globalité
3/ les éléments d’aptitude - choix des mouvements, du geste, de la direction (être à même).
grue blanche
La grue blanche (Bai He en chinois) est en Chine le symbole vivant, le symbole de nature, de la grâce et
de l’élégance. Au-delà de tout mot, de toute philosophie, il faudrait regarder le vol d’une grue et le vol formé de
grues ensemble. Tous les principes savants (circulaires) de l’énergétique extrême-orientale sont présents dans un
vol de grues groupées. La mimétique de la grue blanche, et sa boxe en Chine, sont à l’origine d’autres boxes en
Chine et de boxes japonaises dites Kara-Te (certains analystes autorisés font remarquer que cette racine chinoise
majeure n'a pas de vraie continuité dans les versions japonaises). Une simple pratique peut être un modeste « Qi
Gong martial » (Qi Gong de présence), qui chasse sur sa propre séduction, pour retrouver une figuration de nature.
une boxe interne
Le Yi Quan est une boxe contemporaine chinoise (prononcée « yi tchouan ») qui a traversé le XXème
siècle en Chine, et qui a connu une variante japonaise (le Taï Ki Ken) après la seconde guerre mondiale, et la
fermeture dans ses frontières du monde communiste chinois, en lequel pourtant les filiations ont pu trouver cours
(Yi Quan, Yang Sheng Fa, Da Cheng Quan). Cette boxe est comme une montagne à deux versants correspondants,
ou une feuille de papier qui est une et pourtant présente deux côtés :
§ la puissance latente : d’une part, portée par l’expérience bouddhique chinoise très proche de nombreux arts
martiaux, ce sont les principes d’inertie, donc de versant énergétique (compris-inclus), qui sont le facteur de
puissance. L’immobilité ou la lenteur intègrent les puissances d’énergies possibles, et structurent (régulent) une
santé (une sauvegarde). La pratique de l’immobilité est un des grands éléments de la méditation bouddhique.
§ la puissance agie : d’autre part, le Yi Quan utilise des principes moteurs, qui consistent en de profondes
mimétiques naturelles ou mécaniques, mais basées sur les contradictions motrices, comme tirer et pousser, tendre
et relâcher, presser et ouvrir, avancer et reculer… L’obtention d’une certaine simultanéité, instantanéité, de ces
forces contradictoires, provoque une énergie explosive ou spirale. C’est le principe des boxes internes, des boxes
d’énergie interne.
2– CROIX SINO-JAPONAISE (1)
Zazen, l’oeil
La posture assise de zazen du Zen (discipline spirituelle et non martiale), posture dite du lotus, mais peutêtre aussi du papillon dans ses antécédences taoïstes (bras et jambes proprement joints à leurs extrémités et ouverts
en leur largeur), est la forme interne de l'attention aux aguets de l'esprit, contour des angles propres : le corps est
déployé selon ses articulations clés d'une façon qui voit l'ensemble rester concentré, groupé.
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L'élancement, l'envol, par érection et relâchement de la colonne vertébrale sur le bassin, hissant vers le
haut et de face, marque la présence pleine comme lieu même de la limite possible du corps.
L'œil, regard, attention, posant devant soi en l'espace chu, c'est l'œil, objet, qui nous regarde, en cette vue
que nous aborderions, c'est la vérité de tout autre sur soi, une propre mesure. L'œil regarde un regard possible plus
que toute vision propre.
Aux origines chinoises des Kara-Te de Okinawa et du Japon : La Grue Blanche
Se désigne comme Gong Fa une façon de travailler, propre, selon laquelle nous consacrons le
dénominateur commun à l'expérience et l'apprentissage d'une boxe (Quan Fa), celle qui regroupe les
enseignements auxquels nous avons accès. Un Bai He Gong Fa, en l'occurrence, est la pratique que nous
découvrons lorsque, après un travail propre, l'on chasse ses prédilections, tel la grâce effacée sur le rauque et ingrat,
et atteint l'âme animale correspondante, l'âme, souffle, de la grue blanche (Bai He). La grue blanche, un des
animaux de référence des premières techniques énergétiques chinoises, est synonyme d'harmonie et se déploie
autour de la mystique du chiffre six (Liu, dont l'idéogramme primitif chinois dessine un homme en mouvement de
combat).
Boxe prépondérante lors de l'empire et de la dictature mandchoue sur la Chine (XVIIème - XXème siècle),
tant au Tibet (clergé officiel pour toute la Chine), que dans les provinces chinoises du sud (sous la férule des
autorités), elle serait transmise par les commerçants chinois aux autochtones de Okinawa, qui la transmettent aux
occupants japonais de leurs îles, sous forme de Kara-Te, « main du continent » (donc main chinoise) en
transcription lettrée sino-japonaise, « main vide » en japonais vernaculaire.
Il convient de savoir que le Japon, d'une culture traditionnelle très farouchement guerrière et brutale, puis
militaire et étatique selon des modèles occidentaux depuis la fin du XIXème siècle, a formalisé ses arts martiaux
de façon très scolaire, rude, et formelle, pour les divulguer en masse dans la nation japonaise : les principes
énergétiques tels qu'ils avaient pu survivre depuis les origines chinoises ont donc été sabordés, et la morphologie
de mouvement est donc très séparée, car destinée à la militarisation de la société puis la guerre.
La boxe de la Grue Blanche articule deux caractères extrêmes, un jeu spécifique, entre la rectitude et
l'élasticité, selon la morphologie de chacun – forme du corps et de l'esprit. L'aptitude propre chasse sur les acquis
de maîtrise. « Chasser sur soi » comme un réflexe sauvage d'animal, en lenteur ou en urgence, est en soi un pont
du taoïsme (ou au Japon shintoïsme) vers le bouddhisme Chan (Zen).
Les principes archaïques du Tai Ki Ken (Yi Quan japonais)
Le Zen (Chan chinois en langue japonaise) n'est pas un stade achevé dans la seule posture, circonscrite,
assise. De même qu'en Occident, l'idée d'Esprit supplante et se superpose à celle de l'âme, à l'issue du premier
Moyen-âge, alors qu'elle n'en est qu'un scintillement interne, dans toutes les théologies (et dans le bouddhisme
docte), le formalisme (notamment Zen) qui s'est imposé au long des siècles omet, au nom de l'essence, l'essentiel
du terreau de son propre terrain. Le travail de « l'âme du naturel », le rugissement du naturel dans le surnaturel, à
travers la quête retenue voire immobile des souffles internes de l'inanimé, de l'immobile, du retiré, des profondeurs
éloignées de l'espace sauvage, est repris au XXème siècle dans les éléments du Tai Ki Ken japonais.
Yi Quan chinois : l’étendue d’une pratique
Le Yi Quan chinois, dont le Tai Ki Ken est une branche, déploie la vie au sein des âmes spirituelles et
naturelles (des éléments et des êtres naturels), comme base de régénération, à travers l'ascétisme de la Posture de
l'Arbre (Zen debout), des inerties lourdes des branches en inertie (mouvements lents), des déplacements comme
mortuaires ou animaux en décrochage (pas), et des susceptibilités (renvoyées) du temps, la nature au lieu d'ellemême.
3 – D'ANGLE JAPONAIS
Le Tai Ki Ken, version Budo du Yi Quan chinois, par l'intermédiaire de Kenichi Sawaï, disciple japonais
du fondateur chinois, a procédé à l'intégration de cette discipline au Japon durant de longues années de
confrontations franches et de pratique centrée, distincte, solitaire, dans la nature, comme un choix résolu. On y
retrouve de manière centrale le travail des postures de l'arbre, que le Tai Ki Ken nomme Ritsu Zen, donc stature
debout du Zen. Mais une autre technique, obligatoirement résultante de ce travail de l'énergie lourde et souple,
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immobile, nous intéresse ici. Il s'agit de Hai (« haï »), ou technique consistant à glisser sur des pas lents et fléchis,
le corps en amorti et les bras hauts, tels des antennes d'insecte, littéralement « ramper », ramper debout.
