Étude critique de la traduction de L`Etranger et de La Peste de

Transcription

Étude critique de la traduction de L`Etranger et de La Peste de
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CRÉATIVITÉ EN TRADUCTION LITTÉRAIRE :
Étude critique de la traduction de
L'Etranger et de La Peste de Camus
Par
Eke, Livinus Kelechukwu
PG/Ph.D/02/33619
DÉPARTEMENT DES LANGUES ET DES
ETUDES LITTERAIRES
UNIVERSITE DU NIGERIA, NSUKKA
Sous la Direction du:
Professor E. P. Modum
2010
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CRÉATIVITÉ EN TRADUCTION LITTERAIRE :
Etude critique de la traduction de
L'Etranger et de La Peste de Camus
Une thèse doctorale présentée Au Département des
Langues et des Littératures Etrangères, Université du
Nigeria, Nsukka, comme une des conditions requises
pour l’obtention du diplôme du doctorat
(Ph.D) en Traduction
Par
Eke, Livinus Kelechukwu
PG/Ph.D/02/33619
DÉPARTEMENT DES LANGUES ET DES
LITTERATURES ETRANGERES
UNIVERSITE DU NIGERIA, NSUKKA
2010
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EPIGRAPH
I AM A SLAVE
NEVER to the clever, crafty homme d’affaires
Siphoning our wealth to alien coffers; who
Often metamorphoses into a choice demagogue,
A thousand promises made, none fulfilled,
All hope dashed on the wall of fairy tales,
Behold, citizens perish in disappointment’s abyss.
BUT to the princes of the Ivory Tower,
Eagles of the Azure exiled here on earth,
Who shun Gold and Silver, the Devil’s bait;
But go for knowledge, so abstract and sublime.
To the Saints and Angels of the Intellectual Sky
Baptized in the Jordan of Ink and Paper.
And born again by brain and strain,
To them, I confess, I am a slave.
Mr. Livinus K. Eke
Department of Foreign Languages &
Literary Studies,
University of Nigeria,
Nsukka.
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DEDICATION
This research work is dedicated to
all true seekers of knowledge.
DÉDICACE
Cette recherche est dédié
à tous véritables chercheurs
de connaissance.
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CERTIFICATION
Cette recherche en vue de l’obtention d’un doctorat en Traduction, approuvée par le
Département des Langues et des Littératures Etrangères, Université du Nigéria, Nsukka, est
réalisée par Eke, Livinus Kelechukwu (PG/Ph.D/02/33619) sous la direction du Professeur E.
P. Modum.
Signé: ______________________
Professor E. P. Modum
Directeur de Thèse
_______________
Date
Signé: ______________________
Dr. Mrs. I. Ezeora
Chef du Département des Langues et
des Etudes Littéraires
_______________
Date
Signé: ____________________
Professor K. Echenim
Examinateur Extérieur
_______________
Date
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REMERCIEMENTS
Nous remercions infiniment le Département des Langues et des Etudes Littéraires de
l’Université du Nigéria, Nsukka, pour nous avoir accordé l’opportunité d’y poursuivre notre
ambition d’avoir un doctorat, bien qu’il s’agisse d’une ambition difficile. Nous remercions
de manière spéciale notre directeur de thèse le Professeur E. P. Modum dont la direction
détaillée nous a posé un défi. Nous remercions immensément le Professeur I. T. K. Egeonu
et le Professeur A. U. Ohaegbu qui ont franchement critiqué la proposition de cette thèse.
Nous devons notre réussite (si nous allons finir par réussir) à leur critique constructive.
L’ancien chef du département des Langues et des Etudes Littéraires, Madame le Docteur F.
N. Ibemesi doit recevoir notre remerciement pour avoir travaillé très dur. Le Professeur M.
O. Iwuchukwu nous a aidé beaucoup avec des conseils aux moments de désespoir. Nous lui
disons merci. Nous remercions notre chère collègue dans la poursuite de connaissance,
Madame Nkeiru Okezie, qui nous a beaucoup inspiré avec des analyses intellectuelles. Nous
aimerions pouvoir connaître tous les autres professeurs du département, à titre personnel,
surtout comme ils ont positivement critiqué la proposition de cette thèse. Nous sommes
particulièrement reconnaissant à Madame le Dr. I. Ezeora, une fois représentante du
département à l’Ecole Poste Graduée pour son assistance immesurable.
Nous remercions les membres de notre famille, la famille Eke, et surtout notre
aimable femme Madame Rita Eke, nos deux enfants, Mademoiselle Ezinne Ekeson et
Monsieur Jaachimike Ekeson, pour leur patience lorsque nous passions des nuits blanches,
leur niant ce faisant l’amour paternel. Nous sommes reconnaissant à notre chère petite sœur,
Mademoiselle Blessing Ekeson, qui nous a suivi tout le long de ce voyage à travers la mer
rouge de l’érudition. Finalement, nous resterons perpétuellement reconnaissant à Monsieur
Patrick A. Ezirim qui a tapé cette thèse sur l’ordinateur. C’est plus paradoxal lorsque l’on se
rend compte que Monsieur Ezirim ne sait pas un mot de français.
Nous sommes reconnaissant à Monsieur le docteur D. C. Chima qui nous a appris la
traduction au niveau de la licence.
Le Professeur Amechi Ihenacho compte parmi nos
bienfaiteurs dans l’acte traduisant, pour avoir initié l’établissement du « Département de
Traduction à Abia State University, Uturu. Nous remercions profondément Madame Chantal
Bourgois de l’Institut Supérieur d’Interprétation et de Traduction, Paris.
INTRODUCTION
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L’opinion partagé par plusieurs individus c’est que’ la traduction en tant que
discipline académique est plutôt arrivée tardivement’, (Chima 34, Iheanacho 70).
Loin de décrier cette vue comme étant pessimiste et décourageante, force est
d’affirmer que ces érudits ont raison. Nous constatons que ce sentiment est étayé
sur les théories opposées les unes aux autres au sujet de la traduisibilité et de
l’intraduisibilité des textes, (Catford, 104 ; Newmark, 156) argument qui a duré plus
que nécessaire avant l’époque actuelle.
La vérité restera, sans doute, que le débit de la traduction en tant que
discipline scolaire est relativement lent. Dès le début, selon l’instar de Chima D.C.
(34) on enseignait la traduction aux étudiants sous la forme de grammaire
comparative ou sous la forme d’appréciation des cultures étrangères. Cela veut dire
que la traduction n’était pas vue comme une discipline digne d’études spécialisées.
On s’empresse a dire que si oui ou non la traduction est étudiée en dehors d’un
cadre théorique, pour des fins didactiques, il devrait y avoir des travaux pratiques
sur lesquels baser telles études au sein des établissements scolaires. Pendant des
années, les érudits ont posément évité cet aspect pratique de l’opération
traduisante, ce qui provoque le sentiment de non scolarisation de l’acte traduisant
comme l’observent quelques trauctologues.
Heureusement, récemment, il y a eu une tournure d’opinion, ce qui fait que
certains érudits commencent à vulgariser des théories de traduction. Hêlas, absents
encore sont les travaux pratiques pour concrétiser ces masses de théories bien des
fois contradictoires. Lorsque mention est faite de l’absence de littératures traduites,
les différentes versions de la sainte bible sont exclues. Leurs traductions datent bien
avant l’ère actuelle, et encore, elles ne sont pas traduites pour des fins didactiques.
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On se sent obligé de mentionner que les tout premiers érudits à rompre ce
silence intellectuel de nos jours furent Jean-Pierre Vinay et Jean Darbelnet, Jean
Delisle, Helen Chuquet et Michel Paillard, pour n’en mentionner que ceci.
Ces
quelques traductologues, loin de fournir à la masse publique les traductions des
ouvrages existant nous traitent aux échantillonnages de méthodes de traduction. Ce
n’est que très récemment que des volumes des documents proprement dits
académiques envahissent le marché intellectuel. Lorsque l’on pense en cette
direction, l’on s’empresse de mentionner Eugène Nida dans Towards a Science of
Translation (1984), Marian Ledérer dans La Traduction Simultanée (1981), sans
oublier La traduction Aujourd’hui (1984), Danica Seleskovitch et Marian Ledérer et
leur Interpréter pour Traduire (1986).
l’université de Genève et leur
Force est de mentionner le groupe de
revue Parallèles.
Ce ne serait pas possible de
mentionner tous les théoriciens et tous les praticiens de traduction dont les travaux
nous ont été bénéfiques. On se rappelle aussi Sussan Bassnet McGuire et son
Translation Studies (1980).
Tout récemment vient le groupe de Routeledge
Encyclopedia of Translation Studies, revue éditée par Mona Baker. Il y a aussi à
mentionner le groupe de The Translation Studies Reader éditée par Lawrence
Venuti.
Nous devons noter que dans le but de fournir une traduction pratique des
documents entre le français et l’anglais certains praticiens de traduction se sont
lancés dans le champs.
Ces praticiens incluent James Kirkup traducteur de la
version anglaise de L’Enfant Noir (1953) de Camara Laye, Michel Ligny, traducteur
de la version française de Things Fall Apart (1958) de Chinua Achebe, Etienne Galle,
traducteur de The Anthills of the Savanna (1978) de Chinua Achebe, John Reed
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traducteur de la version anglaise d’Une Vie de Boy (1956) de Ferdinand Oyono et de
Le Vieux Nègre et La Médaille (1956) de Ferdinand Oyono.
Nous mentionnons
Stuart Gilbert le traducteur de L’Etranger (1942) et de La Peste (1947) d’Albert
Camus, deux ouvrages que nous travaillons dans cette thèse.
Si la traduction en tant que discipline scolaire est arrivée si tard, la critique de
la traduction est venue encore plus tard. C’est cet aspect pratique qu’est la critique
de la traduction qui constitue notre visée dans l’entreprise de ce sujet de thèse. Ce
serait, selon nous, un domaine vierge car rares sont le travaux portant sur la critique
des traductions des romans, surtout dans les établissements scolaires au Nigéria et
dans la sous région de l’Afrique de l’ouest.
Certains néophytes de la traduction
présumeraient à tort que lorsque l’oeuvre est traduite en direction de la langue
maternelle du traducteur, la traduction serait impeccable Voilà une vue que nous
aimerions fausser dans cette recherche en soulignant l’importance de la formation
professionnelle dans le domaine de traduction.
Nous sommes de l’avis que le temps est venu où la critique de la traduction
serait enseignée dans nos établissements scolaires comme cours dans les Lettres
Modernes. Cela explique le mobile de notre choix du sujet de thèse : La créativité
dans la traduction littéraire, étude critique de la traduction de L’Etranger et de la
Peste d’Albert Camus, ouvrages traduits par Stuart Gilbert. Ces deux romans ont été
traduits en anglais comme The Outsider et The Plague. En recherche d’un corpus
sur lequel accrocher les théories autrement abstraites, nous l’avons cru nécessaire
de mettre la main sur ces deux textes qu’étudient les étudiants d’anglais au
Département de Langue et Littérature Anglaise chez nous à Abia State University,
Uturu.
La plupart de ces étudiants d’anglais présument à tort que les
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renseignements contenus dans les textes qu’ils lisent sont les mêmes que dans le
textes originaux. Tout effort destiné à les convaincre que des différences énormes
existent dans les détails des intrigues qu’ils lisent s’avère peine perdue.
Même
certains linguistes pensent que puisque le français et l’anglais représentent deux
langues avoisinantes d’Europe, il n’y aura pas beaucoup de différences tant sur le
plan sémantique que stylistique, présomption qui s’avère fautive face aux réalités
démasquables entre les pages de cette thèse.
Quelle que soit la pensée humaine surtout celle des néophytes sur la
traduction littéraire, quelles que soient les inadéquations présentes dans la
traduction interlinguistique, le fossé linguistique séparant les cultures humines est
censé être comblé par la traduction. Grace à la traduction, nous sommes aujourd’hui
en voie d’une communauté universelle de la communication linguistique rendue
possible par la traduction.
Ce n’est que très récemment, cependant, que les érudits renommés
considèrent la traduction comme un domaine digne d’étude académique.
Par
exemple, Georges Mounin dans son Les Problèmes théoriques de la Traduction
(1963) regrettera que malgré toute l’importance accordée à la traduction, il n’y a
beaucoup de travaux entrepris comme étude sur elle.
Aujourd’hui bien des
recherches scolaires ont été faites dans le domaine de la traduction. La traduction
regagne déjà sa place de primauté dans l’étude linguistique.
Dans cette étude, nous comptons démontrer que la traduction, quel qu’en soit
le domaine, implique plus que ne voient les gens.
Loin d’être une entreprise
entièrement textuelle, la traduction est une entreprise complètement intellectuelle
qui donne toujours un défi à la faculté cognitive du praticien du métier.
Le
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traducteur se voit face à une situation où il doit fournir des idées, là où il n’y existe
rien. En cela consiste la créativité, le noyau de notre étude doctorale. Comment
créer des termes pour combler des lacunes ou pour réduire des effets négatifs
chemin faisant vers la nouvelle culture linguistique sans agir en démiurge (Fortunato
Israël, 20). Ceci nous mène à la question de créer sans dépasser les bornes de la
fidélité et sans bousculer l’équilibre linguistique du texte original. Dans la traduction
littéraire le style plus que le sémantisme importe. Comment marier parfaitement ces
deux cotés de la même pièce de monnaie que sont le style et le message? Est-il
possible de créer des termes sans pour autant dévier du vouloir dire de l’auteur ? Là
réside le grand problème de la traduction. Notre choix de L’Etranger et de La Peste
n’est que pour concrétiser les faits qui sembleraient flous et vagues sans un corpus.
