Objet de malheur
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Objet de malheur
OBJET DE MALHEUR Élyse MICHON Objet de malheur L a question du statut de l’objet dans certains états limites de l’analyse dérive parfois vers l’idée que l’analyste est pris comme objet réel, est la mère, est l’objet. Il arrive en effet que l’analyste ne se reconnaisse, du moins de prime abord, ni comme objet de la pulsion (bien qu’il n’y ait pas d’objet même dit réel sans la participation de l’investissement pulsionnel) ni comme objet fantasmatique (les représentations dites inconscientes n’étant pas repérables dans un scénario où l’analyste pourrait se retrouver), donc non plus comme objet de transfert. Il semble ne pas avoir les moyens de se reconnaître comme objet interne, la scène n’offrant pas suffisamment de distinction dedans-dehors, ou semble n’être que dehors. Il ne se reconnaît pas non plus comme objet transitionnel, puisqu’il n’y a pas de jeu justement entre un dedans et un dehors qui tous deux participeraient à la constitution de cet objet potentiel. L’analyste en vient donc à penser que la transitionnalité est court-circuitée, absente, qu’il n’y a pas de jeu, pas de représentation théâtrale. Devant l’échec du repérage d’une scène interne, sommes-nous justifiés de penser que nous occupons une place d’objet réel ou ne sommes-nous pas plutôt objet de malheur ? N° 10 TÉMOIGNER D’UNE PRATIQUE 81 ÉLYSE M ICHON Seront évoquées ici trois situations limites de l’analyse qui interrogent le statut de cet objet supposé réel. Les manifestations ici relatées peuvent se retrouver ou non chez une même personne, de sexe féminin ou masculin, et ont comme particularité de se présenter comme forme plutôt que comme contenu. 1- Je pense d’abord au statut des séances qui, pour certaines personnes, peuvent être vécues d’abord et avant tout comme une action. Les séances ont alors la valeur d’une rencontre concrète : avoir quelque chose à faire, avoir quelqu’un à voir. Il y a les jours-avec et il y a les jours-sans. Les joursavec sont des jours vivants, les jours-sans des jours morts qu’il faut tenter de rendre vivants en en faisant le récit le plus concret, le plus chronologique, le plus précis possible. Entreprise vaine qui a pour effet de ne rien communiquer et de laisser l’analyste plus mort que vivant. 2- Je pense aussi à ces rêves, ces rafales de rêves amenés en début de séances, récités de façon appliquée, parfois lus, mais jamais remémorés à l’occasion d’une association ou à la faveur du travail analytique. Ces rêves se présentent comme des cailloux, une monnaie d’échange, bout de papier préparé à notre attention, quelque chose à raconter, mais qui ne communique rien. Ces rêves sont le signe contraire de la capacité de rêver. Ici le rêve n’advient pas comme objet transitionnel ou dans un espace potentiel. Au lieu de l’écran du rêve, on a affaire à un écran de rêves qui protège contre l’intérieur (et peut-être aussi contre l’extérieur), un type d’acting-out, ou plutôt d’acting-in, destiné à masquer l’absence d’un espace du rêve dans la réalité psychique intérieure1. De ces rêves, l’analyste ne peut rien faire, comme s’il occupait la place de celui dont la pensée est sidérée devant quelque chose à décoder qui excéderait ses capacités d’élaboration. 3- C’est aussi de sidération qu’il est question dans la troisième forme de manifestation, soit le choc post-interprétatif. Je pense à ces silences de mort qui suivent certaines interprétations, interprétations qui ne changent absolument rien à la direction du récit, qui ne sont pas reprises dans la chaîne associative, donc, qui, à leur tour, comme les récits des jours morts et les rêves évoqués plus haut, ne communiquent pas. Comme s’il s’agissait d’un choc traumatique, le sujet s’absente, n’est plus là, se dissocie devant des paroles qui ont l’effet d’une altérité traumatique, l’effet d’une 82 T R A N S OBJET DE MALHEUR pénétration, d’un viol à coup d’implantation de sens qui dissout l’autre. Parfois le récit est repris, à la virgule près, où il avait été interrompu, et au mieux, ce qui est reçu est un morceau de voix, un