En fait, il s'agit tout naturellement d'un prolongement du travail des postures de l'arbre, de front (santé) et
de biais (garde), puisqu'à la mesure de l'inertie obtenue dans le travail interne statique, les bras hauts, et l'ajustement
des pas, notamment dans le travail dans les bois et sous-bois, procèdent de la résistance des branches, dans leurs
mouvements externes et pourtant internes à l'arbre, flottements internes, un tant soit peu plus externes que la stature
centrale et globale, tenue, de l'arbre lui-même.
4 – UNE VOIE DU SABRE
L’anéantissement de soi, c’est l’axe du sabre, effilé précisément sur le fil de notre vie, le fil de notre
souffle, le fil de notre structure. C’est de sa propre découpe qu’il répond de nous.
L’attention objective, c’est ce que l’acte de mort du sabre, au renvoi de notre inconscient obscur, supporte.
Les faits, condition d’effet et d’artifices d’effet, sont renvoyés aux faits, contenus et distingués, contre tout
débordement, résurgence de sentiment, ou relâchement de sens.
L’attention à l’autre, c’est d’abord l’objet, le sabre, présence propre, comme prolongement du corps.
L’objet cher, l’objet chair. C’est ainsi dans l’appréciation, au sens le plus lumineux et distingué, de l’humanité que
l’on livre à l’humain, que l’adversaire est un même, un miroir de soi, en lequel nous distinguons l’image de
l’Homme.
Cette appréhension, de soi et de l’autre, retournée comme dans un jeu de miroirs, en une appréciation de
l’intime et de la minutie avec laquelle nous nous distinguons, est l’anéantissement de la distance, de la séparation,
de l’un avec l’autre, et dans cette maîtrise du caractère même, est le lieu d’arrêt, non-violent ou violent, le double
de soi, la lame, étant le double de l’autre, sa lame.
La subordination au supérieur est la condition de toute verticalité, étant donné qu’elle instaure, en deçà
de soi, un seuil supérieur au-delà de soi, lui.
Cet axe de rectitude, et de soutien interne de la personne propre, se consacre de soi et pour soi, la
subordination authentique est la condition d’un véritable relâchement, d’une véritable souplesse, alors que maître
d’une durée acquise et d’un recul propre, enduré et hissé, elle érige un ascendant dans le respect, et la sanction, de
ses versants, de ses avals.
Ainsi, renversement de l’image de soi en soi, elle est le jeu du jeu, tel qu’il est, et en lieu propre, le « je »
sien.
Deuxième Partie – L’EVENTAIL DES POSSIBLES REFLETS
Dans les disciplines (par exemple martiales) structurées sur une relation de maître à élève (ou disciple),
il y a une identification de l’élève au maître comme figure et horizon de progression (l’intelligence à ce propos de
l’élève ne dépasse pas son niveau à chaque moment), mais aussi peut-être une identification du maître à l’élève,
dans la mesure où il va reconnaître quelque chose de propre dans « l’argile » de l’apprenti, et du souffle qu’il va
lui communiquer, permettant la modélisation (et l’expérience alors consciente de la modélisation) dans la pratique
de l’élève : le maître projette dans l’Autre qu’est l’élève un « être propre » qui est de son ressort.
Il y a donc identification dans un sens et dans l’autre entre élève et maître. Pour ma part, au regard de
la question de l’identité propre, ma vie d’adulte a d’emblée été structurée sur l’expérience de la schizophrénie.
La schizophrénie manifeste précisément une cassure de l’identité intime, une dualité irréductible et irréconciliable
du « soi ».
En réalité dans l’expérience murie de la schizophrénie, cette dualité qui fracture l’intime se récupère,
éventuellement avec une certaine maîtrise, comme une multitude intime, une multitude d’angles de facettes, qui
peut-être reproduisent sans cesse le même report, le même angle, le même angle de cassure, qui alors dessine une
sorte de kaléidoscope comme objet du « moi », un objet qui éventuellement figure une suffisante matière à l’identité
pour solder l’enjeu des rapports sociaux et de la signification sociale.
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En ce sens, le prisme ici exposé de nos interlocuteurs dans notre pratique solitaire, figure une sorte de
kaléidoscope, qui est peut-être un « soi » qui vaut raison sociale.
1 – ESPRIT
Claude Philippe Ryu Taï
Claude Philippe Ryu Taï, missionnaire bouddhiste Zen (Soto), a accepté de considérer notre requête à son
égard alors que nous étions en situation de défaveur prononcée, ayant cédé notre filiation en cours d’art martial de
façon brutale, pour des raisons indépendantes de notre volonté, raisons ayant supposé une virulente déception. Ryu
Taï nous a proposé l’étude de son cours en ligne, lui qui l’a conçu alors à presque 80 ans pour asseoir durablement
la pratique du Zen dans le devenir de personnes étant dans des situations singulières, mais pourtant disponibles.
Depuis Claude Philippe Ryu Taï s’est retiré de l’enseignement, tout en ayant laissé l’autorité de son cours en mains
sûres.
Nous avons accompli ce cours, alors que d’une façon intime à la vie courante et ses multiples enjeux,
mener son programme sérieux a supposé une aventure fort difficile, comme de cheminer un pèlerinage en deux
ans, marchant une, deux, ou trois heures chaque jour, au travers de toutes considérations. Cette pratique intensive
du Zen avait pour vocation de seconder notre désir de reconnaissance en arts martiaux.
Dans cette optique, la confrontation plutôt sourde de filiations martiales, avec lesquelles nous étions en
négociation dans le même temps, a alors rendu notre pratique du Zen, pourtant d’emblée très dégagée et légère,
alors fort lourde et très contraignante, nouant des contradictions de biais de pratiques et de philosophie
correspondante.
Supportant tout ce contexte empêtré, l’issue en a été le seuil selon lequel cette tenue maintenue jusqu’à
son terme a disposé nos filiations dans des termes disponibles et apaisés, certes fermant la parenthèse sur ce combat
mené, mais pourtant chargeant de devenir et d’intention la seule félicité d’une pratique du Zen de prime abord tout
simplement désengagée.
Eric Rommeluère Jiun
Eric Rommeluère Jiun a chaleureusement accédé à notre souhait d’investir notre pratique du Zen dans le
champ culturel alternatif qu’il lui procure. A la fois érudit dans l’histoire du bouddhisme, en ses langages propres
(sanskrit, chinois, japonais), il est aussi un vrai représentant du monde occidental du tournant du XXIème siècle,
menant courageusement le bouddhisme Zen en nos sociétés modernes, avec leurs débats libéraux ou libertaires, y
manifestant un espace d’axes de gravité et d’assises, là où la plupart des tendances de notre époque contemporaine
sont dans l’excès voire la confusion, ayant pourtant acquis les mérites de bien des libertés et justices.
Eric Rommeluère Jiun nous a donné toute sa confiance pour mener une pratique autonome, la partager,
et l’enrichir de notre mouvement de vie. En échange, nous avons tout le long souhaité en référer à ses conseils et
tenter d’entendre son regard, le rejoignant géographiquement les quelques fois qui nous sont possibles. Cette
relation, nouée tant dans le silence et son attention que dans un propos délibéré, est devenue, en ce lieu où la
pratique cesse les enjeux, fondatrice de notre déploiement.
2 – CORPS
Jean-Luc Lesueur
Jean-Luc Lesueur a observé notre parcours avec patience et gentillesse avant que nous ne souhaitions le
solliciter comme enseignant personnel. Constatant avec sympathie l’énergie que nous investissions dans
l’interprétation lettrée des pratiques du corps des arts martiaux d’Extrême-Orient, il a su dévoiler et accepter la
moindre aptitude de nos qualités martiales, et ainsi proposer sans cesse depuis quelques années le travail d’une
stature et attitude moins présumée et plus réaliste, au risque chaque fois de nous voir poursuivre l’occasion
d’expressions marginales, et de découvertes, et alors malheureusement ainsi cette incorrigible façon de se mettre
à découvert et de s’y affaiblir très certainement. Jean-Luc Lesueur a souhaité que nous nous fassions son disciple,
comme d’autres frères et sœurs de filiation, et nous en sommes touchés et reconnaissants, d’autant que dès lors
notre quête de liberté et d’expérience n’en a que redoublé d'intensité, comme une mer insurgée.
