Rapport de mission n°1
Transcription
Rapport de mission n°1
Bruno Animateur social Lima – Pérou Adresse : Date : Novembre 2014 91 boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris - France Tél.: +33 (0)1 58 10 74 80 Courriel : [email protected] www.fidesco.fr Rapport de mission n°1 1 « Poco a poco ! » 1 Peu à peu ou petit à petit. 1 Chers amis, famille, parrains et bienfaiteurs, INTRODUCTION Je commence ce premier rapport de mission en vous disant un GRAND MERCI, un IMMENSE MERCI à vous tous parrains et donateurs (ou futurs parrains ou donateurs!), et aussi à vous tous qui ne pouvez pas me soutenir financièrement mais qui me soutenez par votre prière constante et fidèle. Chaque jour, je prend conscience que sans vous, cette mission ne pourrait avoir lieu. Je voudrais aussi dans ce premier rapport faire une rectification de vocabulaire (dans la charité fraternelle!). Vous avez été nombreux, et je vous en remercie, à me souhaiter un ''bon séjour'' au Pérou ; il me semble que le terme de ''mission'' est plus adapté, car je pars bien en mission et non en vacances. Vous aurez l'occasion de découvrir à travers mes rapports que j'aurais choisi une autre destination que Lima pour partir en vacances ! Ainsi, j'ai toujours habité dans le silence et la verdure de la campagne depuis petit, et je me retrouve dans une très grande ville, grise et bruyante ; je ne suis pas très doué pour l'apprentissage des langues (mes professeurs peuvent en témoigner) et je dois apprendre une langue étrangère, … Je vous avais dit dans ma lettre de mission que « cette mission m'a été confiée sans que je n'ai choisi ni le lieu ni le contenu de mon poste », je peux donc vous le reconfirmer, ce n'est pas moi qui est choisi cette mission, mais c'est moi qui doit l'accueillir avec joie ! C'est un peu comme ma vocation sacerdotale, ce n'est pas moi qui l'ai choisi (c'est Dieu), mais c'est moi qui l'ai accepté et accueilli avec joie ! Cette situation inconnue dans laquelle je me trouve m'appelle donc à un abandon total entre les mains de Dieu : c'est Lui qui m'a voulu ici, c'est Lui qui me conduira, avec ma participation ! À la suite du Christ, je suis appelé à dire « Père, non pas comme je veux mais comme Tu veux. »2 Parti de Paris le 8 septembre 2014 à 20h10, je suis arrivé à Lima le 9 septembre 2014 à 5h10 heure locale (12h10 heure française), après 17h d'avion et une escale à Madrid, afin de remplir cette mission humanitaire à Lima au Pérou avec l'ONG FIDESCO, dans le cadre de mon stage inter-cycle avec le séminaire. J'ai voyagé avec Thibault Sajous, mon binôme3 dans cette mission. Nous avons été accueilli à l'aéroport par mon partenaire local, le père Jorge GOMEZ LAZARTE, accompagné de trois paroissiens. Mes premières impressions en arrivant fut de voir la pauvreté ou misère apparente dont je parlerais plus loin, ainsi que la grande piété populaire (beaucoup de statues et d'images religieuses), que j'ai mieux vu par la suite avec la fête du Señor de los Milagros (dont je parlerais dont les rapports suivants...). 2 3 Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 26, verset 39 Fidesco envoie toujours en binôme (sauf cas exceptionnel) afin de pouvoir se soutenir dans la mission « [en vivant] au quotidien et en équipe une vie de prière, de louange et de partage » (Charte du Volontaire Fidesco, n°8). 2 PRÉSENTATION DU LIEU DE MISSION Cette mission a lieu à Lima au Pérou, à l'aumônerie de l'Université Nationale Mayor San Marcos (UNMSM) et dans la Paroisse de la Virgen Medianera. Le Pérou C'est un pays qui se situe en Amérique du Sud, sur la côte Pacifique, au Nord du Chili et au Sud de la Colombie. C'est un des plus riches pays d'Amérique, si ce n'est le plus riche, sur les plans historique, culturel, gastronomique, … Il est ainsi le plus vieil État-nation d'Amérique, ayant une autorité centrale depuis l'apogée de l'Empire Inca au XVe siècle. D'après les archéologues, les plus anciennes traces de présence humaine datent de 12000 av J-C, et les premiers groupes sédentarisés entre 7000 et 4000 av J-C ; cela en fait ainsi le pays d'Amérique du Sud qui possède le plus de sites