L`Everest Sky Race, en route pour le ciel … - Ludo le Fou
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L`Everest Sky Race, en route pour le ciel … - Ludo le Fou
L’Everest Sky Race de Ludo le Fou L’Everest Sky Race, en route pour le ciel … C’est dans le cadre de ma préparation à l’Himal Race 2010 j’ai décidé, après avoir atteint les 5895m du sommet du Kilimandjaro, de participer à l’Everest Sky Race qui se déroule dans l’Himalaya avec un longue partie entre 5 et 6000m d’altitude pour valider ma capacité à courir en très haute altitude et surtout apprendre de ce pays et de cette montagne que je ne connais pas avant de me lancer dans une course aussi exigeante que l’Himal Race. 06 novembre 2009 : Je pars aux aurores avec ma petite femme pour Roissy Charles de Gaulle où je retrouve les français qui vont participer avec moi à l’Everest Sky Race. Le mélange entre habitués et « bleu bite » comme moi se fait merveilleusement bien et je ressens déjà une belle ambiance de groupe. Après 8h de vol, nous faisons escale à Barhein dans le Golfe où au prix d’une longue escale nous avons le droit d’aller en ville et coucher quelques heures à l’hôtel. Nous prenons un minibus long comme un 9 places chez nous où nous sommes 16 avec les bagages sur les genoux … Vu l’excitation générale nous préférons tous aller dîner puis visiter en marchant la ville plutôt qu’aller dormir. Je finirai comme tout le monde par aller me coucher pour dormir 1h15, quand certains de mes petits camarades n’auront pas réussi, gênés par l’ambiance de l’hôtel où les péripatéticiennes de luxe sont quasi aussi nombreuses que les clients … 07 novembre 2009 : Coup de bol, sans rien avoir demandé pour une fois, me voici surclassé en première comme quelques autres coureurs. Ce n’est pas désagréable du tout, mais je suis si fatigué que je tombe rapidement, mais confortablement, dans les bras de Morphée durant ce voyage de 5h. Je découvre la chaleur de Katmandu, pourtant à 1000m d’altitude et cette étrange ressemblance avec certains pays d’Afrique. Une sorte de chao général dans lequel chacun semble pourtant bien vivre et se faire sa place sous le bruit des klaxons. Ca passe à droite, sinon à gauche, au pire au milieu, mais dans tous les cas tout le monde klaxonne en continu. Cela ne dénote aucune agressivité, il s’agit simplement d’un mode d’information pour prévenir que chacun passe par ici ou par là. Nous avons beau être en ville, j’observe sans peine les montagnes qui nous entourent. Les différentes nationalités de coureurs se retrouvent à l’hôtel Manaslu où le groupe, cette fois ci au complet avec coureurs, organisateurs et porteurs, écoute le premier briefing d’avant course. Tout le monde semble aussi heureux que motivé et attentif. Mauvaise nouvelle, Pascal Beaury Sherpa, coordinateur et coureur, nous annonce un http://ludo.le.fou.free.fr Page 1 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou froid plus extrême qu’à l’accoutumée en altitude, lui qui vient 2 semaines à trekker dans les montagnes. Il nous présente également les coureurs et coureuses Népalaises, dont 2 d’entre eux sont tout simplement considérés comme ce qui se fait de mieux dans tout le Népal en course de montagne. Chacun prépare son sac de course définitif et fait ses derniers achats. La tâche semble protocolaire et surtout minutieuse car il n’est pas question d’oublier quelque chose. Une fois dans la montagne, nous serons en autonomie. Malgré tout je fais le choix de me séparer de quelques affaires au dernier moment pour gagner quelques centaines de grammes, en revanche pas question de toucher à ma ration de survie, même si son contenu est supérieur au minimum requis. En résumé le choix de mon équipement s’est fait selon la règle suivante : sécurité 100%, confort 0% ! 08 novembre 2009 : Levé à 5h30 après une longue longue nuit réparatrice de 8h, je me sens en pleine forme maintenant que je suis débarrassé de mon mal de tête de la veille, très probablement hérité des incessants chaud-froid-clim que le voyage nous a réservé. La journée commence d’autant mieux que nous avons droit à un buffet gargantuesque en guise de petit déjeuner, en totale adéquation avec mon appétit légendaire. Cela en surprend plus d’un à table, mais il en est toujours ainsi la première fois que l’on me voit manger normalement (pour moi). Nous partons ensuite pour l’aéroport réservé aux vols intérieurs de Katmandu. C’est une joyeuse foire et un lieu où l’on se sent plus dans un vieux marché des années 50 que dans un aéroport. Nous nous dirigeons, après un contrôle sommaire, sur le tarmac pour monter dans un vieux coucou non pressurisé. A peine montés l’on nous donne des bonbons, sympa, et du coton, tiens donc ? En fait c’est pour se mettre dans les oreilles tellement le zing fait du bruit. Nous voici donc partis dans un joyeux vacarme, excités comme une colonie. Où que l’on regarde par le hublot nous ne pouvons qu’observer l’immensité de notre terrain de jeu : l’Himalaya. Marco (Jean-Marc Wojcik) nous fait partager sa parfaite connaissance de la région pour nous faire observer les sommets très visibles qui nous entourent, dont bien entendu le majestueux et mythique Everest. Le groupe est subitement pris d’un fou rire collectif lorsque nous nous apercevons que le pilote a mis sa feuille de route en travers sur le pare-brise … pour se protéger du soleil qui le gêne pour piloter ! Mais le meilleur reste incontestablement l’atterrissage sur un bout de piste en pente de 400m à flanc de montagne. Bien longtemps, alors que l’on voit parfaitement que l’avion s’approche inexorablement de la montagne, nous cherchons la piste tellement elle est toute petite. Bienvenue à Lukla (2800m) ! Voilà en 30mn nous sommes passés du statut de touristes à celui d’aventuriers et le décor décrit parfaitement la rudesse des jours à venir. http://ludo.le.fou.free.fr Page 2 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou http://ludo.le.fou.free.fr Page 3 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Malgré le rêve de chacun et la rusticité des lieux, il est clair que pour l’organisation la sécurité n’est pas un vain mot. Ainsi après avoir vérifié la longue liste de matériels et médicaments obligatoires, nous sommes examinés un à un par le médecin de la course avec prise de tension, fréquence cardiaque, saturation en oxygène (pourcentage d’oxygène que le sang transporte et qui diminue inexorablement avec l’altitude) et taux de masse grasse. Tout va bien pour moi, sauf paradoxalement si je suis incontestablement celui qui mange le plus de tous, j’ai le plus faible taux avec seulement 8,2% de masse grasse. Je savais qu’il fallait que je me remplume, mais là je suis déjà extrêmement bas. De toute manière il est trop tard pour y changer quoi que ce soit, mais il est toujours intéressant d’avoir l’information pour éviter de piocher dans les réserves et surtout faire en sorte de me reconstituer chaque soir. Le protocole sera répété chaque soir et noté dans les petits carnets de Maryse (le doc). Sur des chiffres alarmants elle sera donc en mesure de nous interdire de poursuivre la course, voir de demander une évacuation si besoin. Après un déjeuner à base de riz au cours duquel bien entendu je me gave, nous partons pour une marche d’acclimatation jusqu’à 3200m d’altitude environ. C’est génial car il fait un beau soleil qui nous permet de nous découvrir un peu en marchant bien qu’il fasse froid tout de même. Le terrain ressemble furieusement aux sentiers de la Réunion, autant dire que j’adore ! Au retour, nous apercevons des gens qui s’activent de partout dans la montagne et convergent tous au même endroit. L’un des leurs est mort et la tradition veut, pour ceux qui ont les moyens de le financer, que le défunt soit brûlé le plus rapidement possible. Nous rentrons à Lukla après quelques 3h de marche à la louche, pour prendre avec joie ce qui doit être notre dernière douche chaude. La soirée s’achève par les consignes de course pour la première étape de demain, suivie d’un repas (Dal bat à volonté, c'est-à-dire riz, lentilles et pleins de légumes autour) où je me distingue une nouvelle fois par ma capacité d’ingestion. 09 novembre 2009 : Malgré le froid glacial dans les chambres évidemment non chauffées, j’ai fait une très grosse nuit. J’engloutis 2 petits déjeuners et me voici fin prêt pour une belle journée, la peau du ventre bien tendue. 8h du matin, nous sommes sur la ligne de départ depuis 30mn pour les photos et la petite cérémonie protocolaire qui a été organisée pour nous. Il fait vraiment très froid, d’autant plus que le soleil n’a pas encore gagné nos corps immobiles, gêné par tous ces sommets qui nous entourent. http://ludo.le.fou.free.fr Page 4 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Nous partons pour une descente de 600m de dénivelée, façon la Réunion. Je pars tranquille en réfrénant mes envies de débouler comme un dingue dans les pierres, jusqu’à ce que j’aperçoive une Népalaise devant moi. « Allez tant pis je joue ! » me dis-je alors, car il est des pulsions qu’il est inutile de tenter de combattre. Rapidement je lui mets la pression en courant sur ses talons, jusqu’à ce que je décide de la doubler dans un lacet où je me jette en sautant 1m dans le vide pour la dépasser. Le plus difficile c’est de lever les yeux pour voir le chemin car à cette vitesse dans un tel amas de pierres je ne fais que regarder mes pieds. Je m’amuse pourtant énormément à rebondir sur des pierres sans savoir si elles sont stables ou pas. Je perds mon pantacourt que j’ai oublié de serrer avant de partir. A cette vitesse et avec des sauts dans tous les sens je suis obligé de courir avec une main dessus pour ne pas le retrouver aux genoux. J’ai des gants et surtout aucune envie de m’arrêter 5s pour le remettre alors tant pis je continue ainsi. Tout à coup j’ai le sentiment d’avoir trouvé un raccourci à droite, il doit descendre à 40% à louche, et bien oui c’est un raccourci non ? Je me lance ou pas ? Mon cœur dit oui, mais ma tête dit non. Je n’ai pas la frousse, au contraire, mais j’ai peur de descendre 300m, me retrouver dans une cour sans issue et devoir remonter ce qui aurait vraiment le don de m’agacer. Alors comme je suis seul et loin des locaux tant pis je suis le chemin qui semble principal, déjà suffisamment piégeux pour être amusant. En bas de la descente je retrouve ma Népalaise doublée peu avant … devant moi. Et bien comme ça je suis fixé, j’avais bien trouvé un raccourci. Je me sens désabusé. Non pas qu’elle m’ait rejoint, au contraire c’est le sport, non je me sens désabusé d’avoir raté un énorme trip dans cette descente verticale. Après la descente, la remontée évidemment. http://ludo.le.fou.free.fr Page 5 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou J’explose littéralement sous la chaleur. Je sue à grosses gouttes, il faut vite que je me découvre. J’enlève mon bonnet, mes gants et ouvre mon maillot technique, mais c’est vraiment loin d’être suffisant. Pris par la course je tente de poursuivre malgré tout ainsi, mais au bout de 20mn cela devient tout simplement insupportable. Allez tant pis je pose mon sac et me déshabille pour finir avec un simple maillot sous-vêtement déjà détrempé. Ca va tout de suite nettement mieux pour courir. Je suis émerveillé par tous les villages que l’on traverse, tous ces sourires, tous ces enfants (il n’existe pas les mêmes normes de sécurité que chez nous … et pourtant aucun enfant ne semble blessé), tous ces monuments et tous ces moulins à prières. Je ne peux m’empêcher de prendre des photos à tout va, tant pis pour la course, et lance des « Namasté *» à tout va (*Bonjour ou Au revoir selon la circonstance). Nous croisons des Dzos (sortes