Ming Shan
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Maître Ming Shan (Jean-Pierre Harrold) nous a accueilli tout au début de notre quête autonome. C’est
même lui qui a assuré et conforté notre autonomie de pratique, alors qu’auparavant nous étions un élève sérieux,
étudiant le combat martial de façon intensive, mais aussi très limité par les conditions locales de contextes plutôt
intriqués. Ming Shan nous a donc, de longues années, proposé d’apprendre avec autonomie et distance, mais
d’autant matière et vigueur, pour le représenter dans notre milieu concret de vie. Cet appel soudain de devenir nous
a alors intensément libéré, bien qu’alors et dans un premier temps, pour des raisons logistiques cruelles, nous
n’ayons pu honorer notre relation comme tout le supposait.
Maître Ming Shan propose une pratique radicalement naturaliste, qui s’offre en toute discrétion dans des
lieux de nature, confrontant l’immobilité et l’attention, la lenteur et la puissance sauvage. Nous avons suivi cette
voie dans le concret chaque jour environ cinq ans et de cela nous sommes infiniment reconnaissants. Pourtant il
faut ici signifier que maître Ming Shan mène sa vie comme un combattant, sa vie est un combat, et s’il est un guide
très sûr et qui protège excellemment, lui-même dans sa lutte, seul face aux termes du destin, change souvent ses
appuis et ses frappes, et il peut être difficile d’être son élève dans des conditions trop arrêtées, trop déterminées,
car l’on peut nouer en sa défaveur le fil qui lie à lui.
Daniel Belotti
En fin de formation avec maître Ming Shan, nous avions été intéressé par l’opportunité d’apprendre avec
Daniel Belotti dans le Sud de la France, notamment dans le domaine du Xinyi Bagua - qui est une discipline proche
du Yi Quan que nous pratiquons jusqu’ici. Pour des raisons logistiques, cette rencontre avec Daniel Belotti avait
été impossible. Cinq années plus tard, en fin d'un cycle de formation avec Jean-Luc Lesueur, nous avons pu
accomplir une formation intensive avec Daniel Belotti, mais cette fois dans une des pratiques proches de l'art de
la Grue Blanche.
Notre relation avec Daniel Belotti a été très bonne. La confrontation de son groupe a été heureuse (Daniel
n’enseigne qu’en stages et cours particuliers). Daniel Belotti investit sa personne dans une pratique spirituelle
tibétaine, apprenant et maîtrisant le tibétain, et si c'est une donnée distincte des arts martiaux, c'est un fait qui nous
donne confiance. Nous souhaitons continuer de rencontrer Daniel Belotti et renforcer notre apprentissage avec lui,
tant dans les disciplines associées à l'art de la Grue Blanche que dans le Xinyi Bagua. Daniel Belotti maitrise aussi
le Yi Quan qui est notre discipline de base.
Ron Goninan
Nous avons rencontré le travail de Ron Goninan, qui réside en Australie, poursuivant notre passion de
l’art martial de la Grue Blanche, qui suppose tout un spectre de gestuelle et de présence, entre esprit oriental et
nature sauvage. Ron Goninan est profondément motivé par la recherche et l’enseignement de cet art, depuis de
nombreuses décennies, et son travail a été de nombreuses fois reconnu au plus haut niveau en Chine, à Hong Kong,
et à Taiwan. Il est l’un des occidentaux les plus primés dans ce domaine. Cette passion est à l’échelle d’une vie
entière, et transcende (et arme physiquement) une personne qui ne cache pas sa grave expérience de la pathologie
bipolaire, dont il se soigne.
Ron Goninan propose un encadrement à distance, par ses matériaux vidéo ou son importante recherche
littéraire, ayant accompli un travail spécifique de sinologue dans l’étude des manuscrits anciens aux fondements
de la boxe de la grue blanche. Il n’est ainsi pas intéressé par un pédigrée ou une structure de reconnaissance, mais
par l’intégrité des personnes, dans cette voie qui remonte les cours vers leurs sources. Il nous a manifesté un intérêt
personnel, nous reconnaissant un potentiel certain, et nous octroyant une reconnaissance à cet effet. Dès lors nous
avons pu constater la vraie qualité de son travail, et avons pu confronter la vigueur de sa personnalité tenace et
combattante, au cœur de moments parfois très polémiques, en lesquels tant sa fermeté que notre droit à la dignité
ont gardé les montres à l’heure.
Boz Odusanya
Boz (Ahmed) Odusanya est un professeur anglais de Tai Chi Chuan, inscrit au registre officiel de la
fédération anglaise (Tai Chi Union). Boz est d’origine anglo-nigériane, et peut-être cette provenance insolite
explique qu’il considère notre modernité d’un regard ouvert et neuf. Boz a pratiqué le Taiji Quan style Wu plus
d’une dizaine d’années, puis le Taiji Quan style Yang plus d’une autre dizaine d’années. Il a créé un enseignement
à distance qui expose les acquis très structurés des filiations qu’il a fidèlement suivies. Lorsque nous l’avons
rencontré, Boz était l’un des rares représentants britanniques d’une filiation mondiale de Taiji Quan (de lignée
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Huang Sheng Shyan – ce maître était aussi une haute autorité dans la boxe de la grue blanche - et au-delà Cheng
Man Ching), alors que dans le temps où nous nous formions avec lui, sa quête ouverte et singulière portait à faux
avec son enseignant, et le voyait perdre cette reconnaissance.
Boz est passionné de culture exotique, et investit d’autant le patrimoine extrême-oriental, mais aussi celui
de la plus proche modernité, de culture ludique et de nouvelles technologies. Ces intérêts, comme des soupçons
d’esquisse au travers de nos matérialismes les plus lourds, lui donnent l’insouciance mais aussi la force de jouer
et se jouer. Il laisse bien au dessus de sa tête la force des titans trouver les issues qui soient, et lui donc joue et
déjoue les forces de vie, à la mesure d’une vie espiègle et très accessible, sans aucune prétention, autre qu’une
simple, modeste et soulagée quotidienneté. Il est ainsi le gage d’un taoïsme moderne, en l’occurrence occidental.
Didier Jorand
Didier Jorand est un des principaux naturopathes français du dernier quart du XXème siècle. Au tournant
du XXIème siècle, il a créé dans la campagne du Jura français, près du Parc Naturel du Haut-Jura, deux écoles
distinctes mais conjointes, le Centre Européen de Naturopathie Holistique et le Centre de Yoga Intégral. Intéressé
par ces deux terrains de recherche et synthèse, nous faisons le choix de commencer par suivre la formation par
correspondance au Shivaïsme du Cachemire, histoire et concepts de ces courants de Yoga, tels qu’ils ont cheminé
en Inde puis en Occident.
C’est avec une profonde joie que nous voyons toute la finesse et la puissance de cette expérience se
déployer au cœur des autres matières que nous confrontons. Il s'agit tout autant d'une opportunité spirituelle ou
seulement culturelle, que d'un savoir énergétique, qui couvre beaucoup de méthodes naturelles, et la vie elle-même.
Le Shivaïsme est une inspiration primitive mais aussi une version tardive tantrique-énergétique (VIIème
- XIIIème siècle) de l’hindouisme qui est le socle religieux indien sur lequel le bouddhisme a émergé et s'est
distingué.
Le Shivaïsme oppose parfois à ceux-ci l’idée de « re-connaissance » (ce qui se connait ne se connait que
Soi-même et y comprend l’être qui considère). L'Inde est l’idéal et inspiration de l'Extrême-Orient depuis les temps
premiers jusqu'au XIIIème siècle (les temps fondateurs de la Route de la Soie).
3 – SOINS
François Girard
François Girard est l'un de nos proches amis d'enfance et il est aussi un magnétiseur aujourd'hui
amplement reconnu en région parisienne. Il est thérapeute et formateur, et sa façon d'exercer et communiquer les
choses surprend par sa dimension très libertaire. Reconnaissant chaque référence dans son contexte, François mise
sur la liberté d’appréhension et sur un certain minimalisme, où l'intention est souveraine, et non les corpus établis.
Une telle vision semble épouser le potentiel subtil du magnétisme qui ne répond pas à des points de vue arrêtés.
François nous a initié à sa façon de faire, et nous pouvons souvent nous y retrouver, et marier cette expérience à
la liberté qui soit.
