santé-médicament les quatre grands au banc d
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dossier SANTÉ-MÉDICAMENT LES QUATRE GRANDS AU BANC D’ESSAI Examen de passage en… quatre points. Médicament, hôpital, soins de ville et assurancemaladie : les responsables santé des quatre « grands » candidats ont accepté de confronter leurs programmes pour « Pharmaceutiques ». Jean-Luc Préel (porte-parole de l’UDF, secrétaire national chargé de la Santé), Philippe Juvin (président de la Commission Santé de l’UMP, maire de La Garenne-Colombes), Pascal Terrasse (secrétaire national à la Santé, député PS de l’Ardèche) et Joëlle Melin (responsable du pôle santé bioéthique au Front National, conseillère de la région PACA). —————— DOSSIER : HÉLIA HAKIMI P H A R M A C E U T I Q U E S _ M A R S 2 0 07 S i le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a accepté de devenir le porte-parole de Nicolas Sarkozy, c’est notamment pour « porter les thèmes de la santé et de la solidarité beaucoup plus loin qu’ils ne l’avaient été dans les élections précédentes et dans les derniers mois ». Honorable promesse. Pourtant – outre la polémique créée par la proposition de franchise du candidat UMP – la santé ne s’est pas beaucoup invitée dans le débat. Et les principaux candidats restent encore trop discrets sur le sujet. En témoigne le « pacte présidentiel » de Ségolène Royal, dont le volet santé est d’ailleurs largement axé sur la prévention (3 % seulement des 6 500 débats participatifs de la candidate socialiste ont été consacrés à la santé depuis un an). Or, les enjeux sont de taille. Le dossier médicament s’annonce ainsi particulièrement délicat. Comment rendre la France davantage attractive ? Quelle gouvernance pour la politique du médicament ? Comment alléger le poids de ce secteur dans les dépenses remboursées, tout en encourageant l’innovation et les multinationales à s’installer dans l’Hexagone ? Inquiets, les industriels ne manquent pas de rappeler que « la décroissance attendue du marché du médicament est de - 3 à - 4 % pour 2007 » et que les plans sociaux pourraient bien se multiplier. Sur ce point, le Leem a d’ailleurs adressé un manifeste aux candidats en début d’année. Il en attend des réponses concrètes. Certes, la réunion du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) du 5 février dernier – après deux années d’interruption – est plutôt bon signe. Mais que restera-t-il de ces bonnes résolutions en mai prochain ? Côté hôpital, le prochain président de la République est attendu au tournant sur plusieurs fronts : nouvelle gouvernance, réforme du financement des secteurs public et privé, révision statutaire des praticiens hospitaliers... La T2A sera-t-elle poussée à son terme avec une convergence totale des tarifs publics et privés ? Les divergences au sein même des hospitaliers sont pléthores. Par ailleurs, n’oublions pas les médecins libéraux et leurs nombreux dossiers en cours : avenir de la filière de médecine générale, simplification administrative pour les généralistes, secteur optionnel … Le compte à rebours est d’ores et déjà amorcé. De fait, la période pré-électorale est l’occa- DR 64 65 ments, grâce notamment à la politique menée dans les années 80. Il faut s’appuyer sur cette force. Je comprends que l’industrie pharmaceutique ait été malmenée par une politique à courte vue. Ségolène Royal veut développer une politique ambitieuse de soutien à la recherche et à l’innovation en santé, avec une politique du médicament soucieuse de l’indépendance sanitaire et du développement de la recherche clinique. Les entreprises du médicament peuvent et doivent avoir un rôle majeur dans l’économie de la connaissance. La France est dans une compétition mondiale qu’elle ne peut ignorer au risque de régresser dramatiquement. Philippe Juvin : Nous n’avons pas à rougir de nos dépenses de R&D. Mais il faut absolument améliorer le continuum entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée à l’industrie. Les pouvoirs publics doivent avoir un regard différent entre l’industriel pharmaceutique qui fait de la R&D, commercialise et industrialise son produit. Et celui qui se contente de faire du générique. Cette recherche doit être valorisée au moment où le médicament est mis sur le marché. Par ailleurs, les industriels se plaignent des règles du jeu qu’ils