La terre à nos pieds - Tondeur Editions

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La terre à nos pieds - Tondeur Editions
TERRE CUITE
Parmi les nombreuses traditions céramiques héritées des
siècles passés, les carreaux de terre cuite jouissent depuis
toujours d’un succès constant, renforcé aujourd’hui par le
retour en force des produits naturels. Ce matériau vivant et
traditionnel suscite un engouement croissant et remet à
l’honneur l’artisanat. Séduisant par sa grande richesse
décorative et sa chaleur sans égale, il demeure l’allié
incontestable des amoureux d’authenticité et orne aussi bien
les sols des maisons anciennes que ceux des habitations
neuves. Zoom sur un matériau né sous le signe du feu.
La terre à nos pieds
Depuis longtemps, le carrelage
demeure le “ roi ” des revêtements
de sol. La céramique (du grec
keramos qui signifie argile) désigne
en réalité les produits fabriqués à
base d’argile. Tous les carreaux de
céramique sont cuits. La composition
et la nature des terres utilisées, la
technique et la température de
cuisson définissent les diverses
appellations. Les carreaux destinés à
revêtir les sols sont généralement en
grès ou en terre cuite. Dans ce
dernier cas, la terre est faite
exclusivement d’argile naturelle cuite
à 900°, 1050° au plus. Certains sont
encore fabriqués de manière
artisanale, notamment dans le sud de
la France mais peu d’ateliers ont
survécu à l’industrialisation et à la
production du carrelage en série, qu’il
soit français, espagnol ou italien.
Poreux, ces carreaux naturels vont du
rose au brun soutenu en passant par
toutes les nuances d’ocre, d’orange,
de rouge et même de beige. Carreau,
tomette, hexagone, trèfle…les formes
sont diverses.
La terre cuite grésée ou émaillée est
cuite à plus haute température et
présente une résistance plus élevée
aux chocs et à l’usure.
Les grès cérame peuvent être pressés
(pour plus de résistance) ou étirés
(pour un aspect plus rustique),
émaillés ou non. Mélanges d’argile à
70%, de feldspath, parfois de kaolin
et de quartz, auxquels on a ajouté de
la silice, ils sont cuits à très haute
température, aux alentours de 1200 à
1300°. Durs, ces carreaux sont
imperméables et très résistants à
l’usure.
L’émail est l’enduit opaque ou
transparent (composant chimique à
base d’oxyde de fer, de manganèse…)
posé en épaisseur sur la pâte cuite
avant d’être recuit au four.
La terre, un matériau ancestral
Supplantant la terre crue au fil des
siècles et sur tous les continents, la
terre cuite, on l’a vu, est un mélange
d’argile et d’eau cuite au feu. L’argile,
cette matière première fine, souple et
facile à mettre en forme a permis la
création de nombreux objets et
produits tels que des poteries, des
bols, des tuiles et bien évidemment
des carreaux. La terre cuite naturelle
est l’un des revêtements de sol les
plus anciens. Le procédé, utilisé
depuis l’Antiquité, a évolué au cours
du temps avec l’apparition de la
couleur, des décors, des vernis. Mais
l’utilisation de terre cuite brute et
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naturelle pour revêtir les sols est une
tradition qui n’a cessé d’exister. Du
sol des églises, des châteaux ou des
manoirs d’antan, les carreaux de terre
sont parvenus à se faire une place au
cœur même de nos maisons
actuelles, anciennes ou
contemporaines. Ils font d’ailleurs
partie intégrante de l’architecture de
nombreuses régions sur la planète,
notamment celles des pays
méditerranéens.
En fonction de sa nature, de ses
origines et des techniques de
cuisson, la terre cuite propose une
large gamme d’aspects et de teintes.
Selon la méthode artisanale ancienne
qui a perduré jusqu’au XIXe siècle, la
terre cuite était fabriquée à la main
dans des briqueteries et tuileries
locales. Composée d’argile naturelle
travaillée, elle était pressée,
découpée et cuite dans des fours à
bois. Le feu leur donnait toute une
gamme de coloris vivants et chauds.
Avec la mécanisation et la
diversification des modes de cuisson
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3
(due à l’émergence des nouvelles
sources d’énergie), différentes
méthodes de fabrication ont vu le
jour. Elles coexistent aujourd’hui et
ont une incidence sur la qualité, la
fonction et les prix des terres cuites :
• La fabrication artisanale à la main à
l’aide d’un moule en bois, qui assure
un carreau unique mais plus cher à
l’achat.
