patrimoine et architecture

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patrimoine et architecture
patrimoine et architecture
Cahier n° 17
Mai 2009
Les moulins à eau du bassin genevois
Une publication de l’Office du patrimoine et des sites
Département des constructions et des technologies de l’information
République et Canton de Genève
Directrice de la publication
Sabine Nemec-Piguet
Secrétariat de rédaction
Bénédict Frommel
Office du patrimoine et des sites
case postale 22
1211 Genève 8
tél. + 41 (0) 22 327 45 53
fax + 41 (0) 22 327 51 30
www.geneve.ch/patrimoine
Éditions
Infolio éditions
CH - Gollion
prix : 22.n° ISSN 1420-7095
© Office du patrimoine et des sites 2009
patrimoine et architecture
Maquette
dopamindesign.com
ISBN 978-2-88474-172-9
Cahier n°17
Mai 2009
patrimoine et architecture
Office du patrimoine
et des sites
Les moulins à eau du bassin genevois
Département des constructions et des technologies de l’information | République et Canton de Genève
Cahier n°17
Mai 2009
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Office du patrimoine
et des sites
Les moulins à eau du bassin genevois
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patrimoine et architecture
Cahier n° 17
Mai 2009
Une publication de l’Office du patrimoine et des sites
Département des constructions et des technologies de l’information
République et Canton de Genève
Directrice de la publication
Sabine Nemec-Piguet
Secrétariat de rédaction
Bénédict Frommel
Office du patrimoine et des sites
case postale 22
1211 Genève 8
tél. + 41 (0) 22 327 45 53
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patriomoine et architecture 17
2
Éditions
Infolio éditions
CH - Gollion
Maquette
dopamindesign.com
Mise en page
A.-C. Boehi, Infolio éditions
Impression
Atar Roto Presse SA
N° ISSN 1420-7095
© Office du patrimoine et des sites DCTI 2009
Les articles n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.
Les sous-titres et légendes sont, en règle générale, composés par la rédaction.
Illustration de couverture : la spectaculaire chute des moulins de Thoiry, sur le Puits Mathieu. D’une
température de 5°C, la source a un débit de 70 l / s tout au long de l’année. En 1936, les roues furent
remplacées par une turbine, dont on distingue la conduite d’évacuation (OPS, Olivier Zimmermann, 2008).
Sommaire
Éditorial
Sabine Nemec-Piguet
4
Introduction
Mark Muller
6
« Genève à la force de l’eau », une exposition du Musée d’histoire des sciences
Stéphane Fischer
8
Le moulin, héritier d’une histoire millénaire
Bénédict Frommel
10
Les moulins du bassin genevois , un réseau de deux cents
établissements alimentés par vingt-deux cours d’eau
Bénédict Frommel
21
Les moulins en Rhône-Alpes : état de l’inventaire
Nadine Dubois
76
Actualités de la petite hydraulique
Aline Choulot
81
Le site hydraulique SIG de Vessy : une histoire entre nature et artifice
Marcellin Barthassat
84
Les associations de sauvegarde des moulins
90
Orientation bibliographique
92
Ce cahier est publié à l’occasion de l’exposition « Genève à la force de l’eau »,
présentée au Musée d’histoire des sciences de Genève
du 13 mai 2009 au 12 avril 2010.
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Éditorial
« Au fil de l’eau », tel est le thème de la 16e édition des Journées européennes du patrimoine qui se
dérouleront les 12 et 13 septembre. L’exposition organisée par le Musée d’histoire des sciences et
l’Office du patrimoine et des sites, « Genève à la force de l’eau, une histoire de l’exploitation hydraulique », vient judicieusement nous rappeler que la roue du moulin à eau fut, pendant des siècles et
jusqu’à l’invention de la machine à vapeur, le seul véritable moteur industriel.
Le progrès technique est, par définition, tourné vers l’avenir. Il appartient donc aux musées de
conserver soigneusement les instruments scientifiques du passé pour faire comprendre, par l’histoire
matérielle, l’évolution de la science. Mais qu’en est-il des installations et des bâtiments industriels,
dont la fonction s’éteint suite aux innovations technologiques ?
Les moulins, meuniers et belles meunières marquent encore et toujours l’imaginaire populaire,
dans les contes et les chansons ; ils continuent de fasciner, à tel point que de nombreuses associations, dont quelques-unes sont citées en fin de cahier, œuvrent à raviver la mémoire de ces époques
révolues.
Poursuivant ses travaux sur le patrimoine industriel, l’Office du patrimoine et des sites livre, dans
ce numéro de patrimoine et architecture, un état des lieux des moulins à eau du bassin genevois,
qui complète l’exposition de la villa Bartholoni. Genève en comptait près de septante en activité au
milieu du XIXe siècle ! Il n’en reste plus un seul. Le développement de la ville favorisa la modernisation
précoce de la production d’énergie, entraînant la ruine des petites exploitations traditionnelles, tributaires de la roue à eau. Seuls quelques vestiges subsistent, comme les moulins Fabry ou de Drize et
les martinets de la Bâtie et de La Plaine ou encore le battoir du moulin de la Grand-Cour. Ils ont toutefois perdu l’essentiel : leurs roues et l’ensemble des installations nécessitées par leur exploitation.
Il en est autrement des moulins « périphériques », ceux du Pays de Gex ou de Haute-Savoie,
conservés en relatif grand nombre. Ils ont pu rester en activité jusqu’au milieu du XXe siècle, grâce
notamment à une spécialisation de leur production. Les conditions de leur maintien, certes encore
loin d’être assuré aujourd’hui, s’en trouvent bien meilleures, le temps ayant fait son œuvre de valorisation du passé. Qui veut voir des moulins « genevois » doit donc passer la frontière.
Ce cahier vous conduira de moulin en moulin, le long des rivières du bassin genevois, en suivant le recensement qu’en a fait Bénédict Frommel, historien, accompagné sur le terrain par Olivier
Zimmermann, photographe, dont les images transmettent la richesse d’évocation poétique de ces
ouvrages situés au fil de l’eau, dans des cadres naturels d’une grande beauté.
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4
Sabine Nemec-Piguet
Directrice générale de l’Office du patrimoine et des sites
Page de droite Le martinet de la Bâtie (CollexBossy), sur la Versoix. La trace
du canal et les socles ont
récemment été mis en valeur
par l’Association Patrimoine
Versoisien.
Le battoir à chaux puis à fruits
du moulin de la Grand-Cour
(Troinex), sur la Drize. Classé en
1966, l’ensemble a été placé à
l’extérieur du bâtiment.
Introduction
Aujourd’hui, Genève a renoué ses relations séculaires avec sa région naturelle. On ne compte plus
les projets de revalorisation de l’espace transfrontalier : collaborations entre hôpitaux, mise en commun des infrastructures d’épuration d’eau, planification à l’échelle franco-valdo-genevoise de la
construction de logements, des transports et du développement économique, pour n’en citer que
quelques-uns.
Ce numéro de patrimoine et architecture vient toutefois nous rappeler que l’interdépendance
entre Genève et sa région n’est pas nouvelle. Le repli de notre canton sur ses frontières n’a finalement duré que quelques décennies, depuis la suppression de la grande zone en 1923 jusqu’au tournant du XXIe siècle.
Les moulins évoquent un temps où le bassin genevois formait une entité unique, déterminée par
la géographie et un héritage historique commun. Alors qu’aujourd’hui, le développement durable
est devenu une préoccupation largement partagée, il nous fait aussi prendre la mesure de l’équilibre nécessaire qui doit être instauré entre des besoins, l’énergie nécessaire pour les satisfaire et l’exploitation des ressources naturelles. Certes, le modèle économique du moulin traditionnel est caduc
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Le moulin de Vesegnin (PrévessinMoëns), sur le Lion, un affluent
de l’Allondon. Attesté en 1356,
l’établissement est l’un des plus
anciens du bassin genevois. Il
compta jusqu’à cinq roues. Vers
1900, il fut transformé en scierie.
Le canal demeure alimenté.
depuis bientôt un siècle. Ponctuellement, il peut cependant offrir des opportunités intéressantes, à
l’heure de la recherche d’énergies non fossiles. La microcentrale récemment inaugurée à Vessy, qui
clôt ce numéro, est une initiative qu’il convient d’encourager.
Ce mode de production d’énergie a surtout valeur d’exemple. Dans notre société, la disponibilité
de l’énergie est devenue une évidence telle qu’on peine à prendre conscience de sa valeur. Cela ne
contribue pas à faciliter un changement de comportement. Ainsi, le moulin nous fascine parce qu’il
nous révèle précisément la force et l’effort qu’implique toute production d’énergie.
Si, contrairement à nos voisins vaudois et français, nous n’avons pas conservé de moulins traditionnels, ceux du pays de Gex, du canton de Vaud et du Genevois haut-savoyard constituent
aujourd’hui un patrimoine commun à toute une région que cette publication vous propose de
découvrir.
Mark Muller
Conseiller d’État chargé du Département des constructions et des technologies de l’information
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« Genève à la force de l’eau », une exposition
du Musée d’histoire des sciences
Stéphane Fischer
assistant conservateur,
Musée d’histoire des
sciences de Genève
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Qu’est-ce qui peut pousser le Musée d’histoire des sciences de Genève, qui héberge des instruments
scientifiques anciens issus en grande partie des cabinets des savants genevois du XVIIIe et XIXe siècle,
à s’engager dans une exposition consacrée (entre autres) aux moulins à eau ? Question d’autant
plus légitime que, à l’exception de quelques ravissants jouets techniques de la fin du XIXe siècle et
de maquettes d’engrenages et de roues dentées, le Musée ne possède guère d’objets présentant un
lien manifeste avec les moulins ou l’exploitation de la force hydraulique en général.
En organisant cette exposition dans ses murs, le Musée remplit pourtant une de ses missions fondamentales : la communication et la diffusion auprès du grand public. Depuis une dizaine d’années,
cette institution expérimente et teste de nouvelles formes de médiation (autrefois appelée vulgarisation) : expositions, cafés et théâtre scientifiques, soirées thématiques, « Nuit de la science ». Autant
d’événements conçus pour favoriser le dialogue entre les chercheurs et le grand public et pour donner au visiteur quelques clés pour mieux comprendre les enjeux scientifiques et techniques actuels.
Dans ses activités de médiation, le Musée a la chance de s’appuyer sur une collection unique en
son genre en Suisse. Plusieurs objets exposés ou conservés dans la villa Bartholoni sont en effet de
magnifiques témoins des premiers balbutiements de disciplines scientifiques et techniques qui font
aujourd’hui partie intégrante de notre environnement quotidien.
La première pile électrique ? Le premier condensateur ? Le premier microscope ? Le premier tube
néon ? Tous ces instruments ancêtres sont visibles dans les salles d’exposition du Musée, reliant le
passé et le présent, la science d’hier et celle d’aujourd’hui. En s’intéressant à l’histoire de ces instruments, on comprend mieux ce qui a motivé leurs inventeurs, comment ils ont évolué vers des
appareils plus modernes et en quoi ils ont bouleversé à la fois la pensée scientifique et la vie de tous
les jours.
Penchons-nous quelques instants sur la pile électrique. Inventé en 1800 par l’Italien Alessandro
Volta, cet empilement de disques de cuivre et de zinc séparés par une feutrine imbibée d’eau salée
constitue le premier dispositif capable de fournir du courant de manière continue. À peine inventée,
la pile sera à l’origine d’une autre découverte fondamentale, l’électromagnétisme qui aboutira à la
mise au point des premières génératrices électriques dans la seconde moitié du XIXe siècle. Couplées
à des turbines hydrauliques ou à des machines à vapeur, ces génératrices vont alors très vite remplacer les moulins à eau et leurs roues à aube au bord des rivières. Ainsi, une invention scientifique peut
provoquer en quelques années une véritable révolution industrielle et technologique. L’histoire des
sciences se mêle alors étroitement à l’histoire des techniques et de l’industrie.
En 2005, le Musée, déjà en collaboration avec l’Office du patrimoine et des sites, avait consacré
une exposition à la Société genevoise d’instruments de physique (SIP). À cette occasion, les instruments scientifiques – microscopes, lunettes, théodolites provenant des collections du Musée – côtoyaient pour la première fois d’imposantes machines-outils issues du patrimoine industriel, dans le
cadre enchanteur de la villa Bartholoni. Le Musée se réjouit de réitérer cette expérience à l’occasion
de l’exposition « Genève à la force de l’eau ».
Exposition « Genève à la force de l’eau »
du 13 mai 2009 au 12 avril 2010
Commissaire de l’exposition : Stéphane Fischer
Conseiller scientifique : Bénédict Frommel
Musée d’histoire des sciences de Genève
128, rue de Lausanne
CH 1202 Genève
En 1887, on transforma le bâtiment
de la Machine en microcentrale
électrique (BGE). Les dynamos
étaient actionnées par de l’eau
à haute pression produite par
le Bâtiment des forces motrices.
Installée en 1936, la turbine
mécanique des moulins de Thoiry
tourna jusqu’en 2001. Quand les
besoins énergétiques dépassaient
les 12 CV, elle était secondée par
des moteurs électriques.
Le moulin, héritier d’une histoire millénaire
Bénédict Frommel
historien, Inventaire
des monuments d’art
et d’histoire
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Les moulins suscitent un vif engouement depuis une trentaine d’années. De nombreuses initiatives
ont ainsi contribué à réhabiliter ou à remettre en service cet acteur deux fois millénaire. Pour dégager
les enjeux patrimoniaux de celui-ci, il convient de cerner sa nature, au-delà de l’approche purement
émotionnelle, qui en a fait l’emblème d’un passé idéalisé.
De fait, le moulin n’est pas un objet comme les autres. Par le nombre d’abord. Au XIe siècle, l’Angleterre compte 5 624 établissements (à eau et à vent) pour une population de 1 400 000 habitants.
Vers 1 750, ce ne sont pas moins de 2 000 moulins (dont un tiers à vent) qui fournissent Paris en
farine panifiable. En 1809, la France comprend un parc de 98 157 moulins dont 82 300 tournent à
l’eau. Autour de 1 840, le seul bassin genevois comprend près de 200 établissements hydrauliques,
dont 150 moulins à blé. D’une manière générale, en Europe occidentale, un moulin dessert entre
150 et 600 personnes, le rapport étant inversement proportionnel au niveau d’urbanisation. Ces
données lui confèrent une place éminemment centrale dans la société préindustrielle. Pouvait-il
en être autrement, alors que la farine de céréales (froment mais aussi seigle, orge, avoine et maïs),
consommée essentiellement sous forme de pain, constituait, de loin, le principal apport calorique ?
Par la force des choses, le moulin constituait le troisième pilier de la structure sociale d’Ancien Régime, avec l’église, en charge du pouvoir spirituel, et le château, siège du pouvoir temporel.
D’autre part, le moulin dépasse le cadre des subsistances dans lequel on le relègue trop facilement. Il est l’héritier d’une histoire millénaire. Il renvoie aux premières formes de mécanisation. Les
contraintes énergétiques et son statut en font un établissement qui évolue quelque peu en marge de
la communauté paysanne. Par son déclassement à partir du milieu du XIXe siècle, il illustre l’inversion
des valeurs qui s’opéra avec l’avènement de la société industrielle. Le cadre territorial du moulin était
défini par la rivière, source de vie et de richesse et à ce titre objet de convoitises, bien loin de la situation actuelle, où, dans le meilleur des cas, celle-ci a été réduite à sa seule fonction récréative.
Un système énergétique au service d’une production
La compréhension de l’objet « moulin » est brouillée par deux imprécisions. Au sens littéral, un moulin est un mécanisme transformant un mouvement rotatif en travail. Ce terme recouvre une réalité
particulièrement vaste, qui va du moulin à poivre manuel à la minoterie moderne, en passant par les
moulins traditionnels à eau ou à vent. Le sens technique est plus précis. Dans le cas qui nous concerne, il s’agit d’un système qui convertit l’énergie cinétique de l’eau courante en énergie mécanique.
La transformation s’opère au moyen d’une roue, mise en mouvement par l’eau. Une fois son énergie
transmise à la roue, l’eau rejoint la rivière mère par le canal de fuite. Un moulin est donc un système
formé d’une série d’éléments interdépendants, qui ne saurait être réduit, comme c’est encore trop
souvent le cas, au seul volume abritant le mécanisme ou le logement de l’exploitant. Par ailleurs, la
fonction d’un moulin ne se limitait pas uniquement à la mouture du blé, quand bien même cette
application originelle avait une portée universelle. De fait, la plupart des établissements étaient
multifonctionnels. Les coûts de construction et d’entretien justifiaient bien souvent l’installation de
plusieurs roues, jusqu’à cinq dans les cas les plus développés. Celles-ci actionnaient jusqu’à quatre
paires de meules, ainsi qu’un « battoir » (aussi appelé « rebatte »). Ce dernier était une pierre creuse
dans laquelle tournait une meule tronconique verticale, mise en mouvement par un arbre placé en
son centre. On s’en servait pour écraser les fruits (pommes) ou les plantes ligneuses (chanvre, lin),
broyer les oléagineux (noix, colza), pulvériser les matières minérales (chaux, gypse). Par ailleurs, il
n’était pas rare qu’un établissement change d’affectation au gré des circonstances. Au cours de la
seconde moitié du XIXe siècle, nombre de moulins à grains furent ainsi transformés en scierie ou en
huilerie.
Les moulins à eau étaient connus des Romains, qui leur préféraient toutefois le travail des esclaves. À Genève, leur existence sur le Rhône est attestée en 563 déjà. Ce n’est toutefois qu’avec
l’affirmation du système féodal que le modèle se diffuse véritablement. La mise en place du réseau
s’opère au cours des XIIe-XIIIe siècles, une période considérée comme l’âge d’or des moulins. Les
sites les plus intéressants sur le plan énergétique ou les mieux placés furent aménagés. Dans un
Le moulin Dizerens, vers 1852
(BGE). Construit à la fin du
XVIIe siècle à l’emplacement de
l’actuel quai des Forces-Motrices,
cet établissement comprenait,
en 1772, six roues. Celles-ci
actionnaient quatre paires de
meules à grains, une scie et un
battoir à écorces.
Le moulin de Veyrier
(Etrembières), vers 1900 (BGE).
L’établissement était desservi
par un réservoir alimenté par
une résurgence du Salève.
La production était modeste,
de l’ordre de 100 kg de farine
par jour.
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contexte marqué par une baisse de la main d’œuvre consécutive à la disparition de l’esclavage, le
pouvoir seigneurial développa l’exploitation de l’énergie hydraulique de façon à renforcer son emprise économique. Fort de son pouvoir régalien, il concéda à des communautés ou à des particuliers
des droits de propriété ou d’usage contre redevances. En échange, ceux-ci jouissaient de la banalité,
soit le monopole de leurs établissements. De ce fait, l’activité du meunier était protégée et les sujets
n’avaient pas le choix de leur moulin. En principe, les limites territoriales des paroisses (ou, après
1798, des communes) étaient définies de façon à ce que chacune d’elle comprenne au moins un
moulin. Les territoires les plus étendus ou riches en eau pouvaient en compter plusieurs.
Dans la région genevoise, deux types de moulins étaient principalement en usage. Le moulin
établi sur le Rhône était « au fil de l’eau ». Sa roue, dite « en dessous », était mise en mouvement par
la poussée de l’eau exercée contre les pales. Le fluide était dirigé par deux digues en palplanches.
Comme la puissance développée était proportionnelle à la surface de contact des pales avec l’eau,
la roue mesurait plusieurs mètres de diamètre (jusqu’à 9 m pour les plus hautes) pour une largeur
qui pouvait atteindre 3 m. Elle prenait place dans une structure en bois au-dessus de laquelle se développait l’installation. La « roue pendante » était une variante conçue pour palier les inconvénients
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Le battoir du moulin de Malivert
(Saint-Genis), sur le Lion. On y
écrasait les cerneaux de noix. La pâte
obtenue était ensuite chauffée puis
pressée pour en extraire l’huile.
Vue intérieure du moulin de la
Grand-Cour (Troinex), vers 1890
(Boniface). L’établissement est attesté
en 1343. À droite, les deux paires de
meules à blé, recouvertes du coffre
en bois gardant la farine, au fond,
la balance.
liés aux fluctuations du niveau de l’eau. La roue était maintenue dans un châssis monté sur vérins
qui permettait d’adapter sa hauteur. Le moulin de rivière de second ordre était, lui, doté d’une ou
plusieurs roues verticales « en dessus ». Parfaitement adaptée aux conditions locales, cette configuration était, de loin, la plus répandue. Un certain volume d’eau était dérivé d’une rivière au moyen
d’un seuil vers un canal d’alimentation. Le potentiel énergétique était défini par la différence de
niveau entre l’endroit où l’eau de la rivière était prélevée et l’endroit où celle-ci y retournait, exploité
sous la forme d’une chute. Pour élever au maximum la hauteur de cette dernière, la pente du canal
était la plus faible possible. Lorsque la roue était équipée de pales, c’était l’impact de l’eau qui la
mettait en mouvement ; si elle comprenait des godets, c’était le seul poids de l’eau qui l’animait.
Adaptée aux très fortes pentes et de ce fait largement diffusée dans les Alpes, la « roue horizontale »
était en revanche peu répandue dans les régions de plaine. Elle était formée d’un axe vertical dans
lequel étaient fixées des aubes en forme de cuillère. Dans ce cas, l’alimentation était tangentielle.
Économique à construire, d’un volume réduit, cette roue ne développait qu’une puissance limitée, ce
qui restreignait son usage aux seuls battoirs aménagés indépendamment du moulin principal.
De fait, l’arbre de la roue avait un mouvement rotatif horizontal tandis que la mouture des grains,
obtenue par la rotation d’une meule sur une autre, mais fixe celle-là (on nommait « tournant » le
couple de meules ainsi formé), appelait une rotation verticale. Le changement de plan était obtenu
par un renvoi d’angle formé d’un rouet dont les dents engrenaient les fuseaux d’une lanterne. Peu
performant, ce dispositif archaïque permettait toutefois de démultiplier le mouvement en jouant
sur le rapport entre le nombre de dents et de fuseaux. C’est ainsi que l’on obtenait une vitesse de
rotation des meules tournantes de l’ordre de 90 à 120 tours / mn, une vitesse bien supérieure à celle
des roues, qui variait selon le diamètre et le type. En revanche, sauf dans de rares cas, ce système ne
permettait pas de diviser l’énergie. Il y avait donc autant de roues qu’il y avait d’applications.
Parmi les applications, la mouture du blé n’était pas la plus simple, en dépit de son universalité.
Celle-ci mettait en œuvre de nombreux paramètres : nature, qualité et humidité des grains, type de
mouture, savoir-faire du meunier, notamment pour « rhabiller » les meules, l’opération qui consistait
à entretenir les sillons en forme de ciselure et de rayon les parcourant. La question des meules était
Le martinet de la taillanderie Patroix
(Thoiry), sur l’Allemogne. La tête
du marteau oscillant pèse 60 kg.
L’établissement ferma ses portes
en 1965.
centrale : qualité du matériaux, vitesse de rotation, équilibrage, état des surfaces, températures,
espace entre les deux pierres, autant de conditions dont la maîtrise déterminait la qualité de la
mouture.
Deux innovations fondamentales, mises au point au Moyen Âge, devaient élargir considérablement les applications des moulins. La première concerne l’arbre à cames, qui apparut au XIIe siècle.
La transformation du mouvement rotatif de l’arbre de roue en mouvement alternatif au moyen de
cames ouvrit la voie à l’utilisation de marteaux oscillants et de pilons, qui, après avoir été soulevés
par les cames, retombaient sous l’effet de leur propre poids. On recourait aux premiers, appelés martinets, pour la fabrication d’outils en fer et aux seconds pour broyer les chiffons de chanvre, de lin et
de coton qui entraient dans la composition de la pâte à papier (foulon à papier) ou pour pulvériser
l’écorce de chêne (moulin à tan). L’arbre à cames permettait également d’actionner des pompes à
eau, telles celles de la Machine hydraulique construite en 1709 à Genève. L’autre grande innovation,
qui se diffusa à partir du XVe siècle, fut la transformation du mouvement circulaire en mouvement
alternatif au moyen du couple bielle / manivelle. Celui-ci permettait de reproduire le mouvement de
va-et-vient d’une scie, dont la lame était maintenue verticalement dans un cadre qui coulissait le
long de deux montants. Les billes étaient calées sur un chariot dont le mouvement d’avance était
synchronisé avec les battements de la scie.
Hormis les ruptures mécaniques, aux conséquences parfois dramatiques, deux phénomènes entravaient tout particulièrement le fonctionnement des installations, le gel et le manque d’eau, contre
lesquels les hommes étaient impuissants. Le gel était d’autant plus craint que le site était aménagé
dans un encaissement peu exposé au soleil, ou que les roues étaient installées contre la façade nord
du bâtiment. Par ailleurs, en règle générale, toutes les rivières subissaient une baisse significative de
leurs eaux durant la période chaude. Lorsque le débit des rivières était modeste, pour se prémunir du
manque d’eau en dehors des épisodes pluvieux, on multipliait les sources d’approvisionnement en
détournant des ruisseaux. Par ailleurs, on aménageait sur le canal d’amenée un réservoir d’accumulation, fermé par une « écluse », que l’on remplissait la nuit. Selon les conditions (alimentation en eau,
capacité de stockage, consommation des roues), celui-ci assurait entre 3 et 8 heures d’autonomie.
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13
La roue du moulin du Marais
(Saint-Cergues), sur le Foron.
Construite en fer, elle développait
environ la puissance de trois roues
traditionnelles et tourna jusque
vers 1950.
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14
La transmission du moulin de
Malivert (Saint-Genis). Entraîné
par une turbine Francis, l’arbre
primaire distribue l’énergie à une
scie battante, un battoir et deux
pressoirs, toujours en place.
Les vestiges de la transmission de
la taillanderie Patroix (Thoiry).
Aux origines de la mécanisation
Les principes physiques mis en œuvre dans un moulin étaient relativement simples et reposaient sur
des techniques accessibles aux charpentiers et forgerons locaux. Il en allait de même des exploitants,
dont les efforts portaient plus volontiers sur l’augmentation de la productivité par réduction des
temps morts ou des temps de passe que sur l’amélioration des rendements énergétiques ou la mise
au point de perfectionnements techniques. Il n’en demeure pas moins que les moulins constituaient
des installations qui fonctionnaient de façon automatique, à la manière d’une machine. Bien que
rudimentaires, ces mécaniques n’étaient pas sans exercer une certaine fascination, quand ce n’était
pas de la crainte, en particulier les martinets, théâtre de la transformation du fer sous l’effet du feu
et du marteau.
Après des siècles de relatif immobilisme, la technologie des moulins évolua significativement à
partir du XVIIe siècle en relation avec les progrès enregistrés par la métallurgie et grâce aux efforts
entrepris par les physiocrates pour moderniser l’agriculture. Jusque là limité au « gros fer » et à
« l’anille », deux éléments qui assuraient la rotation de la meule tournante, l’usage du métal ne
cessa de se développer, d’abord sous forme d’éléments de renforts, puis en remplacement du bois.
Diffusée à partir du milieu du XVIIIe siècle, la « mouture économique » consistait à passer une première fois le blé pour en séparer l’enveloppe (le son) avant de moudre l’amande lors d’un second
passage. Cette technique, qui permettait d’obtenir une farine plus fine, exigeait de renouveler les
meules et de renforcer la structure qui les supportait ; elle s’accompagnait également de l’emploi
d’un blutoir rotatif pour séparer le son du grain. Par ailleurs, apparaissaient les premières batteuses, qui dégageaient mécaniquement le grain de son épi. Ces deux opérations supposaient non
seulement une énergie accrue mais surtout la possibilité de répartir celle-ci entre plusieurs artifices.
La première condition fut remplie par le remplacement, dès le début du XIXe siècle, des roues à
palettes dont le diamètre ne dépassait guère les deux tiers de la hauteur de la chute par des roues
métalliques à augets qui occupaient non seulement la totalité de la hauteur de la chute, mais également toute sa largeur. Là où les anciennes roues exploitaient, imparfaitement, l’énergie cinétique
de l’eau au moyen de conduites qui dirigeaient l’eau vers les pales, les nouvelles tiraient parti de
son poids. Mieux équilibrées, d’une marche plus régulière (les poids additionnés de l’eau et de la
roue créaient une énorme inertie), les roues de grand diamètre développaient une puissance unitaire
jusqu’à quatre fois plus élevée qu’une roue traditionnelle. La seconde condition fut le remplacement
des transmissions en bois par un assemblage de roues dentées, de poulies et de courroies en cuir. En
optimisant la répartition et la modulation de l’énergie, le nouveau système permettait à une unique
roue d’actionner plusieurs artifices à la fois. Cette facilité devait contribuer à la modernisation de la
meunerie, qui acheva sa première transition technologique vers le milieu du XIXe siècle. Elle devait
aussi améliorer la productivité des scieries à bois, qui furent équipées de scies battantes avec avance
continue du chariot, ce qui permettait à la lame d’agir aussi bien à la montée qu’à la descente. Enfin,
elle devait ouvrir la voie à la mécanisation de processus de production plus complexes, tels que le
filage mécanique du coton, expérimenté à Carouge en 1810 et à Versoix en 1824, ou la fabrication
en continu de papier. C’est ainsi que la papeterie de la Bâtie (Versoix) disposait en 1838 d’une unité
de fabrication d’une longueur de 10 m dont le fonctionnement était assuré par une unique roue
d’une puissance d’environ 20 CV. La forme la plus aboutie fut atteinte dans les années 1880 par les
minoteries industrielles, dont toutes les opérations étaient entièrement automatisées.
15
patriomoine et architecture 17
La turbine et la transmission du
moulin de Crève-Cœur (Saint-Jeande-Gonville), sur la Doua. Visible au
centre, la turbine Pelton développe
une puissance de 18 CV avec 100 l / s
et dessert une scierie, toujours en
exploitation.
patriomoine et architecture 17
16
Les sources de l’Allondon (Chevry).
Une fois le solide barrage fermé,
l’eau était dérivée dans le canal
du moulin Péchard, qu’on devine
à gauche.
Un paysage créé par l’homme
Les moulins au fil de l’eau étaient construits directement dans le lit des rivières. Aux pilotis solidement fichés dans le sol qui portaient l’installation, s’ajoutaient les pieux des palplanches canalisant
l’eau vers la roue. L’impact environnemental de ces éléments était limité. À Genève, leur multiplication avait toutefois pour effet de ralentir la vitesse d’écoulement du Rhône et, par là même, la
vidange du Léman, ce qui en période de hautes eaux n’était pas sans conséquences sur les terres les
plus basses. Soulevé en 1721, le contentieux opposant Berne (puis Vaud) à Genève ne trouva son
dénouement qu’en 1886, lors de la mise en service du barrage du pont de la Machine, qui assurait
la régulation du niveau du lac.
En revanche, l’impact environnemental des moulins alimentés par des canaux n’était pas négligeable. Les barrages de dérivation, par la rupture de pente qu’ils créaient, modifiaient non seulement
le lit des rivières mais également leur régime, les eaux progressant par sauts successifs. Si la majorité
des seuils ne dépassaient pas quelques dizaines de centimètres de hauteur, certains présentaient des
valeurs de plusieurs mètres. Usuellement, une prise d’eau comprenait un seuil appareillé en blocs en
roche, un système de vannes qui régulait le débit du canal (des pelles ou des planches glissées entre
des montants en roche jusqu’au tournant du XXe siècle, puis des vannes métalliques coulissant dans
un cadre que manœuvrait un volant), enfin, un déversoir de trop-plein dont le niveau correspondait à la charge maximale du bief. Aux emplacements les plus favorables, les prises se succédaient,
formant d’authentiques paysages aquatiques. Les canaux à fort débit étaient creusés dans l’axe des
rivières. Ils constituaient de fait le prolongement naturel de ces dernières, contrairement aux canaux
à prise latérale. En période d’étiage, il arrivait que le prélèvement d’eau mette à sec le lit de la rivière
mère. Afin de maximiser le potentiel énergétique, le tracé des canaux tirait au plus court jusqu’à
la chute. La césure de 2 m de large en moyenne que ceux-ci marquaient à travers champs et prés
était d’autant plus prononcée que leur développement était important. Les biefs étaient bordés d’un
cordon boisé formé majoritairement d’aulnes, de frênes et de saules. L’entrelacement des racines de
la ripisylve stabilisait les berges, ce qui limitait les effets de l’érosion et les pertes de charge. La chute
constituait le point central du système énergétique. Elle était aménagée dans un pli de terrain plus
ou moins prononcé, dont la dénivellation était accentuée par la fosse où prenaient place les roues.