historiques. La culture du célèbre Empire Inca a dominé du XIIIe siècle à 1533 sur un territoire allant du Nord du Chili actuel à l’Équateur et ayant pour capitale Cuzco. Le Pérou est ensuite passé sous domination espagnole jusqu'à son indépendance en 1821. Des forêts pluviales (Selva) aux montagnes verdoyantes et vertigineuses (Sierra) en passant par la côte aride (Costa), c'est un pays qui offre des paysages très variés. Il possède aussi une gastronomie très riche, qui lui a valu la récompense de première destination gastronomique en 2013 ; même si c'est dur à dire pour un français, j'ai pu reconnaître depuis ces trois mois au Pérou qu'ils ne nous ont pas volé ce prix ! Aujourd'hui, d'une superficie faisant un peu plus le double de la France, le Pérou possède aux alentours de 30 millions d'habitants, dont un tiers est à Lima et son agglomération. Lima La ville-capitale de Lima a été fondée par les Espagnol en 1535, dans un lieu plus doux que celui des hauteurs de Cuzco, bénéficiant d'un approvisionnement constant en eau douce (alors qu'il n'y pleut jamais), et surtout d'un port naturel pour faciliter les échanges commerciaux. Bien qu'elle soit située à 12° au sud de l'équateur, Lima ne donne pas l'impression d'une ville tropicale, hormis durant l'été (janvier à mars) ; en effet, la garúa, une brume froide et grise, s'installe sur la capitale d'avril à décembre, coupant celle-ci du soleil ! C'est ainsi qu'elle a reçu les qualificatifs de « ville morne et grise », de « ville la plus triste de la terre » ou encore de « Lima l'horrible », ce dernier surnom ayant été donné par un liménien... Jusque dans les années 1930-1940, il y avait peu d'immigration et seuls les liméniens d'origines habitaient à Lima. Mais, à partir des années 1930, les gens de la province commencèrent à migrer à Lima pour chercher des meilleures conditions de vie (travail, éducation et santé). Depuis cette époque, Lima a commencé à croître de façon massive, et aujourd'hui, on estime que 70% à 80% de la population liménienne est originaire de l'immigration (interne et externe au pays). Cette surpopulation a fait surgir des quartiers pauvres, allant jusqu'au bidonville dans certains endroits. Il y a eu deux types de prise de possession de la terre pour construire : par autorisation gouvernementale et par invasion de la terre sans autorisation préalable. 3 Paroisse de la Virgen Medianera4 La Paroisse de la Virgen Medianera se situe sur deux quartiers : celui de Villa Maria et celui de Planeta. Ces deux quartiers sont issus de l'immigration. Le quartier de Villa Maria a été fondé en 1956 par autorisation du gouvernement militaire de Manuel A. Odría. C'est un établissement humain en milieu urbain5 à dix minutes en voiture à l'Ouest du centre historique de Lima. C'est dans le même mouvement qu'arrivèrent de la paroisse voisine deux pères Rédemptoristes, les frères Gérard et Paul Protain, ainsi qu'une religieuse ; ils construisirent une chapelle (en 1956) qu'ils placèrent sous le patronage de la Vierge du Perpétuel Secours. En 1963, une nouvelle paroisse fut fondée sur cette chapelle, sous le vocable de la Virgen Medianera, par les pères irlandais de Saint Colomban ; les pères Columbanos auront la charge de cette paroisse pendant quarante ans, jusqu'en 2003 ; un prêtre diocésain prendra la suite jusqu'en 2008, date à laquelle arriva la Communauté de l'Emmanuel. L'église se situe à quinze minutes à pied de l'actuel presbytère. Aujourd'hui, ce quartier reste pauvre car il a été construit sur un ancien dépôt d'immondices, et il n'est donc pas possible de construire très haut, sous risque d'effondrement (c'est pour cela que l'ancien presbytère, attenant à l'église, a dû être détruit il y a une dizaine d'année!). Ainsi, la plupart des habitants partent dès qu'ils sont un peu plus riche : les gens n'y restent rarement plus de 4-5 ans ; seuls 10% de la population originale est restée dans ce quartier ! La population est estimée entre 13000 et 14000 Église de la Virgen Medianera, habitants, pour 1170 maisons, soit une avec le père Jorge Gomez Lazarte (mon partenaire local) moyenne de 11 à 12 habitants