0.2
La mise en chapitre
Pour mener à bien notre objectif, nous avons divisé la recherche en cinq
chapitres distincts que nous avons voulu coudre en un ensemble cohérent.
Au
moins, c’est notre visée, mais combien nous avons réalisé cet objectif fera objet de
vérification par notre lecteur. Le premier chapitre présente la motivation pour le
choix du sujet de recherche, c'est-à-dire ce en quoi nous comptons vraiment
rechercher et pourquoi. Nous avons aussi exprimé le but de cet étude en chapitre
premier, y compris l’importance de la traduction au Nigéria et dans la sous région
ouest-africaine, en général.
Dans le deuxième chapitre c’est question de présenter la revue de littérature.
C’est dans ce chapitre que nous avons présenté notre guide dans cette étude. La
revue de littérature comporte plusieurs rubriques : a vrai dire le
concept de
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traduction présente un hybride théorique qui est au diaspon avec les plusieurs
ingrédients latents du sujet. Ces rubriques comptent :
i.
les théories de la traduction
ii.
le sujet de créativité
iii.
les éléments écologiques qui influencent la traduction.
iv.
la fidélité dans la traduction
vi.
la traduction et la linguistique étant donné que les deux sont
interlacées.
vii.
les concepts à base de culture et leurs influences sur la traduction.
viii.
La question terminologique dans l’acte traduisant.
ix.
la traduction automatique et la traduction
Chapitre trois présentera la méthodologie de la recherche, c'est-à-dire les
différentes procédures suivies dans la réalisation de ce projet. Aussi, avons – nous
profité de cette rubrique pour définir les termes utilisés dans notre recherche.
La vie, les philosophies et les œuvres de Camus constituent les points
essentiels de chapitre quatre. Là, nous avons commencé avec la naissance humble
de notre écrivain, puis son héritage d’absolument rien de la part de son père. Nous
avons enfin terminé avec les événements néfastes menant à la mort de ce héros
littéraire. Pour mieux entamer la critique d’une œuvre, il faut bien connaître l’écrivain
et même les circonstances entourant le morceau littéraire dont il est question.
Enfin est venu le chapitre cinq, lequel représente le vif de cette étude et le
point culminant de notre tentative de thèse. Chapitre cinq est une synthèse des
vues exprimées dans la revue de littérature, y compris les points forts et les points
faibles de la traduction des deux œuvres en référence. Nous nous empressons de
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dire, dès le début que les idées exprimées dans cette thèse nous appartiennent
entièrement, et nous accepterons toute critique là-dessus avec humilité.
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CHAPITRE PREMIER
MOTIVATION POUR L’ETUDE
1.0
Préambule
Nous entendons par le terme motivation la force intrinsèque, la propulsion
innée ou le mobile psychologique qui induit l’individu à entreprendre une action ou
une décision. Ce n’est, alors, pour rien que nous nous proposons d’entamer une
étude de cette magnitude. Notre motivation dans ce projet de recherche renvoie à
la force intérieure qui nous a incité pour entreprendre la recherche sur la créativité
dans la traduction littéraire.
Nous nous proposons d’étudier les bornes tant
linguistiques que métalinguistiques de la création des termes dans la traduction.
Nous comptons vérifier la justesse de certains élements de crétivité par Stuart
Gilbert dans la traduction des ouvrages en référence dans cette thèse.
1.1
Motivation pour l’étude
Comme nous venons d’expliquer tout à l’heure, nous sommes motivé dans
cette étude par les observations concrètes faites par nous.
Nous sommes au
courant que le roman L’Etranger d’Albert Camus a été traduit en 1946 par Stuart
Gilbert comme The Outsider et que le même roman a été plus tard retraduit en
anglais par Matthew Ward en 1988 comme The Stranger Notre visée dans cette
étude n’est jamais une étude comparative des deux traductions, bien qu’il existe des
différences collossales entre les deux. Comme l’observe Lawrence Venuti dans son
article intilulé ‘Translation, Community, Utopia » (482) l’anglais des deux versions est
construit en un registre quasi-familier, en langage de communication, mais, une fois
les deux textes juxtaposés, des différences commencent à se présenter. Venuti a
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observé que Stuart Gilbert avait traduit librement en ajoutant, par-ci par-là, des
mots de clarifications, ce que nous décrivons de créativité. Quant à Ward, ajoute-lil, il était chanceux, en ce sens qu’il avait une audience lectrice plus instruite,
situation renforcée par un décalage de quarante deux ans. Les Américains ont reçu
cette nouvelle version par Ward comme étant en accord avec les exigences
modernes. Cette observation résume les deux versions du même texte traduites
indépendamment par deux praticiens de traduction.
Or, notre visée dans la présente étude dépasse une étude étroite des deux
traductions de L’Etranger, soit comparative ou spatiale. Dans le sens plus large,
nous nous proposons la tâche d’étudier les traductions de deux œuvres d’Albert
Camus : L’Etranger et La Peste traduits en anglais par un même traducteur, nommé
Stuart Gilbert, comme The Outsider et The Plague respectivement. Nous allons
suivre
les démarches préconisées par plusieurs praticiens et théoriciens de
traduction. Déjà, beaucoup de suggestions ont été faites au sujet de la traduction
littéraire (McGuire, 20, Fortunato Israël, 26, Newmark, 150). Certains écrivains et
chercheurs préconisent le fait que la critique littéraire ne doit pas forcément focaliser
sur les points faibles de la traduction. Les arguments se partageront entre les points
fort et les points faibles (Ekundayo 6, Agbasiere 87). Une des fautes commises par
nos traducteurs c’est de trop rechercher la fidélité, surtout la fidélité au texte
original, et cet extrême amour pour la fidélité risque toujours de tuer l’ingénuité et la
créativité du traducteur. La traduction s’avère par conséquent abîmée dans la boue
du transcodage. Le concept de transcodage est fondé sur l’existence des différences
structurelles entre les langues. Ainsi que l’observe Ledérer :
16
Les différences de structures syntaxiques des langues
imposent leurs contraintes au traducteur.
(115)
Lorsque les traducteurs ressentent des lacunes lexicales dans leurs efforts
pour éviter le transcodage (Delisle : 1984), la tendance naturelle est de recourir au
processus de créativité.
Cela explique pourquoi nous insistons que la traduction
n’est jamais une entreprise sédentaire ayant affaire à deux textes en situation de
contact.
Nous aimerions démontrer dans cette thèse que le traducteur doit se
déplacer pour vérifier les vrais sens culturels de certains termes non natifs à la
langue d’arrivée.
Beaucoup de facteurs que l’on passait sous silence jadis, s’avèrent aujourd’hui
centraux dans l’acte traduisant, et la traduction comme toute activité humaine
s’avère de plus en plus dynamique.
La traduction dépasse, pour ainsi dire, la
définition banale d’une opération portée sur la langue, processus de substituer un
texte dans une langue avec le même texte dans une autre langue (Cartford : 1965).
On parle aujourd’hui des faits extralinguistique qui influencent la traduction.
Ces données métalinguistiques comptent les facteurs anthropologiques entourant la
langue cible. La créativité dans la traduction des textes littéraires considérera les
différenciations anthropologiques, voire écologiques et culturelles, entre les deux
langues en contact. Ces derniers facteurs captent notre attention dans cette étude.
Le fait que notre sujet porte sur la traduction littéraire rend cette attirance vers la
culture très importante, étant donné que la culture et la littérature sont étroitement
liées. Les impératifs intellectuels qui marquent l’unicité de chaque langue humaine
17
font aussi objet de considération dans cette recherche. Nous aimerions déclarer que
la traduction doit focaliser la société réceptrice du produit, pour être authentique.
En fait, nous sommes motivé par le besoin de communiquer à nos collègues,
étudiants de traduction que telle une poule assoiffée, qui pour boire de l’eau à partir
d’un collectif d’eau, insère son bec dans le liquide, et ensuite rejette la tête en
arrière pour permettre à chaque goutte de poursuivre son chemin vers les entrailles
de la volaille, le traducteur assimile le contenu du texte, lève la tête en pensée, afin
de permettre à son esprit d’en digérer les ingrédients. Reste à la faculté humaine de
trouver un équivalent pour chaque vocable dans le texte sous le nez du traducteur.
Beaucoup de traducteurs des textes littéraires ignorent cet aspect de
l’expérience traductrice.
Il en résulte une programmation linéaire des données
linguistiques vers la langue d’arrivée, un maniement technique de la phrase
représentant, hélas, une aberration linguistique de la culture linguistique de la
société cible. Voilà, bref, pourquoi nous l’avons cru nécessaire de travailler dans le
domaine de la créativité dans la traduction littéraire. Comme le dit Mariam Ledérer.
… il ne saurait y avoir de traduction de texte sans
création d’équivalences … dérivées de l’action des
connaissances non linguistiques sur les significations
de la langue.
(41)
1.2
But de l’étude
Nous voulons démontrer à travers cette étude que la tâche de création des
termes dans la traduction n’est pas un jeu d’enfant. La créativité dépasse le niveau
d’invention des vocables, des expressions et des idées. La traduction, elle-même, est
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une sorte de créativité, car la traduction a son origine dans l’intellecte. Mais le degré
de créativité varie d’individu en individu.
Cela introduit une différence entre les
traductions du même texte faites par deux différents individus. La capacité de créer
des équivalents naturels est fonction de l’intelligence du traducteur et de sa
formation professionnelle. Le degré d’exactitude sémantique et stylistique, surtout
dans la traduction littéraire, dépend à un seuil élevé de la compétence linguistique et
extralinguistique du traducteur.
Nous aimerions avertir nos collègues lecteurs insouciants des textes traduits
vers quelle que soit la langue, que parfois ce que lisent les gens dans la deuxième
langue est différent de ce qu’a écrit l’auteur du texte original.
Et malgré la
compétence, parfois élevée, du traducteur le processus de pertes et de gains
persistera.
Donc, il se peut que les faits dans la traduction soient exagérés ou
atténués. Le traducteur qui vise la fidélité doit définir la direction de cette fidélité.
Daniel Gile (145) propage sa théorie de fidélité comme étant une conception à
quatre dimensions.
-
fidélité au texte source
-
fidélité à l’auteur
-
fidélité à l’audience
-
fidélité au client
Nous allons reprendre le concept de fidélité en chapitre deux. Un traducteur qui ne
considère que le texte source en se montrant fidèle risque de transcoder dans sa
besogne. Quelle que soit la direction de la flèche de fidélité Chima avertit à temps
que :
19
Fidelity is easier to attain in the translation of pragmatic
rather than of literary texts.
(81)
C’est plus facile d’atteindre la fidélité dans les textes
pragmatiques que dans les textes littéraires.
(N.T.)
Nous voulons par ceci avertir que la fidélité n’est jamais un oiseau facile à attraper
avec une main et le mettre dans le cage. Un traducteur qui ne fait que chercher à
tout prix la fidélité risque d’égarer dans son travail, car chaque écrivain (et chaque
traducteur) dispose de ses propres mots, lesquels ensemble constituent son
idéolecte. L’idéolecte relate au bagage de mots qui revient à la plume d’un écrivain
ou d’un traducteur.
Nous conseillerons à tout traducteur d’opérer dans les confins de son
idéolecte personnel, étant donné que les opinions sur la fidélité sont divergentes.
Certains théoriciens préconisent la fidélité au message comme la meilleure, alors que
certains soulignent la fidélité au style. La synthèse de ces deux écoles de pensée
restera toujours l’énigme du traducteur digne de son nom. Nous aimerions alerter
que la tâche de la traduction des textes littéraires est problématique, plus
problématique que ne conçoit l’homme ordinaire.
L’autre problème que cette étude vise à résoudre est celui de la tendance
naturelle chez bien des traducteurs de dépendre des guides psychologiques :
sonorité, graphologie, ce que Maduka-Durunze (204) appelle les « psychomorphes
ou guides psychologuiques » Cela représente, en traduction, les faux amis
20
linguistiques déroutant et malmenant bien des linguistes, non seulement les
traducteurs.
Il y a tendance chez les traducteurs de tomber victimes de cette
tentation de dépendre des similitudes onomatopéiques et orthographiques au cours
de leurs travaux.
1.3
Arrière – plan de l’étude
Comme nous croyons l’avoir avoué, d’ores et déjà, cette recherche s’intéresse
aussi à la fausse présomption de plusieurs individus que la capacité de comprendre
très bien deux langues donne d’emblée à l’individu la qualification pour traduire
entre les deux langues dont il est question.
Notre découverte semble contrarier
cette prise de position et nous induit à commenter sur certaines traductions
effectuées sur certains romans negro africains d’expression française.
A cet égard, un roman qui nous vient à l’esprit c’est Une vie de Boy (1956) de
Ferdinand Oyono, traduit en anglais par John Reed comme The House Boy. Bien
qu’un Anglais et comprenant très bien le français, Reed, dépendant des guides
psychologiques traduira « C’était l’heure du repas habituel de bâton de manioc au
poisson » comme « It was the time of the day for the customary meal of fish and
cassava sticks ». Certains érudits africains ont condamné cette fausse rendition qui
porte les Africains en mauvaise lumière.
Les Africains ne mangent jamais de
cassava sticks, mais boiled cassava tubers.
