Etiologie du diabète de type 2 : la voie du consensus
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Etiologie du diabète de type 2 : la voie du consensus
Apprivoiser l’épidémie Etiologie du diabète de type 2 : la voie du consensus En 1965, le rapport sur le diabète de la Commission d'experts de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avertissait des dangers de l'émergence d'une épidémie de diabète. A cette époque, la prévalence du diabète dépassait rarement les 2 %. Aujourd'hui, nous savons que plus de 194 millions de personnes à travers le monde sont atteintes de diabète. En 2025, le nombre de personnes atteintes de diabète dans le monde dépassera les 333 millions… sauf si nous agissons dès maintenant. >> Consensus à Colombo De stratégies préventives à grande échelle sont nécessaires dès maintenant pour réduire l'exposition des populations aux principaux facteurs de risque et renforcer la prise en charge des personnes atteintes de diabète. Une première étape est d'arriver à un accord sur les raisons de cette pandémie. Une réunion spécialement convoquée à cet effet s'est tenue à Colombo, au Sri Lanka en juillet 2002. Organisée par la Diabetes Association of Sri Lanka, l'événement a rassemblé plus de 350 experts représentant 30 pays. Le document de consensus résultant de cette réunion est reproduit à la page suivante. Ce que disent les experts George Alberti – Président de la FID La pandémie de diabète grandit à un rythme encore plus soutenu que prévu et Juin 2003 Volume 48 Numéro spécial il est urgent d'agir. En particulier, le diabète de type 2 se répand chez les plus jeunes à un rythme alarmant. Pierre J. Lefèbvre – Président élu de la FID La prévention primaire du diabète de type 2 nécessite des changements profonds du mode de vie, éventuellement combinés, dans certains cas, à une pharmacothérapie contrôlée. Des données récentes venant de Chine, des Etats-Unis et de Finlande ont montré que de telles interventions pouvaient avoir de bons résultats. Leur mise en œuvre au niveau mondial exigera un effort de concertation de toutes les composantes de la société, en particulier aux niveaux éducatif et politique. Rhys Williams – Economie de la santé Le diabète et ses conséquences coûtent cher. C'est bien connu. Le fardeau économique du diabète exerce 28 © mauritius une pression économique grandissante sur la santé publique de tous les pays. Ce que l'on sait moins, c'est que la plupart de ces coûts, comme le diabète lui-même, peuvent être évités. Le seul moyen sûr de réduire ces coûts est la prévention primaire. Graham Hitman – Génétique Le diabète est une condition multifactorielle avec des composants génétiques et environnementaux importants. La médication actuelle du diabète ne fait qu'améliorer la Apprivoiser l’épidémie condition plutôt que de contrer tous les effets métaboliques associés au diabète de type 2. L'espoir est que l'identification des gènes qui prédisposent les individus au diabète de type 2 aura un impact sur les nouveaux traitements. Philippe Froguel – Génétique L'obésité est une condition multifactorielle due à des facteurs environnementaux affectant des gènes vraisemblablement impliqués dans l'équilibre énergétique et dans la partition des nutriments. Alors que l'adiposité est un des phénotypes humains les plus héréditaires, on connaît mal ses gènes régulateurs. De plus, l'obésité est étroitement liée au syndrome métabolique et au diabète de type 2. Les mécanismes moléculaires impliqués restent un mystère. Charles Hales – Origines fœtales L'hypothèse du phénotype dit d'épargne (thrift phenotype) contient plusieurs propositions clés. Tout d'abord, que le rationnement nutritionnel du fœtus entraîne un ordre de priorité dans la croissance des organes chez le fœtus de sorte que, par exemple, la croissance du cerveau est épargnée par rapport à celle des viscères (épargne prénatale). Deuxièmement, que la croissance et le développement du fœtus sont modifiés pour adapter le nourrisson à la survie dans des conditions de rationnement nutritionnel (épargne postnatale). David Phillips – Origines fœtales Un faible poids à la naissance ou d'autres indices de croissance fœtale sous-optimale, notamment un retard de développement ou une maigreur à la naissance, sont associés à une plus grande prévalence des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires (MCV), y compris le diabète de type 2, l'hypertension artérielle et la dyslipidémie à l'âge adulte. Ces observations suggèrent que les origines du diabète et des MCV se trouvent dans le tout début de la vie et que la prévention de ces conditions peut dépendre de l'amélioration de la santé et de la nutrition de la mère. CS Yajnik – Origines fœtales Des aberrations de la croissance intra-utérine et postnatale, le mode de vie urbain et l'environnement augmentent le risque de syndrome d'insulino-résistance et de MCV. L'adiposité est peut-être le composant le plus important du phénotype d'épargne chez les Indiens (Inde). Les mesures de prévention du diabète et des MCV devront commencer dès le tout jeune âge et se poursuivre tout au long de la croissance. Martin Silink – Mode de vie L'épidémie mondiale d'obésité et de diabète de type 2 touche à présent les enfants et les adolescents. Les données de l'OMS indiquent que parmi les 22 millions d'enfants définis comme obèses à travers le monde, 6,2 millions vivent en Asie du sud-est et dans les régions du Pacifique occidental. La généralisation de l'obésité chez les enfants est accompagnée d'une augmentation des cas de diabète chez les enfants et les adolescents. Kaichi Kida – Mode de vie L'obésité chez l'enfant a augmenté parallèlement à une occidentalisation ou modernisation rapide des modes de vie dans de nombreuses régions du monde, notamment la région AsiePacifique. 