morceau de pensée ingéré sans être assimilé. C’est l’interprétation comme objet concret, attendu, voire dégusté pour sa forme, plutôt qu’une interprétation comme objet transitionnel utilisable, objet de pensée qui pourrait faire penser. Apparemment, rien ne circule. À ces trois écueils limites de l’analyse, un quatrième pourrait être envisagé, soit la fin de l’analyse vécue comme la fin de tout, la mort : « hors de l’objet, point de salut ! », donnant lieu soit à l’analyse interminable, soit à des velléités de suicide jamais apparues jusque-là, peut-être un accident somatique ou encore un acting-out final qui viendrait court-circuiter l’impensable de la fin. Ces « actes-symptômes » de l’analyse, qui ne sont pas vécus comme des symptômes par l’analysant, peuvent nous amener à devoir penser le statut de l’analyste comme objet réel, les tenants et aboutissants de cette soidisant réalité et ce qui peut en résulter de psychanalytique. On peut alors être forcé d’élaborer ce qui est adressé à l’analyste comme étant une demande d’occuper la place d’un objet réel, avec un cadre porteur, porteur d’un holding jadis et toujours défaillant. En quoi donner prise à cette « demande de holding » pourrait éventuellement donner lieu à une déprise ? À quelles conditions cette position de « good enough mother » peut donner lieu à du psychique, du déplaçable, du transférable, de l’analysable ? Ce sont les questions qui se posent à l’analyste. Quand on compare la situation analytique à l’aune du paradigme du holding, on doit tenir compte du fait que le holding est toujours double, et, dans les termes de Winnicott, féminin et masculin 2. Le holding est double parce qu’il y a d’un côté un infans avec son pulsionnel et sa propension vers l’objet, et de l’autre une mère non moins pulsionnelle. Le holding est féminin et masculin en tant que porteur de l’élément féminin pur, soit l’« être », l’être de la mère, porteur de la possibilité d’une identification primaire à la mère qui « est », condition préalable à l’établissement du vrai self sans en être l’unique condition, et en tant que porteur de l’élément masculin, c’est-à-dire du « faire », donc du pulsionnel. Le maternel qui assure le vital le fait tout autant avec l’élément masculin, un faire traversé de part en part par le pulsionnel, le sexuel et ce qui en est refoulé, surtout N° 10 TÉMOI G N ER D’ UN E P R A TI Q U E 83 ÉLYSE M ICHON ce qui en est refoulé de façon originaire, c’est-à-dire l’inconscient. On sait aussi que la mère qui fait plus qu’elle n’est, induit l’obligation de percevoir avant d’apercevoir (au sens de l’aperception), de s’adapter à la réalité vécue comme une série d’empiétements, sans aire de repos, sans possibilité de recevoir en soi les motions pulsionnelles comme venant de l’intérieur. Ainsi, quand bien même la demande qui nous serait adressée serait une demande de protection « mur à mur » contre les empiétements, de restauration du pare-excitation, de mise en place de toutes les conditions pour rétablir la continuité d’être, tout cela ne peut se faire qu’en tentant de faire taire le pulsionnel de l’analyste sans toutefois ne jamais y arriver. Alors même qu’on se targue à la façon winnicottienne d’être la nounou ou la « good enough mother », on ne peut être, au mieux, que la « bad enough mother », parce que grevés de notre propre altérité à nous-mêmes étrangère, l’inconscient. Le « holding psychanalytique » ne peut être qu’une prise en compte de ce qui est autre en nous, de l’effraction traumatique que cette altérité peut représenter, tant pour soi que pour l’analysant, effraction traumatique qui est d’ailleurs le propre de la psychisation de l’être humain. L’irrémédiable « bêtise de l’inconscient » fait que l’objet est toujours perdu parce qu’absent à lui-même et l’origine du psychique toujours traumatique, le traumatisme venant tout autant de la pulsion et de son exigence de travail que de l’exigence de travail devant la pulsion de l’objet et sa représentation inconsciente. La bêtise ou l’absence énigmatique que représente l’inconscient de la mère ou du parent porteur peut soit donner