L’idée de fidélité à l’audience lectrice doit être prise au sérieux, si non on
risque d’aboutir à un produit non acceptable au public consommateur. Prenons pour
exemple le roman negroafricain, L’Enfant Noir (1953) de Camara Laye, traduit en
anglais comme The African Child par James Kirkup. Nous voyons cette traduction
21
comme étant fidèle seulement au texte, sans considération aucune pour l’audience
lectrice.
Cette traduction destinée aux anglophones suit tout bêtement la
phraséologie française, y compris le contournement phrastique habituel à la
grammaire française. Le résultat en anglais est un roman écrit en langue anglaise
mais depourvu de la précision anglaise. La situation est empirée au Nigéria par le
fait que voici un roman destiné aux débutants de la littérature africaine dans les
écoles secondaires, qui sont encore sous l’emprise de la grammaire de base
anglaise. Nous comptons, à partir de cette étude, suggérer que la contournement de
la grammaira à base d’une langue inconnue. La tâche du traducteur inclut la
reformulation linguistique du texte, suivant son propre ideolecte. Le désir de
rémédier à cette prétendue anomalie constitue une partie de l’arrière-plan de cette
recherche. Nous voulons conseiller aux futurs traducteurs que la dextérité est un
atout indispensable dans la main du traducteur. Il est censé être capable de créer
les jeux de mots pour réfletér le style humoristique de l’auteur. Il doit introduire des
soulagements psychologiques où l’auteur en utilise pour éviter la redondance
psychologique.
A titre d’exemple, John Reed n’a pas respecté cette injonction littéraire dans
sa traduction des parties de Une Vie de Boy. Quelque part, chemin faisant, il a
traduit
On ne me couillonne pas facilement comme ea, dit-il en
raidissant son cou, on ne me couillonne pas facilement,
Mon Zami.
(UVB. P. 117)
22
Cette phrase d’altercation a été traduite en anglais en ces mots par Reed.
You can’t put it over me so easily as that, he said,
stiffening his neck, not quite easily as that.
(THB p. 117)
L’omission de l’expression “Mon Zami” (mes amis en bon français) est capitale, et
ne peut être passée sous le silence. Cette expression, hélas, en français argotique,
porte une charge sémantique trop prépondérante à négliger. Bien que nous soyons
tout le long opposé à l’idée de traduire mot à mot, le jeu de mots dans « Mon
Zami » aurait été retenu ! car cela confierait au sujet parlant un statut
d’analphabète. Nous aurions suggéré « Mi Frenz » afin de placer la traduction dans
son registre approprié. Au cas où il est difficile d’en trouver un équivalent en
« pidgin English » le traducteur est censé chercher dans son répertoire de
connaissance linguistique un équivalent argotique dans la culture cible.
Il y a aussi la question terminologique à laquelle se heurtent plusieurs
traducteurs, certains malgré leur haute formation professionnelle, alors que certains
créent des expressions floues et incompréhensibles, juste pour combler des vides.
Comme nous l’avons mentionnée, la recherche des termes mène plusieurs
traducteurs aux pièges de similitudes ideophoniques et orthographiques.
Dans
l’effort pour trouver des termes appropriés aux situations contextuelles surtout pour
traduire des concepts polyvalents, le traducteur se trouve dans l’obligation de
considérer le domaine du texte sous son nez, y compris la vision du monde de la
société réceptrice. Selon nous, rien n’empêche le traducteur, au cas de le nécessité
de traduire avec des expressions locales qui ne sont ni anglaises, ni françaises,
23
pourvu qu’il fournisse sous la forme de foot note les significations de telles
expressions.
C’est la considération de ces faits et de ces prétendues inadéquations qui
constitue l’arrière-plan de cette recherche. Ce sont ces lapsus qui nous ont fourni la
force intérieure pour entreprendre cette recherche.
1.4
Pourquoi étudier la traduction au Nigéria
La tradiduction s’impose sur le Nigéria à un seuil
élevé non seulement à
cause de la multiplicité de langues indigènes, mais aussi à cause de l’isolement
linguistique dont souffre le pays en Afrique de l’ouest.
Donc, d’une part, entre
l’anglais qui est la langue officielle du pays et, d’autre part, les langues indigènes
elles-mêmes, le service des traducteurs restera indispensable. Cette situation est
encore empirée par le fait que la plupart de la population du Nigéria est illettrée.
Dans les cercles internationaux, de nombreux exemples témoignent que la
grande majorité des Nigériens reconnaissent la nécessité pour la traduction ainsi que
témoigne la traduction des étiquettes et des modes d’emploi des produits fabriques
au Nigéria, en français et en les principales langues maternelles du pays.
On ne peut pas parler de l’histoire de la traduction anglais-français et vice
versa, au Nigéria, sans au tout abord retracer l’arrivée du français au Nigéria.
L’étude du français, langue vivante, au Nigéria date de la période après
l’indépendance du pays. Pendant cette période, le gouvernement français a offert
des bourses d’études à tous les étudiants nigérians de la langue française dans les
universités et dans les établissements de hauts enseignements au Nigéria. Or, il n’y
avait alors qu’une poignée d’universités au Nigéria et, par conséquent, les quelques
24
étudiants dans les universités nationales ont tous profité de ces bourses.
Les
universités dans le pays à cette époque la étaient : l’université d’Ibadan, l’université
du Nigéria, Nsukka, l’université d’Ahmadou Bello, Zaria et l’université de Lagos.
Aujourd’hui, les gens
peuvent vouloir savoir pourquoi l’on enseigne le
français au Nigéria, considérant le fait que le pays est anglophone. Aujourd’hui de
tels individus condamnent l’action de l’ancien Président du pays le défunt Général
Abacha qui, en 1998, prononça le français la deuxième langue officielle du Nigeria.
Ceux-ci pensent qu’avec les 400 langues naturelles distinctes du Nigéria, ajoutées à
l’anglais, lequel est imposé sur les Nigérians comme langue officielle, l’idée d’une
deuxième langue officielle est plutôt insensée et déraisonnable. En deçà de ces faits
plutôt émotionnels que discursifs, il y a plus de bénéfices que de pertes dans l’étude
du français au Nigéria.
1.4.1 Origine et regain de la traduction français - anglais au Nigéria
A en revenir à notre sujet de traduction, peut-on tracer l’origine et la portée
de la traduction au pays ? A vrai dire, la traduction entre le français et l’anglais,
deux langues étrangères, chez nous, est un événement récent par rapport à la
situation entre les langues indigènes.
Quant à la portée de l’entreprise traductrice, elle englobe de vastes domaines
de l’activité humaine. Un coup d’oeil sur la carte du Nigéria révélera que le Nigéria
se trouve au beau milieu des pays francophones et que le français, seul, ouvre pour
nous une fenêtre de communication avec le monde immédiat. Et alors, pour une
intéraction effective et efficace entre les Nigérians et les citoyens des pays
limitrophes, le français est très important. Des conférences internationales
25
s’organisent de temps à autres au sein de l’ONU, du NEPAD et de la CEDEAO.
Vraiment, aura-t-on besoin des traducteurs et d’interprètes pour faciliter la
communication lors de ces conférences, étant donné que le français et l’anglais sont
les deux langues dominantes de l’Afrique.
La traduction est importante dans le
domaine religieux car aujourd’hui il y a un fleurissement et une transportation des
sectes religieux à travers la continent d’Afrique et surtout dans la sous région de
l’Afrique de l’ouest. Un bon nombre de traducteurs est nécessaire pour cet acte
d’évangélisation des indigènes africains.
Dans le domaine médical, force est de
traduire les posologies des médicaments, et plusieurs documents publicitaires
disponibles dans les boîtes de médicaments sont à traduire de l’anglais vers le
français, et vice versa. Même au service des Affaires Etrangères, on a vraiment
besoin des traducteurs et des interprètes dont les langues d’opération, au cas du
Nigéria, sont l’anglais et le français. Ce ne serait pas une exagération si l’on observe
que la traduction anglais – français fait de l’individu un véritable Africain, vu la
primauté de ces deux langues dans le continent d’Afrique.
Nos universités nationales disposent des départements des langues et des
Littératures Etrangères où la traduction figure comme un cursus. Ces départements
produisent des spécialistes en traduction pour les sociétés internationales, telles les
banques et d’autres établissements financiaux.
Dans le domaine de la culture, la traduction s’avère un moyen pour la
vulgarisation des modes de vie des peuples. A titre d’exemple, les textes littéraires
du Nigéria, si traduits en français marchanderont la culture nigériane au monde
extérieur. Bref, les bénéfices de la traduction au Nigéria sont innombrables. Et,
aujourd’hui que la France a ouvert ses portes de coopération franco-nigériane, plus
26
que jadis, nous devons profiter de ce geste amical pour nous transformer en
hommes et femmes internationaux.
Voilà ce qui nous a donné la force
psychologique pour entamer une recherche dans le domaine de la traduction en
premier lieu.
1.5
Hypothèses
En choisissant de travailler sur ce sujet de thèse, nous présumons qu’il existe
des inadéquations fondées sur les assomptions non professionnelles dans ces
traductions.
En d’autres mots, nous espérons voir des omissions de conditions
requises pour la traduction des textes inter culturelles, omissions qui mèneraient à la
commission des fautes surtout des natures extralinguistiques.
Ces fautes
compteraient les suivants :
i)
Les concepts à base de cultures anthropologiques posent, bien des
fois, un problème dans la traduction inter linguistique. On s’imagine
que Stuart Gilbert ait traduit les données à base de culture
littéralement.
ii)
Certains traducteurs, dans l’effort pour refléter les idées exprimées
dans les textes qu’ils sont appelés à traduire transcodent la linguistique
du texte dans leur traduction. Jusqu’à quel point peut – on exonérer
notre traducteur de ce pêché traductionnel ?
iii)
Certains mots n’ont pas de traduction directe.
Dans de semblables
cas, le traducteur invente ou crée des mots et des expressions pour
combler le vide qui pourrait en résulter. Comment, Stuart a-t-il pu se
sortir de ce piège ? Et combien appropriées sont ses créations ?
27
iv)
Le traducteur, jusqu’à un point, n’est pas un esclave de la phraséologie
de l’auteur du texte original. Il possède son propre bagage de mots.
Il est linguistiquement libre à cet égard.
Mais cette liberté a ses
limites. Il ne doit pas dire ce que n’a pas dit l’auteur.
Stuart a-t-il majoré les sentiments des personnages dans les
traductions ?
v)
Certains
traducteurs,
dépendant
des
similarités
sonores
et
graphologiques, traduisent les faux sens des expressions et des
vocables.
Il se peut que Stuart Gilbert ait commis cette faute de
dépendance des guides psychologiques.
vi)
Jusqu’à quel point, Stuart Gilbert, a-t-il été créatif ?
vii)
Bien des traducteurs suivent les structures de l’auteur juste pour
assurer la fidélité.
Stuart, est-il coupable de cette offense
linguistique ?
1.6
Conclusion
La créativité dans la traduction littéraire occupe une place primordiale dans
l’activité traductrice, en ce sens que la littérature en soi est née de la créativité
humaine. Or, c’est une marque de sagesse de reconnaître les limites de cet atout
dans la traduction en général et dans la traduction littéraire en particulier.
Le
concept de créativité souligne le fait que la traduction n’est jamais une affaire
exclusivement textuelle et sédentaire, mais en fait, comme nous comptons le
prouver, elle est, au contraire, une entreprise dynamique.
déplacer.
Le traducteur doit se
28
Le but de cette recherche, s’il est possible de le résumer en une phrase, inclut
de dire aux futurs traducteurs que rien n’est plus dangereux que de dépendre des
psychomorphes ; idéophones, similitudes graphologiques.
Chaque mot est censé
s’étudier en isolement et dans le contexte immédiat afin d’en sortir le vrai sens. Car,
il y a plus de substances dans la traduction que ne voit l’homme de la rue, surtout
dans la traduction littéraire.
29
CHAPITRE DEUX
Revue de littérature
2.0
Préambule
Le terme ‘traduction’ a été différemment défini par plusieurs érudits à
partir de différentes optiques. Certains définissent la traduction du point de
vue linguistique alors que certains la considèrent du point de vue de sens. Ce
dernier groupe donne primauté au message transmis. La fidélité, quant aux
adhérents de cette école de pensée est fonction du message.
2.1
Les adhérents de style
Le style est un concept trop difficile à définir de manière brève.
Etymologiquement, ce mot important dans toute écriture échappe à toute définition
nette. Le mot « stylus » qui désigne le stylo ne définit guère le mot style. Peutêtre, ce n’est que par des emplois métaphoriques que le mot style vient d’acquérir
d’autres significations.
Le Petit Robert définit le mot style comme :
Aspect de l’expression chez un écrivain dû à la mise en
œuvre des moyens dont le choix résulte dans la
conception classique des conditions mêmes du sujet et
dans la conception moderne, de la réaction personnelle
de l’auteur en situation.
(1024)
30
Cette définition ne concerne que la littérature, qui fait le sujet de cette thèse,.
Avant de parler du style, il faut disséquer, pour ainsi dire, le concept du mot y
compris sa portée. Le dictionnaire Larousse de sa part, dit du mot style :
la manière particulière d’écrire, d’exprimer sa pensée
manière d’exécuter un geste manière particulière à un
artiste, à un genre, à une époque.
(p. 2253).
Selon nous, le mot « style » n’intéresse donc pas seulement à la littérature.