La profondeur de celle-ci pouvait dépasser les 2 m. Son niveau était toutefois légèrement supérieur
à celui de la rivière mère, de façon à ce que les eaux s’y échappent rapidement et ne l’engorgent
pas en cas de crue. Le chemin d’accès au moulin était également un élément constitutif du paysage
molinologique. Il était ordinairement bordé d’un alignement de chênes, de noyers ou de fruitiers. On
trouvait souvent un verger à proximité du canal de fuite.
Selon la topographie, ces interventions étaient plus ou moins lourdes. Leur empreinte environnementale était toutefois restreinte car réalisées dans les limites imposées par la modestie des moyens
mis en œuvre, ainsi que par les contraintes exercées par la nature. En effet, l’homme restait démuni
face aux effets des crues, qui, dans les cas les plus graves, emportaient les prises d’eau, quand ce
n’était pas les moulins eux-mêmes. Au quotidien, l’exposition continuelle des bâtiments à l’eau et
celle des canaux à l’érosion, à l’ensablement et à l’obstruction par des branchages imposaient d’agir
avec mesure et dans le respect des cycles naturels.
Un patrimoine « mineur »
Placé au centre d’un enjeu aussi vital que celui de la subsistance, le meunier cristallisa les frustrations
de tous ordres. Jusqu’au XVIIIe siècle, fort du monopole octroyé par le pouvoir politique ou religieux,
il incarna la société des privilèges. En zone rurale, son établissement était le lieu de passage obligé où
chacun était tenu de porter son grain à moudre. Dans les villes, les meuniers exerçaient leur activité
sous l’étroite surveillance des autorités, qui redoutaient les troubles liés aux crises frumentaires. En
raison de leur statut particulier, les moulins ne se fondaient pas complètement dans la communauté
qu’ils desservaient. Par ailleurs, les critères d’établissement divergeaient. Quand l’implantation d’une
habitation prenait en compte l’ensoleillement ou l’accessibilité, celle d’un bâtiment hydraulique était
toute entière soumise aux seules contraintes énergétiques. De ce fait, dans les zones rurales, la
géographie des villages ne correspondait que rarement à celle des moulins, souvent édifiés à l’écart,
quand ce n’était pas au fond d’un vallon humide et sombre. Ces deux mondes n’étaient alors reliés
physiquement que par le chemin d’accès, plus ou moins long ou tortueux selon les cas, mais toujours
17
patriomoine et architecture 17
La prise d’eau du canal de Malivert
(Saint-Genis). Aménagée dans l’axe
du Lion, la prise comprend un seuil
de dérivation, une grille et une vanne
pour régler le débit du bief.
Le moulin de Crève-Cœur (SaintJean-de-Gonville), sur la Doua.
« Mécanique » désigne la scierie.
patriomoine et architecture 17
18
largement emprunté, du fait que le grain était porté à moudre durant toute l’année, la farine ne se
conservant guère au-delà d’un ou deux mois.
On reprochait au meunier son esprit de routine, qui lui faisait privilégier la quantité à la qualité.
Rétribué en nature (selon les régions, entre 1/12e et 1/18e du grain), on le suspectait de prélever plus
que son dû. Quand les autres travaillaient, lui somnolait, dans l’attente de la fin de la charge. Vivant
isolé, ses mœurs étaient forcément dissolues. Le meunier était ainsi souvent représenté en profiteur,
que l’on opposait à la figure positive du paysan, fruste mais laborieux. Le métier n’était pourtant pas
sans contraintes. À l’inconfort lié à l’humidité ambiante et aux problèmes respiratoires générés par
un air saturé de farine, s’ajoutaient les accidents, dont les exemples abondent. En plus des meuniers,
les principales victimes étaient les enfants, qui se noyaient dans les canaux ou étaient happés par les
transmissions. Par ailleurs, le risque d’incendie était omniprésent. Lorsqu’elle était surchauffée, la
graisse qui lubrifiait les paliers de roue risquait à tout moment de s’enflammer tandis qu’une étincelle
provoquée par le frottement des meules avait vite fait de mettre le feu à la farine en suspension, de
sorte que les moulins étaient des lieux particulièrement exposés à la destruction par les flammes.
Avec l’abolition des droits seigneuriaux, le statut du moulin évolua. La diffusion de la pomme de
terre diminua la part du blé dans l’alimentation. Ayant perdu son monopole, le meunier s’ouvrit à la
demande et fut obligé d’endosser le rôle d’artisan-entrepreneur. Les meules composites, le blutoir,
les éléments de transmissions en fer, les roues de grand diamètre bouleversèrent le cadre traditionnel
du moulin dont l’activité se rationalisa. Libérées de la contrainte de la roue multiple, les formes architecturales se diversifièrent, gagnant en hauteur et en compacité. L’image de la meunerie devint plus
dynamique, quand elle ne fut pas idéalisée dans une vision où hommes et nature cohabitaient dans
une belle harmonie.
À partir du milieu du XIXe, à peine avait-il achevé sa transition technologique que le moulin se
trouva confronté à un nouveau défi, l’émergence des minoteries industrielles. Comment soutenir
la concurrence avec les puissantes installations entièrement automatisées dans lesquelles les meules étaient remplacées par des cylindres broyeurs ? Les meuniers les plus entreprenants franchirent
le pas, les autres, plus nombreux, virent leur activité décliner. Désertés par les communiers, qui
consommaient désormais du pain de boulangerie, les moulins périclitèrent, fermant leurs portes les
uns après les autres. Les deux conflits mondiaux, en stimulant l’économie de subsistance, puis la
fabrication de moutures pour animaux assurèrent aux plus déterminés d’entre eux un sursis jusque
dans les années 1950. Aux yeux d’une société fascinée par le progrès technique et la vitesse, le
moulin incarnait l’archaïsme et l’immobilisme.
La modestie des formes architecturales, le déclassement économique et technologique, l’image
dépréciée du meunier, la difficile réaffectation d’ouvrages mal situés, l’exode rural constituèrent
L’Allondon à la hauteur du moulin
Fabry (Satigny). Abandonnée au
bord de la rivière, la pierre creuse
du battoir de l’établissement.
L’actualité du moulin
La nature du moulin est diverse et nul mieux que l’ethnologue Claude Rivals a su en saisir les multiples dimensions. Pour assurer la transmission de ce patrimoine si riche, il convient de dépasser
l’approche émotionnelle et nostalgique, qui ne saurait être totalement écartée pour autant, afin
de définir ce qui confère au moulin son actualité. Celle-ci est de deux ordres. Le premier a trait au
moulin comme mode de production énergétique à faible empreinte écologique. Le second porte sur
le lien qui unit exploitation et conservation du patrimoine.
Pour les uns, en tant qu’héritage du Moyen Âge, le moulin constitue l’emblème d’une société basée sur l’ordre, où la place de chacun et de chaque chose était définie de façon précise et immuable,
aux antipodes de la société actuelle. Plus largement, la simplicité technique de celui-ci rassure, son
fonctionnement est compréhensible par tous. Les matériaux qui le composent, la pierre, le bois et le
fer, mobilisent des compétences à la portée du plus grand nombre, tandis que le cadre dans lequel
il évolue, qui mêle eau vive et végétation foisonnante, renvoie à la symbolique d’une nature dans
son état de pureté originelle. Pour d’autres, sensibles à la vision confrontant « production locale » à
« économie globale », le moulin figure un modèle d’organisation économique et sociale basée sur les
relations de proximité et à échelle humaine. Les derniers y trouvent l’illustration d’une filière énergétique « low tech » et « durable », à l’opposé de celles basées sur les ressources fossiles ou nucléaires.
Dans tous les cas, l’objet moulin réaliserait une sorte de synthèse entre contraintes sociales, énergétiques et environnementales qui le ferait apparaître comme un exemple dont on gagnerait à s’inspirer
pour faire face aux défis d’aujourd’hui. C’est un fait que les termes du paradigme énergétique ont
évolué sous l’effet de la prise de conscience provoquée par l’épuisement des énergies fossiles et le
réchauffement climatique. Aujourd’hui, nul ne songerait à ignorer les questions relatives aux limites de la disponibilité énergétique, à l’impact environnemental des activités de production et à la
nature des filières de production. Or, par un effet de retournement dont l’Histoire est coutumière, il
19
patriomoine et architecture 17
autant d’obstacles à la reconnaissance de la valeur patrimoniale des moulins les plus significatifs ou
les mieux conservés. À la faveur de bouleversements aussi profonds que les grands travaux d’aménagement des rives provoqués par la construction de centrales hydroélectriques ou la lutte contre
les inondations, l’extension des terres cultivables au profit de l’agriculture intensive et la rationalisation de la gestion des espaces naturels, les moulins furent livrés à leur sort. Ceux qui échappèrent
à la démolition furent transformés en habitation lors d’interventions peu soucieuses d’en préserver
la substance historique. Dans le meilleur des cas, celles-ci se limitèrent à la seule conservation des
meules, reléguées au rang d’éléments décoratifs. De la sorte, l’évocation du monde des moulins ne
fut plus guère assurée que par la toponymie qui jalonne encore le territoire.
patriomoine et architecture 17
20
Le moulin Peney (Péron), sur l’Annaz.
L’aqueduc en roche conduit l’eau
à une petite centrale électrique
attenante à l’ancien moulin à blé.
La roue en bois desservait une
scierie, transformée ultérieurement
en huilerie, aujourd’hui ruinée.
apparaît que ces contraintes ne sont pas sans présenter des analogies avec celles qui, de fait, pesaient
sur l’exploitation traditionnelle, à savoir l’économie des moyens, le respect de l’environnement et le
pragmatisme technologique. La situation qui se dessine aujourd’hui met ainsi en valeur les pratiques
anciennes, leur donnant une actualité qu’elles avaient perdues au cours du XXe siècle avant que la
nécessité de raisonner en termes d’intégration et de durabilité ne s’impose, à nouveau, à nous.
De nombreux sites hydrauliques demeurent exploités, ainsi, à Genève, l’usine de Richelien sur la
Versoix, en service depuis 1888. Ici et là, des installations séculaires furent équipées, au tournant du
XXe siècle, de turbines mécaniques ou de microcentrales électriques. En 1915, la Suisse comptait ainsi
6 850 installations de faible puissance, dont la moitié produisait du courant. La situation resta stable
jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avant que leur nombre ne diminue massivement
sous l’effet des grands projets hydrauliques et de la création de monopoles énergétiques. En Suisse,
l’application depuis quelques années de programmes incitatifs entraîne à nouveau un mouvement à
la hausse du nombre des microcentrales (plus de 1 700 en Suisse, dont une centaine dans le canton
de Vaud et trois à Genève : outre l’usine de Richelien, on compte les centrales de la Vieille Bâtie et
de Vessy). Celles-ci ne génèrent certes qu’une fraction de la production hydraulique totale. Elles n’en
recèlent pas moins un potentiel énergétique largement sous-utilisé en raison de la vétusté de la plupart d’entre elles. Il existe par ailleurs des sites susceptibles d’être remis en exploitation (comme sur
le canal des Usiniers à Versoix ou la Centrale des Quatre-Vents à Divonne). D’une manière générale,
le maintien d’une exploitation hydraulique constitue la mesure de protection la plus efficace, dans le
sens où celle-ci perpétue son essence, au-delà des travaux de modernisation des équipements qu’il
est parfois nécessaire d’opérer. De fait, les établissements dont la valeur patrimoniale est reconnue
sont ceux qui ont préservé une activité, aussi faible soit-elle. Dans la région proche, quatre établissements ont ainsi assuré les conditions de leur conservation en s’ouvrant au public ou en exploitant
un marché de niche. Le moulin de Navilly (Pers-Jussy, Haute-Savoie) moud de la farine biologique.
L’huilerie de Cornier (Cornier, Haute-Savoie) assure une petite production d’huile de noix. La scierie
de Saint-George (Vaud) est remise en marche au moins une fois par mois. L’exemple le plus remarquable est toutefois celui de la boissellerie de Bois d’Amont, à 8 km des Rousses (Haut-Jura), une
ancienne scierie transformée en musée « tournant », qui accueille chaque année 30 000 visiteurs.
Les moulins du bassin genevois,
un réseau de deux cents établissements
alimentés par vingt-deux cours d’eau
Carte des cours d’eau du bassin
genevois (IMAHGE)
1. L’Hermance
2. Le Foron
3. La Seymaz
4. L’Arve
5. Les sources du Petit Salève
6. La Drize
7. L’Aire
8. Les nants de la Champagne
9. La Laire
10. Les nants du Vuache
11. Le Rhône
12. La Versoix
13. Le ruisseau des Meules
14. L’Oudar
15. Le Journans
16. Les résurgences entre
le Journans et l’Allondon
17. Le Lion
18. L’Allondon
19. L’Allemogne
20. Le Puits Mathieu
21. La Doua
22. L’Annaz
Les conditions d’exploitation énergétique
Contrairement aux hommes, les rivières ne connaissent pas les frontières. Mis à part le Rhône et la
modeste Seymaz, les cours d’eau qui convergent vers le canton de Genève ont tous leur source au
pied des massifs environnants, situés dans le Genevois haut-savoyard et le Pays de Gex. Les moulins
établis dans le canton ne constituaient dès lors que les éléments implantés le plus en aval d’une
chaîne d’exploitation qui se développait d’une extrémité à l’autre des principales rivières. L’étude de
ceux-ci ne prend ainsi pleinement son sens qu’à l’échelle du bassin hydraulique. L’approche territoriale se justifie également par l’histoire. La grande majorité des établissements fut en effet construite
au bas Moyen Âge, à une époque où le bassin genevois formait un tout organique, une même
entité socio-économique et culturelle. Jusqu’au XVIe siècle, des conditions d’exploitation identiques
prévalaient ainsi dans l’ensemble de la région. Par la suite, en dépit du morcellement politique du
territoire, l’interdépendance entre Genève, privé d’hinterland, et le reste du bassin, qui assurait
l’approvisionnement de la cité en produits alimentaires et en matériaux de construction et de chauffage, était telle que les relations entre les parties étaient régies par une communauté d’intérêts qui
dépassait les clivages politiques et confessionnels. La création en 1860 de la Grande Zone franche
ne fit que confirmer cet état de fait. Hommes, biens et monnaies circulaient alors indifféremment de
part et d’autre de la frontière.
Dans le cadre de notre étude, nous entendons par « bassin genevois » le canton de Genève,
ainsi que la partie du Pays de Gex située à l’est du Jura et le nord du Genevois haut-savoyard. Les
limites de cet espace sont définies, au nord, par la Versoix et l’Hermance, à l’est, par la ligne de
crête des Voirons et du Salève, au sud, par celle du Mont-de-Sion et du Vuache, à l’ouest, par celle
du Jura. La cuvette et l’enceinte presque continue qui l’entoure forment un territoire homogène
qui s’étend sur 748 km2. Les eaux de surface proviennent principalement des précipitations locales,
mais également de l’écoulement du lac Léman, de ruissellements le long du versant oriental du Jura
et enfin de résurgences au pied des massifs. D’une manière générale, les conditions hydrologiques
sont plutôt favorables. Le régime dominant est de type « jurassien », avec un maximum pendant la
saison froide et un minimum atteint en août. La topographie de la cuvette fait que les eaux de la
21
patriomoine et architecture 17
Bénédict Frommel
historien, Inventaire
des monuments d’art
et d’histoire
patriomoine et architecture 17
22
Le canal de fuite des moulins
de Thoiry, sur le Puits Mathieu.
Au premier plan, le socle d’une
des deux roues.
rive droite coulent en direction du sud ; sur la rive gauche, celles-ci courent en direction du nord ou
de l’ouest. Toutes convergent vers le Rhône, dont les eaux s’évacuent par la gorge du Fort-l’Ecluse.
Les rivières forment un réseau qui draine la totalité du territoire. Trois secteurs toutefois sont quelque peu moins bien irrigués : celui qui se développe le long de l’axe Genève-Fernex-Voltaire-Segny,
qui correspond à la ligne de démarcation entre les bassins versants du Léman (à travers la Versoix)
et celui du Rhône ; la Champagne, en raison de la nature perméable de son sol ; enfin, le plaine
située « entre Arve et lac ».
Pour tourner, le moulin genevois type nécessitait une dénivellation d’une valeur avoisinant les
4 m (soit la hauteur de la chute, à laquelle s’ajoutent les dénivelés des canaux d’alimentation et
de fuite) tandis que la pente de la rivière mère ne devait pas être inférieure à 0,35% (soit la valeur
du Lion à la hauteur du moulin de Vesegnin, le cas de figure le plus défavorable de notre corpus),
sous peine d’exiger un canal d’une longueur exagérée (plus de 1 500 m). Les principaux cours
d’eau du bassin accusent une dénivellation totale comprise entre 100 et 370 m pour une pente
qui varie entre 0,5 et 4%. Le potentiel énergétique est donc considérable. À quelques exceptions
près (l’Allemogne ou la Versoix à la hauteur de Divonne et du bourg, notamment), celui-ci ne fut
que partiellement utilisé. Il en est de même pour le Rhône, à la réserve près que l’exploitation au
fil de l’eau n’était pas exempte de fortes contraintes (faible vitesse de rotation de la roue, variation
du niveau de l’eau, ébranlement des structures, etc.). Avec une pente moyenne de 1,35% et une
vitesse d’écoulement en aval de la ville qui variait entre 2,5 et 3,4 km / h, le fleuve développait
pourtant une puissance potentielle considérable, estimée, en 1880, à 7 200 CV en eaux moyennes
à la hauteur de Genève. À titre de comparaison, la puissance totale développée par l’ensemble des
moulins urbains ne dépassait alors pas les 200 CV (pour trente-et-une roues soit une moyenne de
6,2 CV par roue).
Les bonnes conditions énergétiques du bassin genevois concoururent ainsi à une exploitation
plutôt précoce et significative de ses principaux cours d’eau. Seule la Seymaz y échappa, en raison
de la médiocrité de son potentiel hydraulique. Grâce à l’étroitesse du maillage hydrologique, l’aire
de desserte d’un moulin – la banlieue – n’excédait en général pas 4 km de diamètre.
23
patriomoine et architecture 17
Le réseau des moulins autour de 1840
À Genève, les années 1840 constituèrent l’apogée du règne énergétique et économique des moulins.
Stimulée dès 1858 par l’arrivée du chemin de fer, qui acheminait le charbon, la vapeur ne concurrença pas véritablement la roue à eau, mieux adaptée aux besoins des petites exploitations. Le déclin
s’amorça avec la turbine à eau. Mise au point vers 1830, cette dernière ne se diffusa à Genève qu’à
partir de 1865. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les deux technologies cohabitèrent, avant que les turbines
ne soient couplées à des générateurs électriques, aux applications infiniment plus nombreuses (force
motrice, éclairage, chauffage, etc.) que l’énergie purement mécanique des roues traditionnelles.
Le recensement des moulins autour des années 1840 repose sur l’observation du terrain, menée
conjointement avec l’analyse de trois grandes catégories de sources historiques. La première comprend deux enquêtes diligentées par l’administration pendant l’occupation française. Établi en 1800
par l’inspecteur en chef des Travaux Publics du département du Léman, l’ingénieur Nicolas Céard,
l’« État général des différentes usines mouvantes actuellement qui existent dans la partie occidentale
du département du Léman » comptabilise l’ensemble des bâtiments hydrauliques. La seconde enquête recense, sur la base de données fournies par les maires, les moulins à farine en activité en 1809.
Y figurent en principe le nombre de roues, la production journalière et le type de mouture, la provenance des meules ainsi que, dans certains cas, des informations sur les conditions hydrologiques. Malgré des lacunes et des invraisemblances (dues pour l’essentiel à l’ignorance des magistrats), ces deux
documents fournissent des renseignements de premier ordre. La deuxième catégorie comprend les
différents plans cadastraux établis entre 1730 et 1899 (mappe sarde, cadastres français et genevois).
Enfin, la dernière englobe des documents de seconde main, telles les histoires de communes et les
études thématiques, ainsi que divers imprimés administratifs. Le dépouillement des actes notariés et
de mutations, qui reste à mener, fournirait assurément de précieuses informations complémentaires.
Vers 1840, le bassin genevois comprenait 197 établissements hydrauliques. Ce nombre ne constitue toutefois qu’un ordre de grandeur. Certains objets sont tellement imbriqués que leur décompte
est problématique. Pour d’autres, on ignore la période précise de leur création ou de leur disparition.
Par ailleurs, ont été exclus les battoirs quand ils étaient édifiés séparément de l’installation principale,
leur activité effective étant difficile à établir. Enfin, sont mélangées des réalités techniques fort diverses. En effet, les points communs entre un établissement au fil du Rhône produisant jour et nuit et
une modeste installation au bord du nant de Longet sont finalement peu nombreux. De sorte que
le nombre de roues – 443 soit 2,25 par moulin – apparaît comme un indicateur plus pertinent. Toutefois, cette donnée est également à nuancer, puisqu’il était rare que toutes les roues d’un même
établissement tournent simultanément. Par ailleurs, hormis la mouture du blé, les principales activités
étaient saisonnières (sciage du bois en hiver, pressage des noix au printemps, etc.). Rapporté à la population – environ 58 000 personnes (Genève 21 300, territoire des Franchises et campagne : 5 240,
Savoie : 12 700, Pays de Gex : 15 000) –, on avait un établissement pour 294 habitants et une roue
pour 130 habitants.
Les moulins se répartissaient de façon à peu près homogène sur l’ensemble du territoire. On trouvait toutefois des zones de concentration, principalement sur le Rhône urbain et le long des cours
d’eau qui jaillissent du pied du Jura, dont le débit était plus régulier qu’ailleurs. Rappelons que c’était
moins le débit maximum qui était recherché que la constance de celui-ci tout le long de l’année, de
façon à limiter les temps d’immobilisation. La Versoix et ses défluents totalisaient ainsi trente-quatre
établissements. L’Allondon et ses affluents, trente-sept. À l’inverse, alimenté par les faibles sources du
Vuache et du Mont-de-Sion, le sud du bassin genevois constituait la zone la moins favorable, avec la
plaine située « entre Arve et lac ». Selon le découpage territorial actuel, on trouvait septante-six établissements en Pays de Gex, soixante-huit dans le canton de Genève, quarante-neuf dans le Genevois
haut-savoyard, et quatre dans le canton de Vaud.
Il est difficile de dater avec précision la construction des moulins les plus anciens. En ville, leur existence est attestée en 563. Le moulin de Ternier remonterait au XIIe siècle, celui de Pomier également,
celui d’Hermance est mentionné en 1247, et on sait que les meilleurs emplacements furent investis
Carte et liste des établissements
hydrauliques du bassin genevois
autour de 1840 (IMAHGE).
Le tableau complet, moulin
par moulin, est à consulter sur
www.geneve.ch/patrimoine.
patriomoine et architecture 17
24
Canton de Genève
Aire-la-Ville : moulin de la Ratte.
Avully : moulin d’Epeisses ;
moulin Vuarin ; martinet d’Avully ;
moulins Roget.
Avusy : moulins de Veigy ;
moulins de la Grave.
Bernex : moulin de Chèvres.
Carouge : moulin Chenal / Fournier ;
moulin Chenal / Torrent / Fournier ;
moulin Chenal / Vuagnat ; moulin
Foncet / fonderie Beck&Boker ; moulin
Foncet / minoterie Sylvant ; filature
Foncet&Odier ; moulin de Pesay ; moulin
Bertrand / minoterie du Rondeau ;
moulin Bertrand / huilerie Clavel ; moulin
Herpin / huilerie Cusin ; tannerie Trappier.
Cartigny : moulins de Vert ; moulin
Miville.
Céligny : moulin Fatio ; moulin Garengo.
Chêne-Bougeries : tannerie Louis
Courriaud.
Chêne-Bourg : tannerie Jean-Antoine
Courriaud / Souvairan.
Collex-Bossy : martinet de la Bâtie ;
papeterie de la Bâtie ; moulin Neuf ;
moulin de Richelien.
Dardagny : moulins de Grange-Malval ;
moulin de La Plaine ; martinet de La
Plaine ; papeterie de La Plaine.
Genève : moulins Labarthe ;
moulin de Pougny / Azalbert / Bains
Defer ; moulin Rocca / Rossillon ;
moulin Labat / Séchehaye ; machine
hydraulique ; moulin Oltramare ; moulin
Rochat / Pelaz-Perrochain ; moulin Jules
David ; moulin de l’Hôpital.
Genève-Petit-Saconnex : moulin
Archambaud / François David ; moulin
Gallatin / Joseph David ; moulin Louis
Duvillard.
Genève-Plainpalais : moulin Dizerens ;
fonderie Menn&Lullin / usine genevoise
de dégrossissage d’or ; moulin Pelaz ;
moulin de la Queue d’Arve ;
moulin Rossillon / minoterie de
Plainpalais ; battoir De la Rue / Raichlen.
Hermance : moulin d’Hermance ;
moulin Monin.
Onex : moulin des Evaux ; moulin Brolliet.
Satigny : moulin Fabry ; moulin de Peney.
Troinex : moulin de la Grand-Cour ;
moulin de Drize.
Versoix : martinet de Sauverny ;
moulin du Pont ; papeterie de SaintLoup ; papeterie de Versoix ; filature
de Versoix / chocolaterie Favarger ;
moulin Roidor / chocolaterie Favarger ;
moulin Vouga ; moulin Bosson / Vilver ;
moulin du Pont.
Vernier : moulin de Vernier.
Veyrier : moulins de Sierne.
Haute-Savoie
Ambilly : moulin d’Ambilly / Mon-Idée.
Beaumont : moulins de Cutafour ;
martinet du Chable.
Bons-en-Chablais : moulin de
Langin / scierie-huilerie Chevallet.
Bossey : moulin de Crevin.
Chevrier : moulin de Chevrier ; moulin
de la Rate / du Pont-Carnot.
Collonges-sous-Salève : moulin de
Collonges.
Etrembières : moulin d’Aiguebelle ;
moulin de Veyrier.
Feigères : moulin Desbornes ;
moulin Rambosson ; moulin Pernoux ;
moulin de Grossaz ; moulins Ravoire.
Gaillard : battoir Courriaud / Lacour ;
moulin de Vernaz / minoterie Baud.
Juvigny : moulin de Tazet / minoterie
Raphoz ; scierie de Paconinges ;
moulin de Paconinges ; moulin de
Juvigny / Chez Gay.
Neydens : moulin de Neydens.
Presilly : moulin de Pomier.
Saint-Cergues : moulin du Marais.
Saint-Julien : moulin de Ternier ; moulin
Rambosson / minoterie Duvernay ;
moulin Pissard / Bouthéon ; moulins
Tagand / Bouthéon ; moulin de Thairy.
Valleiry : moulin de Chenex / Curtet ;
moulin Sautier ; moulin Chamot ;
moulin Pernoud / martinet Nouvelle.
Veigy-Foncenex : moulin de
Crevy / Farine Noire ; moulin à Canard.
Ville-la-Grand : moulin de Crêt ;
moulin de Carra ; moulin des Creux ;
moulin de Cornières / Perréard.
Viry : moulin de Vaux ; moulin de Viry.
Vulbens : moulin Tissot ; moulin du
Crozat ; moulin Favre / Fontaine froide ;
scierie Favre / Fontaine froide ; moulin
Amoudruz ; moulin des Bois ; moulin en
aval des Bois.
Pays de Gex
Arbère : moulin Gonin ; mécanique
Goudard.
Cessy : moulin d’en haut ; moulin
d’en bas ; martinet Bastian / Gay.
Challex : moulin Billet ; moulin de la
Corbière / Brunet.
Chevry : moulin de Veraz ; moulin
Péchard.
Collonges : moulin Julliard-Bernaudin.
Crozet : moulin de Naz ; moulin de la
Planche ; martinet Martin.
Divonne : moulin Muller / diamanterie
Benoit-Gonin ; moulin Patroix / scierie
Lami / diamanterie Coopérative de
Divonne ; scierie Fosseret / Martin ;
papeterie Audibert ; moulin
David / diamanterie Goudard / centrale
des Grands Hôtels ; foulon David ; usine
Meyer ; papeterie de Divonne / usine
Stoky ; scierie Chouet ; martinet
Boulet / Bastian ; moulin Barberat / Girod ;
battoir Girod ; scierie Perruet / Olivet ;
martinet Dubout ; mécanique Barberat.
Echenevex : moulin de Chenaz.
Farges : moulin des Ouches ;
moulin de Jourdy ; scierie d’Asserans ;
moulin Brunet ; moulin des Gouilles.
Gex : moulin de la Combe ;
moulin Grofillex I, moulin Grofillex II ;
moulin et scierie Benoit-Janin ; moulin
du Creux-du-Loup ; moulin Marchand ;
scierie Marchand ; tannerie Baudet ;
moulin Grenier / scierie Lison.
Grilly : moulin de Grilly.
Péron : moulin Favre ; martinet Favre ;
moulins Caillet ; moulins Claret ;
moulins Fléchère / Vuichoud ; moulins
Bonnaz / Peney ; moulin En Baraty ;
moulin de Sorbier.
Prévessin : moulin de l’Essertant.
Saint-Genis-Pouilly : moulin Vuaillet ;
usine Vuaillet ; moulin du Château ;
moulin Martin ; moulin de Pouilly ; scie
Donnet ; moulin des Ponts ; moulin
Kiefer / Malivert ; moulin de SaintGenis / diamanterie Donnet.
Saint-Jean-de-Gonville : moulin
Claret ; scierie de Crève-Cœur ; moulin
Claret du bas ; tannerie de Saint-Jean.
Sauverny : moulin de la Barouche.
Thoiry : scierie Latry / Grosrey /
Diamanterie d’Allemogne ; moulin
Latry ; martinets Audéoud / diamanterie
de Gremaz ; forge Burdairon ;
moulin Nouvelle / taillanderie Patroix ;
martinet Nouvelle / moulin Badian ;
moulins Girod / de Thoiry.
Versonnex : battoir de Villars-Dame
Vesancy : moulin Combresy.
Vaud
Bogis-Bossey : moulin de l’Oie.
Coppet : moulin Bibod ; moulin Vieux I ;
moulin Vieux II.
25
patriomoine et architecture 17
dès le XIIIe siècle. L’existence d’une trentaine d’établissements au moins est attestée à la fin du XIVe
siècle. Les bâtiments se développaient de préférence parallèlement au canal, afin de multiplier le
nombre de roues. Pour résister aux contraintes structurelles et hydrauliques, leur soubassement était
appareillé jusqu’au niveau des transmissions avec de volumineux blocs en roche. Les bâtiments qui
abritaient des martinets étaient plus compacts. Ils ne comprenaient qu’une à deux roues, mais avaient
des hauteurs de chute souvent considérables, jusqu’à 8 m à Gremaz sur l’Allemogne. On peut considérer que parmi la vingtaine d’établissements attestés à la fin du XVIe siècle et les quatre-vingts dont
la datation reste à faire, une bonne moitié d’entre eux remonte à la fin du Moyen Âge. Le second âge
d’or des moulins débuta au XVIIIe siècle. Il fut stimulé par l’affaiblissement des droits seigneuriaux et
par l’émergence d’une classe sociale dynamique pour qui l’exploitation d’un moulin constituait une
occasion d’émancipation économique. Au cours de cette vague, on assista à la création d’au moins
cinquante établissements de toute nature, aussi bien des moulins à blé que des battoirs à écorces,
des tanneries ou des scieries. D’une manière générale, les sites étaient moins favorables sur le plan
hydraulique et les structures bâties plus modestes.
Relativement à la question énergétique, les moulins se répartissaient selon trois types. Les moulins
au fil de l’eau tiraient parti du courant du Rhône. Vers 1840, on en trouvait vingt-six, dont le plus
important compta jusqu’à sept roues (moulin Pelaz-Besson). On estimait qu’il fallait une puissance de
l’ordre de 2,6 CV par paire de meules. Sur l’Arve, à Sierne et à Plainpalais, faute de dénivellation, on
recourut à une solution intermédiaire, des roues au fil de l’eau de grand diamètre mais alimentées
par des canaux. Parmi les moulins établis le long des rivières secondaires, qui étaient de loin les plus
répandus, on distingue ceux qui étaient alimentés directement par l’eau de la dérivation, au nombre
de quatre-vingt-cinq, de ceux dont l’alimentation se faisait par l’intermédiaire d’un réservoir d’accumulation, dont on dénombrait quatre-vingt-six exemplaires. Les premiers exploitaient des cours d’eau
au débit plutôt abondant et régulier, tels que la Versoix, l’Allemogne ou l’Allondon, tandis que les
seconds, majoritairement situés sur la rive gauche du Rhône, compensaient par l’accumulation les
limites de leur source d’approvisionnement. Une incertitude réside sur la proportion des moulins à
roues horizontales, moins puissantes à conditions égales, mais qui constituaient une alternative au
manque de dénivelé jusqu’à la mise au point, au début du XIXe siècle, des « roues de côté », dont
les aubes métalliques de forme courbe offraient une grande prise à l’eau. Du fait de leur simplicité
(faible circonférence, absence de couronne, transmission directe), elles animaient essentiellement des
battoirs construits indépendamment de l’installation principale. L’exemple le plus abouti concerne le
battoir à écorces Courriaud (Gaillard), implanté à cheval sur son canal. Les roues verticales étaient en
bois et d’un diamètre qui n’excédait pas les deux-tiers de la chute. À partir des années 1830, elles
furent peu à peu remplacées par des roues en tôle rivetée de grand diamètre, dont un seul exemplaire développait la puissance de trois anciennes. La grande majorité d’entre elles mesuraient 4 m
de diamètre, les plus hautes atteignant 7 m (moulin Roget, martinets Gay / Bastian et de Gremaz).
