Cas clinique 2 / Un cas de TED / NOS
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Cas clinique 2 / Un cas de TED / NOS
Cas clinique 2 / Un cas de TED / NOS Présentation du cas clinique : Emilie Marie TOUATI-PELLEGRIN Pédopsychiatre Emilie est une petite fille de maintenant 8 ans que nous suivons depuis l’âge de 4 ans dans le service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker -Enfants malades. Il s’agit d’une enfant qui présente un trouble envahissant du développement non spécifié. Elle a été diagnostiquée dans notre unité de jour quand j’y étais interne. Elle a été depuis prise en charge à la consultation de Necker par le Dr Vion puis par moi-même quand j’ai pris sa suite en tant que CCA. Je vais commencer par vous raconter l’histoire d’accès aux soins d’Emilie et le motif de consultation dans le service de pédopsychiatrie : C’est la maitresse de PSM qui a alerté les parents d’Emilie. Ceux-ci disent qu’ils avaient noté des difficultés de leur fille avant que la maitresse les leur signale, néanmoins, ils n’avaient pas jugé nécessaire de consulter. Dans ce contexte, les parents d’Emilie ont tout d’abord consulté en ORL en libéral. Puis, ce médecin les a adressés dans le service d’ORL de l’hôpital Necker-Enfants malades. La psychologue d’ORL a reçu ces parents et Emilie et c’est donc elle qui nous les a adressés par la suite. La psychologue d’ORL nous a dit avoir rencontré une enfant très craintive qui avait besoin de temps pour accepter de rentrer en contact avec autrui. Elle décrivait son contact comme fluctuant. Emilie regardait l’adulte quand il lui parlait. Néanmoins, ses réponses aux sollicitations étaient irrégulières. Parfois, Emilie ne réagissait pas et n’initiait pas d’interactions avec autrui. La psychologue avait observé des jeux sociaux d’Emilie et un début de jeux symboliques (avec sa poupée). Emilie sollicitait rarement son entourage pour faire des jeux partagés et présentait une forme de persévération dans ses jeux. Ainsi, elle aimait faire des puzzles, jouer à l’ordinateur et y apprendre les chiffres et les lettres. Durant ses jeux, Emilie pouvait faire de courtes phrases. Elle présentait une écholalie immédiate et différée et jargonnait. La psychologue du service d’ORL de Necker nous a donc adressé Emilie et ses parents en consultation. (Consultations avec E. Vion et hospitalisation à l’UDJ ) Lorsqu’Emilie a été adressée dans le service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker, elle avait 4 ans. Emilie a tout d’abord rencontré le Dr Vion qui l’a ensuite adressée à l’unité de jour d’évaluation. Il s’agit d’une unité de jour qui a pour mission, dans le cadre du centre d’évaluation des pathologies du spectre de l’autisme, d’évaluer ces enfants. Ainsi, les patients qui y sont admis Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 sont hospitalisés de jour pour trois semaines du mardi au vendredi afin de leur permettre de se poser et de nous montrer aussi ce qui va bien chez eux. Les patients y sont reçus par une équipe multidisciplinaire comprenant psychologues, psychomotriciens, orthophoniste, éducateur de jeunes enfants, infirmier, aide-soignant, assistante sociale, enseignant de l’éducation nationale et médecins pédopsychiatres. En outre, au cours de cette observation, les enfants sont vus systématiquement par une neuropédiatre, des généticiens et ils bénéficient des bilans somatiques recommandés par l’HAS (audiogramme, EEG, ophtalmo, IRM cérébrale à distance, bilans métaboliques et génétiques orientés selon les points d’appel de l’enfant). Dans le même temps, les parents des enfants sont reçus deux fois par semaine par l’interne qui retrace l’anamnèse de l’enfant, de sa famille, de ses troubles, qui donne aux parents progressivement les premiers résultats et qui recueille leur perception et leur compréhension des troubles de leur enfant. A la fin de l’hospitalisation de l’enfant, les parents sont reçus par le PH responsable de l’unité avec l’interne pour leur donner le diagnostic de leur enfant et les préconisations de prises en charge. Ils sont aussi reçus par l’assistante sociale qui les aide dans leurs démarches, notamment lorsqu’il s’agit de trouver un lieu de soin de jour ou à temps plein pour leur enfant. C’est dans ce contexte, que j’ai rencontré Emilie et ses parents. Ainsi, j’ai reçu la mère d’Emilie seule, le père d’Emilie seul, les deux parents ensemble et Emilie avec ses deux parents. Ce temps d’hospitalisation de trois semaines est souvent un moment très dense pour les parents qui sont constamment sollicités par des rendez-vous avec ou sans leur enfant. Dans le cas d’Emilie, ses parents, et surtout sa mère, ont investi cet espace de façon assez massive et ont pu aborder bon nombre d’aspects de leur vie personnelle et familiale dont il n’a plus jamais été question ensuite. Eléments biographiques : Emilie est la seconde d’une fratrie de deux. Elle a une sœur aînée, Bérénice, qui a 3 ans de plus qu’elle. Bérénice est décrite par ses parents comme étant