On peut parler du style dans tous les domaines – l’architecture, le sport, la musique,
le théâtre, l’art etc. Dans la littérature, la stylistique, se verra comme une science
qui étudie le style. Nous allons considérer le style comme la volonté de s’extérioriser
la pensée par des moyens expressifs. Le style, chez nous, inclura le choix de mots
d’un écrivain, son idéolecte son maniement des figures d’expressions, ses tournures
grammaticales, etc. Il s’agit de l’utilisation individuelle des ressources linguistiques
dont le but peut être une simple communication ou pour l’esthétique. On parlera,
alors, dans la littérature du style de Camus, d’Oyono, de Balzac, etc. Le style est
quelque chose de primordial dans la traduction.
La question qui est toujours
pertinente c’est ; faut-il adhérer au style de l’auteur tout bêtement ?
Ou, le
traducteur dispose-t-il de son propre style pour communiquer le message.
Les
adhérents du style sont, dans d’autres termes, les adeptes de la linguistique. Parmi
les érudits ou traductologues qui soulignent le facteur de la linguistique comme
facteur primaire dans l’acte traduisant incluent J. C. Catford, dans son A Linguistic
Theory of Translation. Dans cet ouvrage, Catford considére la traduction comme:
31
… an operation performed on language, a process of
substituting a text in one language with a
text in
another.
(2).
... une opération sur la langue, processus de substituer
un texte dans une langue avec un texte dans une autre
langue.
(N.T.)
Le terme “opération” renvoie à l’analyse linguistique à la quelle le texte est assujetti,
une quasi-opération chirurgicale. Cette inclinaison catfordienne vers la linguistique
trahit sa position comme linguiste. Dans son ouvrage en référence, Catford propose
sa théorie d’intraduisibilité, proposant qu’aussi longtemps que la traduction manque
de correspondance phonétique et morphologique, ce ne soit jamais une traduction.
Si l’on suit la recommandation de J. C. Catford, la traduction jusqu’ici serait
impossible.
Soutenant aussi la théorie linguistique dans la traduction Eugène Nida, cité
par Ledérer opine que …
… il faut apprendre à respecter la langue réceptrice plutôt
que d’obliger une langue à se plier aux usages formels
d’une autre……. pour arriver à l’exprimer dans les formes
prescrites par le génie de la langue réceptrice.
(338).
32
Cette emphase mise sur les formes donne au message une position secondaire dans
la traduction.
Comment n’être pas d’accord avec Nida dans ce postulat puisque
chaque langue représente en quelque sorte, une entité formellement fermée.
Biensûr que les embellissements linguistiques ne s’exprimeront pas usant des
mêmes mots.
C’est une faute grave de ne penser qu’au français et à l’anglais lorsque
l’allusion est faite à la traduction.
L’Europe constitue un cocktail de langues de
différents arrière-plans culturels et linguistiques. Il y a aussi les langues luxophones
à considérer. La traduction se fait entre ces plusieurs langues. Entre ces langues
sans affinités anthropologiques la traduction est une natation contre le courant.
2.1.1 Les adeptes de message
Alors que certains traductologues mettent l’accent sur la linguistique comme
la panacée pour une traduction fiable, il y en a qui soulignent le facteur de sens
comme conditio sine qua non pour une traduction fidèle. Peter Newmark est dans la
catégorie de ceux qui soulignent le message comme un facteur inéluctable si la
traduction est censée refléter le sens du texte source. Selon lui: :
Translation is an exercise which consists in the attempt to
replace a written message in one language by the same
message in another language.
(164)
La traduction est un exercice qui consiste en un effort
pour remplacer un message écrit dans une langue avec le
même message dans d’autre langue.
33
(N.T.)
Deux points essentiels sautent aux yeux dans cette définition. De premier abord, la
traduction est invariablement une entreprise écrite. Deuxièmement, le message doit
toujours primer. Cette position prise de Peter Newmark est au diaspon avec l’idée
de Jean Paul Vinay et Jean Darbelnet, dans leur Stylistique comparée du français et
de l’anglais que la traduction est une opération qui consiste à faire passer d’une
langue dans une autre, tous les éléments de sens (le message) et rien que ces
éléments.
L’argumentation sur l’inclinaison de la traduction, si elle est une affaire
du message ou une entreprise linguistique ne cesse pas d’attirer attention. Jacques
Flammand (1963) contribue son opinion au débat en impliquant que traduire c’est
rendre le message du texte de départ avec exactitude (fidélité à l’auteur) en une
langue d’arrivée exacte.
Cette dimension de la fidélité fait appel à plusieurs
interprétations. Gile ( :291) ne voit pas que la «fidélité à l’auteur». Au contraire,
selon lui, la définition de la fidélité est une flèche à quatre directions. Cependent, ce
n’est pas encore le moment pour discuter la fidélité.
Nous allons discuter les quatre dimensions de la flèche de fidélité en
traduction, proposés par Daniel Gile (291) plus tard dans cette thèse. La fidélité
dans l’acte traduisant s’avère déjà sujet d’une discussion prolongée où plusieurs
facteurs
jouent
des
rôles
primordiaux.
A
vrai
dire,
quelques
facteurs
traditionnellement considérés comme inévitable dictent la direction de la flèche de
fidélité outre ceux proposés par Gile. Ces facteurs comptent les clichés linguistiques,
les variantes cultures orthographiques, surtout entre l’anglais de la Grande Bretagne
et celui des Etats-Unis, y compris les formats des lettres officiels en français et en
anglais. La traduction entre ces deux langues bien qu’avoisinantes est censée suivre
34
les anciennes différentes traditions de souscription et de fermeture, pour eviter le
transcodage (Delise, 1984), lequel donnera aux sujets parlants autochtones une
masse de mots en leur langue dont la syntaxe est hélas, étrangère. Nous avons
mentionné Daniel Gile comme un traductologue qui a élucidé les faits inhérents dans
la fidélité sémantique. Sdon lui, la fidélife doit considérer quatre facteurs
importants : le texte original l’auteur, le client et l’audience.
Nous mentionnons cet aspect de la fidélité non pas pour contrarier
Flammand, mais pour élucider le point de la fidélité comme avancé par Daniel Gile.
Nida et Taber disent de la traduction, une entreprise qui :
… Consists in representing in the receptor language, the
closest natural equivalent of the source language
message ; first in terms of meaning and second in terms
of style.
(253)
... consiste en représenter dans la langue réceptrice
l’équivalent naturel la plus proche du message de la
langue source, d’abord en termes de sens et ensuite en
termes de style.
(N.T.)
A noter c’est la position secondaire accordée au style concrétisant ainsi la position de
quelques érudits que dans une situation de confusion sur le message et le style,
l’argument
sur
la
primauté
du
message
emportera.
Zuang
Zang
(w.w.w.google.com.) ne diffère pas beaucoup de l’observation de Nida et al. en
disant que :
35
Translation is to replace one written language with
another without changing the meaning for mutual
understanding … Translation must be truthful and
intelligible to the populace.
(www.google.com)
La traduction vise à remplacer une langue écrite avec une
autre sans changer le sens pour la compréhension
mutuelle … La traduction doit être fidèle et intelligible au
public lecteur.
(N.T.)
Xuang Zang considère l’audience lecteur dans cette position.
Nous le croyons
raisonnable car, le public récepteur de la traduction constitue un facteur important
dans l’acte traduisant.
Toute traduction est faite pour ce public et, alors, cette
emphase sur le public lecteur est appropriée.
2.1.2 Un mélange de points de vues
En dehors de ceux qui appartiennent à chacun de ces écoles de pensée
distinctes, il y a encore ceux qui ne sont ni pour le message ni pour la grammaire,
ceux qui mélangent les deux cotés pour former un ensemble théorique, un cocktail
théorique.
Sur ce, Susan Basnet-McGuire (:2) se place entre ces deux feux, proposant
une double approche. Selon elle, dans une bonne traduction:
36
(i)
The surface meaning of the two texts will be
approximately similar, and
(ii)
The structure of the source language (SL) will be
preserved as closely as possible, but not so closely
that the target language (TL) text will be seriously
distorted.
Gile (:12) est aussi de l’avis que la traduction est une affaire de deux processus de
grammaire et de message. Il explique que dans l’interprétation qui constitue l’oralité
de la traduction :
… the interpreter extracts the meaning from a source
language speech and then reformulates this message in
the target language – he does not transcode from source
language to the target language.
(12)
... l’interprete extrait le sens du discours source et puis
reformule le message dans langue cible : il ne transcode
jamais de la langue source vers la langue cible.
(N.T.)
Là, Gile fait allusion à l’interprétation. Nous voyons les deux processus comme étant
compleméntaires, deux cotés de la même pièce de monnaie. La différence, si cela
compte du tout, c’est que la traduction stricto sensu est écrite alors que
l’interprétation est orale. La reformulation est essentielle, étant donné l’unicité de
chaque langue humaine.
On s’empresse à dire que quelle que soit l’apparente
similitude de deux langues, même si elles appartiennent à la méme conglomération
37
linguistique, des différences énormes sont censées exister entre elles.
Susan
Basnet-McGuire écrivant dans le même esprit clarifie que :
No two languages are ever sufficiently similar to be
considered as representing the same social reality. The
worlds in which different societies live are distinct, not
merely the same world with different labels.
(13).
Il n’y a jamais deux langues qui soient suffisamment
identiques pour être considérées comme représentant les
mêmes réalités sociales. Chaque communauté vit dans
un univers distinct ; pas question du même univers avec
différentes étiquettes.
(N.T.).
Muni, alors, de ces multiples atouts théoriques, rares sont les textes que le
traducteur expérimenté ne va pas tenter à travailler. Mais la question qui agiterait
l’esprit des gens c’est jusqu’à quel point la traduction reste-elle un fait linguistique ?
La réponse c’est que la traduction devrait être un amalgame des faits
linguistiques et des faits anthropologiques et géoculturelles. Peter Newmark ajoute
l’autre facteur de distanciation géographique au débat.
The more remote the source language in time and space,
the more difficult and more inaccurate the translation.
(162)
38
La plus éloignée la langue source en temps et en espace,
la plus difficile et imprécise la traduction.
(N.T.).
Ce qui nous intéresse dans cette énonciation c’est l’accent mis sur l’espace et le
temps.
En toute humilité, nous voulons contrarier Newmark (1976) dans cette
dernière prise de position. Cette vue est, à notre avis, déjà démodée. La question
de difficulté dans la traduction est relative.
Premièrement, malgré le fait que la
France et l’Angleterre sont deux pays européens avoisinants la traduction entre leurs
langues est difficile.
Deuxièmement, la question de distance géographique a été
réduite par l’essor technoscientifique.
Ainsi certains linguistes non autochtones
pratiquent des langues étrangères autres que les leurs avec plus d’aise et plus de
dextérité que ne font les sujets parlants autochtones de ces langues. Quand un
français traduit
un
anglais,
cela n’élimine pas d’emblée quelques
fautes
grammaticales et idéologiques. Nous allons démontrer ceci dans la partie analytique
de cette thèse, où, peut-être, par mégarde notre traducteur est tombé victime des
fautes de grammaire.
Pour échapper à la tentation de fautes de mégarde, le
traducteur doit apprivoiser la formation.
2.1.3 L’importance de la formation
Nous avons expliqué dans l’introduction de cette thèse que la traduction en
tant que discipline dans les établissements scolaires était arrivée tardivement.
Depuis des décennies, il y a eu le besoin d’ intégrer, dans les programmes d’études
des universités, la formation des traducteurs et des interprètes.
Pendant bien
longtemps, les traducteurs et les interprètes travaillant d’ nos institutions juridiques,
par exemple, font leur besogne sans préparation adéquate. La plupart d’entre eux
39
font « les petit bon homme du chemin » (Pliya : 18) sans formation aucune dans les
langues de leur métier.
Soutenant cette position Wilger River recommande :
training the students to understand the grammar of
whatever language they are learning, training them to
write the language as accurately as possible, and training
them to extract the meaning from the texts in the new
language.
(29).
de former les étudiants dans la grammaire de quelle que
soit la langue qu’ils sont entrain d’apprendre, de leur
apprendre à écrire la langue aussi précisément que
possible et les rendre capables d’extraire le sens des
textes dans la nouvelle langue.
(N.T.).
Il est pertinent d’admettre que certains individus (et ils sont rares) sont
naturellement doués dans la traduction pourvu qu’ils aient maîtrisé suffisamment les
deux langues de leur travail. Coindreau tient que la traduction est un don du Ciel.
Selon lui :
Je ne crois pas qu’il y ait une méthode pour devenir
traducteur. C’est plutôt une question de tournure d’esprit.
Je suis convaincu que certains cerveaux sont plus doués
pour la traduction et que d’autres ne le sont pas.
(123)
40
Mais la formation est nécessaire, en tout cas. Loin de d’annuler tout entier le besoin
d’une formation adéquate pour les traducteurs | interprètes, la position prise de
Coindreau, traducteur lui-même, ne peut pas etre universellement acceptée. George
Orwell ré-exprime la notion de différence dans d’autres mots, lors qu’il tiene que :
Tous les animaux sont égaux ; mais certains sont plus
égaux que les autres.
De même façon, tous les traducteurs sont égaux, mais certains sont plus égaux que
les autres. Soutenant la thèse pour la nécessité d’une formation Chomsky affirme
qu’il doit y avoir:
The existence of some deep seated formal universal …
does not, for example, imply that there must be some
reasonable procedure for translating languages.
