Les feux de Saint-Elme

Transcription

Les feux de Saint-Elme
Roger Mialon
Les feux
de Saint-Elme
Guy Boulianne, éditeur
LES FEUX DE SAINT-ELME
© Copyright
tous droits réservés à ROGER MIALON
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Couverture et Illustrations : ANITA LAMBERTI
Editeur en chef : GUY BOULIANNE
POUR TOUTE COMMUNICATION :
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Roger Mialon
Les feux
de Saint Elme
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Préface
Une poésie toujours plus exigeante, toujours plus assoiffée d’absolu,
toujours plus éprise d’elle-même en tant qu’expression de la liberté, c’est
ce que Roger Mialon nous offre dans les Feux de Saint-Elme, recueil
équilibré, réfléchi, qui reste d’un bout à l’autre une exploration des
sentiers de la muse, au besoin une aide à Polymnie pour tracer de
nouvelles routes lyriques.
Ainsi :
A la selle de la vie que j’aime enfourcher
A pleines cuisses pour de longues galopades
A la chasse aux chimères dont les rebuffades
Me jettent bas brisant d’un coup mes chevauchées
Le poète semble partir à la poursuite de Diane chasseresse, entraînant la
muse avec lui, afin de trouver à la poésie de nouvelles proies auxquelles
elle s’accroche sans jamais les molester, mais au contraire en faisant
œuvre purificatrice à leur profit.
Poésie sportive, ardente, toujours en quête de courses et adepte d’une
sorte de trekking lyrique, comme suit :
Comme les fous bruns flèches d’argent décochées
Et les frégates à la gorge flamboyante
Libre je veux sillonner l’azur qui me hante
Plonger à tire d’ailes du plus haut rocher
Mais Roger Mialon va plus loin encore. Il pense aussi à ces matins calmes
où l’on ne pense pas forcément à suivre un parcours de santé purement
physique. La santé morale est également son souci :
La poésie est mon alicament
Depuis fort longtemps en arrière dans le temps.
Je soigne corps et esprit par son truchement.
La poésie pour unique médicament,
En lecture souvent, toujours en création
Sur le web toile au quotidien, en action.
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Un « alicament » ? Pourquoi pas ? Pourquoi la poésie ne nous soigneraitelle pas, au lieu d'être plus couramment un facteur de spleen ? C’est là
qu’intervient la nouveauté, l’usage aussi immodéré que lénifiant de la
poésie, sous la plume de Roger Mialon. D’ailleurs, il nous rappelle que :
La poésie nous soigne l’âme
Lorsque comme une huile essentielle
Elle nous charme et étincelle
Le cœur quand poète on se pâme.
Vient aussi une question : qu'est-ce que la poésie ? Elle revient souvent,
sans apporter de réponse comme celle de l’éminent professeur cité dans
le Cercle des Poètes disparus, heureusement ! La poésie ne doit rien à l’axe
des abscisses ni à celui des ordonnées, mais plutôt à ceux qui l’ont faite
jusqu’ici et surtout à leur matériau commun : les mots. Ainsi :
Les onomatopées ont Isidore Isou,
Poète, penseur des technologies nouvelles,
Nouveau pape de la Créatique un peu fou,
Se dressant contre André Breton qu’il ensorcelle,
Contre Dada, contre Tzara en Ubu Roi
D’un troisième millénaire spirituel
Et religieux ou alors qui ne sera pas.
Enfin, c’est cela, le fondement des Feux de Saint-Elme : explorer la poésie
pour savoir au juste à qui l’on a affaire quand on la rencontre, la taquine,
la lutine… Une invitation à ne pas manquer de la part d’un poète qui,
sans cesse, sait revenir sur ses propres acquis, afin que l’exploration de la
foi poétique devienne une vis sans fin…
THIERRY ROLLET
Ecrivain - Agent littéraire
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AVANT-PROPOS
« La poésie comme l’efflorescence des bambous se couvre de
petites fleurs blanches dans une ultime explosion d’étoiles fécondées par
le désir irrépressible de la création.
Le rhizome de la plante mère gonflé à son maximum, projetant
ses racines et radicelles au loin, lançant ses pousses nouvelles vers les
cieux, perdant ses cosses qui s’amoncellent en cercles au pied des tiges de
bambous en pleine érection, meurt et se délite à mesure que tombent les
graines de la première et ultime fécondation.
Il en va de même du poète qui dans un ultime chant du cygne
plante les graines de la poésie, essaimant ses images, ses symboles, ses
petites mélodies pour que prennent souche dans le terreau linguistique,
les poèmes de l’avenir dans les champs littéraires retournés du soc
tranchant de sa langue.
La poésie est faite de multiples semailles qui croisent les mots
pour en faire des fleurs rares, aux indicibles senteurs, aux musiques
célestes qui s’écroulent en cascades le long des portées de notes que
tracent les poètes. » in « Poèmes en prose et Proêmes »
C’est ainsi que le poète Roger Mialon parle de la poésie dans ses
poèmes en prose. Ici dans ce recueil, il tente de la montrer en action
qu’elle soit versifiée, régulière ou irrégulière, libre, engagée ou didactique,
élégiaque, érotique ou sacrée. Mêlant ses poèmes aux dessins d’une
artiste, il veut la montrer nue, sans artifice pour révéler son importance
capitale au monde. Ne serait-ce pas là, l’amorce ou la promesse d’un
nouvel art poétique de ce temps ?
C’est ainsi qu’il nous montre que la poésie est son « Alicament »
quotidien, qu’elle lui est aussi nécessaire que le pain et l’eau, que l’air pur
des hautes cimes qu’il veut partager avec nous. Asseyons-nous à sa table
et banquetons.
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Le banquet est riche et éclectique. Il fait alterner sonnets, haïkus,
tankas, odes, poèmes libres, ballades, rapp ou slam passant des saveurs
les plus fines aux parfums plus lourds, aux mets plus consistants, aux
alcools plus puissants.
Le poète Roger Mialon vous invite à sa table, répondez-y en
ouvrant ce recueil, en le parcourant si comme lui vous avez faim et soif
de poésie.
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Les feux
de Saint-Elme
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Eros et sa muse
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La langue des Dieux
Langue de poésie dont j’ai sucé le lait
Passant du téton Provençal à l’Alsacien
Ne baisse pas la garde soit vive à souhait
Emprunte au passereau et n’aie honte de rien
Souple et fraîche toujours jeune et hardie rétive
Tu es ces amantes qui font tinter leur rire
Maîtresse tantôt fougueuse tantôt lascive
Tu ne connais que la loi de ton bon plaisir
Règles décrets prisons carcans te sont odieux
Fontaine jaillissante de libre naissance
N’aie cure des censeurs et hurle ta jouissance
Tes mots te font l’égale de celle des dieux
Langue juteuse des aïeux de mes enfants
Mots des fées d’amour vivant et d’enchantements.