jugent trop « changeantes ». En France, on assiste chaque année, à la rentrée, à des débats sur les économies à faire au dernier moment. En ce sens, les pouvoirs publics ont un effort à fournir. Un PLFSS – et donc un contrat entre industrie et tutelles – valable plus d’un an peut être une piste à développer. Par ailleurs, les délais de mise sur le marché de nouvelles molécules semblent être un peu longs en France. Notre pays reste tout de même un marché important. Joëlle Melin : Nous proposons une réforme de la fiscalité sur le médicament. Nous souhaitons aussi freiner la politique des génériques, aider la recherche privée et développer la recherche publique en urgence. Il faut également réformer les filières universitaires formant les chercheurs et les techniciens aux métiers du médicament et de la biotechnologie. Enfin, nous voulons limiter les pratiques mondialistes des regroupements de laboratoires qui pénalisent les petites structures innovantes. Jean-Luc Préel (porte-parole de l’UDF, secrétaire national chargé de la Santé) Le Leem a adressé un manifeste aux candidats. Il souhaite que la croissance du médicament ne soit pas insion rêvée pour contraindre les principaux candidats à férieure à celle de la santé (soit un PIB de + 2 %) et s’engager sur le problème épineux des rémunérations et réclame une politique industrielle « lisible et attracdu fameux C = CS (c'est-à-dire l'augmentation de la tive ». Il propose aussi d’attribuer à l’industrie du méconsultation généraliste de 21 à 23 euros). Enfin, le futur dicament le statut de « secteur stratégique ». Autres président n’échappera pas non plus au problème du fiprincipes : « investir fortement sur l’innovation, la nancement de la protection sociale et de connaissance, la recherche et l’accès au sa réforme. marché », réunir le CSIS et en finir avec « la pression fiscale croissante ». Le Leem 1) LE MÉDICAMENT prône également « la mise en place d’un L’affaire libre accès des patients à certains médidu C=CS Pour le Leem, « la recherche et le progrès caments en officine ». Et veut être assothérapeutique seront menacés en France cié « aux négociations qui concernent les sans une nouvelle politique du médicaindustriels ». Quelles sont vos réactions à ment ». Que proposez-vous pour éviter une telle situace manifeste ? tion ? Pascal Terrasse : Le médicament est au cœur de mulPascal Terrasse : La France est encore un grand pays tiples enjeux de santé, de recherche, de progrès thérapeupour les sciences de la vie et la production de médicatique et d’emploi. Il concerne beaucoup d’acteurs. Ce doit M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S d o s s i e r 67 être un sujet de débat et de partenariat. Le manifeste du Leem contient des d’analyses intéressantes ainsi que de multiples propositions. Mais il n’appartient pas à un seul acteur de dicter ce que doit être la politique sanitaire, industrielle ou de recherche de la France. Pas plus d’ailleurs qu’à l’assurance- maladie. Etablir des relations de confiance entre l’Etat et les industriels Philippe Juvin : Concernant la croissance du médicament, je ne pense pas que l’on puisse être aussi directif. En revanche, il faut que les PIB permettent de financer des dépenses de santé qui risquent d’augmenter dans les années à venir. Les deux vraies questions sont : créerons-nous suffisamment de richesses pour financer le progrès médical ? Et, chaque euro dépensé pour la santé l’est-il à bon escient ? Jean-Luc Préel : Ce ne sont pas les génériqueurs qui découvriront les nouvelles molécules. Il est donc indispensable d’établir des relations de confiance entre l’Etat et les industriels. Le CSIS peut permettre d’évoquer tous les problèmes. Mais il convient qu’il se réunisse régulièrement et pas seulement à la veille des élections. Il faut en effet renforcer la recherche, améliorer les liens entre la recherche publique et la recherche privée et protéger les brevets. Mais aussi, donner un prix rémunérateur aux molécules réellement innovantes permettant de financer la R&D. Il sera également nécessaire de sécuriser les prélèvements (taxes) via un contrat qui devra être respecté par les deux parties. Il est logique de reconnaître le Leem comme partenaire privilégié et d’octroyer à l’industrie du médicament le statut de secteur stratégique. En revanche, il est curieux de vouloir