Rapport de mission n°1

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Rapport de mission n°1
Bruno
Animateur social
Lima – Pérou
Adresse :
Date : Novembre 2014
91 boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris - France
Tél.: +33 (0)1 58 10 74 80
Courriel : [email protected]
www.fidesco.fr
Rapport de mission n°1
1
« Poco a poco ! »
1
Peu à peu ou petit à petit.
1
Chers amis, famille, parrains et bienfaiteurs,
INTRODUCTION
Je commence ce premier rapport de mission en vous disant un GRAND MERCI, un IMMENSE
MERCI à vous tous parrains et donateurs (ou futurs parrains ou donateurs!), et aussi à vous tous qui
ne pouvez pas me soutenir financièrement mais qui me soutenez par votre prière constante et fidèle.
Chaque jour, je prend conscience que sans vous, cette mission ne pourrait avoir lieu.
Je voudrais aussi dans ce premier rapport faire une rectification de vocabulaire (dans la charité
fraternelle!). Vous avez été nombreux, et je vous en remercie, à me souhaiter un ''bon séjour'' au Pérou ; il
me semble que le terme de ''mission'' est plus adapté, car je pars bien en mission et non en vacances. Vous
aurez l'occasion de découvrir à travers mes rapports que j'aurais choisi une autre destination que Lima
pour partir en vacances ! Ainsi, j'ai toujours habité dans le silence et la verdure de la campagne depuis
petit, et je me retrouve dans une très grande ville, grise et bruyante ; je ne suis pas très doué pour
l'apprentissage des langues (mes professeurs peuvent en témoigner) et je dois apprendre une langue
étrangère, … Je vous avais dit dans ma lettre de mission que « cette mission m'a été confiée sans que je
n'ai choisi ni le lieu ni le contenu de mon poste », je peux donc vous le reconfirmer, ce n'est pas moi qui
est choisi cette mission, mais c'est moi qui doit l'accueillir avec joie ! C'est un peu comme ma vocation
sacerdotale, ce n'est pas moi qui l'ai choisi (c'est Dieu), mais c'est moi qui l'ai accepté et accueilli avec
joie ! Cette situation inconnue dans laquelle je me trouve m'appelle donc à un abandon total entre les
mains de Dieu : c'est Lui qui m'a voulu ici, c'est Lui qui me conduira, avec ma participation ! À la suite
du Christ, je suis appelé à dire « Père, non pas comme je veux mais comme Tu veux. »2
Parti de Paris le 8 septembre 2014 à 20h10, je suis arrivé à Lima le 9 septembre 2014 à 5h10 heure
locale (12h10 heure française), après 17h d'avion et une escale à
Madrid, afin de remplir cette mission humanitaire à Lima au Pérou
avec l'ONG FIDESCO, dans le cadre de mon stage inter-cycle avec le
séminaire. J'ai voyagé avec Thibault Sajous, mon binôme3 dans cette
mission. Nous avons été accueilli à l'aéroport par mon partenaire
local, le père Jorge GOMEZ LAZARTE, accompagné de trois
paroissiens. Mes premières impressions en arrivant fut de voir la
pauvreté ou misère apparente dont je parlerais plus loin, ainsi que la
grande piété populaire (beaucoup de statues et d'images religieuses),
que j'ai mieux vu par la suite avec la fête du Señor de los Milagros
(dont je parlerais dont les rapports suivants...).
2
3
Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 26, verset 39
Fidesco envoie toujours en binôme (sauf cas exceptionnel) afin de pouvoir se soutenir dans la mission « [en vivant] au
quotidien et en équipe une vie de prière, de louange et de partage » (Charte du Volontaire Fidesco, n°8).
2
PRÉSENTATION DU LIEU DE MISSION
Cette mission a lieu à Lima au Pérou, à l'aumônerie de l'Université Nationale Mayor San Marcos
(UNMSM) et dans la Paroisse de la Virgen Medianera.