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Ma langue franche
Le ministre de la francophonie
Sur la langue française légifère
Dans les odeurs les senteurs délétères
D’un bureau où stagne la dysphonie
En ronds de cuir comme ronds de fumée
Imprimés dans la chair tendre mais vive
De ma langue poétique enrhumée
À coups de décrets qui le clou me rivent
Des hommes de la Pléiade les mannes
Errent encore sur les bords de la Loire
Abreuvant leur soif sans cesser de boire
À la fontaine des langues romanes
Teintées de parlers vivants empruntés
Aux Hellènes aux Francs aux Alamans
Du verbe puissant éternels amants
Fécondant toujours la langue des fées
De leurs caresses grisantes et nouvelles
Elles frissonnent de jouissance et d’aise
Comme toi lorsque j’explore les braises
De tes lèvres et ta bouche jumelle
Pourquoi laisser à un gouvernement
Le soin de régler le cours des étoiles
Ma langue sans lui sait gonfler ses voiles
Pour prendre le large et fuir les tyrans.
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Mon doux pays de poésie
Ici ou ailleurs peu importe le décor
Sur les bords du Rhin sur les rives de la Loire
Vivent encore les poètes dans leur gloire
Dans nos cœurs et dans les fibres de nos deux corps
Où crépitent les feux de joie de la Saint - Jean
De nos émois de nos baisers déjà lointains
Lorsque mes lèvres gourmandes frôlent ta main
Je fais fi des lieux qui nous entourent des gens
Ma mie m’amour mon doux pays de poésie
Mon pays de Cocagne aux régions azurées
Qui me donne l’extase sans la mesurer
À l’aune des viles tristesses de la vie
Quand dans l’oasis que tu m’offres je me perds
Eperdu et que de mes fers tu me libères.
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Enfantement
Mes poèmes mots d’amour que j’enliasse
Sur le papier nonchalamment couchés
Susurrent chantent crient pour accoucher
De nos sensations émues à la face
À la lumière du monde où ils naissent
Alors que je guette leur premier cri
Parfois heureux mais très souvent contrit
Comme une sage-femme un peu prêtresse
Qui œuvre à genoux devant l’autel d’or
De son unique et parfaite déesse
Souhaitant chaque jour qu’elle apparaisse
Avant que je n’aie las perdu le nord
À compter les jours et les contractions
Qui de la beauté signent l’expulsion.
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L’azur
Mon corps rétif et mon cœur en manque d’azur
En quête d’un amour bleu pour ne pas mourir
Renâclent sans cesse et rechignent à obéir
À cet élan qui me lie comme une soudure
À la selle de la vie que j’aime enfourcher
À pleines cuisses pour de longues galopades
À la chasse aux chimères dont les rebuffades
Me jettent bas brisant d’un coup mes chevauchées
Que la couleur des rois et des dieux m’envahisse
Comme le chant des troubadours de l’idéal
Dont je veux être chaque jour l’humble féal
Pour qu’en nappes liquides dans mon être glisse
Cet impalpable azur lisse et régénérant
Dont les ondes bleues vibrantes me manquent tant.
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Contre l’oubli
Comme les fous bruns flèches d’argent décochées
Et les frégates à la gorge flamboyante
Libre je veux sillonner l’azur qui me hante
Plonger à tire d’ailes du plus haut rocher
Pour engloutir des abîmes de volupté
Pour happer au vol d’un bec avide acéré
La lumière des mots que j’aime tant serrer
En florilèges jaillissant hors du Léthé
En autant de parades d’amour rubescentes
Contre l’oubli ma nourriture quotidienne
Depuis le jour béni des dieux où tu fus mienne
Me gavant l’esprit d’images évanescentes
Que je veux rassembler en idéales sphères
Qui fuseront lumineuses dans l’atmosphère.
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À vous lecteurs
Je vous envoie ces recueils
Comme on jette une bouteille
À la mer que la mer raye
Ou brise sur les écueils
Je vous envoie mes poèmes
Comme on hurle sa révolte
Aux déboires qu'on récolte
Aux détours de la vie même
Je vous envoie mes chansons
Comme on glisse un billet doux
En dansant le guilledou
À sa belle sans façons
Je vous envoie mes mots dits
Comme on brandit les deux poings
À la face des dieux vains
Que le malheureux maudit
Je vous envoie mes graphèmes
Comme on lance un SOS
Quand on connaît la détresse
Qui submerge ceux qu'on aime
Je vous envoie mes ballades
Comme on offre hélas son cœur
En espérant le bonheur
Comme ultime Désirade
Je vous envoie mes images
Comme au détour d'un chemin
Jadis quand j'étais gamin
Mes pensées pas toujours sages
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La sitérature sur le net
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Assolement
Mon champ de poésie est en jachère
Y prolifèrent au fil des saisons
Les fleurs sauvages parmi les chardons
Et les images bleues qui me sont si chères
Mon champ de poésie est en repos
Y croissent librement au fil des jours
Les pensées sauvages de mon amour
Pour l'engrosser de leurs riches dépôts
Limons à labourer quand vient l'automne
Pour qu'éclatent les mots en mottes grasses
D'où suintent les rêves qui s'entassent
Tout comme les poèmes que j'entonne
Au fil des jours et au fil des saisons
Comme éjaculatoires oraisons.
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Les jachères
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L’écriture poétique
Ecrire dire chanter
Pour conjurer le mauvais sort
Pour lui faire la nique
Et refuser l’inacceptable
Et réfuter
Avec la dernière des énergies
L’intolérable
Ecrire dire chanter
Sur des tablettes d’argile comme les anciens scribes
Ou sur les murs des cavernes pictogrammes magiques
Sur des parchemins
Des peaux tendues de mouton
Des papyrus
Des vélins encrés par les imprimeries chinoises
Ecrire dire chanter
Sur un tableau noir
Sur Internet la toile les yeux dans les étoiles
En triturant avec volupté les mots
Les sons les images subliminales les émotions
Pour en faire une œuvre
De rédemption de catharsis et d’accomplissement répété
Ecrire dire chanter pour survivre par le verbe
Ecrire dire chanter pour transfigurer la condition humaine
Ecrire dire chanter symbole parfait de la rondeur du monde
De l’esprit descendu en l’homme oiseau de feu
D’amour consumé.
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La fenêtre sur le monde
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Maîtrise des langages
Les phonèmes les graphèmes
Eclosent
En une explosion
De spores sémantiques
Comme les moustiques en pleine taïga au printemps
Logorrhée logogriphes discours griffé
L’extase poétique
Appartient à l’innocent
Au poète
Qui ne peut s’empêcher de céder à la contagion du dire
Qui ne peut éviter la mise à jour
Des mots du verbe éternellement recommencé
Qui ne peut qu’ouvrir la bouche
Comme l’accouchée ne peut qu’ouvrir la vulve
Pour donner la vie.
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L’écriture
L’écriture est un présent que les dieux veulent bien nous faire quand ça
leur chante.
Et qu’ils nous reprennent de même.
La poésie ça va, ça vient
Va et vient.
Les écrits s’entassent comme les feuilles mortes qui, quand vient le gel,
étouffent le gazon pour pourrir quand vient le printemps.
La poésie ça va, ça vient.
Va et vient.
Mes feuilles s’entassent, s’empilent en strates depuis fort longtemps.
Certaines se sont perdues car la mémoire est évanescente. Mais c’est
parfois tant mieux.
La poésie ça va, ça vient
Va et vient.
Comme nos courriels qui vont se perdre entre vous et moi dans le flot, le
flux, le reflux des ondes d’Internet et du temps qui las trépasse.