vive, bavarde (« elle parle pour deux ») et lisant beaucoup. La mère d’Emilie lors des premiers entretiens que j’ai pu avoir avec elle nous a très rapidement parlé de ce qu’elle considère comme étant à l’origine des difficultés de sa fille, soit ses difficultés lors de la grossesse pour Bérénice. Bérénice est née 2 j post-terme par césarienne pour souffrance fœtale aigue dans un contexte de travail inefficace. Bérénice est née en province. C’est l’année suivant sa naissance que sa famille est arrivée à Paris. Monsieur a été muté pour son travail et madame dit en avoir été très contente. Elle a alors arrêté de travailler car elle ne trouvait pas de mode de garde pour Bérénice. Puis, elle a pu reprendre une activité comme intérimaire, très peu de temps avant de tomber enceinte d’Emilie . Elle a alors à nouveau cessé toute activité professionnelle jusqu’aux 3,5 ans de sa seconde fille. Lors de l’entrée à l’école d’Emilie, Madame a recommencé à travailler. Madame travaille comme cadre dans l’édition. Elle avait 33 ans quand Emilie est née. Monsieur avait 36 ans. Il est entrepreneur. Depuis la reprise d’une 2 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 activité professionnelle de madame, c’est lui qui s’occupe des enfants le soir car elle rentre plus tard. Pour reprendre l’histoire d’Emilie à son début, voici l’histoire de la grossesse- et son histoire développementale : Durant sa grossesse, madame a été suivie pour une hypertension artérielle gravidique. Cette période a été difficile pour cette maman qui rapporte des angoisses importantes qu’elle lie à une FCS survenue à 8SA, 6 mois auparavant. Madame raconte au sujet de sa FCS, dans un mouvement de dénégation : « Je n’étais pas investie dans cette grossesse. J’étais malheureuse au cours de la FCS, mais soulagée ». Pendant qu’elle était enceinte d’Emilie, Madame dit avoir eu des pertes de sang et s’être sentie très triste. Elle précise ne pas avoir voulu savoir le sexe d’Emilie avant sa naissance, contrairement à son mari. Et dit au sujet de son mari : « Ils ne comprennent pas les angoisses, les hommes ». Elle dit également que sa tristesse se serait arrêtée brutalement à la naissance d’Emilie. Quant au père d’Emilie, il rapporte ne pas avoir noté de différences entre les grossesses de sa femme. D’ailleurs, il expliquait « je ne garde que les bons cotés de la grossesse » (et en entendant cela, je me disais : il y a donc eu des mauvais cotés !). Il évoque le fait que sa femme était plus angoissée par l’accouchement lors de la grossesse d’Emilie (probablement en rapport avec les difficultés survenues lors de la naissance de leur fille ainée). Le choix du prénom Emilie a été expliqué par sa mère. Elle dit qu’elle trouve les sonorités de ce prénom très douces. L’accouchement a été réalisé par césarienne pour rupture prématurée des membranes et non-progression sur utérus cicatriciel. Emilie pesait 3050 g et avait un périmètre crânien de 35 cm à 37 SA. Nous n’avons pas de notion de souffrance fœtale aigue. Son score d’Apgar était à 10.10. Il n’y avait pas de notion d’hypotonie néonatale Madame l’a allaitée durant trois mois et demi. Elle dit avoir aimé cette période. Les premières interactions sont décrites comme ayant été de qualité. Sur le plan du développement psychomoteur : Position assise : 6-7 mois Marche : 18 mois. Les parents d’Emilie décrivent qu’elle aurait eu peur de se lâcher, une appréhension à marcher. Ses parents la décrivent comme étant « grande mais maladroite ». Premiers mots : 18-24 mois Mots-phrase et phrase à deux mots ont suivi, mais le « je » n’était pas apparu à 4 ans Propreté acquise le jour mais pas la nuit. Objet transitionnel doux. Pointing acquis Pas de sélectivité alimentaire Avant son entrée à l’école, Emilie a été gardée par sa mère qui la confiait parfois dans une halte-garderie quelques demi-journées. A son entrée en 3 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 maternelle, quelques mois avant sa prise en charge dans notre service, Emilie était gardée le soir à la sortie de l’école par une nounou polonaise. Pour ce qui est de sa sensibilité aux séparations, la mère d’Emilie décrivait deux périodes distinctes, avant et après l’entrée en maternelle. En effet, avant le début de sa scolarisation, Emilie ne témoignait de peu de difficulté à se séparer de sa mère. En revanche, depuis l’entrée en petite section de maternelle, Emilie pouvait pleurer le matin lorsque ses parents la laissaient à l’école. Pour détailler l’histoire de la famille d’Emilie: Sa mère est la deuxième d’une fratrie de deux. Elle a une sœur de 2 ans son ainée. Les parents de Mme ont divorcé quand elle avait onze ans. Elle ne voit plus son père et ne sait pas s’il a eu d’autres enfants mais imagine qu’il aurait pu en avoir d’autres. La seconde femme de son père avait trois filles plus âgées que madame. La grand-mère maternelle d’Emilie s’est elle aussi remariée et a eu deux autres enfants de ce second mariage. Madame dit avoir encore actuellement des relations compliquées