attribuer un plancher à la croissance des dépenses du médicament. Fixer un taux d’augmentation déconnecté des progrès réalisés n’a pas de sens médical ! Philippe Juvin (président de la Commission Santé de l’UMP, maire de La GarenneColombes Joëlle Melin : Le manifeste est très clair, complet et lucide. Nous ne pouvons qu’y adhérer en totalité. DR Le Leem rappelle que l’industrie du médicament a apporté 4 milliards d’euros aux comptes sociaux ces trois dernières années. Il pose également la question suivante aux politiques : « les déficits comptables de la Sécurité sociale sont-ils plus importants que la néPhilippe Juvin : Les politiques de santé sont créatrices cessité de garantir demain un système de santé effid’emplois, de richesses. Lorsque l’on calcule le rapport cace pour les Français ? » coûts/recettes des dépenses de santé, on s’aperçoit que la Que lui répondez-vous ? situation est moins grave qu’on ne le croit. Mais chaque Pascal Terrasse : L’un ne peut aller sans l’autre ! La sieuro dépensé doit l’être à bon escient. Aujourd’hui, ce tuation de la Sécurité sociale est très difficile, avec un n’est pas le cas. Une meilleure organisation doit permetdéficit annuel que le gouvernement actuel estime à tre d’optimiser les dépenses. Il faut une redéfinition de ce 10 milliards d’euros pour cette année, après qui est du domaine de la solidarité natioquasiment 12 milliards en 2006. Les condinale et de celui des complémentaires. Nous tions d’un équilibre durable doivent être voulons passer d’une logique de transfert Garantir trouvées pendant la prochaine législature. imposé à un processus négocié. Pour gaun système de Faire reposer cet équilibre sur la seule inrantir l’égalité de l’accès aux soins, on devra santé efficace dustrie pharmaceutique n’aurait aucun sens. renforcer les aides à l’acquisition d’une muDes efforts de rationalisation et de bon usage tuelle. A l’heure actuelle, le système est si des soins sont indispensables, mais tous les peu équitable que près d’un million d’assuacteurs doivent être associés pour que la démarche soit rés sociaux ont un reste à charge de plus de 1 000 euros efficace. Le médicament ne peut être la seule variable par an ! d’ajustement des déficits de la Sécurité sociale. Jean-Luc Préel : Les dépenses de santé sont appelées M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S d o s s i e r 69 prescriptions lui permettra d’augmenter les honoraires sans trop de dérapages. Il ne tient compte ni des besoins médicaux, ni des priorités de santé publique. Ce que reflète votre question, c’est la complexité invraisemblable qui résulte de la dernière réforme de l’assurancemaladie (août 2004). Une politique du médicament illisible ne peut être ni efficace, ni comprise, ni partagée. Ceci dit, le niveau de l’Ondam doit résulter des priorités que se fixe la collectivité nationale, tenir compte des besoins de santé, de l’augmentation et du vieillissement de la population ou encore des progrès thérapeutiques. Des choix doivent bien sur être faits, mais les efforts doivent être équitablement répartis. Jean-Luc Préel : Nous réclamons un Ondam médicalisé. Les priorités de santé publique seront votées chaque printemps et établies à partir des besoins estimés au niveau régional. A l’automne, le Parlement votera le financement de ces priorités. Ainsi, l’Ondam sera médicalisé. Parmi ces priorités de santé, l’industrie du médicament aura sa place pour obtenir le financement de molécules innovantes. DR Joëlle Melin : C’est le principe même de l’Ondam, toujours calculé sur des bases erronées, que nous remettons en question. La réforme et la gestion en profondeur de la Sécurité sociale devraient permettre de ne pas avoir à maintenir une maîtrise comptable et de favoriser, au contraire, le développement de l’industrie pharmaceutique sans aucune restriction. Joëlle Melin (responsable du pôle santé bioéthique au Front National, conseillère de la région PACA) à augmenter, mais elles participent aussi à la croissance. Cependant, il est nécessaire de veiller à l’efficience, c’està-dire, à la bonne utilisation de chaque euro financé par la collectivité. L’industrie du médicament ne peut être la variable d’ajustement des finances sociales. Mais les accords prix/volumes doivent être respectés de même que le niveau des taxes. Le rapport sur l’automédication