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Verre d’eau matinal
La poésie m’est aussi nécessaire
Que mon verre d’eau matinal
Quoique inutile elle reste vitale
À respirer comme un bol d’air
Qui me revigore en haute montagne
À l’heure où l’astre solaire se lève
Et que le flux et reflux de la sève
Monte d’un coup du vivant et me gagne
Tout en rythmant à grands coups de boutoir,
Tam-tam primitif des temps d’origine,
Ou moulins à prières de la Chine.
Le verbe tout puissant, signe d’espoir,
De la transmutation spirituelle,
De la condition humaine charnelle.
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Le cœur du monde
La poésie est au cœur de l’homme,
Au cœur du monde,
Au centre de tout,
Epicentre et colonne vertébrale,
Mat de cocagne
Erigé en érection
Comme membre priapique
Perpétuellement turgescent
Qui dans l’extase de la jouissance,
Arrose de mots éblouissants
Le morne déroulement de nos existences terrestres.
La poésie est un volcan
Dont la lave incandescente rabote les collines les plaines.
La poésie est un séisme
Qui engloutit les montagnes,
Creuse les abysses
Comme autant de cicatrices douloureuses
D’une évolution vers la vieillesse.
Le poète
Est le maître d’œuvre,
Celui qui met en ordre les mots pour dire le poème,
L’accoucheur,
L’obstétricien,
La sage femme
Qui poussent en chœur le cri primal des origines.
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Mon alicament
La poésie est mon alicament
Depuis fort longtemps en arrière dans le temps.
Je soigne corps et esprit par son truchement.
La poésie pour unique médicament,
En lecture souvent, toujours en création
Sur le web toile au quotidien, en action.
Le coin des poètes m’est aussi nécessaire
Que l’amour, le bon vin et le sel de la terre.
Que la respiration du bon air sur les cimes.
Chaque jour je verse mon écot ou ma dîme
À mes neuf muses préférées pour les séduire
Terpsichore et Erato mes étoiles luirent
Dès les premiers jours de mon âge de raison
Et luisent par bonheur encor avec passion
La poésie est mon alicament
Depuis fort longtemps en arrière dans le temps.
En compagnie de Polymnie, de Melpomène,
De Thalie, Clio, Euterpe, Uranie qui mènent
Avec Calliope au son de la harpe, à temps
Cadencés, mes sensations et mes sentiments
Dans un galop parfois effréné sur les ondes,
D’Apollon à Mnémosyne vers moi mes rondes.
Qu’en ce jour de la poésie me soient propices,
Les dieux et déesses de L’Olympe, qu’ils puissent
Me transmettre une parcelle de leur beauté,
Etincelle céleste de leur hyménée,
Ecrite dans les cieux par les queues des comètes
Qui sèment leurs poussières d’étoiles en fête.
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Slam
Slam slamer mais suis-je pour autant un slameur ?
Plan planer je ne suis pas pourtant un planeur.
Le slam comme le rap veut rendre populaire
L’art oratoire par tous temps sur tous les airs
En investissant les rings, métros et bistrots
De tout Chicago pour rendre les gens accros
À l’art poétique sans autre objet pour plaire
Que le texte, la voix, la diction du poète
Métamorphosant les anciens tournois en fêtes
Qu’ils nomment outre atlantique communautaires,
Passant de Chicago à la côte Est Boston,
Où sidérant la gentry sur ring, on bastonne
À coups de poings, de pieds pour asséner les mots
Et les imprimer dans la chair comme des maux.
Quand parfois les chaises ont été fracassées
Et des cacophonies de mots en fricassées,
Déjantées, régurgitées sur les auditeurs
Spectateurs un haut le cœur, au gré des auteurs,
En est, trois fois hélas, parfois le seul moteur.
Il faut creuser pour y trouver une valeur,
Une perle cachée dans les replis du cœur
D’un chanteur, d’un rappeur ou même d’un slameur
Rapp rapper mais suis-je pour autant un rappeur ?
Boxe boxer je ne suis pourtant pas boxeur.
Le slam passé en Europe se fit plus soft
Et s’invitant dans les beaux salons et les lofts,
L’ambition de gagner ses lettres de noblesse
Le prit comme le croup prend toutes les pauvresses.
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Ressurgiront peut-être ainsi les cours d’amour
Courtoises d’antan pour éradiquer toujours
Les cours de caves à tournantes sur béton.
Apprendre à s’agenouiller devant un téton
Respecter la femme en tant qu’avenir de l’homme
Et quitter l’état de bête féroce en somme
Sans pour autant devenir une bonne pomme,
Trop bonne trop conne mais un mecton un homme
Qui fera vraiment le bonheur de sa compagne
Qui le lui rendra bien sans battre la campagne
Pour arriver ensemble à l’extase des sens
Et des sentiments pour que la vie ait un sens
Comme tous les poèmes et les cantilènes
Qui filent les métaphores comme la laine
En pétrissant les mots entre pouce et index
Sans mettre pour autant tous les gens à l’index
Pour clouer l’innommable crime au pilori,
Pour que plus jamais, au grand jamais, on ne rie
De la moitié de notre humanité dolente.
Ce qui nous condamne tous à une mort lente
Pour que plus jamais on ne viole et on n’étripe
Pour que plus jamais il n’y ait de sales types
Sur notre planète où au fil des ans s’engrangent
Les mémoires, les souvenirs qui nous dérangent,
Les étincelles de poussières de beauté
Et les flammes de vie en toute liberté.
Slam slamer mais suis-je pour autant un slameur ?
Plan planer je ne suis pas pourtant un planeur…
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Le petit mas Provençal
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Colportage poétique
Anne Hillebrand parcourant les rues du Caylar,
Ce petit village du plateau du Larzac,
Son tambour en bandoulière ainsi que son sac
Bourré de messages aux bonnes gens, fait rare
En ce siècle de courriels, mels technologiques
Où par l’ADSL court court la poésie,
Où les diseurs sont hélas frappés d’aphasie,
Fait renaître le colportage poétique.
« Oyez Oyez bonnes gens de notre planète
Ce que déclame le nouveau garde champêtre.
Blague potache, poème d’amour ou lettre,
Demande en mariage d’un jeune poète
Ou grandes nouvelles et petites annonces.
Oyez pour qu’au Verbe jamais on ne renonce ! »
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Weblogs
La planète était en deuil. Le verbe était mort.
Enfin l’Internet vint avec sa blogosphère
Ouvrant une nouvelle ère communautaire
Communicante par blogs défiant le sort
Funeste fait à la poésie sur papier,
Tel Phénix la faisant renaître de ses cendres
Et du même coup sans grand coût la faisant vendre
Sur les ondes techniques dans le monde entier.
Les poètes blogueurs du multimédia
Lient textes, musique et images vidéo.
Les mots dits font un véritable rodéo
Investissant conquérants tous les médias,
Revenant ainsi au logos originel,
Matrice du verbe sortant d’un noir tunnel.
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L’énigme
Qu’est donc la poésie ?
François Villon l’emmenait promener souvent
À Montfaucon pour voir gigoter les pendus.
Comme lui révoltez-vous contre les puissants
Pauvre Rutebeuf les armes avait rendues,
Clément Marot tendait les deux mains à son roi,
Soyez libres comme eux ne faites surtout pas
Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard,
Les princes de la Pléiade furent les phares
Des Regrets et des Amours épicuriens.