• La fabrication dans une presse à
balancier manuelle. Après
démoulage, chaque carreau est lissé
à la main sur les angles et le dessus,
la terre est un peu plus serrée que la
méthode précédente, les carreaux ont
un rendu doux au toucher.
• la fabrication à l’aide de filières de
différentes formes selon la taille des
carreaux. La terre est pressée dans la
filière et coupée à sa dimension à la
sortie.
• la fabrication à l’emporte-pièce
Standard ou sur mesure, le choix est
dorénavant étendu et compte une
grande variété de formats (carreau
régulier ou rectangulaire, tomette,
hexagone, losange, rond…), de
dimensions et de couleurs.
Moment clé, la cuisson se fait au feu
de bois, au gaz ou à l’électricité. Le
choix de la méthode de cuisson, la
manière d’empiler et de disposer les
carreaux dans le four, la température
de cuisson détermineront la qualité et
les couleurs des carreaux de terre
cuite. Une opération qui permet
d’obtenir des ouvrages en terre cuite
aux teintes contrastées ou plus
similaires. Des nuances toutefois
moins marquées dans le cas de terres
cuites industrielles, réalisées
mécaniquement et non à la main.
Cependant, certains carreaux
fabriqués à la machine imitent
parfaitement les anciens.
L’ancien et le nouveau
Sorte de transition entre la brique et
le carreau céramique émaillé, la terre
cuite naturelle séduit par sa richesse
et ses multiples possibilités
décoratives. Loin de l’uniformité, le
marché s’est adapté à la demande
croissante et offre un panel de
produits qui n’a de cesse de nous
satisfaire. Récupérés, neufs, vieillis
main ou machine, les carreaux de
terre cuite réinventent le passé,
(re)créent les patines d’autrefois ou
s’habillent de teintes nouvelles.
Certains tirent ainsi leurs origines des
modes de fabrication d’autrefois: ils
présentent une surface brute qui
laisse ressortir grains et agrégats, un
contour irrégulier, un biseautage pour
une pose à joints serrés et une
épaisseur identique qui permet tous
les calepinages : carrés, hexagone,
rectangle…(Les Rairies Montrieux).
La pose
Vous hésitez et ne savez pas où les
poser ? Outre l’endroit qui les mettra
le mieux en valeur, la classification
UPEC mentionnée sur chaque type de
carrelage permet de vérifier sa
destination, en fonction de l’usage
des locaux. La lettre U numérotée de
1 à 5 désigne la résistance à l’usure,
la lettre P (de 1 à 4) la résistance au
poinçonnement (dû au mobilier), la
lettre E (de 0 à 3) à l’eau et la C (de 0
à 3) indique la résistance aux
produits chimiques (liés à l’entretien).
Les performances de ces revêtements
de sol sont caractérisées par
l’association des quatre lettres
munies d’indices croissants
correspondant à des sévérités
d’usage croissantes (léger, courant,
élevé, très élevé).
1.
Façonnés main, séchés et
cuits au feu de bois selon des
techniques héritées du XVIIIe siècle,
ces carreaux de terre cuite naturelle
exhibent en beauté leurs teintes
chatoyantes et leur grain irrégulier.
Ils sont disponibles en 3 teintes
(clair, rouge, brun), 3 formats (21 x
21cm, 16x16 et 11x11 cm), 2 décors et
s’accompagnent d’accessoires tels
que plinthes ou carreaux décorés.
Carreaux Chambellay, collection
Anjou des Rairies Montrieux
2.
3.
Lot de carreaux de terre cuite
ancienne chez Origines
Joliment mise en lumière, la
terre cuite ancienne qui pare
le sol de cette véranda offre au
regard sa surface " vivante " et ses
chaudes nuances dans une palette
Votre décision prise, veillez à acheter
l’ensemble de la fourniture en une
seule fois et à mélanger les carreaux
afin d’obtenir un ensemble nuancé
homogène (surtout lorsqu’il s’agit de
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de rouge foncé, de rose, de beige et
d’ocre. Les carreaux de 20x20 cm
sont aussi disponibles en d’autres
formats et peuvent bénéficier d’un
traitement de finition à la cire. La
plupart des terres cuites récupérées
proviennent de France et du Benelux.
Réalisation : Kempische
Bouwmaterialen
4.