avec ses parents. Elle ne voit que très peu sa mère et dit que quand elle était petite, elle a vécu chez sa tante et ses grands parents. Elle dit aussi qu’elle ne veut pas trop en parler. Ses enfants ne savent pas vraiment, selon elles, qui sont leurs grands parents maternels. Quant au père d’Emilie, il est le deuxième de sa fratrie. Il a une sœur de deux ans son ainée. Et deux demi-sœurs du côté maternel qui ont 10 ans de moins que lui. Ses parents ont divorcé quand il avait 7 ans. Ils se sont tou s les deux remariés. Son père n’a pas eu d’autre enfant. Quant à l’histoire de leur parentalité : M et Mme vivaient ensemble depuis 10 ans quand ils ont eu Bérénice qui est arrivé un peu par hasard. Emilie aussi. D’ailleurs, ils peuvent en dire : « on sait une chose, on ne veut pas de troisième ». Histoire des troubles d’Emilie : Lors de l’hospitalisation d’Emilie à l’unité de jour, les parents d’Emilie rapportaient que les troubles de leur fille avaient débuté quand elle avait deux ans. Cette notion me semble importante à souligner car depuis plusieurs mois je me suis rendue compte que leur théorie autour de la maladie d’Emilie avait évolué et qu’ils situaient le début de ses difficultés à sa naissance. Néanmoins, lorsque je les ai rencontrés, ils considéraient que leur fille n’avait pas présenté de particularité avant l’âge de deux ans. Madame expliquait, lors de cette hospitalisation à l’UDJ, qu’elle trouvait sa fille étonnante car elle faisait des piles de livres autour d’elle et refusait qu’on les lui lise. Emilie ne jouait pas non plus avec sa soeur et refusait le contact avec les autres enfants même très familiers. Madame rapportait s’être sentie exclue de la relation avec Emilie et en même temps pouvait dire « c’est confortable puisqu’elle ne demande rien (indiquant ainsi sa culpabilité)». L’utilisation du présent soulignait ici à quel point la souffrance de Madame était encore très actuelle. Elle disait également au sujet de cette période qu’Emilie« était trop calme et qu’elle ne dérangeait pas assez ». Peu 4 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 de temps avant de venir consulter, les parents d’Emilie avaient compris ce refus interactif comme étant une attente de stimulation de leur part. Comme je vous le disais précédemment, l’inquiétude des parents s’est accentuée quand Emilie a eu trois ans et qu’elle a commencé à aller à l’école. En effet, ils pensaient que la scolarisation en maternelle pourrait résoudre ses difficultés relationnelles. Or la maitresse d’Emilie en PSM a signalé à ses parents les difficultés de leur fille. La maitresse décrivait une enfant qui avait du mal à parler en classe, à répondre aux consignes et à avoir des interactions avec les autres enfants. Au sujet des difficultés scolaires d’Emilie, ses parents pensaient que leur fille était facilement angoissée dans un contexte de groupe d’enfants et que c’était cette angoisse qui expliquait ses difficultés d’adaptation à la vie scolaire. La mère d’Emilie rapportait que sa fille était « seule à l’école, malheureuse, sans amis ». Elle disait d’ailleurs : « ça m’a inquiétée que les gens me renvoient le fait qu’Emilie allait mal ». En entretien pédopsychiatrique avec le père, celui-ci a pu demander : « quel est le bug ? » en parlant de sa fille. Monsieur se décrivait lui-même comme étant « moins angoissé que (sa) femme », mais « choqué par ce que l’école (lui) avait dit au sujet d’Emilie ». Pour reprendre les antécédents médico-chirurgicaux : Personnels d’Emilie : Elle a été hospitalisée à l’âge de 18 mois pour une déshydratation dans les suites d’une gastroentérite Et elle a présenté une chute avec trauma crânien vers l’âge de 3 ans. La maman décrit sa fille comme ayant été somnolente et ayant vomi à ce moment-là. Sur le plan familial : La mère d’Emilie a subi une thyroïdectomie totale tout comme la GMM d’Emilie Le GPM d’Emilie souffre d’une leucémie chronique depuis 15 ans Nous avons noté une dépression chez la tante maternelle d’Emilie et un cousin de son père. Les examens somatiques réalisés lors de l’hospitalisation à l’unité de jour suivant les recommandations de la Haute Autorité de Santé : Un audiogramme a été réalisé, il était normal. Le bilan neuropédiatrique était normal. EEG (veille endormissement sommeil) normal. IRM cérébrale couplée à une spectroscopie normale Bilan génétique sans particularité Le bilan somatique n’a donc pas permis de trouver une organicité aux troubles d’Emilie. L’observation dans l’unité a permis de voir une évolution d’Emilie au cours des trois semaines. C’est d’ailleurs le but de cette observation sur un assez long temps que de voir le meilleur de l’enfant. Au début de son hospitalisation, Emilie se montrait assez craintive. Elle parlait très doucement et pouvait prononcer quelques mots ou phrase adaptés au contexte. Elle présentait des moments d’écholalie, de jargon et de soliloques. 