de vaches croisées avec des yak) de partout et parfois quelques ânes. Il me faut apprendre à leur parler et surtout à les bourrer pour passer. J’apprends rapidement et ça passe, sauf sur les ponts suspendus où l’on comprend vite que les lois de la nature imposent d’attendre 5mn au bout pour les laisser passer (enfin dans le stage 1 et pour un étranger, car dès le stage 2 je prends confiance et passe en force sur les ponts en les poussant et en me faisant écraser entre le Dzo et ses paquets et les câbles du pont suspendu …). Concernant le parcours il s’apparente à une montagne russe : ça monte et ça descend sans arrêt, du coup ne connaissant pas le terrain et surtout pour combien de temps encore nous sommes là, j’en garde sous le pied. Au bout d’un moment à force de faire des choix sur des carrefours (car je suis seul depuis bien longtemps et évidemment le parcours n’est pas balisé, nous ne connaissons que le village dans lequel nous devons arriver et ceux que nous devrions traverser) je finis par avoir le doute sur mon chemin et décide de demander soit si je suis bien sur la voie de Namche Bazar, soit s’ils ont vu passer des coureurs. Les autochtones me rassurent sur la voie, enfin jusqu’à ce que je décide de demander à un groupe de trekkeurs s’ils ont vu passer d’autres coureurs avant moi. « Comment ça non ? » Je m’arrête aussitôt, quelque peu perturbé par cette information, puis décide de rester fidèle à mes habitudes et d’avoir confiance en moi plutôt que me fier aux autres. Je repars donc sur le chemin qui me semble être le bon tout en essayant d’oublier cette information perturbatrice. Je finis par arriver en pleine forme à Monjo http://ludo.le.fou.free.fr Page 6 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou après une grosse montée en pierres de 300m, 6ème en 2h46 pour une vingtaine de km et 930m de dénivelée positive. Quelques étirements, une ballade dans le village pour tenter de m’imprégner autant que peut se faire de la vie locale et une bière pour me réhydrater. C’est assez contradictoire dans ces lieux retranchés de n’avoir quasiment aucun confort et d’y trouver un petit plaisir comme celui-ci. J’engloutis ensuite un Mixed Fried Rice, plat local dans lequel ils mélangent tout ce qu’ils ont sous la main avec du riz et le font frire. Une nouvelle fois je prends une « Hot Shower » (douche chaude) contre 2€. Je le prends à nouveau pour un privilège, même si l’on parle d’un filet d’eau tiède dans un coin insalubre, car j’étais persuadé de ne plus pouvoir me laver pendant 15 jours. Je pars dans le village à la recherche d’une fontaine ou d’un ruisseau pour faire mon plein d’eau pour la soirée et demain, avant que Philippe, qui connaît bien le coin, ne me propose d’aller voir un temple un peu plus haut. Je m’y rends immédiatement évidemment. Nous passons tout d’abord par une école où nous jouons avec les enfants au foot et au basket dans des éclats de rire jouissifs de partage. Direction ensuite le temple. Il est sans surprise très beau, mais notre œil est irrésistiblement attiré par un plus petit temple encore plus haut, qui n’a pas l’air très « frais ». La porte est fermée par un http://ludo.le.fou.free.fr Page 7 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou simple bout de fil de fer entortillé. Nous ne résistons pas la curiosité de l’ôter pour voir ce qu’il y dedans et bien nous en prend. Nous découvrons un magnifique moulin à prière et un bouddha qui semblent avoir déjà vu passé quelques centaines d’années. De retour à l’école nous décidons d’aller voir le Directeur pour lui faire un don, alors que sans même le lui avoir dit il nous accueille et nous explique le fonctionnement de son école. En échange du don nous devons signer un cahier de dons où tout est soigneusement noté et le Directeur nous offre une écharpe en échange. Un peu honteux d’accepter quelque chose en échange d’un don complètement désintéressé, je finis par accepter lorsque Philippe m’explique qu’il s’agit de la coutume. Le dîner arrive enfin et je sidère les derniers qui ne m’avaient pas encore vu manger avec 1 soupe, 2 énormes assiettes de spaghettis, 4 assiettes de légumes et 1 dessert. Ca fait toujours ça au début … Mais heureusement que je mange comme ça, sinon le peu de masse grasse qu’il me reste fondrait comme neige au soleil. Je traîne comme je peux jusqu’à 21h pour une nuit pas encore commencée mais que je sais déjà énorme et trop longue pour moi qui dort habituellement entre 2 et 4h par nuit. Il doit faire moins de 0° dans la chambre et pourtant je tiens tout juste 5mn dans mon duvet avant de l’ouvrir en grand, car il est vraiment très très chaud. Tant mieux pour la suite bien sûr … 10 novembre 2009 : Après une longue nuit pour moi, nous nous réveillons à 6h30, prenons un copieux petit déjeuner à 7h (enfin moi bien sûr …) et sommes sur la ligne de départ à 8h30. Enfin mon groupe car selon le classement général je me suis retrouvé dans le 2ème http://ludo.le.fou.free.fr Page 8 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou groupe, les moins rapides intégrant le groupe 1 parti lui à 8h. Je suis avec mes gants, mon bonnet et mon gros blouson autour du poêle à essayer de capter un peu de chaleur des cendres d’hier soir, quand Marco et Pascal, nos 2 experts, me disent qu’ils courent en t-shirt manches courtes, car selon eux nous serons assez rapidement exposés au soleil et parce qu’avec la course nous sommes censés nous réchauffer. « Ah ? ». Allez je fais confiance aux pros et je pars avec mon seul maillot manches courtes à savoir mon très très léger maillot de corps thermique. Autant dire que je suis frigorifié. Je me colle une feuille de papier sur le ventre histoire, comme à vélo, de me protéger du froid et surtout des trous (naturels) de mon maillot de corps. Il fait tellement froid, que si je joue le jeu pour le maillot, je pars avec gants et Buff autour du cou. 8h30, c’est parti, à fond bien sûr histoire de se réchauffer rapidement. Après une petite montée nous plongeons jusqu’à la rivière par un chemin en lacets qui n’est qu’un amas de pierres. C’est tellement jouissif pour moi que je ne résiste pas à l’envie de dévaler les blocs de pierres à fond sans me soucier un instant de leur stabilité. Hormis les Népalais et Pascal, bien meilleurs que moi, je figure vraiment bien, même si je ne fais pas la course, et j’avoue que ce n’est pas désagréable. Nous enchaînons les ponts suspendus, les amas de pierres, les escaliers, les montées, les descentes, les traversées de rivières, … Je me sens bien, aussi je poursuis sur ce rythme qui finalement me donne envie de faire un peu la course aujourd’hui. J’ai appris à pousser les Dzos par les cornes ou à leur taper sur le cul pour passer de partout. Désormais je ne m’occupe quasiment plus du fait qu’ils soient ou non sur le passage. D’ailleurs il vaut mieux car il y a tellement de Dzos sur les chemins qu’on se croirait à Paris dans le RER en heure de pointe. Arrivé à Namché Bazar après 500m de dénivelée positive, je suis rejoint par Marco (l’expert) et Christophe. Nous contournons le village par la droite comme précisé dans les consignes de la veille, sans vraiment savoir où nous allons quand même puisque les chemins s’empilent les uns au dessus des autres sans aucune visibilité sur leur direction, certains nous faisant parfois basculer sur un autre versant de la montagne, d’autre nous faisant arriver dans des cours fermées. Heureusement un des membres de l’équipe d’organisation placé tout en haut nous siffle et nous guide. Enfin nous ne le voyons pas mais au son nous savons dans quelle direction aller avant de finir par le voir et passer devant lui pour le pointage. La montée jusqu’à 3800m d’altitude est terrible par sa déclivité combinée au train d’enfer que nous impose Marco. Lorsque cela devient trop difficile pour moi j’ai pour coutume d’arrêter toutes les fonctions inutiles de mon cerveau (et dieu sait s’il y en a beaucoup dans le mien …) pour me concentrer sur l’essentiel exclusivement. Et pour la circonstance ma priorité est de ne jamais dépasser les 2 mètres de retard sur Marco même si je joue de la mandoline avec mes abdominaux et que mes quadriceps sont au bord de la rupture. J’ai d’ailleurs aussi mal à ces derniers que lorsque j’ai dû m’arrêter 1 semaine avant le départ de la course car je n’arrivais plus à marcher, http://ludo.le.fou.free.fr Page 9 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou mais là c’est dans la tête que ça se joue. Je fais donc le yoyo à grands coups de rein dès que j’atteins les 2m d’écart pour faire revenir ma tête à 1m de ses pieds. Christophe, pourtant meilleur grimpeur que nous 2, nous lâche à 100m du col. C’est trop et nous ne le reverrons jamais jusqu’à l’arrivée. Au mental je réussis à m’accrocher à Marco, qui grimpe comme un chamois, même si je suis dans le rouge et que je dois calculer chacune de mes foulées pour ne pas finir immobilisé par les crampes aux quadriceps. D’ailleurs à quelques mètres du col, je demande à Marco s’il a une technique contre les crampes. Il me dit que non mais que c’est terminé, je lève alors les yeux et aperçois avec soulagement le stuppa qui matérialise le point culminant. Malgré cette course engagée, je prends le temps d’observer l’Amadablan, un sommet que je trouve aussi beau qu’original par sa forme presque rectangulaire. La bonne nouvelle c’est que si je pleurniche de mes quadriceps qui me brûlent, je ne ressens absolument aucune gêne liée à l’altitude et au manque d’oxygène. Par chance pour moi, la suite est une longue descente et comme je descends mieux que Marco cela me permet de rester au contact, puis de le doubler, sans aller à fond ce qui m’autorise une forme de récupération musculaire, si tant est que l’on puisse appeler cela de la récupération car nous cavalons malgré tout pas mal dans ce chemin en lacets parfois piégeux. Nous traversons le joli petit village de Khumjung, puis allons direction Sanasa avant de redescendre sur Namché Bazar. Enfin redescendre ici cela veut dire monter, descendre, monter, descendre des dizaines de fois pour au final nous retrouver sur un point légèrement plus bas. A 1km du village, Marco croise un Ecossais qui treck qu’il a connu sur une ancienne édition de l’Everest Sky Race. Il m’en parle, je lève la tête et me casse la figure, allongé de tout mon long face à terre dans la poussière et les cailloux, le sac et les bâtons en vrac, normal quoi … Heureusement rien de grave, de toute manière ici la règle c’est que quoi qu’il arrive rien n’est grave si l’on veut aller au bout. Je reviens sur Marco, le dépasse dans la descente parce que je ne sais retenir des jambes qui veulent toujours tout donner pour la vitesse et les sensations, puis ralentis à 20m de l’arrivée pour l’attendre et arriver main dans la main avec lui. Nous arrivons 4ème en 2h34 pour 15km et 1130m positif, cela donne une petite idée du terrain sur cette étape courte où nous avons tout donné et couru tout du long … Je http://ludo.le.fou.free.fr Page 10 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou dois beaucoup à Marco sur cette étape car sa connaissance du terrain et son rythme incroyable en montée m’ont permis de faire un joli coup au classement général. Premier réflexe une fois arrivé pour moi : manger ! Je me gave de riz et de soupe de pâtes pour aider à la récupérer et surtout me réhydrater car l’on ne boit jamais assez dans des efforts de ce type à pareille altitude. Concernant ma tenue, Pascal et Marco, les experts, avaient raison, je n’ai pas du tout eu froid malgré la température extérieure basse. Le plus amusant reste tout de même de croiser des trekkeurs emmitouflés dans des tenues par croyables qui non seulement