lieu, avec l’aide de la mère traductrice, au mouvement de traduction et de refoulement des restes, et ainsi mettre la psyché en branle, soit, si le clivage domine chez la mère et que l’enfant ne peut traduire, produire un « hors lieu » qui donne le sentiment de ne pas exister, de ne pas être réel, bien qu’une pseudopsyché puisse, par ailleurs, avoir accès au langage, à certaines opérations psychiques, voire à des rêves 3 . Devant l’excessif de l’absence, de l’altérité c’est toujours le féminin, en tant que ce qui est passible, qui est atteint, traumatisé, effracté, et c’est là autant le propre de la vie psychique que les conditions de son inaccomplissement ou de ses ratés. Face aux traumatismes originaires tous n’ont pas la possibilité ou la capacité d’élaborer psychiquement. Certains peuvent avoir accès au transitionnel, s’inventer une névrose, créer et interpréter cette scène originaire. D’autres ne peuvent qu’avoir un accident somatique, 84 T R A N S OBJET DE MALHEUR agoniser psychiquement, avec ou sans désespoir, s’autocliver et ne pas pouvoir utiliser et symboliser cette absence ou cet excès. Si Winnicott nous rend sensibles à l’importance pour le narcissisme primaire de l’identification à l’élément féminin de la mère, à la mère qui est, pour accéder au sentiment d’être, J. André, lui, nous rend sensibles à un ajout essentiel. Pour lui, « être » est une abréviation de « être aimé » réintroduisant le sexuel au cœur même de cette identification à l’objet 4. Quant à moi, j’oserais ajouter que le narcissisme générateur de psychisation est lié aussi à l’identification au sein qui est et qui fait, c’està-dire un sein sexué au sens du refoulement originaire, donc un sein qui peut être porteur d’autre chose que d’amour, le sexuel ne se réduisant pas à l’amour bien entendu. Le sein peut aussi être porteur d’un désir de mort ou d’un sexuel mortifère insuffisamment intriqué ou encore d’un sexuel dont le caractère disruptif dominerait. « Je suis le sein » peut devenir « je suis le sein haï, je suis le sein détruit, je suis le sein-déchet », ou encore « je suis le sein intromis 5 ». Si « être », c’est-à-dire le féminin pour D. Winnicott, est condition de possibilité du vrai self, chez J. André, c’est la passivité originelle de l’infans qui, vectorisée par la passivité pulsionnelle, est reprise dans la féminité précoce (la femme orifice), objet d’un refoulement tout aussi précoce et majeur, féminité qui doit être réébranlée pour qu’il y ait analyse 6. Sans la participation de ce féminin, côté analysant, il ne pourrait y avoir analyse, ou alors seulement une analyse de type « as if » qui fonctionnerait comme une machine. J’ajouterais qu’un type de réaction thérapeutique négative peut être compris comme réaction au féminin qui fait défaut chez l’analyste parce qu’inaccessible ou clivé. L’analysant réagit à l’impossibilité de trouver chez l’analyste un étai pour retrouver cette position sans trop d’anéantissement. Du côté de l’analyste, quelque chose du féminin, ferenczien cette fois, soit le « vouloir souffrir » ou le « pouvoir souffrir 7 » est mis à contribution, est mis « en souffrance » pour que s’étaie sur lui la possibilité pour l’analysant de trouver cette potentialité de base de l’ébranlement pulsionnel relativement à l’abri des empiétements, pour que la pulsion puisse être vécue comme venant de l’intérieur et s’inscrive, parfois pour la première fois, dans un réseau devenu personnel de représentations. N° 10 TÉMOI G N ER D’ UN E P R A TI Q U E 85 ÉLYSE M ICHON Mais est-ce possible de partir uniquement de cette position pour que le sexuel retrouve sa capacité d’être transférable et l’interprétation la possibilité de remettre en mouvement la circulation des représentations ? u Ici s’impose à moi une vignette clinique qui, toujours dans l’esprit des situations limites de l’analyse décrites plus haut, a pour particularité de décrire ce qui se passe dans l’analyste, même dans son corps, plutôt que chez l’analysant. Il s’agit dans une analyse, de l’apparition sporadique mais régulière d’une séquence dans les séances, séquence immuable quant à l’ordre