5 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 Son contact était bon mais assez fluctuant dans la relation. Emilie pouvait présenter un regard périphérique et se rapprocher des objets mais également des stéréotypies giratoires et de sautillement. Elle se montrait capable d’imitation comportementale et verbale. Elle jouait avec les autres enfants et présentait des jeux de faire semblant. Néanmoins, elle pouvait se désorganiser en présence d’autrui. En effet, le regard de l’autre était perçu comme intrusif. Quand Emilie était face au miroir, elle pouvait dire « je » en se regardant. Durant cette hospitalisation, Emilie présentait une angoisse massive corporelle : elle portait sans cesse des pansements sur ses doigts alors qu’elle n’avait pas de blessure. Au fur et à mesure de l’hospitalisation, le nombre de pansements a augmenté. Sa mère nous disait que si elle refusait de lui mettre ces pansements ou qu’elle lui proposait de les enlever, Emilie se montrait très angoissée. Dans l’unité de jour, ces pansements semblaient être une seconde peau pour elle et quand on voulait les lui enlever, elle refusait également. Face aux comportements parfois étranges de cette enfant nous nous sommes interrogés quant à d’éventuelles hallucinations. Lors des entretiens, sa mère nous a dit observer des rires immotivés et des ruptures du contact brutales sans facteur déclenchant évident. Madame disait se demander également si sa fille n’était pas hallucinée. Progressivement, au fur et à mesure des trois semaines d’hospitalisation, son contact avec les autres enfants s’est amélioré. Elle se montrait très docile avec les adultes. Mais elle présentait toujours une amimie et des angoisses lors des lavages de mains et lorsqu’on voulait lui enlever ses chaussures. Lors de cette hospitalisation, nous avons pu observer qu’Emilie ne présentait pas de troubles de l’alimentation mais des troubles du sommeil à type de troubles de l’endormissement lors des siestes. Le bilan psychomoteur réalisé montrait un retard hétérogène des acquisitions avec des compétences en décalage avec son âge et des compétences au-delà de son âge (s’étalant de moins de 3 ans jusqu’à 6 ans pour un âge chronologique de 4 ans). Ce retard était également présent sur le plan du langage. Elle pouvait se montrer fluctuante dans ses capacités. Son bilan psychologique a été difficile à réaliser. Elle s’échappait de la relation en jargonnant. Elle était écholalique, échopraxique et imitait de façon stérile, automatique. Elle pouvait être amimique. Emilie semblait à la fois vide et triste. Néanmoins, au fur et à mesure de l’hospitalisation, elle nous est apparue comme étant plus vide que triste. Emilie pouvait sembler absente, éteinte dans la relation aux autres. La question d’un traitement médicamenteux par antipsychotique à visée anxiolytique et antiproductive s’est posée pour cette enfant. Ainsi, nous avons débuté un traitement par risperidone à petite dose (0,25mg le soir) Conclusion de l’hospitalisation à l’udj et orientation que nous avons préconisée sont les suivantes: 6 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 Emilie présentait un trouble envahissant du développement non spécifique avec des éléments dépressifs pour lequel nous avions introduit un traitement par Risperdal pour permettre à Emilie de s’apaiser et d’être moins angoissée. L’observation a montré les capacités évolutives d’Emilie, et que nous recommandions de les soutenir par des prises en charge multidisciplinaires au CMP de son secteur (psychomotricité, orthophonie et psychothérapie individuelle) ainsi qu’une scolarité adaptée (avec la mise en place d’une AVS) afin de maintenir un étayage qui lui avait permis d’évoluer positivement durant cette hospitalisation à l’UDJ. Lors de cette hospitalisation d’évaluation, la mère d’Emilie a pu dire que sa propre mère ne la soutenait pas dans son questionnement autour des difficultés de sa fille. Selon la GMM, Emilie était une petite fille indépendante, capricieuse avec un mauvais caractère. Emilie aurait tendance à dire « non » quand elle serait angoissée selon madame, ce que les grands parents perçoivent comme étant une enfant qui tient tête aux adultes. Ainsi, le weekend précédant l’hospitalisation à l’udj, Emilie a été avec ses parents et sa sœur a une réunion de famille. Elle s’est montrée plus dans le contact avec ses cousins, mais disait « non, arrête » aux adultes qui voulaient la toucher ou quand il y avait trop d’excitation qu’elle n’arrivait pas à gérer. Lors de mes entretiens avec les parents d’Emilie une relation de confiance a pu se mettre en place. Je trouvais la mère d’Emilie très fine dans ses observations de sa fille. Elle se mettait à sa place, essayait de la comprendre et de l’aider. Dans les suites immédiates de l’hospitalisation à l’unité de jour monsieur était nettement plus effacé lors des consultations. Erwan Vion avait noté « comme s’il ne voulait pas entendre ». Monsieur disait s’être senti, attaqué par les rendez-vous qu’ils avaient eu au CMP. Les parents d’Emilie se disaient épuisés et pensaient que le Risperdal n’était pas assez fort. Ainsi, le