suggère de mettre en vente libre des produits uniquement accessibles sur ordonnance, de tester la mise à disposition de médicaments en libre-service dans les officines et de dérembourser complètement certaines familles de molécules. Joëlle Melin : Un système de santé durablement Que pensez-vous de ces propositions ? efficace passe par la création de richesses. Pascal Terrasse : L’automédication est une L’industrie du médicament en est un des pratique déjà très répandue, même si les secteurs clé. Par ailleurs, l’importance du Français y sont moins enclins que d’autres. Il déficit comptable de la Sécurité sociale ne Complexité me semble nécessaire d’y mettre un peu pourra être estimé que lorsque la centraliinvraisemblable d’ordre dans un souci de santé publique : que sation des comptes locaux sera faite au niceux qui sont à même de traiter seuls un proveau national. blème bénin, qu’ils connaissent bien, aient D’après le Leem, « les réponses sur l’Onà leur disposition des médicaments sûrs et dam santé et médicament définissent quelle politique efficaces me paraît être une bonne chose. Et les pharmaentend mener le candidat quand il sera élu. Sans l’afciens ont là un rôle de conseil et d’orientation indispenfirmation d’un Ondam médicament renouant avec la sable. En revanche, il faut garantir l’accès des plus croissance, il n’y aura pas de signal d’engagement pour démunis à toutes les options thérapeutiques. Des solule soutien du progrès thérapeutique ». Que répondeztions existent, nous en débattrons. vous à cela ? Pascal Terrasse : Le gouvernement fait voter un sousPhilippe Juvin : Ce sont des pistes intéressantes. L’auobjectif pour les soins de ville et espère que la baisse des tomédication doit être développée en France. Mais nous M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S d o s s i e r 71 ne sommes pas du tout favorables à la fin du monopole des officines. Il faut renforcer le pharmacien dans son rôle de conseil. propos, le rapport sur l’automédication estime que des accords de modération des prix devront être signés avec les industriels. Qu’en pensez-vous ? Pascal Terrasse : Les entreprises concernées ont Jean-Luc Préel : L’automédication est fortement soucertainement compris qu’il n’est pas dans leur intérêt haitée par l’industrie et les pharmaciens, ce qui est parfaide détourner les gens de l’automédication. Il faut des tement compréhensible. Cependant, peutaccords bien sûr, mais ils devront à la fois on répéter que le médicament n’est pas un s’inscrire dans une politique globale et tenir compte de la stratégie de chaque produit comme un autre et préconiser l’auUne culture du entreprise. tomédication (vente en libre-service) ? décret et de L’automédication ne peut se concevoir qu’en passant par le pharmacien et en l’insPhilippe Juvin : En France, nous avons l’ordonnance crivant dans le futur dossier médical une culture du décret ou de l’ordonnance. (DMP). Mais, à l’UMP, nous souhaitons passer à une culture de contrat. Des contrats peuvent, par Joëlle Melin : Nous sommes opposés au développeexemple, être signés avec les industriels du médicament ment de l’automédication en France. Concernant les antipour effectuer une politique de régulation des prix et inflammatoires, par exemple, elle a déjà dépassé le seuil surtout des volumes sur telle ou telle molécule pourtant de la dangerosité médicale. déremboursée. En contrepartie, nous nous engagerions sur deux ou trois années de stabilisation des prix, avec Les patients craignent que le déremboursement des éventuellement un index. Il faut rentrer dans un système médicaments proposés en automédication ne fasse de contrat. grimper les prix, comme cela s’est déjà produit. A ce Que pensez-vous du suivi des prescriptions par les laboratoires ? Philippe Juvin : Nous y sommes favorables si c’est une aide aux patients atteints d’une maladie chronique en collaboration avec des structures officielles qui édicteraient des règles de bonnes pratiques. 