Associée aux nouvelles transmissions par poulies et courroies, leur diffusion modifia l’architecture des
bâtiments, qui gagnèrent en compacité ou se développèrent en hauteur. Adaptées aux faibles chutes,
les roues « de côté » furent peu diffusées. Signalons toutefois celle, gigantesque, de la filature Foncet
et Odier, à Carouge, d’un diamètre de 12 m, ainsi que celles de type Poncelet (aubes courbes) qui
équipèrent, de 1843 à 1870, la Machine hydraulique (actuellement bâtiment de la Machine), et, vers
1870-1880, la minoterie Estier sise au martinet de Sauverny.
Subsistance oblige, les moulins à blé étaient, de loin, les plus nombreux. On en décomptait 150,
soit un pour 386 personnes, un rapport légèrement inférieur à la France (1 pour 300) mais qu’expliquait la forte densité de la population du bassin, urbanisé pour un tiers. Les exploitations les plus
importantes se trouvaient sur le Rhône et desservaient l’agglomération genevoise. Les roues dont la
puissance le permettait animaient deux paires de meules simultanément. À la campagne, seul un
établissement disposait d’une installation analogue, le moulin Rambosson (Saint-Julien), alimenté
par deux affluents de l’Aire, le Ternier et la Folle. Sur la rive gauche, deux établissements construits
à peu près sur le même modèle à 600 ans d’intervalle, le moulin de Pomier et le moulin de Drize
La meulière de Saint-André-deBoëge relève du bassin carrier du
Mont Vouan (Viuz-en-Sallaz, HauteSavoie). Celui-ci bénéficie depuis
2008 d’une mesure de protection.
Sur une longueur de 200 m,
plusieurs centaines de meules en
grès ont été extraites de la taille.
L’exploitation cessa au milieu du
XIXe siècle.
patriomoine et architecture 17
26
La meule tournante visible en
bordure de la route de Troinex.
En grès massif, elle remonte
vraisemblablement au début
du XIXe siècle.
comprenaient, chacun, quatre roues. Les édifices les plus développés (quatre roues ou plus) étaient
également les plus anciens ; ils étaient situés au pied du Jura, sur la Versoix, tels les moulins de Grilly
ou Roidor (devenu le bâtiment administratif de la chocolaterie Favarger), ou sur le Lion, tels les moulins de l’Essertant, Malivert ou Fabry.
Traditionnellement, les meules présentaient un diamètre de 1,60 m pour un poids d’environ une
tonne pièce et une entrure (espace qui sépare les meules dont la valeur diminue au fur et à mesure
qu’on s’éloigne du centre) plutôt marquée, ce qui permettait de moudre des grains de qualité et de
nature diverses. Leur origine était essentiellement locale. Les pierres étaient taillées dans des blocs
erratiques ou extraites de carrières de serpentine du Petit Salève (Monnetier) et du Jura. On utilisait
également des meules en grès du « Faucigny » ou de « Saint-André », qui provenaient des meulières
du Mont Vouan, dans la région de Viuz-en-Sallaz (notamment la « meulière à Vachat », la « caverne
aux fées » et la « meulière de Saint-André-de-Boëge »). Celles-ci connaissaient alors une activité quasi
industrielle puisqu’on estime qu’elles fournirent au total plusieurs dizaines de milliers de meules.
À la fin du XVIIIe siècle, la diffusion de la farine de froment pur puis de la « mouture économique »
(froment débarrassé de son son) devait bouleverser un mode de faire inchangé depuis des siècles.
Trop tendres, les meules dormantes locales furent remplacées par des meules provenant de Brie. D’un
prix jusqu’à huit fois supérieur aux anciennes, elles étaient formées de carreaux de silex de dureté
différente (le centre était la partie la plus tendre), liées par du ciment et cerclées. Les meilleures étaient
fabriquées à la Ferté-sous-Jouarre. Apparus vers 1880, les cylindres broyeurs remplacèrent à leur tour
les meules des établissements les plus dynamiques. On devait en retrouver, notamment, dans trois
minoteries périurbaines (minoteries de Plainpalais, Sylvant et du Rondeau, ainsi que l’éphémère minoterie Drevet / Convert à Sous-Terre), et quatre en zone rurale, qui desservaient chacune une large
portion du territoire (minoteries Rambosson, de Sauverny, de Thoiry, de la Plaine).
La production de farine variait considérablement selon les établissements. Les moulins les plus modestes produisaient à peine 100 kg par jour, les plus importants, majoritairement situés sur le Rhône,
à Divonne ou à Ville-la-Grand, jusqu’à six fois plus, pour une production horaire moyenne de 30 à 40
kg. La production journalière moyenne s’établissait entre 200 et 300 kg. Le type de mouture variait
suivant les régions. Hormis les zones urbaines (Genève, Carouge, Petit-Saconnex) et le long du Foron,
où on produisait essentiellement de la farine « économique », dans le reste du bassin, on moulait
majoritairement « à la grosse ». Globalement, la qualité était modeste, la farine contenant beaucoup
de son difficile à extraire. Pauvre en blé, la région du Vuache produisait les farines les plus médiocres,
composées, dans le meilleur des cas, d’un mélange de froment et de seigle.
Parmi les établissements non céréaliers, on trouvait une douzaine de battoirs à écorces. Ceux-ci
étaient pour la plupart localisés à Carouge et dans la région de Chêne, l’essentiel des peaux à traiter
Une des meules du moulin Caillet,
sur l’Annaz (Logras, Péron).
Provenant de Brie, elle est formée
de carreaux de silex de différentes
duretés, cimentés et cerclés.
patriomoine et architecture 17
27
provenant des régions alpestres. Longtemps réputé pour ses tanneries, Gex ne comptait au début du
XIXe siècle guère plus d’un battoir à tan. La situation inverse prévalait pour les martinets, au nombre
de dix-sept (soit 1 pour 5 000 habitants), dont les plus anciens remontaient au Moyen Âge (Martinets
Bastian / Gay, à Gex, ou de la Bâtie). Globalement, ceux-ci se concentraient dans le Pays de Gex (douze
dont six sur la Versoix), fort d’une tradition sidérurgique ayant su tirer parti d’un sous-sol riche en
minerai de fer, de forêts qui fournissaient le charbon de bois et d’une abondante force hydraulique.
On dénombrait dix-neuf scieries. Là aussi, elles se concentraient dans le Pays de Gex, qui fournissait
l’essentiel du bois de construction. La Versoix était la rivière papetière par excellence, avec six fabricants, contre un pour l’Allondon. Ce quasi monopole s’expliquait par la pureté de ses eaux, alliée à un
régime d’une remarquable stabilité tout le long de l’année. Signalons enfin que les deux manufactures
phares pour les années 1810-1820, la filature Foncet et Odier à Carouge (69 mull-jennys) et la filature
de Versoix, alors totalement mécanisée, étaient alimentées respectivement par l’Arve et la Versoix.
Un patrimoine en danger de disparition
Les statistiques sont sans appel. Des vingt-six établissements rhodaniens, seuls subsistent le bâtiment
de la Machine et « l’usine Pélaz reconstruite » (Coulouvrenière), tous deux fortement dénaturés,
ainsi que les corps de logement des moulins d’Avusy et de la Corbière (Challex). Pour ce qui est
des 168 établissements alimentés par des cours d’eau secondaires, seuls huit ont conservé une
affectation liée au monde du travail (moulins de Sierne, centrale des Grands Hôtels, moulins de
l’Oie, papeterie de Versoix, filature de Versoix, moulins Roidor, de Saint-Genis et de Crève-Cœur) !
Précisons que l’ex-filature de Versoix, actuellement occupée par la chocolaterie Favarger, constitue le plus ancien bâtiment spécifiquement industriel et mécanisé encore en place. Pour le reste,
Le moulin de Pesay, à GrangeCollomb (Carouge), sur la Drize.
Attesté en 1388, l’établissement
a fonctionné comme moulin à blé
avant d’être transformé vers 1880 en
usine métallurgique. Profondément
altéré, le site est en attente d’une
réaffectation.
patriomoine et architecture 17
28
on enregistre cinquante-deux cas de démolition, sept cas de ruine et quatre-vingts cas de réaffectation en habitation, la salle des meules ayant souvent été transformée et annexée au logement. Ces
transformations s’accompagnèrent dans la plupart des cas d’une importante perte de substance,
consécutive au comblement des canaux et au démontage des éléments de transmission et de mouture. Les consoles en roche qui soutenaient les chenaux menant l’eau aux roues constituent souvent
la dernière trace visible de leur ancienne vocation. À notre connaissance, il n’existe plus d’installation
de mouture traditionnelle. Les meules qui subsistent servent d’ornements pour des jardins particuliers, quand elles n’ont pas fini dans le cours d’eau le plus proche, telles celles des moulins Grofillex
ou Fabry. Un sort à peine plus enviable fut réservé aux battoirs. La masse des pierres creuses les plus
imposantes (7 tonnes pour le battoir du moulin de la Grand-Cour), rendant leur déplacement malaisé, contribua toutefois à en sauver un petit nombre. C’est le cas de ceux des moulins de la GrandCour, Crevin, Rambosson à Feigères et Fabry. Citons également le battoir déposé à la jonction de la
route de Passeiry et du chemin d’Épagny. À notre connaissance, la dernière installation qui demeure
encore en place est celle du moulin de Malivert.
Même constat pour les aménagements extérieurs. Sur la centaine de biefs exploités à des fins
énergétiques, seuls vingt-et-un canaux demeurent alimentés en eau, dont un seulement sur la rive
gauche du Rhône (moulin de Veyrier). Les vingt restants se concentrent entre Divonne et Logras. La
proportion est à peu près la même pour les réservoirs, dont seuls neuf demeurent alimentés, deux
sur la rive gauche (moulins de Veyrier et de Pomier), sept sur la rive droite (mécanique Goudard,
moulins Marchand, de Chenaz, Vuaillet et de Crève-Cœur, tannerie de Saint-Jean, moulin Peney).
Au tournant du XXe siècle, alors que les moulins disparaissaient les uns après les autres, les établissements les plus actifs échangèrent leurs roues contre des turbines, pour survivre. Sur les dix-neuf qui
demeurent en place, dix tournent encore ou sont en état de le faire (centrale des Grands Hôtels, moulin de l’Oie, usine de Richelien, chocolaterie Favarger, moulins de Malivert, de Thoiry, martinet Patroix,
moulins de Crève-Cœur et de Peney). Pour être complet, signalons l’existence de trois intéressantes
installations, trop récentes pour figurer dans notre étude : la scierie Rossier à Allemogne (1906), la
centrale hydroélectrique de la Vieille Bâtie, sur la Versoix (1934), la pompe des fontaines du Casino de
Divonne (1930 environ). Si la première ne tourne plus qu’occasionnellement, les deux autres demeurent en activité. On trouve par ailleurs neuf turbines hors service (moulin Rambosson, martinet Bastian,
moulin Girod, papeterie de Versoix, moulins de Veraz, Fabry, Vuaillet, de la Plaine, tannerie de SaintJean). Les roues traditionnelles sont encore moins nombreuses puisque sur les huit recensées, les deux
dernières encore en état de se mouvoir ne tournent plus qu’à vide (site de la Diamanterie coopérative
de Divonne, moulin Caillet). Les autres sont soit fendues (tannerie de Saint-Jean, moulin Peney), soit
entravées (moulins du Marais et Vouga, mécanique Barberat), soit déposée (martinet Bastian / Gay).
Comme on peut le constater, le patrimoine molinologique du bassin genevois a largement disparu. Parmi les objets qui subsistent, tous ont été dénaturés, à l’exception des quelques ouvrages du
La roue de la tannerie de Saint-Jeande-Gonville, sur la Doua. Protégée
du gel par le bâtiment, elle était
alimentée par un vaste réservoir.
Elle fut remplacée au tournant du
XXe siècle par une petite turbine
Francis.
patriomoine et architecture 17
29
Pays de Gex dont le maintien de l’activité jusqu’à une date récente a préservé l’essentiel de leur substance. Par ailleurs, aucun site n’a fait l’objet d’une réhabilitation ou d’une restauration exécutée avec
le souci de maintenir (ou de reconstituer) les éléments constitutifs d’un site hydraulique consacré
à des activités de production. D’une manière générale, le patrimoine molinologique était naguère
assimilé au patrimoine rural et utilitaire, jugé mineur, et appréhendé sans que l’on tienne compte
de sa nature spécifique ou de ce qui lui confère sa signification particulière. Sa reconnaissance a été
tardive, car longtemps entravée par un intérêt principalement porté sur les formes architecturales, au
détriment des usages et des activités qui leur étaient associés. Depuis quelques années toutefois, à
défaut d’une véritable politique de protection, on assiste à la mise en place de mesures ponctuelles.
C’est ainsi que les meulières du Mont Vouan (Viuz-en-Sallaz), considérées parmi les plus remarquables d’Europe, jouissent depuis 2008 d’une mesure de classement au titre de monument historique,
un cas unique en France. Du côté du Genevois haut-savoyard et du Pays de Gex, en revanche,
aucun objet n’est protégé. À Genève, un seul objet a été classé, le battoir du moulin de la GrandCour (Troinex)… Quatre bâtiments ont été inscrits à l’inventaire des objets dignes d’intérêt. Il s’agit
des martinets de la Bâtie (Collex-Bossy) et de La Plaine (Dardagny) ainsi que des moulins de Drize
(Troinex) et Fabry (Satigny). Pour les trois premiers, exception faite des enveloppes, la substance est
réduite à sa plus simple expression. Le martinet de la Bâtie a toutefois conservé sa chute et un socle
de roue, récemment mis en valeur par l’Association Patrimoine Versoisien. Dans le cas du moulin
Fabry, la perte est moindre, mais néanmoins significative. Demeurent la trace du canal, la chambre
d’eau avec la turbine mécanique de 1934, quelques éléments de transmission, les socles en roche
qui soutenaient le plancher des meules. Quant à l’enveloppe, elle menace ruine. Enfin, il est à noter
que le bâtiment de la Machine (Genève) est inscrit dans le périmètre de protection de la rade.
Le moulin de Crevy (Veigy-Foncenex),
sur l’Hermance.
Les moulins du bassin genevois, rivière par rivière
patriomoine et architecture 17
30
Les bâtiments qui subsistent sont
indiqués en gras dans le texte.
L’Hermance
L’Hermance prend sa source dans la zone marécageuse située entre les villages de Loisin et de Tholomaz. Après avoir contourné Veigy par le sud, son cours s’infléchit vers le nord tandis que sa déclivité
se marque. À partir de Crevy, le ruisseau pénètre dans un vallon abrupt par endroits puis se jette
dans le lac Léman, après avoir accusé une dénivellation de 45 m en 5 km. Le potentiel énergétique
du cours supérieur de l’Hermance est nul. Pour le cours inférieur, les conditions hydrologiques sont
médiocres en raison de l’étroitesse du bassin versant et de son régime strictement pluvial. De ce fait,
les rares installations qui y étaient établies chômaient durant les périodes sèches, et l’été il n’était pas
rare que le débit passe sous les 1 l / s, mettant le lit du ruisseau à sec.
Les deux premiers sites se trouvaient à la hauteur de Crevy. D’une longueur de près de 800 m, le
« canal de la Bévire » débutait au pont Neuf, avant de longer sur 200 m la route de Thonon et d’obliquer vers le hameau, qu’il contournait par l’ouest. Le bief alimentait deux établissements distants de
200 m environ. Le moulin de Crevy (aussi appelé de la Farine noire) ne comprenait qu’une roue. Le
moulin à Canard (ou moulin Mouchet), attesté en 1695, disposait d’un réservoir dont la position
en surplomb créait un chute de plusieurs mètres. Adossées au mur ouest, les deux roues entraînaient
une paire de « tournants » (couple de meules) en pierre du Salève. Pendant les quatre mois d’été,
faute d’eau, l’activité était interrompue. Le moulin fut reconstruit vers 1850 avant d’être désaffecté
peu après et transformé en habitation. À cette occasion, le canal fut comblé. Seul subsiste le battoir,
entreposé en bordure de la rivière.
Un troisième établissement était placé peu avant l’embouchure de l’Hermance. Bien qu’implanté
hors les murs, il est vraisemblablement contemporain du bourg fortifié, créé en 1247 par Aymon II.
Le moulin d’Hermance était alimenté par un réservoir de 700 m2, que remplissait une dérivation
de 350 m de longueur commençant juste en aval du Vieux Pont (ou pont de Bouringe). En 1810, la
chute animait deux roues installées horizontalement. Au cours du dernier tiers du XIXe siècle, l’établissement fut transformé en scierie. Au début du XXe siècle, l’étang et le canal étaient utilisés pour
la pisciculture. Ils furent comblés en 1951, lors de la construction de la route menant à Chens-surLéman (seul demeure le seuil de dérivation des eaux). À cette occasion, le bâtiment fut transformé
en habitation.
La région au sud de l’Hermance qui s’étend de Collonge à Chevrens était plutôt pauvre en eaux
courantes. Aussi tirait-on parti de toutes les possibilités, jusqu’aux plus modestes. C’est ainsi qu’on
exploitait au XVIIe siècle un moulin élevé au débouché du nant d’Aisy, ou que l’on utilisait l’eau d’un
très modeste nant coulant 800 m au sud d’Hermance pour alimenter le moulin Monin, un battoir
à céréales.
Le moulin du Marais (Saint-Cergues),
sur le Foron.
31
patriomoine et architecture 17
Le Foron
Le Foron prend sa source au-dessus de Langin (commune de Bons-en-Chablais), sur le versant nord
des Voirons. Au pied du massif, son cours s’infléchit en direction du sud-ouest et coule dans une large
vallée marécageuse sur une distance de 7 km. À la hauteur de Saint-Cergues, ses eaux sont grossies
par six ruisseaux qui drainent le versant ouest de la montagne. Une fois passée Ville-la-Grand, la rivière
quitte la zone humide pour un plateau agricole et louvoie jusqu’à sa confluence avec l’Arve. Depuis le
traité de Turin de 1816, le Foron marque également la frontière nationale. Pour préserver l’approvisionnement énergétique des ayants droit, qui étaient majoritairement implantés sur la rive gauche, on fixa
la limite avec la Savoie au sommet de la berge de la rive droite plutôt qu’au milieu du cours.
À voir le Foron rouler paisiblement ses eaux, il est difficile d’imaginer qu’il soit, à intervalles réguliers, sujet à des crues aussi subites que violentes. La rivière anima jusqu’à treize établissements,
dont onze sur les 10 km qui séparent Juvigny de son embouchure. Sur ce segment, chaque moulin
disposait en moyenne d’une dénivellation de 8 m. La relative constance du régime du Foron tout au
long de l’année permettait aux établissements situés en aval des six ruisseaux de Saint-Cergues de
tourner parfois jusqu’à onze mois sur douze, sans réservoir d’accumulation.
Parmi les treize établissements recensés au début du XIXe siècle, on comptait dix moulins à grain,
une scierie, un martinet, un pilon à écorces. Les premiers constituaient un ensemble techniquement
homogène. Chacun d’eux était doté de deux, parfois trois roues, qu’alimentait une chute d’environ
4 m. Les meules provenaient de Brie pour la dormante, du Salève ou de Saint-André-de-Boëge pour
la tournante. La production portait aussi bien sur la farine « économique » que « grossière » et était
parmi la plus élevée du bassin (jusqu’à 500 kg par jour).
Premier de la série, le moulin de Langin exploitait la pente et la confluence de deux ruisseaux
pour animer ses roues. En abandonnant au tournant du XXe siècle la meunerie pour se concentrer
sur la fabrication de l’huile, il parvint à maintenir son activité jusque dans les années 1980. Il est
actuellement en cours de transformation.
En aval du marécage de Machilly, aménagé dans les années 1980 en plan d’eau, on trouvait le
moulin du Marais (ou de Longe-Serve), dont l’activité meunière se maintint jusque vers 1950. Tout
en longueur, le bâtiment était implanté à la perpendiculaire du canal et de son réservoir, établis à mipente du vallon, de façon à compenser la modestie du débit par une importante hauteur de chute.
La liaison avec les trois roues était opérée par un long coursier aérien. Celles-ci furent remplacées
durant la seconde moitié du XIXe siècle par une unique roue en métal de grand diamètre, qui demeure en place. Bien qu’en partie enfouie, celle-ci n’en constitue pas moins un des derniers vestiges
tangibles de l’exploitation énergétique du Foron.
La commune de Juvigny comptait trois sites hydrauliques. Attesté en 1543, le moulin de Tazet
était établi à la confluence de la Chandouze et du Foron, à l’emplacement de l’actuel centre équestre.
Au cours du XVIIIe siècle, il fut transformé en martinet et en scierie, avant d’être remplacé en 1894
par une minoterie dont les installations se répartissaient sur trois niveaux. L’énergie mécanique était
produite par une turbine. La minoterie Raphoz maintint son activité jusqu’en 1969, avant d’être réaffectée en école d’équitation. Aucune trace ne subsistant, seul le lieu-dit évoque encore l’ancienne
Le moulin de Carra (Ville-la-Grand),
sur le Foron, une ruine au fort
pouvoir d’évocation.
patriomoine et architecture 17
32
vocation des lieux. À faible distance en aval, débutait un canal qui alimentait les deux moulins
de Paconinges, établis à une cinquantaine de mètres d’intervalle. Le premier, qui fut transformé
ultérieurement en scierie, est ruiné ; le second a été converti en habitation. Le quatrième et dernier
moulin, le moulin de Juvigny, était situé sur un canal long de 700 m qui débutait en amont du pont
de chez les Gay. Il comprenait trois roues. Le bief alimentait ensuite le moulin de Crêt, établi sur la
commune de Ville-la-Grand. Si le premier bâtiment, transformé en habitation, demeure en place, le
second a été récemment démoli.
Le moulin de Carra, bien que ruiné, garde un fort pouvoir d’évocation. La dénivellation créée par
la levée de terre menant à la chute donne la mesure du potentiel énergétique de sa paire de roues. Le
bâtiment était formé de deux corps de plan carré, que reliait un élément plus bas. Il fut reconverti au
tournant du XXe siècle en huilerie avant de fermer ses portes dans les années 1940.
À Ville-la-Grand, le moulin des Creux était placé entre l’actuelle voie ferrée et le chemin du PontNeuf. Au cours du XIXe siècle, il abandonna la mouture du blé pour la fabrication de tanin, puis
d’huile. Les traces de l’établissement, démoli il y a une trentaine d’années, sont très ténues. Elles se
limitent au seuil de la prise d’eau, à l’inflexion marquée par le sol de la rue du Révérend-Père-Favre et
à la légère dépression à l’arrière du chemin du Pont-Neuf.
Proches géographiquement et comparables sous l’angle des conditions d’exploitation, les moulins
de Cornières (dit aussi moulin Gaud) et d’Ambilly (dit aussi de Mon-Idée) ne connurent pas une
fin analogue. Ayant modernisé tous deux leurs installations durant la seconde moitié du XIXe siècle
(remplacement des roues en bois par une unique roue métallique de grand diamètre), ils maintinrent
leur activité jusqu’au milieu des années 1920. Le moulin de Cornières ferma ses portes peu après
l’accident mortel survenu en 1924 à l’un des enfants du meunier. Ayant cessé son activité à peu près
à la même époque, celui d’Ambilly fut racheté en 1929 par un boulanger qui, après l’avoir équipé
d’un moteur Diesel d’appoint, en poursuivit l’exploitation jusqu’en 1951. L’un comme l’autre ont été
depuis transformés en habitation.
La création à la fin du XVIIIe siècle du battoir à écorces de Moillesulaz s’inscrit dans le même
contexte que ceux de Chêne-Bougeries et de Chêne-Bourg. L’établissement fut construit dans un
méandre serré du Foron, de sorte que le canal, qui ne développait que 250 m, n’offrait pas une hauteur de chute suffisante pour installer une roue verticale. Le petit battoir Courriaud fut donc édifié
à cheval sur le bief et doté d’une roue horizontale. Une vanne métallique avec son mécanisme de
levage, à moitié enterrée dans l’axe du bief, laisse supposer que l’exploitation se prolongea au-delà
de la moitié du XIXe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, le site servit de point de passage
clandestin. La face ouest du bâtiment donnait directement sur la Suisse. Cette particularité permit à
sa propriétaire, Irène Gubier, alors lieutenant des Forces Françaises combattantes, de faire entrer à
Genève de nombreux agents de la Résistance. Elle fut arrêtée le 20 janvier 1944 avant d’être déportée au camp de concentration de Ravensbrück.
De l’ancien moulin de Vernaz (ou des Terreaux), attesté en 1626, il ne reste que la trace de son canal sinueux, matérialisé par un cordon boisé. L’établissement était équipé en 1809 de trois roues, dont
deux activaient des meules à grain et une un battoir à écorces. Les bonnes conditions énergétiques
qui prévalaient lui valurent d’être transformé vers 1860 en minoterie par Joseph Baud, boulanger et
marchand-grainier.
D’une manière générale, au cours du XXe siècle, la lutte contre les crues combinée à la pression
urbaine qui s’exerça en aval de Ville-la-Grand eut raison du riche patrimoine hydraulique du Foron.
L’Arve
L’Arve prend sa source dans le massif du Mont-Blanc, sur le versant sud du col de Balme, à une altitude de 2 191 m. Elle draine les eaux de la vallée de Chamonix, avant de s’enfoncer dans une profonde
gorge dont elle ne ressort que 4 km en amont du Fayet, à une altitude de 600 m. Commence alors
le cours intermédiaire de l’Arve, qui serpente sur 60 km environ jusqu’à Bonneville. Le cours inférieur
contourne le Petit Salève pour confluer avec le Rhône, à une altitude de 370 m. En chemin, les eaux
sont grossies par une multitude d’affluents, les principaux étant le Bon Nant, la Sallanche, le Foron
du Reposoir, le Giffre, le Borne et la Menoge. Son régime est complexe puisque de glaciaire à son
commencement, il devient glacio-nival, enfin nivo-glacio-pluvial. De ce fait, le débit varie considérablement selon la saison et en fonction des intempéries. Il passe de 20 m3 (débit d’étiage à Genève)
à 500 m3 (débit de crue bisannuel), pour une moyenne annuelle de 79 m3. Lors des crues, les eaux
parcourent la distance qui les sépare de Genève en moins de vingt heures. Elles charrient alors de fortes quantités de gravier et de limon. Les grandes amplitudes, le caractère torrentiel et le charriage de
matériaux constituaient autant d’entraves à une exploitation à large échelle des ressources de l’Arve.
Pour les mêmes raisons, les villages étaient établis le long des ruisseaux de montagne transversaux
plutôt qu’en bordure immédiate de la rivière.
L’histoire détaillée de l’Arve, et en particulier des interventions pour se prémunir de ses débordements, reste à écrire. Dès le Moyen Âge, des mesures furent entreprises pour endiguer la rivière afin
33
patriomoine et architecture 17
La Seymaz
Seule rivière entièrement genevoise, la Seymaz se forme dans les terrains marécageux voisins des
ruines du château de Rouelbeau. Après 1,2 km, elle est rejointe par son principal affluent, le ruisseau
du Chambet, qui prend sa source dans les bois de Jussy, au Pré-de-Villette. Le cours de la rivière s’infléchit alors vers le sud en direction de l’Arve, avec laquelle elle conflue à la hauteur de Villette après
avoir serpenté paresseusement pendant 9 km à travers une plaine agricole puis un léger vallon. Avec
une dénivellation de seulement 30 m et un débit d’étiage inférieur à 20 l / s à mi-parcours, la Seymaz
n’avait qu’un faible potentiel énergétique. Par le passé, celui-ci devait toutefois être légèrement supérieur. En effet, les travaux d’aménagement entrepris pendant la première moitié du XXe siècle jusqu’au
pont Bochet (drainage des marais, canalisation du cours), suivis par l’urbanisation récente des terrains
jusqu’à Chêne, eurent pour conséquence d’accentuer la valeur des débits extrêmes.
Seules deux expériences éphémères furent tentées. Elles sont à mettre en relation avec le fort développement au XVIIIe siècle de l’élevage bovin. Pour transformer les peaux en cuir, on les immergeait
pendant plusieurs mois dans une solution d’eau et de tan, une opération qui resserrait les fibres et les
rendaient imputrescibles. Le tan était extrait de l’écorce de chêne et de sapin, finement pulvérisée au
moyen de pilons acérés que soulevait un arbre à cames mis en rotation par une roue à eau. En 1810,
les communes de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg, Thônex et Gaillard comptaient six tanneries, qui
occupaient un total de dix-huit ouvriers. On ignore quelle proportion de tanin était produite localement par les deux moulins à écorce implantés de part et d’autre du pont du Vieux-Chêne, où la légère
accentuation de la pente de la rivière créait les conditions minimales pour une exploitation. Construite
en 1724, l’installation située en amont du pont chevauchait en partie la Seymaz. Elle occupait deux
personnes. Datant également de 1724, l’établissement placé en aval était plus développé. Il comprenait la tannerie à proprement parler, un espace à l’air libre occupé par une dizaine de cuves à tannin,
enfin le battoir à écorces, alimenté par un canal qui contournait la maison (toujours en place) située à
l’angle des rues du Péage et du Gothard. L’activité fut transférée en 1816 sur un site plus approprié,
à la confluence de la Menoge et de l’Arve.
La minoterie de Sierne (Veyrier),
sur l’Arve, vers 1900 (BGE) et
aujourd’hui. Après l’incendie des
deux bâtiments au premier plan,
toutes les installations furent
groupées dans la minoterie.
Celle-ci fut reprise en 1931 par
une entreprise de matériaux de
construction.
patriomoine et architecture 17
34
de stabiliser son lit qui divaguait au gré des crues. Les travaux de protection portaient essentiellement
sur la construction de digues. Cinquante-sept crues mémorables furent relevées du Moyen Âge à
1902 tandis que le pont d’Arve à Genève, construit pour la première fois en 1265, fut emporté
par les eaux en 1374, 1595, 1611, 1620 et 1733. En dépit de ces conditions difficiles, cinq sites
hydrauliques furent créés entre 1784 et 1815 sur le cours final de l’Arve. Leur exploitation supposait
l’aménagement de seuils barrant de part en part le lit, dont la hauteur était d’autant plus importante
que la dénivellation du cours était faible. De telles interventions entraînaient de fortes dépenses de
construction mais aussi d’entretien, à la mesure du potentiel énergétique de l’Arve, estimé en 1891,
en amont de Carouge, à 1 200 CV.
L’aménagement du site de Sierne fut réalisé peu après la construction, en 1784 par la Savoie, du
pont du même nom. L’ouvrage, qui était l’unique point de franchissement de la rivière entre Carouge
et Etrembières, visait à favoriser le commerce savoyard en facilitant le contournement de Genève. La
digue qui dérivait les eaux fut réalisée en 1794 ; elle prenait place à peu près en face de l’embouchure
du Foron. Le canal avait une longueur de 250 m. Faute de dénivellation, il ne comprenait qu’une
chute, qui alimentait la première roue. Les trois roues suivantes, de très grand diamètre, étaient, elles,
au fil de l’eau. En 1800, on dénombrait deux tournants et deux battoirs, répartis dans trois volumes.
Vers 1830, on trouvait également des pilons à tan et à tabac. Après la destruction par le feu en 1859
des éléments situés en bout de canal, toutes les installations furent réunies dans une minoterie élevée
en maçonnerie, qui subsiste. Le canal fut comblé vers 1930 lors de la reprise du site par une entreprise
de matériaux de construction.
