TF1 doit verser 32 millions d`euros à Spike Lee!
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TF1 doit verser 32 millions d`euros à Spike Lee!
Directeur de la publication : Edwy Plenel www.mediapart.fr deux heures et demie. Ils ont tenté de dire que c’était une rupture de contrat, mais Spike Lee a fait une version de 1h54. Ils ont alors estimé que ce n’était pas conforme au scénario», décrypte un agent de cinéma qui préfère conserver l'anonymat. Sans que l’on sache si le reproche alors adressé au film était d’être trop militant ou trop éloigné de la rentabilité économique envisagée… TF1 doit verser 32 millions d’euros à Spike Lee! Par Joseph Confavreux Article publié le vendredi 8 juillet 2011 Si la véritable raison du refus de TF1 Droits audiovisuels de distribuer le dernier film de Spike Lee était la crainte d'un gros risque financier, le pari est raté. TF1 vient en effet d’être lourdement condamné, pour ce refus de distribution, par le tribunal de grande instance de Paris. Un jugement, en date du 21 juin, condamne la chaîne à payer à Spike Lee et aux sociétés de production concernées, la rondelette somme de 32 millions d’euros! De Victor Hugo à Spike Lee TF1 a donc porté l’affaire devant le tribunal de commerce avant que Spike Lee ne contre-attaque victorieusement devant le tribunal de grande instance. «C’est une décision très importante, estime Agnès Tricoire. Le jugement impose le respect du contrat, mais aussi celui de la liberté d’expression. Le distributeur n’a pas à juger ce qui est présentable et ce qui ne l’est pas. Très souvent, dans la censure, on transforme en arguments économiques des arguments politiques dont on sait qu’ils seraient irrecevables.» C'est cinq fois ce que le film a rapporté comme recettes sur le marché américain! 24 millions d'euros sont payables immédiatement, puisque, même si TF1 a décidé de faire appel, le jugement est assorti de l’exécution provisoire, «ce qui est relativement inhabituel dans ce genre d’affaires», souligne Agnès Tricoire, avocate spécialisée en droit de la propriété intellectuelle. L’ampleur de la somme à laquelle a été condamnée TF1, bien supérieure aux recettes engendrées par le film sur le marché américain et sans doute à ce qu’elles auraient été sur le marché français, est également significative. Elle suggère que les juges du TGI de Paris ont tenu compte non seulement des aspects commerciaux de l’affaire, mais qu'ils ont aussi voulu dire qu’un film n’est pas uniquement une marchandise: c'est aussi un objet de création et un support de la liberté d’expression. Le public français avait été empêché de voir le film Miracle à Santa Anna, qui devait initialement sortir dans l’Hexagone à l’automne 2008. Le dernier opus du réalisateur de Do the Right Thing raconte la vie d’un commando afro-américain de la Seconde Guerre mondiale, piégé derrière les lignes ennemies pendant la campagne d’Italie, et dont l’un des membres vole au secours d’un enfant italien. Spike Lee s’était déplacé en personne au TGI de Paris pour expliquer qu’il avait été victime d’un préjudice très important, alors que la France est un territoire majeur pour son cinéma. Le préjudice qui lui a été accordé, en tant que personne physique, fait donc transparaître la question politique et esthétique derrière la question commerciale. À l’automne 2007, le réalisateur de Malcolm X et la filiale audiovisuelle du groupe Bouygues, TF1 International, devenue TF1 Droits audiovisuels, avaient pourtant signé un contrat de distribution. Mais, après un premier visionnage, les dirigeants de TF1 International décident de ne pas honorer leur engagement. «Ce genre d’histoire où des gens de la distribution se mêlent du contenu arrive fréquemment, mais tout le monde se tait parce qu’aucun artiste ou producteur français ne peut se permettre de se fâcher avec TF1. Spike Lee n’a pas les mêmes craintes et il a fait un procès exemplaire, qui pourra servir «Ils se sont rendu compte qu’ils avaient acheté trop cher le film et ont essayé de négocier à la baisse. Ils ont d’abord invoqué la durée du film, puisque Spike Lee devait livrer un film de moins de deux heures, et qu’ils avaient visionné une version dépassant les 1/2 Directeur de la publication : Edwy Plenel www.mediapart.fr de jurisprudence, car faire sanctionner la censure économique est, d’ordinaire, très difficile», tranche Agnès Tricoire. Quoi qu’il en soit, rappelle Agnès Tricoire, «on peut comparer cela à l’affaire géniale que Victor Hugo avait intentée contre la Comédie-Française. Hugo était venu en personne plaider sa cause devant le tribunal de commerce, en attirant les foules. Il reprochait à la Comédie-Française de ne pas assez jouer ses pièces au profit du répertoire classique, pour des raisons esthétiques et politiques, et que cela le privait de nombreux revenus. Et il avait gagné…» L’état-major de TF1, déjà malmené par les chutes d’audience, risque d’avoir à rendre des comptes car la perte est loin d’être négligeable pour un groupe mal en point financièrement. Il se murmure déjà que Patrick Binet, directeur de TF1 International, qui a géré le dossier, pourrait être remplacé par Laurent Storch, ancien directeur des programmes de la filiale audiovisuelle du groupe Bouygues. Voir la bande annonce de Miracle à Santa Anna Directeur de la publication : Edwy Plenel Directeur éditorial : François Bonnet Directrice général : Marie-Hélène Smiéjan Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS). Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007. Capital social : 1 538 587,60!. Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des publications et agences de presse : 1214Y90071. Conseil de direction : François Bonnet, Jean-Louis Bouchard, Michel Broué, Laurent Mauduit, Edwy Plenel (Président), Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. 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