(105)
L’existence d’un certain degré d’universalité formelle
profonde, ne veut pas dire, par exemple, qu’il doit y avoir
quelque procédure logique pour la traduction des
langues.
(N.T.).
2.1.4 Notes sur les procédés de traduction
Peut-être faut-il consacrer des pages pour la discussion des procédés comme
postulés par J. P. Vinay et J. Darbelnet.
Ces deux traductologues dans leur
Stylistique Comparée du français et de l’anglais (1977) ont avancé la théorie de
procédés techniques et celle de procédés non technique de la traduction.
procédés techniques selon ces deux traductologues canadiens sont :
Les
41
i.
L’Emprunt
ii.
Le calque
iii.
La traduction littérale
iv.
La transposition
v.
La modulation
vi.
L’Equivalent
vii.
L’Adaptation
Nous allons discuter ces procédés l’un après l’autre. Loin de répéter leurs
théories, nous voulons les analyser selon notre visée dans cette thèse.
2.1.4.1
L’Emprunt
L’Emprunt représente peut être le plus simple parmi les procédés techniques.
Puisqu’ aucune langue n’existe en circle fermé, les langues empruntent des termes
et des lexies aux autres langues du monde. C’est possible et même justifiable de
croire que ces cas d’emprunt ne s’obtiendront naturellement qu’entre des langues
des communautés avoisinantes. Ce n’est pas vraiment toujours le cas. Car même
les langues trop géographiquement à part, empruntent les unes aux autres. Nous
avons découvert au cours de cette recherche que même les langues africaines
empruntent des mots aux langues européennes et aux langues arabes.
littérature franco africaine, des mots arabes abondent, tels :
Bissimallah
:
Viens manger !
Wallahi Tallahi
:
[Au nom de Dieu]
Ich Allah
:
[Dieu voulant]
En
42
En langue igbo, à l’insu des gens surtout parmi les vieux de la présente génération,
le latin a fait une incursion dans la tradition linguistique. Par exemple, il est possible
d’entendre parmi les igbo surtout ceux qui ont fréquenté les écoles missionnaires de
l’époque coloniale, des phrases comme les suivantes :
i.
alma mater : Ana m aga alma mata m, taa
(Je vais à mon ancienne école aujourd’hui)
ii.
Ad hoc : Abu m otu onye n’ime ndi ad hoc komitii ahu.
(je suis parmi les membres du comité intérimaire).
iii.
ex tempore : Onye isi oche ahu kwuru extempore.
(Le president a parlé trop, dépassant le temps qu’on lui avait assigné).
Il y a beaucoup de cas d’emprunt entre l’igbo et le latin, langue classique des temps
passés, trop éloignée en temps et en espace.
Si nous nous donnons la peine de rechercher les incursions des langues,
malgré la différenciation culturelle et la distancidion géographique, c’est pour
démontrer que l’emprunt, comme postulé par Vinay et Darbelnet, n’est pas
seulement réservé pour l’anglais et le français.
A vrai dire l’emprunt est un
phénomène universel. L’exemple de la langue igbo du Nigéria est pour utiliser un cas
où la distance géographique est bien énorme et, pourtant l’emprunt s’y obtient.
Vinay et Darbelnet ont mis l’emphase sur le français et l’anglais, ce qur est approprié
car selons notre recherche les exemples sont énormes, entre eux comme dans les
cas suivants :
i.
coups d’état
ii.
naïve
iii.
femme fatale
43
iv.
tête à tête
v.
fait accompli
vi.
enfant terrible
vii.
pot pourri
viii.
meeting
ix.
le living
x
Que sera sera
xi.
cocktail
Ces termes s’utilisent très librement entre le français et l’anglais, et chacune des
deux communautés linguistiques les comprend sans effort.
2.1.4.2
Calque
Dans ce procédé de traduction, l’entier syntagme étranger est emprunté, la
différence étant que les éléments constituants sont traduits verbo pro verbum. Cela
aboutit à un calque des expressions représentant les structures syntaxiques de la
langue de départ (LD).
Quelques exemples donnés par nos écrivains, Vinay et
Darbelnet, pour renforcer ce postulat, incluent
i.
compliments
::
compliments of the season
ii.
C’est la pointe de l’icerberg ::
It is the tip of the iceberg.
iii.
science fiction
science fiction
de la saison.
::
Nous aimerions ajouter’à ceux-ci:
iv.
Culture et civilisation
::
Culture and civilization
44
Le calque figure comme un procédé très populaire entre le français et l’anglais.
Dans les cas de calque entre une langue européenne donnée et une langue
africaine, il y a toujours des incongruités à cause des différnces dans les arrièreplans Mais nous devons alerter que le calque n’est pas un procédé sans faute ; il
faut alors en appliquer avec souci.
2.1.4.3
Traduction littérale
Comme suggère son nom, la traduction littérale opère sur la correspondance
mot à mot de deux textes en situation de contact, pourvu que la grammaire du texte
d’arrivés est conventionnellement acceptable. Quelques exemples incluent:
i.
I left my spectacles
::
on the table downstairs.
ii.
Where are you?
J’ai laissé mes lunettes sur
la table en bas.
::
Ou êtes vous?
Nous conseillerons à temps que la traduction littérale n’est jamais la meilleure
méthode en ce sens qu’elle est capable de mener l’apprenti traducteur au
transcodage, lequel est condamné par Delisle (1984) comme une aberration de la
traduction. Peut-être, faut-il répéter ce point maintes fois, car parmi les langues
sans affinité linguistique, la traduction littérale ne peut jamais aller. Cela risquera de
créer beaucoup plus de problèmes qu’elle n’est censée résoudre.
postulants de ce procédé, Vinay et Darbelnet, ont avoué que :
Le sens d’un mot étant fonction de la place qu’il occupe
dans l’énoncé, il arrive que la solution aboutisse à un
groupement de mots tellement éloignés de notre point de
départ qu’aucun dictionnaire n’en a fait mention.
(50)
Même les
45
2.1.4.4 La transposition
La transposition consiste à remplacer une partie du discours avec une autre
partie du discours.
Nom
Pronom
Verbe
Adverbe
Adjectif
Préposition
Conjonction et
Interjection ou exclamation.
D’ordinaire, aucun traducteur ne décide posément et préalablement d’utiliser
un procédé précis, mais au fur et à mesure qu’il traduit, les procédés s’interposent
naturellement. C'est-à-dire que certaines parties du discours remplacent les autres
sans que le traducteur ne le décide exprès
Quelques exemples de la transposition entre l’anglais et le français sont.
i.
As soon as he returns
::
Dès son retour
Dans les phrases en haut, les mots en italiques ont subi de la transposition,
ou du changement de partie du discours.
Returns est un verbe alors que retour est un substantif ou un nom. On dirait
alors tout brièvement que c’est un cas de transposition verbe/nom.
ii.
Entry prohibited
::
Défense d’entrée.
Voici un cas de transposition adjectif/nom.
46
Prohibited est la forme adjectivale d’un verbe. Dans l’expression où le mot se
trouve, prohibited est un adjectif qualifiant le substantif Entry. La liste est longue,
liste d’expressions contenant des exemples de transposition. On aura le temps pour
les discuter plus profondément prochainement, et de manière pratique dans la partie
analytique de notre thèse.
2.1.4.5 La modulation
Selon Chuquet et Paillard (1989) la modulation est, de façon générale, un
changement de point de vue. Elle intervient au niveau de la lexie, de l’expression
ou de l’énoncé relévant ainsi de la grammaire. Alors que Vinay et Drbelnet (1958)
préconise sept procédés techniques dans la traduction, Chuquet et Paillard n’y voit
que deux : transposition et modulation. La modulation est un procédé qui consiste à
changer le point de vue dans l’acte traduisant. Ce procédé est étroitement lié à la
culture, en ce sens que chaque culture possède sa manière de dire les choses. Par
exemple, alors que les français peuvent lire un livre intéressant de la première page
jusqu’à la dernière page ; les anglais peuvent lire le même livre from cover to cover
(de couverture en couverture).
Et pourtant, les deux expressions renvoient à la
même notion de lire un livre complètement.
La modulation est peut-être le procédé le plus diversifié parmi les sept
procédés techniques.
énumérées ci-dessous.
Ce procédé est disponible en plusieurs catégories comme
47
2. 1.4.5.1
Modulation polaire
Lorsque, dans la grammaire, nous parlons de la polarité nous faisons
référence à la notion de phrases positives et de phrases négatives (Emenanajo
1991). La modulation polaire renvoie alors au changement du point de vue positif /
négatif dans une phrase.
Alors lorsqu’une phrase positive est traduite avec une
phrase négative, ou vice versa, nous parlons de la modulation polaire. Quelques
exemples incluent :
i.
Phrase Négative
::
Phrase positive
Il n’y a que deux étudiants
::
There are only two
dans la classe.
students in the class.
ii.
La fille n’est pas mal
::
The girl is good.
iii.
Je n’aime pas les filles minces
::
I only want robust girls.
iv.
Je ne mange toujours
::
I always go on empty stomach
rien le matin.
2.1.4.5.2
in the morning.
Modulation géographique
La modulation géographique relate au changement du point de vue dû aux
faits géographiques.
Et ceci dépend de la vision du monde de la communauté
linguistique donnée. Parfois la modulation géographique renvoie aux quatre points
cardinaux dans la géographie.
dessous.
Un exemple de ce phénomène est démontré ci-
48
Exemple 1.
Notion
Français
Igbo
Anglais
L’idée de
Les troupes de
Ndi agha Biafra
Biafrans raised
succomber à
Biafra ont
chiliri aka ka onwa
their hands in
une force plus
baissé les bras
jenuwari 1970 gbara
surrender on
puissante.
le 12 janvier
abali iri na abuo.
January 12, 1970
1970
Alors que chez les igbo du Nigeria l’action de succomber ou de se rendre devant une
force plus puissante se fait en levant les deux mains, la même action se fait chez les
français par le rabaissement des mains.
Il s’agit, alors, de la modulation
géographique nord/sud. En anglais, comme nous l’avons démontré, on lève les deux
mains comme signe de se rendre. Mais, en français on baisse les bras.
Exemple 2.
Encore, entre les expressions en langue igbo et celle en langue anglaise, il y a
de la modulation géographique.
The Bight of Biafra
::
Ọnụ mmiri Calabar
(La baie de Biafra)
::
(La baie de Calabar).
Ici, alors que les Anglais parlent de Biafra, (un pays qui existait) les Igbo diminuent
la baie en celle de Calabar.
Exemple 3.
Tout médicament ou toute concoction médicinale faite par les médecins
traditionnels africains, se dit ogwu igbo, le médicament igbo chez les igbo.
African medicine
::
Ọgwụ igbo [la médecine igbo]
49
Peu importe si le médicament est préparé par les haoussas ou par les yoroubas.
Cette façon de nommer les choses en changeant de lieux géographiques se
nomme modulation géographique. La recherche de l’originalité nous a contraint de
donner des exemples locaux. En mentionnant ces exemples d’une langue africaine
(voire nigériane) nous voulons montrer que la modulation est un procédé universel,
comme nous avons mentionné d’ores et déjà.
2.1.4.5.3 Modulation métonymique
Dans la grammaire, la métonymie consiste à prendre la cause pour l’effet,
l’effet pour la cause, le produit pour le producteur, le signe pour le signifié, le
contenant pour le contenu, la partie pour le tout etc.
Donc, lorsque dans la traduction nous trouvons l’un des ces faits en
opération, il y a certainement de la modulation métonymique.
La modulation
métonymique est un procédé souvent exploité par les linguisties au cours de
l’opération interlinguistique, vaire la traduction.
Quelques exemples incluent :
Français
i.
Venez prendre un verre avec
moi.
ii.
La Maison Blanche a
Anglais
:: Come and have a drink with me.
(Contenu pour contenant)
:: The United States has made yet
promulgué une nouvelle loi
a
new
law
against
Iraq.
contre l’Iraq.
(contenant pour contenu United
States pour la Maison Blanche)
50
iii.
Don Ferdinand a demandé la
main de Chimène
:: Don Ferdinand asked Chimène
for marriage. (le tout pour la
partie)
iv.
Il vit par sa plume
:: He lives on writing. (effet pour
cause).
La métonymie brûle les étapes des chemins trop connus en raccourcissant les
distances pour faciliter la rapide intuition des choses.
Considérons les premiers deux vers dans la troisième strophe de « Demain
dès l’aube » de Victor Hugo. Les deux vers de cette strophe en question, lisent :
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe
Ni les voiles au loin qui descendant vers Harfleur.
Les mots en italiques les voiles constituent de la métonymie, « partie pour le tout »
représentent tout un navire.
Les voiles (the masts) se voient en premier lieu
lorsqu’un navire s’approche du port.
2.1.4.6 Equivalence
La langue, il est dit, c’est la culture exprimée en mots. Il va, alors, sans dire
que la culture est un facteur décisif et déterminant dans le choix de l’équivalence.
Lorsque la culture inhibe la littéralité de la traduction, les traducteurs ont toujours
recours à l’équivalence. C’est à dire, ils commencent à fouiller dans le répertoire de
la langue d’arrivée, pour un énoncé équivalent qui remplira la fonction sémantique
51
immédiate. Les proverbes se prêtent à ce procédé dans l’acte traduisant. Nous
allons traiter la traduction des proverbes plus tard dans cette thèse. La traduction
des proverbes suit très fidèlement le chemin d’équivalence.