par maison ! et Thibault Sajous (mon binôme) Le quartier de Planeta est un peu plus tardif, puisqu'il a été fondé en 1963, en sa partie Est par autorisation du gouvernement et en sa partie Ouest par invasion, c'est-à-dire sans autorisation gouvernementale. Mais, la construction de la chapelle n'a eu lieu qu'en 2003 ! De 1998 au Jubilé de l'an 2000, les pères Columbanos venaient en mission de Villa Maria à Planeta, et de l'an 2000 à la construction, une messe était célébrée en plein air les dimanches. Contrairement à Villa Maria, c'est un quartier plus riche (beaucoup de maisons ont jusqu'à trois ou quatre étages), où la population originale est restée pour la grande majorité. La population est estimée à 20000 habitants. C'est dans ce quartier qu'est situé le presbytère (à 2 minutes à pied de la chapelle) depuis la démolition de celui de Villa Maria. Dans mes rapports, j'utiliserais le terme de 'parroquia' pour désigner l'église de Villa Maria et le terme de 'capilla' pour désigner la chapelle de Planeta. Capilla Santo Turibio y San Columbano Hormis sur les grands axes, il y a peu de véhicule (il me semble qu'environ un véhicule sur trois est un bus ou un taxi!), ce qui fait qu'à l'intérieur des quartiers, la vie est dans la rue, et encore plus lorsque les rues sont en terre battue, ce qui est le cas de Villa Maria. Cela se traduit par la présence d'une multitude de petits commerces, allant du vendeur ambulant (à pied, à vélo ou en moto) à la petite épicerie à chaque coin de rue, en passant par les nombreux marchés... Généralement, on trouve tout le nécessaire pour la vie 4 5 Vierge Médiatrice « asentamiento humano ubicado » en espagnol. 4 courante dans une seule rue ! Il y a aussi beaucoup de bruit, dont l'amplitude varie suivant les lieux. Par exemple, au presbytère, il y a une usine métallurgique en face (à cinq mètres), le train à 100 mètres (qui roule en klaxonnant pour dire aux piétons et véhicules de s'écarter de la voie), ainsi que les marchands ambulants avec leur haut-parleur, les terrains de sport devant les deux églises ou encore les fêtes à toute occasion (avec orchestre, feux d'artifices, …), etc. Bref, les temps de silence sont très rares ! Comme vous avez pu le comprendre, c'est la chose à laquelle j'ai le plus de mal à m'adapter, surtout qu'il n'y a pas d'insonorisation dans les maisons : il n'y a ni double-vitrage (à peine un simple vitrage), ni isolation sonore mais des ouvertures pour l'aération (et faire entrer le bruit et la poussière!) ; heureusement, il y a les boules quies ! Aumônerie de l'UNMSM Fondée le 12 mai 1551 par le dominicain Tomas de San Martin dans le couvent Saint Dominique de Lima, l'Université de San Marcos porte le titre de Doyenne d'Amérique, et jouit dès sa fondation des mêmes privilèges et franchises que la prestigieuse université espagnole de Salamanque. En 1572, après avoir reçu le titre de pontificale, elle va quitter le cloître dominicain à la demande de l'évêque Jérôme de Loaisa, afin de devenir l'Université de tout le Pérou ; elle recevra ainsi le concours des franciscains, des augustins, des mercédaires, des prêtres diocésains ainsi que de professeurs laïcs. Dès lors, elle jouira d'un prestige mérité et élèvera si bien le niveau intellectuel du Pérou que cinquante ans après sa fondation, presque la totalité des professeurs seront péruviens ! Ensuite, l'Université va connaître plusieurs déclins et plusieures tentatives de réformes, jusqu'à la dernière qui aboutira à la fermeture de l'Université de 1932 à 1935. Elle sera alors reprise par l’État, et est depuis une Université d’État, c'est-à-dire non-catholique. Aujourd'hui, elle possède vingt facultés et environ 30 000 étudiants ! C'est en 1983 que vont s’initier les Communautés Catholiques de San Marcos, par des étudiants et des professeurs ; en 1992 apparaîtra le programme de Confirmation, et des prêtres de différentes communautés religieuses viendront apporter leur aide. Mais, ce n'est qu'en août 1996 que sera fondée la Capellanía6 par un français, le père dominicain Jean-Marc Gayraud Taillander, qui dira lors de son inauguration : « elle sera la pierre