Comme eux chantez votre amour quand il vous survient
D’Aubigné et du Bartas firent bien le lien
Entre la Réforme si tragique et la rose.
Comme eux de votre siècle soyez les témoins
Honoré d’Urfé en fit même de la prose.
Malherbe, Théophile de Viau, Saint-Amant,
Débouchant hélas sur Le Franc de Pompignan,
Perdirent l’âme de la poésie avant
De la reconquérir avec le ci-devant
Vicomte François René de Chateaubriand
L’aristocratique Alphonse de Lamartine
Le romantique Victor Hugo qui badine
Avec Musset, avec Vigny, avec Nerval,
Avec Arthur Rimbaud et le Dormeur du val
En passant par Charles Baudelaire, le roi
De la poésie nouvelle dictant ses lois
À Verlaine, José Maria de Heredia,
À Stéphane Mallarmé Paul Géraldy a
Pour sa part reverdi le rameau de l’amour
Avec Louis Aragon et Paul Eluard.
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Les objets inanimés ont eu Francis Ponge.
Émile Verhaeren des usines l’éponge,
La littérature française est éclectique,
Faisant la poésie avec de la technique.
Qu’est donc la poésie ?
Les onomatopées ont Isidore Isou,
Poète, penseur des technologies nouvelles,
Nouveau pape de la Créatique un peu fou,
Se dressant contre André Breton qu’il ensorcelle,
Contre Dada, contre Tzara en Ubu Roi
D’un troisième millénaire spirituel
Et religieux ou alors qui ne sera pas.
En perpétuelle création culturelle,
Plongeant ses racines dans les textes anciens
Des mythes ou de Marguerite de Navarre
Ou d’Ovide ou d’Homère ou alors de Pindare,
Le poète du siècle nouveau fera sien
Le précepte d’Isou : poésie de ce temps,
Poésie à contre temps bien contre pétant,
N’est pas poésie de quatre sous. Créatique
Et novatique le mouvement esthétique
Des temps nouveaux fait le pont de ce millénaire.
La poésie n’est pas un ersatz de faussaire.
Les reproducteurs, duplicateurs ou copistes
Sont les plagiaires du patrimoine lettriste,
Les pilleurs de tombes d’une culture rap
Hip hop et slam qui hélas à coups de poing frappe.
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Le tambour du verbe et la bouche du poète
Renvoyant brutale dans les cordes sa quête,.
Les mânes des créateurs défunts s’envolent las
Sur la portée musicale du temps qui passe.
Elles gémissent, et pleurent tout leur comptant
Sur la mort des créations au fil du temps,
Évanouies dans les limbes de leur néant,
Amnuies sur une forme vide en creux béant.
Qu’est donc la poésie ?
La poésie ne peut, ne doit se limiter
Sous peine d’être hélas très vite mitée
Comme une vieille défroque dans un placard
Qu’on retrouve quand il est trop tard par hasard.
Elle ne peut être cantonnée aux domaines
Réservés aux seuls sentiments des cantilènes :
À L’amour passionné, à la désespérance
Au temps qui passe hélas, aux souvenirs d’enfance,
À l’arc-en-ciel qui marque de ses sept couleurs
La place du trésor le plus cher à son cœur.
Aux seuls sentiments des sonnets irréguliers,
Elle doit être des cieux les quatre piliers.
Quand pour l’acte de création notre âme est prête,
Qu’importe les formes, les thèmes et les feintes,
Un motet, un rondel, une douce complainte,
Un psaume, une prière sont autant d’élans
De l’esprit, du cœur qui s’imposent en bons plans.
Qu’est donc la poésie ?
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Elle ne peut non plus être reléguée aux seuls
Contes philosophiques, aux haïkus d’Orient,
Aux contes Ouologem des peuplades Peuls
Aux fables de La Fontaine ou de Florian,
Aux poèmes d’astrologues, de physiciens,
Aux jeux de mots et contrepèteries diverses,
Aux blagues et bons mots de café du commerce,
Aux inventaires d’huissier, actes notariés
Dont l’issue est la prise de corps très variés.
L’acte de création étant omnipotent
S’impose sans réplique même aux impotents.
La langue seule peut constituer un frein
Lorsque l’orthographe et la syntaxe en goguette
Battent la campagne sans rester bien proprettes
Et qu’elles fréquentent mal d’autres galopins
Comme la conjugaison hélas débridée
Les contresens et les faux-sens ridés vidés
De sens sans rémission ad vitam aeternam,
Les joutes poétiques de mauvais goût slam
Et compagnie sur ring où à coups redoublés
On assène les mots. Le poète adoubé
En ressort très hébété quand il est vainqueur
Amoché, saignant et éclaté en plein cœur
Quand il sort de l’arène, las, les pieds devant,
Ayant redit : « morituri te salutant »
À la foule déchaînée, le pouce baissé
En guise de verdict du champion délaissé.
Qu’est donc la poésie ?
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Suivre les traces de Guillaume Apollinaire
Sans oublier celles de Charles Baudelaire
Monter en sauce avec un peu de Francis Ponge
Un zeste de Jacques Prévert qui la vie éponge
Réchauffer un moment dans le four d’Isidore
Isou jusqu’à ce que la croûte craque et dore
Couper les cheveux en quatre d’André Breton
Fouetter en neige les amours d’Aragon
Du fou d’Elsa, le passionné Paul Eluard
Du roi de la Pléiade Pierre de Ronsard,
Émincer en tranches fines José Maria
De Heredia pour en parer le fond du plat.
Dresser sur canapés les élégies d’Alphonse
De Lamartine et de Vian en pleine défonce,
Saupoudrer de Sturm und drang, épicer Byron
Mais éviter à tout prix Alexis Piron
Et parachever en montant un dais d’azur
De Stéphane Mallarmé en idéal pur.
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La poésie en PDA
Un stylet d'argent en main
Dans mon hôpital de jour
Aux côtés d'une bavarde
Les mots ont du mal à s'aligner
Les uns derrière les autres
Bousculés qu'ils sont
Par le papotage compulsif
Qui déroule sa logorrhée
M'empêchant de claviarder
Un stylet d’argent en main
Comme un calame bien affûté
Je me bats contre mon papyrus
Du troisième millénaire
Apprenti scribe
D’une technologie nouvelle
Rêvant de donner l’ergastule
À ma trop bavarde voisine
Qui me transforme en psy
Un stylet d’argent en main
Je m’essaie à déchiffrer
Les hiéroglyphes de mon âme
Sans pierre de Rosette
Quelle chienlit
Quand se déversent à flots ininterrompus
Les corticoïdes du cathéter
Et le verbe logorrhéique
D’une voisine aléatoire.
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Un stylet d’argent en main
Le temps passe comme il peut
Je suis branché pour la journée
Dans le brouhaha intimiste
De la salle de travail
Etymologie « tripaliare »
Qui signifiait passer au pal
Torture des vaincus
Du monde antique romain
Un stylet d’argent en main
Je fais ma B.À du mois
En espérant
Qu’elle ne se renouvellera
Pas trop souvent
Parce que c’est épuisant
D’écouter patiemment
Des heures durant un patient
Qui s’impose à vous.