ne comprennent pas que l’on réussisse à courir dans de tels endroits mais en plus hallucinent à voir la légèreté de nos tenues durant l’effort. Je consacre ma fin d’après midi à la visite de Namché Bazar qui ne porte par son nom par hasard. C’est le dernier village en altitude où l’on trouve tout ce que l’on veut, des médicaments au bonnet en passant par le barbier, le vendeur de cartes ou des magasins de vêtements (d’altitude bien sûr). Mais l’on y trouve surtout un marché permanent de Tibétains qui sont venus à pieds de leur pays avec quelques objets, souvent des vêtements, à vendre. Ils couchent dehors sous un simple bout de tissus en guise de tente par des températures largement négatives tant qu’ils n’ont pas tout vendu, avant de retourner dans leur pays en espérant avoir gagné assez d’argent pour survivre jusqu’à la prochaine saison. J’en ai presque honte d’être habillé et équipé comme je suis, quand je pense que certains pensent que l’on fait un exploit en faisant le tour de l’Everest, que dire de ces hommes, femmes et enfants qui en plus conservent le sourire en toute circonstance ? D’ailleurs le temps de finir ma visite de Namché Bazar, la grêle et le gel s’invitent à la soirée. Je rentre presque honteusement dans notre lodge, où même s’il n’y a pas de chauffage et il fait froid, nous avons tout de même 4 semblant de murs et un toit. En tout cas avec ce froid la nuit s’annonce d’ores et déjà http://ludo.le.fou.free.fr Page 11 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou intéressante … Comme tous les soirs après avoir mangé tôt, reçu les consignes pour le lendemain et répondu aux tests médicaux obligatoires, nous nous retrouvons à boire et à discuter autour du poêle. Quelques disparités commencent à faire jour niveau physiologique, mais tout le monde a quand même d’excellents résultats médicaux qu’il s’agisse de la saturation en oxygène, de la tension ou de la fréquence cardiaque. S’agissant de la dernière altitude à laquelle les médecins autorisent la consommation d’alcool, nous nous lâchons un peu avec du rachi (alcool local infecte), différents vins rouges (tous aussi mauvais les uns que les autres, car même ceux de France sont des summums dans le monde des piquettes) et des bières, finalement seul breuvage intéressant et buvable. Nous finissons la soirée avec chants et danses sur des chants Népalais dans une évidente bonne humeur. 11 novembre 2009 : J’ai passé une excellente nuit malgré le froid extérieur. Après un classique petit déjeuner c'est-à-dire ultra copieux pour moi, nous voici partis à 9h pour une marche de liaison jusqu’à Phortse en repassant par Khumjung (où nous sommes passés hier en courant) pour passer les 4000m tranquillement dans le cadre de notre acclimatation. Le soleil est décidé à jouer aujourd’hui, du coup dès qu’il se cache nous gelons et dès qu’il réapparaît nous nous découvrons. Entre le terrain et le ciel, il est facile de comprendre qu’au moins là nous ne changerons rien à la nature et que c’est à nous de nous adapter. Tant mieux bien sûr ! http://ludo.le.fou.free.fr Page 12 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou A Khumjung qui se trouve en pays Sherpa (qui signifie « venu de l’est », donc des Tibétains émigrés) nous visitons le temple où se trouve le scalp du Yéti. Les Japonais et les Tibétains ont monté des dizaines d’expéditions pour le capturer et ils sont certains de l’avoir tué. Vrai ou pas, il est toujours agréable de rêver que c’est la vraie version. Nous entrons dans un temple superbe où le scalp est présenté dans une petite boite transparente. Cela donne vraiment envie d’y croire. Nous reprenons ensuite notre marche par un superbe sentier à flanc de montagne qui donne l’impression permanente d’être en haut d’une grue tellement c’est vertigineux. Inutile de préciser qu’en plus d’en prendre plein les yeux je jouis de ces sensations que j’affectionne. C’est tout simplement magnifique. Je me demande même comment les locaux ont fait pour créer un chemin à cet endroit là. http://ludo.le.fou.free.fr Page 13 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou http://ludo.le.fou.free.fr Page 14 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Arrivé à Phortse, à la vue d’une Hot Shower je dépose mon sac en 4ème vitesse et me présente dans la file d’attente pour ce que nous apparentons à un moment de bonheur, même si se doucher sur ses vêtements lancés par terre pour les dégrossir et se frotter avec un bout de savon de 3cm x 3cm qui doit durer 14 jours relève plus de la psychologie que de l’hygiène. Vu que même ici je suis patient comme un chat qui se brûle queue je décide de demander directement un seau d’eau avec un bol pour paralléliser avec mes camarades dans la douche. D’ailleurs en guise de douche, la Hot Shower n’est autre qu’un bidon en plastique placé sur le toit d’une cabane dans lequel un gus vient verser de l’eau tiède avec en dessous un robinet pour se faire couler de l’eau sur la tête depuis le toit. L’avantage c’est que personne ne traîne dans la douche, qu’il n’y a pas de gaspi d’eau (une fois le bidon vidé c’est fini) et qu’il n’y a jamais de panne de chauffe eau … Pour ma part je fais encore plus simple en me versant des bols d’eau tout juste tièdes sur la tête et en frottant fort avec mon savon autant pour me laver que pour me réchauffer. Enfin malgré la situation, tout le monde apprécie ce luxe imprévu de pouvoir prendre une douche et d’avoir l’impression d’être propre, enfin moins sale c’est certain. L’envie de profiter de la population locale et des paysages nous amène malgré le froid polaire à faire un petit tour, sans sac bien entendu, de ce qui matérialise le village. Le patron du lodge où nous couchons s’appelle Ange Dorjee. Il a déjà gravi 3 sommets à plus de 8000m (l’Everest, le Choyu et le Shishapanga) et pourtant malgré cette capacité naturelle extraordinaire semble vraiment extrêmement simple et avenant. http://ludo.le.fou.free.fr Page 15 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou 12 novembre 2009 : Je me réveille à 3h du matin, l’impression d’étouffer et un gros mal de tête en plus. En fait j’ai le nez bouché par le froid et visiblement je ne devais respirer que par le nez durant mon sommeil jusqu’à ce que cela ne passe plus du tout et me génère les maux dont je souffre. Bon je débouche ça comme je peux, je me force à respirer par la bouche et tout redevient normal comme avant. Ce matin je pars comme les jours précédents avec le groupe 2 des mieux classés, soit 30mn plus tard que le premier groupe. Comme lors de l’étape précédente Marco me conseille de partir en maillot de corps car même s’il fait une température négative, nous attaquons par une descente suivie d’une grosse montée dans laquelle nous allons vraisemblablement faire cocotte minute sous l’effort, aussi je l’écoute malgré une température largement négative. L’étape du jour doit faire 25km et nous faire passer les 4500m d’altitude. Il n’y a pas 500m que je cours que je me tords sévèrement la cheville gauche en courant sur un énorme caillou de 2 cm de haut alors que j’admire le stuppa du village. La cheville a bien tourné et je peine à poser le pied par terre. J’ai une demie seconde dans ma tête pour faire le choix entre déconnecter le cerveau du corps et traiter le problème plus tard même si j’ai terriblement mal dès que je pose le pied par terre ou m’arrêter en me roulant au sol, cheville à la main. Evidemment la réponse n’a pas besoin d’une demie seconde. Quelques mètres après le stuppa commence une grosse descente. Il m’est impossible de la rater, quel que soit l’état de ma cheville, alors je me lance à fond, enfin un peu moins à fond qu’à l’accoutumée tout de même car dès que je pose le pied gauche à terre je pigne. La descente terminée nous traversons une rivière à gros débit puis entamons une montée de 800m positifs non stop. Marco qui était derrière moi dans la http://ludo.le.fou.free.fr Page 16 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou descente me rejoint rapidement. C’est vraiment super pour moi d’avoir un meneur d’allure comme lui car il monte régulièrement et aussi vite qu’un chamois, autant dire qu’il ne m’autorise aucun répit pour le suivre. J’arrive à tenir comme je peux malgré la douleur mais j’avoue que je passe plus de temps à réfléchir à comment je vais poser mon pied qu’à admirer le paysage pourtant magnifique. Pour tenir ce rythme je n’ai pas le choix je me dois de garder la connexion entre mon cerveau et ma cheville coupée, et finalement ce qui m’agace le plus ce n’est pas la douleur mais de m’écouter gémir à chaque pas. J’aimerai tant réussir à me taire et maîtriser totalement la douleur pour qu’elle ne soit même plus en mesure de me tirer une grimace ou un son. J’ai beau résister et être hyper motivé, je perds Marco dans cette nature qui nous empêche de voir bien loin juste avant d’arriver au village de Machhermo à 4400m d’altitude. Quel dommage car courir à 2 c’est plus sympa et surtout extrêmement moteur. Après le pont qui nous permet d’entrer dans le village de tenter une des techniques de Marco justement : quitter le chemin et tailler à travers la nature. Si ma cheville ne joue pas le jeu, mes jambes et ma tête, elles, sont là. Je m’étonne moi-même dans ma capacité à avancer à ce rythme, telle une bique, dans un tel lieu où il est quasi impossible de courir. Car mon raccourci m’amène à gravir tout droit à la verticale un col alors que l’on nous avait précisé la veille qu’il fallait le contourner par la droite. Pas de bol, alors que j’atteins le haut de la côte, j’entends siffler et aperçois en tout petit en contrebas un groupe de concurrents. Ils sont si petits que je suis incapable de dire de qui est constitué le groupe, mais le dossard jaune sur les sacs à dos et l’allure de course ne permettent aucun doute quand au fait qu’il s’agisse de coureurs de l’ESR. Zut ! Ils ont le bon chemin et moi je suis planté là en haut à travers des fourrés d’épineux. Il n’y a bien entendu aucun chemin pour redescendre puisque j’ai taillé à travers la brousse, aussi je dois m’en inventer un avec des passages pour poser mes pieds larges comme une seule basket. La pente est si raide que j’ai mon bâton gauche beaucoup trop haut pour le planter et mon bâton droit que je plante par réflexe à chaque foulée … dans le vide ! Mais la rage de m’être fait avoir m’aide à oublier encore un peu plus ma cheville et à descendre comme un dingue sans me soucier de savoir si le sol est stable ou de comment je vais chuter sur 4 ou 5m si je me loupe. Au prix d’un gros effort de plus de 40mn, je finis pas rattraper le groupe. http://ludo.le.fou.free.fr Page 17 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou J’ai beau avoir été bien au dessus des autres, je ne vois absolument pas le pont que nous devons emprunter. Et pour cause, après avoir couru durant 15mn au beau milieu d’un tas de pierres nous tombons presque par hasard sur ce fameux pont, constitué de 2 bouts de bois et de quelques planches. Dans ma tête je cherchais un pont suspendu, je n’avais pas pensé à un radeau de fortune posé sur 2 gros rochers au ras de la rivière. La Népalaise Yangzum qui est avec nous flanche subitement, nous continuons donc à 2 avec Christophe. Toutes les foulées sont douloureuses pour ma cheville, mais alors dans ces amas de pierres, j’éprouve encore plus de difficultés. Heureusement je ne suis pas décidé à le lâcher, quel qu’en soit le prix, et plus motivant encore, je me déteste lorsque je pigne, ce qui a pour effet de me surmotiver pour tenir et ne pas avoir l’impression de faire ma Géraldine. Ca monte, ça descend, ça monte, ça descend, … Un nombre incalculable de fois, c’est de la folie. On en