Le site le plus ancien se trouvait sur la rive gauche de l’Arve. Attesté au XVe siècle, il se développait
à proximité du « village du Pont d’Arve », soit à un emplacement légèrement en aval de l’actuel pont
de Carouge. Le canal alimentait alors un moulin qui fut ruiné en 1536 lors de l’occupation bernoise.
En 1575, la prise d’eau fut réparée, ce qui indique qu’il tournait encore à cette date. L’expérience fut
à nouveau tentée en 1784, sur une plus large échelle cette fois-ci, au moment de la fondation par la
Savoie de la ville de Carouge. Le site retenu se trouvait à la hauteur de la Fontenette, à la jonction de
deux segments consolidés de longue date. Au terme de gros travaux de terrassement, le lit de l’Arve
fut barré d’un seuil de pierres que soutenaient des fascines d’environ 1 m de hauteur. Long de 125 m
au total, le canal alimentait quatre roues réparties dans trois établissements : deux moulins à grain et
à tan et une scierie. La hauteur de la chute avoisinait les 2 m.
La quasi absence de pente à la hauteur de Carouge n’empêcha pas la création d’un second canal,
en retrait du premier, qu’il prenait en écharpe. La prise d’eau était située juste en aval de l’Ile des
castors (actuel pont du Val d’Arve), qui servait d’ancrage à la digue, et alimentait un impressionnant
bief de 780 m de longueur pour plus de 3 m de largeur. Il menait à l’ancien « palais » de Mouthon de
Burdignin, que l’industriel Alexis Foncet avait transformé en filature. La hauteur de chute avoisinait
les 2 m. D’un diamètre record de 12 m (pour une puissance estimée à 15 CV), la « roue du diable »
prenait place contre la façade latérale nord. Elle actionnait soixante-neuf mull-jennys totalisant 10 800
broches, placées sous la supervision de septante fileurs. L’épluchage était confié à 470 femmes et
enfants, dont une partie œuvraient à domicile. L’intégration en 1816 de Carouge à Genève, qui eut
pour effet d’introduire une barrière douanière avec le marché savoyard, fit rapidement échouer l’expérience. Une partie des eaux du canal fut alors détournée en 1822 pour alimenter un moulin à blé et
une fonderie. Le premier fut remplacé en 1898 par la minoterie Sylvant dont le bâtiment principal a
Les bords de l’Arve à la hauteur
de Carouge, vers 1930 (BGE).
La digue dérivait une partie des
eaux de la rivière vers le canal de
la Fontenette, qui alimentait depuis
1784 trois moulins. L’ancienne
filature, la fonderie et la minoterie
Sylvant étaient, elles, alimentées par
un second canal, qui se développait
sur 780 m le long des terrains de
sport et du cimetière. À droite,
la minoterie Sylvant, récemment
transformée en habitation.
Aujourd’hui, il n’existe plus de
vestiges du canal de la Filature
tandis que le canal de la Fontenette
ne subsiste qu’à l’état de trace
(en bas).
patriomoine et architecture 17
35
été récemment transformé en habitation. Le second donna naissance à la fonderie Stucker. L’électricité du site était alors fournie par une microcentrale aménagée à l’emplacement de l’ancienne « roue
du diable », qui répartissait l’électricité (d’une puissance correspondant à 150 CV) entre les différents
usagers du canal en proportion de leurs droits d’eau : à raison de 50% pour l’ancienne filature, 25%
pour la minoterie et 25% pour la fonderie. Reconstruit en béton dans les années 1940, le canal fut
comblé une vingtaine d’années plus tard.
Le dernier site était placé sur la rive « genevoise » de l’Arve (ancienne commune de Plainpalais),
200 m en aval de l’actuel pont de Carouge. Il comprenait un moulin à blé doté de deux tournants
et un battoir à écorces. Faute de dénivellation, les trois roues, de grand diamètre, étaient poussées
par les eaux captées dans un court canal aménagé le long de la rivière. En 1812, la charge du bief
fut améliorée par une digue transversale. En 1879, le moulin fut transformé en minoterie. Celle-ci
ne comprenait pas moins de onze tournants actionnés pour partie par l’Arve, pour l’autre par une
centrale à vapeur. Reconstruit en 1887 à la suite d’un incendie, l’établissement fut équipé de broyeurs
à cylindres. En 1904, les roues furent remplacées par une turbine.
Pour terminer, signalons un éphémère moulin à la Queue d’Arve, qui tourna une vingtaine d’années tout au plus, durant le premier tiers du XIXe siècle. Il était établi dans l’axe de la rue des Bains.
Le moulin de Veyrier, transformé
au XXe siècle en habitation. La fosse
de la roue a été fermée. Par rapport
à 1900 (voir page 11), le site a
profondément évolué.
Page de gauche
Le réservoir du moulin de Veyrier
(Etrembières), alimenté par la
« fontaine de César ». Ce bassin
est le dernier encore en eau de la
rive gauche du Rhône avec celui
du moulin de Pomier (Presilly).
Le moulin d’Etrembières, sur
la source des Eaux-Belles, une
résurgence du Petit Salève. Le
bâtiment principal est ruiné, celui
visible au second plan comprenait
un battoir à chaux, alimenté par un
canal aérien.
37
patriomoine et architecture 17
Les sources du Petit Salève
Comme le Jura, le Salève est un massif calcaire. Plutôt que de ruisseler en surface, les eaux de pluie
et de fonte s’infiltrent dans les failles de la roche avant d’en ressortir à sa base. La Drize constitue le
principal ruisseau du versant nord-ouest mais pas l’unique. On y trouve également deux résurgences
qui jaillissent du pied du Petit Salève avant de se jeter dans l’Arve. Tout au long de l’année mais avec
une vigueur particulière au printemps ou après des épisodes pluvieux, le ruisseau des Eaux-Belles sort
de la grotte d’Aiguebelle, la cavité la plus profonde du Salève avec ses 81 m de vide. Aujourd’hui
captées, les eaux d’un de ses bras formaient en tombant une cascade spectaculaire. Le second bras
alimentait, quant à lui, le réservoir d’un moulin accroché au pied du massif.
Le moulin d’Etrembières est attesté en 1474. Il dépendait du château de Châtillon, situé 500 m
au nord-est et construit par les sires de Faucigny. En 1769, son propriétaire, Pierre-Claude de la Fléchère, devenu comte de Veyrier, abandonna les bords de l’Arve pour s’établir dans son nouveau fief.
Alors que le château de Châtillon, abandonné, tombait en ruine, le moulin d’Etrembières continua à
tourner jusqu’à la fin du XIXe siècle. Vers 1810, il comprenait trois roues, qui moulaient péniblement
150 kg par jour de farine grossière. Un battoir à chaux bordait le rural situé en aval, qu’alimentait
une canalisation aérienne. Le moulin ne subsiste plus qu’à l’état de traces : réservoir envasé, chute
comblée, bâtiment effondré. Il n’en conserve pas moins une présence forte en raison du caractère
tumultueux des eaux qui le bordent et de sa topographie escarpée.
La seconde résurgence est moins spectaculaire mais plus surprenante encore. Au vu de la faiblesse
de son débit et de la quasi absence de dénivellation du terrain, il est difficile d’imaginer qu’elle ait
pu susciter la construction d’un moulin. La source sort de la montagne en contrebas de Veyrier, en
bordure d’un ancien méandre de l’Arve, au lieu-dit la « fontaine de César », où elle est recouverte
d’une arcade en forme de grotte. Après avoir alimenté un lavoir, elle se déversait dans le réservoir le
plus vaste de la région (80 m sur 25 m). Un ruisselet, la Touvière, complétait l’apport en eau. Situé
en bordure de la retenue, le moulin de Veyrier exploitait une chute d’environ 3 m de hauteur, qui
animait trois roues, couplées à deux tournants et à un battoir à orge et à seigle. Là aussi, la production
était des plus modestes (100 kg / j). Le canal de fuite rejoignait l’Arve en ligne droite. En 1816, dans le
cadre du traité de Turin dont les dispositions devaient assurer à Genève une continuité territoriale, la
Savoie obtint de conserver la pleine maîtrise de la route qui longeait le pied du Salève. Cette mesure
eut pour effet de détacher le moulin de la commune de Veyrier, dont il dépendait administrativement,
au profit d’Etrembières. Son activité ne fut a priori pas significativement contrariée puisque son moteur fut modernisé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, une roue unique de grand diamètre
remplaçant la série de roues en bois. Assurée depuis 1750 par la famille Bosson, l’exploitation du site
se maintint jusqu’au début du XXe siècle. Le bâtiment fut alors transformé en habitation. En dépit de
la triple césure marquée par l’autoroute, la voie ferrée et la route nationale, qui a considérablement
affaibli le débit de la source, l’étang demeure alimenté. Il est aménagé en réserve ornithologique.
Le moulin de la Grand-Cour
(Troinex), sur la Drize, en 1950
(coll. part). On accédait à la salle
des meules par la porte carrée.
Les roues étaient placées au centre
du bâtiment, alimentées par le
réservoir dont on distingue le mur
de soutènement.
patriomoine et architecture 17
38
La Drize
La couverture en 1934 du cours terminal de la Drize ouvrit la voie à l’urbanisation du sud de la plaine
de la Praille. En même temps, cette intervention, qui revenait à enterrer la rivière sur plus de 1 500
m, eut pour effet de reléguer celle-ci au rang de simple aqueduc. Ce triste sort fait peu cas du rôle
historique de la Drize, dont les eaux animèrent jusqu’à onze moulins, sept sur son cours principal et
quatre le long du canal construit à la fin du XVIIIe siècle pour alimenter la ville de Carouge.
Contrairement au Petit Salève où elles jaillissent au pied du massif, les eaux sortent du Grand
Salève à mi-pente, entre Bossey et Archamps. Celles-ci alimentent un réseau de sources, dont les
principales sont la Clef (ou le ruisseau de Collonges), le Chêne et la Tate (ou ruisseau d’Archamps),
qui convergent vers Croix-de-Rozon pour former la Drize. La rivière s’écoule en direction du nord à
travers une plaine agricole puis pénètre dans un léger vallon. Aux deux tiers de son parcours, elle est
rejointe par le ruisseau des Marais, qui prend sa source sur les hauteurs de Bossey avant de mélanger
ses eaux à celles des marais de Troinex. La Drize atteint finalement la vaste plaine de la Praille par le
sud, où elle longe le pied du coteau de Lancy avant de se jeter dans l’Aire en aval du Pont-Rouge. Du
bas de Collonges jusqu’à son embouchure, la Drize perd 90 m sur 7,5 km, une dénivellation favorable à la création de force motrice mais que limitait un régime hydraulique marqué par des faibles
débits lors des périodes sèches (débit médian en fin de cours de 190 l / s, débit d’étiage de 20 l / s).
Nécessité faisant loi, la perspective d’un chômage estival s’élevant jusqu’à quatre mois ne dissuada
pas pour autant les urbanistes savoyards de dériver en 1784 une partie de ses eaux en direction de
Carouge, de façon à compléter l’apport énergétique fourni par l’Arve.
L’exploitation débutait à Collonges-Dessous, en retrait de l’actuelle route nationale. Le réservoir
du moulin de Collonges récoltait les eaux de la Clef et d’une dérivation de la Tate. L’établissement
comprenait deux (ou trois) roues mais en 1780 déjà, son meunier se plaignait de manquer de grain
à moudre en raison de la concurrence exercée par les autres installations de la région. Le moulin
comprenait également un battoir à chanvre. Toujours en place, le bâtiment a été transformé en
habitation.
Le deuxième établissement était situé à Troinex. Attesté en 1343, le moulin de la Grand-Cour
était alimenté par un canal long de 700 m. Il comprenait à l’origine au moins deux roues disposées
contre la façade sud du bâtiment, qui actionnaient autant de tournants. En 1781, le bâtiment fut
prolongé d’une travée et doté d’une troisième roue qui mettait en mouvement un battoir à chaux
en granit. La pierre creuse de ce dernier avait un diamètre de 2,35 m et pesait 7 tonnes. Vers 1830,
l’édifice fut à nouveau agrandi, par l’adjonction de deux travées longitudinales qui enveloppèrent les
Le moulin de la Grand-Cour en
2008, transformé dès 1953 en
habitation.
39
patriomoine et architecture 17
roues, tandis que le canal de fuite fut voûté, donnant au moulin son emprise actuelle. Au tournant
du XXe siècle, la meunerie fut abandonnée pour la seule fabrication d’huile et de jus de fruits. Cette
activité prit fin à son tour vers 1950. Le bâtiment fut alors transformé en habitation, et le bassin et les
canaux comblés. À cette occasion, le battoir fut déplacé dans le jardin, en contrebas de la maison.
Le moulin de Drize est beaucoup plus récent puisque sa construction ne remonte qu’à 1792. Le
choix du site fut déterminé par la proximité du ruisseau des Marais, dont le débit avait été accru à la
suite des travaux de drainage pratiqués dans la plaine située entre Veyrier et Troinex. De la sorte, le
réservoir bénéficiait d’une double arrivée d’eau, puisqu’à la dérivation de la Drize s’ajoutait celle du
ruisseau, dont le dernier segment franchissait le vallon sur des chevalets. L’imposant établissement
disposait de quatre roues alimentées par une chute qui devait avoisiner les 4 m de hauteur. Prévue
à l’origine, une scie ne fut pas installée. Vers 1900, le moulin interrompit son activité avant d’être
transformé en 1916 en « restaurant-crèmerie-pension ». C’est à cette occasion que furent percées
les baies en anse de panier qui rythment la façade sud du bâtiment.
Environ 700 m en aval du moulin de Drize, à Grange-Collomb, on trouve le moulin de Pesay (ou
moulin Danse) dont la construction remonte à 1388 au moins. En 1788, le réservoir fut maçonné
afin de parfaire son étanchéité. Il alimentait alors une paire de roues en bois de diamètre inégal
dont les couronnes étaient renforcées par deux cercles en fer fixés par huit boulons. Les arbres de
transmission et les rouets étaient également consolidés par des éléments métalliques. Les meules, en
« pierre de France » cerclées de fer pour les dormantes et en serpentine pour les tournantes, étaient
épaisses de 10 à 20 cm. Sans surprise, ces dernières constituaient les éléments les plus coûteux, leur
valeur étant estimée à 632 livres, soit 160 livres environ par pièce. Au début du XIXe siècle, ce fut au
tour de la prise d’eau du canal (le « bi à Danse », du nom d’un des propriétaires) d’être maçonnée.
Vers 1880, le site changea radicalement de vocation en abritant l’usine métallurgique de Pesay, chassée du quartier de Saint-Jean en raison des nuisances qu’elle provoquait pour son voisinage. L’installation traitait les chutes et les poussières aurifères. Celles-ci étaient successivement brûlées, broyées
et fondues avant d’être traitées au plomb, selon un procédé plus efficace et moins dangereux que
celui au mercure. Une fonderie à feu continu était établie et l’énergie mécanique fournie par une
turbine. L’établissement ferma ses portes au sortir de la Première Guerre mondiale. Toujours en place
bien que fortement délabré, le bâtiment historique est en attente d’une nouvelle affectation.
On a évoqué précédemment le ruisseau des Marais, qui prend sa source sur les hauteurs de
Bossey. Entre ce dernier et le hameau de Crevin, à une altitude de 480 m, on avait aménagé en
1658 (sinon avant) un site assez étonnant dans le contexte local. Celui-ci comprenait un réservoir,
Le canal de Carouge à la hauteur
du boulevard des Promenades,
vers 1900 (Archives communales
de Carouge). Creusé en 1784, le
bief était alimenté par les eaux de
la Drize.
patriomoine et architecture 17
40
Le moulin Bertrand (3, route de
Saint-Julien), voûte du canal de fuite.
Construit en 1785, l’établissement
était alimenté par le canal de
Carouge.
Le moulin Bertrand, vu depuis le
rondeau de Carouge. À la fin du
XIXe siècle, il fut transformé en
huilerie et fabrique de mastic.
alimenté par le ruisseau de la Saisiaz ainsi que par une dérivation de la Clef, qui surplombait trois
moulins disposés en cascade. En 1809, on ne recensait pas moins de sept roues, la forte déclivité des
lieux générant un potentiel énergétique élevé en dépit de la modestie du débit du ruisseau. Au total,
les installations pouvaient moudre, lors des épisodes pluvieux, jusqu’à 1 400 kg de farine par jour.
L’unique vestige de ce site occupé aujourd’hui par de petits immeubles d’habitation est constitué par
la pierre creuse d’un battoir à chaux, exposée en bordure de la route de la Croix.
Pendant la période froide, l’Arve n’était pas en mesure de satisfaire tous les besoins énergétiques
de la ville de Carouge telle que voulue par les autorités savoyardes. Un apport complémentaire était
fourni par le canal de Carouge, formé de trois segments rectilignes d’environ 0,5 km chacun. Sa
mise en eau en février 1784 condamna le moulin de Lancy, désormais à sec une partie de l’année.
Attesté en 1366, ce dernier était établi à cheval sur son bief, juste avant la confluence de la Drize
et de l’Aire. Le nouveau canal présentait une section trapézoïdale de 1,30 m à la base et de 2 m
à son sommet, pour une hauteur d’environ 1 m. La dénivellation avoisinait les 1,3%. Il débutait
peu après le moulin de Pesay, avant de marquer un coude en bordure de la « route de Genève à
Chambéry » (actuellement route de Saint-Julien) qu’il longeait jusqu’au rondeau. Les deux premières
chutes étaient aménagées à mi parcours et à l’entrée du carrefour et avoisinaient les 2 m de hauteur.
Elles desservaient chacune un moulin à blé, tous deux aux mains de la même famille. Le second
établissement bénéficiait toutefois d’un réservoir. Lorsque le débit le permettait, ceux-ci tournaient
24 h sur 24. Une fois le rondeau traversé, le canal se dirigeait vers le nord pour desservir un petit
moulin, avant d’obliquer à la hauteur de l’actuelle rue du Pont-Neuf et de se jeter dans l’Arve. Le
dernier segment, largement voûté, comprenait un moulin à écorces à deux roues, qui dépendait de
la tannerie Brocher. Ces quatre établissements connurent des sorts divers. Le premier fut transformé
au tournant du XXe siècle en minoterie mécanique. En 1920, la roue qui l’animait fut remplacée
par une turbine électrique qui alimentait une vaste minoterie contigüe, reconnaissable à sa façade
d’inspiration classique (« minoterie du Rondeau »). Le deuxième et le troisième furent transformés
à la fin du XIXe siècle en huilerie (huilerie et fabrique de mastic Clavel ; fabrique d’huile de noix
et pressoir à vin et à cidre Cusin), avant d’être réaffectés dans la seconde moitié du XXe siècle en
habitations. Le dernier fut démoli au sortir des années 1960. Le canal, que d’aucun en 1896 déjà
considérait être un cloaque, fut pour sa part comblé après la Second Guerre mondiale.
L’Aire
L’Aire prend sa source sur le versant sud-ouest du Salève, entre Archamps et Présilly. Elle se compose
d’un réseau complexe de ruisseaux dont les principaux sont, d’est en ouest, l’Arande, le ruisseau de
Ternier, le nant de la Folle et le Grand Nant. Ceux-ci se rejoignent au sud de Saint-Julien pour former
l’Aire à proprement parler. La rivière contourne la bourgade par l’ouest avant d’infléchir son cours en
direction du nord. Elle traverse alors deux zones humides, les plaines marécageuses de l’Aire et de la
Praille, séparées par le vallon boisé de Lancy. L’Aire se jette dans l’Arve au terme d’un parcours d’une
dizaine de km. En chemin, ses eaux sont grossies par celles du Voiret, en amont du Grand- Lancy et,
surtout, par celles de la Drize, à la hauteur de l’actuel carrefour de l’Étoile.
L’Aire se caractérise par l’étendue de son bassin versant, qui passe d’une surface de 45 km2 à
Thairy où elle se forme, à 95 km2 à son exutoire. De ce fait, lors des épisodes pluvieux, la rivière reçoit
d’énormes quantités d’eau alors même que sa faible dénivellation – à peine 35 m entre Lully et sa
confluence avec l’Arve – ne facilite pas leur évacuation. Pour cette raison, on tenta dès les années
1840 d’atténuer l’effet des débits de pics, qui provoquaient l’inondation régulière des terres bordières, en redressant, puis en canalisant d’importants segments de son lit. Par ailleurs, on endigua son
cours inférieur en 1934, avant de le recouvrir en 1962 d’une dalle aménagée en chaussée routière. À
l’opposé, le débit d’étiage lors de la période chaude est particulièrement faible (6 à 8 l / s à Thairy). La
conjonction d’une faible pente et d’un régime hydrologique marqué par des débits extrêmes limitait
de fait le potentiel énergétique de l’Aire.
Ces mauvaises conditions expliquent pourquoi seules deux expériences furent menées le long du
cours principal de l’Aire. Le moulin de Thairy fut élevé sur la rive opposée au village, à l’intérieur
d’un méandre. Il comprenait en 1809 un réservoir et deux roues qui, faute d’eau, ne tournaient
que six mois dans l’année. Pendant l’étiage, le blé était porté à moudre au Rhône. Le bâtiment fut
désaffecté vers 1910, avant d’être transformé en habitation.
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Le moulin Herpin, vu depuis le
rondeau de Carouge, vers 1890
(BGE) et en 2009. Le modeste
établissement a été converti à la
fin du XIXe siècle en huilerie, avant
d’être reconstruit en 1969.
La martinet du Chable (Beaumont),
sur le Ternier, un affluent de l’Aire.
La roue était placée au centre du
bâtiment.
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La seconde expérience, tardive celle-ci, fut menée en contrebas d’Onex. Construit en 1799, le
moulin Brolliet était alimenté par une dérivation axiale qui coupait un méandre de la rivière. Faute
d’une hauteur de chute suffisante, les deux roues n’étaient pas verticales mais horizontales. Les
meules provenaient du Salève. En raison des nombreuses périodes de chômage, la production annuelle de farine était quatre fois inférieure (100 kg / j) à celle du moulin des Évaux, le second de la
commune, établi, lui, sur le Rhône. Également désaffecté à une date précoce, le bâtiment fut détruit
dans les années 1980.
La situation était différente sur trois des quatre principaux affluents de l’Aire, dont la dénivellation
compensait en partie la modestie des débits pendant les périodes intermédiaires. Lors des années
marquées par des conditions climatiques favorables, l’exploitation se développait sur huit mois, soit
deux de plus que sur le cours principal de la rivière. Au total, on dénombrait plus de vingt-cinq roues
réparties le long des affluents. Seule l’Arande, faute d’une pente suffisante entre Archamps et SaintJulien, ne comptait pas de moulins.
Le ruisseau des Creux, un des affluents du ruisseau de Ternier, alimentait sur les hauts du Chable les deux moulins de Cutafour, dotés chacun de trois tournants. En 1809, l’un d’eux broyait
également de l’orge pour des brasseries locales. À la confluence de ce ruisseau et du Comptant, en
contrebas de l’actuelle route de la Forge, on trouvait le martinet du Chable, dont la roue était prise
au centre du volume. Le Ternier alimentait ensuite le moulin de Neydens. Celui-ci comprenait deux
(ou trois) tournants ainsi qu’un battoir à chanvre. Moulant tous les types de céréales, il passait pour
tourner huit mois dans l’année. Le dernier établissement animé par le ruisseau était le moulin de
Ternier, construit juste en contrebas du château du même nom édifié au XIIe siècle. Il comprenait
deux tournants et un battoir à chaux. Le chemin qui mène à Cervonnex reprend sur 300 m le tracé
de son canal d’amenée.
Plus à l’ouest, coule le ruisseau de la Folle, qui prend sa source sur le versant nord du Mont-deSion. Il alimentait quatre moulins dont le premier était situé en contrebas de la Chartreuse de Pomier,
fondée en 1179, dont il dépendit jusqu’aux troubles consécutifs à l’annexion de la Savoie en 1792 (il
en allait de même pour les moulins de Cutafour, le martinet du Chable et le moulin Desbornes). Au
moment de son émancipation, le moulin de Pomier comprenait trois tournants à grain, un battoir
et une scie, alimentés par un bassin qui se trouve être aujourd’hui le dernier de la région encore en
eau. En aval, dans le profond vallon boisé en contrebas des ruines du château de Feigères, on trouvait
trois établissements implantés en série. Attesté en 1564, le moulin Desbornes était le plus ancien.
Une prise d’eau aménagée 500 m en amont lui assurait une chute d’une hauteur de plus de 4 m qui
alimentait deux roues. En 1742, le bâtiment et le réservoir, délabrés tous deux, furent reconstruits.
Le site comprenait par ailleurs un battoir à chanvre. Face à l’embouchure du canal de fuite débutait
le canal du moulin Rambosson, établi 600 m en aval. Construit à la fin du XVIIIe siècle, celui-ci
Le moulin Desbornes (Feigères),
sur la Folle. L’établissement est
attesté en 1564. Les deux roues
prenaient place contre la face
au soleil.
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comprenait également deux roues couplées à autant de tournants, ainsi qu’un battoir, dont la pierre
creuse est actuellement entreposée à l’extérieur du bâtiment. En aval du pont, on trouvait le moulin
Pernoux. Implanté dans un site moins favorable et dépourvu de réservoir, sa production était quatre
fois moins élevée que celle du moulin Desbornes (25 kg de farine claire contre 100 kg).
À la limite des communes de Feigères et de Viry, coule le Grand Nant (aussi appelé nant d’Ogny),
qui se jette dans le ruisseau de la Folle peu avant l’embouchure de cette dernière dans l’Aire. Le nant
alimentait un modeste établissement, le moulin de Grossaz, équipé d’une roue unique, qui était
considéré, en 1809, en « très mauvais état ».
À l’exception de ce dernier, dont il ne reste plus de traces, aucun des moulins des affluents de
l’Aire n’a été démoli. Un seul établissement prolongea son exploitation au-delà de 1910, le moulin
Rambosson. Il était stratégiquement placé au sud de Saint-Julien, à mi-chemin entre le ruisseau de
Ternier et celui de la Folle, dont il dérivait les eaux au moyen de deux long canaux qui menaient à
son réservoir. Construit en maçonnerie, ce dernier contenait un volume d’eau considérable puisqu’il s’étendait sur 1 500 m2 sur une profondeur de 3 m. La chute, avoisinant les 4 m de hauteur,
alimentait en 1809 trois roues qui actionnaient, chacune, deux tournants, et non un comme c’était
d’ordinaire la cas. Trois installations étaient ainsi affectées à la mouture du froment et trois à celle des
autres céréales, ce qui en faisait le moulin le plus important de la région. Vers 1880, il fut agrandi et
transformé en minoterie. Celle-ci comprenait alors une unique roue de grand diamètre et affichait
sa vocation industrielle par des encadrements de fenêtres où alternaient briques rouges et roche
blanche. En 1925, le bâtiment fut électrifié, l’énergie étant fournie par une petite turbine. Durant
Le site du moulin Rambosson (SaintJulien), alimenté par les ruisseaux
de Ternier et de la Folle, deux
affluents de l’Aire. Au XIXe siècle,
avec ses trois roues qui actionnaient
six tournants à blé, l’établissement
était le plus important de la région.
Au premier plan, l’ancien réservoir,
approfondi et aménagé en parking.
À l’arrière, on distingue le bâtiment
des écuries.
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l’entre-deux guerres, l’activité s’orienta vers le commerce de vins en gros. L’alimentation en eau fut
condamnée par le réaménagement, dans les années 1970, de la route départementale. Quant au
réservoir, il fut démoli lors de la construction en 1976 du centre des télécommunications. Sa trace
perdure toutefois à travers la levée de terre et le petit canal de déverse du trop-plein, visibles à l’est
du site. Demeurent également en place la turbine et sa chambre, ainsi que le seuil qui dérivait les
eaux du Ternier dans le canal.
Le potentiel de la bande de terre alluviale située sur la rive droite et légèrement en aval du moulin
Rambosson fut exploité à partir de 1818. Les eaux combinées de l’Arande, du Ternier et du canal
de la Folle étaient dérivées par un haut barrage (toujours en place) vers un canal qui alimentait deux
sites, pourvus, chacun, d’un petit réservoir. Des moulins Pissard et Tagand, tous deux désaffectés
vers 1910, il ne reste plus aucun vestige à l’exception de quelques traces du bief, matérialisé par des
alignements d’arbres.
La Champagne
La plaine de la Champagne est recouverte d’une couche de dépôts glaciaires à travers laquelle les
précipitations s’infiltrent très facilement. Les eaux sont ensuite évacuées par une multitude de nants
qui s’écoulent d’est en ouest en direction du Rhône. Mis en réseau, ceux-ci étaient à même d’alimenter de modestes moulins lors d’épisodes pluvieux prolongés. Le rôle de ces établissements dans
l’approvisionnement local en produits de subsistance était pourtant loin d’être négligeable puisqu’ils
suppléaient la défection des moulins établis sur le Rhône, dont l’activité s’interrompait pendant la
saison froide. Trois des quatre principaux nants qui rythment la Champagne furent ainsi exploités à
des fins énergétiques. Il en alla de même avec la source de Veigy, la principale résurgence de l’extrémité sud de la plaine, dont le débit était faible mais stable. Seul devait rester quelque peu à l’écart
de cette dynamique le très profond et peu accessible nant des Crues, situé à la frontière entre les
communes de Cartigny et d’Avully.
Long de 2 km environ, le nant de Goy coule depuis la Petite Grave au fond d’un thalweg en
direction d’Aire-la-Ville avant de contourner le village par l’est. Les eaux des nants du Merley, des
Étangs, de Saint-Victor et de la Besine, étaient collectées par un long canal à faible pente, établi à
peu près parallèlement au nant de Goy, avant d’alimenter le réservoir du moulin de la Ratte. Celui-ci comprenait deux roues implantées de long de la façade ouest, qui actionnaient un tournant
et un battoir. En 1906, la meunerie fut abandonnée au profit de la seule fabrication d’huile, qui se
maintint jusque dans les années 1970. L’énergie était toutefois fournie par le réseau électrique, le
canal ayant été comblé depuis longtemps.
Le site des moulins de Vert est attesté en 1429. Construit par le prieuré de Saint-Victor, il fut, dès
1536, la propriété de la Seigneurie de Genève, avant d’être cédé en 1611 à Pierre Dufour, puis à ses
descendants, qui l’exploitèrent pendant deux siècles. Au milieu du XIXe siècle, le fonds fut vendu à
Le moulin Roget (Avully), sur le
nant de Couchefatte, vers 1900
(BGE) et après les récents travaux
de renaturation. Reconstruit vers
1890, l’établissement comprenait
une roue métallique de 7 m de
diamètre.
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la famille Ferraz, qui en maintint l’activité jusqu’en 1893. Les bâtiments étaient situés à proximité
d’un méandre du Rhône, en contrebas du plateau de Cartigny, relié à celui-ci par une forte rampe. La
raideur de cette dernière contraignait d’ailleurs le meunier à rapporter lui-même au village les grains
une fois moulus. Au XIXe siècle, celui-ci s’aidait d’un char à deux roues attelé à une paire de bœufs.
L’énergie hydraulique était fournie par cinq nants issus de la nappe superficielle du plateau dont les
eaux étaient dérivées vers un réservoir de 20,5 m sur 15,5 m. Au nombre de trois, les moulins étaient
implantés en cascade : les deux premiers, de dimensions réduites, étaient affectés aux petites céréales, le troisième, plus important, était doté d’une paire de tournants à blé ainsi que d’un battoir à
chanvre et à huile. On trouvait, par ailleurs, la maison du meunier et une ferme. En 1796, rongée par
les infiltrations, une partie du mur qui soutenait l’écluse se renversa, provoquant une vague qui détruisit la totalité des installations. Aux frais de reconstruction – 1000 écus de Genève –, s’ajoutèrent
les pertes découlant d’une année blanche, alors même que les exploitants passaient pour peiner à
subvenir aux besoins de leurs bêtes de somme. Quatre ans plus tard, le site disposait de nouveau de
quatre roues. Seul subsiste aujourd’hui le réservoir, partiellement reconstruit il y a quelques années.
Le nant de Couchefatte prend sa source en contrebas de la route qui mène à Chancy, peu après
Passeiry. Il s’écoule dans une dépression marécageuse qui se transforme à mi-parcours en un vallon.