Considérons ces
exemples :
ii.
Rome was not built in a day
::
Petit à petit l’oiseau fait son nid.
Nothing is hidden under the
::
Quid quid latet apparebit (latin)
sun
(Tout ce qui est caché verra le
jour.)
Le procédé d’équivalence est lié à la vision du monde d’une communauté linguistique
et à leur culture, basé sur le fait que toutes les cultures du monde n’ont pas la
même vision du monde.
2.1.4.7 Adaptation
L’adaptation est un procédé très important dans la traduction, étant donné
qu’elle intervient lors d’une impasse culturelle. Il y a des actions qui sont naturelles
à une langue, mais dénaturelles dans d’autres cultures. Vinay et Darbelnet évoque
une situation où un anglais en bon père « kissed his daughter on the mouth ». La
littéralité dans la traduction de cette expression ne sera pas possible dans la culture
française, car en France ce n’est jamais la pratique de démontrer son amour en
embrassant sa fille sur la bouche. Selon le document cité ci-haut, on ne peut pas
traduire ceci comme ;
Il embrassa sa fille sur la bouche.
Vinay et Darbelnet
52
suggère plutôt une adaptation de cette action selon les impératifs culturels français.
La traduction suggérée c’est:
Il serra tendrement sa fille dans les bras (p. 53)
Susan Bassnet McGuire (1980) démontre la portée lointaine de l’adaptation
lorsqu’elle recommande la traduction de Phèdre de Racine, par Tony Harrison en
1976. Selon elle, au lieu de parler d’inceste comme dans le texte original, Harrison
dans sa traduction change de sujet, pour parler de la lutte contre la colonisation en
Inde. L’inceste en Inde, société réceptrice de cette traduction, ne présente pas un
problème sérieux. Selon McGuire.
In this translation, Harrison has moved away from
Greece, from the references to gods, fate, the Minataur
from the whole universe of myth out of which Phèdre
originated, and has substituted India.
102).
Dans la traduction traduction, Harrison s’est déplacé de la
Grèce tout en évitant les références aux dieux, au destin
au minataur, en dehors de l’entier univers mythique d’où
s’est orïginée Phèdre; à leur place il a parlé de l’Inde.
(N.T.).
Ceci démontre l’adaptation.
Ce n’est pas seulement entre les documents
européens que l’adaptation figure comme procédé de traduction littéraire.
Un
exemple concret c’est la pièce théâtrale d’Ola Rotimi intitulée The Gods Are Not To
Blame (1968). C’est clair aujourd’hui qu’elle est une adaptation en culture yorouba
de la pièce Oedipus Rex de Sophocles. Au lieu de parler des dieux dans le monde
53
des esprits en Grèce, Rotimi parle des personnes d’origine yorouba.
Il finit pas
transposer l’entière intrigue en terre yorouba, parlant ainsi d’Oshogbo, d’Ede etc.
Les personnages cessent d’être les esprits, mais les êtres humains (King Odewale,
Queen Ojuola, Aderopo, Otun etc). Cette adaptation est provoquée par le désir de
raconter une histoire que l’auteur croit importante aux membres de sa communauté
Yorouba.
Mais, l’intrigue, la couleur locale, et la caractérisation de l’original ne
voudraient rien dire dans la culture réceptrice, ce qui explique pourquoi le
dramaturge a eu recours à l’adaptation. Certains traductologues diront tradaptation,
(Chima 1992) en référence à la transposition d’Oedipus Rex en terre africaine. La
tradaptation renvoie à l’adaptation interculturelle des textes littéraires, tel de Rex
Oedipe.
Nous croyons que le roman Igbo : Ije Odumodu Jere de Leopold Bell-Gall
n’est qu’une tradaptation en igbo de Gullivers Travels de Jonathan Swift. L’auteur de
la traduction a effectué des changements sur le plan des personnages, aussi.
Lilliputia devient ainsi un endroit non pas en Europe, mais en Afrique, peut-être,
encore, pour les raisons de prononçabilité. Nous avons dans Ije Odumodu Jere, un
endroit comme Ahaba, un nom complètement igbo.
Plusieurs romans folkloriques, en Afrique aujourd‘hui, sont des adaptations
des histoires d’une culture à l’autre. Ajunwa contribuant au débat sur l’adaptation,
postule qu’
aussi longtemps que le tigre ne se trouve pas dans les
zones sahelles du nord du Nigéria, toute histoire
fabuleuse figurant le tigre (Agu, en Igbo) sera obligée de
54
remplacer le tigre (Agu) par « Zarki », un félin féroce et
cannivore natif au nord du Nigéria.
(55).
Les procédés techniques de traduction sont des faits universels, malgré le fait
que leurs proposants initiaux sont francophones.
Il y a aussi les procédés non techniques de la traduction. C’est nécessaire à
notre avis de mentionner ces phénomènes puisque, plus tard dans cette thèse, nous
allons les utiliser dans l’analyse des méthodes utilisées par le traducteur et qui font
l’objet de cette recherche.
2.1.5 Les procédés non techniques
Les procédés non techniques sont importants dans la traduction. Certains de
ces procédés non techniques incluent :
i.
amplification
:
amplification
ii.
étoffement
:
stuffing
iii.
économie
:
lexical economy
iv.
explicitation
:
explicitation
v.
dilution
:
dilution
vi.
dépouillement
:
shedding
vii.
concentration
:
concentration
viii.
compensation
:
compensation
Nous allons les traiter les uns après les autres, puisqu’ils figureront dans notre
analyse dans cette thèse.
55
2.1.5.1
Amplification
On parle de l’amplification lorsque le texte cible contient plus de mots lexicaux
que ne contient le texte source.
L’amplification met l’emphase sur un point
particulier, en entrant en détail dans la traduction d’un texte donné.
Exemple :
Aso Rock a
décrété
::
The Nigerian seat of Power, Aso Rock,
has decreed.
Dans cette traduction, il y a plus de mots dans la traduction que dans le texte
original.
2.1.5.2
Etoffement
L’étoffement est une sorte d’amplification, de sa part.
l’amplification, on finit par avoir plus de mots dans le texte cible.
Comme dans
Par exemple,
quelques prépositions locutives en français sont étoffées par rapport à leurs
équivalents anglais. Donc, en traduisant des prépositions de l’anglais vers le français,
nous notons que l’étoffement a toujours eu lieu. Quelques exemples de l’étoffement
entre l’anglais et le français incluent :
i.
as
:
au fur et à mesure que …
ii.
if
:
dans la mesure où
iii.
on
:
au dessus de
iv.
when
:
au moment où
L’étoffement n’est pas seulement réservé pour les propositions. Quelques exemples
de noms des choses en anglais étoffés sont les suivants.
i.
weeds
:
le mauvaises herbes.
56
ii.
minutes
:
les comptes rendus.
iii.
potatoes
:
les pommes de terre.
iv.
bras
:
le soutien gorge.
2.1.5.3 Economie
L’économie semble être le contraire direct de l’amplification.
Des idées
exprimées dans la langue source peuvent s’exprimer avec un nombre réduit de mots
dans la langue d’arrivée.
Quelques exemples d’économie de l’anglais
vers le
français incluent.
i.
easing of tension
:
détente
ii.
the time of departure
:
le départ
C’est visible, à partir de ces exemples, que les expressions anglaises ont subi le
précédé nontechnique d’économie, en ce sens que les traductions françaises de ces
expressions contiennent moins de mots.
2.1.5.4
Explicitation
L’explicitation est un procédé non technique qui consiste à détailler un texte
ou un passage en utilisant plusieurs mots et plusieurs expressions pour expliquer
davantage le sens des expressions dans un texte.
Dans l’explicitation, plusieurs
phrases sont, d’ordinaire, employées pour éclairer un point essentiel dans le texte de
départ.
57
2.1.5.5
Dilution et concentration
Ces procédés sont issus des tournures grammaticales personnelles. Comme
nous l’avons exprimé, plusieurs écrivains possèdent leurs styles individuels. Certains
sont très verbeux alors que certains minimisent le nombre de mots qu’ils utilisent
pour dire la même chose. Lorsque dans l’acte traduisant, le traducteur emploie
beaucoup de mots pour traduire une simple unité lexicale, nous disons qu’il a dilué
l’expression. Un mouvement vers la direction contraire s’appelle la concentration:
c’est à dire la réduction d’une expression à plusieurs mots, en un seul mot. Nous
voulons, par ceci, dire que la dilution et la concentration s’opposent l’une à l’autre
dans la traduction.
2.1.5.6
Compensation
Il arrive des fois où la traduction littérale d’un énoncé ne puisse sortir le sens
entier. Dans ce cas, le traducteur est obligé de dire plus que ne se trouve dans le
texte. Il est obligé d’ajouter des éléments sémantiques en dehors du texte original,
mais qui sont contextuellement en ordre.
On appelle de tels ajouts, la
compensation. Le but final n’est que pour sortir le sens exacte et de faciliter, ce
faisant, la compréhension du message. Nous allons élaborer sur ces procédés dans
la partie analytique de cette thèse.
En conclusion, les procédés techniques et non techniques sont les deux côtés de la
même pièce de monnaie, jouant des rôles complémentaires dans la traduction. Un
traducteur digne de son métier doit essayer de faire usage de ces atouts
linguistiques pour mener à bien sa besogne.
Comme nous l’avons avoué dans
l’introduction de cette thèse, cette thèorie des procédés techniques et nontechniques
58
est postulée par Jean-Pierre Vinay et Jean Darbelnet, deux enseignants canadiens,
dans leur ouvrage entitulé Stylistique Comparée du Français et de l’Anglais.
2.2
Notre opinion sur la traduction
Nous nous permettons, en guise d’explicitation, d’observer que notre visée
dans ce chapitre, loin d’être de montrer la variation des vues sur la traduction, est
de démontrer que la traduction, implique beaucoup plus que conçoit l’homme de la
rue. Nous voulons nous appuyer sur les positions multiples de The New Websters
Lexicon Dictionary of English Language (1987). Selon ce document de référence,
« translation » (anglais pour traduction) peut se tracer jusqu’à la dérivation
étymologique du mot. Deux morphèmes composant le mot « Translation » selon
Websters viennent du Latin Trans (à travers) et Lectio (je lis) Suivant alors cette
hypothèse « translation » relate à l’action de lire les mots à travers des frontières
linguistiques. Ce dictionnaire donne d’autres dimensions de « traduction ». Cela en
partie implique le transfert d’un évêque d’une diocèse à l’autre. Elle implique aussi
le transfert d’un être humain de la terre jusq’au ciel sans que la personne ne passe
par l’intermédiaire de la mort [voir Eliée : 2 Rois ch. 2].
Nous voulons élucider par la suite que la traduction implique un transfert
géographique, idéologique et ethnoculturel.
Loin d’être un fait entièrement
linguistique, la traduction implique tout un univers anthropologique. Le postulat de
Vladimir Nikayevich soutient cette hypothèse en observant que.
It goes without saying that translation is never a factor of
only … only one culture.
It is always bilateral or
multilateral and even by definition, it links two cultures
(native and foreign) and ensures exchange of information
59
– linguistic, textual, cultural and primarily at the level of
corresponding values.
(29)
Il va sans dire que la traduction n’est jamais facteur
d’une seule culture. Elle est toujours bilatérale ou même
multilatérale, et même par sa définition, elle lie deux
cultures (native et étrangère) et assure l’échange de
renseignement – linguistique, textuel, culturel et surtout
au niveau des valeurs correspondantes.
(N.T.).
Loin d’être un simple processus de programmation linéaire, la traduction doit
considérer le facteur de culture ethnographique, de vision du monde etc.
Nous
avons exprimé ce point auparavant, que la traduction n’est jamais seulement une
affaire textuelle.
2.2.1 Les domaines de la traduction
Les traductologues sont d’accord qu’il existe trois domaines distinctes de l’acte
traduisant. Ces trois domaines sont :
(i)
La traduction technoscientifique
(ii)
La traduction pragmatique dite à vocation générale, et
(iii)
La traduction littéraire.
60
2.2.2 La traduction technoscientifique
La traduction technoscientifique s’avère la plus abordable, selon les
pratiquants de la traduction.
Il s’agit de la traduction des faits scientifiques et
technologique, lesquels ont beaucoup de choses en commun.
La science et la
technologie sont devenues un point de convergence parmi les pays développés du
monde aujourd’hui, et la traduction dans ce domaine est déjà monnaie courante
dans le monde actuel. La science et la technologie ont fait du monde un village
universel. Les pays développés du monde ne diffèrent pas beaucoup dans les noms
qu’ils donnent à leurs découvertes scientifiques. Ce fait se reflète dans l’orthographe
à travers les termes et leurs traductions. Parmi les pays dits développés la traduction
facilite la compréhension des noms scientifiques à travers les cultures. En Europe
par exemple, la France, L’Angleterre, L’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, les
expériences developpementales sont partagées.
Le résultat, c’est que chaque pays qui est le premier à inventer une réalité
scientifique impose normalement le nom accordé à cet invention aux autres
membres des pays européens.
Bien souvent, même dans la traduction des
littératures et des brochures sur ces faits scientifiques, les noms originaux des
termes dominent.
Ceci est monnaie courante dans les noms des éléments des
sciences naturelles surtout dans la chimie comme dans la schéma qui suit.