 Le Pérou
C'est un pays qui se situe en Amérique du Sud, sur la côte Pacifique, au Nord du Chili et au Sud de
la Colombie. C'est un des plus riches pays d'Amérique, si ce n'est le plus riche, sur les plans historique,
culturel, gastronomique, …
Il est ainsi le plus vieil État-nation d'Amérique, ayant une autorité centrale depuis l'apogée de l'Empire
Inca au XVe siècle. D'après les archéologues, les plus anciennes traces de présence humaine datent de
12000 av J-C, et les premiers groupes sédentarisés entre 7000 et 4000 av J-C ; cela en fait ainsi le pays
d'Amérique du Sud qui possède le plus de sites historiques. La culture du célèbre Empire Inca a dominé
du XIIIe siècle à 1533 sur un territoire allant du Nord du Chili actuel à l’Équateur et ayant pour capitale
Cuzco. Le Pérou est ensuite passé sous domination espagnole jusqu'à son indépendance en 1821. Des
forêts pluviales (Selva) aux montagnes verdoyantes et vertigineuses (Sierra) en passant par la côte aride
(Costa), c'est un pays qui offre des paysages très variés. Il possède aussi une gastronomie très riche,
qui lui a valu la récompense de première destination gastronomique en 2013 ; même si c'est dur à dire
pour un français, j'ai pu reconnaître depuis ces trois mois au Pérou qu'ils ne nous ont pas volé ce prix !
Aujourd'hui, d'une superficie faisant un peu plus le double de la France, le Pérou possède aux alentours de
30 millions d'habitants, dont un tiers est à Lima et son agglomération.
 Lima
La ville-capitale de Lima a été fondée par les Espagnol en 1535, dans un lieu plus doux que celui
des hauteurs de Cuzco, bénéficiant d'un approvisionnement constant en eau douce (alors qu'il n'y pleut
jamais), et surtout d'un port naturel pour faciliter les échanges commerciaux. Bien qu'elle soit située à 12°
au sud de l'équateur, Lima ne donne pas l'impression d'une ville tropicale, hormis durant l'été (janvier à
mars) ; en effet, la garúa, une brume froide et grise, s'installe sur la capitale d'avril à décembre, coupant
celle-ci du soleil ! C'est ainsi qu'elle a reçu les qualificatifs de « ville morne et grise », de « ville la plus
triste de la terre » ou encore de « Lima l'horrible », ce dernier surnom ayant été donné par un liménien...
Jusque dans les années 1930-1940, il y avait peu d'immigration et seuls les liméniens d'origines habitaient
à Lima. Mais, à partir des années 1930, les gens de la province commencèrent à migrer à Lima pour
chercher des meilleures conditions de vie (travail, éducation et santé). Depuis cette époque, Lima a
commencé à croître de façon massive, et aujourd'hui, on estime que 70% à 80% de la population
liménienne est originaire de l'immigration (interne et externe au pays). Cette surpopulation a fait surgir
des quartiers pauvres, allant jusqu'au bidonville dans certains endroits. Il y a eu deux types de prise de
possession de la terre pour construire : par autorisation gouvernementale et par invasion de la terre sans
autorisation préalable.
3
 Paroisse de la Virgen Medianera4
La Paroisse de la Virgen Medianera se situe sur deux quartiers : celui de Villa Maria et celui de
Planeta. Ces deux quartiers sont issus de l'immigration.
Le quartier de Villa Maria a été fondé en 1956 par autorisation du gouvernement militaire de Manuel A.
Odría. C'est un établissement humain en milieu urbain5 à dix minutes en voiture à l'Ouest du centre
historique de Lima. C'est dans le même mouvement qu'arrivèrent de la paroisse voisine deux pères
Rédemptoristes, les frères Gérard et Paul Protain, ainsi qu'une religieuse ; ils construisirent une chapelle
(en 1956) qu'ils placèrent sous le patronage de la Vierge du Perpétuel Secours. En 1963, une nouvelle
paroisse fut fondée sur cette chapelle, sous le vocable de la Virgen Medianera, par les pères irlandais de
Saint Colomban ; les pères Columbanos auront la charge de cette paroisse pendant quarante ans, jusqu'en
2003 ; un prêtre diocésain prendra la suite
jusqu'en 2008, date à laquelle arriva la
Communauté de l'Emmanuel. L'église se
situe à quinze minutes à pied de l'actuel
presbytère. Aujourd'hui, ce quartier reste
pauvre car il a été construit sur un ancien
dépôt d'immondices, et il n'est donc pas
possible de construire très haut, sous risque
d'effondrement (c'est pour cela que l'ancien
presbytère, attenant à l'église, a dû être détruit
il y a une dizaine d'année!). Ainsi, la plupart
des habitants partent dès qu'ils sont un peu
plus riche : les gens n'y restent rarement plus
de 4-5 ans ; seuls 10% de la population
originale est restée dans ce quartier ! La
population est estimée entre 13000 et 14000
Église de la Virgen Medianera,
habitants, pour 1170 maisons, soit une
avec
le
père
Jorge
Gomez Lazarte (mon partenaire local)
moyenne de 11 à 12 habitants par maison !
et Thibault Sajous (mon binôme)
Le quartier de Planeta est un peu plus tardif, puisqu'il a été fondé en 1963, en sa partie Est par
autorisation du gouvernement et en sa partie Ouest par invasion, c'est-à-dire sans autorisation
gouvernementale. Mais, la construction de la chapelle n'a eu lieu qu'en 2003 ! De 1998 au Jubilé de l'an
2000, les pères Columbanos venaient en mission de Villa
Maria à Planeta, et de l'an 2000 à la construction, une
messe était célébrée en plein air les dimanches.