angulaire à partir de laquelle la parole de Dieu se répandra dans l'UNMSM » ; il en sera le premier Capellán7 jusqu'en 1999. Il appellera plusieurs congrégations pour soutenir l'aumônerie, notamment les Missionnaires Identès qui sont toujours présents aujourd'hui. Un prêtre diocésain lui succédera jusqu'en 2001, puis un prêtre du Chemin Néocatécuménal de 2001 à 2010. Depuis 2010, c'est le père Jorge Gomez Lazarte, de la Communauté de l'Emmanuel, qui en est l'aumônier ; il est aidé dans cette mission par Myriam, une missionnaire Identès (ou Insitut Id du Christ Rédempteur), ancienne étudiante de San Marcos. Le père Jorge y travaille les mardis, mercredis et vendredis matins, et Myriam du lundi au vendredi après-midi ; c'est avec elle que j'ai l'occasion de travailler. Actuellement, les locaux de la Capellanía sont petits : il s'agit d'un bureau et d'un coin salon devant (cf. la photo de la page de couverture) ; je dis actuellement car il y a quelques années, les locaux étaient plus grands, mais un agrandissement du restaurant universitaire a nécessité l'abandon des anciens locaux... Cette année, vingt étudiants se préparent à la Confirmation ; c'est peu quand on sait que dans les premières années il y en avait une centaine ! L'Université se situe à environ 30 minutes en bus du presbytère. Une de mes joies est que j'ai trouvé un parc (lotissement avec beaucoup de verdure) pour y aller ; je quitte donc le bus plus tôt afin d'avoir une bonne bouffée d'oxygène dans la journée. Quand on vit dans un lieu entouré presque que de béton, voir un peu de verdure est une grande joie et une occasion de louer Dieu ! Il faut bien comprendre que l’Église est venue dans l'UNMSM parce qu’on l'a appelé ; ce n'est pas une tentative pour récupérer l'UNMSM qui était initialement catholique ! La Capellanía étant issue d'une demande des étudiants et professeurs, c'est par ces mêmes étudiants et professeurs qu'elle doit croître, avec l'aide de l’Église. Ainsi, depuis le mois de novembre, on est passé d'une messe à deux messes par mois (les premiers et troisièmes vendredi), à la demande des étudiants et des professeurs. 6 7 Aumônerie Aumônier 5 Voici un plan de Lima et de la paroisse : Université San Marcos Plan de Lima Presbytère Capilla S. Turibio y S. Columbano Église paroissiale LA MISSION Plan de la Paroisse : Planeta est à gauche et Villa Maria à droite Ma mission première est à l'aumônerie de l'Université San Marcos, et secondement, à la paroisse de la Virgen Medianera. Depuis le début du mois d'octobre, j'aide Myriam dans le travail de l'aumônerie du mardi au vendredi après-midi, de 15h30 à 18h. Le travail consiste à : 1/ Faire connaître la Capellanía auprès des 30000 étudiants, 2/ Former les jeunes qui viennent se préparer pour recevoir le sacrement de la Confirmation (qu'ils recevront le samedi 6 décembre 2014), 3/ Mettre en place des propositions pour les jeunes qui ont déjà reçu la Confirmation. Étant donné que nous sommes dans l'hémisphère Sud, nous ne sommes pas dans le début de l'année scolaire mais dans la fin ! Je travaille donc aussi pour la rentrée en mars 2015. Il y a aussi depuis plusieurs années le projet de construire une chapelle ainsi que des locaux plus grands ; l'Université a donné un terrain, mais il reste à présenter le projet à l'archevêché puis à l'Université... et ensuite à chercher le financement. L'activité principale est la deuxième (formation à la Confirmation). Les étudiants viennent quand ils veulent, en fonction de leur disponibilité, sur les horaires fixés (10h-12h, 16h-18h et 18h-20h). Ce n'est pas vraiment un cours magistral (il n'y a ni salle ni bureaux pour cela, seulement un coin salon!), mais plus un dialogue avec les jeunes, où j'essaie de leur expliquer et enseigner la beauté de la foi chrétienne, « à aider ces hommes et ces femmes à prendre conscience de la dignité de leur nature et de la noblesse de leur destinée ».8 Et eux m'aident à travailler l'espagnol !... Ainsi, avec Arturo – un jeune qui prépare les concours pour entrer à l'UNMSM – j'apprends à découvrir le Pérou et sa culture, et lui apprend quelques mots de français. Cette