La dénivellation s’accentuant, on aménagea une dérivation qui desservait successivement un martinet
et un moulin. Faute d’eau, leur exploitation n’était possible « qu’une partie de l’année ». La roue du
martinet d’Avully était située à l’arrière du bâtiment. Au milieu du XIXe siècle, celui-ci fut transformé
en moulin avant d’être désaffecté vers 1895 à la suite du décès du meunier. Plus ancien et doté d’un
réservoir d’une capacité supérieure (il était à l’origine le seul bénéficiaire du canal), le moulin Roget
est attesté en 1538. En 1570, faute d’entretien, le bâtiment était à reconstruire. Il comprenait alors
trois roues qui animaient deux tournants et un battoir. Ce dernier servait aussi bien à décortiquer les
céréales qu’à broyer les fruits ou à écraser le chanvre. En aval, le canal de fuite alimentait deux petits
battoirs avant de retourner dans le nant. Vers 1890, le moulin fut reconstruit de façon à élever sa
puissance. Jusque là orienté dans l’axe du réservoir, le bâtiment fut implanté de biais de façon à le
rapprocher de la chute. Les roues furent remplacées par une roue unique en métal de 7 m de diamètre, dotée d’une septantaine d’augets. Avec un débit de 30 l / s, on peut considérer que le moteur
développait une puissance d’environ 2 kW (2,8 CV). À l’intérieur, les meules étaient remplacées par
des cylindres broyeurs actionnés par des arbres de transmission en fer et par des courroies. En 1892,
un conflit opposa les exploitants du site aux propriétaires de l’ancien martinet, accusés de provoquer
des pertes de charge en laissant s’épandre dans les champs une partie des eaux. En dépit de sa remise
à niveau technologique, le moulin Roget cessa son activité au début du XXe siècle. Le bâtiment fut
racheté en 1920 par la Société des forces motrices de Chancy-Pougny, qui le transforma en dépôt. Les
deux petits battoirs disparurent deux ans plus tard, lors du comblement du bas du vallon en vue de la
construction de l’usine hydroélectrique. Vide, l’élégant volume est en attente d’une réaffectation.
Bien que situé en bordure de la Laire, le moulin de Veigy n’était pas alimenté par celle-ci mais
par une résurgence de la nappe superficielle de la Champagne. Décrite comme une « source très
féconde en hiver et qui baisse dans les grandes chaleurs », son débit varie entre 13 et 17 l / s. Attesté
en 1729 mais certainement beaucoup plus ancien, le site comprenait deux réservoirs en cascade qui
desservaient chacun un bâtiment. Le premier était doté de deux roues qui actionnaient un tournant
et un battoir. Le second, plus modeste, ne comprenait qu’une roue, reliée à un tournant. L’activité
du moulin prit fin au début du XXe siècle. Depuis, les traces de la vocation hydraulique de ce site
particulier ont été largement effacées.
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La Laire
La Laire prend sa source sur le versant nord du massif du Mont-de-Sion, à une altitude de 850 m. Elle
coule sur 7 km au fond d’un thalweg en direction du nord-ouest avant de bifurquer vers l’ouest 1,5
km après Viry, à une altitude de 450 m. Sa pente s’infléchit sensiblement tandis qu’elle pénètre dans
un large vallon qui marque depuis 1816 la frontière entre Genève et la Savoie. Le cours de la rivière
serpente doucement sur 7 km environ avant de se jeter dans le Rhône en aval de Chancy. Formé
par la confluence des ruisseaux des Coppets et de Chênex, son principal affluent est le ruisseau des
Foges, qui se déverse 3 km avant son embouchure. D’une superficie de 46 km2, le bassin versant, dépourvu de sommets, reçoit peu de précipitations. Parmi les moins favorables de la région, le régime
hydrologique de la Laire est marqué par un débit d’étiage dont la faiblesse empêchait toute exploitation pendant la période chaude. La période de chômage pouvait atteindre six mois. Sur les cinq
moulins, trois se concentraient sur le cours supérieur de la Laire, au plus fort de la dénivellation.
Les moulins de Ravoire et de Vaux étaient de modestes établissements à roue unique. Le premier
était situé à mi-distance des deux petits ruisseaux qui l’alimentaient, en contrebas d’un replat où se développaient la maison d’habitation du meunier et le rural. Le second était établi en bordure du ravin de
la rivière, sur la rive opposée au hameau de Vaux. Tous deux ont été démolis et leurs traces effacées.
Avec ses deux corps de bâtiments qui abritaient chacun une roue, le moulin de Viry était plus
imposant. Sa proximité avec le village lui valait un canal long de près de 800 m qui alimentait un
réservoir de forme oblongue. La capacité de mouture était quatre fois plus élevée que celle des deux
établissements précédents (400 kg contre 100).
Édifié à mi-cours sur le ruisseau de Chênex, le moulin de Chênex relevait de la communauté
de Valleiry, dont il constituait l’un des quatre moulins à grain mais assurément pas le plus efficace.
Qu’on en juge : il était bloqué trois mois par le gel et quatre mois par la sécheresse, ne tournant
qu’au printemps et en automne, après des épisodes pluvieux. Par ailleurs, ses « très petites roues »
Le moulin de la Grave (Avusy),
vers 1900 (BGE) et en 2009. Si la
trace du canal d’alimentation et du
réservoir (en bas) est encore bien
présente, celle du canal de fuite
(page de gauche) est plus ténue.
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entrainaient « des pierres mauvaises du pays », ce qui limitait la production journalière de farine à
seulement 75 kg.
Le cours inférieur de la Laire se prêtait mal à une exploitation en raison de la faiblesse de sa pente.
On n’y trouvait de ce fait qu’un seul établissement, en dépit du chapelet de villages qui bordent au
sud la plaine de la Champagne (Soral, Laconnex, Athenaz, Avusy, Chancy). Attesté en 1546, le moulin de la Grave était particulièrement bien placé même s’il fut « gâté » par des inondations à deux
reprises en 1550, en juin et en octobre. Le site était plat, dégagé et facile d’accès, en contrebas du
village d’Avusy qu’une rampe ombragée reliait, et à proximité d’un passage à gué. Par ailleurs, l’alimentation du canal, dont la prise était située 800 m en amont, était complétée par un petit nant dont
les eaux provenaient de la couche superficielle de la Champagne. Ce double apport hydraulique était
collecté dans un vaste réservoir d’environ 70 m sur 20 m partiellement construit en maçonnerie dont
la position en léger surplomb assurait une chute d’environ 4 m. Le bassin desservait deux moulins
distants de 120 m. Le principal était doté d’un tournant et d’un battoir, le second d’un seul tournant.
Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, les roues de la première installation furent remplacées
par une roue unique de grand diamètre en fer. L’exploitation se poursuivit jusqu’en 1923.
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Le moulin de Fontaine-Froide
(Vulbens). L’établissement comptait
deux roues, alimentées par une
source. Reconstruit en 1827, il fut
désaffecté en 1914 et transformé
en habitation.
Les nants du Vuache
Le piémont septentrional du Vuache est parcouru par une dizaine de ruisseaux qui prennent leur
source à une altitude comprise entre 550 m et 800 m. Ils drainent les versants en pente douce des
communes de Valleiry, Vulbens et Chevrier, avant de se réunir à mi-cours et de former des « nants ».
Ces derniers coulent dans de profonds ravins de 2 à 4 km de long qui mènent au Rhône. Leur régime essentiellement pluvial et la faiblesse de leurs débits moyens n’assuraient qu’une exploitation
saisonnière.
En amont de Valleiry, le nant de Longet passait pour être « une très petite source ». En 1809,
celui-ci n’en alimentait pas moins un trio de moulins groupés sur 300 m. Modeste installation à roue
unique, le moulin Sautier n’exploitait qu’un battoir dans lequel on broyait du méteil et du sarrasin.
Doté de deux roues, le moulin Chamot servait à la mouture du blé. Il en allait de même du moulin
Pernoux. Tous trois étaient équipés de meules en pierre du pays. En 1888, seuls les deux premiers
tournaient encore. Toujours sur le Longet, en aval du village, au lieu-dit chez Berthet, on trouvait le
martinet Nouvelle, dont l’alimentation était assurée par un vaste réservoir triangulaire. Le bâtiment
comprenait également un battoir à noix.
La commune de Vulbens n’était pas en reste avec une dizaine de roues (entre huit et douze selon
les sources) recensées au début du XIXe siècle. Les établissements se répartissaient entre le nant
d’Hiver, qui alimentait les moulins du Crozat et de Tissot (un tournant et un battoir chacun), et le
ruisseau de Couvatannaz et ses affluents. Ces derniers concentraient l’essentiel des activités. À la
hauteur du château de Faramaz, le ruisseau de Vuzon mettait en mouvement un moulin à écluse
équipé de deux tournants et d’un battoir à chanvre. Sur les hauts de Vulbens, une dérivation du
ruisseau de Fontaine-Froide, une fois ses eaux accumulées dans un petit réservoir, alimentait trois
établissements en cascade, construits ou reconstruits entre 1810 et 1830, ce qui témoigne de la
disette énergétique qui touchait alors la région. On trouvait successivement un moulin, reconstruit
en 1827, dont les deux roues activaient un tournant et un battoir, un ancien battoir transformé vers
1830 en scierie, enfin, en contrebas de la route, un moulin créé en 1811. L’exploitation du moulin
de Fontaine-Froide et de la scierie du même nom se poursuivit respectivement jusqu’en 1914 et
1950. Transformés en habitation, ils ont conservé un fort pouvoir d’évocation. Il ne reste en revanche plus de trace du troisième moulin. L’établissement le plus important était toutefois situé en aval
de Vulbens, en bordure du ravin de Couvatannaz. Le moulin des Bois comprenait deux tournants
à blé et un battoir à chanvre. Juste en aval de celui-ci, existait un second moulin, dont il ne reste
aujourd’hui plus de traces. Dans l’ensemble, les installations de Vulbens étaient arrêtées deux mois
en hiver et quatre en été ; par ailleurs elles moulaient surtout un « mélange de tous les grains à
l’usage des citoyens de la campagne ». La production de farine de froment était faible.
La scierie de Fontaine-Froide,
vue depuis l’aval. Le bâtiment
fut construit vers 1830, en
remplacement d’un battoir.
Le Rhône
Colonne vertébrale du réseau hydraulique du bassin genevois, le Rhône offre un potentiel énergétique sans commune mesure avec les autres rivières. C’est ainsi qu’il alimentait vers 1830 une
vingtaine d’établissements sur son cours urbain à Genève et une dizaine répartis entre les Évaux et le
Le moulin David (Genève), sur le
Rhône, vers 1870 (BGE). Edifié au
début du XVIIIe siècle à la hauteur
de l’actuel quai Théodore-Turrettini,
il comprenait cinq roues. Cellesci étaient alimentées par le bras
droit du Rhône, le plus puissant.
L’établissement abritait des meules
à grains, ainsi qu’une scie. Il fut
détruit en 1876 par un incendie
et reconstruit plus en aval.
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Chevrier était incontestablement la commune la moins bien lotie sur le plan de l’hydrologie. Le
village était bordé à l’ouest par un petit ruisseau (aujourd’hui capté), la Touvière, dont le débit était
extrêmement faible de mars à novembre. Juste avant de se jeter dans le Rhône, il alimentait l’unique
établissement communal. Le moulin de Chevrier ne tournait que durant les quatre mois d’hiver,
lors des jours de pluie ou à la fonte des neiges. Toutes les variétés de grains y étaient moulues : méteil, épeautre, sarrasin, froment. Le bâtiment subsiste.
Le moulin de Billet (Challex), sur le
Rhône, 1894 (Ministère de la culture,
Médiathèque de l’architecture et
du patrimoine [archives photos],
diffusion RMN). Attesté en 1307,
il tourna jusqu’en 1924, avant d’être
noyé par l’élévation du niveau du
fleuve consécutive à la mise en
service de la centrale hydroélectrique
de Chancy-Pougny.
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Fort-l’Ecluse. Au total, le fleuve animait près du quart du nombre total des roues. Leur exploitation
n’était toutefois pas sans présenter des inconvénients.
Par son volume, le Léman a un effet régulateur sur le régime du Rhône, dont les eaux sortent du
lac en ayant perdu leur caractère torrentiel. À la hauteur du pont de la Machine, là où il se reforme,
le fleuve a aujourd’hui un débit moyen de 251 m3/s (débit médian 224 m3/s). Au terme des 35 km de
son cours genevois, celui-ci s’est gonflé de 100 m3, principalement fournis par l’Arve (80 m3/s). L’ampleur des crues est limitée par la capacité du lit, qui correspond à 1 200 m3/s. Quant au débit d’étiage
(50 m3/ en hiver, 100 m3/s en été), il est défini aujourd’hui par le barrage du Seujet, qui régule le
niveau du lac et assure le bon fonctionnement des centrales hydroélectriques du Seujet, de Verbois
et de Chancy-Pougny. Ces conditions diffèrent sensiblement de celles qui prévalaient avant la mise
en service conjointe en 1886 de l’Usine des forces motrices et du barrage de régulation du pont de
la Machine. Celle-ci devait entraîner la séparation du fleuve en deux canaux étanches de 700 m de
long. Le lit du bras droit (le « canal auxiliaire ») fut creusé de façon à accuser une pente de 1,3%. En
revanche, la pente du bras gauche (le « canal industriel ») n’était que de 1%, de façon à créer une
dénivellation de 2 à 3 m à la hauteur de la centrale, mise à profit pour actionner des turbines. Avant
cet aménagement, le Rhône coulait librement tandis que le resserrement de son lit à la hauteur de
l’Ile accélérait considérablement le courant. À l’inverse, ce dernier perdait de sa vigueur à la hauteur
du Creux-de-Saint-Jean, où le lit s’évasait. Non régulé, le débit présentait des amplitudes qui dépassaient les 2 m. Comme les roues étaient établies à même le lit, ces variations posaient des problèmes
considérables d’exploitation. Lors des fortes crues d’été, les roues étaient noyées, ce qui diminuait
leur vitesse de rotation. Un phénomène spectaculaire mais extrêmement rare se produisait lors des
crues les plus importantes de l’Arve. À la pointe de la Jonction, où les deux cours d’eau confluent, il
arrivait que le volume du torrent soit tel que le Rhône refluait, faisant tourner à l’envers les roues des
moulins. Surtout, durant l’étiage d’hiver, la baisse des eaux faisait que les roues se retrouvaient à sec.
Au XVIe siècle, pour contourner le problème, on expérimenta deux « moulins bateaux », des moulins
flottants, dotés de roues à aubes de part et d’autre de la coque, qui étaient solidement amarrés dans
le bras gauche du Rhône, en aval du pont de l’Île. Mais le difficile contrôle de la vitesse des roues
ajouté à leur instabilité et au risque de ruptures d’amarres conduisit au transfert des moulins de
l’Hôpital au Creux-de-Saint-Jean. La solution la plus sûre consistait encore à fixer la roue à un châssis
réglable en hauteur au moyen de solides vérins. Concentrant tous les efforts au niveau du tablier,
la structure en bois était considérablement renforcée tandis que le renvoi d’angle de la transmission
était modifié pour absorber la variation de hauteur de la roue. Bien qu’efficace, le système de la
« roue pendante » n’en demeurait pas moins contraignant à manipuler, aussi les changements de
hauteur se limitaient-ils aux seules positions haute et basse.
Les moulins du Rhône urbain ont fait l’objet de plusieurs études approfondies auxquelles nous
renvoyons le lecteur désireux d’en savoir plus sur la géographie et l’histoire des principaux établissements. À l’origine, les moulins se concentraient à l’intérieur de l’enceinte fortifiée et en particulier
sur le bras droit. Dès le XVIIIe siècle, la conjonction de plusieurs facteurs, tels que le nombre élevé de
roues et de leurs digues, qui entravaient le bon écoulement du fleuve, l’insatisfaction des riverains du
lac dont les terres les plus basses étaient inondées en périodes de hautes eaux, l’augmentation des
nuisances, l’affaiblissement de la crainte d’un siège militaire et la nécessité de développer de nouvelles possibilités énergétiques, ouvrit la voie à un transfert progressif des moulins sis en aval de l’Île, le
long des berges du Petit-Saconnex et de Plainpalais. L’enjeu était de taille car seuls une douzaine de
moulins assuraient l’approvisionnement en farine de la population urbaine. En 1797, celle-ci se montait à 26 130 habitants (21 300 pour la ville plus 4 830 pour les Franchises, soit Eaux-Vives, Plainpalais
et Petit-Saconnex) pour quarante roues (Genève : 10, Petit-Saconnex : 17, Plainpalais : 13). Lorsque
les conditions étaient les plus favorables, celles-ci tournaient 24 h sur 24. Hormis les deux roues de
la Machine hydraulique de 1709, dont les pompes alimentaient le réseau des fontaines publiques,
la vingtaine de roues restantes étaient exploitées par des artisans, parmi lesquels des fabricants de
tabac, de chocolat, de tannin. Les roues actionnaient également des foulons, des installations pour
récupérer l’or des déchets horlogers, des cylindres pour indiennes et des frises à drap. Les deux
derniers moulins urbains, les moulins Pelaz-Besson et Jules David brûlèrent en 1867 et en 1876. Ils
furent reconstruits en aval du pont de la Coulouvrenière, sur la terre ferme cette fois-ci. Au total, on
trouvait une dizaine d’établissements industriels répartis de part et d’autre du Rhône, qui formaient
un authentique ensemble industriel dont l’énergie était produite par de volumineuses roues métalliques dotées d’axes de transmission longs de plusieurs mètres.
Vers 1800, seules six des dix-huit communes rurales riveraines du Rhône comptaient un moulin
fluvial (moulins des Évaux / Onex, de Vernier, de Peney / Satigny, de Cartigny, d’Épeisses / Avully, Billet
et Corbière / Challex). Moins élaborés qu’en ville, ceux-ci étaient dépourvus de systèmes d’ajustement de la hauteur de la roue. De ce fait, ils ne tournaient pas en hiver. En revanche, l’activité était
intense en été, quand l’assèchement des cours d’eau secondaires provoquait l’afflux des grains des
communes environnantes. Apparemment bien conçu, le moulin Billet moulait ainsi jusqu’à 600 kg / j
de « farine économique ». Adaptée au Rhône urbain, dont les eaux étaient peu tumultueuses, la
configuration traditionnelle du corps construit dans le lit même de la rivière était toutefois peu adaptée aux établissements situés en aval de l’embouchure de l’Arve. Aux crues brutales, qui pouvaient
en quelques heures doubler le débit du fleuve, s’ajoutaient les quantités importantes de matériaux
charriés par le courant, qui endommageaient les roues, quand ce n’était pas les structures. C’est
ainsi que le moulin de Cartigny, qui avait déjà été le théâtre d’un accident mortel en 1724 après que
le meunier eut été happé par la transmission, s’écroula en 1865, tuant sur le coup son exploitant.
L’abandon, au tournant du XIXe siècle, des transmissions en bois ouvrit la voie à une nouvelle typologie de moulins, construits parallèlement au courant, dont seules les roues empiétaient dans le lit.
Leur hauteur n’étant plus limitée par la stabilité de la structure qui les maintenait, celles-ci étaient de
très grand diamètre et disposées en série. L’eau était canalisée par un coursier en maçonnerie dont
le débit était réglé par une vanne. Ce nouveau modèle inspira la reconstruction du moulin d’Épeisses ; surtout il suscita la réalisation d’une série de cinq nouveaux établissements à Chèvres, Avully,
Chancy, Collonges et Chevrier.
51
patriomoine et architecture 17
Le moulin Pelaz (Genève), sur le
Rhône, peu avant son incendie
en 1860 (BGE) et en 2009.
Ayant compté jusqu’à sept roues,
l’établissement constituait un site
industriel à lui seul. Vers 1780, il
comprenait cinq paires de meules
à blé, un battoir à chanvre et à
huile, un battoir à gypse, une meule
à aiguiser, un martinet et une
installation pour le cylindrage et le
satinage des textiles. Le martinet
était situé dans le bâtiment à étages
sur la droite. Le site fut reconstruit
en 1871. « L’usine Pelaz » était
alimentée par une paire de roues,
établies dans le lit du Rhône et
contre la façade. Ces dernières
furent supprimées en 1886 lors de
la mise en exploitation de l’Usine
des forces motrices.
Les moulins du Rhône ont payé un lourd tribut aux aménagements énergétiques de la fin du
XIXe et du début du XXe siècle. La construction en 1886 de l’Usine des forces motrices entraîna le
démantèlement des dernières roues encore présentes à la Coulouvrenière et au Creux-de-Saint-Jean.
L’énergie fut restituée aux industriels sous forme d’eau sous pression, acheminée par un réseau de
canalisations. La construction en 1896 de l’usine hydroélectrique de Chèvres provoqua, elle, la disparition du moulin éponyme et la submersion des établissements de Vernier et des Évaux. Le dernier
moulin en activité était le moulin Billet (Challex), qui tourna jusqu’en 1924, avant d’être noyé par
les eaux de la centrale hydroélectrique de Chancy-Pougny. Si l’on excepte les corps d’habitation des
moulins d’Avully et de la Corbière, ainsi que l’éphémère usine chimique de Challex, construite
en 1870 et qui à ce titre n’a pas été prise en compte dans ce travail, il ne subsiste plus que deux
bâtiments « traditionnels », celui de la Machine hydraulique de 1843, en tête de l’Ile, dont la substance s’est perdue au cours de ses multiples transformations, et l’ancienne usine Pelaz-Besson, à
la Coulouvrenière. Les troisièmes et quatrièmes travées existaient en partie avant l’incendie en 1860
du corps sur pilotis qui abrita jusqu’à sept roues. Le reste du bâtiment fut construit en 1871 et doté
à cette occasion de deux roues qui développaient 12 et 8 CV. Bien que privé de ses moteurs en
1886, l’édifice conserva sa vocation industrielle jusque dans les années 1950, abritant, notamment,
la chocolaterie Croisier.
patriomoine et architecture 17
52
La Versoix
Sur les plans de l’hydrologie comme de l’histoire, la Divonne et la Versoix ne constituent qu’une seule
et même entité. Jusqu’en 1816, le cours entier de la Versoix appartenait au Pays de Gex, à l’exception
de la rive gauche entre Bogis et Sauverny, qui relevait de Berne puis du canton de Vaud. Le rattachement de Versoix à Genève, justifié par la nécessité de relier le canton au reste de la Suisse, entraîna
la partition de la rivière à la hauteur de Sauverny. Purement administrative dans un premier temps,
cette césure fut renforcée à partir de 1850, lorsque Divonne, qui s’ouvrait au thermalisme, baptisa du
nom du village le cours supérieur de la rivière afin d’affirmer son identité. En dépit de ces péripéties,
jusqu’à la mise en service en 1866 de la station de pompage des eaux d’Arve, la Versoix constituait
le deuxième pourvoyeur énergétique du bassin, après le Rhône. Cette richesse, exceptionnelle pour
le bassin genevois, résultait de l’heureuse réunion des deux conditions de base pour une exploitation
énergétique à large échelle. Tout d’abord, un régime, de type nivo-pluvial, caractérisé par des débits
soutenus (débit moyen à l’émissaire 3500 l / s, débit médian 3000 l / s) mais surtout ne tarissant jamais,
même au plus fort de l’été (débit d’étiage 1000 l / s), en raison de l’existence de sources karstiques.
Par ailleurs, un cours dont la longueur (22 km) et la dénivellation (125 m) multipliaient les possibilités
d’exploitation, au pied du massif jurassien mais également dans la zone des bois, ou à l’embouchure
dans le Léman. Au total, on recensait en 1809 une cinquantaine de roues, réparties entre le lit principal (une quarantaine) et les défluents (une dizaine). Plus largement, la Versoix, avec sa dizaine de sites
énergétiques majeurs et ses trois dérivations (le canal de Crans, le Grenier et le canal de Versoix), qui
assuraient force motrice, eau de table et eau d’irrigation, constituait un authentique système énergétique dont la structure nous est parvenue largement préservée. L’histoire du patrimoine hydraulique
de la Versoix a déjà fait l’objet d’une étude. Aussi nous n’en présenterons que les grandes lignes.
En amont de Divonne, on trouvait vers 1840 trois sites : un moulin converti en 1910 en diamanterie (confluence des principales sources qui forment la Versoix, le Munet, le Clézet et la Vouatta),
un moulin transformé successivement en scierie puis en diamanterie qu’alimentait un canal dont le
dernier segment passait par-dessus la rivière (hameau de Plan), enfin, une scierie (emplacement de
l’actuel Hôtel de Ville). Des trois bâtiments, seul subsiste le premier, un atelier dont l’énergie était
produite par une turbine à axe vertical. Du deuxième, il ne reste que la très belle prise d’eau du
canal (« le barrage du Paradis »), la trace de ce dernier, ainsi que la roue, reconstruite récemment et
installée, à défaut de mieux, sur la rive droite.
Tandis qu’elles longent le pied du Mont-Mussy, les eaux de la Versoix sont grossies par une
série de résurgences qui furent mises à profit dès 1537 pour alimenter une papeterie. Son activité
L’ancienne papeterie des seigneurs
de Gex (Divonne), transformée au
XIXe siècle en taillanderie, vers 1900
(Divonnelectro). La puissante roue de
l’établissement était alimentée par
l’une des trois principales dérivations
aménagées à la hauteur du village.
À l’arrière, la prise du « bief ».
Celui-ci et le canal de la Centrale
des Quatre-Vents (actuellement
Divonnelectro) demeurent alimentés
aujourd’hui.
culmina au XVIIIe siècle avant de décliner au début du XIXe siècle, faute d’avoir opéré le virage de
la fabrication industrielle du papier. Un sort identique devait frapper les trois autres établissements
similaires de Divonne, au contraire des papeteries implantées sur le cours genevois, qui profitèrent
du marché helvétique. L’eau ne servait pas uniquement à mouvoir les roues des pilons qui broyaient
les chiffons, elle entrait également dans le processus de préparation de la pâte. Après la fermeture
en 1847 de la « Fabrique Audibert », les bâtiments furent transformés en établissement thermal.
Le cœur du potentiel énergétique du cours supérieur était situé juste en aval de la fabrique,
entre la place des Quatre-Vents et celle de l’Église. Sur une section de 500 m accusant une dénivellation de 15 m environ, se développait en effet un réseau extrêmement dense de cinq dérivations
en partie enchevêtrées. Au total, le segment comptait, toujours vers 1840, trois taillanderies, trois
scieries, un atelier de tournage sur fer, un moulin à grain, un battoir à chanvre et enfin une batteuse
à blé. Trois de ces établissements furent dotés au tournant du XXe siècle d’une turbine : établi sur
le canal du « Vieux Moulin », le moulin David, transformé en 1887 en centrale électrique pour
l’éclairage des Grands Hôtels ; alimentés par le « bief », le martinet Bastian et le moulin Girod,
équipés, eux, de turbines mécaniques. La centrale, qui produisait du courant continu, fut équipée
en 1907 d’un moteur d’appoint, un monocylindre à gaz pauvre de fabrication SLM. Désaffectée en
1993, elle a été récemment remise en état de fonctionner par l’association Divonnelectro. Les deux
autres turbines sont hors service mais demeurent en place. Subsiste également la grande roue en
fer de l’ancienne mécanique Barberat, à la hauteur de l’église.
À la sortie de Divonne, la Versoix marque une large boucle en direction du sud. En dépit du
caractère marécageux de la zone, on trouvait deux dérivations, attestées au XIIIe siècle. La première
alimentait le canal de Crans, dont une partie des eaux était dirigée vers le moulin Fatio, au nord
de Céligny. La seconde, aménagée au lieu-dit « Cheval de bois » alimentait le Grenis, un canal qui,
une fois passé Bogis, actionnait le moulin de l’Oie avant de se subdiviser en deux bras. Le Brassus
passait par le centre de Céligny, où il animait le moulin de Garengo, un ouvrage attesté en 1681
(mais certainement plus ancien) et désaffecté vers 1840. Le second bras, le canal de Coppet menait
au village éponyme, qui comprenait deux établissements attestés l’un en 1370 et l’autre à la fin
du XIIIe siècle. Si le moulin Bibot, qui comprenait également une scie fut désaffecté au XIXe siècle
et démoli peu après, le moulin Vieux, situé au cœur du village, tourna jusqu’au début du XXe
siècle. Entre-temps, son aqueduc avait été reconstruit en maçonnerie en 1842 et ses installations
modernisées en 1889.
Une fois passée la zone des marais, à la faveur d’une légère accentuation de la pente, la Versoix
alimentait coup sur coup quatre sites, attestés en 1390 et répartis équitablement entre les deux
rives : le moulin de Grilly, le martinet de Sauverny (complété d’une minoterie vers 1850), le
moulin du Pont (aussi appelé Gay), le moulin de la Barouche. Si les deux établissements demeurés sur territoire gessien périclitèrent dès la fin du XIXe siècle, ceux du côté suisse conservèrent une
activité jusqu’en 1928 pour le premier, 1965 pour le second.
Au sud du Grand Bois, à la Bâtie, la déclivité naturelle du terrain à l’intérieur d’un court méandre
fut mise à profit au XIVe siècle pour actionner un martinet, puis, dès 1770, une papeterie. Celle-ci
53
patriomoine et architecture 17
L’ancienne scierie Lami (Divonne),
transformée en 1910 en
diamanterie. La roue est bloquée
par le gel (Divonnelectro).
Le moulin de Richelien (CollexBossy), sur le Versoix, transformé
en 1888 en microcentrale électrique.
Modernisée à deux reprises,
l’installation demeure en service.
patriomoine et architecture 17
54
La filature de Versoix, actuellement
chocolaterie Favarger. Construit en
1825, le bâtiment était alimenté par
le puissant canal des Usiniers, dont le
cours comptait pas moins de quatre
chutes. Les installations étaient mises
en mouvement par deux roues.
employait alors quatre ouvriers et sept manœuvres. En 1838, la puissance de la chute était suffisante
pour faire tourner une des premières installations de fabrication continue du papier (plutôt que
feuille par feuille). En raison de la longueur de la machine, le bâtiment chevauchait la rivière. À ces
deux exploitations, vint s’adjoindre vers 1840 un moulin à grain. Le « Moulin Neuf » était desservi par
un canal aménagé en contrebas du premier. La prospérité du site fut toutefois éphémère puisqu’au
tournant du XXe siècle, les trois établissements avaient cessé leur activité. Toute autre fut la destinée
du site de Richelien, qui offrait une dénivellation de 4 m environ. En 1809, le moulin de Richelien,
dont l’activité est attestée au XVe siècle, comprenait trois tournants provenant du Faucigny qui moulaient une farine composée d’un mélange de froment, de seigle et d’orge. En 1888, il fut transformé
en usine électrique, le courant étant distribué aux fermes des environs. Agrandie à deux reprises, en
1927 et en 1945, la microcentrale, qui turbine jusqu’à 2 250 l / s, est toujours en fonction.
Une fois passée la papeterie de Saint-Loup, exploitée de 1459 aux années 1820, se présente la
prise d’eau de l’ouvrage majeur de la Versoix, le canal des Usiniers. D’une capacité de 2 650 l / s pour
une dénivellation d’environ 11 m, celui-ci ne cessa d’être modifié au gré des besoins de ses usagers.
À l’origine, son tracé longeait le pied du versant gauche du vallon et comprenait une unique chute
de 2 à 3 m qui alimentait le moulin Roidor, situé à l’emplacement de l’actuel bâtiment administratif de la chocolaterie Favarger. Quant au canal de fuite, il partait en ligne droite vers le lac. En
1844, dans son état d’exploitation maximale, le bief présentait, en amont de la chute historique, un
cours rectiligne et, en aval, un tracé qui retournait à la rivière mère juste en amont du pont routier,
tandis que trois nouvelles chutes étaient aménagées. La dérivation alimentait successivement une
papeterie (cinq roues), le site du moulin historique (quatre roues), auquel s’était ajouté en 1824
un authentique emblème de modernité industrielle, une filature de coton entièrement mécanisée
(deux roues), le moulin Vouga (trois roues), enfin l’ancien site Vilver (trois roues). Au début du
XXe siècle, trois établissements sur quatre remplacèrent leurs roues par de petites centrales électriques, tandis que le moulin Vouga fut équipé d’une grande roue métallique. Le canal des Usiniers
devait perdre sa fonction énergétique au cours du dernier tiers du XXe siècle. Seule demeure en état
de fonctionner la microcentrale de la chocolaterie Favarger.
L’exploitation de la force motrice de la Versoix à la hauteur du bourg ne se limitait pas au seul
canal des Usiniers. On y comptait deux autres biefs. Creusé en 1797 en aval du pont routier, le premier alimentait un modeste établissement, le moulin du Pont. Créé en 1865, le second coupait le
léger méandre faisant face au bourg ; il desservait une scierie. Le moulin fut désaffecté vers 1840,
le bâtiment de la scierie détruit par un incendie en 1982.