Contrairement à Villa Maria, c'est un quartier plus
riche (beaucoup de maisons ont jusqu'à trois ou quatre
étages), où la population originale est restée pour la
grande majorité. La population est estimée à 20000
habitants. C'est dans ce quartier qu'est situé le presbytère
(à 2 minutes à pied de la chapelle) depuis la démolition
de celui de Villa Maria.
Dans mes rapports, j'utiliserais le terme de 'parroquia'
pour désigner l'église de Villa Maria et le terme de
'capilla' pour désigner la chapelle de Planeta.
Capilla Santo Turibio y San Columbano
Hormis sur les grands axes, il y a peu de véhicule (il me semble qu'environ un véhicule sur trois est un
bus ou un taxi!), ce qui fait qu'à l'intérieur des quartiers, la vie est dans la rue, et encore plus lorsque les
rues sont en terre battue, ce qui est le cas de Villa Maria. Cela se traduit par la présence d'une multitude de
petits commerces, allant du vendeur ambulant (à pied, à vélo ou en moto) à la petite épicerie à chaque
coin de rue, en passant par les nombreux marchés... Généralement, on trouve tout le nécessaire pour la vie
4
5
Vierge Médiatrice
« asentamiento humano ubicado » en espagnol.
4
courante dans une seule rue ! Il y a aussi beaucoup de bruit, dont l'amplitude varie suivant les lieux. Par
exemple, au presbytère, il y a une usine métallurgique en face (à cinq mètres), le train à 100 mètres (qui
roule en klaxonnant pour dire aux piétons et véhicules de s'écarter de la voie), ainsi que les marchands
ambulants avec leur haut-parleur, les terrains de sport devant les deux églises ou encore les fêtes à toute
occasion (avec orchestre, feux d'artifices, …), etc. Bref, les temps de silence sont très rares ! Comme
vous avez pu le comprendre, c'est la chose à laquelle j'ai le plus de mal à m'adapter, surtout qu'il n'y a pas
d'insonorisation dans les maisons : il n'y a ni double-vitrage (à peine un simple vitrage), ni isolation
sonore mais des ouvertures pour l'aération (et faire entrer le bruit et la poussière!) ; heureusement, il y a
les boules quies !
 Aumônerie de l'UNMSM
Fondée le 12 mai 1551 par le dominicain Tomas de San Martin dans le couvent Saint Dominique
de Lima, l'Université de San Marcos porte le titre de Doyenne d'Amérique, et jouit dès sa fondation des
mêmes privilèges et franchises que la prestigieuse université espagnole de Salamanque. En 1572, après
avoir reçu le titre de pontificale, elle va quitter le cloître dominicain à la demande de l'évêque Jérôme de
Loaisa, afin de devenir l'Université de tout le Pérou ; elle recevra ainsi le concours des franciscains, des
augustins, des mercédaires, des prêtres diocésains ainsi que de professeurs laïcs. Dès lors, elle jouira d'un
prestige mérité et élèvera si bien le niveau intellectuel du Pérou que cinquante ans après sa fondation,
presque la totalité des professeurs seront péruviens ! Ensuite, l'Université va connaître plusieurs déclins et
plusieures tentatives de réformes, jusqu'à la dernière qui aboutira à la fermeture de l'Université de 1932 à
1935. Elle sera alors reprise par l’État, et est depuis une Université d’État, c'est-à-dire non-catholique.
Aujourd'hui, elle possède vingt facultés et environ 30 000 étudiants !