Roger Gilchrist
Roger Gilchrist représente la jonction entre deux thérapies anglo-saxonnes, la thérapie de polarité et la
thérapie cranio-sacrale, toutes deux prospectives de fondements énergétiques issus de l'ostéopathie. Il propose un
enseignement à distance depuis les États-Unis et nous avions tenté d’établir un contact avec lui. Tentative
infructueuse par voie d'emails, nous avions donc envoyé un courrier manuscrit par la poste jusqu'à New York qui,
lui, avait trouvé un vibrant accueil. Un peu moins d'un an plus tard, nous commencions une formation imposante
à vocation professionnelle (un cours très méthodique en 18 DVD).
Nous avons eu tout le long l'occasion d'amener ces savoirs dans une pratique sur des tiers, puisque notre
réalité de handicap de santé et de personne aidée nous a permis d'offrir des soins sérieux et qualifiés dans une
logique non-lucrative, ménagés dans un cadre légal associatif. Cette dernière réalité a rapproché explicitement
Roger Gilchrist de notre projet. Son cours, profonde et complète méthode de pratique plus qu'exposé de formation,
est amené à accompagner notre vocation de thérapeute sur le long terme. Une lettre papier qui fraie son chemin
jusqu'à New York et une optique de praticien hors des termes de profit et concurrence pour notre part, les savoirs
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que Roger Gilchrist nous a répondus à travers son travail de formation sont pour nous à cette exacte mesure, bons
et vrais.
Judah Lyons
Judah Lyons et son système d'enseignement à distance de Biodynamique Cranio-Sacrale (coffrets de
DVD et permanente réponse email aux questions en relation) m'ont apporté un important bien-être et un vrai
changement dans ma vie. Reconnu dans un grave statut de handicap, que je porte avec quelque intelligence de
santé, la pratique des arts martiaux internes (et leur énergétique) et du bouddhisme Zen pendant plus d'une décennie
m'a amené, comme l'a dit en son temps Judah, à profondément apprécier la Biodynamique Cranio-Sacrale qu'il
propose d'apprendre. Mais tout cet investissement personnel que j'assumais, dans mes pratiques régulières
(postures debout, postures assises, mouvements de relâchement, potentiel explosif), me poussait à une limite
propre, en laquelle mon "moi et moi-même" était dans une offensive assez contreproductive, et supposait une
violence interne et de concrètes dysfonctions. Au travers des doux, subtils (yin) et d'autant puissants (yang) art et
intention transmis par Judah dans ses travaux très soignés (ses coffrets DVD), je fus capable de renverser toute
cette énergie qui était détenue en ce "moi et moi-même" vers une profonde et pourtant légère attention aux autres,
créant ainsi un espace infini de bien-être.
Aussitôt que je compris ce qui constitue la Biodynamique Cranio-Sacrale, si proche de mes autres
pratiques, "par loi de nature et par voie de matrice - matrix en anglais" (et pourquoi pas "principe d'ordonnancement
divin" - concept premier de l'ostéopathie), Judah m'a tout le long aidé à être capable de proposer à d'autres mon
travail comme guérisseur, et à cultiver "un jardin riche aux fruits sains" qui a satisfait très véritablement la grande
part de mes patients (Judah explique que le bienfait provient d'eux-mêmes) et a supposé pour moi, dans mon statut
de handicap, une très claire amélioration de santé qui a surpris et satisfait mes propres docteurs. Une des choses
que la Biodynamique Cranio-Sacrale suppose, à travers la haute harmonie des paroles de Judah dans les DVD, est,
disons, qu'il n'y a "plus d'ennemis" : la maladie comme une adversité contient en soi l'œil sain (de santé) autour
duquel se structure le problème, et une attention attentionnée le dissout et résout - paix concordante à tout élément
de paix - renforçant d'autant la santé plus générale. Grâce à cet exposé de théorie et praxis de Judah, durant plus
de trois ans, j'ai ainsi pris soin souvent de cinq à douze personnes par semaine, quelques six cents sessions au total,
d'une très appréciée et pleine pratique d'une heure chaque.
PORT DE PAIX
Comment prétendre atteindre ce lieu sans ennemis, nous qui sommes le lieu de l'histoire humaine ? Peutêtre en acceptant de se centrer dans le devenir, dans tous les encontres et rencontres du devenir…
Dans la théorie marxiste dite de l’ultragauche, nouant deux courants très différents exclus par les
soviétiques dès les années 1920, le conseillisme allemand et hollandais, et le formalisme programmatique italien,
l’on évoque souvent l’idée du « port de paix ». Le « port de paix » doit être l’espace interne du parti, grâce à
l’exigence et la rigueur de ses débats et leur synthèse - le programme formel résultant (même très reclus et
minoritaire). L’idée en est qu’il n’y a plus d’ennemis en ce cercle compris, s'il est logé au cœur des antagonismes
rencontrés tout autour dans la société la plus exhaustive, mais étant sauf grâce à la maîtrise doctrinaire des
contradictions. On pourrait dire qu’accéder à ce seuil où il n’y a plus d’ennemis, c’est se trouver dans le port de
paix, interne à des contradictions parfois déchainées au-delà. L’idée du « port de paix » elle-même n’est pas ce
port de paix, l’intention formelle de dessiner un tel havre n’est pas la rencontre de cet havre, qui suppose que les
contradictions ont été exprimées, ont trouvé leur vertu effective, et permettent une cohérence qui possède vie et
matière.
On retrouve ce même dilemme entre « l’idée de soi » et le véritable « soi » dans la pratique toujours
questionnée du Tai Chi (Taiji), où « l’idée de soi » doit être défaite pour revenir à cette situation dressée, hissée
sur son socle, de l’expérience propre, ce « soi-même », sa capacité d’encaissement, d’amorti, et alors de
dépassement des conditions éprouvées.
Pourtant, comme en témoigne maître Dôgen, introducteur du Zen Soto au Japon au XIIIème siècle (Soto
nommé Cao Dong en Chine), et immense auteur bouddhiste toujours contemporain, « l’entrelacement des lianes
», entendez une trame rencontrée, n’est pas toujours à démêler, à résoudre. Le propos d’une situation n’est pas
toujours d’être éprouvée, d’être vécue. Une trame nouée portera autant de tort à être subie qu’à tenter de la
résoudre ou l’accommoder, et la véritable tâche est de la trancher, créant un seuil véritable, véritablement audelà. Trancher les nœuds, les trames, « l’entrelacement des lianes »… Ce sera peut-être le cas de cette perspective
nôtre, ne portant ni tort ni raison à nos enseignants. Nous quitterions tout, alors retrouverions tout.
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Troisième Partie – LOGIQUES D'UNE SINGULARITÉ
Nous tenons à nous excuser de l’intensité littéraire accrue, et ainsi alors possible saturation de lecture,
des passages qui vont suivre. Comme une distillation, ils présentent un « alcool littéraire » fort, à concentration
élevée, et n’ont pas la vertu littéraire habituelle d’un « vin ou autre liqueur » de consommation beaucoup plus
courante et entendue.
1 – reporter / BASCULEMENT SAUVAGE
Dans un monde moderne et désormais ultra-moderne (ultra – à une mesure dépassée) qui occupe et
administre tous les espaces et instants de vie, qui tend à rendre tous aspects aménagés voire carrément domestiques,
la vraie loi de la vie ne cède pas, parce qu'il est impossible qu'elle cède : l'existence sauvage domine l'existence
domestique.
L'existence sauvage n'est pas nécessairement inhumaine, elle est aux sources de l'humain, des vertus de
sa culture. Mais tant d'administration des choses et des temps amène la nature à rétablir sa loi sauvage de façon
déréglée et très exagérée et ce sont nos temps de catastrophes naturelles.
Mais ceci est aussi vrai de nos sociétés et le contrôle minutieusement mené des éruptions possibles (et
moyennes) de vie sociale amène à des dérèglements extrêmes des enjeux (contradictoires) selon lesquels se
figurent les maîtrises possibles, et nous sommes là dans l'horreur ces jours présents en France (8 et 9 janvier 2015,
13 novembre 2015 – tueries islamistes) , et peut-être dans un avenir proche à nouveau.
