Texte_réunion_amis j De Lathouwer-1

Transcription

Texte_réunion_amis j De Lathouwer-1
Texte de référence pour la réunion de l’AMIS du 15 juin
2006. Présentation de ma fonction de médiateur en
institution pédopsychiatrique
Définition
En nous inspirant de la définition de madame Guillaume Hoffnung en ce qui
concerne le concept de médiation nous pouvons définir la médiation en hôpital
comme un processus de construction ou de reconstruction du lien de soin axé sur
l'autonomie et la responsabilité des personnes concernées par des situations de
communication problématique ou conflictuelle dans lequel un tiers impartial,
indépendant, qualifié et sans pouvoir de décision, le médiateur, favorise à travers
l'organisation d'entretiens confidentiels leur communication, la gestion de leur conflit
dans le domaine de la relation de soin entendue dans sa diversité et dans son
évolution.
Je suis fort attaché à cette définition mais il s’agit là d’un concept qui vient se
confronter à ma pratique. Il va y avoir des entorses…
De manière générale donc, le processus de médiation est adressé à des acteurs
participants à la résolution du conflit. Il s'agit de se servir des ressources de chaque
acteurs entendez ici soignant et soigné afin d’obtenir, à tout le moins, un apaisement
de la difficulté. (jean Louis GENARD ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit qu’ « En recourant à la
médiation on présuppose alors que l'acteur dispose de ressources nécessaires à la prise en charge
de soi. Il est tendanciellement traité comme un égal, appelé à participer à la résolution de la
difficulté. »1)
Or voilà, dans le cadre de la santé mentale et peut-être aussi, mais cela vous le
savez mieux que moi, dans le cadre de la relation de soin patient soignant, il y a
souvent, pas toujours, un déséquilibre et il serait je pense malhonnête de feindre de
ne pas en tenir compte. On peut se demander par exemple si l’idéal d’égalité des
parties ne comporte pas un risque d’indifférenciation qui ne correspondrait à aucune
réalité. Toujours est-il, pour revenir à l’exercice de la fonction en santé mentale, que
si je m’arrête déjà à la demande qui est adressée au médiateur ; même si ce
médiateur est animé d’un souci de responsabilisation, de préservation ou de
restauration de l'autonomie, il devra souvent au risque de se fourvoyer sur la
demande initiale laisser une place aux manifestations des difficultés psychiques,
difficultés qui n'empêchent cependant à priori pas, un processus de médiation de se
mettre en place. Il est bien entendu que ce travail d’analyse de la demande n’est
pas propre ou réservé au travail en institution psychiatrique. Il revêt néanmoins
quelques particularités. J’illustre par un exemple : Arthuro (prénom d’emprunt) est un
jeune adolescent d’origine pakistanaise de 15 ans, Il vient me trouver avec un grand
sourire, moi je suis en permanence (je vous parlerai plus tard de mon fonctionnement
en permanence,) avec un grand sourire donc, il me demande si l’esclavage est
permis en Belgique. Je n’ai alors pas de peine à dire non mais je suis interloqué par
l’usage de ce terme « esclavage », Il ne veut pas m’en dire plus, si ce n’est qu’il
1
Jean Louis GENARD, in La Médiation en contexte, journée d’étude : Médiation et Santé mentale, Bruxelles le
24 septembre 2004, Les cahiers de la Santé de la Commission Communautaire Française, p.15.
Jean De Lathouwer : Médiation en institution pédopsychiatrique.
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n’entend pas quitter le local d’entretien tant que cette histoire d’esclavage continue
puisque c’est interdit. De quoi s’agit-il en fait, qu’est-il en train de me demander à
rester là?- Petit à petit, au cours d’une discussion que j’initie au moyen de thèmes
anodins (tournant autour de l’organisation de l’institution dans laquelle il réside) il
apparaît qu’Arthuro est fort touché, vous l’aurez peut-être deviné, par les allusions
faites par les soignants à sa couleur de peau. Ainsi, le terme esclavage qui pour moi
revêtait une symbolique lourde, semblait, pour Arthuro, bien moins confrontant que le
terme racisme ou discrimination (terme qu’il comprenait par ailleurs très bien). Je
m’arrête ici pour cet exemple bien qu’il y aurait beaucoup de choses à dires sur
justement l’indicible en santé mentale….
Ainsi donc, depuis la loi de 2002, les hôpitaux psychiatriques sont tenus de permettre
au patient d'introduire une plainte concernant l'exercice des droits octroyés par la loi
auprès de la fonction de médiation compétente (art. 11), je ne vous apprends rien.
