LE SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE – DIDEROT
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LE SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE – DIDEROT
TEXTE 3 – LE SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE – DIDEROT – XVIIIème SIÈCLE D'où vient la force de persuasion du discours du vieillard ? INTRODUCTION 1. Auteur + son époque + ses caractéristiques 2. Le Voyage de Bougainville + Le Supplément au voyage de Bougainville + thème général 3. Présentation du texte LECTURE ANNONCE Dans ce discours, le vieux tahitien s'adresse directement à Bougainville et aux colonisateurs qui ont corrompu la vie sauvage en apportant les habitudes des européens. Pour répondre à la question « D'où vient la force de persuasion du discours du vieillard ? », j'étudierai trois axes : 1. La situation de communication 2. L'opposition entre la vie sauvage et la civilisation 3. Un discours persuasif EXPOSE I – La situation de communication L'observation du texte révèle une situation constante de communication orale avec des variations. A – Une communication directe Nous pouvons observer la présence de signes de ponctuation ( : « » ) et de verbes de parole comme « s'adressant » et « ajouta » (l. 1). De plus, les marques de personnes sont très utilisées. Une autre marque de l'oralité est l'interpellation à la 2eme personne avec « et toi » (l. 1) et « qui-es-tu » (l.13) qui entraîne des questions rhétoriques et des apostrophes. Au niveau des temps verbaux, nous pouvons noter l'utilisation du mode impératif : « écarte » (l. 2) ; « dis-nous » (l. 14). Celui-ci est utilisé pour rappeler l'esclavage et le rapport des Européens aux Tahitiennes. Mais le temps le plus répandu dans ce texte est le présent de l'indicatif, qui est le temps de la parole (avec le rappel des différents faits antérieurs aux temps composés) Cette communication directe met en relation une variation d'interlocuteurs. B – Les personnages en scène Les personnages en scène montrent cette variation : 1. Orou : entre les ligne 13 et 16 le vieux Tahitien s'adresse à lui, avec l'apostrophe « Orou ! toi [...] » (l. 13). Il effectue un appel à témoin avec « comme tu me l'as dit à moi-même » (l. 14-15), en utilisant l'impératif et en effectuant une répétition du verbe dire. 2. Bougainville : Il apparaît pour la première fois à la ligne 1 et est souvent représenté par la 2eme personne du singulier (en particulier entre les lignes 1 à 9, 11 à 13 et 16 à 33). 3. Les Européens : Ils sont représentés par le 2ème personne du pluriel 4. Le vieux Tahitien : Il n'utilise la 1ere personne du singulier qu'à trois reprises (l. 6, l. 14, l. 15). Tout le reste du temps il s'inclut ds le groupe des Tahitiens avec le 1ere personne du pluriel. Ces deux groupes en présence représentent deux mondes antagonistes, deux civilisations opposées. II – L'opposition entre la vie sauvage et la civilisation A travers ce discours le lecteur voit se dessiner deux modes de vie antagonistes. A – La civilisation brutale et destructrice Cette image se révèle à travers les champs lexicaux et connotations de la violence, de la domination et de la vengeance. Ceux-ci sont surtout présents lorsque le locuteur s'adresse à Bougainville. Cela dénote la mentalité colonisatrice des Européens, qui s'oppose à celle des Tahitiens qui présentent une image idyllique de leur vie. B – La vie sauvage idyllique Cette vie sauvage est présentée comme idyllique car la Tahitien en fait l'éloge de manière directe ou indirecte. Les traits spécifiques de la vie sauvage ses dégagent grâce à l'image des Tahitiens : 1. Leur état de bonheur associé à la nature est considéré par les hommes civilisés comme un forme d'ignorance : « notre ignorance » (l. 32), « nous sommes innocents, […], heureux » (l. 3), « notre bonheur » (l. 4), « le pur instinct de la nature » (l. 4). 2. L’absence de toute forme de propriété : « distinction du tien et du mien » (l. 6), « nous sont communes » (l. 7) 3. La liberté est une valeur fondamentale chez les Tahitiens et ils la reconnaissent et la respectent chez les autres : « esclaves » (l. 13), « tu veux nous asservir » (l. 23-24), « quel droit […] qu'il n'ait pas sur toi » (l. 26-27). 4. Le respect d'autrui ; le comportement du vieillard montre l'absence de révolte et de réaction de violence : « nous avons respecté notre image en toi » (l. 30). Entre les lignes 24 à 30, il y a de nombreuses interrogations au passé simple (antériorité) présentant une association des 1eres et 2emes personnes. Celles-ci rappellent tout ce que les tahitiens auraient pu faire mais n'ont pas fait. D'une manière efficace, ce discours permet une double exposition : reproche de l'abomination ; modèle de la liberté et de la tolérance. L'opposition de ces deux groupes et l'éloge de la vie sauvage sont mises en évidence grâce au discours persuasif du vieillard. III – Un discours persuasif Construit sous une apparence de spontanéité, il est en fait rigoureux et d'un point de vue qui ressemble à celui des philosophes. Il est rendu persuasif grâce au rôle des interlocuteurs et sa présentation. A – Rôle des interlocuteurs Les interlocuteurs, variés, permettent de passer en revue les différents cas envisagés et donnent une grande variété au discours. 1. « Tu » désigne Bougainville (sauf aux lignes 12 à 16). Il est le sujet des verbes au présent pour monter l'immédiateté de l'action ou sa généralité. Il est le sujet de verbes au passé lorsque le vieux tahitien établit un récapitulatif de l'arrivée et des actes de Européens. 2. Entre les lignes 12 à 16, « Tu » désigne Orou, l'interprète tahitien. Il permet de faire intervenir un nouvel avis. 3. « Nous », lorsqu'il est sujet de verbes au présent, attire l'attention sur le caractère propre des tahitiens : « nous sommes innocents/heureux ». Il est sujet de verbes au passé surtout pour souligner des actions non réalisées par les Tahitiens. B – La présentation du discours Ce discours est basé sur l'exposition de situations hypothétiquement inversées et sur des symétries. Il présente de nombreuses antithèses : 1. « dieu » / « démon » (l. 13) 2. « brigands » / « innocents » (l. 1 et 3) 3. « libres » / « esclavage » (l. 11-12) 4. « heureux » / « nuire au bonheur » (l. 4-5) 5. « tien » / « mien » (l. 6) 6. « pas esclave » / « veux nous asservir » (l. 23) 7. « tout est à tous » / « distinction » (l. 6) 8. « à nous » / « à toi » (l. 15-16) 9. « brute » / « frère » (l. 25) 10. « ignorance » / « lumières » (l. 32-33) 11. « liberté » / « mourir » (l. 24-25) Toutes ces oppositions,mises en parallèle et en symétrie, forment un véritable jeu de miroirs entre les civilisés destructeurs et les barbares humains et conduisent à une réflexion sur les systèmes de valeur et de tolérance. Conclusion Le discours du vieux Tahitien construit avec une apparente spontanéité est à la fois un plaidoyer pour la vie naturelle et le respect d'autrui et un réquisitoire contre la barbarie. Ouverture : 1. Actualité 2. Esclavage au XVIIIeme 3. Le Supplément au voyage de Bougainville 4. Cannibalisme, Montaigne 5. Le mythe du bon sauvage 6. Autres textes sur l'esclavage au XVIIIeme (Montesquieu dans Dans l'esprit des lois) 7. XVIII et Lumières
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