La suprématie de l'existence sauvage sur l'existence domestique, cette loi inévitable de toute nature, habite
notre conscience profonde, et dans l'intuition de la menace et l'urgence, ressurgit comme une volonté de retour
vers des valeurs religieuses. La religion, la toute-puissance d'un dieu, est une façon d'ancrer une possibilité de
culture dans un contexte de démesure et donc de sauvage. Dieu est comme une présence possible dans des temps
primaux qui nous dépassent et doivent nous dépasser pour que l'on puisse exister. L'appel d'un dieu (par les
hommes) signifie que les natures possibles exagèrent toujours, et que c'est en-deçà de ces exagérations que nous
pouvons exister et être humains.
Pourtant il est plus que possible que l'idée de dieu soit une création humaine, une façon de surfer sur la
prédominance du sauvage.
D'ailleurs des civilisations importantes, des courants importants de civilisation, ont résolu ce même fait
sans nommer ni déterminer de dieu, tant en Inde qu'en Extrême Orient, et si la démesure de l'existence a été
d'emblée reconnue, il s'agissait de s'effacer pour dessiner d'infimes mais sûrs contours, et dans la justesse de ce
seul contour, trouver l'équilibre et la puissance même au cœur de l'impensable.
... En faire son choix, ne pas vouloir de ce dieu qui s'impose par sa toute puissante subjectivité et permet
à certains d'y planquer leur plus irraisonnée subjectivité, préférer la vacuité orientale, les contours de chaque chose
que cerne la vitalité du vide vivant, acceptant le sauvage, sa primauté et ainsi son humanité, sans devoir en appeler
à des forces sauvages, vengeresses et dévastatrices, est très légitime et même plus encore, fondé.
2 – se défaire / SEUIL ET SCHIZOPHRÉNIE
Lisant un article en 2006, dans la revue française Dragon, portail des arts et cultures martiales d'Orient,
j'ai pensé pouvoir me prononcer à ce propos. Selon la longue analyse d'un des plus résistants karatéka de
l'implantation originaire de cet art en France, les Tengu, hommes-animaux de la mythologie japonaise, sont les
garants de la violence de l'ultime…
Aux limites outrepassées de l'existence sociale, et de ses aménagements, dans la profondeur des bois et
l'inaccessibilité durable des hauteurs, alors que l'être humain est aux frontières du sien, ces présences
extraordinaires, mi-hommes mi-oiseaux, sont les guerriers les plus redoutables de l'imaginaire nippon, peut-être
comme les Amazones dans la mythologie du Nouveau Monde, aux limites des sens et de leurs sollicitations, mais
qui, eux, représentation formelle, choisissent entre l'anéantissement violent ou la protection inespérée du sujet qui
les découvre, selon une loi non-prévisible, puisqu'elle renvoie toutes les terreurs et effrois.
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Or, l'on peut investir cette question en envisageant que c'est le propre rapport interne au sujet, aux limites,
disons, du « soi » et du « soit » (2), entre sa fraction envolée (oiseau) et sa présence retenue (homme), qui figure
le vis-à-vis (dans ce déni, ou évidement des raisons humaines répondues) lors de l’effroi face à ces êtres mythiques,
qui sont la reconnaissance d'une ultime présence.
Pourquoi, alors, les Tengu sont-ils susceptibles d'être protecteurs ou destructeurs ?
Mi-oiseaux, mi-hommes, la forme formelle de l'identité, la leur, les porte à la dissension de leur être
même, et renvoie cette attitude, égale, à celui qui la perçoit, aux termes des perceptions qui supposent leur réclusion
dans l'univers éloigné, reclus, quitté.
Portés à une dimension assimilée (conjointe ou intermédiaire), ces êtres ne peuvent reconstituer leur
essence, un au-delà possible, et affirment alors le propre conflit de leur être, entre outre-passage des humanités
(oiseaux), et en-deçà de leurs vérités (hommes).
Faut-il alors croire qu'il s'agit de les distinguer d'eux-mêmes, de les dissocier d’autant plus, comme des
êtres définitivement autres ?
L'événement mythologique de leur rencontre paraît signifier qu'ils ne se manifestent qu'en ultime identité,
alors que l'humanité, et l’être humain, en bords de vide, et de destruction, sont confrontés à une « frontière propre
», et ne peuvent alors y distinguer une présence comprise parmi d'autres, celle d'un simple élément de réalité et de
nature, élément d'un chemin à venir…
Où, alors, le Tengu reconnaît-il son être protecteur, ou son être destructeur ?
Dans la similitude de la contradiction, entre humanité et sauvage, arrachée à ses notions comprises, le
Tengu, s'il se reconnaît dans sa réalité difforme, dissociée, est destructeur, et anéantit furieusement, alors que l'être
humain, aux termes, en fin, peut, d'humanité et d'inhumanité, aussi décomposer sa figure par sa propre horreur,
déconstruire sa notion propre, se dissocier, se dédoubler, dans une même présence, et dans l'espace et la matière
contenus de cet extrême, ouvrir une geste, ou seule une éventualité, d'accueil d'être, le sien propre, qui renvoie au
Tengu la possibilité d'être, à la fois comme tension, apprêtée, et possible, distinction.
Le pas, c'est le désir d'autre, et le vide qui va en conséquence cerner les contours de « l'objet véhicule »,
comme partage du Tengu, qui l'éloigne alors, qui lui est éloigné, qui lui est encore et toujours, à venir, et de venir...
Dans des termes soudain dénués d’appréciation ou jugement externes, déformant et réformant l’identité
du témoin, la propre image du Tengu, dissociée, problématique, et violente, n’est pas consacrée, et ne le violente
pas, il cesse d’être agression.
Tengu, affections, déchirement, figure déjouée, schizophrénie symbolique, cassure de l'ordre de
provenance, il permet aux réalités de le saisir, au seuil du chavirement ou massacre, comme instant et instance, et
d'en revenir, dans le terme (…) de cette rencontre, comme but et rebut, scindant l'univers des connaissances d'une
rupture, d'une scansion interne, sa fracture, fraction, intermédiaire, son mal constituant, comme principe de retour
(et non pas anéantissement).
En retour de l’instant fatal, outre l’instant fatal, retour vers une largesse, la leçon recouvre et distingue,
plus qu'elle ne distingue et retrouve. On peut dire qu'au-delà de la dévolution de l'inhumanité, il s'agit d'une
révolution de l'inhumanité, qui bute, et (se) renvoie, soi-même revenu.
C'est le seuil de la souveraineté, le lieu où celle-ci est à ce point l'identique et l'ultime, achèvement ad
hominem (3), qu'elle substituerait le sujet, s'il ne la distingue, et la découvre, comme un Autre.
Pourquoi, alors, oiseau, et homme ? Et entre eux, en un même donc, la guerre ultime ou la protection
miraculeuse ? Parce que ce dilemme, entre l'homme et son même, désajusté et donc en devenir, s'envole en l'autre,
fracture, tel l'oiseau qui quitte le propre poids même de son corps pour voler. Parce que ce dilemme, identité et
intégration, nous y retourne en propre, tel l'entre eux, tel le même, Tengu : l'univers nous renvoie.
Entre eux, vécu difforme, le même est guerre, tel, inadéquat. En même, forme difforme acquise, et
renvoyée, l'entre-eux est paix, à même.
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Paix ? Epée, presque… Figure… Se figurer… Art, et martial.
3 – que faire / QI GONG VITAL
…Miroir d’autres, miroir d’ailleurs, qui sommes-nous au juste ? Où l’existence délogée ou même d’autant
incidemment louée par le regard de l'autre, la suprématie des formes sur la vie... Lorsque vous pratiquez le WuShu,
demandez-vous... Demandez-vous, précisément...
Le WuShu est la science en acte de l’Art Martial. Le QuanXue est la science à l’étude du même art (en
l’occurrence la boxe). Entre ces deux termes, la force en actes, la force à l'étude, entre la vie comme le langage
d'un savoir.
Ainsi peut-être peut-on dire que le WuShu est un art de guerre, mais un art de guerre renoncé. C’est à
partir du renoncement à la violence concédée, et entreprise, que le WuShu (4) se propose, parfois dans un cadre
monastique, de transcender et de dépasser, y compris en puissance (alors saine plus que maléfique), la pratique
des violences.