semaine, avec un autre étudiant, la séance de catéchèse s'est terminée par un 8 Jean-Paul II, Témoin de l'espérance, George Weigel, 1999 (édition augmentée 2005), p.242 6 exposé sur la dynamique des fluides ! Quelques petites actions réalisées (en plus de la préparation à la Confirmation) : Recoller les lettres 'CAPELLANÍA – UNMSM' sur la vitre du bureau (cf. photo de couverture). Nettoyer le tableau, ce qui n'avait pas dû être fait depuis très longtemps... Et actuellement, reconfiguration du panneau d'affichage, dont les anciennes photos dataient de 2006 ! (suite dans le prochain rapport !...) Vous allez dire que c'est petit, même ridicule comme action réalisée, mais c'est en commençant à bien faire les petites choses qu'on pourra par la suite bien faire des choses plus grandes. 9 Et l'histoire de la Capellanía10 montre qu'il faut accepter d'être patient pour ajouter sa pierre à l'édifice. À la paroisse, j'ai trois activités. La première est la visite des malades les mardis matins, et de donner la communion à ceux qui le désirent et sont préparés. Être aux côtés de ceux qui souffrent (en espagnol, malade se dit 'enfermo'!) est une très belle pastorale qui me permet de ne pas me couper de la réalité de ce que vivent beaucoup de personnes (beaucoup plus que ce que l'on croit), d'être cet « hôpital de campagne » dont parle le pape François. Je peux dire qu'il y a eu trois degrés dans ma découverte du quartier : 1° Tout d'abord, lorsque je suis arrivé à Lima, dans la voiture qui me conduisait de l'aéroport au presbytère, je fus frappé par la pauvreté ou misère apparente, en voyant les décharges sauvages le long du fleuve Rimac, le mauvais état des routes avec ses très nombreux dos d'ânes (ceux de France sont ridicules à côté!), les nombreux déchets dans la rue,... la poussière (due à l'absence de pluie) n'aidant pas à la propreté ! Je fus aussi frappé par l'altérité entre pauvreté et richesse : maisons avec belle façade, taudis en tôle, maisons non terminées se côtoient (de loin, ça ressemble à un amas de maison entassées les unes sur les autres et qui ne sont jamais terminées !). On retrouve cette altérité dans les moyens de transport, avec les véhicules dernières générations qui côtoient ceux d'il y a quarante ans, rafistolés avec les moyens du bord. 2° Ensuite, en apprenant petit à petit à connaître les gens, en étant invité chez eux, je me suis rendu compte qu’ils ne sont pas aussi pauvre qu'ils le paraissent ; si l'extérieur des maisons est souvent pauvre, l'intérieur est généralement aisé : pauvreté oui, misère non ! 3° Enfin, en visitant les malades, je vois qu'il y a quand même de la misère, mais cachée : dans beaucoup de maisons, il y a une personne âgée ou handicapée à charge du reste de la famille. Ces familles sont plus pauvres extérieurement : forcément, quand la priorité est de s'occuper et de soigner les grandsparents ou un enfant handicapé, l'argent n'est pas mis dans le décor ! La deuxième est la participation à la vie paroissiale les dimanches matins. Actuellement, je vais à la Capilla. Cela commence par la messe paroissiale à 7h30 (ce qui signifie un lever vers 5h-5h30 pour avoir un temps de prière avant!) ; après un rapide petit-déjeuner, il y a le catéchisme à 9h30 pour les enfants qui se préparent à la première communion, et qui se termine par la messe à 11h, suivi d'un temps de partage avec les autres catéchistes. Pendant le catéchisme, pour l'instant j'observe, mais l'année prochaine (c'est-àdire en mars 2015) j'aurais la charge d'un groupe. Comme vous le voyez, c'est une matinée très chargée ! Petite anecdote : À un enfant de douze ans (ayant déjà fait sa première communion) n'allant pas communier : « Pourquoi tu ne communies pas ? parce-que je ne me suis pas confessé depuis longtemps. Ah ! Mais, ça fait combien de temps que tu n'es pas allé te confesser ? Ben, deux mois ! » Enfin, la troisième se situe au niveau de l'archidiocèse. En effet, depuis le 7 septembre 2014, a commencé le XXe Synode archidiocésain de Lima (les treize premiers eurent lieu sous le saint évêque de Lima, Santo Turibio de Mogrovejo!), et je suis amené à y participer avec le père Jorge, sur le plan de la paroisse et sur le plan de l'aumônerie universitaire. Le diocèse de Valence (pour lequel je suis séminariste) étant aussi en Synode, je commence à comprendre comment cela fonctionne !... 