Terms chimiques en trois langues
Anglais
Français
Allemand
Chemistry
la chimie
die Chemie
Radical
a radical
Das Radikal
61
Valency
la valence
Die Valenz
Atom
l’atome
Das Atom
atomic weight
la masse atomique
Das Atomgewicht
Physics
la physique
Die Physik
Physicist
la physicien
Die Physiker
thermochemistry
la thermochimie
Die Thermochemie
Silicon
la silicium
Das Silizium
metal
le métal
Das Metall
cupper
le cuivre
Las Kupfor
zinc
le zinc
Das Zink
bottle
la bouteille
Die Flasce
Analysis
l’ analyse
Die Analyse
oxygen
l’oxygène
Der Saverstoff
Bien que nous ayons considéré cet échantillon d’éléments scientifiques
comme preuve de la congruité dans la nomenclature scientifique à travers les
langues, il faudrait avouer que la liste est encore longue. Vraiment la bataille pour
les termes scientifiques n’est pas une affaire facile.
Dans le domaine chimique, les formules chimiques ne sont pas beaucoup
différentes, entre le français et l’anglais. Cela est bien démontré dans les séries
électrochimiques :
Anglais
Français
Potassium
Potasium
Sodium
Sodium
Formule chimique
K
Na
62
Calcium
Calcium
Ca
Magnesium
Magnésium
Mg
Aluminium
Alminium
Al
Zinc
Zinc
Zn
Iron
Fer
Fe
Lead
Plomb
Pb
Hydrogen
Hydrogène
H
Cupper
Cuivre
Cu
Mercury
Mercurie
M
Silver
Argent
Ag
Gold
Or
Au
La traduction technoscientifique prend charge de la médicine, de la génie,
de la fabrication, de d’ordinateur etc.
Si l’on se donne la peine de montrer ces
grandes lignes de la traduction technoscientifique, c’est pour prouver que dans le
domaine de la traduction, les correspondances graphologiques sont plus régulières
qu’elles sont dans les traductions pragmatique et littéraire.
2.2.3 La traduction pragmatique
Ceci renvoie à la traduction des textes autres que ceux scientifiques et
littéraires. Les textes pragmatiques sont aussi connus comme les textes à vocation
à générale.
La traduction pragmatique prend charge des textes sur la
communication, le commerce, la justice, la gestion, le gouvernement, bref la
traduction pragmatique traite des faits divers comme les faits sociaux, scolaires,
63
historiques, financiers, boursiers etc. A titre d’exemple, voici un extrait d’un journal
français sur le sujet politique :
CANADA : Le Parti Libéral obtient la majorité absolue.
Le Parte Libéral a emporté, lundi, 25 octobre, 178 des
295 sièges à la chambre des communes d’Ottawa lors
d’élections générales qui ont marqué une poussée
historique des deux parties régionalistes.
Le chef des
Libéraux et nouveau Premier Ministre – Jean Chrétien a
lancé un appel à l’unité de pays.
-
(Extrait de Le Monde, Jeudi 28 Octobre, 1993, p. 1).
2.2.4 La traduction littéraire
La traduction littéraire renvoie à la traduction des trois genres littéraires:
prose, théâtre et poésie.
Ce domaine de la traduction inter linguistique s’avère
spécial en ce sens que la littérature représente un moyen d’extérioriser la culture
d’un peuple. C’est à dire que la littérature et la culture sont étroitement liées.
La traduction littérature s’avère la plus difficile parmi les trois catégories, à
cause de la qualité d’équivocité qui est l’attribut de la littérature. Cela veut dire que
les mots en littérature sont disponibles à plusieurs interprétations. Chaque mots
alors possède le coté dénotatif et le coté connotatif.
L’écrivain est bien des fois un linguiste qui joue avec les mots et les énoncés.
Le traducteur littéraire traduit non seulement les mots de l’auteur, mais aussi les
insinuations et les intentions de l’écrivain y compris les nuances des expressions de
l’auteur, nuances qui constituent les éléments sémantiques cachés. La littérature,
64
étant une entreprise entièrement intellectuelle, oblige le traducteur de faire un effort
pour déchiffrer la portée psychologique et socioculturelle de chaque ouvrage avant
de le traduire. Il distinguera les écritures à base historiques de la prose, fiction qui,
au contraire s’avère une création intellectuelle, une concoction vraisemblable.
A vrai dire, parmi les trois domaines de la traduction, la traduction littéraire
est la plus exigeante, vu le fait que les mots et les expressions ne se prennent pas
sur les valeurs de surface. Les expressions possèdent parfois deux significations ; la
dénotation et la connotation. Au contraire les autres domaines de l’acte traduisant
n’ont affaire qu’avec les mots des textes au-dessous du nez du traducteur.
2.2.5 Le traducteur littéraire et les détails textuels
Nous avons dit tout à l’heure que le traducteur littéraire doit être bien
expérimenté dans les lettres modernes. Pour être capable de manier les figures de
style et d’analyser un texte littéraire, le traducteur littéraire ne doit pas être un
étranger dans le domaine littéraire. On se permet de dire qu’il est bien possible de
différencier entre une œuvre littéraire écrite par un auteur qui a étudié les lettres
modernes et celle d’une « personne ordinaire » qui ne fait que resquiller dans le
domaine littéraire.
L’œuvre d’un spécialiste de lettres modernes contiendra les ingrédients
d’embellissement littéraire ; la rhétorique,
l’humour etc.
Les œuvres de Chinua
Achebe, si l’on peut donner un exemple d’un auteur négro africain, sont presque
toutes pleines d’humour. Le résultat c’est que le lecteur sourit, et parfois, il est
censé rire aux éclats en lisant une œuvre achebèene. Un autre exemple, peut être
un exemple qui n’est pas populaire,c’est l’écrivain igbo – Tony Ubesie – qui injecte
65
trop de proverbes humoristiques dans ses écritures. Dans son Ukpana Okpoko Buuru
(soit la sauterelle emportée par le faucon) il a débuté l’histoire avec un proverbe
ridicune:
Ikwikwi nyụrụ ahụ si umunna ya kweere ya egwụ. Ha asi
ya mba. Anaghi ekwere ihe ọjọọ egwụ.
(3)
Ayant pété dans une conférence communale, l’hibou
demanda a ses parents présents de l’applaudir.
répondirent que non.
Ils
« On ne chante pas une
abomination.
(N.T.).
Si l’on donne ces explications, c’est pour montrer que la littérature contient
plus que ce que perçoit l’homme ordinaire. Ce n’est pas à dire qu’il n’y a pas dans
l’histoire de la littérature mondiale, des autodidactes qui n’ont pas suivi une
formation formelle dans le domaine littéraire, et qui écrivent bien. Dans la sous
région de l’Afrique occidentale, le nom de Sembène Ousmane vient d’emblée à
l’esprit, comme un écrivain autodidacte renommé. Ses œuvres littéraires ont créé
des vagues dans le monde entier. Au Nigéria, Cyprian Ekwensi est, de profession,
pharmacien, et pourtant son entrée dans l’univers littéraire a été applaudie. En
Europe, loin pendant l’époque romantique, William Shakespeare a secoué le monde
littéraire avec ses pièces théâtrales et ses cent cinquante morceaux de sonnet. Et
pourtant William Shakespeare n’a pas fait les études universitaires. Rares sont ces
hommes doués naturellement qui ne sont pas du domaine littéraire. Nous restons
66
persuadé que le traducteur des textes littéraire doit maîtriser la critique littéraire,
pour pouvir placer chaque texte dans son milieu historique, psychologique, causatif
etc..
2.2.5.1
Les grandes lignes de la critique littéraire
Avant d’aborder le sujet des grandes lignes de la critique littéraire, nous
voulons répondre à la question de savoir si le traducteur littéraire doit étudier la
critique littéraire. Notre réponse à cette question est dans l’affirmatif. Le traducteur
littéraire ne doit pas être un étranger dans le domaine littéraire.
Des gens ont
resquillé dans ce domaine étant donné qu’ils ont maîtrisé deux langues. La situation
idéale est que le traducteur doit avoir pris un bain linguistique, ayant les atouts
intellectuels pour disséquer et, pour ainsi dire, digérer, analyser et critiquer toute
œuvre littéraire suivant les grandes lignes de la critique littéraire. Nous disons ceci
parce que le traducteur doit être à la fois un critique.
Il existe des critères qui nous guident dans l’entreprise d’analyse littéraire.
Okeke (1995) voit la critique de la traduction et la révision commentée de la
traduction comme deux activités qui se prêtent facilement à la confusion.
Nous
autres, nous les voyons comme deux jumeaux identiques, comme les deux côtés de
la même pièce de monnaie.
Pour départager les deux activités Okeke (op. cit.)
distingue la révision comme ayant deux côtés ; côté didactique déstiné à enseigner
les étudiants en classe. Le deuxième côté selon lui prend charge de l’entreprise
professionnelle destinée à disséquer et digérer une traduction pour en applaudir les
bons côtés et en même temps suggérer des méthodes d’en améliorer au cas où il
existe des points faibles.
67
Agbasiere (165) voit la critique littéraire comme un fait universel, observant
que la production des œuvres littéraires ne va pas pas à pas avec la critique
littéraire. Agbasiere est de l’avis que la critique littéraire est un métier qui demande
la présence d’un maître et d’un apprenti.
L’étudiant c’est l’apprenti alors que le
maître forgeron c’est un professeur universitaire compétent, étant lui-même maître –
critique universitaire. Selon elle la critique littéraire est une entreprise dynamique
« La littérature évolue » (165). Elle a retracée le chemin évolutionniste de la critique
littéraire dépuis le dix-septième siècle en France, époque de la critique dogmatique.
Puis est venue l’époque de la critique explicative du 18e siècle. Celle-ci a cédé lieu à
la critique positiviste. De nos jours la critique est devenue une autre chose comme
nous l’avons démontrée dans cette thèse.
Agbasiere met l’emphase sur la maîtrise des techniques d’analyse de l’œuvre
littéraire qui ne s’acquiert pas par hasard. Selon elle, l’étudiant a besoin d’un
professeur comme guide dans le métier.
2.2.5.2
La critique intrinsèque du fond et la forme
La critique du fond reuvoie á l’étude du contenu d’une œuvre littéraire. Elle
considère les critéres de thénes dans une œuvre donnée. La critique de la forme, au
contraire prend charge de la stylistique du choix de mots par l’auteur. Et les deux
font partie de la critique du fond. Loin d’être une condamnation totale, la critique
littéraire implique l’action de peser les pours et les contre, les bons côtés et les
mauvais côtés d’un ouvrage donné pour arriver à une analyse équilibrée.
En somme, passé est le temps où les analystes ne considéraient que le fond
et la forme d’un ouvrage donné, sans mention aucune des facteurs causaux de
68
l’ouvrage. On appelle ces facteurs extratextuels les critères extrinsèques. Il faudrait
avouer cependant que la critique littéraire avait débuté avec l’œuvre de Corneille –
Le Cid.
2.2.5.3 Les facteurs extrinsèques
Comme nous l’avons expliqué au paravent, il y a des facteurs en dehors du
texte qui affectent la critique littéraire.
Les critiques modernes abordent leur
besogne suivant ces méthodes extratextuelles. Les facteurs extérieurs s’attachent à
l’environnement intellectuel entourant la naissance de l’œuvre d’art. Ces facteurs
extratextuels sont appliqués non seulement aux causes contemporaines de la
littéraire, mais aussi au passé d’une œuvre.
Nous mettons l’emphase sur la connaissance détaillée de la critique littéraire,
car ce que fait le traducteur lors de son travail inclut la critique.
Il doit placer
l’œuvre dans son époque d’écriture. Il est censé savoir les nuances de tout mot
utilisé par l’auteur. Certains mots sont attachés à l’histoire de la communauté en
référence. Lorsque l’on fait allusion au passé dans l’analyse littéraire, l’on considère
la portée historique de l’œuvre d’art.
Il s’agit de l’étude de la littérature qui se
préoccupe des changements dans le temps et s’intéresse essentiellement aux
problèmes historiques. Nous allons les prendre l’un après l’autre.
2.2.5.4
Le critère historique
Ce facteur est fondé sur l’histoire de la société, sur la vie des gens dans la
société, sur les événements qui déterminent le progrès de la société. Un roman, une
pièce de théâtre ou une poésie reflète toujours les événements historiques de la
69
société.
En littérature africaine par exemple, les événements, dans Le Monde
S’Effondre (1958) de Chinua Achebe reflètent la vie des indigènes et le conflit de
culture qui a suivi la colonisation. De même dans Le Vieux Nègre et La Médaille
(1956) de Ferdinand Oyono, le roman c’est l’histoire d’un pater familias africain
ridiculisé par les Blancs avec un faux cadeau. Un critique souciant trouvera qu’il
s’agit de la période de colonisation. Fables (1668) de Jean de la Fontaine démontre
le recours aux satires pour critiquer les oppresseurs de la masse publique française,
sous l’égide de Louis XIV comme roi de France. La Secrétaire Particulière (1995) de
Jean Pliya est une critique des leaders d’Afrique dans la fonction publique de nos
jours. Il est évidemment possible de placer une œuvre littéraire dans son époque
d’écritare. Une étude du facteur historique dans la critique littéraire vise en principe,
à interpréter la littérature à la lumière de son contexte social, de ses explications
causales. Ceci prétend rendre compte de la littérature, à l’expliquer et à la réduire
définitivement en ses origines. A vrai dire la connaissance profonde des conditions
dans lesquelles la littérature a été produite contribue beaucoup à sa compréhension.
