COPENHAGUE ULTRAMODERNE
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COPENHAGUE ULTRAMODERNE
STYLE COPENHAGUE ULTRAMODERNE La capitale danoise ne fait pas que dans le design vintage. C’est une ville qui fait rimer innovation et création dans tous les domaines, de l’architecture à la gastronomie, des musées à l’hôtellerie. Par Clara Le Fort - Illustration : Charlotte Smith UN MUSÉE : LOUISIANA Quand on arrive au Louisiana depuis la petite gare d’Humlebæk, on découvre une maison modeste donnant sur une cour pavée. Si ce n’était l’imposante sculpture en bronze, on penserait s’être trompé d’adresse. Lire le cartouche, c’est accéder au royaume discret, et expert, de cet incroyable musée : une Reclining Figure 1969-70, d’Henry Moore ouvre la voie à un jardin de sculptures unique au monde. Face au détroit d’Øresund, des œuvres signées Calder, Joan Miró, Jean Arp, Richard Serra, Max Ernst ou Jean Dubuffet composent un paysage abstrait. À l’intérieur, au fil des galeries, on découvre une collection impressionnante de sculptures de Giacometti, une exposition cinétique, on voyage au temps des années 60 utopiques ; Vasarely, Soto, Morellet, Julio Le Parc s’y pressent en autant de pièces graphiques, lumineuses et contrastées. Inaugurée début mars, l’exposition « Illumination, New Contemporary Art at Louisiana », (jusqu’au 11 septembre 2016) présente les dernières acquisitions de cette remarquable institution : photographies d’Andreas Gursky et Cindy Sherman, toile striée signée Gerhard Richter, installation de Yayoi Kusama, œuvre majeure de Georg Baselitz côtoient des Tacita Dean, Franz West ou Yoko Ono à faire pâlir les plus grands commissaires. Musée ouvert tous les jours de 11 heures à 22 heures, sauf le lundi. Le week-end de 11 heures à 18 heures. www.lousiana.dk Le Lousiana, un lieu magique avec la mer comme décor. 56 – LE S E CHOS WE E K- E ND Révélation danoise, Kadeau explore la nature insulaire de l’île de Bornholm où le chef Nicolai Nørregaard a fait ses premières armes en ouvrant un restaurant « botanique » dès 2007. Devenu en un éclair une référence gastronomique, Kadeau vient de se refaire une beauté. Dans ce nouvel espace, le studio OeO a retranscrit l’ambiance des fermes danoises dans une version moderniste qui fait la part belle aux matières naturelles et produits insulaires. Passée une porte privée donnant sur un long couloir, on débouche sur un mur de bocaux en rangs serrés : là des heures de cueillette fermentent ou s’affinent dans un assortiment coloré de jus vinaigrés, salés, saumurés, etc. Fleurs de poireau, fraises vertes et cônes de pin miniatures, pétales de rose des sables (qui poussent en été devant l’entrée JENS FREDERIKSEN/LOUISIANA MUSEUM OF MODERN ART UN RESTAURANT : KADEAU VOYAGES du restaurant) et fleurs de sureau s’invitent au milieu d’asperges, oignons entiers confits et variétés de champignons séchés. Donnant sur la cuisine centrale – un magnifique îlot en bois travaillé de manière artisanale à partir des plus belles essences de la manufacture Dinesen –, la salle du restaurant se découvre comme une résidence à vivre. Faisant l’apologie du design danois, Dinesen et OeO ont composé un écrin sensationnel. Aller dîner chez Kadeau est un voyage en soi. Vesterbrogade 135, fermé le dimanche et lundi. www.kadeau.dk UNE SOIRÉE EXPÉRIMENTALE : THE SOCIAL ACT Si la scène fooding danoise n’en finit plus de se réinventer, c’est grâce à des talents comme Bo Lindegaard et Lasse Askov (ancien chef étoilé). Terreau fertile pour les concepts novateurs, Copenhague reste