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PORTRAIT
PAR PHILIPPE CAMILLARA
Benoît Feron
L’AFRIQUE DANS LA PEAU
Avocat dans le civil, cet artiste dans l’âme a découvert la photographie à 6 ans
et le continent noir à 40. Son œuvre est au croisement de ses deux passions.
Un hommage à la beauté de la nature et des peuples, là où ceux-ci cultivent
encore une certaine authenticité.
C
e n’était pas la première expo de Benoît Feron.
Mais ses Portraits du Rift, présentés en novembre
dernier au Hangar H18, à Bruxelles, ont déplacé
les foules : plus de 3 000 visiteurs en trois
semaines, rares sont les créateurs inconnus du
grand public qui peuvent se flatter d’un tel succès. Pas seulement d’estime, de connaisseurs également. Il faut dire que ses
visages d’individus, jeunes ou plus âgés, issus d’une quinzaine
de tribus de la vallée du Rift, cette faille de l’Est africain considérée comme le berceau de l’humanité, dégagent une force et
une pureté saluées par de nombreux observateurs. De l’art brut
fixé sur papier baryté. Si à 50 ans passés, le talent de notre compatriote ne lui a pas (encore ?) ouvert les portes de la notoriété,
c’est qu’il n’est pas professionnel de la discipline mais avocat,
spécialiste du droit des affaires. La photo est son hobby. Les
voyages son plaisir. Et l’Afrique sa passion. Celle de l’Est, où les
terres sauvages s’étendent encore à l’infini. « C’est en feuilletant
l’ouvrage Mon rêve d’Afrique de Carlo Mari, alors que j’étais
coincé dans un brouillard épais aux sports d’hiver, que j’ai eu
cette révélation. Trois semaines plus tard, je m’envolais en Tanzanie pour prendre des clichés d’animaux dans le Serengeti.
L’image d’un guépard dans la lumière dorée du couchant ne
m’a jamais quitté. Un choc de beauté. »
C’était il y a une grosse dizaine d’années. Depuis, l’homme est
retourné plus de quinze fois dans la région, en solo ou en
famille, pour imprimer dans son viseur la nature d’abord puis,
très vite, les êtres qui communient avec elle. En 2007, il se distingue lors d’un premier accrochage collectif en recevant le prix
spécial du jury. Un an plus tard, il remet le couvert, à Bruxelles,
seul cette fois, et publie un bouquin sur le même thème : Surma,
Faces and Bodies, hommage à ce peuple d’Ethiopie connu pour
son culte de la beauté physique et ses peintures corporelles. Son
amour pour la perfection graphique l’amène à shooter à la fois
les curiosités du paysage, de très haut (d’avion) ou de très près
(en macro), et des détails de corps magnifiés par les ornements,
bijoux et scarifications dont se parent ceux qu’il rencontre –
parfois au terme d’épuisants périples à travers la brousse ou la
savane. D’autres expos et livres consacrent cette quête de l’African Skin.
Puis, il y a trois ans, Benoît Feron décide de systématiser sa
démarche en tentant d’approcher tous les peuples qui vivent
encore de façon traditionnelle dans cette vallée du Rift, qui
court de Djibouti, au nord, à la Tanzanie, au sud, en passant
par l’Ethiopie et le Kenya. Il s’y rend juste avec son guide, son
matériel et une grande bâche noire pour toile de fond, pour
portraiturer ceux et celles qui acceptent de se prêter au jeu. Avec
un grand sens de l’esthétique et une attention particulière pour
les regards et le grain de la peau, qui ne reflètent que la lumière
du jour, jamais de flash. Massaï, Turkana, Samburu, Omo,
Karo et tant d’autres, vingt-cinq ethnies au total, qu’un dénominateur commun relie : toutes vivent encore dans le respect de
leurs coutumes ancestrales. Et si la plupart se sont sédentarisées,
elles ont gardé de leur passé nomade l’habitude de ne posséder
que les richesses qu’elles peuvent porter sur elles : bijoux, vêtements, plateaux... Quand le corps s’affiche comme principal
vecteur de l’expression artistique, le photographe qui peut s’en
saisir n’est pas loin d’avoir atteint son Graal.
« L’image d’un guépard dans
la lumière dorée du couchant
ne m’a jamais quitté. »
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ALICE LOU