d’apparition des phénomènes. Première séance de la semaine : récit pour rendre le temps mort du « pas de séance » du week-end aussi présent que possible. Cela donne lieu à un récit précis, appliqué, qui m’endort. Malgré tous mes efforts pour rester éveillée, accrocher quelque chose, rien apparemment ne m’est communiqué sous une forme psychisable. Apparemment ! Deuxième séance : hypervigilance compensatoire de ma part, tentatives pour faire des liens, faire du sens, qui m’amènent à forcer les choses, faire effraction, « traumatiser ». Troisième et dernière séance de la semaine : que le contenu soit directement sexuel ou non, j’éprouve une excitation sexuelle dont je ne comprends pas qu’elle fasse irruption dans le corps plutôt que sous forme de fantaisies, de pensées sexuelles. Le retour dans mon corps de l’effet du discours est pour moi le signe d’un retour du clivé, un effet de l’irreprésenté, plutôt que le retour du refoulé. On dirait une séduction agie, même si elle passe par les mots et à l’insu de la personne qui parle, tout comme mon corps agit pour cette personne comme un corps réel qu’on déshabille, scrute, dévalorise ou idéalise, qu’on endort ou stimule. Tout cela ne parlerait-il pas d’un excès du sexuel qui n’a pas trouvé à s’inscrire dans la psyché sur un mode qui peut faire communiquer les représentations ? Peut-on supposer la présence chez la mère d’un élément venu bloquer le processus de traduction, tant dans son volet liaison des pulsions de l’enfant que dans l’assistance à traduire l’altérité parentale ? Je ferais l’hypothèse d’un désir de mort clivé et contre86 T R A N S OBJET DE MALHEUR investi donnant lieu à un désinvestissement narcissique surcompensé par un investissement fonctionnel hypersexualisé, sexualisation défensive contre la mort, peut-être sur le mode de pénétrations réelles dans les soins corporels, mais donnant lieu de toute façon à une intromission dévastatrice. Ce contre-investissement, au lieu de protéger la psyché naissante, laisse l’enfant aux prises avec l’obligation de percevoir avant d’apercevoir, d’investir une réalité plus que réelle et donne lieu à une capacité de représentation déficitaire. Cette sexualité de forcené qui ne passe pas par un réseau de représentations investies, déplaçables, refoulables et analysables, se fait passer pour de l’amour. La sexualité devient « faire du sexe » et être aimé devient être abusé, être violé, être intromis. Ce sexuel contre la mort ferait retour dans l’analyste de trois manières dans cette séquence singulière : • par un plus d’absence, s’endormir, ne plus pouvoir être partie prenante de cette scène de séduction originaire perversifiée, tout autant qu’être partie prenante de l’absence de signification, du vide maternel, du désir de mort sans toutefois pouvoir y échapper ; • par un plus de présence qui ignore sa propre absence traumatique, cherche à pénétrer par des interprétations prématurées, des mises en place, des mises en forme qui ne font que residérer la pensée ; • et, troisième cas de figure, le plus délicat, mais peut-être celui qui offre une ouverture : l’expérience en séance d’un trouble corporel, sexuel, retour du clivé dans l’analyste qui n’a pas le choix alors de se laisser effracter, affecter, pénétrer et laisser ainsi solliciter le féminin avec ce que cela soulève d’angoisse d’être atteint si profondément « dans sa chair », dirait Pontalis 8 . Mais peut-être peut-il ainsi rendre compte de l’obligation de considérer l’intromission traumatique, et surtout du recours au sexuel comme barrière, pour paradoxalement se protéger de cette intromission (ou protéger le self ?) Être objet sexuel en lieu et place d’être l’objet de malheur ou d’être objet insignifiant. Cette sexualisation défensive pourrait, devant l’horreur d’être l’objet de malheur, pousser l’analyste à un acting sexuel, ou pire encore, à nier l’horreur, la dénier et ne rien en faire. La position de l’analyste correspond à la fois à la sidération de l’enfant et au désinvestissement narcissique de la mère. L’analysant nous force alors à son insu et, c’est le cas de le dire, à notre N° 10 TÉMOI G N ER