Le ruisseau des Meules
N’était le modeste étang établi en bordure de la rue Voltaire, qui suggère l’existence de quelque dispositif hydraulique ancien, il est difficile d’imaginer qu’au XIXe siècle le village d’Arbère comptait deux
moulins alors même que la Versoix, avec ses eaux abondantes, n’est distante que de 750 m. Construit
par Antoine de Gingins vers 1500, le moulin d’Arbère (aussi appelé moulin Gonin ou Courtois) était
alimenté par une résurgence localisée au « Pré de l’Étang », à l’arrière du château dont il dépendait.
La roue du moulin d’Arbère (Arbère),
sur le ruisseau des Meules, vers 1920
(Divonnelectro). L’établissement
maintint son activité jusque vers
1950 en se concentrant sur les
farines fourragères.
L’Oudar
L’Oudar prend sa source à plus de 1000 m d’altitude, à proximité de la fontaine Napoléon, à mihauteur de la route du col de la Faucille. Le ruisseau coule en direction du sud jusqu’à Gex-la-Ville,
un hameau situé au nord de Gex, qu’il longe avant de perdre de la pente en atteignant Cessy. Son
cours serpente ensuite à travers la plaine agricole de Versonnex jusqu’à son embouchure dans la
Versoix dont il constitue le principal affluent. L’exploitation énergétique de l’Oudar se concentrait sur
le cours supérieur, là où la pente permettait de tirer le meilleur parti d’un débit relativement constant
toute l’année, à l’exception de l’été, où il arrivait que l’eau manque parfois « des mois entiers ».
Une dérivation de l’Oudar était pratiquée aux Genevriers, sur les hauts de Gex-la-Ville. En dépit de
son gabarit modeste, par le jeu de trois réservoirs, le canal n’alimentait pas moins de cinq établissements, totalisant deux (ou trois) scies, quatre tournants, et enfin le battoir à écorces de la tannerie
Baudet, placée à mi-hauteur de la rue des Usiniers. Au début du XXe siècle, on dénombrait encore
un moulin et trois scieries, ces dernières étant équipées de turbines. Si l’étang du moulin et de la
scierie Marchand (tous deux démolis) demeure alimenté, le bief a été canalisé. De ce fait, la vocation
« industrielle » du quartier ne s’exprime plus qu’à travers l’ancienne tannerie et le bâtiment en bois
de la scierie Lison, en contrebas de la rue de l’Oudar.
Le deuxième pôle d’activité se trouvait à Cessy, où étaient aménagés deux sites qui se faisaient
suite. Le « moulin d’en haut » comprenait une dérivation de plus de 500 m qui alimentait trois
roues, par l’intermédiaire d’un réservoir. L’établissement tournait encore en 1930. Attesté de très
longue date, le « moulin d’en bas » partageait à peu près les mêmes caractéristiques. À la fin du
XIXe siècle, la meunerie fut abandonnée au profit du sciage du bois. En 1894, on remplaça la paire
de roues par une microcentrale électrique. Modernisée, la scierie Pelichet poursuit son activité. Les
bâtiments historiques des deux sites de Cessy ont été transformés en habitations.
Pour être complet, évoquons le moulin de Vesancy, à 3 km au nord est de Gex. Celui-ci était
alimenté par le Flon, un ruisselet dont le maigre débit était amélioré par le drainage rigoureux des
55
patriomoine et architecture 17
Les eaux de la source longeaient le flanc du Mont-Mussy sur 500 m avant d’être collectées dans un
réservoir qui surplombait l’établissement. Ce dernier comprenait deux tournants. En 1832, le site fut
complété d’un battoir à chanvre, construit quelques mètres en aval. Un siècle plus tard, on remplaça
la paire de roues par une roue unique, plus puissante. Trois fabrications y étaient alors assurées : la
farine fourragère, le cidre, l’huile de noix. Le moulin cessa ses activités dans les années 1950.
En 1834, un second moulin fut édifié le long du ruisseau des Meules. La « mécanique Goudard » prenait place au pied de la pente, le long de l’avenue du Mont-Mussy. Elle était alimentée
par un petit étang et comprenait une roue unique qui actionnait une batteuse à blé. Au tournant du
XXe siècle, l’établissement se reconvertit dans des activités de boissellerie avant de fermer ses portes
dans les années 1950.
De ce modeste système énergétique, il subsiste les deux bâtiments, transformés en habitations.
Quant au bief, enterré dans les années 1960 entre le moulin Courtois et le « réservoir Goudard », il
a récemment fait l’objet d’une décanalisation partielle.
patriomoine et architecture 17
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Le réservoir du moulin et de la scierie
Marchand (Gex-la-Ville), sur l’Oudar.
Le bassin constitue la trace la plus
visible du réseau qui alimentait un
chapelet de cinq établissements
répartis le long de la rue des Usiniers.
terrains situés en contre-haut du village. Les eaux étaient collectées dans une paire de réservoirs
avant d’animer les deux roues du moulin puis celle du battoir. Les eaux se perdaient ensuite dans
les prés.
Le Journans
Le Journans prend sa source dans le Creux-de-l’Envers, une combe dominée par l’un des sommets
les plus élevés du massif jurassien, le Colomby de Gex. Le ruisseau coule en direction de Gex, qu’il
dépasse par l’ouest avant de serpenter en pente douce jusqu’à sa confluence avec le Lion, à mi-chemin entre Pregnin et Vesegnin. De type nival, son régime est marqué par des hautes eaux de mars à
mai. L’été en revanche, il est à peu près à sec. Si l’on excepte le « moulin des Combes », établi sur les
hauteurs, l’exploitation du potentiel énergétique du Journans se concentrait au pied du promontoire
occupé par Gex.
La situation privilégiée de Gex, à la fois important carrefour routier et centre régional, explique la
précocité et la vigueur du secteur de la tannerie. En 1550, on recensait ainsi seize établissements, cinq
en 1784, trois en 1809. La principale et plus ancienne tannerie (en 1812, elle était donnée pour être
vieille de 500 ans) prenait place en bordure du Journans, dont elle tirait l’eau utilisée pour les différentes étapes de transformation des peaux en cuir (dessalage, tannage, rinçage, foulage, etc.). Ces dernières provenaient des abattoirs, établis à proximité. La rivière alimentait par ailleurs deux dérivations.
Dotée d’un vaste réservoir dont il subsiste la trace, la première desservait, sur les hauts du quartier
de Journans, les deux moulins Groffilex, qui totalisaient cinq roues. La seconde, la « bédière » (pour
bief) débutait en face des abattoirs, en contrebas du carrefour des routes de Lyon et de Genève et
de la rue du Commerce. Le canal longeait, en direction du sud, les maisons de la route de Genève,
sur une distance de 700 m env. Deux chutes précédées de petites retenues d’eau étaient aménagées.
Celles-ci alimentaient, à mi-parcours, le moulin Benoît-Janin (deux roues) couplé à une scierie (une
roue), et, à l’extrémité du canal, le marteau et le soufflet d’une taillanderie. Le martinet de Cessy
(appelé aussi martinet Bastian ou Gay) est attesté en 1380 et doit sa création à la précocité du travail
Le moulin Grofillex du bas (Gex),
sur le Journans. L’établissement
comprenait trois roues. L’eau était
accumulée dans un réservoir situé
150 m en amont dont il subsiste la
trace.
patriomoine et architecture 17
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du fer dans l’arc jurassien. Au tournant du XXe siècle, on remplaça l’unique roue en bois par une roue
métallique de cinquante-six augets qui tourna jusque dans les années 1940. Lors de la démolition en
2007 du bâtiment, celle-ci fut déposée au milieu du giratoire routier à l’entrée de Gex.
Les résurgences entre l’Allondon et le Journans
Les cours de l’Allondon, du Journans et du Lion, qui prolonge ce dernier, définissent une bande
triangulaire dont la pointe est située juste en aval de Saint-Genis, où ils confluent. À l’intérieur de
ce périmètre, on trouve de nombreuses résurgences, parmi lesquelles quatre furent exploitées à
des fins énergétiques.
Situé au nord ouest de Segny, le moulin de Chenaz desservait la communauté d’Echenevex, relié
par un chemin dont la trace demeure. Il est attesté en 1350, ce qui en fait l’un des plus anciens du
bassin. Modèle de rationalité hydraulique, le réservoir collectait les eaux du By de Tougin, formé du
ruisseau de Tougin et d’une dérivation du Journans, que complétait une dérivation du ruisseau de la
Varfeuille. Ce dispositif n’empêchait toutefois pas l’immobilisation de l’installation durant l’été. Le
moulin comptait vraisemblablement quatre roues, qui actionnaient deux ou trois tournants moulant
de la farine pour « pain de ménage », ainsi qu’un battoir. Au moment de sa désaffectation dans les
années 1870, on y fabriquait encore de l’huile de noix. L’intérieur du bâtiment était divisé en deux
dans le sens de la longueur, les activités prenant place le long de la façade nord-ouest. En dépit de la
Le moulin de Chenaz (Echenevex),
sur le By de Tougin et le ruisseau de
la Varfeuille. Le site a conservé un
fort pouvoir d’évocation.
patriomoine et architecture 17
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Le moulin de Veraz (Chevry).
L’établissement est alimenté par
une source dont les eaux sont
collectées dans deux réservoirs.
Doté au tournant du XXe siècle
d’une turbine en remplacement de
ses deux grandes roues, il tourna
jusque dans les années 1950.
disparition de ses éléments les plus caractéristiques, le site conserve un fort pouvoir d’évocation en
raison de sa situation en bordure de l’eau, de la trace de ses accès (passage à gué du ruisseau de la
Varfeuille et chemin de Crossets) et de la levée de terre à l’arrière du bâtiment.
Deux km plus au sud, en léger contre-haut du village de Veraz, jaillit une petite source. Au XIVe
siècle, si ce n’est avant, la conjonction d’un débit plutôt régulier et d’un pli de terrain à une centaine de mètres au nord-est de la résurgence fut mise à profit pour actionner un moulin, le moulin
de Veraz, implanté dans la pente. Deux réservoirs étaient aménagés, un principal et un secondaire.
L’importante dénivellation – près d’une dizaine de mètres – alimentait deux roues de diamètre inégal, disposées en cascade. Celle du haut, légèrement plus petite, était vraisemblablement affectée à
la mouture de l’orge, du seigle et des vesces, celle du bas, au blé. En 1809, la production quotidienne totale était donnée pour se monter à 270 kg. Au cours du premier tiers du XXe siècle, les roues
furent remplacées par une petite turbine Francis qui alimentait, selon les besoins, une dynamo, un
tournant ou le pressoir à raisin. L’exploitation du moulin se poursuivit jusqu’au sortir de la Seconde
Guerre mondiale, celle du pressoir mécanique jusqu’en 1972. Le contraste entre la modestie de la
source et la présence puissante du bâtiment, toujours « en eau », donne la mesure de la richesse
que représentait, dans la société traditionnelle, une source d’eau, aussi modeste fut-elle.
Située à mi-chemin entre Chevry et Saint-Genis, la « scie à Donnet » remonte vraisemblablement au premier tiers du XIXe siècle. Le modeste bâtiment, qui subsiste, était alimenté par une dérivation de l’Allondon, dont la trace et le cordon boisé demeurent. L’eau était ensuite dirigée vers le
canal d’amenée du moulin des Ponts, établi 250 m plus au sud. Signalons également le moulin de
Pouilly, alimenté par le ruisseau de l’Ouaf, lequel prend sa source à la « Fontaine de Saint-Genis »
avant de se jeter dans le Lion à la hauteur du chemin du Bugnon. Là aussi, le potentiel énergétique
de l’installation était des plus limités.
Le moulin de Vesegnin
(Prévessin-Moëns), sur le Lion.
59
patriomoine et architecture 17
Le Lion
Le Lion prend sa source dans les terrains marécageux de la zone triangulaire délimitée par les villages
de Segny, Versonnex et Ornex. Le ruisseau chemine en pente extrêmement douce sur 4 km en direction du sud-ouest. Un kilomètre en aval de Vésegnin, ses eaux se mélangent à celles, modestes, du
Petit Journans, puis à celles, plus généreuses, du Grand Journans, qui doublent son débit. Il évolue
ensuite vers Saint-Genis, qu’il dépasse par le sud dans un petit vallon tandis que sa pente s’accentue
légèrement, avant de confluer avec l’Allondon. Sur son cours supérieur, l’effet régulateur des marais lui
assure un régime d’une grande stabilité. L’eau manque toutefois durant les mois de juillet à septembre.
Le régime du cours inférieur cumule, lui, les pluies de plaine en hiver, les eaux de fonte au printemps,
les eaux résiduelles des marais en été. Ces caractéristiques hautement favorables (jamais moins de
200 l / s) expliquent la large exploitation dont fit l’objet le Lion, lequel compta, en dépit d’une dénivellation faible (45 m sur 9 km), jusqu’à cinq établissements, dont quatre sur son cours inférieur.
Le moulin de Vesegnin (aussi appelé de l’Essertant) est attesté en 1356. Il dépendait alors du
prieuré de Prevessin, dont il n’était distant que d’un kilomètre, et desservait également les villages de
Moëns et de Magny. Compte tenu de l’absence presque complète de dénivellation, il fallut creuser un
patriomoine et architecture 17
60
Le moulin de Malivert (SaintGenis), sur le Lion. Historiquement,
l’établissement comprenait quatre
roues, dont trois actionnaient des
meules à grain. Dans les années
1930, celles-ci furent remplacées
par une turbine mécanique.
canal d’une longueur record de 1,5 km pour créer une hauteur de chute avoisinant les 4 m. Reconstruits une première fois en 1537, les bâtiments furent à nouveau refaits en 1840. Quatre roues étaient
recensées, qui actionnaient trois tournants et un battoir. Les meules dormantes provenaient de Brie,
les tournantes du Salève. Le froment était moulu « à la parisienne », le seigle, l’orge et le sarrasin
« semolatés ». En 1885, l’établissement comptait cinq roues, suite à l’ajout d’une batteuse à céréales.
Au tournant du XXe siècle, l’activité meunière fut abandonnée et le moulin transformé en scierie. La
scie à battant était entraînée par une roue équipée d’un moyeu métallique, de bras en chêne et de
trente-six augets en sapin. Il fallait dix minutes pour débiter une planche d’une bille de 10 m de long.
Au derniers temps de l’exploitation, l’énergie était fournie par une turbine.
En descendant le cours du Lion, peu après sa confluence avec le Journans, on trouvait le moulin
des Ponts. Sur le plan énergétique, la situation de ce battoir à céréales était peu favorable, puisque
faute d’avoir un canal suffisamment développé, il ne disposait que d’une chute insignifiante. Disposée au fil de l’eau, la roue était simplement poussée par le courant. De ce fait, lors des hautes eaux,
sa submersion entravait sa rotation.
Toute autre était la situation à partir de la très belle prise d’eau du canal de Malivert. La pente du
Lion s’accentuant à la hauteur de Saint-Genis, la dénivellation fut mise à profit pour alimenter non
pas un mais deux établissements. L’imposant moulin de Malivert (35 m de long) comprenait quatre
puissantes roues qui animaient trois tournants à grain et un battoir. Les meules dormantes pour la
farine blanche étaient en « pierre de France » et assuraient une production quotidienne qui variait
entre 300 et 400 kg. De même qu’à Vesegnin, au cours du premier tiers du XXe siècle, la meunerie fut
abandonnée au profit du sciage du bois. L’énergie mécanique était produite par une turbine Francis
qui actionnait non seulement la scie à battant mais également le battoir et le pressoir à huile. La scierie
maintint son activité jusqu’au début des années 1990. Elle est toujours en état de fonctionner.
Avant de retourner dans la rivière mère, le canal se prolongeait sur 450 m, de façon à alimenter
un second site, le moulin de Saint-Genis. Implanté au sud de la « route royale », celui-ci comprenait trois roues, disposées sur la face sud du bâtiment, lesquelles actionnaient deux tournants et un
battoir. En 1874, l’établissement fut transformé en diamanterie. Derrière cette opération, on trouve
le Divonnais Eugène Goudard, dont c’était le deuxième atelier de taille de diamants après celui
ouvert deux ans auparavant à Paris. Dans la foulée, l’industriel allait en créer encore deux autres, à
Montbrillant (Saint-Sauveur) et à Saint-Claude. L’atelier était placé dans le prolongement de l’ancien
Le moulin Fabry (Satigny), sur le Lion.
Attesté en 1328, l’établissement
comprenait trois paires de meules,
un battoir et une scie. Avec cinq
roues et une alimentation assurée
à peu près toute l’année, l’établissement était l’un des plus importants
de la région. En 1934, il fut équipé
d’une turbine mécanique (photo du
bas).
patriomoine et architecture 17
61
corps de moulin. Le local était largement vitré car un apport maximum de lumière était requis pour
le très délicat travail de taille du diamant. Les pierres étaient minuscules et la taille parfaite des multiples facettes de la pierre requérait des années d’expérience. Les ouvriers étaient installés le long des
façades. Mis en mouvement par la roue, l’arbre de transmission principal se trouvait au centre de
la pièce. Il distribuait l’énergie aux meules au moyen de courroies en cuir. Au plus fort de l’activité,
vers 1910, la « Diamanterie Donnet » constituait le principal employeur de Saint-Genis, tandis que la
branche occupait 120 ouvriers dans la commune. Les effets de la crise de 1929, ajoutés au dumping
pratiqué par l’Allemagne et à l’absence de barrières douanières eurent raison de l’activité diamantaire du Pays de Gex au milieu des années 1930.
Le dernier établissement se trouvait à cheval entre le Lion, dont les eaux alimentaient le canal,
et l’Allondon, dans laquelle celles-ci étaient restituées. À mi-parcours du bief long de 700 m, un
faible apport était fourni par le nant de l’Ecra. La charge maximale était de 300 l / s et la chute de
3,50 m. Le moulin Fabry est attesté en 1328 et dépendait alors du prieuré de Satigny. À la fin du
XVIIe siècle, alors qu’il tenait lieu de moulin banal pour le mandement de Peney (Peney, Bourdigny,
Satigny, Peissy, Choully), il appartenait aux Calandrini, une famille protestante de Genève. L’établissement était considérable puisqu’il ne comprenait pas moins de cinq roues. Trois d’entre elles
actionnaient les meules à grain, la quatrième un battoir, la dernière une scie. On trouvait également
une petite forge. En 1714, une trentaine de communiers se plaignirent des abus du meunier. Ils
lui reprochaient l’emploi de mesures à leur désavantage, des prix surfaits exigés à la mouture, des
vexations continuelles… Au tournant du XIXe siècle, le moulin ainsi que les terres qui appartenaient
au meunier J. F. Salis revinrent à Jean-Daniel Turrettini. Quatre roues étaient alors recensées dont
deux pour la meunerie. En 1873, le bâtiment était décrit comme une « grande usine ». Au tournant
du XXe siècle, trois des quatre roues furent remplacées par une turbine mécanique, tandis que celle
de la scie fut changée pour un modèle à larges augets. En 1934, la turbine fut remplacée par un
modèle Francis (R. Haller et Cie, constructions mécaniques) qui développait 11 CV à 300 t / mn et
était couplée à une poulie renvoyant l’énergie à un arbre primaire via une courroie. Les meules prenaient place sur des bâtis en bois soutenus par des piles en roche. L’exploitation de la scierie prit fin
au début du XXe siècle, celle du moulin vers 1960. Le site est fortement altéré. Parmi les éléments
mécaniques qui demeurent, on trouve la turbine, ainsi qu’une scie à ruban. Le cours supérieur du
canal a été effacé par la route départementale qui contourne Saint-Genis par le sud.
L’Allondon
Moins uniformément belle que la Versoix, qui cumule tous les superlatifs, l’Allondon se distingue par
la diversité de ses paysages, la richesse de sa flore et de sa faune, le gonflement progressif de son
débit, au fur et à mesure de sa confluence avec ses affluents (débit moyen 3 580 l / s, débit médian
2 200 l / s aux Granges). Elle prend sa source à une altitude de 649 m dans un profond vallon, en
contrebas de Naz-dessus. Au printemps ou après de fortes pluies, les eaux surgissent d’une série de
failles échelonnées sur une dizaine de mètres, avant de courir plein sud jusqu’à Chevry, où le ruisseau
quitte le thalweg pour serpenter dans une plaine jusqu’à sa rencontre avec le Lion, en aval de SaintGenis. Devenue rivière, l’Allondon coule dans un large vallon dont elle ne sort que pour se jeter dans
le Rhône en amont de La Plaine, au terme d’un parcours où elle aura perdu 300 m d’altitude (1,6%
de pente moyenne) et drainé les eaux d’un bassin d’une surface de 148 km2.
L’exploitation énergétique de la rivière n’était pas uniforme. À une exception près, elle se concentrait là où les conditions étaient les plus favorables : à la source, où la pente est forte (deux établissements), à Flies (quatre) et à La Plaine (trois), deux sites dégagés et faciles d’accès. Le cas des Granges
est à part. En effet, bien qu’établi en bordure de l’Allondon, le site était alimenté par les eaux de
l’Allemogne.
Le premier moulin se trouvait à la hauteur même de la résurgence. La prise était formée d’un solide mur en maçonnerie percé d’une large vanne, qui, une fois fermée, dérivait les eaux vers un canal
de 150 m établi sur le flanc gauche du vallon. Collectées dans un réservoir de plan rectangulaire,
les eaux alimentaient successivement un battoir et la roue unique du « moulin Péchard ». Attesté
en 1355, il appartenait alors aux seigneurs de Gex. En 1796, il fut concédé aux cousins Péchard. On
y moulait le froment, l’orge et le seigle. Le battoir, lui, était utilisé pour broyer le millet, écraser le
chanvre et concasser les cerneaux de noix. En 1882, la prise d’eau fut reconstruite, ce qui indique
que le moulin était encore en activité. Abandonné de longue date, il est ruiné. Sur la rive droite, en
léger contrebas, un éphémère moulin – le moulin de Naz – fut construit en 1831 par Jean-Pierre
Crochat, meunier. Lui aussi fut désaffecté au début du XXe siècle.
patriomoine et architecture 17
62
Les sources de l’Allondon (Chevry),
vers 1900 (Archives départementales
de l’Ain, collection numérisée).
À droite, le départ du canal du
moulin Péchard.
Page de droite Les vestiges du moulin Péchard
(Chevry), sur l’Allondon.
En haut, le réservoir.
En bas, le bâtiment principal, avec la
fosse de la roue.
Le moulin Vuaillet (Saint-Genis),
sur l’Allondon. Caché par la
végétation, le canal demeure
faiblement alimenté. Autour des
années 1930, les roues furent
remplacées par une turbine.
Le moulin de La Plaine
(Dardagny), sur l’Allondon.
Attesté en 1321, le bâtiment
tourna à l’eau jusque vers 1950.
Les installations demeurent en
état de fonctionner.
patriomoine et architecture 17
64
À mi-chemin entre Naz-dessous et Chevry, se trouvait le moulin des Planches, établi sur le rive côté
Crozet. Il comprenait deux tournants ainsi qu’un battoir.
Le site de Flies, au point de rencontre des communes de Crozet, de Saint-Genis-Pouilly et de Chevry, était lui aussi assez remarquable. Long de plus de 600 m, le canal desservait deux moulins distants de 250 m, ainsi qu’un battoir. La paire de roues du premier établissement, le moulin Vuaillet,
fut remplacée au début du XXe siècle par une turbine mécanique alimentée par un réservoir en
maçonnerie. L’édifice faisait face à une forge, le martinet Martin, élevé sur la rive opposée et dont
le dernier segment du canal était aérien, porté par des socles en roche. Au cours de la première
moitié du XIXe siècle, le site fut amené à se développer. Une batteuse à blé fut construite en aval
du moulin Vuaillet tandis qu’un second canal fut aménagé en aval du pont de Flies. Il alimentait un
moulin équipé de deux roues. À l’exception du moulin Vuaillet, qui demeure « en eau », les autres
bâtiments ont tous été lourdement transformés.
L’étroite plaine alluviale qui bordait l’embouchure de l’Allondon, en contrebas de Dardagny, accusait une dénivellation par rapport au Rhône d’une dizaine de mètres. Cette valeur assurait l’exploitation de trois chutes d’environ 3 m de hauteur pour peu que l’on aménage la prise d’eau 1300 m en
amont. Attesté en 1321, le « bief des Eaux Froides » desservait tout d’abord un moulin à blé. Celui-ci
comprenait en 1809 trois roues qui actionnaient deux tournants et un battoir à chanvre. Pour survivre,
le moulin de La Plaine fut transformé en 1909 en minoterie. L’énergie était fournie par une turbine
La martinet de La Plaine (Dardagny),
sur l’Allondon, vers 1900 (BGE).
Au fond, on distingue la roue
alimentée à mi-hauteur. Le bâtiment
maintint son activité jusqu’en
1952. Il a récemment été inscrit
à l’inventaire.
patriomoine et architecture 17
65
de 20 CV, couplée à un générateur. Deux ans plus tard, l’établissement fut racheté par la société
coopérative des « Moulins agricoles genevois ». Après la Seconde Guerre mondiale, la minoterie fut
dotée d’un moteur électrique de 45 CV alimenté par le réseau, ouvrant la voie à son développement
sur quatre niveaux. Vers 1965, lors du remplacement du bâtiment historique par un nouveau centre,
construit de l’autre côté de la route de la Plaine, le canal fut comblé. Bien qu’il n’assure plus d’activité
de production, l’ancien moulin a conservé ses installations, qui demeurent en état de marche.
Trois cents mètres en aval, on trouvait le martinet de La Plaine. Attesté en 1783 mais certainement aussi ancien que le moulin, il comprenait alors trois roues. Le bâtiment fut vraisemblablement
reconstruit vers 1830 ; de plan rectangulaire, il ne comptait alors plus qu’une seule roue, disposée
contre la façade principale. En 1892, Jules Joseph Berney, un ancien maître de forge à Vallorbe (Vaud),
la remplaça à son tour par une turbine mécanique. Au tournant du XXe siècle, la « SA des Forges de
La Plaine » proposait trois lignes de produits : la chaînerie, la taillanderie et les outils spéciaux, telles
les enclumes. Succédant à Berney en 1912, la famille Dreyer se recentra progressivement sur les outils
aratoires. L’établissement ferma ses portes en 1952. Le bâtiment est fortement délabré.
Le canal alimentait finalement un pilon à papier, attesté en 1626 mais lui aussi certainement plus
ancien. La papeterie des frères Bastian occupait quatre personnes en 1811. Elle maintint tant
bien que mal son activité jusque vers 1850. Le bâtiment a été profondément transformé au début
du XXe siècle.
La chute de la taillanderie Patroix
(Thoiry), sur l’Allemogne. La forge
fut aménagée en 1910 dans un
ancien moulin à blé.
Page de gauche
En haut, la source de l’Allemogne,
avec son abreuvoir et le seuil du
premier canal. L’exploitation du
potentiel de la rivière état maximale,
avec six sites en 4 km. Aujourd’hui,
quatre canaux demeurent alimentés.
En bas, l’aqueduc du moulin
d’Allemogne (Thoiry).
L’Allemogne
L’Allemogne est un excellent pourvoyeur énergétique. Ses eaux ne tarissent pour ainsi dire jamais,
ne passant qu’exceptionnellement en dessous des 500 l / s et son cours présente une forte dénivellation à ses deux extrémités. Avec six sites répartis sur 4 km, l’exploitation du potentiel était proche
de son maximum.
L’Allemogne jaillit au pied du Jura à peu près à mi-chemin entre Sergy et Thoiry, à une altitude de
490 m, en contrebas de la rue de Létraz. Ses eaux se réunissent dans une « fontaine publique » dont
le vaste bassin en maçonnerie était desservi par une rampe à l’usage du bétail. Un seuil y dérivait
une partie des eaux vers un canal qui menait à un pré de 25 ha se développant en contrebas du
château d’Allemogne. À quelques mètres en aval de la fontaine, partait un deuxième canal. Situé à
mi-cours, son réservoir passait pour receler « d’excellentes truites saumonées ». Aujourd’hui à sec, la
chute alimenta successivement une papeterie, puis, dès le XVIIIe siècle, une scierie, enfin, à partir de
1900, une diamanterie. L’énergie était alors fournie par une turbine. Les eaux se mêlaient ensuite à
celles d’une troisième dérivation, laquelle menait au moulin d’Allemogne. Pour élever la hauteur
de chute à un niveau proche des 4 m, la partie terminale du bief était construite en pierre de taille.
Aux deux roues du moulin, s’ajoutait celle d’un battoir, aménagé quelques mètres plus bas. Le
moulin maintint son activité jusqu’au début du XXe siècle. De ce paysage d’eau, il ne subsiste plus
que les canaux, encore largement alimentés. Sur la rive droite, signalons l’existence d’une quatrième
dérivation, destinée à l’origine à l’irrigation. En 1906, elle fut équipée d’une microcentrale électrique
qui alimentait une industrie, la scierie Rosset. Cette dernière demeure en état de marche.
Le site de Gremaz se trouve à un kilomètre environ en aval de la source, à la confluence du ruisseau
et du Puits Mathieu. Il était alimenté par un canal long de 600 m environ dont la totalité des eaux, exception faite d’une petite quantité dérivée vers le battoir de la ferme de Gremaz, était dirigée vers une
chute d’une hauteur inhabituelle (8 m environ). Cette dernière alimentait un martinet, implanté sur le
côté droit du bief. Au début du XIXe siècle, la taillanderie produisait annuellement 3 tonnes d’outils.
Le feu était alimenté par du charbon de bois indigène. En 1874, parallèlement à l’activité de la forge,
s’établit un atelier de taille de diamants, le premier de la région, la diamanterie de Gremaz.
patriomoine et architecture 17
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La dérivation suivante débutait 1 000 m en aval, en contrebas de l’actuelle route départementale,
et desservait deux sites historiquement liés. Implanté perpendiculairement au canal qui le scindait en
deux parties inégales, le moulin à blé Nouvelle comprenait trois roues. En 1910, tandis que la mouture bladière était abandonnée, l’aile sud fut transformée en forge. Détruite par le feu en 1918, elle
fut reconstruite quatre ans plus tard. La taillanderie Patroix était alors équipée de trois marteaux
oscillants, dont le plus lourd avait une tête de 60 kg. L’établissement fabriquait tous les outils courants, à l’exception des lames de faux. En 1936, les roues furent remplacées par une turbine Francis
à chambre d’eau de fabrication Magnat-Simon, couplée à un alternateur. L’activité se maintint jusqu’en 1965. Situé 200 m plus bas, le moulin de Badian assurait, lui, une double activité. Il abritait
une forge, ainsi qu’une scierie. L’énergie était produite par quatre roues en bois, bientôt remplacées
par trois roues métalliques, et actionnait, notamment, une scie à battant et une trancheuse à bois.
Bien que coulant à proximité immédiate, ce n’était pas l’Allondon mais bien l’Allemogne qui
alimentait le site des Granges. La prise d’eau était située quelques dizaines de mètres en amont de
l’embouchure du ruisseau. Le canal serpentait sur près de 1 000 m avant de desservir successivement
un moulin à blé, attesté en 1611, un petit bâtiment qui comprenait un battoir mais également un
pressoir, un four et une forge, et enfin une scie. Parmi les constructions, seul demeure le battoir,
reconnaissable à la fosse aménagée contre sa façade sud-ouest. Quant au canal, comblé de longue
date, il ne subsiste plus qu’à l’état de trace.
Le Puits Mathieu
Le Puits Mathieu jaillit au pied du Jura, 200 m au nord du village de Thoiry, à une altitude de 495
m. La résurgence coule dans un étroit vallon en direction de l’est sur 1 000 m avant de se jeter
dans l’Allemogne à la hauteur de Gremaz. En contrebas de la rue de Létraz, on trouve une seconde
résurgence, dont les eaux, moins abondantes mais plus régulières que la première, alimentent un
vaste abreuvoir en maçonnerie de plan carré.
Le bassin de la fontaine publique fut conçu de façon à ce que son écoulement alimente une paire
de chutes. Haute d’au moins 4 m, la première actionnait les deux roues d’un moulin construit sur la
patriomoine et architecture 17
68
La « fontaine-abreuvoir » du Puits
Mathieu (Thoiry). Captée dans un
bassin, la résurgence alimentait le
site visible en arrière-plan.