Dr Vion a augmenté le traitement à 0,35mg de Risperdal par jour. Au retour de vacances, Emilie semblait très angoissée et se bouchait les oreilles, les yeux… Madame pensait qu’il s’agissait d’une prise en compte plus significative de l’autre. A ce moment-là, la prise en charge sur l’intersecteur s’est intensifiée. Emilie a pu commencer à bénéficier d’une psychothérapie individuelle deux fois par semaine avec un psychologue et il lui a été proposé une prise en charge en CATTP. Cette prise en charge intensive semble avoir porté rapidement ses fruits dans la mesure où 5 mois après son début, le Dr Vion notait une amélioration sensible du contact, du langage qui était nettement plus adressé. Son jeu symbolique pouvait être partagé. Puis Emilie s’est mise à être sensible à l’humour. Ses parents ont alors souhaité diminuer le risperdal à 0,25mg/j. Dès l’année scolaire suivante (alors que le CATTP était mis en place depuis 10 mois environ), les parents d’Emilie ont souhaité que cette prise en charge cesse. Ils ne remarquaient plus de progrès chez leur fille. Le contact d’Emilie était alors nettement moins bon, tout comme son langage. Emilie évitait le regard d’autrui. La consultation suivante, Emilie était opposante et tournait le 7 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 dos au Dr Vion. Ses parents ont tenu néanmoins à arrêter le risperdal. Lors de cette consultation, le dr Vion leur a annoncé également son départ prochain du service de pédopsychiatrie. La consultation suivante, les parents d’Emilie avaient repris d’eux -mêmes le risperdal. Leur fille était devenue méfiante et avait présenté des accès de colère, d’opposition sans risperdal. Une réunion à l’école avait conclu au passage d’Emilie l’année suivante en CP et ainsi, l’arrêt du CATTP. Le Dr Vion a soutenu l’idée que le CATTP pouvait se poursuivre 2 demi-journées par semaine pendant l’année de CP, ce qui ne s’est fait que durant le premier trimestre du CP d’Emilie. Lorsque j’ai pris la suite d’Erwan Vion, Emilie et ses parents ont fait le lien avec l’hospitalisation à l’unité de jour. Lors de notre première consultation en 2012, Emilie était donc au CP et avait donc 6,5 ans. Les parents avaient décidé d’eux-mêmes (avec le départ du Dr Vion) d’arrêter le CATTP. Elle avait donc, et a toujours, comme prise en charge : Psychothérapie individuelle 2 fois par semaine sur le secteur Orthophonie deux fois par semaine en libéral. Ses parents se disaient mécontents de l’orthophoniste qui n’était pas assez « rentre-dedans » et projetaient de changer d’orthophoniste. La mère d’Emilie m’a alors expliqué qu’elle se posait beaucoup de question quant à sa responsabilité dans la maladie d’Emilie. Elle disait penser qu’elle avait fait une dépression à la naissance d’Emilie (alors qu’au début de la prise en charge elle disait que sa tristesse avait disparu avec la naissance de sa fille). Madame a pu aussi m’expliquer que selon elle sa dépression a vait rendu Emilie malade. Ainsi, cette maman qui s’est probablement documentée sur internet, a lu des livres sur la maladie de sa fille et surtout doit faire avec sa culpabilité et sa tristesse d’avoir une petite fille très malade a reconstruit son histoire et celle de sa fille de cette façon. Lors de cet entretien, madame était demandeuse de conseils éducatifs et se posait la question de débuter une psychanalyse pour elle. Au rendez-vous suivant, les parents d’Emilie sont là tous les deux. Monsieur est très fermé. Quand j’évoque l’idée de rendez-vous plus réguliers qui n’auraient pas pour seul objet Emilie mais aussi leur propre souffrance, monsieur balaye cette proposition, disant « on a autre chose à faire » et « ça prend trop de temps ». Madame se tait. Je reçois ensuite un compte rendu de bilan orthophonique de la nouvelle orthophoniste qui porte exactement le même nom que le psychologue d’Emilie (avec une légère différence à l’écrit) quand j’ai pu évoquer cet aspect-là avec Emilie elle m’a affirmé ne pas l’avoir remarqué… Le CR bilan orthophonique décrit donc une enfant : Participante, souriante, détendue avec quelques ruptures de contact où Emilie se met à « raconter quelque chose qui n’a rien à voir avec le contexte ». Néanmoins, Emilie est facile à remobiliser et à remettre en situation. Epreuves verbales montrent un : Stock lexical un peu faible. En difficulté pour l’expression syntaxique, notamment dans la répétition de phrases tout comme dans les épreuves de compréhension verbale. 