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Poésie
La poésie de l’Hellène poeïn créée
Par les dieux de l’Olympe crée des sémantèmes
En assemblant les sons que les poètes sèment
Dans le rythme et l’harmonie qui sont incréés
Comme Dieu et sa musique tombant des lyres
Célestes en un langage primal premier
En véhiculant ses symboles sur cahiers
D’écoliers pris au niveau des sens en délire
Et orchestrée en une mélodie des mots
Des signes des images hautes en couleurs
Sachant frapper le cœur d’une grande chaleur
Et mettre le poète à l’abri de ses maux
Qui le minent qu’il entretient avec bonheur
Pour les extraire au bistouri d’un pauvre cœur.
40
La création
La poésie du grec poêsis création
Est la langue de l’homme devenu un dieu
Comme Prométhée il façonne les enjeux
Par la dive crémation de la création
En « miroir terrestre de la divinité »
Elle est faite de « mots qui se brûlent grésillent »
C’est pourquoi elle plaît tellement à nos filles
Jusqu’à ce que tombe en cendres toute beauté
Qui renaît indéfiniment tel un phénix
D’un perpétuel et trop merveilleux remix
Dans les tournois courtois de poésie d’antan
Enjambant jusqu’à nos jours les siècles le temps.
41
Poésie macaronique
La poésie macaronique
Groupée en macaronée
Mélange les mots mal nés
En comparaisons subphoniques
Elle a des airs bien maçonniques
Avec ses mots marronnés
Ici et là bien zonés
Pour se comprendre c’est pratique
Parler par onomatopées
Est-ce bien recommandé
Pour dire à sa bien aimée
Hop la boum crac hue c’est topé ?
42
Sur trois ou cinq vers
C’est ce petit rien
Rythmé en cinq et en sept
Qui est poésie
Dans l’harmonie de ces sons
Qui retombent des nuées.
Le poète chante
À l’occasion du printemps
Son haï kaï tankas.
Un triolet parfois suffit
Pour crier l’amour à l’envi
Faire vivre la poésie.
Sérénade ou aubade cyniques
Le senryü en dix sept mores au moins
Et sur trois lignes fait le portrait de l’humain.
La ronde enfantine
Dans une comptine chante
Une poésie.
Le pinson joli
Sur son arbre queue dressée
Module les sons
Qui appelant sa compagne
Lui font la cour en chantant.
43
44
La poésie à quatre mains
La poésie à quatre mains
Consacre l’alliance des cœurs
Masculins et puis féminins
Pour une poésie bonheur
Bisexuée hermaphrodite
Chant des dieux comme l’Apollon
Et la Venus au diapason
De notre poésie écrite
De notre poésie bien dite
Et chantonnée à voix mezzo
Entre toi et moi bien au chaud
Sans proférer trop de redites
Un genou à terre la main
Sur le cœur la chanson remain. (*)
(*) Se souvenir en ancien français
45
Stylet ou calame
La poésie sur PDA
Sur papier cahier d’écolier
Sur parchemin bien relié
Sur clavier caractères gras
Sur téléphone et au stylet
Sur papyrus ou planche en bois
Au pinceau sur voile de soie
Ou sur plan de bambous stylé
Au calame sur plan de terre
Sur pierre du néolithique
Ou sur écran informatique
Qu’importent les moyens pour faire
Un sonnet qu’importe la forme
Seule compte l’image en forme.
46
La poésie automatique
La poésie automatique
Sur terminal informatique
Conduit parfois à la jouissance
Bien plus souvent qu’on ne le pense
Quand l’image la métaphore
S’imposent en vrais sémaphores
Dans un sonnet une élégie
Comme paroles de magie
Que l’écriture irrépressible
Coule d’une source sensible
La poésie automatique
Sur terminal informatique
S’écoule en un filet d’argent
En cascatelles vif argent
Qui semblent transmuter l’idée
Pour qu’elle soit cristallisée
En purs joyaux d’éternité
Scintillants à perpétuité
Dans la nuit de notre inconscience
Pour fonder la nouvelle science
La poésie automatique
Sur terminal informatique.
47
Mélodie
Suite de sonorités
En images arrangées
Pour faire une mélodie
Ou une palinodie
Pourvu que chante la phrase
Déroulant ses métastases
Le réel poétisé
Transfiguré sublimé
Qu’on soit un poétereau
Un poétastre un sot
Versificateur rimeur
Ou encore rimailleur
Que chantent bien en musique
Les mots les plus idylliques
Poète ou bien poétesse
Il faudra au moins que naisse
Sous les mots une harmonie
La petite mélodie
Gravée dans notre mémoire
Aussi douce qu’une moire
Aède barde ou trouvère
Il faudra que dans nos vers
Éclate l’imaginaire
Sans en avoir vraiment l’air
Que sur les ailes des notes
Nos esprits et nos cœurs trottent
Sur nos émotions en feu
Les yeux perdus dans les cieux.
48
L’ancolie
La poésie élégiaque chante et ruisselle
Les larmes des amours avortées décédées
Scande en strophes rythmées l’illusoire hyménée
Avec une ombre en deuil où parfois étincellent
Les instants amers de douce mélancolie
Qui illuminent de leurs rayons les amants
Dans la barque du temps en cadence ramant
Le poète monologue son ancolie (*)
Pleurant toutes les larmes de son pauvre corps
Par les affres du désamour surpris hélas
Les Orfraies du souvenir et du mauvais sort
Lui labourent l’âme qu’il ressent plutôt lasse
Reviennent en sa mémoire les doux moments
Trop rares en compagnie de la femme aimée
Où il croyait son amour plus fort que le temps
Imparti par le mal las à sa bien-aimée
Langoureusement installé sur son rocher
Une main sur son genou las abandonnée
Sa note de nostalgie las il psalmodie
Son poème la voix et le cœur déchirés
Alangui se croyant hélas abandonné
Par tous les dieux du ciel puisque est morte Julie
Au plus fort d’une crise fatale expirée
Son âme a rejoint le ciel pour l’abandonner
Lui le poète aimant portant une ancolie
Le cœur gros et ruisselant comme son rocher
Sous une pluie battante par les cieux donnée
Pour marquer sa douleur du coin de l’élégie.
(*) Au 15ème siècle l’ancolie, fleur bleue, blanche ou rose est symbole de poésie, de
tristesse et de mélancolie.
49
La sylphide et l’ancolie
50
Le rêve
La poésie de l’imaginaire est réelle
Elle explose en feu ardant milliers d’étincelles
Et meurt las comme toutes les fusées du verbe
Dans son chant du cygne dans son ultime gerbe
Car naissant dans les méandres de la cervelle
Elle prend des airs coquins de déjeuner sur l’herbe
Disant taquine à la ronde un rien me fait belle
Aux vieux grincheux envieux à la langue acerbe
C’est court vêtue que je suis la plus séduisante
C’est sans apprêts sans atours qu’enfin désirable
Je puis me montrer nue et d’autant plus puissante
Je suis le rêve de tout un monde impalpable
L’imaginaire qui nous fait tous exister
Dans la réalité depuis l’Antiquité.