En revanche, en recourant aux médiateurs des plates-formes de concertation pour la
santé mentale certaines institutions optent pour un service de médiation externe ce
qui laisse à mon sens, plus de possibilité au médiateur d’afficher justement son
« extériorité » par rapport à la problématique communicationnelle exprimée auprès
de lui. C’est dans ce contexte que j’exerce ma fonction. (Dans ce cas, qui me concerne,
une collaboration devra s'installer entre le médiateur et l'institution. Le médiateur devra connaître la
réalité de travail des praticiens professionnels ainsi que les grandes lignes du projet thérapeutique.
Pour ma part je demande aussi, outre de rencontrer les équipes soignantes, d’être au minimum
présenter à tous les patients de l’hôpital avant d’exercer ma fonction. Rappelons-le ici, l’ordre des
médecin l’avait déjà rappelé à notre réunion précédente : la direction de l'hôpital devra faciliter la mise
en place de l'espace de médiation.)
J’exerce la fonction de médiation en pédopsychiatrie où les questions que pose déjà
l’exercice de la fonction de médiation en santé mentale sont plus encore plus
sensibles.(question de responsabilisation, d’autonomie, d’égalité, de confidentialité,
de neutralité, d’être sans pouvoir,…) Après avoir rencontrer l’équipe soignante, j’y
reviendrai, je me fais invité à une réunion de jeunes pour me présenter et présenter
ma fonction, j’en profite aussi pour rappeler, et c’est nécessaire, les modalités
relatives à l’exercice du droit des mineurs. Je fait en quelque sorte avec les patients
mineurs le constat d’une différence2 qui sera souvent rappeler par moi lorsque
démarre un processus de médiation. A moi d’éviter l’écueil de reconnaître une
différence absolue qui contesterait de manière radicale l’égalité en droit et qui
enfermerait alors les jeunes soignés dans la différence3.
Je vais distinguer ma pratique et vous parler dans un premier temps de ma fonction
de médiation auprès des adolescents, et dans un second temps auprès des enfants :
L’organisation d’un espace de médiation avec les adolescents se fait en plusieurs
étapes. La première consiste à rencontrer les équipes soignantes. C’est l’occasion
pour moi de préciser le cadre de mon intervention, de découvrir le projet
2
Différence reposant sur la notion juridique de protection mais prônant également l’autonomie de chaque sujet
de droit.
3
Voyez entre autres à ce sujet M. HORASSUIS et J.J. KRESS Ethique et psychiatrie in le livre blanc de la
fédération française de psychiatrie pp. 14 à 22 et Carole YOUNES op. cit. pp.33à39. Ainsi que l’article 12 §2 de
la Loi relative aux droits du patient.
Jean De Lathouwer : Médiation en institution pédopsychiatrique.
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thérapeutique, de désamorcer certaines inquiétudes (méfiance d’être contrôler, sens
de faire quelque-chose que les soignants font, cela veut-il dire qu’ils le font mal,
donneur de leçons, pouvoir de l’enfant ou de l’adolescent etc) et d’entendre les
attentes suscitées par la mise en place d’un espace de médiation. Dans un second
temps, je rencontre les adolescents en réunion. Il s’agit là aussi d’un temps
d’échange sur ce nouvel espace de négociation de conflit qui leur est proposé. Un
petit texte explicatif est remis aux adolescents. Des permanences de médiation d’une
heure à une heure trente sont alors proposées à intervalles réguliers. (exemple de
déroulement à exposer : Arthuro, . ou Joséphine qui angoisse sur sa date de
sortie…)
L’utilisation de cet espace par les adolescents démontre avant tout une motivation
dans leur chef à recourir à un dispositif de convocation de la parole et nous nous
réjouissons régulièrement, médiateur et soignants, de cette démarche qui traduit
souvent de manière adéquate une tentative de rétablir ou d’interroger le lien avec
l’institution. (Les demandes qui me sont adressées peuvent paraître mal adressées, écoute,
précision de mon cadre d’intervention, réflexion autour d’un endroit où adresser leur problème et du
soutient que je peux leur proposer. Et puis il y a le droit à l’information : une jeune viens me trouver et
m’explique difficilement qu’elle croit quitter l’institution fin du mois de mars, mais qu’on ne lui en dit pas
plus mais. Au final son éducateur, en processus de médiation autour du droit à l’information, se réjouit
de sa mobilisation à questionner ; cette jeune avant, me dit-il, ne questionnait rien de se qui lui
arrivait : « position objectale »)
Nous avons pu remarquer que la permanence s’intègre dans le dispositif d’échange
relationnel de l’hôpital. Il ne faut pas sous estimer la mobilisation des ressources que
nécessite cette démarche pour des jeunes parfois fort démunis ou en difficulté
d’élaboration psychique. Elle traduit dans la plupart des cas un investissement à
rencontrer et à traiter une difficulté.
J’ai aussi transformé une période en un moment d’information collectif sur les droits
et obligations des mineurs en institution.