surtout, et avant tout, une capitale où l’on aime manger, s’attabler, partager. Les dîners The Social Act ont cette dimension car ils s’orchestrent comme une réunion entre amis, un marivaudage gourmand. On réserve en ligne une de leur soirée expérimentale, variation autour de la « comfort food ». On se présente en couple ou entre amis dans leur laboratoire du quartier de Fiskbaren, prêts à être dissociés au fil du jeu de chaises musicales, inhérent au dîner. Un churro au cheddar et sauce à l’oseille, des olives recouvertes de marc de café et une bière au concombre lancent les conversations autour de l’apéro, informel. C’est le style de la maison, loin des recettes moléculaires et alambiquées. On s’assied ensuite face à une bouilloire électrique, étrange centre de table censé « activer le dialogue social » : pour l’occasion, un bol de soupe chinoise revisitée avec des lamelles de seiche et fenouil. Prière de verser la poudre verte, de déballer ses baguettes. Qui commencera à remplir les mesures d’eau bouillante ? « Rappelez-vous, le ridicule ne tue pas », lance Bo Lindegaard. Quel que soit le contexte, la glace est rompue, le courant passe ; autour de la table haute des liens se créent. Dans la pièce d’à côté, on déguste un carré de pissaladière à pleine main depuis une boîte en carton – les Niçois en seraient renversés. En toile de fond, une dégustation de vins portugais anime les plus experts. Le temps file, déjà quatre heures que l’on est arrivé, et on en redemande. Résultat immédiat, The Social Act compte parmi les dîners les plus prisés en ville. Compter 500 DKK le dîner (68 €). Réserver à l’avance. www.thesocialact.dk Un fameux cinq-mâts… UN OUVRAGE D’ART : LE PONT D’OLAFUR ELIASSON DENMARK MEDIA CENTER À la nuit tombée, il émerge comme un cinq mâts en partance. Dernière œuvre majeure de l’artiste danois, Cirkelbroen (le pont circulaire) fait écho à son enfance islandaise quand il déambulait entre les nombreux bateaux dans le vieux port d’Hafnarfjördur, proche de Reykjavik. Ancré dans la culture nordique, donc, ce pont destiné aux piétons et cyclistes est situé face au Black Diamond, la bibliothèque royale danoise. D’un côté du canal, le trapèze monumental conçu par l’agence d’architectes Schmidt Hammer Lassen ; de l’autre, les formes rondes et aquatiques du pont qui semble zigzaguer. Composé de cinq plates-formes qui avancent sur l’eau, le Cirkelbroen se transforme en vigie lumineuse le soir venu. Habillé de fils tendus orange vif, il apporte vie et mouvement à ce quartier d’affaires en plein développement situé sur la rive nord de Christianshavn. « Le Cirkelbroen rend la mer plus proche. Je travaille autour des éléments transitoires – le vent, le brouillard ou l’eau – et la structure du pont incarne cette fugacité : sa stabilité s’oppose au passage de l’eau, indissociable du front de mer. Il ouvre de nouvelles perspectives au cœur de la ville », analyse Olafur Eliasson. UN LIT : L’ESPRIT DE SUITE Bien connu pour ses suites modernistes signées Børge Mogensen, Finn Juhl, Nanna Ditzel ou Arne Jacobsen, l’Hotel Alexandra se dote d’une « collector’s suite » qui pousse le concept un LE S E CHOS WE E K- E ND – 57 STYLE VOYAGES Entrer dans le ventre de la baleine… bleue. imprenable sur la ville. Vintage, luxe ou design, les suites aux derniers étages ont du chien. H. C. Andersens Blvd. 8, 1553 København V. www.hotelalexandra.dk Kongens Nytorv 34, 1050 København K. www.dangleterre.com Sankt Peders Stræde 34, 1453 København, www.brochner-hotels.dk UN AQUARIUM : LA PLANÈTE BLEUE cran plus