2) L’HÔPITAL Quel est votre bilan de la mise en place des réformes hospitalières ? Pascal Terrasse : La modernisation de la tarification est nécessaire. Mais derrière cette réforme, d’apparence technique, la précipitation et le manque de transparence ayant caractérisé sa mise en place ont profondément déstabilisé les établissements publics. La vision libérale sur l’hôpital est simpliste. Il ne suffit pas, pour moderniser la gestion des établissements publics, de plaquer les fonctionnements des structures privées commerciales et de prôner une convergence à marche forcée. S’agissant de la nouvelle gouvernance, elle est plus proche de l’usine à gaz que de la bonne gestion. DR Pascal Terrasse (secrétaire national à la Santé, député PS de l’Ardèche) Tandis que Nicolas Sarkozy pousse à la convergence tarifaire public-privé, Ségolène Royal veut renforcer la reconnaissance financière des missions de service public remplies par les hôpitaux. Quelles sont vos propositions pour améliorer la gestion et le financement de l’hôpital en France ? Pascal Terrasse : L’hôpital doit être pleinement restauré dans ses fonctions premières. L’ensemble du personnel hospitalier fait un travail formidable, mais dans des conditions devenues extrêmement difficiles. La première étape sera donc de retrouver un climat de confiance et d’arrêter la valse de réformes assenées d’en haut, avec l’application d’un principe qui est devenu une manie depuis 2002 : décider d’abord, discuter ensuite. Il faut savoir écouter et évaluer pour préserver et renforcer nos hôpitaux. Les mesures brutales sont une voie facile pour pousser à la privatisation. M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S d o s s i e r 73 Jean-Luc Préel : L’hôpital connaît une profonde crise organisationnelle, morale et financière. Nous préconisons une responsabilisation des acteurs, en redonnant un vrai pouvoir au conseil d’administration pour embaucher le directeur responsable du projet d’établissement. Nous souhaitons faire Financer évoluer les statuts vers des contrats prenant en compte la responsabilité, la pénibilité et les décisions l’activité. Les établissements doivent également travailler en réseau (région – département – local). L’hôpital sera représenté dans le Conseil régional de santé. Le président sera donc associé en amont aux décisions et en aval à la gestion de l’Ondam régionalisé et à son propre budget. Il devra aussi veiller à l’adéquation de l’offre aux besoins réels de la population. turelle des dépenses, des engagements pris avec les infirmières, avec les kinésithérapeutes. Mais aussi avec les médecins : secteur optionnel et alignement du C sur le CS. Les spécialistes (les chirurgiens notamment) attendent le secteur optionnel en raison de l’accord signé en 2004 par Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand. Les généralistes attendent également, à juste titre, l’alignement du C sur le CS puisqu’il a été décidé que le généraliste est devenu un spécialiste. Il n’est pas possible de revenir sur cette décision. Il reste à l’honorer, c’est-à-dire à la financer ! Joëlle Melin : Il est indispensable d’avoir une gestion mixte (médicale et administrative) des hôpitaux. Il n’est pas possible, comme le souhaiteraient certains hospitaliers, de laisser le dernier mot à l’exécutif. En aucun cas, l’hôpital ne peut être géré comme une entreprise ordinaire compte tenu de la finalité de son activité. Quant à son financement, il doit être sous le contrôle de l’Etat et doit échapper à la logique de la gestion de la pénurie. Seul un programme politique global, qui entraînera la création de richesses, permettra d’avoir un taux de cotisation croissant – et donc de financement satisfaisant – sans aucune notion de rationnement. Enfin, nous sommes pour la convergence des tarifs publics/privés, la spécificité et la pérennité des deux secteurs étant indispensables dans notre système de santé. Philippe Juvin : Nous travaillons à la revalorisation du C. Le C = CS est un objectif. Il est logique car la médecine générale est devenue une spécialité. Par ailleurs, nous sommes pour la liberté d’installation. Nous souhaitons améliorer les conditions de l’exercice libéral, en regroupant les professionnels médicaux et paramédicaux, en facilitant éventuellement leur travail dans des locaux communs. Et en facilitant leurs relations avec l’hôpital. Le médecin libéral (en particulier le généraliste) est la plaque tournante d’un parcours de soins bien identifié. Les médecins travaillent encore trop souvent seuls. Il faut ouvrir les cabinets de groupe à d’autres professionnels de santé et les associer en un seul lieu. Voilà un moyen d’améliorer le parcours de soins et de lutter contre l’isolement et la crise démographique des professionnels de la santé. Joëlle Melin : Les 3 ou 4 années d’étude supplémentaires des spécialistes doivent être valorisées soit sur la base d’un CS supérieur au C, soit par un DP selon les spécialités. 