51
La poésie engagée
La poésie engagée de tous les excès
Hurle sa révolte aux quatre coins de la terre
Pousse des coups de gueule et les jette dans l’air
Comme on lance une bouteille à la mer l’accès
À l’indignation passe toujours par le cri
Lancé à la face voilée de tous les dieux
Pour cela il faut parfois être courageux
Affronter père et mère et toute sa fratrie
Pour dénoncer le crime en toutes latitudes
Pour que nos « j’accuse » ne tombent pas à plat
Pour que la poésie soit enragée ma foi
Contre l’intolérable de ces servitudes
Qui aliènent l’humanité droite et pensante
Et la bardent de chaînes lourdes et blessantes.
52
La poésie actuelle
Se saisissant au vol de l’actualité
Elle donne l’avis du poète en chantant
Ses hymnes guerriers ses armes les mots tranchants
Qu’elle lance avec si possible habileté
Comme des couteaux affûtés sur une cible
Toujours la même bêtise et cupidité
Fanatisme et intégrisme et iniquité
Que le livre des livres lui-même la Bible
Le Coran la Torah ne peuvent las absoudre
Les limites divines dépassant le crime
Dieu seul peut séparer les bourreaux des victimes
Et l’équation du malin en Enfer résoudre
Les mots expiatoires ne peuvent châtier
Les crimes immondes contre l’humanité.
53
La poésie toute nue
54
La sylphide
La poésie est à la fois une sylphide
Un être aérien la fragile libellule
Qui butine tous les mondes dans une bulle
De savon iridescente qui semble vide
Mais qui recèle en son centre la fantastique
Création des neuf muses aidées par les fées
Qui enchantent l’histoire jadis enfantée
Dans nos contes d’enfants où le catastrophique
Est toujours terrassé par un prince charmant
Où le méchant la vilaine ne sont pas ceux
Qu’on croit mais tous les autres pouacres intrigants
Qui ne savent pas d’amour contempler les cieux
Abriter au creux de la paume un vers luisant
Qu’ils ne prennent jamais pour un astre brillant
La poésie peut aussi être une Gorgone
La vierge ailée aux chevelures de serpents
Méduse harpie elle se fait mégère quand
Ses valeurs sont battues en brèche et que sonnent
Tous les tocsins en guise d’hallali funèbre
De l’amour de la bonté de l’égalité
De parité d’équité et de liberté
De fraternité que plongent dans les ténèbres
Les mondes fantastiques bulle éclatée
La poésie sait avec cœur prendre les armes
Et affûter ses mots tout en séchant ses larmes
Pour monter au combat furieuse et démontée
Contre les barbares elle sait s’engager
Et se battre pied à pied comme une enragée.
55
Pot pourri
Des tombes juives profanées
Brisées les plaques funéraires
Béent sur les trous béants et sombres
Et ressuscitent las les ombres
D’un passé qu’on croyait enfouis
Un tsunami en Pacifique
Après un tremblement de terre
Des candidats aux élections
Présidentielles à venir
Qui s’étripent gaiement l’un l’autre
Star Academy pan arabe
Une irakienne couronnée
Des médailles d’or aux mondiaux
Et des morts à Mogadiscio
Gaza Bagdad ou au Népal
Et des prisonniers en Iran
Voilà bien un beau pot pourri
Un inventaire à la Prévert
Et une tragi-comédie
Ramassée dans les vingt quatre heure
En un même lieu notre Terre
La petite planète bleue
Les prix baissiers l’Euro qui monte
Comme le baril de pétrole
Comme une vie de patachon
Un peu trop speed un peu trop folle
Et comme le temps de cochon
Qui joue au bilboquet yoyo
Des tombes juives profanées
La veille de la Pâques juive
Comme cadeau on peut rêver
Beaucoup mieux que des croix gammées
Que cette nuit des longs couteaux
Aux vils relents de Ku Klux Klan.
56
Mon jardin
La poésie se travaille comme un jardin
À coups de bêche mélangeant tous les terreaux
Acides basiques gras argileux lourdauds
Légers s’effritant dans la paume de la main
Avec son plantoir on y cache des trésors
Qu’il ne faut pas oublier d’arroser le soir
Si l’on veut que le lendemain naisse l’espoir
Et qu’éclosent toutes les fleurs images d’or
Qui font quand on les assemble un beau florilège
Que l’on imprime en lettres liées sur soie grège
C’est par terreautage que se fait un parterre
De fleurs champêtres naturelles ou de serre
Cultivées croisées pour en faire de plus belles
Qui comme les roses sont du cœur l’étincelle.
57
Le cœur
Pour que la poésie produise son effet
Il lui faut peu de choses une mélodie
La ritournelle sur orgue de barbarie
Lui suffit quand le chant redit n’est pas surfait
Et qu’il nous vient tout simplement du fond du cœur
En passant sur les douces années éperdues
Où nous l’avons bien aimée totalement nue
Je me remémore des instants de bonheur
Quelques images comme de saintes icônes
Parsemant les successions de vers sont les clones
D’une beauté naïve qui s’impose au cœur
Qui comme la salamandre survit aux feux
Ardents qui le brûlent dans ses plus grands malheurs
Comme dans ses grands bonheurs quand pleurent mes yeux.
58
Comptines
La poésie des comptines
Disait ma tantine
Saute à cloche pied
Et récite en pieds
En syllabes ou en mores
Des histoires maures
Ou alors encore
De ces harengs saurs
Qu’on suspend dehors
Pour les faire bien sécher
Pour s’en pourlécher
Ce n’est pas pécher
De sauter du sol à terre
Passant par l’Enfer
Pour sans trop s’en faire
Être en purgatoire
Comme si d’un haut prétoire
On pouvait sauter au ciel
En deux étincelles
Atteindre le paradis
En deux ou trois dits
Gagner sur un pied
Le pays des anges
De tous les archanges
Pour prendre son pied
Sans éprouver de pitié
Pour tous les perdants
Tous les trébuchants
Lançant une pierre
Restant en Enfer.
59
La poésie sacrée
La poésie sacrée des psaumes
Chante la gloire de Dieu
Et s’élevant dans les cieux
Dépose l’offrande des hommes
En implorant l’être divin
Célébrant le créateur
Par leurs hymnes par leurs chœurs
En distiques comme refrains
Dans les oracles hébraïques
Les louanges du Très Haut
Les Séraphins les plus beaux
Dans les cantates prophétiques
Chantent en chœurs alternatifs
Pour le Maître le Seigneur
Comme pour le Sacré Cœur
Mettant leur cœur ardent à vif
Le présentant dans l’offertoire
Pour l’offrir en sacrifice
Sans se parer d’artifices
Se contentant très fort d’y croire
Se contentant d’avoir la foi
En chantant la litanie
De toutes les avanies
Du peuple subissant la loi
La loi de fer de son Seigneur
Quoique élu de Jéhovah
De son autre nom Allah
Dieu ou l’Unique ou le Seigneur.
60
Derviche tourneur
La poésie sacrée Soufi
Rassemble la chorégraphie
Aux mots aux images aux sons
En distiques tournant chansons
C’est Jallaleddine Rumi
Depuis sa riche Anatolie
Avec ses fils évidemment
Il y a de cela longtemps
Qui a fondé le mouvement
De ce Levant venu d’Orient
En treize cents et quelques miettes
Depuis les derviches s’entêtent
Un bras au ciel et l’autre en terre
À tourner comme l’univers
Lien entre la terre et le ciel
Extatiques ils étincellent
Comme neuf planètes solaires
On les croirait sur des rollers
Comme les poètes hip hop
Qui à tout berzingue galopent
Pendant qu’un autre chante en rap
Et qu’un autre encor en slam frappe
La poésie qui vient de loin
C’est un peu tout cela du foin
Et de l’ambroisie c’est selon
Du vulgaire jusqu’au sacré
Dans l’azur toujours bien ancrée
Et du sacré jusqu’au vulgaire
Alternativement lunaire
Et solaire les pieds sur Terre.