8 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 Quant aux épreuves non verbales elles soulignent : un graphisme en difficulté. Les reproductions de figure en copie sont impossibles à réaliser Toutes les autres épreuves sont réalisées et situent cette enfant dans la moyenne forte des enfants de son âge. Ainsi, l’orthophoniste note un décalage de 3 à 6 mois pour l’ensemble des apprentissages du CP Et préconise une rééducation 2fois par semaine Les trois consultations suivantes, Emilie est accompagnée par son père exclusivement. Madame est alors systématiquement dans sa voiture, en retard, téléphonant à son mari en cours d’entretien et renonçant finalement à venir. A notre avant dernier rendez-vous, Monsieur et Emilie sont arrivés très en avance. Lorsque je les ai reçus, il était très énervé disant que ça faisait une heure qu’il attendait et qu’Emilie avait raté son cours de piscine pour ce rendez-vous. Je lui ai expliqué qu’ils avaient été en avance mais que je les prenais à l’heure prévue du rendez-vous. Monsieur a alors dit « on pourrait se voir plus souvent quand même ! ». La discussion était impossible tellement monsieur était fâché. Nous avons donc repris un rendez-vous très proche et je lui ai dit que j’étais tout à fait d’accord pour les recevoir plus souvent. A notre dernier rendez-vous, Monsieur est encore arrivé seul avec Emilie. Comme a chaque consultation j’ai reçu Emilie seule tout d’abord. Elle était très enjouée. Elle parlait beaucoup et dessinait. Elle a voulu dessiner la famille Peter Pan et la fée Clochette. Quand j’ai reçu monsieur, il m’a expliqué que Madame était à un rendez-vous professionnel très près de Necker. Encore une fois, il était au téléphone avec sa femme qui lui faisait une liste de ce dont il devait me parler. Emilie a dit tout doucement, mais assez fort pour que j’entende « j’espère que tu auras la gentillesse d’attendre Maman ». Nous avons donc décidé « d’attendre (sa) Maman ». Quand la mère d’Emilie est arrivée, celle-ci s’est assise sur sa mère, son ventre contre celui de sa mère. Lors d’une précédente consultation, Emilie avait déj à eu un comportement analogue. Néanmoins, ce qui m’a frappée dernièrement c’est à quel point Emilie était décidée à « rentrer dans » sa mère et comment sa mère la laissait essayer de « rentrer en elle » tout en essayant de faire comme si de rien n’était. Les seuls mots qu’elle a utilisés pour donner du sens à ce qui se produisait étaient « j’ai un grand bébé ». Quant au père d’Emilie, dès que madame est arrivée, il s’est tu, la laissant parler. La mère d’Emilie avait différentes demandes autour du risperda l qu’ils avaient d’eux-mêmes non pas arrêté mais donné un jour sur deux seulement. En effet, elle se demandait si le début de puberté d’Emilie ne pouvait pas être expliqué par ce médicament. Ils souhaitaient donc essayer de l’arrêter. Je leur ai proposé un protocole d’arrêt du risperdal et une consultation pédiatrique pour évaluer cette puberté qui commence très tôt en effet chez Emilie qui a maintenant 8 ans. Lorsque je leur ai proposé de reprendre rendez-vous, madame proposait une date quelques mois après. J’ai rappelé la demande du père du rendez-vous précédent d’avoir des consultations plus rapprochées. Elle a dit alors en riant « oui ! Il en a besoin ! ». Monsieur s’est alors remis à parler en bougonnant « il paraît qu’il va neiger ! » et en se plaignant de la météo parisienne… 9 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 Conclusion : -En conclusion, je voulais souligner en vous présentant cette situation les difficultés d’alliance que nous pouvons ressentir dans les familles où un enfant souffre de trouble envahissant du développement. Pour ce qui est d’Emilie et sa famille, l’alliance me semble mouvante, fragile et tenue mais bien là malgré tout. -Par ailleurs, un élément m’a particulièrement marqué lorsque je rédig eais cette observation. Il s’agit de l’agressivité non dite entre les deux paren ts d’Emilie, comment monsieur interdit à madame de recevoir l’aide qu’elle demande et comment elle le lui renvoie quand il commence enfin à bouger et à formuler une demande. -Pour finir, il me semble que la maladie d’Emilie constitue une grande blessure narcissique pour ces gens qui réagissent de façon assez différente l’un et l’autre. Madame a reconstruit, modifié son discours concernant la toute petite enfance d’Emilie, comme si elle était la seule responsable, coupable des difficultés de sa fille, se disqualifiant énormément tout en étant extrêmement attentive à sa fille. Discussion Jacques Angelergues Psychanalyste Il n’est pas inutile de rappeler en préambule que, pour le psychanalyste engagé dans le soin psychiatrique que je suis, en 2013, il n’y a p as d’autre option possible face aux TED, TED NOS ou TSA, que celle d’une prise en charge multidimensionnelle, « plurielle », mobilisant des compétences différentes, dans une stratégie thérapeutique intégrée. Pas inutile non plus de rappeler que l’éthique du psychanalyste le conduit à n’exclure personne de la recherche du sens et de l’attention portée aux conditions du travail psychique, à commencer par ceux qui refusent le contact, s’organisent dans le retrait, et même quand ils sont sans langage. Les psychanalystes ont appris de la fréquentation des autistes et ils ont également apporté une contribution à la compréhension de la clinique de l’autisme : Winnicott, Bion, Meltzer, Tustin et Haag, Houzel, Ribas, Golse, Laznik, Danon-Boileau, Suarez-Labat, pour ne citer qu’eux, ont décrit les angoisses agoniques qui accompagnent