arrive à désespérer que ça s’arrête à un moment. Ils appellent ça un faux plat Népalais (Nepalee flat ? a little bit up, a little bit down) … On traverse quelques cascades glacées et pourtant je suis toujours avec mon seul maillot de corps sans avoir froid le moins du monde. Comme quoi la machine tourne à bloc. A chaque col où nous pensons en avoir fini avec ce calvaire on replonge 200m de dénivelée plus bas pour regrimper un mur. Sur un Nième col Christophe prend un petit coup de pompe, alors je décide de faire ma part du boulot en passant devant car je le suis comme un petit chien depuis bien longtemps et c’est grâce à lui que j’ai pu tenir ce rythme. Et comme je suis blessé il arrivera forcément à me suivre. Je « jardine » un peu (expression utilisée entre nous pour indiquer que l’on ne sait pas où est le chemin, et donc que l’on part un peu n’importe où dans la nature en espérant se retrouver au plus vite sur quelque chose qui ressemble à un chemin, de préférence le bon …) pour trouver ma voie dans ces amas de pierres, mais heureusement je me rappelle bien que dans mon analyse des cartes hier il faut remonter la rivière pas très loin en contrebas (enfin quelques centaines de mètres en contrebas quand même) jusqu’à Phortse, quelle que soit l’altitude à laquelle nous nous trouvons. http://ludo.le.fou.free.fr Page 18 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Heureusement car Christophe était tenté par une ascension en direction des terres. Dans ce décor dès que l’on a 20m d’avance, on ne se voit plus, alors je crie et lève mes bâtons dès que je sens que Christophe décroche pour lui faciliter la recherche. Nous pensions mettre 4h pour faire cette étape, seulement nous arrivons à Phortse, à plus de 5km de l’arrivée en 4h30. Enfin nous sommes sur un point connu ce qui nous remonte le moral et nous permet de nous attaquer joyeusement, ou presque, à celle que nous pensons être la dernière grosse côte. Il ne me reste plus que 10cl d’eau, mais je pense tenir pour 5km. Quelle manque de clairvoyance ! 5km cela peut être une éternité ici et pas de chance Christophe et moi vivons un vrai calvaire dans ce tronçon sans fin à flanc de falaise. A chaque virage nous cherchons du regard le village de Pangboche, mais il n’est jamais là. Le froid commence à vraiment se faire sentir. J’ai les mains gelées et le simple fait de tenir mes bâtons en aluminium me glace les doigts. Je suis pourtant toujours en maillot de corps sans avoir froid à la poitrine, inutile de préciser que l’on y met toutes nos forces dans ce tronçon. Je suis totalement déshydraté, j’utilise mes quelques centilitres d’eau à m’humidifier la bouche pour ne pas être gêné dans la respiration et je n’ose plus que trottiner pour m’économiser. Tel un mirage, nous apercevons au détour un Nième lacet le village de Pangboche que nous atteignons après 5h56 d’efforts, réellement très fatigués et vraiment plus tard que prévu. J’arrive 5ème, mais ralentis à 50m de l’arrivée pour attendre Christophe que je n’avais pas vu craquer peu avant et qui se trouve 200m derrière moi. Nous arrivons main dans la main pour mieux apprécier ce long moment passé à nous battre contre l’environnement. Le lodge où nous couchons se trouve à un bon km de l’arrivée. Nous y retrouvons Marco et Pascal qui eux aussi semblent assez émoussés. Tant mieux ! Non pas pour eux mais parce que cela signifie bien que l’étape était dure. Je m’attable aussitôt mon sac déposé et commande 2 soupes, une grosse assiette de riz garni avec tout ce qu’ils ont sous la main (le fameux Mixed Fried Rice) et 2 litres de thé pour me réhydrater en urgence. En fait après un coup d’œil à ma montre, nous comprenons pourquoi nous sommes tous dans cet état. Il y avait 30 et non 25km comme prévu, 1720m positif et 1530m négatif. Je pense que le plus dur pour tous aura surtout été de ne pas s’être mentalement préparé à un effort aussi costaud ce qui fait que passé le temps approximatif espéré nous sommes rentrés dans un mode résistance pour simplement tenir jusqu’au bout. Vraiment costaude cette étape, en même temps personne ne grogne. Je me demande même si une fois chacun requinqué nous ne sommes pas tous très heureux, car quelque part nous sommes aussi venus ici pour nous défier. Nous attendons quelque peu angoissés les derniers qui finalement arrivent tous bien et surtout juste avant la tombée de la nuit, ce qui était notre crainte. Malgré la fatigue, les contrôles médicaux restent bons pour tout le monde, même si inexorablement le taux de saturation du sang en oxygène diminue avec l’altitude. Pour ma part je me satisfais de mon acclimatation à l’altitude car mes résultats sont même meilleurs que la veille. En revanche Maryse, notre docteur, m’ausculte et me diagnostique une entorse, c’était malheureusement bien ce que je pensais. Elle me fait une séance de mésothérapie, on verra bien demain ce que ça donne, en attendant je la sens de plus en plus. http://ludo.le.fou.free.fr Page 19 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Contrairement à certains j’ai la chance de n’avoir aucun souci de mal de tête ou de perte d’appétit. Alors soupes, 2 gros Dalbat (plat presque quotidien pour les locaux à base de riz et de lentilles), fruits et thé. Voilà un garçon bien rempli et requinqué !! 13 novembre 2009 : Maryse à peine levée s’inquiète de la santé de chacun, alors qu’elle-même court. Pas facile le serment d’Hippocrate … Je n’ai pas le temps d’attaquer le petit déjeuner qu’elle étudie ma cheville et comme prévu la veille me l’immobilise avec du strap. J’ai le pied gauche bloqué en équerre ce qui n’est pas l’idéal pour courir en revanche c’est tellement plus confortable de ne plus avoir à se retenir à chaque fois que le pied touche le sol. Heureusement cela ne me coupe pas l’appétit et fais comme tous les jours un petit déjeuner gargantuesque. Comme les jours précédents je pars avec le 2ème groupe pour une étape qui va nous faire passer de 4200 à 4700m d’altitude au camp de base de l’Amadablan, avant de redescendre (et monter plein de fois selon la loi du faux plat Népalais …) sur Dingboche puis arriver sur Pheriche à 4270m. Je n’ai toujours aucun signe de mal des montagne, mais je me garde bien de pavoiser car nous avons encore bien de l’altitude à grimper et le MAM (Mal Aigu de Montagnes) peut survenir de façon aussi subite qu’imprévisible. Il a gelé fort cette nuit, aussi l’attente seulement quelques minutes dehors en maillot avant le départ nous glace bien les os. C’est parti, nous descendons jusqu’à une rivière que nous traversons avant d’attaquer un mur qui nous amène sans replat jusqu’au camp de base de l’Amadablan. Avec ma cheville immobilisée j’ai l’impression que parfois le sang n’arrive plus jusqu’au pied, en attendant je ne regrette pas une seule seconde ce strap car d’avoir le pied bloqué me rassure énormément dans mes appuis et m’autorise finalement une bonne allure. J’arrive d’ailleurs au camp de base plus vite et surtout en bien meilleure forme que tout ce que j’avais pu imaginer. Là un groupe d’alpiniste en période d’acclimatation nous offre un thé chaud au citron, aussi bon qu’inattendu. http://ludo.le.fou.free.fr Page 20 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Dans la descente je pars confiant et pris par l’euphorie je me permets même de rattraper Jorbir le second Népalais au classement général avant de le dépasser. Je suis euphorique et passe mon temps à causer avec tous mes amis dans ma tête à fièrement dire « t’as vu hein je l’ai doublé ! ». Nous rattrapons progressivement le premier groupe parti 35mn plus tôt alors que je dévale toujours aussi rassuré, jusqu’à ce que je glisse dans un pierrier. Je fais une grosse chute en atterrissant sur le coude droit mais surtout j’ai la cheville gauche bloquée à 90° sur un rocher. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à me relever seul. Heureusement que je venais juste de rattraper Christophe (le 2ème du groupe) et les Népalaises partis dans le premier groupe. Me voyant dans cette posture Lakpa me prend la cheville pour me la remettre droite, ce qui me fait hurler à la mort, allongé sur mon rocher. A 3 ils me remettent debout car j’ai beau essayer je n’y arrive pas. Sympathiquement tout le monde me propose de me porter une partie de mon paquetage, mais évidemment il n’en est pas question : j’arriverai comme je suis parti ! Chacun sa galère, c’est à moi de me débrouiller. J’apprécie malgré tout à sa juste valeur ce geste spontané. J’ai vraiment très mal et je n’arrive plus du tout à poser le pied par terre, et pourtant malgré les conseils de Christophe, je décide de me remettre à courir tant que je suis chaud. J’ai fait un choix mais je n’ai pas la moindre demie idée de comment je vais faire, en tout cas c’est le moment où jamais de prouver que c’est bien la tête qui commande en toute circonstance. Je ne cesse de m’agacer à m’écouter pigner à chaque foulée, et pourtant je réussis à recourir, même si désormais c’est du très lent. Adieu mon rêve de m’accrocher un Népalais au http://ludo.le.fou.free.fr Page 21 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou compteur. C’est dommage car j’avais l’envie et les jambes pour le faire me semble t-il. On nous avait annoncé une séance « jardinage ». Nous n’avons pas été déçus ! 5km de randocourse à travers des épineux et arbustes pour les plus bas du haut des cuisses à la poitrine pour les plus hauts. Dessous ? Des blocs de roche instables, des ruisseaux, de la glace, des trous d’1m entre 2 rochers et parfois tout ensemble ! Chaque foulée est un danger pour tout le monde, alors pour moi … Christophe S, juste derrière moi au classement général, fini par me rejoindre vu que je marche désormais plus que je ne cours dans ce terrain. Ceci n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour moi, cela me permet de le laisser passer devant à chercher un possible chemin tandis que moi je me focalise sur mes appuis sans plus lever la tête. Et comme en plus il est archi motivé cela me permet également de m’imposer un rythme pour rester à son contact. Nous finissons pas trouver le pont que nous cherchions depuis bien longtemps (3 rondins de bois sur lesquels sont cloutées des planches en travers) pour traverser la rivière dont nous avons notre dose de la longer. J’ai vraiment la cheville en vrac et paradoxalement depuis que nous avons retrouvé un chemin je souffre encore plus. Le moindre petit caillou de 2cm me fait gémir. Je me maudis comme il n’est pas permis de le faire à chaque fois que je ne réussis pas à contenir mes cris. Ma seule satisfaction car il m’en faut une pour me motiver à continuer ainsi c’est précisément d’arriver à courir dans cet état et d’être capable de m’accrocher au rythme endiablé de Christophe qui lui est limite euphorique tellement il a la forme. J’ai beau avoir retenu qu’il fallait filer à droite à l’arrivée dans Dingboche, je suis bêtement Christophe qui lui s’engouffre à pleine vitesse dans le village (évidemment je ne lui en veux pas puisque chacun est responsable et doit prendre le chemin qui lui semble le plus approprié). Seulement voilà, l’arrivée n’est pas là mais à Pheriche ce que Christophe avait semble t-il oublié. Lorsque je lui http://ludo.le.fou.free.fr Page 22 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou annonce cela et surtout que le village où sera jugée l’arrivée se trouve de l’autre côté de la montagne, il est désabusé. Je repasse alors devant histoire de gagner mon défi avec ma cheville et décide de prendre la pente bien abrupte le plus à la verticale possible. Arrivé en haut nous sommes bien essoufflés mais heureusement cette fois ci nous apercevons clairement 200m plus bas le village de Pheriche. La descente pour arriver est terrible, entre 50 et 60% à l’œil et … tant mieux ! Comme la cerise sur le gâteau j’explique à ma cheville que pour ce final de rêve pour moi, elle ne réussira pas à m’arracher le moindre bruit quoi qu’elle fasse. La pente est si raide que je n’ose pas lever les yeux pour voir où il faut aller, bien que j’entende siffler. Je préfère me concentrer sur mes appuis pour descendre à bloc. Je finis par apercevoir Marco tout juste arrivé qui m’invite à couper encore plus. Je termine une nouvelle fois 5ème, quelques dizaines de secondes devant Christophe qui apprécie plus les montées que les descentes, avant tout très heureux d’en avoir fini vu l’état de ma cheville que je n’ose plus poser par terre. Evidemment comme une histoire d’Astérix qui se termine, je finis par un gros repas et une grosse réhydratation avant de m’écrouler pour une heure de sieste. Petite visite ensuite de Pheriche dont la seule particularité est d’héberger un monument en inox et en forme de double pointe où figurent toutes les personnes décédées dans l’ascension de l’Everest depuis que l’homme a décidé de s’y aventurer. 