29 Ambady Ramachandran – Mode de vie La prévalence du diabète atteint des proportions épidémiques dans les zones urbaines de l'Inde. Elle touche 12 % des adultes urbains de plus de 20 ans. Des études épidémiologiques ont montré que le diabète était associé à l'urbanisation, la modification du mode de vie, des facteurs socioéconomiques, l'indice de masse corporelle (IMC) et d'adiposité centrale définie par un rapport taillehanches élevé. George Chrousos – Stress L'exposition du cerveau en développement à un état de stress intense et/ou prolongé peut conduire à une hyperactivité/hyperréactivité du système nerveux, la suppression des fonctions reproductives, de croissance, thyroïdiennes et immunitaires, et des modifications de la perception de la douleur. Ces changements peuvent s'accompagner d'un comportement anormal pendant l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte, y compris une peur excessive (syndrome de l'enfant inhibé) et des comportements dépendants, une dépression et un développement progressif de composants du syndrome métabolique, y compris une obésité viscérale et une hypertension. Constantine Tsigos – Stress Le stress a souvent été soupçonné d'avoir des effets importants sur l'homéostase du glucose. Les éléments stressants dûs à l'environnement chez les individus génétiquement prédisposés peuvent représenter une contribution pathogène importante au développement de l'insulino-résistance et du diabète. Juin 2003 Volume 48 Numéro spécial Apprivoiser l’épidémie Document de consensus sur l'étiologie du diabète de type 2 Proposition augmentation actuelle de la prévalence du diabète de type 2 au niveau mondial – acceptée avec un niveau d'évidence A augmentation de l'incidence du diabète de type 2 chez l'enfant et l'adolescent – acceptée avec un niveau d'évidence A Génétique Il est reconnu que la génétique joue un rôle important dans l'étiopathogenèse du diabète. Des formes monogéniques ont été identifiées. Des gènes de prédisposition ont également été identifiés dans les formes communes du diabète de type 2. Des études génétiques ont contribué à la découverte de nouveaux mécanismes pathogènes. © image bank Accepté en tant que facteur étiologique significatif – niveau d'évidence A. Des études complémentaires doivent être menées. Conseil génétique non recommandé pour le moment. Origines fœtales Des études épidémiologiques ont indiqué une plus grande incidence du diabète de type 2 chez les sujets qui avaient un faible poids à la naissance. L'hypothèse que la nutrition de la mère puisse avoir une profonde répercussion métabolique sur l'enfant a été confirmée par d'excellentes études mécanistes sur les animaux. Un faible poids à la naissance accepté en tant que facteur étiologique significatif – niveau d'évidence A. une carence nutritionnelle du fœtus augmente le risque de syndrome métabolique et de diabète de type 2 et la sur-nutrition postnatale peut aggraver le syndrome les études menées sur les animaux confirment cette hypothèse. Une recherche clinique approfondie sur les êtres humains est recommandée Juin 2003 Volume 48 Numéro spécial 30 Apprivoiser l’épidémie Mode de vie Nous sommes confrontés à une épidémie mondiale d'obésité qui touche toutes les tranches d'âge. L'obésité est associée à l'insulino-résistance. Il y a une étroite association entre l'obésité, le diabète, la tolérance abaissée au glucose (IGT) et les maladies cardiovasculaires (MCV). La sédentarité est indépendamment associée à l'augmentation de l'insulino-résistance. Une modification du mode de vie chez les sujets atteints d'IGT freine la progression du diabète. Accepté en tant que facteur étiologique significatif – niveau d'évidence A. Stress Des preuves irréfutables sur les animaux et des études mécanistes suggèrent une relation entre le stress et l'insulino-résistance et une prédisposition au diabète de type 2. Accepté en tant que facteur étiologique – niveau d'évidence B. Evaluation approfondie recommandée © image bank Prévention primaire Tous les éléments susmentionnés soulignent l'urgence de la prévention primaire du diabète de type 2 et facilitent l'introduction de programmes qui doivent être adaptés aux circonstances locales pour être efficaces. Ces programmes doivent inclure une modification du mode de vie chez toutes les personnes à risque. Des actions concertées par les gouvernements et des organisations non-gouvernementales devraient se concentrer sur les points suivants : augmentation de la sensibilisation promotion de l'éducation à tous les niveaux sensibilisation multi-sectorielle Niveau d’évidence A = acceptation totale Niveau d’évidence B = acceptation partielle, des preuves supplémentaires sont nécessaires 31 Juin 2003 Volume 48 Numéro spécial