L’atmosphère rétro de cette
salle de bains est palpable au
travers du mobilier romantique et du
revêtement de sol en terre cuite
ancienne aux belles nuances de rose
et d’orange panachés. Originaires du
Loiret dans le Centre de la France,
ces carreaux (formats de 15 x 15 à 17 x
17 cm, sur une épaisseur de 2 à 3 cm)
datent d’une époque comprise entre
le XVIIIe et le XIXe siècle. Chez
Origines
carreaux neufs). Vient ensuite la
délicate opération de pose qui peut
s’effectuer de deux manières :
• La pose collée avec du mortier-colle
prêt à l’emploi sur un support propre
et plan. Très courante, la pose collée
réduit le temps de séchage en évitant
un certain nombre de nuisances
(comme les efflorescences) et permet
ainsi de disposer des lieux beaucoup
plus rapidement. Parfaite avec des
carreaux réguliers, cette méthode est
un peu plus difficile à mettre en
œuvre avec de la terre cuite ancienne
ou faite main.
• La pose traditionnelle s’effectue à
l’aide d’un mortier de scellement
préparé sur chantier à base de ciment
et de sable, et appliqué en forte
épaisseur (quelques centimètres).
Elle permet une plus grande
variabilité des épaisseurs. Les
carreaux doivent être humides lors de
la pose.
Traitements et finitions
Après la pose, le nettoyage (à l’aide
d’un produit décapant acide
spécifique suivi d’un rinçage
neutralisant) et le séchage, le
traitement est envisageable. Un délai
suffisant doit être respecté entre la
pose et ce dernier (environ 3 mois
lors desquels le sol doit être protégé
mais non couvert afin qu’il respire).
Lors du traitement, il est impératif de
bien ventiler les pièces et de
respecter des conditions de
température optimales (minimum
18°).
Le sol étant un grand espace plan, la
manière dont il est traité influence
l’aspect général de la pièce. Les
carreaux neufs en terre cuite naturelle
(non émaillée) ou les tomettes
anciennes mises à nu sont non
glissants, ne se déforment pas et ne
se décolorent pas. Ils ont en outre de
très bonnes qualités thermiques qui
en font les alliés du chauffage par le
Le jointoiement s’opère généralement sol. Seul bémol : ils sont poreux et
24 heures après la pose. Les carreaux gélifs.
Pour réduire cette porosité et
faits main seront plus espacés en
augmenter leur insensibilité aux
raison de leur irrégularité. A noter
taches, il est généralement conseillé
qu’il convient de ne pas
d’appliquer un imprégnant (ou
imperméabiliser les carreaux avant
bouche-pores) avant tout produit de
jointoiement !
finition. Cependant, en fonction de
l’effet désiré, ciblez votre produit :
En fonction du calepinage
(implantation) choisi, toutes sortes de l’aspect de la terre cuite peut en effet
compositions voient le jour : pose en fortement varier en fonction de l’un
diagonale, carreaux décalés, alignés, ou de l’autre (mat, satiné, brillant).
pose combinée de deux formats
différents, associations de carreaux et Enfin, sachez que chaque traitement
présente ses avantages et
de cabochons...
inconvénients mais aucun n’est
garanti totalement anti-taches.
1.
De forme hexagonale, ces
tomettes anciennes Beaumesnil
en terre cuite séduisent par leur aspect
patiné et satiné, leur couleur vibrante
et leur surface irrégulière. Témoins des
siècles passés, elles ont un format de
15x15 à 17x17 cm pour une épaisseur
de 2 à 3 cm . Chez Origines
2.
Cette gamme de carreaux en
terre cuite réalisée à l’ancienne
fait revivre le passé. Elle compte 3
modèles à coordonner : les carreaux
unis à finition brute (2 coloris et 10
formats), les décors incrustés (8 motifs
illustrant des scènes médiévales par
estampage et incrustation d’argile)
et les décors émaillés (frises et séries
de 4 à 6 carreaux unis ou illustrés).
Collection Genus des Rairies
Montrieux
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3.
Les anciens petits carreaux
de terre cuite naturelle
créent ici un cadre rustique qui sied
parfaitement à cette cuisine
d’allure "cottage". Les multiples
teintes rouges orangées propres à
leur mode de fabrication antique et
artisanal embellissent les sols en
leur conférant un caractère et une
chaleur incomparables.
Réalisation: Westvlaams Tegelhuis
4.