C'est en 1983 que vont s’initier les Communautés Catholiques de San Marcos, par des étudiants et des
professeurs ; en 1992 apparaîtra le programme de Confirmation, et des prêtres de différentes
communautés religieuses viendront apporter leur aide. Mais, ce n'est qu'en août 1996 que sera fondée la
Capellanía6 par un français, le père dominicain Jean-Marc Gayraud Taillander, qui dira lors de son
inauguration : « elle sera la pierre angulaire à partir de laquelle la parole de Dieu se répandra dans
l'UNMSM » ; il en sera le premier Capellán7 jusqu'en 1999. Il appellera plusieurs congrégations pour
soutenir l'aumônerie, notamment les Missionnaires Identès qui sont toujours présents aujourd'hui. Un
prêtre diocésain lui succédera jusqu'en 2001, puis un prêtre du Chemin Néocatécuménal de 2001 à 2010.
Depuis 2010, c'est le père Jorge Gomez Lazarte, de la Communauté de l'Emmanuel, qui en est
l'aumônier ; il est aidé dans cette mission par Myriam, une missionnaire Identès (ou Insitut Id du Christ
Rédempteur), ancienne étudiante de San Marcos. Le père Jorge y travaille les mardis, mercredis et
vendredis matins, et Myriam du lundi au vendredi après-midi ; c'est avec elle que j'ai l'occasion de
travailler. Actuellement, les locaux de la Capellanía sont petits : il s'agit d'un bureau et d'un coin salon
devant (cf. la photo de la page de couverture) ; je dis actuellement car il y a quelques années, les locaux
étaient plus grands, mais un agrandissement du restaurant universitaire a nécessité l'abandon des anciens
locaux... Cette année, vingt étudiants se préparent à la Confirmation ; c'est peu quand on sait que dans les
premières années il y en avait une centaine ! L'Université se situe à environ 30 minutes en bus du
presbytère. Une de mes joies est que j'ai trouvé un parc (lotissement avec beaucoup de verdure) pour y
aller ; je quitte donc le bus plus tôt afin d'avoir une bonne bouffée d'oxygène dans la journée. Quand on
vit dans un lieu entouré presque que de béton, voir un peu de verdure est une grande joie et une
occasion de louer Dieu !
Il faut bien comprendre que l’Église est venue dans l'UNMSM parce qu’on l'a appelé ; ce n'est pas une
tentative pour récupérer l'UNMSM qui était initialement catholique ! La Capellanía étant issue d'une
demande des étudiants et professeurs, c'est par ces mêmes étudiants et professeurs qu'elle doit croître,
avec l'aide de l’Église. Ainsi, depuis le mois de novembre, on est passé d'une messe à deux messes par
mois (les premiers et troisièmes vendredi), à la demande des étudiants et des professeurs.
6
7
Aumônerie
Aumônier
5
Voici un plan de Lima et de la paroisse :
Université San Marcos
Plan de Lima
Presbytère
Capilla S. Turibio y S. Columbano
Église paroissiale
LA MISSION
Plan de la Paroisse :
Planeta est à gauche et Villa Maria à droite
Ma mission première est à l'aumônerie de l'Université San Marcos, et secondement, à la
paroisse de la Virgen Medianera.
Depuis le début du mois d'octobre, j'aide Myriam dans le travail de l'aumônerie du mardi au vendredi
après-midi, de 15h30 à 18h.
Le travail consiste à :
1/ Faire connaître la Capellanía auprès des 30000 étudiants,
2/ Former les jeunes qui viennent se préparer pour recevoir le sacrement de la Confirmation (qu'ils
recevront le samedi 6 décembre 2014),
3/ Mettre en place des propositions pour les jeunes qui ont déjà reçu la Confirmation.
Étant donné que nous sommes dans l'hémisphère Sud, nous ne sommes pas dans le début de l'année
scolaire mais dans la fin ! Je travaille donc aussi pour la rentrée en mars 2015.
Il y a aussi depuis plusieurs années le projet de construire une chapelle ainsi que des locaux plus
grands ; l'Université a donné un terrain, mais il reste à présenter le projet à l'archevêché puis à
l'Université... et ensuite à chercher le financement.
L'activité principale est la deuxième (formation à la Confirmation). Les étudiants viennent quand ils
veulent, en fonction de leur disponibilité, sur les horaires fixés (10h-12h, 16h-18h et 18h-20h). Ce n'est pas
vraiment un cours magistral (il n'y a ni salle ni bureaux pour cela, seulement un coin salon!), mais plus un
dialogue avec les jeunes, où j'essaie de leur expliquer et enseigner la beauté de la foi chrétienne, « à aider
ces hommes et ces femmes à prendre conscience de la dignité de leur nature et de la noblesse de leur
destinée ».8 Et eux m'aident à travailler l'espagnol !... Ainsi, avec Arturo – un jeune qui prépare les
concours pour entrer à l'UNMSM – j'apprends à découvrir le Pérou et sa culture, et lui apprend quelques
mots de français. Cette semaine, avec un autre étudiant, la séance de catéchèse s'est terminée par un
8
Jean-Paul II, Témoin de l'espérance, George Weigel, 1999 (édition augmentée 2005), p.242
6
exposé sur la dynamique des fluides !