61
62
Les colliers de mots
La poésie comme un volcan
Comme un piton de la Fournaise
Fabrique tout en éructant
Des symboles rouges de braise
Qui sont de nouvelles platières
De nouvelles et vierges terres
Pour notre langue des aïeux
Où les mots nouveaux prolifèrent
Comme façonnés par les dieux
La poésie comme un long fleuve
Charrie de ces pépites d’or
Arrachées d’un coup aux Monts d’Or
Dans leurs gangues de roches neuves
Et qui finement dépolies
Montent leurs beaux trésors en bagues
Au gré de ces petites vagues
Qui rident les ondes jolies
De ces vocables qui les taguent
De ces mots en colliers de perles
Enfilées par magie du verbe
Sur les vers tout petits brins d’herbes
Que les métaphores emperlent
De grains d’or et de naturel
Que le poète peut extraire
Faisant des paillettes son miel
Comme l’orpailleur peut le faire
En amoureux des étincelles.
63
L’acte poétique
L’acte poétique
Est mystérieux
Il tutoie les dieux
Au non de l’éthique
De la maïeutique
Il fait accoucher
Pensées et idées
Par l’image née
Symboles couchés
Sur notre papier
Métaphores créées
Que l’on fait filer
Vocables procréés
Syntagmes collés
Ou juxtaposés
Font un vrai tollé
Sans s’interposer
La musique chante
Les mots qu’elle hante
Une mélodie
Inverse les choses
En palinodie
Célèbre la rose
À petites doses
Pour vanter les filles
Qui énamourées
Et bien entourées
Las se déshabillent
Pour jouer aux billes
Et parfois aux quilles
Danser la bourrée
Trop vite emballées
Et las enlevées.
64
L’alchimiste des mots
La poésie huile essentielle
Exprimée de la langue mère
Comme d’une orange navel
Ou d’un citron sel de la terre
Elle parfume de cristaux
De neige tous ses florilèges
Quand elle s’écrit sur soie grège
Mettant en exergue ses mots
Elle devient doux élixir
Du poète qui alchimiste
Transmue tous les mots sur la piste
Balsamique du réjouir
Saint baume de Judée Saint Chrême
Passé par l’alambic poète
Elle se transforme en vraie fête
Quand d’un rien faisant un poème
Elle distille toutes herbes
Pour en faire des alcools forts
Pour défier le mauvais sort
Grâce au charme de notre verbe
Que Dieu à l’aube de tous temps
Sut manier pour que soit le monde
Pour que la vie partout abonde
Alcool drogue baume ou onguent
La poésie nous soigne l’âme
Lorsque comme une huile essentielle
Elle nous charme et étincelle
Le cœur quand poète on se pâme.
65
La poésie bulle de savon
Pleine de couleurs irisées
Elle s’élève dans les cieux
Pour tutoyer déesses dieux
En gambadant sur leurs brisées
Puis pour éclater en cristaux
Si impalpables de lumières
Que viennent irradier leurs eaux
De gemmes sorties de la terre
Et se comparant aux étoiles
Las se résorbe en goutte d’eau
Las évaporée aussitôt
Que notre soleil se dévoile
Les bulles sous forme de vers
S’élèvent alors par myriades
Les plus petits ceux des sans grades
Comme les plus grands nés sous serre
Immatérielle et irréelle
C’est justement qu’imaginaire
Elle en devient enfin réelle
Pour se faire sel de la Terre
Son inutilité fragile
En fait justement la beauté
Et toute sa nécessité
Comme pour le naufragé l’île.
66
Les pépites d’or
La poésie vraie
Eclate en débris de verre
Autant de diamants
Autant de pépites d’or
Pour le poète fondeur.
En vrai joaillier
En bijoutier en orfèvre
J’assemble les mots
Sur le chaton de la langue
Pour en faire un beau bijou.
Je fouille les haldes
Où s’amoncellent les pierres
Trouver un cristal
Est ma quête en poésie
Dans un monceau de déchets.
La géode noire
Nous révèle un quartz diamant
Une fois coupée
En son milieu tapissé
De lumière en ses cristaux.
Un verbe puissant
Doit souffler du haut des cieux
Une brise un vent
Se muant en ouragan
Pour que la lumière soit.
67
L’art sans frontières
L’art sans frontières de Slava
Rostropovitch parcourt les ondes
De l’Internet faisant sa ronde
Des libertés à petits pas
Mélodies du violoncelle
Mêlées à celles du piano
Comme aux poèmes les plus beaux
Aux symphonies aux aquarelles
L’art sans frontières d’aujourd’hui
Né au pied du mur berlinois
Par la révolution amuïs
Accouché cela va de soi
Parmi les tags et les gravats
Doit sa liberté à Slava
Ses accords de violoncelle
Ont mis pour longtemps l’art en selle
L’art sans frontières maintenant
Chante les neuf muses c’est sûr
Pour atteindre le pur azur
En lançant un défi au temps
En lançant un défi aux dieux
Tout en se rapprochant des cieux
Mettant à portée de nos yeux
Les étoiles et nos vœux pieux.
68
Chasseur d’étincelles
Rostropovitch Aragon Elsa bien aimée
Trois noms trois sensibilités faisant le tour
De la poésie en donnant tout leur amour
Tournant le dos au laid à la beauté innée
Pour récolter à l’épuisette l’étincelle
De la vie frémissante comme un symbolon
Quand les deux parties jointes à la perfection
Illuminent l’esprit et le cœur qui se mêlent
Alliant la musique aux textes aux poèmes
Pour en faire un art complet égrenant les notes
Dans une cascatelle de mots qui tressautent
De l’image à la métaphore sur phonèmes
Devenant graphèmes par la magie du verbe
Qui investit tous les grands poètes en herbe.
69
La poésie libre
La poésie quand on la laisse
Choisir son chemin et que libre
Elle vagabonde sans freins
Se laisse aller comme cavale
Débridée ivre de l’espace
Comme jeune chiot découvrant
Le monde et ses plus beaux secrets
Il lui survient comme une étoile
De fulminer en réactions
En chaîne filant ses images
Ses métaphores tréfilées
Qui font ploc dans l’eau du bassin
Aux eaux étales et sereines
Qui d’un coup se troublent ridées
Pour révéler un autre monde
Un univers en parallèle
Construit en cercles concentriques
Qui s’éloignent du point d’impact
Tout en agrandissant leur spectre
À mesure qu’ils développent
Le cercle de la perfection
Le plus que parfait symbolon
La poésie court et gambade
Entame de longues ballades
À travers champs dans la campagne
Parcourt les ruelles des villes
Se fait rat des champs rat des villes
Grignotant jusqu’au cœur les gens
Et les choses devient lumière
Feux de Saint-Elme de Bengale
Étoile filante ou nova.