•
FONCTION DE MEDIATION AUPRES DES ENFANTS
Les jeunes enfants psychiatrisés n’ont pas toujours accès à la parole, souffrent
souvent de difficulté d’apprentissage et de compréhension en lien avec leurs
difficultés psychiques. La notion même de médiation est alors difficile à présenter.
De nombreuses rencontres avec les équipes soignantes ont eu lieu afin de penser
ensemble comment donner, dans ce contexte, un sens au prescrit légal qui prône
pour chaque patient hospitalisé l’accès à la fonction de médiation. Dans ces petites
institutions, je suis en train de me rendre repérable, c’est déjà pas mal si certains
enfants peuvent se rendre compte que je suis quelqu’un d’extérieur qui peut venir
faire le troisième dans une relation afin que celle-ci se passe mieux. Alors je viens de
manière régulière, tous les 15 jours, partager des moments de vie avec les enfants et
je me présente à chaque interpellation de l’un d’entre eux comme quelqu’un venant
de l’extérieur à qui on peut s’adresser lorsque c’est difficile avec un adulte de
l’hôpital. Mais un adulte, c’est un adulte. Je vais opérer devant vous ma
transformation en médiateur pour enfants avec de grandes difficultés psychiques
(présentation d’un badge de médiateur)
Un second temps est envisagé pour l’exercice de ma fonction avec ses enfants. Il
Jean De Lathouwer : Médiation en institution pédopsychiatrique.
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consisterait à mettre en représentation le recours à un tiers lors de jeux de rôle,
l’enfant étant un spectateur. L’objectif premier est de familiariser l’enfant à un
processus de triangulation de la parole ou (piste à explorer) de la mise en acte
Avec des enfants moins déficitaires, de courts moments de permanences ont aussi
été proposés et utilisés par quelques enfants. (Quatre entretiens avant hier le
premier : problème avec sa maman qui est un adulte alors c’est à moi qu’il souhaite
en parler, le second comment embrasser avec la langue, le troisième raconte ce qu’il
a fait, quatrième je sors avec une fille vous savez, vous venez de la rencontrer juste
avant, elle a dû vous le dire).
(Je voudrais dire encore un petit mot sur ma fonction) DE MEDIATION AUPRES DES
PARENTS OU DU TUTEUR
« Si le patient est mineur, les droits fixés par la présente loi sont exercés par les
parents exerçant l’autorité sur le mineur ou par son tuteur » (Art. 12 § 1er )4
Ma fonction de médiation est accessible aux parents ou tuteur. D’abord car l’article
12 rappelle que les droits du mineur sont exercés (en tout ou partie) par ses parents
ou son tuteur. Un ou des parents, un tuteur, pourraient ainsi m’interpeller dans le cas
où ils estiment que leur enfant rencontre une difficulté avec un soignant. Il s’agit alors
pour moi d’évaluer la part que les parents ou tuteurs pourraient occuper dans le
processus ainsi que la pertinence à laisser des parents ou tuteurs prendre une part
active dans une relation patient-soignant. A ma connaissance une telle demande
faite par un parent ou tuteur d’exercer le droit d’accès à la fonction de médiation pour
son enfant mineur n’a jamais été faite. Toujours est-il que je serai amené, le cas
échéant, à jauger l’impact d’une telle « intrusion » dans la relation de soin.
Ensuite, car les parents ou tuteur en tant qu’adulte responsable du mineur, peuvent
légitimement souhaiter être partenaire au programme de soin. L’institution de soin
demande d’ailleurs souvent ce partenariat. Permettre l’accès à la fonction de
médiation aux parents ou tuteurs, si ces dernier estimaient leur relation avec un ou
plusieurs prestataires de soin difficile ou problématique, découle naturellement de
ses demandes souvent réciproques entre parents, tuteur et soignants. J’adresse en
ce sens un courrier à chaque famille ou tuteur des mineurs hospitalisés. De manière
générale, cette ouverture de la fonction de médiation aux familles et tuteurs est
accueillie favorablement par les institutions. J’ai déjà eu plusieurs échanges de
courrier et de coup de téléphone avec des familles en ce qui concerne ce second
point.
Conclusion ( ?)
Je voudrais simplement conclure en disant que je pense qu’il y a plein de chose à
inventer en ce qui concerne la médiation en institution de soin.
4
Il faut selon nous lire ce § au regard du suivant qui stipule : « Suivant son âge et sa maturité, le patient est
associé à l’exercice de ses droits. Les droits énumérés par la présente loi peuvent être exercés de manière
autonome par le patient mineur qui peut être estimé apte à apprécier raisonnablement ses intérêts. »
Jean De Lathouwer : Médiation en institution pédopsychiatrique.
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