3) LES SOINS DE VILLE François Bayrou a souligné, lors d’une réunion à OrQue proposez-vous aux médecins libéraux ? Etes-vous léans, les difficultés de la médecine en milieu rural. Il pour ou contre le C à 23 euros ? Pourquoi ? défend le développement des « cabinets de groupe », Pascal Terrasse : Le sujet des modes de rémunération « des bourses d’implantation » ou encore le financene peut se réduire à un seul chiffre. Il ne faut pas non plus ment de cursus garantissant aux étudiants un revenu se focaliser sur la seule rémunération à l’acte. On peut pendant une partie de leurs études (en échange de l’enimaginer d’expérimenter, pour les médecins qui le sougagement de servir pendant dix ans dans la fonction haitent, des formes d’exercice mixtes, de bénéficier pour publique). Que pensez-vous d’une telle proposition ? certaines missions, du salariat, pour d’autres, de forfaits. Jean-Luc Préel : Deux mesures sont essentielles. La preMais il n’y a pas de réponse uniforme. On peut très bien mière concerne les maisons de santé cantonales permettant de regrouper plusieurs médecins, avoir un exercice confraternel de groupe où infirmières, kinésithérapeutes, dentistes, travaillent ensemble des généralistes rémuavec un secrétariat commun. Des aides à nérés à l’acte et d’autres qui font des choix Améliorer l’investissement des collectivités peuvent différents sur la base d’un contrat commun. le parcours être utiles, mais le plus important pour sa Je crois indispensable de préserver la convention nationale, mais cela n’interdit réussite est que le projet soit celui des prode soins pas de conclure en plus, si besoin est, des acfessionnels eux-mêmes, comme le démoncords régionaux et locaux autour d’objectifs trent plusieurs expériences. La deuxième de santé et de couverture du territoire à atmesure concerne une rémunération majoteindre. Ainsi, on peut sans doute lutter contre les inégarée dans les zones déficitaires. Mais si nous souhaitons lités en santé. L’articulation au sein d’un territoire de le développement de maisons de santé, la majoration de santé de la PMI, de la médecine scolaire, de la médecine la rémunération devrait être accessible à tout praticien du travail et de la santé environnementale avec les génépour inciter ceux qui exercent à continuer. D’autres meralistes est aussi souhaitable. Les solutions innovantes sures sont effectivement intéressantes, notamment les doivent être expérimentées dans le cadre d’une approche bourses pendant les études avec engagement contractuel véritablement concertée. à s’installer dans une zone déficitaire. Jean-Luc Préel : L’Ondam soins de ville pour 2007 est totalement irréaliste compte tenu de l’augmentation na- Pascal Terrasse : Le Parti socialiste propose la création de 500 maisons de santé pluridisciplinaires rattachées aux M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S d o s s i e r 75 hôpitaux locaux. Nous pensons en effet que pour certaines zones blanches, il faut revoir notre mode d’organisation de manière à mieux assurer la permanence des soins. Par ailleurs, je crois qu’il faut que l’assurance-maladie puisse améliorer le système de bourse pour que les étudiants en 2ème et 3ème cycles s’engagent dans les zones rurales ou urbaines sensibles. Contrairement à ce qu’indiquent messieurs Bayrou et Sarkozy, il n’appartient pas aux collectivités locales de se substituer à la solidarité nationale. 4) L’ASSURANCE-MALADIE Joëlle Melin : Nous sommes opposés à la franchise santé de Nicolas Sarkozy. Cette initiative adopte une logique d’assurance marchande et non de protection sociale. Quelles sont vos propositions pour redresser durablement les comptes et financer l’assurance-maladie ? Pascal Terrasse : Si le déficit de la seule assurance-maladie est en effet un peu moins catastrophique, cela tient avant tout à l’augmentation des divers prélèvements. Partie de sa réforme dont Xavier Bertrand se félicite rarement : en 2005, le déficit s’est amélioré de moins de 4 milliards et les recettes ont augmenté de plus de 5 milliards. Dans ces conditions, où est la maîtrise alors