Le rejet de la suffisance de l’être à même, de l’être légitime en soi, armé de ses références, ses
dépendances et correspondantes prérogatives, est plus exigeant, dans l’expérience pratique d’une sagesse, qu'un
semblant de voile posé sur l’Ego.
L'Ego renvoie le plus souvent, même si on le prend pour argument d'une visée privative, les plus viles des
frustrations impliquées dans sa trituration, vers les angles aveugles mais bien réels du sujet.
C’est donc dans le désarmement, notion distincte du désarroi, que réside la « sagesse prima ». C’est en
fonction d’un évidement, un point de raison (un pas de raison ?), un axe hypothétique de justice et justesse, que la
vie consacrée se voit envahie, dans son regard propre et néanmoins à soumettre, par des lois de phénomènes.
Car les faits passent d'une réalité de véracité à une réalité de virtualité par la mise en mouvement du
questionnement de soi, l'exercice qui va au-delà de la propriété propre, et plus que de faits qui nous entourent, il
ne s'agit alors que de phénomènes avec lesquels nous nourrissons des relations dialectiques de réciprocité - comme
intelligence et au-delà possibilité des sens.
La captation, le discernement de sa propre identité, reflue sur ses acquis, sur son identique, pour hisser
notre savoir, et cette même notion de s’avoir, soi, être en soi, comme une conséquence d’autant libre qu’on la
libère de ses acquis, et de ses « à qui »... Se dessaisissant de la certitude propre de soi, ce sont toutes nos corrélations
alentours qui sont dé-virtualisées et soumises au choix de la vertu (synonyme de qualité ou critère à l'époque
médiévale) à laquelle notre intention s'attache.
En s’exerçant martialement, physiquement, énergétiquement… vers une quiétude, comme loi du centre
structurel des phénomènes, capture d'un être propre en son temps de devenir, qui dessine la Voie, adjoignant les
manifestations de la vie selon une ligne de casse, notre geste martial, scindant tel une proue en laquelle tous les
événements rencontrés et habités rencontrent leur sillage et s’y recomposent…
En s’exerçant martialement, physiquement, énergétiquement... on voit venir un retour des choses, comme
une résultante qui ligue, selon des lois de correspondances, qui n'ont d’autres constantes (autres que principes) que
l’acte libéré, la Geste où elles reposent, en un art de combat, sa pratique en savoir.
En s’exerçant martialement, physiquement, énergétiquement… les lois de correspondances de la vie
scindée et recomposée, liguée, sont des lois d’inclusions, réciproques, interdépendantes, comme de multitudes de
cercles en autant de probables dimensions, que figure la gestuelle martiale d'Extrême-Orient. Toutes ces inclusions
renvoyées qui cernent le sujet sont les réalités qui le font et l'identifient, et elles sont libérées dans la qualité de son
geste, clair, minutieux.
En s’exerçant martialement, physiquement, énergétiquement… chaque renvoi de ressenti ou de contexte
suppose l’inclusion au-delà d’un renvoi antérieur, d'un vécu consacré, telle la vie qui traverse jusqu'ici, ce lieu
propre. En cela la manifestation de soi, l’agir même le plus désengagé, sont tels des actes de guerre, dont le
désarmement, dans l’axe structurel des désarrois, germe une probabilité de l’art, une probabilité vigoureuse, le
bonheur d’y investir les défaites selon un ordre de justice et d’harmonie.
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S’exercer martialement, physiquement, énergétiquement… le fait de scinder le devenir d’un allant
autonome et ordonné, au regard des faits-écrans, incomplétudes ou renvois rencontrés, métamorphose ceux-ci, de
désirs empêchés ou perdus de devenir, en causes de devenir.
La probabilité d'un geste – une cause de vie potentielle - réinvestit les éléments dépassés du vécu,
l'intention esquissée, geste libre au milieu de la prison des phénomènes, supplée au décentrement du présent, au
désaxement de ses raisons, aux marques des devenirs échoués.
Art martial, chinois ? WuShu, le présent, c’est ce questionnement de soi, cette révolution de l'acquis. Soi,
c’est le présent qui revient... Et revient d’autant plus qu’on lui cède. Ce, cède, c’est la vie, qui, elle, s’aide.
De cette même façon, l’instance de renvoi (sensible et morale) de la guerre de l’existence, c’est aussi une
immanence du féminin, et son accueil, masculin - comme subversion et assise. Le premier seuil (féminin) est
l'appel de la vie, le second (masculin), son repos, et toute raison propre. Et c’est dans l’appel de la vie, que la vie
est, au féminin.
4 – qui est quoi / BOXE DU COEUR
Dans l'art du Yi Quan, boxe (« poing ») de l’intention (interne), le pire est de se voir vivre la scène, captif
de l'emprise que l'on porte, et que l'on exhibe à l'adverse / adversaire.
Savoir donc que la « figure de l'homme » ne nous appartient pas, qu'elle n'est qu'un creuset dans lequel le
propre « lieu de soi » doit r-encontre-r l'inconnu, un processus permanent et ouvert de reconnaissance.
Savoir que la connaissance, représentation, fait de nous le lieu des autres, de l'ailleurs : la substitution
d'un autre au cœur.
Connaissance identifiée et formalisée porte tort, connaissance portée en propre praxis porte bien. La
pratique, c'est le soin que l'on porte précisément à cela, le cœur du cœur, de cœur, couvre en découvrant.
5 – syllepse entretemps / CONQUÊTE DE L'INUTILE (une poésie)
On ne peut pas faire un travail véritable dans les arts martiaux et énergétiques si l’on ne traite pas de la
question du féminin quant au masculin. Il faut investir ce travail, sinon l’effort est altéré voire vain.
Montagne
L'être repose, sur ses pieds, buste centré, recueilli, ample, en son inspiration, enlevé, hors, en son
expiration, comme montagne une. J'ai d'ailleurs contemplé, dans un manuel de discipline de santé chinoise, un
maître en demeure, posture martiale, debout tel, cerné par le dessin d'une montagne, large en ses bases, scindant
la verticalité pesée, d'ascendance et d'acuité hissée à son sommet. L'esquisse de cette montagne, croquis, était
d'ailleurs assez impressionnante, et bien intéressante, puisque les flancs latéraux semblaient frémir, littéralement,
d'escarpements escarpés, arrachés à leurs tentatives propres d'exister. Car, si dans la quiétude du cœur qui retrouve,
pesanteur tenue, une gravité déposant la pierre et la terre en la terre et la pierre, une montagne semble immobile,
et inamovible, on oublie de songer (la montagne, sa brèche, laisse-t-elle à notre pouvoir d'esprit d'autre recours
que celui d'être une modeste brise ?) que les éléments sont à l'égal du massif, et que si celui-ci est un événement
insultant, de violence et d’inertie, au regard de l'œuvre des temps et de l'inquiétude des sens, les saisies des climats
et des saisons l'obligent, et l'enfantent, en permanence, à une extrême sensibilité. Pourquoi cette représentation ?
Montagnard
L'image, hissée, d'une vie, de sa demeure, est celle d'un acculement propre, identité et propriété, courant
un versant d'autant plus prometteur qu'il s'épuise en cette hypothèque. Sujet d'autant plus cerné et acculé qu'il
demeure en suspens d'une présence moindre, passant sa vérité propre, limite propre, à une vérité sienne, entente
même, son salut arrêté à son salut l'ailleurs. Lieu propre arrêté, ce lieu interne conquiert, à l'image des rivières et
des parois, la chair et les os, où la tension, négative, et la densité, positive, s'épousent, au lieu des sens qui chahutent
lorsqu'ils sont détenus, au lieu des sens en lieu même lorsque tout va d'aller. Cet affront du Devenir est-il montagne,
seule et même montagne ? Montagne qui se découvre ? Montagne qui surgit ?
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Rencontre
L'œil blessé, l'œil, de voir. Cette présence de la connaissance, qui voit, elle-même voile le regard de cet
œil, que tout alentour perçoit, puisque d'un coup la présence, reçue, lui appartient, lorsqu'il s'apparaît son propre
objet. La vie répond, danse, saisie, oui même, ni même, car elle veut s'avoir en sa quiétude, là où il n'y a d'incidence.