Composition pré-assemblée
de zelliges marocains en
terre cuite naturelle. Chez
Carrelages des Suds
5.
Ce grand hall se distingue
par son revêtement de sol
composé de petits carreaux de
terre cuite ancienne (16x16 cm,
épaisseur 2 à 3 cm). Les nuances
de roses panachées et
l’encadrement en chêne ancien
(navettes de 6 cm de large)
célèbrent avec élégance l’esprit du
passé. Origines
6.
Dignes héritiers des terres
cuites d’antan, ces carreaux
d’Anjou sont fabriqués artisanalement
à partir d’argiles grasses et sableuses
qui soulignent en surface les grains
et agrégats. Leur épiderme et leurs
bords irréguliers alliés à des teintes
nuancées ocres et blondes sont
gages de noblesse et d’intemporalité.
Modèle Chambellay, collection
Anjou des Rairies Montrieux
L’imperméabilisation & le
traitement incolore
Vous souhaitez préserver l’aspect
brut et naturel de vos tomettes ?
L’imperméabilisation protège les
carreaux contre la pénétration des
salissures aqueuses et grasses. Ces
imprégnateurs anti-taches leur
confèrent un aspect neutre, mat et
incolore. Sur un carrelage propre et
sec, on applique le produit jusqu’à
saturation (3 couches
d’imperméabilisant environ).
Indispensables en extérieur, ces
sortes de sous-couches protectrices
affichent une résistance plus limitée
mais ont leur charme et n’altèrent en
rien le matériau. Il existe dorénavant
des finitions satinées et patinées
(clair ou teinté).
donnent une belle patine satinée,
voire brillante.
Les méthodes naturelles & les
traitements à l’ancienne
Odeurs de cire et patine
incomparables dictent le choix de ces
préférences.
Afin de respecter les qualités
naturelles de la terre cuite, un
traitement à l’huile dure (biologique
et siccatif) est préconisé. Tout en la
laissant respirer, il lui donne un
aspect chaleureux et respecte assez
bien la couleur naturelle du support
(attention cependant à tester les
différentes marques). Une couche
d’imprégnation suivie de 2 à 3
couches fines d’huile dure appliquée
à la brosse ou au balai (attendre le
séchage complet entre les couches)
Pour augmenter davantage la
sont nécessaires. Pour les plus
résistance aux salissures et améliorer exigeants, on peut compléter le
le brillant et la dureté en surface de la traitement par une application de cire
terre cuite, le marché offre différents dure à chaud en finition (ensuite
traitements de finition. Contrairement lustrage à haute vitesse).
aux imperméabilisants, ces derniers
“foncent” un peu les carreaux en
Le traitement à l’huile-cire, un peu
“révélant” joliment leur couleur.
plus résistante, nécessite une couche
d’imprégnation et deux couches
d’huile-cire mais requiert l’utilisation
Les traitements à la résine
Les résines sont des bouche-pores de d’une monobrosse ou d’une cireuse
électrique pour un séchage plus
qualité qui, grâce à leur
rapide.
microporosité, ont l’avantage de
laisser respirer la terre cuite. Il ne faut
Le vieux remède huile de lin et
pas les confondre avec les vernis ou
vitrificateurs qui transformeraient vos essence de térébenthine ne fait plus
l’unanimité. Les risques de réaction
carreaux naturels en hybrides.
(taches ou différences de teintes),
Ces produits révèlent les nuances et
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d’assombrissement et
d’encrassement sur certaines terres
cuites, le temps de séchage assez
long et la trop faible garantie antitaches ont doucement détrôné cette
méthode, que toutefois personne ne
vous empêche d’expérimenter !
L’entretien courant
Rien ne vous oblige à devenir
l’esclave de vos terres cuites !
Les carreaux doivent simplement être
balayés, lavés à l’eau avec de faibles
doses de détergent neutre et rincés.
Un lait de soin apporté de temps à
autre embellira votre sol et un
lustrage fera remonter sa patine. De
nombreuses marques proposent
désormais des produits spécifiques
adaptés à chaque situation
(shampoings dégraissants, lavants,
détachants…).
Au cœur de l’univers de la
construction et de la décoration, la
terre cuite prend aujourd’hui des
aspects multiples. On la retrouve
essentiellement sous forme de tuiles,
de briques, de carreaux et de dalles
aux innovations sans cesse
renouvelées. Le destin d’un matériau
né sous une bonne étoile…
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