Les moulins de Thoiry, sur le Puits
Mathieu. Au XIXe siècle, le site
comprenait trois bâtiments, dont
les installations furent par la suite
regroupées dans un seul. En façade,
on devine les traces d’humidité
laissées par les deux roues.
rive droite du canal. D’une valeur à peu près équivalente, la suivante était bordée d’un second moulin et d’une scierie qui se faisaient face, équipés chacun d’une roue. D’une grande rationalité énergétique (pas de perte de charge à la hauteur de la prise d’eau et le long du bief, exploitation maximale
de la dénivellation), le site groupait ainsi sur une vingtaine de mètres trois corps de production. En
aval, plutôt que de retourner dans le ruisseau, le bief filait en direction d’un petit abreuvoir, implanté
en contrebas de la terrasse du château, avant de disperser ses eaux dans les champs. Les moulins
Girod comprenaient ainsi trois tournants (les meules gisantes en pierre de France, les tournantes en
pierre de Savoie ou en serpentine du Jura), ainsi qu’un battoir. Le froment était moulu « à la grosse,
2e et 3e étamine ». Dans les années 1930, la famille Masson modernisa profondément le site. Le
bâtiment du haut, entre-temps converti en diamanterie, fut désaffecté tandis que l’on transforma la
scierie en une minoterie. L’énergie de cette dernière était fournie par une turbine alimentée par une
chute de 18 m. L’activité des moulins de Thoiry se maintint jusqu’en 2001.
La Doua
La modestie de la Doua (aussi appelée la Doye) est telle que celle-ci n’apparaît sur les cartes géographiques qu’en trait tillé. Elle prend sa source au sud de Saint-Jean-de-Gonville, à une altitude de 545
m. Sur les 250 premiers mètres de son cours, sa dénivellation accuse une trentaine de mètres. Une
fois au pied du massif jurassien, le ruisseau coule en pente douce en direction de l’est. En passant la
frontière genevoise, il devient la Roulave avant d’entrer dans un vallon qu’il quitte pour se jeter dans
l’Allondon en amont de Dardagny.
En dépit de l’extrême modestie de son débit, qui limitait l’autonomie de fonctionnement de ses
moulins aux seuls mois du printemps, le cours supérieur de la Doua était exploité avec une détermination qui force l’admiration. La résurgence alimentait un réservoir de forme circulaire dont le
remplissage prenait jusqu’à 24 h. L’eau emmagasinée assurait 8 h de travail. De mai à fin septembre,
lorsque les précipitations étaient faibles, les villageois étaient contraints de moudre leur grain à Logras ou à La Plaine.
patriomoine et architecture 17
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Le moulin Claret (Saint-Jean-deGonville), sur la Doua, vers 1900
(Archives départementales de l’Ain,
collection numérisée) et en 2008.
Placée contre la façade latérale,
la roue était alimentée par un fin
aqueduc en roche.
La scierie du moulin de Crève-Cœur
(Saint-Jean-de-Gonville), sur la Doua.
Le réservoir de la tannerie de
Saint-Jean-de-Gonville, sur la
Doua, avec sa vanne de chasse.
patriomoine et architecture 17
71
Le site des moulins Claret comprenait trois bâtiments qui totalisaient quatre roues : un premier
moulin à blé, dont l’eau était conduite par un fin canal en roche, une scierie (la scierie de CrèveCœur), enfin un second moulin, jumelé à un battoir. En 1923, tandis que les deux moulins étaient
désaffectés, la roue de la scierie fut remplacée par une turbine de type Pelton alimentée par une
conduite souterraine. Donné pour développer 18 CV avec 100 l / s sous une chute de 20 m, le moteur animait une batteuse en plus de la scie. Vers 1940, celle-ci débitait encore la quasi totalité des
billes de la commune. L’installation demeure en état de fonctionner.
Au pied de la pente, on trouvait la tannerie de Saint-Jean-de-Gonville (aussi appelée Tannerie Philippe), fondée en 1844 par un cordonnier indigène. Logé à l’origine dans un seul bâtiment,
l’établissement se développa par étapes jusqu’à former un ensemble en « U ». En 1917, la roue en
bois des débuts (toujours en place) fut suppléée par une turbine logée dans une petite annexe qu’alimentait un vaste réservoir aménagé une dizaine de mètres en contre-haut. Le moteur provenait des
La tannerie de Saint-Jean-deGonville. Construit en 1844, le
bâtiment a été équipé en 1917
d’une turbine dont l’énergie était
distribuée dans tout le bâtiment.
ateliers R. Bosshardt, à Genève, spécialisés dans la petite hydraulique. L’énergie était distribuée aux
différentes installations au moyen d’arbres et de poulies.
Établissement d’envergure régionale, la tannerie employa jusqu’à plusieurs dizaines d’employés.
En 1970, spécialisée dans la fabrication de sangles, elle passait pour être, en compagnie de l’usine Bal
de Chambéry, la plus importante du Nord-Est et de l’Est de la France. Elle cessa son activité en 1988.
patriomoine et architecture 17
72
La roue du moulin Caillet (Logras,
Péron), sur l’Annaz. À l’origine
l’établissement comprenait trois
roues qui actionnaient une scie
et deux paires de meules à grain.
Celles-ci furent remplacées au
tournant du XXe siècle par une
roue de grand diamètre, qui tourne
encore.
L’Annaz
L’Annaz est le plus gros des ruisseaux qui se forment sur les hauts de la commune de Péron. Il coule
au nord de Logras en direction du sud-est. Après 3 km, il entre dans un profond thalweg duquel il ne
sort que pour confluer avec le Rhône entre Pougny-Gare et Pougny. À défaut d’être très élevé, son
débit est relativement stable durant l’année et ne tarit que lors de périodes de gel ou de sécheresse.
Ces conditions plutôt favorables dans le contexte local entrainèrent une exploitation énergétique,
non seulement précoce (elle est attestée au XIIIe siècle), mais également étendue puisque sur les
vingt-deux roues recensées en 1809 dans la commune, dix-huit l’étaient sur l’Annaz. Les quatre
restantes étaient alimentées par le nant de Barbot, un petit ruisseau qui coule entre Péron et Logras
avant de se jeter dans l’Annaz. À mi-parcours, en contrebas de la « route royale de Lyon à Genève »,
on y trouvait un moulin et une taillanderie, dotés, chacun, de leur propre réservoir. Le premier
comprenait trois roues qui actionnaient deux tournants et un battoir, le second, une roue unique qui
animait un martinet. En 1813, la forge occupait un employé en plus du patron. Faute d’eau, l’activité
ne se développait que sur huit mois, pour une consommation de dix-huit paniers de charbon et 250
kg de fer. Depuis, le martinet a été transformé en habitation tandis que le moulin est en attente
d’une réaffectation.
Les établissements sur l’Annaz se répartissaient entre quatre sites. On trouvait le premier sur les
hauteurs de Logras, à une altitude 500 m, où la vigueur de la pente facilitait l’aménagement d’une
double chute. Cette dernière alimentait tout d’abord les moulins Caillet, dont les roues animaient
une scie et deux tournants logés dans un volume en partie reconstruit en 1819. Bien que désaffecté,
l’établissement conserve de nombreux éléments anciens : roue en bois, meule tournante, socles en
roche surmonté de la plateforme où prenaient place les meules. Localisé une dizaine de mètres en
aval, de l’autre côté de la rue de l’Ancienne-Fruitière, les moulins Claret pratiquaient une activité
équivalente.
Le second site se développait en contrebas de la « route royale ». Son réservoir, aujourd’hui comblé mais dont la trace en creux subsiste, alimentait deux chutes. La première était bordée d’un
moulin et d’une scierie, qui subsiste en partie. La seconde animait la roue d’une batteuse à blé,
transformée ultérieurement en moulin. Ce dernier tournait encore pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été aménagé depuis en habitation.
Le site des moulins Vuichoud
(Logras, Péron), sur l’Annaz. Celuici comprenait au XIXe siècle trois
bâtiments, une scierie et deux
moulins, dont l’un a été démoli
depuis. Au premier plan, la scierie
désaffectée.
Aménagé sur un replat 200 m en aval du précédent, le site du moulin Peney bénéficiait à priori
de conditions moins favorables. La faiblesse de la déclivité était palliée par un aqueduc en maçonnerie
dont l’ampleur, hors norme pour la région, situe bien l’enjeu énergétique. Celui-ci se divisait à milongueur pour alimenter d’un côté une scierie, de l’autre, les trois roues d’un moulin à grain. Dans les
années 1930, les roues furent remplacées par une turbine Francis à chambre d’eau, couplée à un alternateur, encore en service aujourd’hui. Également en place, la roue en bois de la scierie, entre-temps
transformée en huilerie, est malheureusement fendue. Que ce soit par son environnement, d’une
qualité exceptionnelle, ou par sa substance encore largement conservée, le moulin Peney constitue
l’un des sites les plus remarquables du bassin genevois.
Le moulin de Baraty était situé à la confluence du ruisseau de Brue et de l’Annaz, peu avant
l’entrée du cours d’eau dans le vallon. Il dominait le moulin du Sorbier, un établissement au destin
éphémère, puisqu’il devait brûler en 1842, deux ans à peine après sa construction. Tous les deux
sont ruinés de longue date.
Au cœur du vallon, l’Annaz est rejointe par le Biaz, un modeste ruisseau, formé lui-même du
ruisseau des Pierrailles, qui prend sa source à la hauteur de Farges, et du ruisseau de Brulaz, qui coule
au pied d’Asserans. Bien que « très souvent sans eau », ces deux ruisseaux alimentaient entre huit et
dix roues dont au moins cinq étaient affectées à la mouture du blé, réparties entre Farges (le moulin
des Ouches), Jourdy (moulin Brulaz) et Asserans (scie d’Asserans, moulins Brunet et des Gouilles). À
l’exception du moulin des Ouches, tous ces établissements ont été démolis. On trouvait un dernier
moulin (le moulin du château de Châtillon) sur la rive gauche de l’Annaz, peu avant son embouchure
dans le Rhône, sur la commune de Pougny, qui avait cessé toute activité au début du XIXe siècle.
73
patriomoine et architecture 17
Pages suivantes Le moulin Peney (Logras, Péron),
sur l’Annaz, un des sites les plus
remarquables du bassin genevois.
patriomoine et architecture 17
75
Les moulins en Rhône-Alpes :
état de l’inventaire
Nadine Dubois
chercheur, Inventaire
général du patrimoine
culturel de la Région
Rhône-Alpes
patriomoine et architecture 17
76
Carte des moulins repérés par le
Service de l’Inventaire général du
patrimoine culturel de la Région
Rhône-Alpes (Paul Cherblanc,
BDCARTO® sur fond IGN 2006©).
Il s’agit d’une collecte d’informations sur le recensement des moulins de la Région Rhône-Alpes
effectuée par le Service de l’Inventaire. Cent-quatre moulins ont été dénombrés, d’état de conservation inégale. En 2006, a été publié un guide qui répertorie 430 moulins de divers types en France et
décrit leurs aspects techniques, historiques et touristiques (Annie CANDORE, Guide des moulins, un
tourisme différent, Éd. Horay, 2006). Parmi ceux-ci, vingt sont répertoriés en Rhône-Alpes dont six
en Savoie grâce au travail de l’Association des Amis des Moulins Savoyards.
L’historien Maurice Daumas estime que le nombre exact des moulins à blé ayant existé en France
est mal connu. Dans les dernières décennies du siècle leur nombre devait être approximativement de
50 000 (compte tenu de l’impossibilité d’établir un recensement exact des petits moulins artisanaux
en activité). Vers 1896, 35 200 occupaient chacun moins de cinq personnes et 1 700 de six à 500
ouvriers. Par la suite le nombre total des moulins diminua régulièrement, la catégorie la plus touchée
étant celle des moulins occupant moins de cinq personnes. Le phénomène de concentration qui
commence à s’affirmer vers la fin du XIXe siècle avait des origines beaucoup plus lointaines. De nouvelles méthodes de mouture apparaissent qui mettent en œuvre un matériel plus complexe. Ainsi,
de fait, l’industrie de la minoterie changea progressivement de structure sous la seule influence du
progrès technique : les phases de cette évolution peuvent se lire encore dans notre paysage.
De ce processus d’évolution, il reste de nombreux témoignages bâtis. Aucune étude n’a été faite
jusqu’à présent sur la représentativité des différentes étapes menant à la minoterie industrielle. Claude
Rivals, lui, parle du moulin comme étant « la machine universelle » cette machine aux quatre formes
peut traiter tous les produits (minéraux, végétaux, animaux), même si la mouture des céréales demeure
la fonction première. Dans la région Rhône-Alpes de nombreux moulins ont existé : en prenant le repérage non exhaustif effectué par le Service de l’Inventaire, nous trouvons déjà un état des lieux de 104
moulins (tous types de moulins confondus) dont trois protégés comme monuments historiques.
77
patriomoine et architecture 17
En France, 338 moulins sont protégés au titre des monuments historiques, (206 individuellement
et 122 inclus dans des protections plus larges). Pour la région Rhône-Alpes, trois moulins sont protégés au titre des monuments historiques en tant que moulin seul : le moulin de Crèvecœur à Bourgen-Bresse (01), le moulin de Pertuizet à Villemotier (01) et le moulin de Nantoin dans l’Isère (38).
Nous pouvons ajouter trois autres moulins inclus dans des protections plus larges comme élément
mineur : celui du château de Dortan (01), celui du château de Lesdiguières à Vizille (38) et le moulin,
aujourd’hui démoli, du château du Galetier à Saint-Denis-Cabanne, dans la Loire.
Le présent état des lieux reprend, pour la majorité des moulins repérés, les inventaires effectués
dans les différents cantons étudiés : Viviers, Trévoux, Saint-Bonnet-le Château, Boën, Reyrieux, Crémieux, Grignan, Vivarais-Lignon, Montbrison.
Les 104 moulins repérés par l’Inventaire sont ainsi répartis par département : treize dans l’Ain,
vingt-huit moulins en Ardèche, trois dans la Drôme, quinze dans l’Isère, trente-six dont vingt-huit
repérés dans le canton de Montbrison (étude en cours) dans la Loire, deux dans le Rhône, quatre en
Savoie, quatre en Haute-Savoie.
Dans le département de l’Ain, le repérage des moulins concerne cinq communes. Sur la commune de Reyrieux ont été repérés trois moulins à blé : celui dit le Grand moulin ou le Vieux moulin
(un moulin d’un grand intérêt architectural, très complet au moment du dossier), un moulin à blé au
lieu-dit « les Eaux » (qui est devenu un établissement de bains), un moulin à blé dit le Petit moulin.
Sur la commune de Saint-Didier-de-Formans, sont localisés trois moulins dont un à foulon, et deux
moulins à blé : le moulin de Rochefort, le moulin de Tanay ou moulin de Roussille. Cinq moulins à
blé ont été repérés sur la commune de Saint-Euphémie : le moulin Neuf, le moulin de la Ferrière au
lieu dit « le Bady », un moulin localisé près de l’église, le Grand moulin et le moulin Marry au lieu dit
« le Marry ».
Pour le département de l’Ardèche ce repérage concerne dix communes : onze moulins à Albala-Romaine : un moulin à blé et à huile à Aunas, le moulin du Fraysse au lieu-dit « la Barthe », un
moulin à blé au lieu-dit « le Buis d’Aps », deux moulins au lieu-dit « Coste Chaude » : le moulin à blé
et à huile dit moulin de Peyrouse. Deux moulins sont également repérés au lieu-dit « Mouleyras »,
le moulin à blé du Pratton et le moulin à blé et huile de Lauche, au lieu-dit « Moulinas », le moulin
à blé et huile dit moulin du Buis d’Aps, puis du Serre, au lieu-dit « les Moulins », le moulin à blé et
huile réhabilité en maison. La plupart de ces moulins sont aujourd’hui détruits. Sur la commune
d’Aubignas, le moulin à blé à énergie hydraulique est localisé au lieu-dit « la Mure », sur la commune
de la Bâtie-d’Andaure un moulin à farine devenu une moulinerie de rayonne localisée au lieu-dit
« Chabanne », à Rochepaule le moulin du Jonquet au lieu-dit « Gailhac », à Saint-Agrève le moulin
Courtial au lieu-dit « le Pont », à Saint-André-en-Vivarais le moulin de Baudinet qui est devenu une
moulinerie et aujourd’hui transformé en colonie de vacances. Quatre moulins ont été repérés sur
la commune de Saint-Thomé : au lieu-dit « la Gravière » le moulin à blé de la Gravière, un moulin à
blé au lieu-dit « Lavergne », le moulin à blé de Mey, le moulin à blé dit moulin de la Roche. Sur la
commune du Teil, trois moulins ont été repérés : le moulin à farine et à huile dit moulin d’Aiguebelle,
puis de Charonzac, le moulin à farine dit le Moulin Neuf et le moulin à farine de Chabert au lieu-dit
« la Rouvière ». Sur la commune de Valvignères est repéré le moulin à blé au lieu-dit « le Moulinas » et
quatre dans la commune de Viviers : le moulin Nègre à blé et à foulon ; le moulin à blé des Baumes,
le moulin à blé des Rameyettes et le moulin à blé de Béringeas.
Pour le département de la Drôme, le repérage des moulins concerne deux communes. À Montbrison-sur-Lez sont localisés deux moulins, un à farine au lieu-dit « le Long du Lez » et le moulin de
l’Olivière (du nom du lieu-dit). Sur la commune des Tonils un moulin à huile de noix est repéré au
lieu-dit « la Combe ».
Pour le département de l’Isère, ce sont onze communes qui sont concernées dont une grande
partie dépendant du canton de Crémieux. Sur la commune d’Aprieu se trouve le moulin de Planche
Catin. À La-Balme-Les-Grottes, trois moulins ont été repérés, un dans la commune même, un second
moulin-scierie dit moulin du Pré du Mouton au lieu-dit « Amblérieu » et un moulin à blé au lieu-dit
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78
Moulin Vignal (Apinac, Loire):
vue générale nord-ouest du site
(photo J. M. Refflé).
« Travers ». À Crémieu le moulin à farine de la Monnaie est actuellement un immeuble. À Frontenas
un moulin à blé au lieu-dit de « Gonas » ; à Morestel, le moulin de la Roche au lieu-dit « Thuély » ; à
Optevoz trois moulins sont repérés, dont deux à blé, celui dit moulin d’Ollier puis moulin des Gobilles
et le moulin à blé de la Tuille au lieu-dit « Étang-de-la-Tuille », ainsi qu’un moulin à huile au lieu-dit de
la Marsa à Panossas. À Saint-Baudille-la-Tour a été repéré un moulin devenu usine de chaux au lieudit « Val-d’Amby ». Sur la commune de Saint-Romain-de-Jalionas trois moulins ont été repérés : le
moulin de Bionnais du nom du lieu-dit, le moulin à blé puis minoterie dit moulin du Peillard du nom
également du lieu-dit et un moulin sur la commune même. Le moulin de Nanton sur la commune de
Nanton est protégé comme monument historique.
Pour le département de la Loire, treize communes sont concernées par le repérage (inventaire
des cantons de Saint-Bonnet-le-Château, Boën et Montbrison). La commune d’Apinac est pourvue
d’un très beau moulin à farine et à huile dit le moulin Vignal. Une partie plus développée lui sera
consacrée en fin d’article. À Estivareilles a été repéré un moulin à farine dit moulin Bard et un moulin
à farine au lieu-dit « Égarande » ; à Merle a été repéré un moulin-ferme au lieu-dit « la Plagne » ; à
Moulin Vignal d’En-Haut : vue nord,
avec la roue alimentée par un canal
en bois (photo J. M. Refflé).
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patriomoine et architecture 17
Saint-Bonnet-le-Château a été repéré un moulin à blé ; un moulin à farine a été repéré sur la commune de Saint-Hilaire-Cusson-La-Valmitte au lieu-dit « la Maisonneuve », à la Tourette est repéré un
moulin à farine de la maison-forte dite château de Villeneuve, à Usson-en-Forez se trouve le moulin
Rival aujourd’hui maison d’industriel. Sur le canton de Boën sept moulins sont repérés. Sur la commune de Trélins se trouve le moulin devenu une scierie au lieu-dit « Mérizat » ; sur la commune de
Montverdun un moulin devenu une minoterie au lieu-dit « le Bindos » ; sur la commune de DébatsRivière-d’Orpra est repéré un moulin à blé au lieu-dit « le Pras » ; deux moulins à farine sont repérés
sur la commune de Sail-sous-Couzan, le moulin Dury qui deviendra une scierie puis un atelier de
tissage, au lieu-dit « Le bourg » et le moulin Bravard (lieu-dit). Un moulin à pierre qui deviendra une
usine de taille de marbre et de granit dit moulin d’Anzon (lieu-dit). Sur le canton de Montbrison
(dont l’étude est en cours) plusieurs moulins sont repérés, dont vingt-huit déjà identifiés, le moulin
à farine de Lérigneux-Chavassieux, cinq moulins sur la commune de Bard, un sur la commune de
Champdieu, onze moulins sur la commune d’Essertines-en-Châtelneuf, huit sur la commune de la
Roche, et quatre moulins dans la commune de Montbrison : le moulin des Chaînes en pleine ville sur
le Vizézy, un vestige de petit moulin est repéré rue de la République, un autre moulin localisé quai
des Eaux Minérales est devenu une pisciculture jusqu’aux années 1950 et à la sortie ouest de la ville
le moulin Pagnan et le moulin de l’Estiallet.
Pour le département de la Savoie, deux communes sont concernées par ce repérage. La commune de Beaufort-sur-Doron accueille deux moulins, un moulin à farine au lieu-dit « le Moulin » et
un second au lieu-dit « Les Outards ». À Hauteluce un moulin à farine (moulin à pain) au lieu-dit « Les
Côtes » et, à Saint-Martin-de-Belleville, le moulin du Châtelard.
Pour le département de la Haute-Savoie, quatre communes sont concernées : à Abondance le
moulin-scierie au lieu-dit « Le Planchamp », à Bonnevaux le moulin-scierie au lieu-dit « la Solitude »,
à Chevenoz le moulin-scierie au lieu-dit « Pont-du-Moulin » et à Vacheresse un moulin au lieu-dit
des Granges.
Pour le département du Rhône, deux moulins sont répertoriés : celui de Gleizé dit le moulin Seigle, devenu la minoterie des Grands-Moulins et les Grands-Moulins de Perrache devenue la minoterie Cholas (détruit en 2004).
Parmi tous, le moulin Vignal (42) constitue un moulin d’exception. La première mention dans les
registres paroissiaux du moulin Vignal, localisé le long de l’Andrable (rivière), remonte à 1687. Sur le
plan de 1791 et sur le cadastre de 1824 figurent un moulin, dit moulin du Pré (qui contenait deux paires de meules à farine en 1884), l’actuel moulin à trèfle, dit pierre à battre, et le moulin à blé conservé,
dit moulin d’En-Haut qui porte sur une fenêtre la date de 1783 accompagnée des initiales PH.
Moulin Vignal : le moulin à huile,
dont la meule est entraînée par un
jeu de roues dentées et de courroies
en cuir (photo J. M. Refflé).
patriomoine et architecture 17
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Le logis a été restauré en 1796 (date portée). En 1846, le meunier Philippe Vignal a six domestiques (cinq hommes et une femme). Vers 1860, de gros travaux sont réalisés : construction de la
remise agricole au-dessus du bief, transformation du moulin d’En-Haut (c’est peut-être à ce moment
qu’une des roues horizontales est remplacée par une roue verticale), construction de l’atelier dans le
prolongement de la grange-étable et probablement un hangar. L’aménagement du moulin à huile
est sans doute contemporain de cette phase de transformation. Ce dernier est mentionné en 1884
sur un croquis d’assurance. Le logis est surélevé au début du XXe siècle. Un peu plus tard le moulin du Pré est abandonné. Le moulin à huile s’est arrêté de fonctionner vers 1960 et le moulin d’EnHaut en 1991. En 1993, l’ensemble a été repris par une association qui le restaure progressivement
et assure son ouverture au public. Il s’agit d’un ensemble hétéroclite s’organisant en U autour d’une
cour étroite. Les couvertures sont à pignon couvert et tuile creuse, à l’exception de la forge, qui possède une croupe, et du moulin à huile, couvert en tuile mécanique. À l’est s’élevaient les corps indépendants du moulin du Pré et du moulin à trèfle. Ce dernier, encore debout, est couvert d’un appentis massé. À l’ouest s’étendent les corps de la grange-étable et de la remise agricole : cette dernière
est établie au-dessus d’une voûte en berceau enjambant le bief. Le moulin à farine d’En-Haut possède deux paires de meules actionnées par une roue horizontale et une roue verticale, les moulins
à huile et à trèfle ont chacun une roue horizontale tandis que le moulin du Pré avait deux paires de
meules sans doute actionnées par deux roues horizontales.
Actualités de la petite hydraulique
L’actualité de la petite hydraulique est particulièrement riche, que ce soit d’un point de vue technique, économique et politique. Si la réhabilitation des sites dits de basse chute (dénivellation de 1 à
30 m) n’en est qu’à son début, le turbinage des eaux de réseaux (eau potable, eaux usées, eau d’irrigation) bat son plein. Et la politique suisse en matière d’énergies renouvelables n’est pas étrangère
à ce phénomène.
Réhabilitation des moulins
Aujourd’hui, grâce à la rétribution à prix coûtant (RPC) applicable depuis mars 2008, nombreux
sont les sites équipés de roues traditionnelles ou de turbines Francis utilisées pour la force mécanique, abandonnés au moment de l’électrification, qui peuvent devenir financièrement rentables.
Toutefois, leur rentabilité n’est pas toujours évidente, et seule une étude de faisabilité menée par
des spécialistes du domaine de la petite hydraulique pour les basses chutes (soit inférieures à 30 m)
pourra assurer le succès de la réhabilitation, de manière à effectuer les bons choix lors de l’investissement. En effet, la transformation de ces installations implique souvent des travaux de génie civil
assez importants qui ne pourront se justifier financièrement qu’en maximisant la production. Et cette
optimisation de la production passe par une définition du potentiel du site en terme de débits et de
chutes nettes disponibles, afin d’installer la turbine idéale pour le site (souvent de type Kaplan). À
ce jour, MHyLab a mené de nombreuses études de réhabilitation. Toutefois, il est à noter qu’étant
donné la récente application de la loi sur le prix de rachat de l’électricité, les études concernant la
réhabilitation de moulins ne se sont pas encore conclues par une mise en service.
Turbinage des réseaux d’eau
Bénéficiant également de la RPC, le turbinage des réseaux d’eau a le vent en poupe. En effet, les débits et la pression d’eau excédentaire dans les réseaux d’eau sont une source d’énergie intéressante
pour la petite et même la grande hydraulique. On parle ici d’aménagements « multifonctions », la
première n’étant pas de générer de l’électricité, mais de distribuer de l’eau potable, de collecter et
traiter les eaux usées ou d’irriguer les cultures.
Donc pour ce type de production d’électricité, le turbinage a un impact très faible par rapport
aux centrales classiques. L’infrastructure, qui existe souvent depuis plusieurs années, a déjà son
propre impact, tandis que la turbine vient s’intégrer au réseau pour récupérer l’énergie perdue dans
les réducteurs de pression (la pression ne devant en général pas dépasser les 4 bars au niveau du
consommateur d’eau potable par exemple).
En Suisse, il y aurait plus de nonante centrales sur l’eau potable, qui génèreraient environ
80 000 000 kWh / an ou la consommation électrique d’environ 16 000 ménages. À noter que les
turbines dans les réseaux d’eau potable peuvent tout autant s’intégrer que les pompes, les deux
équipements ayant de nombreuses similarités. Ainsi, toutes les turbines sur l’eau potable sont en
acier inoxydable et ne possèdent aucune commande à huile de manière à ne pas modifier la qualité
de l’eau. De plus, elles sont systématiquement intégrées avec un by-pass, afin de garantir en permanence la vocation première du réseau (et notamment en cas de révision de la turbine ou de débit
insuffisant).
Actuellement, très peu d’installations récupèrent l’énergie des eaux usées brute (avant la station
d’épuration). Citons la centrale du Châble-Profay sur la commune de Bagnes en Valais. Cette centrale, équipée d’une turbine Pelton à deux injecteurs utilise un maximum de 100 l / s, issus notamment
de la station de ski de Verbier, pour une chute de 450 m, différence d’altitude entre le bassin de
décantation et la station d’épuration où se trouve la centrale. Mis en service en 2008, le turbogroupe
a remplacé une précédente installation datant de 1993, surdimensionnée qui demandait l’accumulation des eaux usées, ce qui n’était pas idéal en termes de gestion des effluents. La nouvelle turbine
de 350 kW, qui fonctionne « au fil de l’eau », a pu bénéficier de quatorze ans de retour d’expérience,
et a été spécialement adaptée aux eaux usées. Tous les obstacles se trouvant dans l’écoulement des
eaux usées ont été supprimés de manière à ce que les déchets (et notamment les matières fibreuses
81
patriomoine et architecture 17
Aline Choulot
ingénieure, MHyLab
patriomoine et architecture 17
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Centrale du Châble-Profay
(Bagnes, Valais), 2007. Le turbogroupe Pelton produit 350 kW avec
100 l / s d’eau usée sous une chute
de 450 m (Services Industriels de
Bagnes, Gasa SA).
Centrale de la Zour (Savièse, Valais),
2004 : gros plan sur la turbine Pelton
en acier inoxydable et sur ses trois
injecteurs. Le groupe développe
420 kW avec 300 l / s d’eau potable
sous une chute de 179 m (Gasa SA,
MHyLab).
dont les cheveux) ne viennent s’accumuler. En 2008, la production a dépassé les 850 000 kWh / an,
ou la consommation de près de 170 ménages.
Une étude du potentiel du turbinage des eaux usées en Suisse publiée par l’Office fédéral de
l’Energie en 1995 a montré que 25 millions de kWh (ou la consommation électrique de près de 5 000
ménages) pourraient être produits par cette technique. Ainsi, à ce jour, des techniques éprouvées et
rentables existent pour turbiner les cours d’eau, les eaux usées et également les eaux potables, que
les chutes soient basses ou hautes, tout en assurant des rendements de plus de 90% (rapport entre
la puissance de la turbine et la puissance hydraulique), et une fiabilité sur plus de vingt-cinq ans. En
termes économiques, une telle technique devient indispensable, face à l’incompressibilité des coûts
de génie civil et de raccordement au réseau électrique, à la maximisation de la production, et également à l’optimisation du prix de revient et de l’utilisation de la ressource en eau.
Actualités techniques à MHyLab
Depuis 1993, la fondation à but non lucratif et indépendante, MHyLab, est au service de la petite
hydraulique, avec notamment le développement sur stand d’essais de turbines spécialement adaptées à la petite hydraulique. En effet, les petites turbines ne peuvent être simplement la réduction
géométrique des grandes, celles-ci devant rester également performantes et fiables à long terme.
Partant du savoir-faire de la grande hydraulique, ce centre de compétences en petite hydraulique a
d’abord travaillé sur les turbines Pelton destinées aux hautes chutes (de plus de 60 m), puis sur les turbines axiales, de type Kaplan pour les basses chutes (de 1 à 30 m). À ce jour, c’est au développement
des turbines pour les chutes moyennes (entre 20 et 100 m) que MHyLab s’attelle, avec un troisième
type de turbine : les diagonales, machines à réaction au croisement des turbines axiales et Francis.
Tous ces développements suivent un processus qui permet de construire la turbine optimale pour
chaque site. Sur la base de tests en laboratoire et de transposition par similitude et coefficients adimensionnels, la méthode dite de systématisation permet de passer des résultats en laboratoire au
prototype installé sur site, et notamment de garantir les rendements de la turbine en fonction des
débits et des chutes disponibles. Aujourd’hui, MHyLab est à même de fournir aux constructeurs les
plans de la turbine ainsi que le fichier en trois dimensions des aubes pour leur usinage, de même
que les garanties de rendement qui ont permis, en amont, à l’exploitant de calculer sa production
et son prix de revient.
Centrale de Prato Leventina (Tessin),
2006. Le groupe produit 170 kW
avec 40 l / s d’eau potable sous une
chute de 554 m (Premel SA).
Actualités économiques et politiques en Suisse
La Suisse est très active dans le développement des énergies renouvelables, et en particulier celui
de la petite hydraulique. Ainsi, le programme SuisseEnergie propose des subsides pour aider le
développement de projets. De plus, différents centres d’information, dont MHyLab, répondent aux
questions des intéressés et les aident à mener à bien leurs projets de petites centrales. L’actualité de
la petite hydraulique est marquée en Suisse par la révision de l’Ordonnance sur l’Energie (la OApEl)
en mars 2008, dans le cadre de l’ouverture du marché de l’électricité. En effet, cette ordonnance
définit le prix de vente de l’électricité issue des petites centrales sur la base de la puissance, de la
chute disponible et de la part des travaux de génie civil dans l’investissement total. Auparavant, le
tarif de reprise était en général de 15 cts / kWh, aujourd’hui, il pourrait atteindre 35 cts / kWh pour
certains sites. Ce nouveau prix de vente a généré une forte augmentation du nombre des projets.