D'incidence. Ainsi danse. Des faits et des gestes qui se découvrent, et se cherchent, seul savoir, que le geste d'avant
est l'avant rencontré, et que la rencontre elle-même, est renvoyée, lieu, donnant lieu. Incident, l'art d'être incident.
Faille
Naissez, maintenant, sur un relief, où, un jour obligé de votre temps obligé, vous dussiez enfourcher d'une
jambe un abîme que l'autre jambe contredise, que la jambe précairement acquise, accepte cette contradiction,
l’ailleurs par ailleurs, et qu'en ce lieu à mi-chemin, à contrecœur, l'autre jambe, rendue à son désenchantement, se
résolve à rejoindre la première, c'est le travail d'une vie, c'est le travail obligé d'une vie obligée, qui ne vous quittera
plus. Vous viendriez de franchir une faille peut-être, mais relief inévitable de votre propre vie, vous auriez franchi
la faille. Alors, à chaque pas, toute topologie reconnaîtra, dans votre pas, sa grâce, sa désuétude, son accident, la
faille, présence de votre encontre. Votre façon de vivre, incident, serait cet incident, qu'il faudrait épargner, à vous,
aux autres, résoudre, le résoudre. Et d'une vérité moindre, minime dirait un traité taoïste, votre réduit de vie, votre
instant, instance, acculé, il sera, non seulement un fait majeur, renvoi, mais un lieu quotidien, qu'il ne faudra plus
chasser, l'effroi étant soi, acquis, il faille juste le consacrer, à qui, incidence, ainsi danse. Et, de chaque événement,
on dira alors, il existe, et de qui vous connaît, se dira alors, il existe, et de l'un à l'autre, personne, l'on verra, de
votre pas, de sa faille comprise, qu'il faille, les émeutes des faits, et des sens, épouser un devoir, œil, regard, où ils
vous seront mêmes, à une exacte mesure.
Elle / Aile
Dessin qui jure... Proportionne elle, proportionnelle… La mesure de qui vous connaît, et de ce qui se
reconnaît, vous êtes la monnaie (… maux n'est, mot naît) de face, pile, et face, deux faces, se fassent, vous êtes
l'usage, de ce fait, en péril, le péril, vous êtes le tranchant.
C'est un art, un entre tels à tel, un entre tels et tel, une robe, qui vous dérobe, c'est l'existence de tout le
reste, au bonheur de votre soulagement. Et de ce toujours très, de ce toujours plus, de ce plus, même, vous êtes, au
même trait, le trait.
Bien, bien désolé, épuré, la conquête de cette page, versant, ce versant vierge, blanc, où votre geste s'aime,
s'enlève. C'est le prix des sens, essence… Se défaire, se faire... Elle à aile, c'est ce vol d’aile, c'est ce vol d’elle.
Retraite
Oser n'est que vertu de l'ours, ourse, ode le lit de la rivière, hier, rire l'inconstance de la lisière, s'erre…
Repose, repose-moi, la montagne, bagne, à ses monts, prisons, s'aimer, s'est plu, c’est vieux, sait mieux.
6 – reprendre les choses / TERRITOIRE EN GUERRE ?
A quoi sert l’art ?
La gratuité primitive, celle de la cueillette plus que toute production, de la chasse sauvage plus que tout
élevage, l’un en l’autre, fonde une « figure de l’art » dans le monde contemporain.
Pourtant, cette appréhension ne crée pas de valeur ontologique, ne fonde rien, n’établit rien de patenté, si
elle ne capture et formalise suffisamment une « figure de l’artiste », comme un suspens identitaire, dans le procès
de l’objet, lui-même objet, de l’acte d’art.
A quoi sert la guerre ?
Dans un pays ouvertement en guerre, la guerre entreprise sert à apprêter le seuil de l’existence sociale,
comme bascule d’autre, ailleurs, ultérieur, à amener à soi et en soi la liberté de la vie à sa réalité la plus cernée,
comme un lieu pleinement propre, une maîtrise, une arme.
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La paix est, en guerre, le gage de la guerre (5).
Dans un pays officiellement en paix, la guerre, sous sa forme minoritaire particulière, apprête et précise
l’ordre des contraintes, en une cohérence de contraintes, le pouvoir exécutif, comme exactitude de devenir et
production de destin, dévorant les champs ouverts de liberté.
A quoi sert la paix ?
La paix est le renvoi des antagonismes (leur déni), dans un terme tiers en maîtrise, ou dans un terme non
apprêté (en seul déni).
Nous avons vu que la paix, dans une guerre en cours, est donc, en maîtrise à travers tous contrôles, le
pivot à partir duquel la société et le cours historique deviennent l’argument d’une raison imposante, conquérante
et violente.
Pourtant la paix, comme combat en propre conscience et en autonomie d’action, est autodéterminée et
renvoie les termes de l’affrontement, entre contestation et autorités, à un terme autre, ailleurs, ultérieur.
Il scinde, dé-constitue et ré-entreprend le lieu et rapport intime (sens, esprit, relations) en devenir du sujet
militant, tel le renvoi, refus, de sa propre instrumentalisation dans les termes techniques de la maîtrise et du contrôle
des pans et commutations d’un conflit, soit par les insurgés, soit par les autorités, ces inimitiés se dédoublant.
A quoi sert un art martial ?
La notion d’art martial est une notion orientale. Elle provient et ne se distingue jamais vraiment de
l’utilisation des principes yogi dans la présence physique et sociale.
Elle abstrait et rend autonome le sujet dans cette abstraction, et lui donne le principe du souffle, comme
identité seconde, conquête intime des contextes qui cernent le sujet, qui les « souffle » alors, à leur propre mesure.
Sa vocation, martiale, fonde le souffle et la figure de l’art martial sur un déni, un refus dialectique.
Pourtant le combat est dans la pénétration de la défense de l’adversaire, son apprêt, son exactitude, et le
déloge alors de son corps retenu, sa raison propre, sa responsabilité même, assise dans son assise, il chasse l’animal
(adverse) par le renvoi – le reflet, l'identité – de son être et refus propre, comme une boucle close, comme un cycle
accompli.
Il dévoile les raisons du combat, parce qu’il lui est étranger, non compris dans l’antagonisme sanctionné,
et dans cette mise à nu de la perspective, il emporte, comme une donnée inconnue, et remporte, comme un cycle
achevé, la victoire, tel un terme libre, des termes libres.
Tel est un art martial, figure et souffle, dans un pays en guerre, il ne combat pas, il cerne et déporte les
motifs de conflit, en répondant aux termes de violence, à la mesure de leur sanction propre, cette fois renvoyée.
7 – la clé / ART DE COMBAT
La philosophie de l'art martial chinois, Qia, Jia (esprit guerrier), est acquise dans la soumission de l'élève
à son désir d'apprendre, dans le renvoi de sa présence au désir de la sagesse, ailleurs, autre, et autrement.
C'est en cela que l'ensemble des techniques combattantes et destructives du WuShu, l'ensemble des
combats possibles du Qia, se soumettent au Tao (ou Dao), « la voie », par laquelle un combattant ne se soumet
jamais à une situation acquise, ce qui lui laisse la vie en aval, et par laquelle il ne subordonne pas son acte, et avant
tout la possibilité de son acte, à une condition, ou un déterminant particulier.
Il traverse, croise, et décroise, libère, les lieux, leurs ordres, leurs devoirs - même leurs droits, par une
seule présence, permanente, celle de la restitution du sentiment par lequel « la voie » lui a été ouverte, par lequel
elle a été échappée et entreprise : vertige, épreuve, et plénitude ; paix « et-paix » (épée).
8 - avec qui / ENSEIGNEMENT STRUCTURAL
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L'engagement pédagogique / didactique que nous voudrions évoquer fait primer la notion d'encontre
structural (6) face à toute prétention de structure préétablie.
Les rythmes bio-sociologiques des individus, dans leurs lieux et itinérances de vie, sont pris en compte
tels quels, alors que la permanence du cadre, et de l'appréhension de la pratique, saisissable par tous les pratiquants,
est dans ce lieu retiré, et parfois - en résultante - immatériel (esprit), en lequel la pratique autocentrée est tenue.