9 10 cf. Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 25, verset 21 13 ans entre la formation d'un groupe catholique et l'arrivée d'un chapelain ! 7 CONCLUSION Ayant lu ce premier rapport, et ayant vu les difficultés que j'ai avec ce déracinement complet (ou presque) vous pourriez vous dire : « c'est bien beau ce qu'il fait, mais il pourrait très bien le faire en France puisqu'il y a les mêmes besoins, et ça lui éviterait toutes les difficultés du changement de culture ! ». C'est une objection – parmi tant d'autres – que je me suis faite bien avant de partir, avant même de demander à Fidesco de m'envoyer en mission : « pourquoi partir dans un pays lointain et inconnu pour faire quelque chose que je pourrais très bien faire en France ? ». Mais, je n'aurais pas pu faire la même chose en France pour l'unique et simple raison que ça n'aurait pas été les mêmes personnes : si l'activité (enseigner la foi, visiter les malades, …) peut se faire en tout lieu, les personnes qui bénéficieront de cette activité seront différentes selon les lieux ! Si Dieu a voulu que je sois ici à Lima, auprès des étudiants de San Marcos et des personnes de la paroisse de la Virgen Medianera, c'est qu'Il veut toucher leur cœur par mon pauvre intermédiaire. Si ma présence ici permet le salut d'une seule âme, la sanctification d'une seule personne, qui n'aurait pu l'être autrement, alors ma présence ici est utile, et ainsi ma mission prend tout son sens : je ne suis pas là pour moi mais pour ceux à qui je suis envoyé ! Peut-être aussi, pensez-vous que ma mission est certes bien et belle, mais que mon travail est surtout catholique (annonce de la foi) et non humanitaire comme je vous l'ai dit dans ma lettre de mission. À ceci, je vous réponds que ma mission n'est pas d'endoctriner les personnes dans la foi catholique contre leur gré, mais de les aider à découvrir la grandeur et la beauté de leur dignité de personne humaine (comme je l'ai dit plus haut), sachant que « là où Dieu n'occupe pas la première place, là où il n'est pas reconnu et adoré comme le Bien suprême, la dignité de l'homme est menacée. Il est donc urgent de conduire l'homme d'aujourd'hui à "redécouvrir" le visage authentique de Dieu, qui s'est révélé à nous en Jésus Christ. »11 Pour ceux qui doutent de cela, je vous laisse regarder où nous ont conduit les totalitarismes athées du XXe siècle... Pour terminer, je vous redis que je compte vraiment sur votre prière pour m'aider dans cette mission, afin « qu'elle porte beaucoup de fruit, et que ce fruit demeure »12 : ne mettons pas de limite à l'amour de Dieu ! Le coup d’pouce... En ce moment, à travers le monde, 150 volontaires Fidesco travaillent au développement auprès des populations défavorisées : accueil de personnes handicapées, création de centres de formation, gestion d’entreprise et d’œuvres sociales, orthophonie, médecine, consulting, ingénierie pour la construction ou l’adduction d’eau en brousse, refonte des systèmes de gouvernance d’ONG, etc. Pour mener tous ces projets, former les volontaires avant leur départ, assurer le coût de leur mission (vol, assurances, mutuelles,…), Fidesco s’appuie à 80% sur la générosité de donateurs. FIDESCO a besoin de votre aide pour que toutes ces missions perdurent Je vous propose donc de partager ma mission en me parrainant ! Ce peut être soit par un don ponctuel, soit par un parrainage, c’est-à-dire un don de 15 euros (ou plus) par mois le temps de notre mission (ou l’équivalent de manière ponctuelle), déduction fiscale de 66%. Je m’engage à envoyer à mes parrains mon rapport de mission tous les trois mois pour partager avec vous mon quotidien et l’avancée de mes projets. De nouveau, un grand MERCI pour votre soutien, et pour mes parrains : rendez-vous dans 3 mois pour mon prochain rapport ! 11 12 Benoît XVI, Angélus du 28 août 2005 Évangile selon Saint Jean, chapitre 15, versets 8 et 16 8