Quelques petites actions réalisées (en plus de la préparation à la Confirmation) :
 Recoller les lettres 'CAPELLANÍA – UNMSM' sur la vitre du bureau (cf. photo de couverture).
 Nettoyer le tableau, ce qui n'avait pas dû être fait depuis très longtemps...
 Et actuellement, reconfiguration du panneau d'affichage, dont les anciennes photos dataient de 2006 ! (suite
dans le prochain rapport !...)
Vous allez dire que c'est petit, même ridicule comme action réalisée, mais c'est en commençant à bien
faire les petites choses qu'on pourra par la suite bien faire des choses plus grandes. 9 Et l'histoire de la
Capellanía10 montre qu'il faut accepter d'être patient pour ajouter sa pierre à l'édifice.
À la paroisse, j'ai trois activités. La première est la visite des malades les mardis matins, et de
donner la communion à ceux qui le désirent et sont préparés. Être aux côtés de ceux qui souffrent (en
espagnol, malade se dit 'enfermo'!) est une très belle pastorale qui me permet de ne pas me couper de la
réalité de ce que vivent beaucoup de personnes (beaucoup plus que ce que l'on croit), d'être cet « hôpital
de campagne » dont parle le pape François.
Je peux dire qu'il y a eu trois degrés dans ma découverte du quartier :
1° Tout d'abord, lorsque je suis arrivé à Lima, dans la voiture qui me conduisait de l'aéroport au
presbytère, je fus frappé par la pauvreté ou misère apparente, en voyant les décharges sauvages le long
du fleuve Rimac, le mauvais état des routes avec ses très nombreux dos d'ânes (ceux de France sont
ridicules à côté!), les nombreux déchets dans la rue,... la poussière (due à l'absence de pluie) n'aidant pas à
la propreté ! Je fus aussi frappé par l'altérité entre pauvreté et richesse : maisons avec belle façade,
taudis en tôle, maisons non terminées se côtoient (de loin, ça ressemble à un amas de maison entassées les
unes sur les autres et qui ne sont jamais terminées !). On retrouve cette altérité dans les moyens de
transport, avec les véhicules dernières générations qui côtoient ceux d'il y a quarante ans, rafistolés avec
les moyens du bord.
2° Ensuite, en apprenant petit à petit à connaître les gens, en étant invité chez eux, je me suis
rendu compte qu’ils ne sont pas aussi pauvre qu'ils le paraissent ; si l'extérieur des maisons est souvent
pauvre, l'intérieur est généralement aisé : pauvreté oui, misère non !
3° Enfin, en visitant les malades, je vois qu'il y a quand même de la misère, mais cachée : dans
beaucoup de maisons, il y a une personne âgée ou handicapée à charge du reste de la famille. Ces familles
sont plus pauvres extérieurement : forcément, quand la priorité est de s'occuper et de soigner les grandsparents ou un enfant handicapé, l'argent n'est pas mis dans le décor !
La deuxième est la participation à la vie paroissiale les dimanches matins. Actuellement, je vais à la
Capilla. Cela commence par la messe paroissiale à 7h30 (ce qui signifie un lever vers 5h-5h30 pour avoir
un temps de prière avant!) ; après un rapide petit-déjeuner, il y a le catéchisme à 9h30 pour les enfants qui
se préparent à la première communion, et qui se termine par la messe à 11h, suivi d'un temps de partage
avec les autres catéchistes. Pendant le catéchisme, pour l'instant j'observe, mais l'année prochaine (c'est-àdire en mars 2015) j'aurais la charge d'un groupe. Comme vous le voyez, c'est une matinée très chargée !
Petite anecdote : À un enfant de douze ans (ayant déjà fait sa première communion) n'allant pas communier :
« Pourquoi tu ne communies pas ?
 parce-que je ne me suis pas confessé depuis longtemps.
 Ah ! Mais, ça fait combien de temps que tu n'es pas allé te confesser ?