14 novembre 2009 : L’étape du jour est une boucle qui nous fait partir de Pheriche (4270m) pour aller au Chhukung Ri, sommet à 5400m d’altitude, puis retour au point de départ à Pheriche. Le départ est donné à 7h30. Il fait frais mais l’ascension combinée au soleil qui fait son apparition nous font ôter assez rapidement quelques couches de vêtements, enfin jusqu’à 5000m où la moindre brise se transforme en air glacial. Avec 40% d’oxygène, le corps est également beaucoup plus sensible à ces petits aléas. A 5100m je suis obligé de m’arrêter pour enfiler mes grosses moufles Gore-Tex car malgré mes gants j’ai les doigts gelés. Je monte tranquillement mais régulièrement jusqu’au sommet où le panorama est absolument splendide sur 360°. Seul le sommet du Lhotse est pris dans les nuages, mais il n’y a vraiment pas de quoi gacher le plaisir. Séance photo obligatoire malgré le froid qui pousse à faire très vite tout de même et surtout une belle leçon d’humilité lorsque l’on pense à la place de l’homme sur terre et à son désir de vouloir toujours modifier son environnement à sa façon. http://ludo.le.fou.free.fr Page 23 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Ce qui est génial c’est qu’à cette altitude là on a toujours le nez en l’air à observer des sommets encore bien plus hauts. Le retour de cette ascension réglée en 4h se fait avec un 2ème départ en contre la montre où chacun part quand il le sent. C’est sympa et cela donne un peu de piment à la course puisque l’on ne sait finalement pas qui est devant ou derrière avant que tout le monde ne soit arrivé. Un peu craintif sur mes premières foulées par rapport à ma cheville gauche que m’a rebloqué Maryse ce matin (car les heures d’effort ont toujours raison d’un strap aussi serré soit-il), je me sens très rapidement en confiance après avoir joué sur quelques envolées dans les pierres. La descente est vertigineuse comme j’aime, alors c’est parti à fond en poussant toujours du pied droit et en recherchant juste un appui plat pour mon pied gauche. Je fais des envolées jouissives qui m’obligent à utiliser mes bras à l’horizontale pour conserver la trajectoire que je souhaite. Je suis tellement en confiance que je finis même par quitter la trace pour tirer encore plus à la verticale. J’ai beau me rapprocher de la rivière que l’on doit traverser, je n’arrive pas à visualiser le pont par lequel je suis passé à l’aller il faut dire qu’à cette vitesse je ne reste pas non plus très longtemps les yeux en l’air pour rester concentré sur mes pieds et les pierres. http://ludo.le.fou.free.fr Page 24 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Tant pis, ne le trouvant pas je tente ma chance avec un énorme bloc de glace au milieu de la rivière pour lequel je ne perds même pas 1/2s à étudier la stabilité ou la solidité puisque de toute manière j’ai décidé de passer ici. Pas de chance la glace n’est pas suffisamment dure pour supporter mon poids. Je m’enfonce jusqu’aux genoux puis plonge en avant sur mes bras qui s’enfoncent à leur tour, pour traverser en rampant de peur de finir dans l’eau glacée de la rivière. Je repars à bloc aussitôt en sur-ventilant pour me permettre de poursuivre cet effort où je donne absolument tout grâce à ce complément d’oxygène. Je ne cesse de penser à Maryse et de la remercier intérieurement pour le blocage de cheville qu’elle m’a fait, et poursuis avec vigilance tout en restant sans cesse à fond. Je me méfie plus encore des petites pierres que l’on retrouve au fur et à mesure que l’on descend et serre les dents quand je me suis loupé. Mon dessous de pied droit me brûle, je pense que je n’ai plus de peau à un endroit, mais c’est si peu grave que je promets à mon pied faire le point et m’occuper de lui après mon arrivée. Je traverse plusieurs rivières et surtout trouve le chemin idéal parmi les dizaines de chemins qui s’offre à nous sans cesse. La journée est si parfaite et me rend si euphorique que je décide de continuer à courir à fond dans la dernière montée, là même où hier je ne pouvais faire mieux que du petit trot. Au sommet de cette ultime montée, je vois cette fois ci de façon précise où se trouve l’arrivée dans ce village de Pheriche quelques 200m en contrebas. Je termine lessivé mais tellement heureux d’avoir pu me donner ainsi. Mieux une fois tout le monde arrivé, j’apprends que je termine 3ème de l’épreuve à seulement 47s du premier ! C’est aussi inattendu qu’incroyable car nous ne jouons pas dans la même planète tout de même. Mais après l’euphorie du chrono, ma cheville et mon pied droit sans peau sous l’avant pied me présentent l’addition. Je me tortille dans tous les sens pour trouver comment poser chacun de mes pieds dès que je me déplace, mais ce n’est pas grave, ce n’est que de la bobologie en regard de ce qui pourrait nous arriver. Après la séance réhydratation et gavage du Ludo, ce sont les contrôles médicaux comme toujours. Ma sat qui était descendu à 77 au sommet est revenue à 83 en soirée et je n’ai plus qu’une tension de 10.5 ce qui tendrait à dire que j’ai un http://ludo.le.fou.free.fr Page 25 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou peu pioché quand même dans cet effort. Dehors il fait vraiment très froid et j’ai un peu mal au bide. Je ne sais pas si c’est gastrique ou l’addition de mon effort du jour, mais peu importe une bonne nuit me remettra en forme pour demain. 15 novembre 2009 : Nous nous réveillons à 5h pour un départ à 6h du matin. Ca fait court mais c’est amplement suffisant. Pour ma part je fais comme toujours le choix de consacrer la majorité de mon temps à prendre mon petit déjeuner au détriment du rangement de mon sac que j’enfourne vitesse grand V après en avoir extrait tout ce qui m’était primordial pour la journée. L’étape du jour nous promet du long, du dur et de l’altitude. Et nous ne sommes pas déçu par le programme ! Ca monte dans un bel amas de pierres avec quelques rivières à traverser de Dugla (4260m) jusqu’à Gorak Chep (à 5164m) dont le nom signifie « Plage de sable » (on comprend mieux lorsque l’on traverse une immense étendue plate recouverte de sable blanc dont on se demande bien comment elle est arrivée là. Il s’agirait d’un ancien lac disparu), mais ce n’est rien par rapport à la montée de Gorak Chep jusqu’au Kalapathar, sommet à 5700m. Pas de chance pour moi avec le froid, les coups de chaud dès que le soleil réapparaît, le vent, la lumière qui me tire les yeux, … je chope mal à la tête à peine 1h après que je sois parti. Je change de tenue sans arrêt pour m’adapter mais rien n’y fait et de toute manière je me connais, lorsque je prends un mal de tête comme celui-là j’en ai pour bien longtemps en général. Par peur et par défi je ne prends aucun médicament. Ma plus grosse crainte c’est peut-être de ne pas connaître le mal des montagnes et que je n’ai pas envie que mon jugement ou mes sens soient altérés par un médicament qui masquerait certains symptômes. Combiné à cela, je me rends bien compte que passé 5000m je cours un peu comme Steeve Austin … Même si je ne ressens pas de gêne ou d’impression de fatigue je sens bien que je ne peux pas aller plus vite. La montée jusqu’au sommet me http://ludo.le.fou.free.fr Page 26 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou semble interminable d’autant plus que je sais si mal à la tête que toutes les 10s je me pose la question de savoir si je ne ferai pas mieux de m’allonger par terre à attendre que ça passe. Le sommet est glacial mais offre une vue exceptionnelle, dommage que l’Everest soit dans les nuages au moment où j’arrive. Malgré mon sale état j’arrive tout de même à prendre le temps d’apprécier la vue et surtout cette formidable impression d’être invisible dans le décor. Même à cette altitude on continue à regarder sans cesse en l’air comme si l’on était à Chamonix en train de regarder le Mont Blanc., tellement il y a de sommets immenses à plus de 8000m qui nous entourent. Je redescends quelques minutes après Christophe, qui m’avait doublé dans l’ascension. Avec mon mal de crâne qui ne cesse d’amplifier, chaque pas est un coup de semonce dans mon crâne et pourtant à l’idée d’être à la hauteur pour ma famille, mes amis et mes partenaires (eh oui je les sors toujours dès que j’ai besoin de trouver une motivation pour persévérer dans l’effort sans jamais rien consentir, dès que la bataille est difficile et http://ludo.le.fou.free.fr Page 27 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou s’annonce mal engagée) je réussis tout de même une belle descente, en ne conservant qu’un œil ouvert car j’ai l’impression d’atténuer quelque peu la douleur ainsi, ce qui me permet de revenir sur Christophe à mi descente. A notre gauche une immense moraine dans laquelle nous allons devoir aller pour rejoindre le mythique camp de base de l’Everest. J’ai beau avoir mal à me rouler par terre je sais que j’irai au camp de base (car pour les moins rapides et les plus fatigués il était conseillé de redescendre jusqu’à Dugla après le Kalapathar sans faire la boucle par le camp de base de l’Everest). Et puis je dois l’avouer, on a beau m’avoir prévenu qu’il n’y avait aucun point de vue et que le lieu était très banal, j’en rêve car pour moi le lieu est mythique. Courir là où les alpinistes arrivent tout doucement et où l’histoire de l’alpinisme mondial s’est écrite est suffisamment motivant pour que mon égo ne m’autorise pas d’autre solution. Je tente de convaincre Christophe de débouler dans quelques falaises instables pour nous raccourcir mais il ne le sent pas et comme je ne me sens pas bien je me raisonne finalement pour le suivre. D’autant que je dois l’avouer, Christophe me facilite grandement la tache puisque je suis le rythme qu’il impose alors que sinon je devrai me faire violence pour avancer et surtout il me permet de fermer régulièrement les yeux à tour de rôle pour tenter de me soulager. Nous finissons par trouver ce chemin pour bifurquer vers le camp de base de l’Everest, qui m’inquiétait car je ne le voyais sur aucune carte. S’ensuit une nouvelle longue ascension dans un décor totalement minéral et sauvage qui rend le parcours tout de même un peu technique. Plus ça va, plus j’ai mal et plus je pleure ! Non pas de douleur, mais parce que je passe des dizaines et des dizaines de visages de personnes pour qui je me promets de mettre un pied sur ce lieu magique avec pour chacun une motivation et quelque chose à en tirer. Je finis par arriver, en larmes tellement je suis heureux d’être là et d’avoir emmené ma famille et tous mes amis. Comme un enfant je m’invente une histoire