qu’on nous annonçait un retour à l’équilibre en 2007 ? Les Français attendent un véritable contrat social reposant sur des garanties, un principe réaffirmé de justice sociale et la reconnaissance d’une véritable voix au chapitre. Nicolas Sarkozy précise son projet de « franchise modeste par famille sur les premiers euros de dépenses annuelles en consultations médicales ou en examens biologiques ». Que pensez-vous de cette initiative ? Pascal Terrasse : Nicolas Sarkozy a eu le temps de faire mûrir cette idée de franchise qu’il propose depuis dix ans, ce qui rend assez savoureuse la récente découverte Philippe Juvin : On ne peut pas toujours imposer la par son porte-parole de l’inanité de cette idée. Il a valeur travail. Il y a des marges de manœuvre considérad’abord annoncé 50 ou 100 euros par perbles (sur les prescriptions répétitives, par sonne avant de revenir brutalement en arexemple). Les politiques de santé ne doivent rière, en réalisant l’énormité de la somme pas être jugées en fonction de la quantité La « franchise au regard des revenus, même pour les clasd’argent dépensée, mais bien en fonction de modeste » ses moyennes. Les effets pervers d’un sysl’efficacité de cette dépense. Il s’agit là d’une sur la sellette tème de franchise sont connus. C’est, par habitude très française que de juger les poliexemple, efficace pour détourner les biens tiques sociales en fonction de leur niveau de portants de toute prévention qui se retroudépense et non en fonction de leur efficacité. verait de fait non prise en charge ! Les Français n’ont déjà Nicolas Sarkozy s’engage à changer cela. plus aucune idée de ce qui va leur être remboursé depuis la réforme de 2004 : on voit bien en quoi une telle franJean-Luc Préel : Aujourd’hui, les recettes pèsent sur le chise ne va pas leur faciliter la vie, au même titre d’ailcoût du travail et dépendent trop de l’emploi. Il paraît leurs que celle des médecins. intéressant de basculer une partie des cotisations sociales vers une TVA sociale payée également par les proPhilippe Juvin : A part quelques exceptions (femmes duits importés. Mais étant donné les masses en jeu, un enceintes, minimum vieillesse, enfants etc…), il ne me financement mixte sera nécessaire : CSG, TVA sociale et paraît pas anormal que chacun participe, avec une francotisations (en diminution). chise, au financement du déficit de l’assurance-maladie. La franchise se substituera à des forfaits qui sont inéJoëlle Melin : Dans un premier temps, il faut augmenquitables : 18 euros sur les actes lourds, contribution d’un ter très rapidement les cotisations sur la base la plus large euro sur les consultations. Pour l’instant, il est encore possible afin de permettre une justice sociale. Les deux trop tôt pour établir son montant. Aujourd’hui, plus vous seules possibilités sont la CSG et la TVA, sous forme d’une êtes malades, plus vous payez. Or, la franchise s’appliTVA sociale prélevée sur un hors taxes diminué. Par effet quera à tout le monde et sera modulée en fonction de mécanique, à 6 ou 12 mois, elle permettra de baisser un l’Ondam. Elle sera plafonnée contrairement aux diffépeu l’impôt sur le revenu, les sociétés et les charges sociarents forfaits qui existent aujourd’hui ! Et qui sont des les. Elle contribuera ainsi au développement de l’emploi franchises déguisées. – et donc de nouvelles charges sociales – qui permettront très vite de renflouer le financement sur les deux Jean-Luc Préel : La réforme avec le parcours convenou trois premières années du mandat. Cela s’entend avec tionnel, complexe et quasiment incompréhensible, a le gel de la dette. ■ conduit à une médecine à plusieurs vitesses et a déjà institué un forfait d’un euro par acte. Le principe de la franchise ne fait qu’aggraver cette situation. Modeste au début et ensuite ? Certes, il est nécessaire de responsabiliser le patient. A l’UDF, nous préconisons le contrat passé entre le médecin et son patient sur les bonnes pratiques. Le remplacement de la CMU par une aide personnalisée à la santé inversement proportionnelle aux revenus. Mais aussi, la caution remboursable pour la complémentaire. Mise en œuvre depuis plusieurs années déjà par France Mutuelle, elle responsabilise l’adhérent, ne comporte pas de malus et a permis de baisser la cotisation de tous. M A R S 2 0 07 _ P H A R M A C E U T I Q U E S