À noter la réactivité du canton de Vaud, pour lequel un cadastre des potentiels hydrauliques a été
récemment finalisé, en collaboration avec MHyLab. Ce programme a pu mettre en évidence les
potentiels installés, mais également ceux encore à exploiter en termes de création de nouveaux sites
ou de réhabilitation de sites existants. Deux types de potentiels ont été analysés : ceux sur les cours
d’eau et ceux sur les réseaux d’eau. Cette étude s’est notamment basée sur les droits d’eau enregistrés au Service des eaux du canton de Vaud, les plus anciens étant antérieurs à 1900. Nombreux sont
les sites actuellement abandonnés, et cette étude montre que certains d’entre eux sont aujourd’hui
économiquement intéressants à réhabiliter (le rapport final est disponible sur Internet à l’adresse :
www.vd.ch/energie).
patriomoine et architecture 17
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Ainsi, à ce jour, cinquante-trois turbines en service ont été conçues selon la technique MHyLab.
Parmi elles, celle du Châble-Profay évoquée plus haut, celle de la Douve sur les eaux usées traitées
de la commune de Leysin, vingt-cinq sur l’eau potable, quatre pour des chutes inférieures à 30
m, trente-cinq en Suisse, treize en France, et deux en Nouvelle Zélande. Et MHyLab, ce sont aussi
actuellement plus de 115 études d’ingénierie, pour des projets d’identification de potentiels, de
création de nouveaux sites, de réhabilitation d’anciens, sur des cours d’eau ou des réseaux d’eau, et
sur des sites en Suisse, mais aussi en Roumanie, en Nouvelle Calédonie, en Jordanie, au Rwanda, …
Et prochainement le Japon verra également l’installation d’une turbine MHyLab avec, notamment,
un projet à Tokyo.
Le site hydraulique SIG de Vessy :
une histoire entre nature et artifice
Marcellin Barthassat
architecte SIA FAS
patriomoine et architecture 17
84
Bien avant l’installation de l’usine de pompage, la configuration du site et l’existence de deux îles
sur le cours d’eau peuvent être décelées sur le cadastre napoléonien de 1806, puis sur la carte Dufour de 1837. Ce n’est donc pas un hasard lorsqu’en 1864 Charles Schmiedt et son fils repèrent,
dans ce lieu-dit « Sous-Vessy », une dénivellation propre à l’aménagement d’une usine hydraulique.
Tirer parti de la dynamique de l’eau, imaginer la manière de la canaliser afin d’optimiser l’énergie,
utiliser au mieux les rives pour fonder les constructions, favoriser une économie de moyens, voilà
une ingénieuse manière de gérer contraintes d’un site et innovations. Ce paysage de rivière frappe
par un rapport de « tension » entre l’architecture hydraulique et l’espace nature. La réhabilitation
de l’ancienne usine de pompage de Vessy s’inscrit dans une valorisation de l’histoire du lieu et de
savoir-faire techniques passés et futurs. La présence d’une microcentrale de production électrique,
fraîchement installée, a incité les Services Industriels de Genève (SIG) à y développer une réflexion
visant une restauration et transformation conjuguant différents patrimoines, production électrique
et forces d’éléments naturels. L’évolution du projet se dirige ainsi vers la création d’un pôle de compétences en matière d’énergies renouvelables et un « musée » interactif.
Premier réseau d’alimentation domestique à Genève
L’existence de deux îles, sur le méandre de l’Arve, et la déclivité prononcée du lit de la rivière sont
à la base de l’installation de l’usine de pompage en 1864. À cette époque Genève a terminé la
démolition de ses fortifications et réalise le plan « fazyste » du XIXe siècle. Cette extension de la ville
implique la création de grands réseaux d’assainissement et d’alimentation en eau potable1. Après
l’usine hydraulique du pont de la Machine (pompage de l’eau du Rhône pour l’alimentation des
fontaines publiques), l’usine de Vessy, achevée en 1867, est la deuxième à permettre la distribution
d’eau aux communes entre Arve et lac. Car la ville s’agrandit et les premières mesures « hygiénistes » poussent la collectivité publique à s’équiper d’un vaste réseau d’alimentation en eau potable
sur le territoire. Nous sommes alors dans un contexte d’équipement majeur. La ville entreprend ses
ouvrages hydrauliques entre le pont de la Machine et la Jonction (1885-1892).2
Pour Vessy, une fois l’achat des terrains réglé, et après plusieurs sondages des sols, Charles
Schmiedt et son fils, concepteurs de l’usine, acquièrent la certitude que l’on pourrait fournir en
tout temps, 12 000 litres d’eau par heure, parfaitement filtrée. L’usine est d’ailleurs implantée de
manière à tirer le meilleur parti de la situation du méandre et des îles. La pente ainsi gagnée permet une optimisation de la force hydraulique. Un barrage de dérivation de 300 mètres de long, en
pilotis et blocs de roche, assure un débit pour le canal d’amenée garantissant l’énergie nécessaire
au fonctionnement des pompes de l’usine. Un deuxième barrage de chasse permet le réglage des
débits selon les différentes charges d’eau de la rivière. Les ingénieurs font creuser quatre puits
profonds permettant une filtration suffisante d’environ 12 000 litres par heure. La station de pompage, appelée initialement « machine hydraulique », est équipée de deux turbines de 25 CV chacune, actionnant un jeu de deux pompes d’extraction d’eau de la nappe. Les puits sont localisés
autour du site, jusque dans l’ancienne propriété Audéoud sur la rive droite. Le pompage assure
l’alimentation d’eau potable de deux grands réservoirs à Bessinge / Vandœuvres et au rond-point des
Bougeries. Par la suite, des puits seront creusés dans l’île en aval, soit à proximité de l’usine. Ils vont
puiser jusqu’à 10 m du sol en contrebas, et 5 m au-dessous du lit de l’Arve, dans une nappe d’eau
1 L’eau de l’Arve est considérée comme l’une des plus saines de notre pays nous dira Daniel Colladon, « elle est très favorable
à la digestion et à la santé des hommes et des bestiaux ; sa température, fraîche et constante en été, la rend agréable pour la
boisson ; dépouillée du sable qu’elle entraîne, elle fertilise les terres et convient de tous points pour les irrigations » (Journal
de Genève, « Description des travaux originaux effectués à Vessy », 17 mai 1867).
2 Monuments d’art et d’histoire du Canton de Genève, La Genève sur l’eau, Bâle, 1997, pp. 200-209 et 241-252.
Vue aérienne de l’usine de pompage,
1970 (archives SIG). Dérivée par
une longue digue épousant un
méandre de l’Arve, l’eau est dirigée
vers le canal d’amenée avant d’être
turbinée. Les pompes sont installées
dans le bâtiment des machines, à la
verticale des turbines. La turbine 5
prend place dans le corps en hauteur
situé à l’arrière. Sur l’île, on trouve
le groupe auxiliaire, le réservoir
et la forge. Particulièrement bien
intégré, le site se fond dans son
environnement.
patriomoine et architecture 17
85
naturellement filtrée3. Dès la seconde moitié du XIXe siècle, l’expérience hydraulique de Vessy est
pionnière dans le programme qu’entreprend Genève pour l’extension de la ville et de son réseau
de distribution en eau4.
La notion même de service public, assurant la distribution d’eau et d’énergie à la collectivité,
prend forme dans les années 1880. La Société des Eaux de l’Arve, créée en 1866, est reprise en
1988 par SIG. Durant les années 1980, l’usine alimente un sixième du territoire cantonal en eau potable. Une production d’eau de consommation, plus centralisée à partir du lac (stations du Prieuré
et de la Coulouvrenière), concurrence toutefois les eaux de l’Arve. Dès 1990, la cessation progressive du pompage de l’usine questionne SIG sur l’avenir de Vessy. Seule la réalimentation de la nappe
phréatique du Genevois est maintenue. Le site devient dès 1995 une friche industrielle.
Installation d’une microcentrale et naissance d’un projet de musée
Plusieurs projets de reconstruction d’une centrale ou de réaffectation du site se succéderont, mais
sans succès (démolition / reconstruction d’une centrale, Usine verte, Centre pour l’agenda 21, Éco-
3 Andrea Moro, Mutations et permanences d’un site hydraulique sur l’Arve, mémoire de diplôme, IAUG, mars 1997, ms
dactyl.
4 Gérard Duc, Anita Frei, Olivier Perroux, Eau, gaz, électricité : Histoire des énergies à Genève du XVIIIe siècle à nos jours, Genève,
2008, pp. 16-41.
Le canal de chasse avec le barrage de
régulation et la vanne de décharge,
état d’origine (M. Barthassat/ar-ter).
Le nouvel ouvrage intègre une passe
à poisson tout en conservant la
passerelle métallique.
patriomoine et architecture 17
86
La salle des machines, 2009 (atelier
blvdr). Ancienne pompe à deux corps
fournie en 1910 par les Ateliers de
constructions mécaniques de Vevey.
Le groupe était mis en mouvement
par une turbine Francis de même
provenance.
musée). Dès 2002, SIG finalise le projet plus modeste d’une microcentrale électrique. Celle-ci est
intégrée dans l’ancienne usine de pompage. Elle réutilise et transforme les passes 3 et 4.5 L’énergie
moyenne produite est de 1.8 GWh par an, ou 4.9 MWh par jour. La puissance installée à Vessy est
de 220 kW, soit 110 kW par générateur. Le débit d’eau équipé, nécessaire à la production d’électricité, est de 10 m3/s. L’impact de cette première et partielle reconversion fut relativement important
(démontage d’ouvrages annexes, ouvrage de régulation, dégrilleurs automatiques, sécurisation,
5 La vétusté de la crépine alimentant la station de filtration pour la nappe du Genevois fut le prétexte à l’installation de la
microcentrale. Pour remettre en état la crépine située au fond du canal (passe 5) il fallait assécher ce dernier par la création
d’un batardeau à l’amont du canal usinier. Du même coup l’accès aux passes 3 et 4 sous l’usine permettait une transformation simultanée pour installer deux turbines. GEOS ingénieurs conseils SA a été mandaté par SIG pour la réalisation de la
microcentrale et des ouvrages annexes.
La salle des machines après restauration et transformation, 2009
(blvdr). Animée par deux nouvelles
turbines logées dans les passes 3 et
4, la microcentrale électrique produit
2 x 110 kW sous un débit 10 m3 / s.
passerelle, etc.). La réalisation des travaux de la microcentrale fut subordonnée à un accord entre
des associations du patrimoine et l’Office du patrimoine et des sites (OPS)6. La réalisation de mesures de compensations environnementales, exigées par l’État, n’ont pas fait l’objet de la même
attention que pour le patrimoine. D’ailleurs l’intégration des ouvrages piscicoles (en béton), bien
que justifiés fonctionnellement, pose un vrai problème d’architecture…7 Dans ce paysage de rives,
les deux échelles à poissons et le système de répulsion, situés en amont et en aval des canaux
d’amenée et de fuite, demeurent des interventions manifestement lourdes et coûteuses.
Dès 2004, la direction de SIG reconnaît l’indéniable valeur patrimoniale et paysagère de l’ancienne usine de Vessy, c’est pourquoi elle décide d’étudier un avant-projet de reconversion8. Les
édifices, le parc des machines de l’ancienne station de pompage et la « collection Jaccard », ainsi
que l’intégration de la microcentrale amènent SIG à envisager une valorisation du site et de ses
bâtiments. La création d’un musée et d’un lieu de documentation et de formation sur les problèmes
d’énergie est validée en 2006. Il faut dire que SIG déploie un important effort de communication
6 Action Patrimoine Vivant et l’Association pour le patrimoine industriel sont intervenus durant la procédure d’autorisation de
construire de la microcentrale, craignant le démantèlement du site et de ses ouvrages jugés dignes d’intérêt. Une négociation
tripartite, entre SIG, les recourants et l’OPS/DCTI a permis de lever le recours et de convenir d’une charte d’engagement pour
la protection du patrimoine bâti et industriel.
7 Les autorisations séparées des ouvrages piscicoles ne rendaient plus possible la révision de leur conception et intégration dans
le paysage des rives.
8 Sous l’impulsion de Daniel Mouchet, président de SIG et Edouard Wohlwend, directeur des services généraux de SIG, un
premier rapport d’étude « Avant-projet de musée SIG à Vessy » est élaboré en 2005 par le « Groupe Interfaces », Marcellin
Barthassat, Sylvain Dionnet, Cédric Jeanneret et Pierre Olivier. La direction de projet est alors confiée à Denis Derron jusqu’en
2007, puis repris par Anne Storno en 2008.
patriomoine et architecture 17
87
Plan des thématiques pédagogiques
et muséographiques du musée
projeté (ateliers ar-ter et blvdr).
01. La maison du futur
03. La maison des énergies
04. La maison de la force
07. La maison de l’autonomie
08. Bar à eau
09. La maison de la truite
10. La maison de la rivière
11. La maison Roesgen
sur ces questions depuis 2002.9 À moyen terme, il s’agit de réaliser, conjointement avec la microcentrale, un pôle réunissant in situ l’histoire des techniques et des savoir-faire dans ce domaine.
Dans cette perspective le projet s’attelle à préciser un programme à la dimension du lieu. Celui-ci
est conforté autour des postulats suivants : une mise en évidence des liens entre l’homme et son
milieu naturel, une projection vers un avenir durable en matière d’énergie et d’environnement. Le
projet associe la construction d’une microcentrale électrique, intégrée dans l’ancienne usine de
pompage, et l’élaboration d’un centre de rencontre ou pôle didactique, conjuguant eaux, énergies,
patrimoine industriel et techniques, comparable à ceux mis en place dans des espaces internationalement reconnus, comme la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, le Musée des Sciences à
Barcelone ou le Musée de l’eau de Pont-en-Royan.
Cette vision s’est formalisée par un programme de reconversion et réhabilitation du site dont
l’autorisation de construire a été octroyée en 2007. Une partie des travaux est actuellement en
route (restauration des machines, rénovation des enveloppes des bâtiments, barrières et divers
ouvrages annexes). Néanmoins, la réalisation du projet proprement dit est subordonnée à la recherche de moyens financiers dans une logique de partenariat public / privé.10
9 SIG comme acteur de la politique énergétique cantonale et régionale s’engage depuis plusieurs années dans un programme
ambitieux de production renouvelable locale et d’économies d’énergie. Les programmes ou campagnes SIG Vitale, développement du solaire et éco 21 ont initié de nombreuses actions de sensibilisation de la population et des entreprises aux
problématiques de l’énergie.
10 Développé par Daniel Kunzi de l’atelier blvdr (muséographie-scénographie) et Marcellin Barthassat de l’atelier ar-ter (architecture et paysage), le projet est piloté par Christian Brunier, Anne Storno et Roberto Multari de SIG.
89
patriomoine et architecture 17
Un site public offrant expériences et rencontres
Les différents bâtiments, posés comme autant de maisons, accueillent des thèmes ouverts tels que :
la maison de la rivière, la maison du barrage, la maison de l’autonomie, la maison de la force ou
encore la maison Roesgen (à la mémoire d’une figure marquante des Services industriels). Plusieurs
ateliers, à l’exemple de Ballenberg, seraient animés et gérés par des associations (H2O, TerrAgir, association de protection de la nature ou pour le patrimoine industriel). La définition d’une gestion du
site pour le projet envisagé est en cours de réflexion. L’idée étant de faire vivre le lieu par des ateliers
didactiques qui serait pris en charge par des associations. Pour les besoins de l’entreprise et pour la
sensibilisation du public et de ses clients, SIG utilisera le site comme un outil de communication, de
formation et de rencontre. SIG envisage également la création d’une fondation pour promouvoir,
harmoniser et développer Vessy, une fois le site transformé.
La création d’un tel équipement s’inscrit dans une vision novatrice, autour des problèmes de
l’énergie, des disponibilités et du partage des ressources. Le projet de Vessy a pour fonction de
mettre en évidence, dans une approche pédagogique vivante, ce que l’intelligence de l’homme
peut produire avec les mouvements de l’eau ou les réalisations techniques visant les énergies durables. Il s’agit d’enjeux de société, les questions qu’ils posent sont de plus en plus débattues et
explicitées démocratiquement, dans ce qu’on appelle plus globalement l’écologie. Sur le plan à la
fois patrimonial et muséal, une telle initiative permettrait de restituer certains aspects de l’histoire
industrielle, afin de mieux comprendre le présent et ainsi se projeter dans l’avenir. Au niveau de la
communication, les activités du pôle didactique devront être comprises comme un accompagnement de l’usager ou du consommateur. La réhabilitation et la mise en valeur du site de Vessy peuvent également offrir un espace public symbolique et ludique de grande utilité. La magie des îlots
et de leurs installations traduit l’ingéniosité humaine dans un rapport dense aux rives de l’Arve. Il ne
reste plus qu’à réaliser une reconversion exemplaire pour donner sens et vie au lieu.
Les associations de sauvegarde des moulins
L’Association suisse des amis des moulins
L’Association suisse des amis des moulins (ASAM) a été créée en novembre 2000 par huit passionnés.
Elle a pour but d’encourager la recherche, favoriser l’échange de connaissances et promouvoir la
sauvegarde du patrimoine molinologique. Les membres – actuellement 400 – reçoivent deux fois
par année un bulletin dans lequel sont présentés des établissements remarquables ou récemment
restaurés. Des excursions sont également proposées. L’action de l’ASAM a permis de constituer
un réseau regroupant historiens, géographes, architectes, défenseurs de l’art populaire, artisans et
descendants d’exploitants.
L’activité la plus visible de l’ASAM est la Journée suisse des moulins, organisée chaque printemps,
depuis 2001, le samedi suivant l’Ascension. Celle-ci vise à faire découvrir au grand public l’univers
des moulins et à le sensibiliser à la nécessité de le protéger. À cette occasion, une centaine
d’établissements de tous les cantons ouvrent leurs portes et mettent en marche leurs installations.
Pour plus d’informations, consulter le site de l’association (www.muehlenfreunde.ch).
Les amis des moulins savoyards
L’association « Les amis des moulins savoyards » a été créée en 1989. Affiliée à la Fédération des
moulins de France, elle œuvre sur les deux départements de Savoie et de Haute-Savoie. Son but est
de sauver les derniers bâtiments hydrauliques de la région en motivant les propriétaires afin qu’ils
valorisent leur outil de travail devenu patrimoine. Par ailleurs, elle conseille les collectivités locales
lors de projets de réhabilitation ou de mise en valeur. L’action de l’association porte également sur
la documentation historique. En complément d’une bibliothèque spécialisée, une base de données
a été constituée à partir du dépouillement systématique des cadastres anciens. Parmi les activités
menées par les membres, citons le gromaillage, soit l’extraction à la main des cerneaux des coques
de noix, suivi d’une petite production d’huile. Pour plus d’informations, consulter le site www.amisdes-moulins-savoyards.kazeo.com.
patriomoine et architecture 17
90
La scierie du moulin de Malivert
(Saint-Genis-Pouilly). Celle-ci resta
en fonction jusqu’au tournant du
XXIe siècle.
Les sites en état de marche à visiter dans la proche région
• Microcentrale Divonnelectro, Divonne (Ain) : www.divonnelectro.org
• Musée de la boissellerie, Bois d’Amont (Haut-Jura) : www.museedelaboissellerie.com
• Moulin de Navilly, Pers-Jussy (Haute-Savoie) : se renseigner au 04 50 22 46 80
• Moulin-pressoir de Cornier (Haute-Savoie) : contacter la mairie de Cornier au 04 50 25 55 49
• Scierie des Étouvières, Thônes (Haute-Savoie) : www.ecomuseedubois.com
• Taillanderie de Seyssel (Haute-Savoie) : www.moulinsdefrance.org/france/france.html
• Moulin de Saint-George (Vaud) : www.stgeorge.ch/f/st-george/a-visiter/moulin.asp
• Musée du fer, Vallorbe (Vaud) : www.vallorbe.ch/tourisme/visites/musee.html
• Moulins du Col des Roches, Le Locle (Neuchâtel) : www.lesmoulins.ch
• Moulins du Gor de Vauseyon (Neuchâtel) : www.moulins.ch
91
patriomoine et architecture 17
L’Association des amis des moulins de l’Ain
L’Association des amis des moulins de l’Ain a été créée en février 2000. Elle est affiliée à la Fédération
française des associations de sauvegarde des moulins et à la Fédération patrimoine des pays de
l’Ain. Ses objectifs sont l’information du public, notamment à travers la participation aux Journées
annuelles des moulins ; la réalisation de l’inventaire des moulins du département; la sauvegarde du
patrimoine molinologique à travers la collecte de matériels, d’archives et de témoignages; enfin
l’aménagement d’un ancien moulin mis à la disposition de l’association par une collectivité locale,
destiné à faire découvrir à la fois l’histoire de la meunerie en Bresse et les possibilités d’exploitation de
l’énergie hydraulique. Deux fois par an un bulletin est distribué aux soixante-quinze membres. Parmi
ceux-ci on trouve une majorité de propriétaires de moulins et de descendants d’anciens meuniers.
L’association a son siège au moulin Gaud à Jayat, sur la Reyssouze, un moulin à blé désaffecté
depuis une trentaine d’années. Le matériel de meunerie est présenté dans deux salles. À l’extérieur,
une roue de 6 m de diamètre a été installée tandis qu’une des anciennes turbines alimente en
électricité le bâtiment. Cinq autres établissements ont été réhabilités sous l’égide de l’association.
Il s’agit du moulin de Veyriat à Lescheroux (Bresse), sur la Reyssouze, un très ancien bâtiment
transformé à partir de 1980 en habitation mais qui a conservé ses installations de mouture en état de
marche. Là aussi, le site est autonome énergétiquement. Quelques kilomètres en amont, le moulin
Bruno, dont les origines remontent au XIVe siècle, est resté en service jusqu’en 2000. Il a fait l’objet
récemment d’une restauration de sa partie technique visant à le remettre dans son état du début
du XXe siècle. Le moulin Crozet à Montceaux (Dombes), sur la Callonne, remonterait au Xe siècle. Il
comprend des installations de mouture en état de marche. Le moulin de Balmalon à Boyeux-SaintJérôme (Bugey), sur le Riez, a été transformé en scierie au début de XXe siècle. Actuellement en cours
de réfection, il a été doté d’une roue de 4 m de diamètre et produit une partie de son courant. Enfin,
le moulin de l’Abergement-de-Varey (Bugey), sur l’Oiselon, attesté en 1722, comprend une ancienne
scie à ruban actionnée par une roue de 5,70 m récemment reconstruite. À terme, il est prévu de
remettre également en service l’installation de meunerie et de pressage d’huile. Des informations
supplémentaires sur l’association et les moulins de la région sont disponibles sur le site www.
lesamisdesmoulinsdelain.org.
Orientation
bibliographique
Ouvrages généraux
• Bernard Forest de Belidor, Architecture hydraulique ou l’art de conduire, d’élever et de ménager
les eaux pour les besoins de la vie, Paris, 1727-1753, 4 volumes.
• Marc Bloch, « Avènement et conquête du moulin à eau » dans Annales ESC, t. VII, 1935.
• Maurice Daumas, Histoire générale des techniques, Paris, 1962-1979, tomes 1 à 4.
• Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Paris et Neuchâtel,
1751-1780.
• Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Âge, Paris, 1975.
• Steven L. Kaplan, Les ventres de Paris : Pouvoir et approvisionnement dans la France d’Ancien
Régime, Paris, 1988.
• Eugène Oscar Lami, Dictionnaire encyclopédique et biographique de l’industrie et des arts industriels, Paris, 1881-1891.
• Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris, 1866-1879.
• Mireille Mousnier (sous la dir.), Moulins et Meuniers dans les campagnes européennes (IXe-XVIIIe
siècle), Actes des XXe journées internationales consacrées à l’histoire de l’Abbaye de Flaran, septembre 1998.
• Jean Orsatelli, Les Moulins, Marseille, 1979.
• Claude Rivals, Le moulin et le meunier : Mille ans de meunerie en France et en Europe, Portet-surGaronne, 2000, 2 vol.
patriomoine et architecture 17
92
L’énergie hydraulique dans le bassin genevois
• Willy Aeschlimann, Almanach du Vieux-Genève, Genève, 1934, p. 18 ; 1945, p. 63 ; 1946, p. 23 ;
1966, p. 33.
• Jean Batou, « Carouge au rythme de la roue du diable (1807-1822) » dans Dominique Zumkeller
(dir.), Des hommes, une ville : Carouge au XIXe siècle, Carouge, 1986.
• Charles Bonifas, Genève qui s’en va, les vieux moulins, les jardins de Plainpalais, Genève, 1900.
• Bénédict Frommel, La Versoix, patrimoine hydraulique, Genève, 2005.
• Groupe de recherches historiques de Cartigny, Les Moulins de Vert, Genève, 1997.
• Claude Lehmann, Versoix, si les industries m’étaient « comté », Bibl. municip. de Versoix, 1998.
• Monuments d’art et d’histoire du canton de Genève, La Genève sur l’eau, Bâle, 1997.
• Louis Morin-Deriaz, Mémoire sur les moulins et la meunerie, Genève, 1831.
• Liliane Mottu-Weber, « Moudre, battre et fouler » dans Mélanges d’histoire économique offerts
au prof. A.-M. Piuz, Genève, 1989.
• Liliane Mottu-Weber, « Les moulins de Genève, Des acteurs précieux aux rôles multiples (XVIe-XIXe
siècles) » dans Les rencontres du Creux-du-Loup, L’eau de la Champagne genevoise, Sézegnin,
2001.
• Liliane Mottu-Weber, « Du moulin à foulon au moulin à broyer le chocolat : rivalités et adaptations
dans l’utilisation de la force hydraulique du Rhône à Genève (XVIe-début du XIXe siècle) » dans
Serge Paquier (dir.), L’eau à Genève et dans la région Rhône-Alpes, XIXe-XXe siècles, Paris, 2007.
• Serge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse, Genève, 1998, 2 vol.
• Anne-Marie Piuz, Liliane Mottu-Weber, L’économie genevoise, de la Réforme à la fin de l’Ancien
Régime, XVIe-XVIIIe siècle, Genève, 1990.
• Isabelle Roland, Isabelle Ackermann, Marta Hans-Moëvi, Dominique Zumkeller, Les maisons
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Versoix ; n°3 : L’Aire ; n° 4 : L’Hermance ; n° 5 : La Drize ; n° 6 : La Laire ; n° 7 : L’Arve ; n° 8 : Le Foron ;
n° 9 : Le Rhône ; n° 10 : La Seymaz, Genève, 2002-2004.
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1986.
• Daniel Glauser, Denise Raymond, Les maisons rurales du canton de Vaud. Tome 3 : De la Côte à
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• Paul-Louis Pelet, « Pissevache et pisse-moulin » dans Usages et images de l’eau, Revue régionale
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93
patriomoine et architecture 17
L’énergie hydraulique en France voisine
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(en vente au siège de l’association).
• Jean-Pierre Adam, Pierre Varenne, « Scieries hydrauliques en Savoie » dans Usages et images de
l’eau, Revue régionale d’ethnologie, 4, Grenoble, 1985.
• J. F. Beatrix, Histoire du Pays de Gex, Lyon, 1851.
• Louis Bergeron, « Les moteurs hydrauliques et leur application industrielle en France (XVIII-XXe ) »
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• Henri Buathier et al., Histoire des communes de l’Ain, t. 4, 1985.
• Jean Convert, L’ancien moulin bressan (à partir du texte de Prosper Convert de 1931, accompagné de nombreux commentaires et illustrations), Peronnas, 2006.
• Anne Dalmasson, « D’une hydraulique à l’autre : l’évolution des usages industriels dans la vallée
de l’Arve, 1800-1950 » dans L’eau à Genève et dans la région Rhône-Alpes, Paris, 2007.
• Jean-Francois Gonthier, E. Tissot, Dictionnaire des Communes de Haute-Savoie : annuaire administratif et commercial du département de la Haute-Savoie de 1888 à 1905, Paris, 1993.
• Raymond Grosgurin, Divonne au fil des siècles, Bourg-en-Bresse, 1986.
• Le Joran : Divonne-les-Bains : Le passé recomposé, du village à la station, numéro spécial, 4,
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• Marcel Monnier, Moulins du Bugey, tome 1 : le haut bassin de l’Albarine, 2005.
• Annick Mossaz, Le Foron à travers le temps, Vétraz-Monthoux, 2000.
• Patrimoine rhônalpin, Moulins des Pays de l’Ain, Guide du patrimoine rhônalpin 34, 2001.
• Anne-Marie Prodon, L’âme du village : les artisans d’autrefois racontent…, Gex, 1983.
• Anne-Marie Prodon, Histoires vraies d’autrefois : les vieux Gessiens racontent…, Gex, 1980.
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Références
Sources
• AEG, ADL B720, 721 et 730
• AEG, A. F., Céard, 1ère série, portefeuille VI, f°263-365
• AEG, Travaux E 14
• AEG, Registres du Conseil, diverses années
• AEG, Registres des Travaux Publics, diverses années
Cadastres et cartes
• AEG, Cadastres D, E et F
• AEG, Atlas Mayer, Plan des communes de Genève, 1830
• Archives départementales de l’Ain, Cadastre napoléonien
• Archives départementales de Haute-Savoie, Cadastre 33 L
• BGE, Carte du Traité de Turin, 1754
• BGE, Carte des environs de Genève, 1776
• BGE, Carte du canton de Genève, 1817
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Adresses utiles
• Association des amis des moulins de l’Ain : www.lesamisdesmoulinsdelain.org
• Association des amis des moulins savoyards :
www.amis-des-moulins-savoyards.kazeo.com/liens.html
• Association suisse des amis des moulins : www.muehlenfreude.ch
• Fédération française des amis des moulins : www.moulinsdefrance.org
• Fédération des moulins de France : www.fdmf.fr/
• Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Rhône-Alpes :
www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine
• MHyLab : www.mhylab.ch
• Programme petites centrales hydrauliques (OFEN) : www.petitehydraulique.ch
• Services industriels de Genève : www.mieuxvivresig.ch
Crédit des illustrations
Sauf mention, les photos sont d’Olivier Zimmermann sur mandat de l’OPS (2007-2009).
Remerciements
Un grand merci à celles et ceux sans qui ce travail n’aurait pu être mené à bien et en particulier aux
habitants des moulins visités, ainsi qu’au personnel des Archives départementales de l’Ain et de la
Haute-Savoie, à Isabelle Brunier, Marise Deschamps (Association des moulins savoyard), Claudine
Paquet, Lionel Breitmeyer, Alain Girod (Divonnelectro), la Salévienne et Dominique Zumkeller (Archives communales de Carouge).
Cahiers déjà parus
Numéro 2
Décembre 1996
Actes du colloque sites et patrimoine
Genève, octobre 1995
Les jardins historiques, transformation et gestion d’un patrimoine
Actes du colloque, Genève, septembre 1996
Numéro 3
Août 1997
Autour de l’église, fouilles archéologiques à Genève 1967-1997
Présentation de dix-huit églises fouillées dans le canton de Genève par le service d’archéologie
Numéro 4
Mars 1998
L’architecture et son décor peint
Numéro 5
Juillet 1998
Le patrimoine industriel en Europe
Actes du colloque, Genève, 8 mai 1998
Numéro 6-7
Mars 1999
Archéologie médiévale dans l’arc alpin
Actes du colloque « autour de l’église », Genève, 5 et 6 septembre 1997
Numéro 8
Août 1999
Vers une politique du patrimoine ?
Actes de la journée d’étude organisée par la Fondation Braillard Architectes,
Genève, 4 septembre 1998
Numéro 9
Mai 2000
Miremont-le-Crêt (1956-1957), patrimoine architectural du XXe siècle
Numéro 10-11
Juin 2001
La sauvegarde du patrimoine bâti du XXe siècle, nouveaux métiers, nouvelles formations
Actes du colloque organisé par l’Institut d’architecture de l’Université de Genève,
14 et 15 septembre 2000
Numéro 12-13
Juin 2003
La Maison Ronde (1927-1930)
Patrimoine architectural et modèle urbain
Numéro 14-15
Décembre 2005
Histoires de cartes. Genève, XVe-XXe siècle
Numéro 16
Mai 2008
Numéros hors série
Les fenêtres, vues sur un patrimoine
Ami Argand à Versoix
Histoire et archéologie d’un site industriel, décembre 1999
Un lieu pour le culte
Histoire et restauration de la synagogue Beth Yaacov de Genève (1857-1997), novembre 2002
Rue Lugardon 1
Central téléphonique des PTT, mai 2003
Le temple de Chêne 1758-2008, novembre 2008
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patriomoine et architecture 17
Numéro 1
Juin 1996