loin encore. Fruit d’une collaboration avec le galeriste et fin collectionneur Anders Petersen, la suite 570 fait revivre les années 70 grandeur nature. Une T-Chair rouge d’Arne Jacobsen, une étagère murale signée Sven Ellekjær, un canapé noir lustré d’Hans Olsen et des toiles de Kjeld Jensen… On se croirait dans un décor digne de la série « Mad Men ». Concept également novateur : les pièces sont toutes disponibles à la vente, ce qui poussera le décor de cette suite traversante à se renouveler sans cesse. « Chez nous, au Danemark, le mobilier design vit : il ne s’expose pas comme une sculpture précieuse au milieu du salon, il fait partie de quotidien. Je voulais partager cette sensation avec les clients de l’hôtel », explique Anders Petersen. Autre ambiance à l’Hotel d’Angleterre. Le bâtiment datant de 1755, a récemment rénové à grands frais. Sa suite royale s’étire sur 250 m2, son bar à champagne est signé Space Copenhagen. Ce cinq-étoiles accueille la seule véritable piscine de la capitale. Beaucoup plus design SP 34 propose un luxe bohème avec des penthouses avec vue Den Blå Planet, c’est le nom danois du nouvel aquarium national du Danemark. Géant, il couvre, 15 000 m2, contient 70 réservoirs totalisant 7 millions de litres d’eau. Dans cet espace, 450 espèces aquatiques différentes, rassemblant requins-marteaux et oiseaux marins des îles Feroë, anacondas et crocodiles nains, ou encore de mystérieux poissons aveugles qui peuplent les profondeurs des grottes. Agrandit en lieu et place du bâtiment originel datant de 1939 sur l’île d’Amager, sa forme parabolique surprend : imaginé par l’agence 3XN, l’ensemble « se rapproche d’un élément naturel », selon l’architecte Kim Herforth Nielsen. « Nous voulions créer un sentiment d’aventure qui puise son inspiration dans les tourbillons océaniques et soit, en même temps, une sculpture posée sur la terre ferme. » Le bâtiment fait le lien entre les éléments : l’eau, la terre et l’air (du large). Si l’édifice est immense, et énergivore, il joue la carte de l’écologie : l’eau salée vient de la mer, l’eau douce de la collecte des eaux de pluie et jouent un rôle important dans la régulation de la température du bâtiment. Jacobs Fortlingsvej, 1 2770 Karstrup, en bordure de la plage d’Amager. Métro, ligne 2, station Kastrup. Entrée: 144 DKK (18 €). Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we 5 CHOSES QUE L’ON NE SAIT PAS SUR COPENHAGUE 03 En été, on va nager aux Havnebade (les bains du port), conçus par l’architecte Bjarke Ingels à Islands Brygge. www.visitcopenhagen. com/copenhagen/ harbour-bath-islandsbrygge 04 L’incroyable Maison des éléphants, au zoo, a été construite à grands frais par Norman Foster, dont c’est la première œuvre dans le domaine animalier. 05 A Copenhague, le nombre des vélos est supérieur à celui des habitants. Avec près de 400 km de pistes cyclables, la capitale accueille 40 000 cyclistes/jour. 58 – LE S E CHOS WE E K- E ND JAN WLODARCZYK/ALAMY/HEMIS.FR 02 Une tradition qui court depuis les années 70 : les danois ont mis en place un système d’invitations payantes qui permet à tout un chacun de diner chez et avec des locaux ! « Meet the Danes » organise près de 3 000 dîners par an. www.meetthedanes. com Une capitale où l’on aime manger et partager. CHRISTIANE HELSTED JUUL 01 Ouverts en 1843, les jardins de Tivoli sont le deuxième plus vieux parc d’attraction au monde (après Bakken, également au danemark). Le soir, ils s’illuminent de 10 000 lumières. www.tivoli.dk
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