Ben, deux mois ! »
Enfin, la troisième se situe au niveau de l'archidiocèse. En effet, depuis le 7 septembre 2014, a commencé
le XXe Synode archidiocésain de Lima (les treize premiers eurent lieu sous le saint évêque de Lima,
Santo Turibio de Mogrovejo!), et je suis amené à y participer avec le père Jorge, sur le plan de la paroisse
et sur le plan de l'aumônerie universitaire. Le diocèse de Valence (pour lequel je suis séminariste) étant
aussi en Synode, je commence à comprendre comment cela fonctionne !...
9
10
cf. Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 25, verset 21
13 ans entre la formation d'un groupe catholique et l'arrivée d'un chapelain !
7
CONCLUSION
Ayant lu ce premier rapport, et ayant vu les difficultés que j'ai avec ce déracinement complet (ou
presque) vous pourriez vous dire : « c'est bien beau ce qu'il fait, mais il pourrait très bien le faire en
France puisqu'il y a les mêmes besoins, et ça lui éviterait toutes les difficultés du changement de
culture ! ». C'est une objection – parmi tant d'autres – que je me suis faite bien avant de partir, avant
même de demander à Fidesco de m'envoyer en mission : « pourquoi partir dans un pays lointain et
inconnu pour faire quelque chose que je pourrais très bien faire en France ? ». Mais, je n'aurais pas pu
faire la même chose en France pour l'unique et simple raison que ça n'aurait pas été les mêmes
personnes : si l'activité (enseigner la foi, visiter les malades, …) peut se faire en tout lieu, les personnes
qui bénéficieront de cette activité seront différentes selon les lieux ! Si Dieu a voulu que je sois ici à
Lima, auprès des étudiants de San Marcos et des personnes de la paroisse de la Virgen Medianera, c'est
qu'Il veut toucher leur cœur par mon pauvre intermédiaire. Si ma présence ici permet le salut d'une seule
âme, la sanctification d'une seule personne, qui n'aurait pu l'être autrement, alors ma présence ici est utile,
et ainsi ma mission prend tout son sens : je ne suis pas là pour moi mais pour ceux à qui je suis
envoyé !
Peut-être aussi, pensez-vous que ma mission est certes bien et belle, mais que mon travail est surtout
catholique (annonce de la foi) et non humanitaire comme je vous l'ai dit dans ma lettre de mission. À ceci,
je vous réponds que ma mission n'est pas d'endoctriner les personnes dans la foi catholique contre leur
gré, mais de les aider à découvrir la grandeur et la beauté de leur dignité de personne humaine
(comme je l'ai dit plus haut), sachant que « là où Dieu n'occupe pas la première place, là où il n'est pas
reconnu et adoré comme le Bien suprême, la dignité de l'homme est menacée. Il est donc urgent de
conduire l'homme d'aujourd'hui à "redécouvrir" le visage authentique de Dieu, qui s'est révélé à nous en
Jésus Christ. »11 Pour ceux qui doutent de cela, je vous laisse regarder où nous ont conduit les
totalitarismes athées du XXe siècle...
Pour terminer, je vous redis que je compte vraiment sur votre prière pour m'aider dans cette mission,
afin « qu'elle porte beaucoup de fruit, et que ce fruit demeure »12 : ne mettons pas de limite à l'amour de
Dieu !
Le coup d’pouce...
En ce moment, à travers le monde, 150 volontaires Fidesco travaillent au développement auprès des
populations défavorisées : accueil de personnes handicapées, création de centres de formation, gestion
d’entreprise et d’œuvres sociales, orthophonie, médecine, consulting, ingénierie pour la construction ou
l’adduction d’eau en brousse, refonte des systèmes de gouvernance d’ONG, etc.
Pour mener tous ces projets, former les volontaires avant leur départ, assurer le coût de leur mission (vol,
assurances, mutuelles,…), Fidesco s’appuie à 80% sur la générosité de donateurs.
FIDESCO a besoin de votre aide pour que toutes ces missions
perdurent
Je vous propose donc de partager ma mission en me parrainant ! Ce peut être soit par un don ponctuel,
soit par un parrainage, c’est-à-dire un don de 15 euros (ou plus) par mois le temps de notre mission (ou
l’équivalent de manière ponctuelle), déduction fiscale de 66%.
Je m’engage à envoyer à mes parrains mon rapport de mission tous les trois mois pour partager avec
vous mon quotidien et l’avancée de mes projets.
De nouveau, un grand MERCI pour votre soutien, et pour mes parrains : rendez-vous dans 3 mois pour
mon prochain rapport !
11
12
Benoît XVI, Angélus du 28 août 2005
Évangile selon Saint Jean, chapitre 15, versets 8 et 16
8