la difficulté d’intégration des différents flux sensoriels et les entraves à l’engagement de la communication, tout comme les aménagements spécifiques constitués par l’identification adhésive et ce clivage particulier qu’est le démantèlement. Pour en revenir à Émilie, je veux d’abord saluer la qualité de la présentation de Marie Touati-Pellegrin et manifester ma pleine approbation de la conduite de cette prise en charge, en soulignant tant son professionnalisme que sa sensibilité. C’est en petite section de maternelle que l’école alerte des parents… qui avaient déjà noté des difficultés avant, mais il aura fallu cette alerte de l’extérieur, comme souvent, pour que des soins s’engagent. D es soins qui partent du côté de l’instrumental, l’ORL en l’occurrence, ce qui apparaitra à la 10 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 psychologue de ce service comme en partie mal orienté, mais cet engagement instrumental comporte sa part de vérité. Enfant craintive, avait noté la psychologue, qui n’entre en contact qu’après un temps de latence et dont la qualité de contact reste fluctuante. Ce n’est pas parce qu’un enfant « est en difficulté pour des raisons instrumentales que son appétence à la communication n’en est pas moins avérée, tout comme son besoin de jouer » a écrit Laurent Danon-Boileau. C’est bien ce qu’observe la psychologue qui décrit des jeux symboliques, quelques jeux partagés avec son entourage, une propension aux jeux solitaires sur ordinateur, avec des puzzles. Le tout accompagné d’un maniement singulier du langage… qui met son interlocuteur dans une position assez difficile. Dès la période d’observation à « l’unité d’évaluation », les parents sont reçus à plusieurs reprises (2 fois par semaine) : ils peuvent être tenus informés des premiers résultats de l’évaluation – ce qui est fondamental – et écoutés, tant pour qu’ils puissent collaborer en livrant leurs perceptions, leur compréhension, que pour soit pris en compte ce que leur fille, si déroutante, leur fait vivre. Ils peuvent faire part de leur désarroi devant cette enfant si « étonnante » comme le dira la mère. Dès cette première évaluation, on note que l’investissement par les parents de cet espace est massif ; ils vont livrer beaucoup d’éléments de leur vie personnelle, familiale… dont il ne sera plus question ensuite. Ce dernier point est très important : il souligne l’ampleur des difficultés que vivent ces parents au contact de leur fille et ce qu’elles réactivent, réveillent ou actualisent de leur passé. La dimension traumatique de ces réactivations est au premier plan et contribue fortement aux difficultés qu’ils rencontrent dans les échanges avec Émilie ; cette dimension traumatique rend compte aussi de la difficulté pour eux à évoquer le passé. Madame a recommencé à travailler quand Émilie est entrée à l’école ; on peut aisément penser que cela répondait à des besoins familiaux et personnels tout à fait respectables, mais cela a certainement conduit à une modification de la disponibilité maternelle au moment même ou la petite fille affrontait les changements importants dans son environnement du fait de son entrée à l’école. La mère dira plus tard que l’entrée à l’école a fait apparaître des difficultés de séparation qui ne se manifestaient pas auparavant. Les implications des mouvements évolutifs des enfants et des parents ne sont pas toujours faciles à harmoniser, leurs rythmes ne sont pas toujours faciles à accorder ; on sait que cette difficulté accompagne souvent le développement des enfants, dès le plus jeune âge. On doit noter qu’à cette période le rôle « maternant » du père a été important, alors que par la suite la mère dira ne pas s’être sentie suffisamment comprise et soutenue par lui ; ce qu’il peut avoir ressenti comme disqualifiant. La grossesse d’Émilie a été compliquée : HTA gravidique génératrice d’angoisses que Mme associe elle-même à la FCS survenue 6 mois plus tôt. Pourtant, elle minimise par un mouvement de dénégation l’aspect dramatique de cette grossesse ratée « j’étais pas investie dans cette grossesse. J’étais malheureuse au cours de la FCS, mais soulagée ». Les mouvements internes de Mme sont complexes – clivés ? – quand elle dit sa tristesse lors des saignements qui ont accompagné la grossesse d’Émilie. C’est alors qu’elle ne 11 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 s’était pas sentie protégée par son mari : « ils ne comprennent pas les angoisses, les hommes »… ce à quoi, le père fera plus tard écho en affirmant ne pas avoir noté de différence entre les grossesses de sa femme et en ajoutant qu’il « ne garde que les bons côtés de la grossesse ». Il y a bien sûr un élément clinique majeur quand la mère parle de « l’arrêt brutal » de la tristesse à la naissance d’Émilie. Pas de « blues post-natal » dont Sarah Bydlowski a souligné le rôle fécond : « il contribuerait à une meilleure régulation du bébé et à de meilleurs ajustements relationnels ultérieurs entre mère et enfant ». L’absence de blues dans la