D’ UN E P R A TI Q U E 87 ÉLYSE M ICHON corps défendant, à psychiser l’impensable, et c’est en cela que l’analyste devient objet de malheur, en répétant le désinvestissement, en répétant l’intromission traumatique du contre-investissement, mais aussi en reconstruisant ou en construisant cette altérité indéchiffrable qui, si elle peut être psychisée et repsychisée par les protagonistes de la situation analytique, fait de l’analyste celui qui fait apparaître l’objet. Objet, qui est toujours objet de malheur pour toute psyché. u Dans ces analyses (ou moments de l’analyse) où l’analyste croit reconnaître qu’il est pris comme objet réel, qu’il est la mère, n’est-ce pas lui, l’analyste, qui, du fait de l’état limite, du fait de ce qui est sollicité en lui de ses propres limites, a du mal à reconnaître l’analysant en dehors de cette réalité, à le reconnaître comme un objet imaginaire... à symboliser ? N’est-ce pas lui qui prend l’analysant comme objet réel et qui n’arrive pas à lui reconnaître ce qui en est de son élaboration particulière (même si c’est par et autour du vide que cette élaboration se fait), à le reconnaître comme objet perdu à retrouver, à le créer-trouver par la voie de l’élaboration psychique, de l’imaginaire et du jeu de la traduction/refoulement des restes de l’inconscient de l’autre, étranger à lui-même comme à l’autre ? C’est l’étranger de l’analyste qui doit se penser, pour pouvoir penser l’étranger de l’autre dans l’analysant. Mais comment s’appuyer sur ce qui n’est pas nous, sur ce qui nous échappe irrémédiablement ? Comment tenir compte du fait qu’il y a de l’originaire dans l’un comme dans l’autre, sinon comment y aurait-il humanité sans une psyché, aussi peu élaborative soit-elle ? Comment tenir compte de ce qu’on fait de ce qui n’est pas élaborable, y compris le sexuel qui désire la mort, le sexuel mortifère, la violence de mon étranger ? Le plus de présence réclamée à l’analyste n’est pas tant un plus de présence à l’analysant qu’un plus de présence à ce qui nous échappe, s’absente, est étranger à nous-mêmes, un plus de présence à l’autre en nous. La réalité qu’on nous demande de reconnaître, c’est la réalité de l’inconscient en tant qu’inconscient de l’autre, celui du parent comme le nôtre. Ainsi l’analyste, 88 T R A N S OBJET DE MALHEUR de par son propre refoulement, ne peut échapper à devenir l’objet traumatique de la psyché : l’objet de malheur. u NO TE S 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. M. Khan, « De la bonne et de la mauvaise utilisation du rêve dans l’expérience psychique », in Le soi caché, Paris, Gallimard, 1976, p. 373-383. D.W. Winnicott, « La créativité et ses origines », in Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975, p. 91-119. On a vu plus haut que produire des rêves et avoir la capacité de rêver sont deux choses différentes. On peut rêver sans jouir d’un espace de rêve. L’élaboration est alors fermée sur elle-même, ne communique rien, ne s’élabore pas dans un espace potentiel ouvert sur sa propre dramatisation et création de sa vie personnelle. Ajoutons par ailleurs, que lorsque la capacité de rêver est présente, elle peut avoir deux vecteurs. Un vecteur régrédient reconnu au service de la régression, mais aussi un vecteur progrédient, c’està-dire au service de l’organisation de l’inorganisé, de la figuration du chaos pulsionnel. Le sujet se communique quelque chose à lui-même de ce pulsionnel chaotique. J. André, « L’objet, mode d’emploi », présentation au VI e Colloque Trans, 26 septembre 1997. Pour J. Laplanche, l’intromission est la version violente et dévastatrice de l’implantation de la séduction qui structure l’inconscient originaire. La révolution copernicienne inachevée, Paris, Aubier, 1992. J. André, Aux origines féminines de la sexualité, Paris, P.U.F., 1995. S. Ferenczi, « Du principe masculin et féminin dans la nature », in Journal clinique, Paris, Payot, 1985, p.89-90. J.-B. Pontalis, « ÇA en lettres capitales », in La bêtise de l’inconscient, Montréal, Lanctôt Éditeur et Société psychanalytique de Montréal, 1996. N° 10 TÉMOI G N ER D’ UN E P R A TI Q U E 89