et je suis sûr que chacun est au courant par la pensée qu’il vient de mettre un pied à mes côtés sur le camp de base de l’Everest. Il nous faut désormais revenir jusqu’à Dugla, mais avant de partir je cède à la douleur, comme si le plus important étant réalisé à mes yeux je pouvais désormais tenter n’importe quoi et me laisser aller. Je prends donc un Doliprane pour tenter http://ludo.le.fou.free.fr Page 28 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou d’apaiser la douleur. Malheureusement cela reste sans effet. Je descends comme un robot où chaque foulée est un coup dans le crâne mais où chaque foulée est une victoire pour quelqu’un. J’applique la technique du « allez une cuillère pour … et une cuillère pour …. ». Plus le temps avance et plus je sens que je suis épuisé. Ayant retenu la leçon de mon ascension du Kilimandjaro je me force malgré tout à manger (si si !) alors que je n’ai vraiment plus qu’une envie et obsession : arriver. Pendant des heures je parle à tout le monde dans ma tête (oui je sais, vous allez dire « il est déjà pas bien sur le plancher des vaches alors avec l’altitude ça ne l’a pas arrangé … ») mais je veux être à la hauteur et tenir coûte que coûte pour tous ceux qui me suivent. J’ai beau avoir mal je donne tout ce que j’ai sans compter. Christophe avec qui je courais depuis des heures cède malheureusement subitement à quelques km de l’arrivée, lui aussi certainement bien touché par la fatigue. Je termine totalement épuisé ces 28km de folie en 7h01, au point qu’aussitôt après avoir franchi la ligne je m’écroule dans les bras de Philippe venu m’accueillir (en fait mes souvenirs s’arrêtent à « je sens que je vais partir » et c’est après que j’apprends ce bout de l’histoire). Il me manque du coup quelques images des 20mn qui auront suivi mon arrivée dont je me réveille, allongé dans la salle de restauration du lodge avec Maryse en train de m’ausculter et me soigner. Plus de peur que de mal : l’aspirine combinée à une bonne soupe chaude et une position pour récupérer me remettent en état comme s’il ne s’était jamais rien passé. Je n’ai aucun problème de tension ou de saturation en oxygène dans le sang, ce qui écarte une éventuelle possibilité de mal des montagnes. Ce n’est qu’un relâchement après un gros coup de fatigue. D’ailleurs la preuve que j’ai bien récupéré c’est qu’ils m’ont commandé 2 gros plats de patates et de riz que j’engloutis sans le moindre problème (tout le monde à compris que l’alimentation est un véritable test pour moi …). J’ai même le temps d’accueillir les derniers arrivants, enfin les derniers des 8 coureurs seulement sur tout le peloton à avoir fait l’intégralité du parcours avec le Kalapathar et le camp de base de l’Everest. La soirée se termine comme toujours par les contrôles médicaux, le dîner, les consignes de course pour le lendemain et les longues discussions ou parties de belote. Enfin non, la soirée ne se termine pas pour moi. En effet alors que nous sommes partis nous coucher, je ressens une gêne juste sous la poitrine à gauche, comme si j’étais serré dans un étau. La gêne est si forte que cela m’empêche même de m’endormir, c’est dire que j’ai passé le stade que j’appelle de la bobologie, dont je me sors toujours en coupant la connexion avec le cerveau. 15mn, 30mn, 1h, 2h … plus ça va plus je me sens serré et la douleur est vive et pourtant je reste convaincu qu’en attendant ça va passer, même si je perds du capital sommeil et donc de la récupération. Jusqu’à ce qu’une pensée idiote me vienne à l’esprit : « et si tu finissais pas t’endormir … pour toujours ? », « même pas peur » me dis-je, en commençant à faire le point sur ma vie dans laquelle je n’ai aucun regret et accepte que cela puisse être mon heure. Heureusement en balayant ma vie je pense à ma femme et mes enfants. Je sors de ces pensées idiotes et tellement égoïstes, comme http://ludo.le.fou.free.fr Page 29 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou une pile, assis dans mon sac de couchage. « Bien sûr que non ce n’est pas mon heure, bien sûr que non je ne peux pas les laisser continuer leur histoire sans tout ce que je me dois de leur apporter, bien sûr que je n’ai pas oublié les recommandations de ma petite femme avant de partir qui m’a fait jurer de m’arrêter sans jouer à passer outre les douleurs et la raison et bien sûr que je vais arrêter de jouer les durs ou les extrémistes et aller voir le doc même si cela touche mon égo de devoir aller me plaindre ». Je cherche ma frontale, me lève au ralenti car même pour me mouvoir cela me gêne et frappe dans la nuit à plusieurs portes avant de finir par trouver la chambre des docs que je réveille. Après la légitime inquiétude qui fait suite à la surprise, les voici rapidement rassurés, je suis victime selon eux d’une allergie à l’aspirine qui me brûle certainement l’estomac, le haut de ce dernier se trouvant juste sous le cœur. En même temps qu’un cachet pour régler ça ils me font avaler un vasodilatateur en pschitt qui est censé dilater les vaisseaux donc et aider à la circulation du sang. Le temps que j’aille uriner avant de me recoucher et voilà que je refrappe en urgence à leur porte. Je viens de choper en quelques secondes un mal de crâne terrible. « Oui t’inquiète pas c’est normal, c’est que le pschitt fait justement son effet et le cerveau étant le plus près de la bouche c’est là que l’on ressent les premiers effets mais ça va passer ». Effectivement je file me coucher et tout revient dans l’ordre rapidement. Sacré journée tout de même ! 16 novembre 2009 : Malgré une bonne fin de nuit durant laquelle j’ai le sentiment d’avoir bien récupéré tout de même, je me lève quelque peu barbouillé. La preuve infaillible c’est que je peine à avaler mon café et ne réussis à manger que 2 omelettes, soit bien loin de mes standards, sans parler qu’il me faut bien du temps pour le faire. Tant pis pour ma journée, je vais donc respecter mon engagement conjugal d’avant course et les consignes de prudence des médecins qui me préconisent de marcher toute l’étape et même de partir avec le premier groupe. J’accepte donc d’être raisonnable pour toute la journée, mais pas de partir avec le premier groupe, ni de marcher toute la journée, non pas par fierté du tout, mais par respect pour la course et mon pari d’aller au bout du défi. Ce sera donc course avec mon groupe mais façon petit trop sans aucun effort supplémentaire sous prétexte de course avec un concurrent comme j’en suis coutumier. Je pars donc avec le second groupe direction en premier lieu le Cho La Pass (5450m), un col enneigé et glacé, pour ensuite filer jusqu’à Gokyo et finir par l’ascension du Gokyo Ri (5350) où sera jugée l’arrivée. Je pars en courant et au bout de 50m je me demande comment je vais faire pour réussir à survivre, tellement je manque d’air. J’ai beau partir doucement à cette altitude là c’est toujours trop rapide et je me fais avoir à chaque fois. Il me faut plus de 5mn avant de trouver la bonne allure et revenir à une respiration sans gêne. Malgré la montée j’arrive à courir, il http://ludo.le.fou.free.fr Page 30 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou faut dire que j’ai pris le parti de laisser partir Marco puis Fred avec qui j’aurai pu courir, pour respecter mes engagements de modération dans l’effort. Finalement c’est super, car j’apprécie d’être très rapidement tout seul dans ces paysages immenses et j’ai beaucoup plus de temps que d’habitude à consacrer à la contemplation (même si je cours) sans parler du fait que cela m’entraîne à trouver seul mon chemin avec ce doute persistant que j’adore « et si je m’étais trompé ? ». http://ludo.le.fou.free.fr Page 31 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Ce petit doute qui oblige à redoubler de vigilance, à observer tous les détails et à valider au fil du temps son parcours dès que l’on arrive à un point reconnaissable avant de se remettre à douter jusqu’au prochain. Toujours est-il que je finis par arriver au Cho La Pass. Y arriver représente déjà une sacrée sortie, mais le passer sans chuter est bien plus difficile. De temps à autres mon bâton s’enfonce de 50cm, d’autres fois j’aperçois de gros trous dans la glace qui semble finir entre d’énormes blocs rocheux. Je décide pourtant de continuer en baskets, sans les crampons que j’avais pourtant prévu sur le dessus du sac au cas où. Je manque bien entendu de chuter un bon paquet de fois mais je réussis malgré tout à franchir ce col sans tomber. Aussitôt le col passé nous déboulons sur une descente de blocs rocheux instables vertigineuse. « Vertigineuse ? Et bien c’est comme j’aime alors ! ». Désolé pour ma petite femme mais là c’est au dessus de mes capacités à rester raisonnable et je décide de la descendre en mode « brute », c'est-à-dire tout droit. Je ne reste pas en mal de sensations longtemps et pour tout dire je réussis même à me faire peur lorsque je chute accompagné de blocs de plus de 100kg, heureusement sans mal. Plutôt que tergiverser sur mes sueurs froides, je repars de la même façon durant 45mn, doublant en volant des trekkeurs qui se tiennent et avancent pas à pas en tâtant le sol. Quel bonheur, quelles sensations ! Après avoir fini de traverser un amas http://ludo.le.fou.free.fr Page 32 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou rocheux d’un petit km où tous les rochers font entre 1 et 5 fois ma taille, je rejoints Philippe et Virginie, partis 30mn plus tôt, et décide de rester avec eux, car si je les ai rejoints, j’ai pour ma part été rejoints par de terribles maux de bides et ne cesse d’avoir des reflux d’œuf pourris qui ne présagent rien de bon (sans jeu de mot …). Vu les maux de ventre que j’ai désormais je n’ai plus qu’un seul objectif, finir coûte que coûte l’étape sans chuinter la dernière ascension. Après d’innombrables montées et redescentes durant lesquelles je calcule tous mes pas pour ne pas amplifier mes maux, nous arrivons sur une moraine à traverser avant d’arriver à Gokyo. On nous avait dit qu’elle faisait environ 500m, mais elle doit en faire entre le double et le triple et surtout on doit faire entre 5 et 6 fois cette distance pour la traverser car il n’est pas possible de faire autrement que de suivre les chemins qui partent à gauche alors que l’on veut aller à droite et surtout ne cessent de tournicoter en lacets. Je m’en remets à mes partenaires, mes amis et ma famille pour ne pas céder à la tentation de m’arrêter là, une nouvelle fois porté par d’incessantes larmes d’envie qui m’invitent à ne jamais faiblir ou m’abandonner. J’ai si mal au bide que j’ai réellement l’impression que chacune de mes foulées sera la dernière, heureusement chacune des personnes qui passent sans discontinuer dans ma tête me fournit une excuse. Le village de Gokyo est introuvable ! D’ailleurs nous nous sommes perdus dans immense moraine. Nous voici obligés de descendre une pente où nous n’avons d’autre choix que de nous laisser tomber dans ce pierrier dangereux. Nous retrouvons enfin notre chemin, qui me paraît toujours aussi interminable. Au bout de 6h de course nous voici enfin à Gokyo, au pied du dernier sommet. Je suis mentalement lessivé mais trouve tout de même les ressources pour avoir envie de grimper pour tout le monde. J’alterne les regards vers le haut avec ceux qui lèchent le sol. Ceux vers le haut pour réussir à voir le sommet, si haut qu’on ne le voit pas quand on est dans la grimpette de ce mur, car j’aimerai bien le défier du regard ce sommet et lui cracher que, quoi qu’il arrive, ma famille, mes http://ludo.le.fou.free.fr Page 33 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou amis et moi nous arrivons. Puis les regards vers le bas, le plus souvent d’ailleurs, où regardant mes chaussures et les derrières de Philippe et Virginie, je me cherche une motivation à chaque foulée pour accepter les coups dans le bide et pour ne jamais m’arrêter. 