L'étoilement, même extrême, des moments et des trajectoires de vie, la structuration d'un cours collectif
basé sur la permanence de pratique autonome des individus pratiquants, tant l'accompagnateur / initiateur que les
personnes en apprentissage, rend un rapport réel (même s'il n'est inquiet d'autant de « réalisme ») et assez exact de
l'engagement.
Alors qu'une structure préétablie rendrait l'apprenti(e) instrument et prétexte d'un desideratum, la figure
et le mythe. Figure, mythe, les couleurs de l'école, les couleurs de son camp...
La « boxe de l’intention (yi) » se distingue, physiologiquement, mentalement, et de façon biographique,
de par la dialectique, interne à chacun, entre le réel et l'irréel, la science et l'imaginaire, entre lesquels précisément
se situe la nature (furieuse et/ou majestueuse), l'organique, la santé. C'est le travail de recherche et encontre de la
force dans le corps qui relie tout ça.
Ainsi, peu importe la norme adoptée, fonctionnelle, la relation est le fruit du temps et de l'expérience,
certains maîtres chinois d'antan, pouvaient n'avoir en toute leur vie, que deux ou trois élèves, ce qui se distingue
du fait de n'en avoir aucun. Jusqu'au XXème siècle, c'était même le plus fréquent.
Les pratiquants, pour s'associer, ainsi qu'à l'encontre de l'accompagnateur / initiateur, partenaire courant,
sont néanmoins tenus à la correction, et devront signaler l'évolution de leur travail dans un délai raisonnable (un
mois), et s'engager à répondre (leur disponibilité ou leur indisponibilité) à toute sollicitation, en général avec leurs
partenaires, et en particulier avec l'accompagnateur / initiateur.
La notion de rencontre s'avèrera ainsi rythmée, entre encontre, dénouement structural de la pratique, et
rencontre, renouement structural des contextes.
Il s'agit de se livrer, en toute attention, à la « conquête de l'inutile », pour trouver la prise du « souffle de
l'utile », non pas structurel, mais structural… C'est une pratique de Boxe Chan, de Boxe Zen.
9 – pour quoi / DIALOGIQUE DU CORPS ET DE LA VIE
La maîtrise du corps, à travers l'attention de l'inanimé, immobilité, puis le « ren-versement » vers le souffle
et la mobilité, contenant l'esprit et ses arguments, évolue (dévolue) selon une dialogique sur la Voie du « de-venir
», résolvant tant les véhicules de vécu qui nous rejoignent du passé, que ceux que l'espace global, la dimension de
vie, nous présente de « l'à-venir ».
C'est ainsi que pour nous, et de façon modeste, s'impose la didactique de la posture assise (temps 1), puis
des marches énergétiques (temps 2), puis des déploiements debout (corps haut / temps 3). Enfin le sabre (de bois)
figure un battant, une amplitude d'extension qui recouvre, tel un corps d'objet, un corps en cloche, la prétention
d’un corps et d’un de-venir (temps 4).
Mais cette découverte didactique qui est le fruit d'une recherche et prospective, serait seulement en
puissance et alors dé-faite, si elle se prétendait conquérante de son propos, si sa logique ne s’appliquait pas tout
autant à elle-même. En tant que conclusion, terme, elle renverse son ordre générique.
La posture assise (temps 1) est lovée au cœur des marches énergétiques (temps 2) elles-mêmes
conséquences du travail des postures debout - force interne et déploiement (temps 3), celles-ci étant aussi contenues
dans la fréquence de recouvrement du geste du sabre en sus de soi (temps 4).
Le déroulement des séquences de travail est chaque fois une performance, inconnue, mais répondue, dans
l'ampleur de son recueillement et sa parabole, comme une résonance : en conquête, ou propos revenu. L'espace de
front, autour, est un espace de souffle, composé, qui cède, comme un corps dont nous serions le corps.
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Venir, venir chaque fois plus entendu et interne en tous contextes, et vaincre, de cet espace tout alentour
compris et renvoyé.
NOTES
(1) Ce passage, nommé croix sino-japonaise, a une caractéristique, celle de décrire des éléments transversaux sinojaponais dans la période de découverte de l’Extrême-Orient par les ressortissants européens, du XVIème au
XXème siècle. Axe classique très fort de la Chine au Japon, et regard européen entre eux, ceci dessine ainsi comme
un point de croix. L'Extrême-Orient se présente peut-être comme l'antipode qui figure le levier de l'expérience
coloniale européenne durant cinq siècles. Si la domination correspondante a été lourde et humiliante, l'on peut dire
que cet antipode a joué le rôle d'un exotisme structurel, moindrement colon et relativement égal, tant dans le cas
de la Chine que du Japon (il ne faut pourtant pas minimiser les affres du racisme contre les types asiatiques, fort
vil). « Relative égalité et exotisme structurel », ce renvoi et levier est fondamental à l'idée de contemporanéité,
au travers des multitudes de cultures et hiérarchies possibles. Ceci, cette référence sino-japonaise, est donc aussi
sûrement un classicisme européen.
(2) Dans la notion de syllepse en linguistique, il est sous-entendu que des cohérences sonores de mots ou séries de
mots peuvent être éloquentes au-delà de la sémantique normale des définitions. A plusieurs moments de notre
article, nous utilisons le jeu du syllepse parce que dans nos recherches nous l'avons exploré, il y a quelques années.
On peut l'associer à la notion de poïétique qui attribue du sens depuis la disposition organique et esthétique des
sentences. Ainsi ici les notions de soi et de soit s'investissent mutuellement comme potentiel, mais aussi
contradiction en cours, et pourraient être complétées par la notion de fil de soie en arts martiaux chinois, qui
suppose que le mouvement n'est jamais interrompu ou brusqué, comme un fil de soie ne doit pas être rompu. Ce
fil de soie du geste a précisément pour enjeu la difficulté entre soi et ce qui soit.
(3) Dans l'Antiquité, et notamment dans la puissance de conquête romaine, il était dit que vaincre résolument un
ennemi était investir ses propres critères plus que lui-même encore, et c'est une signification du terme ad hominem.
(4) WuShu, qui est un des termes les plus courants pour nommer les arts martiaux, veut dire littéralement « arrêter
la lance », et donc a le sens d'éteindre le feu de la violence, peut-être en cela y rencontre-t-on le mérite d'un savoir
et d'un art. Par ailleurs le terme Wu est un concept majeur des spiritualités chinoises et au-delà orientales. Il traduit
le terme Sunya-ta du sanskrit indien qui signifie vacuité, vide, et qui en Chinois investit aussi la notion de privatif
voire de négation. En tant que vacuité, il est le cœur de toutes les hauteurs spirituelles de l'Orient.
(5) Dans nos sociétés dont l'élément premier est l'administration, ce sont les espaces de paix qui sont le grenier à
blé de la guerre, et nos sociétés policées, et leur paix civile, sont le support et l'argument des politiques belliqueuses
(coloniales ou néocoloniales). De même, les guérillas font reposer leur argument guerrier sur la qualité de la paix
acquise et à venir dans leurs rangs.
(6) Structural est pour nous distinct de structurel. La notion de structurel suppose le renvoi vers la force et la
complexité fonctionnelle de la structure en tant qu'objet de connaissance, et suppose une dépendance technique ou
administrative à l’égard de la structure comme système conditionnant le sujet. La notion de structural en français
approche pour nous le fait qu'un angle de réalité, une minorité d'existence, peut avoir une portée réflexive de la
structure globale, et l'impliquer de cette façon comme un potentiel correspondant. Le seul fait d’existence suppose
de réfléchir la structure, y répondre et en répondre. La notion de réponse réflexive – d’impact réflexe - serait
similaire à celle utilisée en médecine alternative (en réflexologie plantaire par exemple, sur l'espace des plantes de
pieds), dans la mesure où des parties du corps peuvent porter une signification puissante et effective vers d'autres
parties du corps sans aucun lien fonctionnel avec elles, réflexivité possible par l'intelligence globale –forme et
énergétique – de la structure et son contexte.
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