70
Le chaos ordonné
La poésie
Qu’elle soit blanche
Qu’elle soit rose
Ou encor noire
Jette ses couleurs
Dans notre univers
Muée en palette
D’un artiste peintre
Qui aurait décidé
De lancer sur la toile
La peinture éclatée
Comme au tout premier jour
Où du chaos naquit l’ordre
Dans l’extase de l’orgasme
De toutes les créations
Conduites par Dieu le Père
À l’origine du grand tout
Qui incréé seul sait créer
Par le charme du verbe créé
Tout ce qui est était sera
Du plus petit au plus grand l’objet
Devenant objeu et puis objoie
Au gré las de ses métamorphoses
Qui le font exister sans vergogne.
71
Le troubadour
72
Le jeu de la marelle
Un deux trois pirouette
Quatre cinq c’est la fête
La poésie compte par pieds
Par syllabes ou bien par mores
En assemblant les oxymores
Comme à tous poètes il sied
Le troubadour traque les notes
Sur une portée virtuelle
Pour une musique réelle
Qui dans sa tête son cœur trotte
Six sept on monte au ciel
En gerbe d’étincelles
Avec tous les mots qui fulminent
En métaphores en symboles
Et en images les plus folles
Qui pour la langue sont des mines
De temps en temps une pépite
Diamant entouré de sa gangue
Qu’on extrait rubis de la langue
Qu’on peut déceler dans mes suites
Huit neuf on est en poésie
Le contraire de l’aphasie.
73
Soleil noir
Pluie d’étoiles ou de météores
La poésie s’abat sur nous
En pluie d’abat comme c’est fou
Elle laisse ses traces d’or
Quelques paillettes de cristal
Emprisonnées comme figées
Contre le destin érigées
Un paravent contre le mal
Comme une pluie de corps célestes
Les images les métaphores
Répandent un nuage d’or
Brumisateur de palimpsestes
Ressuscitant les parchemins
Plusieurs fois grattés regrattés
Reprenant vie sans se hâter
Par magie et divers chemins
Comme la pluie des Perséides
La poésie en pluie d’abat
Strie notre ciel du haut en bas
Aux matines nones et ides
Comme les prières sacrées
Comme les moulins à prières
Qui font tout le tour de la terre
Dont gardent les traces nacrées
Nos florilèges de poèmes
Mes dits au goût sucré salé
Chez Copyright France emballés
Où neigent tous les mots que j’aime
Entre tous les ISBN
Ma propriété un peu vaine
Sur mes images mes symboles
74
Que souvent j’attrape en plein vol
Pour t’en faire un collier de reine
Pour t’habiller de mots encrés
Qu’avec la langue je dégomme
Et non pas avec une gomme
Pour au tréfonds de toi m’ancrer
Et sur ton corps remis à nu
Promener mes caresses
Pour en faire de jolies tresses
Frissonnantes sur ton corps nu
Que tu m’offres nue ingénue
Quand tu écartes bras et cuisses
Pour qu’au tréfonds de toi je glisse
Comme dans un trou noir et nu
Où m’attend ton soleil ma mie
Pour bien illuminer ma vie.
75
La poésie chantée
Dans sa forme de chansonnette
Rivalise avec la merlette
Avec le chant flûté la nuit
Du rossignol énamouré
Qui se tapit dans les fourrés
Pour appeler sa belle à lui
Rivalise avec la rosée
Qui se dépose en champs perlés
Comme des suites emperlées
De graphèmes de mots osés
Dans sa forme de chansonnette
Rivalise avec la chouette
Avec le beau chant des sirènes
Qui attirent dans les Abysses
Les marins qui vers elles glissent
Pour mourir dans des bras de reines
Dans un chant du cygne final
Qui se fait hélas requiem
Fado chant de mort cantilène
Complainte d’une mort létale
Dans sa forme de chansonnette
Rivalise avec la fauvette
Et le chant pur des cascatelles
Qui dévalent de la montagne
Depuis les glaciers qui regagnent
Leurs neiges d’antan en javelles
76
Pour abreuver d’une eau lustrale
Les gosiers assoiffés sans trêve
Qui quêtent sans fin tous les rêves
Et leur sève comme le Graal
Dans sa forme de chansonnette
Rivalise avec l’alouette
Qui dans un très long sifflement
Monte tout droit direct aux nues
Et redescend de même nue
Est sa chanson d’amant aimant
Comme un trait dépouillé d’attraits
Un interminable sifflet
Sabrant l’azur le firmament
Comme du soleil un doux rets
Dans sa forme de chansonnette
Rivalise avec la nonnette
Qui sait se montrer si discrète
Comme le petit roitelet
Quand elle danse son ballet
Et que ses graines elle quête
Ou comme le chardonneret
Qui du bout de la queue frétille
Et qui sur ses pattes sautille
Tout en pépiant sans arrêt
Dans sa forme de chansonnette
La poésie se fait bluette.
77
Feux de Saint-Elme
La poésie naît
Du réel imaginé
Les deux convergents
En une image un symbole
Sur point d’interrogation.
Elle est un mystère
Comme avant on en faisait
Dans le temps d’antan
Sur tréteaux devant l’église
Sur la place du marché.
Elle est la lumière
Qui tel un feu de Saint-Elme
Éclaire les hommes
Par ses flashes évanescents
Météores du langage.
Le verbe en graphèmes
Comme les étoiles naines
Comme le trou noir
Est le produit d’une union
Des parties pour faire un tout.
78
Le monde expansé
Recule vers l’infini
Nos oxymorons
Puis s’écroule sur lui-même
En un symbole épuré.
Comme un quartz diamant
L’éclat de la poésie
Sous sa gangue grise
Fulmine quand naît l’image
Sous l’écorce des graphèmes.
La poésie fait
Du poète un alchimiste
Un chiromancien
Un mage des anciens temps
Des transmutations de mots.
79
Sidérature et troubadours ou ménestrels
La poésie du cœur aubades
Qui chantent dès potron-minet
À la viole leurs virelais
La poésie en sérénades
En triolets en cavalcades
Se mue quand vers le soir venu
Elle ose enfin se montrer nue
Pour danser nue sur une estrade
La poésie en élégies
Qui chantent dès l’après midi
L’amour partagé dans leurs dits
Qui participent des magies
De ce verbe divinatoire
Qui semble tomber des nuées
En météores en buées
En métaphores d’une foire
Des mots la poésie en odes
Qui chantent tout le long des jours
Les hommages puis les amours
Comme les people à la mode
En poèmes réalité
Et au fil des jours qui trépassent
Le temps la vie l’amour qui passent
Poèmes d’actualité
80
La poésie de nos chansons
Qui disent comme nos trouvères
La geste de nos faits en vers
Qui chantent comme des pinsons
Comme ménestrels troubadours
De Picardie ou de Provence
Des territoires de l’enfance
Du Nord au Sud à Ventadour
La poésie d’une planète
Qui circule sur l’Internet
Sidérature sur le Net
Du Québec francophone en fête
À Paris dans la vieille France
Alger Tunis Rabat Norvège
Nous fabriquons nos florilèges
Sur notre Terre de l’enfance
Sur la Terre de tous nos vœux
Dont nous pressons les mots en jus
Quintessence de ceux des nues
Huile essentielle de nos cieux
Élixir d’amour de la langue
Potion de survie des cultures
Alicament de mon azur
Idéal pur au goût de mangue.
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