700m positif tout de même cette dernière ascension. Je me sens vidé (sans jeu mot lié à mes problèmes gastriques) et n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre. Heureusement que je suis avec Philippe et Virginie car ils me poussent sans le savoir à maintenir le rythme. Et alors que j’ai les larmes aux yeux en pensant aux miens depuis déjà un moment je me mets à ouvrir carrément les vannes lorsque je me remets à penser à mon Riri Boy (mon ami Eric, décédé voici 3 ans maintenant). Lui qui se souciait sans cesse de ma santé pour pas que je dépasse mes limites est parti le premier. C’est sûr j’arriverai pour lui. Mieux, je suis athée comme ce n’est pas permis de l’être et pourtant je me promets de lui construire un petit temple au sommet. Ici au pays du 3ème œil, qui symbolise la pensée, je ne trouverai pas meilleur endroit qu’à cette altitude pour matérialiser ma pensée qui l’accompagnera toujours. Philippe mène toujours notre petit groupe avec régularité et une extrême motivation, Virginie m’épate tout autant par sa volonté et sa capacité à soutenir l’effort sans broncher ni rechigner. Finalement nous montons pas si mal que ça après tant d’heures de course et vu la pente, même si chacun n’est pas loin de la rupture et lâche ses larmes de temps à autre. Heureusement il n’y aura pas de rupture, chacun ayant trouvé ses motivations personnelles, suffisamment fortes en tout cas pour nous faire accepter la fatigue. Nous finissons par arriver après 1h30 d’ascension non stop. L’ambiance est quelque peu bizarre avec la satisfaction d’y être arrivé, le besoin de lâcher le peu de larmes qu’il me reste, une vue à couper le souffle, le besoin de remercier Virginie et Philippe de m’avoir emmené jusque là vu mon état, l’envie de me coucher par terre pour attendre que mes maux de bide s’estompent, l’urgence de construire un temple pour mon Riri Boy, l’envie d’hurler à pleins poumons pour que ma famille, mes amis et mes partenaires écoutent à des milliers de km de là qu’ils http://ludo.le.fou.free.fr Page 34 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou sont arrivés à mes côtés, le besoin de me recueillir devant les photos des miens pour capter dans leur regard l’énergie qui me permettra de redescendre, … Il fait très froid et l’arrêt prolongé à une telle altitude n’est pas conseillé, plus encore pour des corps fatigués, alors Philippe nous presse un peu pour que l’on reprenne le chemin inverse jusqu’à Gokyo. Evidemment même si c’est toujours trop long et si le grésille a fait son apparition, le retour est presque une formalité du fait de la descente et d’avoir le cœur léger de la réussite. Après 40mn nous retrouvons enfin le groupe où nous apprenons qu’en fait une bonne partie n’a pas eu la force ou le temps de s’attaquer au Gokyo Ri, nous sommes donc les derniers à être arrivés là haut. Je termine finalement à une 6ème place totalement inespérée vu la physionomie de ma journée. Aussitôt arrivé, aussitôt à table bien sûr me concernant, avec beaucoup de thé pour me réhydrater et 3 énormes plats locaux. Avant d’attaquer le protocole habituel du soir avec contrôle médicaux et tout ce qui s’en suit, je demande s’il est possible de prendre une douche. Pas de problème me dit-on et l’on m’amène une seau d’eau. Cela me convient parfaitement et l’apprécie même à sa juste valeur en ces lieux. Je file dehors dans un local sans lumière, complètement noir que je tente de découvrir avec ma frontale. S’y déshabiller par des températures négatives, motive vraiment à faire vite pour passer sous l’eau. « Horreur ! ». Je mets un doigt dans le seau par réflexe et l’eau aussi est gelée ! « Euh là, ça va faire beaucoup ». J’enfile un sous-vêtement et file en cuisine pour que l’on me verse l’eau d’une théière dedans, puis repars avec mon seau tiède. Les conditions ont beau être limites et j’ai beau claquer des dents sans pouvoir me maîtriser je n’en reste pas moins heureux de faire un semblant de toilette. http://ludo.le.fou.free.fr Page 35 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou 17 novembre 2009 : Toute la nuit, je me lève pour des sprints dans le couloir. Evidemment il ne s’agit pas d’une de mes nouvelles lubies, mais d’une obligation liée à ma gastro. De toute manière sorti du sac de couchage par -15°, on ne traîne pas … J’ai le sentiment que dehors il se passe quelque chose mais je ne sais pas quoi. Lorsque l’heure du réveil arrive, je sais enfin : il y a quelque chose comme 30cm de neige ! La direction de course annule logiquement l’étape du jour qui devait nous emmener encore bien plus haut, et fait preuve d’une parfaite maîtrise de la situation en nous organisant une marche de liaison pour redescendre de ce piège et nous créer du coup 2 nouvelles étapes ailleurs. Heureusement que nous partons en groupe car trouver son chemin en temps normal n’est déjà pas inné, mais alors là sans guides cela relèverait de la magie si nous arrivions seuls à Phortse Drengka, enfin, pour nous qui ne connaissons pas la montagne par cœur http://ludo.le.fou.free.fr Page 36 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Nous sommes couverts avec toutes les couches possibles pour résister au froid. Le chemin est une alternance de neige, glace, pierres, boue, froid, traversées de nuages avec perte totale de visibilité, … bref une marche, certes, mais qui joue sur les organismes de tout le monde. D’ailleurs nous nous arrêtons nous ravitailler dans un village (4 lodges à tout casser …) et le temps d’être servi, à peu près tout le monde s’endort sur place ! Nous finissons tout de même par arriver après 6h de marche, une bonne étape en quelque sorte pour l’organisme. Me concernant je suis toujours malade et tout ce que j’ingurgite ressort dans les minutes qui suivent, mais ce n’est pas grave, cela fait partie de la course. Je me dis d’ailleurs en rigolant pour avancer que chacun d’entre nous aurait droit à une semaine d’arrêt minimum si nous devions être auscultés, avec nos bronchites, gastros, entorses, fatigues avancées, problèmes de genoux, infections pulmonaires, mal aigu des montagnes, … Le soir autour du poêle central qui représente le vrai luxe ici, nous rejouons une nouvelle fois le rituel du soir avec contrôles médicaux et soins, dîner, consignes de course pour le lendemain et jeux ou discussions. http://ludo.le.fou.free.fr Page 37 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou 18 novembre 2009 : Pour changer la nuit a été glaciale à Phortse Drengka. L’idée de sortir un bras du sac de couchage est rapidement enrayée tellement il fait froid. D’ailleurs au réveil, nez bouché, je regarde la vitre totalement recouverte de glace à l’intérieur, le rideau collé dessus. Et pourtant je décide de partir en pantacourt et juste un maillot sur le dos lorsque le départ arrive en repensant aux conseils de Marco, d’autant plus que nous allons débuter par une ascension de 400m de dénivelée positive. Nous n’avons pas parcouru 100m au moment du départ que Dawa se fait une vilaine entorse sur l’amas de pierre qui nous sert de chemin et moi de même, sur ma cheville déjà blessée, alors que je viens de lever la tête pour regarder ce qui lui arrive. Même blessure, donc même technique que d’habitude : je repars tout de suite, même si je boitille et c’est douloureux, pour ne pas laisser mon corps refroidir et la douleur augmenter, puis déconnecte la connexion entre mon cerveau et ma cheville, « désolé toutes nos lignes sont occupées, veuillez renouveler votre appel après la course ». L’avantage du message c’est que je peux me servir de message pré-enrégistré pour mes boyaux toujours aussi mal en point. Je grimpe plutôt pas mal et fais l’effort de toujours rester devant Marco qui est sur mes talons, non pas pour la course, même si c’est motivant, mais parce que je veux absolument tester ma capacité à maintenir l’effort vu qu’il est meilleur que moi et aussi pour tester ma capacité à m’orienter et à prendre les bonnes décisions seul, qui plus est rapidement car le parcours défile rapidement. Des pierres, de la terre, de la boue, de la neige, de la glace, … le sol change sans cesse et nécessite une extrême vigilance. Quel pied ! En plus les paysages sont merveilleux, ceci ne fait qu’augmenter mon bonheur. Nous retraversons Khumjung où nous passons en pleine séance de sport à l’école, qui ne ressemble pas vraiment à celles de chez nous tellement tout est ordonné. Nous traversons ensuite l’aérodrome (1 bout de champ en herbe en pente … jusqu’à une falaise quelques 300m plus loin) et nous engageons à travers une très belle forêt de pins. Le terrain change une nouvelle fois et est fort agréable par sa souplesse, même si les pierres, montées, descentes et virages nécessitent une relance permanente. Nous arrivons au village de Thamo où je décide laisser partir Marco avec http://ludo.le.fou.free.fr Page 38 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou je cours toujours, pour immortaliser cet endroit si plaisant et si typique. Le village passé nous empruntons une grande descente puis une Nième remontée vers le village de Thamé à 4000m d’altitude. Le paysage toujours composé de neige, rivières et grande montagne en arrière plan est malgré tout splendide et unique. Il fait très très froid, mais peu importe la sensation de vivre un moment privilégié permet de supporter sans problème ce climat. Bien qu’ayant bien couru je n’ai pas réussi à rattraper Marco que j’avais laissé filé et finis donc 5ème, sans regret, d’autant plus que cela me permet de conforter ma place au classement général, même si c’est bien loin d’être une priorité. C’est même quasiment inespéré au vu des maux de bide que j’ai depuis 3 jours. Avec le froid je me recouvre vite, me réchauffe comme je peux, m’alimente et gère les maux de ventre comme je peux. L’après midi le froid est encore plus glacial avec les nuages qui envahissent la vallée et nous transperce jusqu’aux os. Nous décidons pourtant de monter plus haut pour visiter un monastère qui vaut soit disant la peine. Il est totalement retranché et quand je parle de monter, c’est vraiment monter ! Une fois arrivé cela me donne une nouvelle fois l’occasion de réfléchir à la dureté de la vie, au décalage et à tous ceux que je connais qui se plaignent sans cesse de la difficulté de la vie pour eux. Le lodge où nous couchons appartient à Apa Sherpa qui a le record d’ascension de l’Everest : 19 fois !! Dès 17h, cela sent la fin d’aventure : nous prenons un apéro avec un alcool local et surtout les spécialités que chacun d’entre nous s’était secrètement emmené pour nos 24 d’autosuffisance alimentaire que nous n’avons pu tester avec le changement de parcours. Comté, viande de cheval séchée d’Italie, saucisson du Vercors, parmesan d’Italie, noix de cajou, … un véritable rêve si l’on pense au lieu où nous sommes. Nous chantons jusqu’à 21h pour passer le temps et repousser la nuit. http://ludo.le.fou.free.fr Page 39 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou 19 novembre 2009 : La nuit est glaciale et il devient impossible de respirer par le nez, bouché, très rapidement. Au lever j’observe dehors une bassine d’eau où du linge était rester dedans pour le lavage : le tout ne fait qu’un bloc ! Pour cette dernière étape je pars toujours avec le 2ème groupe, 30mn après nos camarades du premier. Nous devons monter jusqu’à Dengpo à 4800m, village estivant, où nous ferons demi tour pour redescendre jusqu’à Namche Bazar où sera jugée l’arrivée. Le parcours est terrible mais surtout terriblement beau : glace, neige de 50cm à 1m, pierres, rivières gelées sans que nous sachions sur quelle épaisseur (sic !) et surtout un vent terrible qui nous transperce. Il doit faire -20°. Pour cette dernière je donne vraiment tout ce que j’ai, au point que parfois j’en suis à chercher mon oxygène. Au village abandonné à cette saison, on se croirait sur une banquise, c’est fabuleux. Marco fait des films et moi des photos tellement le paysage est exceptionnel. Nous faisons demi-tour et attaquons une descente d’anthologie avec tous les risques d’un terrain glissant et dont on ne sait pas tout de ce que l’on a sous les pieds. Je suis 4ème avec Marco jusqu’à ce qu’un besoin d’uriner que je ne peux plus contenir m’oblige à m’arrêter. Un arrêt d’1mn10 c’est une éternité en course, du coup j’ai perdu Marco que je ne réussis même pas à apercevoir au loin dans cette végétation. J’avoue que je suis un peu vexé d’avoir été largué ainsi, alors tant pis je tente un coup en orientation. Ca sera quitte ou double. Malheureusement à la sortie de mon « coup » je ne vois personne, je me suis donc planté. Mais non, 10mn plus tard je découvre que je suis approximativement 1mn devant Marco et que j’ai également doublé une Népalaise qui figurait dans le premier groupe. Du coup je suis en pleine euphorie. http://ludo.le.fou.free.fr Page 40 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Marco est bien meilleur grimpeur que moi, aussi je me mets minable pour résister à son retour. Ce qui me plait également beaucoup dans cette histoire c’est qu’étant devant, je ne peux compter sur personne d’autre que moi pour trouver mon chemin parmi les dizaines et les dizaines qui se présentent à nous. Marco fini par revenir sur moi, mais je profite d’une dernière descente, où j’excelle, pour reprendre une petite avance sur lui, poussant les Dzos qui bouchent le chemin comme si j’avais toujours fait ça. J’arrive finalement 30s devant lui à Namche Bazar, mais décide de m’arrêter 5 mètres avant la ligne pour que l’on finisse main dans la main. Le plus important n’est évidemment pas le classement ou le temps, mais bien d’avoir donné le meilleur de moi-même, d’autant plus qu’au départ j’étais quelque peu inquiet en regard de la gastro qui m’avait affaibli les jours précédents. Heureusement il n’en fut rien. Une bien belle dernière étape où tout aura bien fonctionné comme pour célébrer une belle course de ma part. Le soir le dîner fait l’objet de cérémonie des récompenses et de dîner de gala. Comme tout le monde je repars avec mon diplôme et ma superbe cloche de Yak. Cette 5ème place est réellement inespérée pour moi qui « voulait juste voir ». J’en suis surtout fier parce qu’elle concrétise l’investissement que j’y ai mis, le pouvoir du mental sur le corps et la force que représente le soutien dont j’ai fait l’objet. 20 novembre 2009 : Une nouvelle fois il a dû faire entre -15 et -20° cette nuit, ce qui rend difficile la respiration en dormant. Au réveil les carreaux sont recouverts de glace. Avec Philippe nous décidons d’aller revisiter le village qui s’éveille et ses rues piégeuses car recouvertes de glace. Quand je pense que les Tibétains dorment sous un bout de tissus en guise de toile de tente, je me dis que je n’ai plus froid du tout, même si je suis tout emmitouflé et recroquevillé. Après les embrassades avec nos 4 camarades qui restent ici, pour partir le lendemain faire une ascension d’un col à 6100m sur 1 semaine, nous partons en marche de liaison jusqu’à Lukla où nous prendrons demain un vieux coucou pour nous ramener à Katmandu. Nous avons tous déjà la tête dans nos souvenirs et profitons de ce temps pour nous les remémorer et les repartager. Entre temps, nous profitons d’un temps http://ludo.le.fou.free.fr Page 41 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou totalement dégagé pour observer une dernière fois le Mont Everest. La marche est vraiment longue, plus encore combinée à un certain relâchement et à l’accumulation de la fatigue qui nous met tous à bout. Nous aurons finalement marché 6h à travers la montagne pour arriver à Lukla, cela fait une belle étape de plus … surtout pour moi qui ai horreur de marcher. 21 novembre 2009 : Le retour à Katmandu est évidemment pittoresque. En premier lieu le hangar dans lequel il faut se battre pour passer avant les autres afin de faire étiqueter ses sacs. Le contrôle avant l’embarquement ensuite où un policier nous pose solennellement des questions du style « avez-vous de la drogue ? de l’alcool ? un couteau ? des liquides ? … » (ça doit être un Américain qui les a formé, eux qui demandent lorsque l’on arrive sur leur territoire si l’on est terroriste …) avant de tapoter avec la main nos sacs remplis à ras bord et déclarer « c’est tout bon ». Puis la salle d’attente non chauffée dans laquelle nous patientons 2h en sautant sur tout le monde au moindre avion qui se présente pour faire sa rotation, en espérant que cela soit le nôtre. Enfin avec les coucous qui nous servent d’avion et qui s’élancent à fond dans un brouhaha terrible pour arriver en bout de piste, juste avant la falaise donc, avec suffisamment de vitesse pour décoller. Enfin nous arrivons à Katmandu, entiers, sans avoir rien perdu, et plutôt ravis de retrouver une vraie chambre et une vraie douche. Et comme il n’est pas question d’en perdre une miette nous visitons la ville en jouant aux fins négociateurs dans les boutiques comme si nous jouions au monopoly. La chance de notre condition c’est que nous pouvons nous payer le plus beau menu d’un des grands restaurants du coin avec une quinzaine de mets pour 10€ environ. Autant dire qu’avec mon estomac c’est tout simplement royal ! 22 novembre 2009 : Une bonne nuit conjuguée à une alimentation plus variée font que je me sens réellement bien physiquement. Nous consacrons notre journée aux temples des différents quartiers de Katmandu qui mine de rien est une ville immense. Je m’amuse comme un gamin à négocier tout ce que je vois et à priori je me débrouille plutôt pas mal … Le plus amusant reste sans doute d’observer la vie et la ville en rapportant tout ce que l’on voit à nos normes de sécurité. 23 novembre 2009 : Dernier jour, dernières visites jusqu’au bout. Nous avons le temps de découvrir 2 nouveaux quartiers avec une multitude de temples magnifiques et particulièrement anciens. Nous avons même la chance d’être guidés toute la journée par une charmante Népalaise que connaissaient Fred et Robin. En fin d’après midi après avoir salué nos amis Népalais venus nous accompagner jusqu’à l’aéroport, nous embarquons pour une difficile voyage : celui qui nous ramène http://ludo.le.fou.free.fr Page 42 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou à notre réalité et à toutes les tares qu’elle engendre sur l’être humain. Mais c’est notre monde, et puis nous avons tous nos valeurs refuges comme la famille et les amis. 24 novembre 2009 : Après un voyage qui s’est merveilleusement bien passé et, choses exceptionnelles une arrivée en avance et des bagages disponibles en moins de 40mn (un record pour Roissy …), il est temps de faire ses adieux au groupe de Français. Enfin probablement pas des adieux pour la majeure partie, mais plutôt des "au revoir". « Ca ne te dirait pas de faire l’Himal Race toi ? » Un grand merci en tout cas à tous mes camarades de l’Everest Sky Race pour ce moment aussi merveilleux qu’intense. Les insolites Ce petit bout est monté tout seul sur un rocher au niveau de ma tête pour faire ses besoins. Où sont les parents et les barrières ? En tout cas pour lui il n’y a pas danger, il y urgence … http://ludo.le.fou.free.fr Page 43 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Des toilettes en hauteur ? C’est plus facile pour récupérer ce qu’il en tombe dessous pour le jardin … Le mode d’emploi ? Choisissez un trou (on peut discuter à 2 dans ce modèle luxueux …), visez bien et un peu de foin par-dessus en guise de chasse. Simple et écolo non ? http://ludo.le.fou.free.fr Page 44 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou La cuisine intégrée dont rêvent toutes les Népalaises … Après l’avoir croisé, plus aucun de nous n’ose se plaindre du poids excessif de son sac à dos … http://ludo.le.fou.free.fr Page 45 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Non je ne suis pas obsédé par les toilettes. Mais le balais de toilettes à 2 poignées ce n’est pas banal. Ca doit être pour pousser fort … Une guerre vient d’éclater ? Non il s’agit du marché Tibétain de Namché Bazar. Evidemment les règles de prévention des risques domestiques sont ici parfaitement connues, c’est pour cela que les petits jouent seuls dans des amas de pierres, à côté du feu … http://ludo.le.fou.free.fr Page 46 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou L’aérodrome de Khumjung. Vu la longueur de la piste, en terre, il doit être plus utile de croiser les doigts que d’attacher sa ceinture … http://ludo.le.fou.free.fr Page 47 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Un peu le vertige ? En tout cas cela force à être vigilant ! Un stock de bouse de Yak séchées, seul moyen chauffage à cette altitude. On a bien nos tas de bois … http://ludo.le.fou.free.fr Page 48 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Un stock de feuille. La réserve pour les toilettes … Même avec un seau, un bol, de l’eau tiède et dehors, la "douche" reste un bonheur ! http://ludo.le.fou.free.fr Page 49 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Le chemin ? C’est pourtant simple c’est tout droit … L’électricité c’est quand même facile : si ça brûle pas c’est que ça marche ! http://ludo.le.fou.free.fr Page 50 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Reliques des premières ascensions de l’Everest. Des surhommes quand même avec ce matos ! Monument à la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie dans l’ascension de l’Everest à Pheriche, avec le nom de chacun et la date de leur décès. Plus émouvant que triste en définitive. http://ludo.le.fou.free.fr Page 51 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Tout est dit non ? Il ne manquait que l’électricité ce jour là pour que je puisse écrire … Service du repas ? Non remplissage du poêle avec de la bouse de yak séchée. Euh, le monsieur il se lave les mains avant de repasser en cuisine ??? http://ludo.le.fou.free.fr Page 52 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou La différence entre ma chaussure gauche et la droite ? La gauche est passée dans l’eau et une minute après elle est gelée. C’est qu’il fait froid dans ce pays … Je me l’étais promis, je l’ai fait. Je vous ai tous emmené sur le camp de base de l’Everest http://ludo.le.fou.free.fr Page 53 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Je vous rassure c’était avant la "douche". Enfin je crois … Un grand merci à Philippe, qui a "dégrossi" le bleu de l’Himalaya que j’étais avant le départ. http://ludo.le.fou.free.fr Page 54 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Pas facile d’emmener un livre de prière au Népal … Namché Bazar et son fameux marché Tibétain en son centre. http://ludo.le.fou.free.fr Page 55 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou On est quand même là pour lui. L’Everest … Quand faut y aller, faut y aller … http://ludo.le.fou.free.fr Page 56 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Au Népal il n’y a malheureusement pas d’âge pour gagner son pain … http://ludo.le.fou.free.fr Page 57 / 58 L’Everest Sky Race de Ludo le Fou Mes partenaires ? Mille mercis à mes partenaires sans qui bien de mes rêves et récits n’auraient tout simplement pas eu lieu ! Nous avons atteint et atteindrons toujours les sommets ensemble … http://ludo.le.fou.free.fr Page 58 / 58