situation de l’après -naissance témoigne « d’une fragilité du pare-excitation et des capacités de contenance maternelle », c’est l’expression d’une « détresse ». Émilie est née par césarienne en urgence, ce qui n’a souvent pas une influence positive sur les premiers échanges, mais nous n’en savons pas plus ; madame a allaité sa fille pendant 3 mois ½ et dit « avoir aimé cette période ». À la lecture de l’observation qui m’avait été communiquée, j’ai été frappé par une notation concernant l’établissement de la marche : Émilie qui a marché à 18 mois aurait « eu peur de se lâcher », elle est décrite comme « grande et maladroite ». On peut peut-être s’interroger sur sa difficulté à réunir ses flux sensoriels, proprioceptifs en particulier, pour se lancer plus hardiment, mais aussi sur une possible difficulté de ses parents à s’ajuster à son développement sensori-moteur pour lui donner des réponses adéquates, à l’aider à se réunir et à sécuriser ses initiatives motrices. De l’histoire familiale de Mme, on retiendra qu’elle ne voit plus son père depuis l’âge de 11 ans : il n’est pas interdit d’imaginer prudemment que cela a peut-être compliqué chez elle l’introjection d’une dimension paternelle rassurante et structurante dans son psychisme… « ils ne comprennent pas les angoisses, les hommes »… Elle précise qu’elle a des « relations compliquées avec ses parents »… mais elle ajoute qu’elle « ne veut pas trop en parler »…. Encore une fois, on se confronte aux problèmes techniques complexes soulevés par l’évocation de contenus traumatiques…. Traumatismes peut -être réactivés encore dans l’actuel quand elle dit, plus tard, qu’elle ne pouvait partager ses interrogations et inquiétudes sur Émilie avec sa mère. Dans l’exposé de Marie TP, un autre point a retenu mon attention : la théorie des parents sur la maladie d’Émilie a évolué au fil de la prise en charge. Changement narratif qui situe maintenant l’origine des difficultés à la naissance, alors qu’initialement ils paraissaient admettre qu’il n’y avait pas eu de problème avant 2 ans. Cette nouvelle version intègre donc des nouveaux éléments et fait, implicitement ou explicitement, des nouveaux liens : pour reprendre la formule de Sarah Bydlowski, on assiste peut -être dans l’aprèscoup, à un « travail de figuration » du fantasme de meurtre originaire qui permet de « faire le deuil de l’enfant fantasmatique intériorisé et d’entamer un dialogue avec son vrai bébé ». Ce cheminement les libère de leur culpabilité devant cette fille « trop calme » qui ne « demandait rien ». Le déploiement progressif de la relation de confiance au fil des entretiens a un aspect transférentiel, Marie TP trouve la mère « fine », trace probable de son contretransfert maternel positif. Le contre-transfert de la thérapeute rend possible le transfert maternel de la mère d’Émilie sur elle ; cette évolution mobilise, par le transfert, le lien de Mme à sa propre mère. Comme dans l’image des « poupées russes », utilisée par Cramer, cela permet un remaniement de la 12 Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme – 5 avril 2013 relation de Mme à Émilie : « j’ai un grand bébé » dit la mère qui constate que sa fille était décidée à « entrer en elle » et que maintenant elle pouvait la laisser faire, se laisser faire. La prise en charge de cette famille reste fragile ; le père s’est « senti attaqué par des rendez-vous au CMP ». C’est pourtant lui qui dit à Marie TP « on pourrait se voir plus souvent ». La rupture menace, surtout quand elle rencontre les aléas inéluctables de l’organisation des soins, quand le Dr Vion quitte le service. Mais la prise en charge se poursuit, grâce à toute l’attention de ceux qui en ont la responsabilité. Le travail avec les familles d’enfants atteints de TED n’est jamais un long fleuve tranquille… Pour clore ces quelques remarques sur le beau travail présenté par Marie TP, je dirais que je partage pleinement ses conclusions : l’alliance mouvante et fragile avec cette famille est toujours bien là l’agressivité entre les parents, agressivité exacerbée par la symptomatologie d’Émilie, est à la fois l’objet d’une compréhension et d’un soutien élaboratif dans la prise en charge le travail rééducatif et psychothérapique avec Émilie a été rendu possible par la prise en compte attentive et respectueuse – sans interprétation intempestive – de la blessure narcissique de chacun des parents, dans leurs rôles respectifs de parents. La prise en charge de ces cas difficiles requiert un abord pluriel, pluridisciplinaire, qui doit également prendre en compte la dimension des transferts à l’œuvre dans les rencontres ; ce n’est possible qu’à travers l’attention portée au contre-transfert, véritable marque du travail du psychanalyste. À la question « Intégration ou complémentarisme ? », je répondrais par une pirouette : un travail partagé permet d’intégrer dans un même projet de soins des compétences complémentaires. Qu’est-ce que la psychopathologie ? Intégration ou complémentarisme 5 avril 2013 13