2.2.5.5 Le critère psychologique
On appelle aussi ce facteur le facteur personnel. Le facteur psychologique
renvoie à la vie personnelle de l’auteur.
Un écrivain inspiré mélange parfois les
incidents de sa vie dans ses écritures. Albert Camus, comme nous l’avons expliqué
dès le début a eu une enfance chaotique. Faut-il alors le reprocher pour adopter
une position de manque d’espoir dans ses écritures. Même J. P. Sartre avait eu une
enfance peu satisfaisante chez un parâtre après la mort de son père. Huis Clos,
70
l’une de ses pièces théâtrales symbolise l’enfer où il vivait en enfance. L’enfer, pour
lui, c’est les autres.
C’est aussi possible de dire l’affiliation religieuse d’un écrivain après avoir lu
son œuvre. Sur ce, on sera dans la mesure de prédire que Ferdinand Oyono est
catholique suivant ses «Au nom du Père …» (Oyono 1956:87) répèté, et par la
méthode apte dont il décrit le découlement de la messe catholique. Sembène
Ousmane est évidemment musulman, de par ses « Alhamdillahi, ich Allah, A salaam
a lecu etc. »
2.2.5.6 L’archétype
L’archétype est un autre facteur décisif dans la critique littéraire. Bien des
écrivains ont été inspirés par des ouvrages qu’ils ont lus au préalable. Albert Camus
à notre avis, était inspiré par Jean Paul Sartre. Dans une pièce écrite par Sartre les
rats ont commencé à mourir en masse à Argos, précédant la mort des gens dans un
fléau. De même dans La Peste (1945) d’Albert Camus où les rats sont morts dans
leurs nombres dans la cité d’Oran avant la mort massive des gens. Chinua Achebe a
avoué qu’il était inspire par Mr. Johnson de Joyce Cary dans l’écriture de son Things
Fall Apart (1958).
La critique littéraire est une matière que doit connaitre obligatoirement le
traducteur.
Nous insistons que le traducteur littéraire doive prendre un bain
linguistique dans l’océan de la critique littéraire (ou dirait-on dans le courant de
l’analyse littéraire).
Il est normal et juste que les études littéraires portent de
l’interprétation et de l’analyse des œuvres littéraires traitées. Apres tout, ce n’est
71
qu’en étudiant une oeuvre littéraire que l’on peut justifier son intérêt pour la vie de
l’auteur et son milieu social.
Nous voulons représenter cette information sous forme de schéma
arborescent, information sur les détails de la critique littéraire, démontrant que le
métier implique beaucoup plus qu’envisagent les adéptes du fond et de la forme.
Critique litteraire
Critères intrinsèques
Critères extrinsèques
L’archétype
Le facteur
psychologiqu
e
Facteur
historique
La forme
Le fond
Les théories de la traduction sont déjà diverses, malgré le fait que la
traduction est arrivée tardivement dans le domaine académique.
Les érudits
renommés ont littéralement envahi le domaine de la traduction avec la force qu’il
désire.
Le résultat c’est une multiplicité de guides, toutes menant à la bonne
direction
d’une
traduction
fiable
des
textes
littéraires,
pragmatiques
et
technoscientifiques.
C’est Chinweizu (1975) qui a postulé qu’étudier un texte littéraire sans
considération aucune de la société immédiate, c’est comme mettre de l’écran entre
le texte et la société qu’il critique.
traduction
dépasse
déjà
la
Nous voulons insinuer, ce disant, que la
notion
d’un
engagement
de
deux
textes.
L’environnement physique de la langue d’arrivée influence aussi le choix de mots par
72
le traducteur.
Dans la rubrique qui suit, nous allons discuter les exigences des
facteurs écologiques dans la traduction.
2.3
L’environnement dans la traduction
Nous
avons
anthropologique.
défini
la
traduction
comme
une
affaire
complètement
L’anthropologie, comme terme, englobe toute une gamme de
facteurs ; l’histoire et la géographie d’un environnement donné, ses animaux, ses
oiseaux, et ses reliefs.
L’anthropologie d’un environnement compte ses cultures
intellectuelles et concrètes.
Nous allons traiter les différents facteurs de
l’environnement qui influecent la traduction. C’est nécessaire, pour verifier si notre
traducteur a fait des fautes écologiques dans les deux romans en référence.
2.3.1 Le concept d’environnement
Le concept d’environnement culturel est un concept pivot dans la traduction.
L’environnement est capable de promouvoir ou d’inhiber la traduction authentique
d’un message donné, gênant, ce faisant la traduction fidèle d’un document ou d’un
texte. Le résultat serait une situation où la communication ultime serait différente
du vouloir dire de l’auteur. Pour qu’une traduction soit authentique l’information est
censée représenter le message voulu de l’auteur du texte original, y compris toutes
les nuances sémantiques dedans, quelques soient les tournures grammaticales du
texte original. Dans cette rubrique, afin de faire sortir la substance de différentielles
culturelles, nous avons décidé de donner des exemples des situations prévalentes en
Afrique par rapport à celles en Europe.
73
Peut-on nous permettre de nous concentrer sur la langue Igbo dans la plupart
des cas pour démontrer là où la divergence culturelle joue un rôle inhibitif, dans la
traduction interlinguistique.
2.3.2 L’Environnement culturel
Procter définit l’environnement comme :
All the surrounding conditions which influence growth
and development.
(307).
Toutes les conditions ambiantes qui influencent la
croissance et le développement.
(N.T.).
A partir de cette définition, il est possible d’inférer que l’environnement comme un
concept relate à la condition entourant une notion, une activité ou un objet. Une
possible explication de cette définition c’est que l’environnement est capable
d’influencer le développement. Cette influence est bilatérale ence sens qu’ elle peut
être positive ou négative. On peut donc voir l’environnement comme un facteur
capable de promouvoir ou inhiber la bonne traduction. Nous croyons l’avoir dit au
paravant
Puisque la traduction est pleinement une partie intégrante de la linguistique,
et puisque la linguistique est toujours sous l’influence de l’environnement, l’impact
de l’environnement sera senti dans l’acte traduisant.
naturellement
c’est :
quelles
sont
les
La question qui se posera
parties
composantes
de
74
l’environnement capables d’influencer la traduction ? Répondant à cette question,
Somonu énumère les suivants:
Both animate and inanimate surroundings of men. The
animate surroundings include man and his works,
referred to as the social environment.
The inanimate
surroundings include minerals, soil, land forms, wild
animal life otherwise called the physical environment.
(134).
L’environnement de l’homme tant animé qu’inanimé. Cet
environnment animé compte l’homme et ses oeuvres,
regroupés ensemble comme l’evironnement social.
Les
ambiances inanimées comptent les minérails ; le sol, les
terrains
les
animaux
appelés
autrement
les
environnements physiques.
(N.T.).
L’importance de cette citation réside dans le fait que la traduction inter
linguistique n’est pas un processus de substitution linéaire des mots, ni une affaire
complètement textuelle, comme nous l’avons expliqué déjà..
La poule en train de boire de l’eau insère son bec dans un le contenant, lève
la tête vers le ciel pour permettre à chaque goutte d’eau de poursuivre son propre
chemin vers les entrailles de l’animal. De même le traducteur bien formé dans l’art
du métier, assimile le message, en digère les ingrédients et pense aux facteurs qui
pourraient favoriser et faciliter la bonne traduction.
Ces facteurs relatent sans
doute, aux effets de l’environnement extralinguistique. Contribuant au débat sur les
75
facteurs composants de l’environnement métalinguistique, Mezieobi (1992) énumère
les suivants :
(i)
le climat
(ii)
les arbres et les animaux
(iii)
les mers et les océans
(iv)
la géologie
(v)
les montagnes et les vallées.
On s’empresse d’ ajouter à la liste les facteurs suivants.
(vi)
l’histoire du peuple
(vii)
les mœurs du peuple
(viii)
les rites religieux et les rituels du peuple
(ix)
la littérature et l’éducation du peuple.
(x)
Le niveau de développement technoscientifique du peuple.
‘Toute discussion sur les variables métalinguistiques dans la traduction sans
aucune mention des faits écologiques est, en un mot, incomplète’ (Mezieobi : 144).
Un observateur casuel, neophyte de la traduction se demandera que vient faire le
climat dans l’entreprise de traduction. La reponse est simple comme l’acte traduisant
semble une affaire entièrement européenne (anglais/français, anglais/allemand etc)
le facteur d’environnement paraîtrait évidemment non nécessaire. Mais de ces jours
où les langues africaines ont fait une incursion dans le domaine de traduction, les
traducteurs et les traductologues verront, sans doute, le besoin pour considérer les
faits de différences dans les phénomènes écologiques, climatiques et socioculturels.
76
Prenons pour exemples les saisons européennes : comment les traduire en
langues africaines, voire nigérianes, où il n’y a que deux saisons-la saison : de pluie
et la saison sèche. En Europe, les saisons incluent :
Français
:
Anglais
(i)
L’hiver
:
Winter
(ii)
Le printemps
:
Spring
:
Summer
:
Autumn
(iii)
(iv)
L’été
L’Automne
Chez les Igbo du Nigéria aussi bien que chez les yorouba et chez les
haoussas, il n’existe que deux saisons.
La question qui agitera l’esprit de tout
traducteur, sera, alors, comment traduire ces réalités saisonnières. L’adoption et
l’adaptation de ces termes en langue igbo seront possibles. Mais, enfin, que faire
avec de tels lexiques qui ne veulent rien dire dans la culture réceptrice ? Si l’on les
traduit en igbo comme démontré ci-dessous, le sujet parlant autochtone igbo
dégagera-t-il le sens, quelqu’en soit, de ces traductions.
Anglais
::
Igbo
(i)
Winter
:
Winta
(ii)
Spring
:
Springi
:
Soma
:
Ọtum
(iii)
(iv)
Summer
Autumn
Bien que la graphologie de ces adaptations soit entièrement en igbo, aucune vieille
femme igbophone non scolarisée ne peut y comprendre quelque chose.
La tendance naturelle de voir l’environnement naturelle comme n’ayant affaire
qu’avec les choses physiques, est déjà démodée.
Nous avons cité Websters
77
Dictionary (307) dans sa définition du terme « environnement » qui inclut le matériel
et le spirituel, affectant la croissance, le développement et l’existence de l’être. Le
traducteur est gené par ces aspects de l’environnement physique, spirituel et
psychologique.
Les faits métalinguistiques de l’environnement jouent les rôles
décisifs dans l’entreprise du traducteur : dans son choix de mots, dans sa
terminologie dans sa syntaxe, dans son analyse du discours et dans sa traduction.
Ces variables ont la capacité de rendre flou le message au lecteur peu intellectuel,
s’ils ne sont pas prudemment maniés.
2.3.3 Etudes des aspects de l’environnement
Il est évident, à partir de l’analyse que nous venons de faire que
l’environnement est un cocktail de plusieurs variables. Nous allons les traiter de
manière systématisée, prochainement.
2.3.4 Le climat
Nous avons déjà essayé d’expliquer le degré de difficulté que doit rencontrer
le traducteur en traduisant entre les langues sans infinité socioculturelle.
Nous
avons donné les exemples des quatre saisons européennes en situation de contact
avec les langues africaines, voire nigérianes. Bref lorsqu’une réalité physique ou
psychologique n’existe pas dans la culture réceptrice, la traduction de ces réalités
s’avère toujours difficile sinon impossible. Par exemple, comment traduire l’hiver ou
The Winter de l’Europe en une langue africaine.
l’harmattan de l’Afrique subsaharienne.
Peut-on comparer l’hiver avec
Cette comparaison ne peut pas se faire
facilement. D’un côté, l’hiver européen est froide et accompagnée de la neige, mais
de l’autre côté, l’harmattan africain est sec et poussiéreux. Et pourtant la traduction
78
entre les langues africaines et les langues européennes est déjà monnaie courante.
Plusieurs romans igbo, par exemple, ont été traduits en français.
Il y a par
exemple, Omenuko (1933) de Pita Nwana qui est aujourd’hui lu en français, comme
Omenuko: Le feu et le cendre (Anyaehie, 2002).
2.3.5 La flore et la faune
La flore et
la faune d’une région
donnée constituent
un
facteur
métalinguistique très important dans l’application de langue
La langue emprunte des symboles à la nature et puisque les éléments de la
nature ne sont pas homogènes, mais varient de lieu en lieu, ces éléments
constituent en eux-mêmes des facteurs dignes d’études approfondies.
Le
traducteur, devant ces hétérogénéités des symboles, se voit dans une situation
précaire. Doit-il, d’abord étudier la géographie physique de la communauté source ?
Peut-être, doit-il étudier l’entière anthropologie de la culture réceptrice pour traduire
appropriément.
2.3.5.1
La flore dans la traduction
Cayne définit le terme flora (anglais pour la flore) comme :
plant life in general, especially plants of a certain region,
environment or period.
(361).
la flore en général, surtout les plantes d’une certaine
région, d’un certain environnement ou d’une certaine
période.
(N.T.).
79
A partir de cette définition c’est possible de conclure que la flore a affaire avec les
arbres, les fleurs et l’entière végétation d’une région donnée en un temps donné. Il
va sans dire, alors, que la flore est un facteur basé sur le temps et sur l’espace. Une
étude de la flore d’une communauté linguistique mènera, peut-être, le traducteur a
faire une inventorie botanique des environnements de ses deux langues d’opération.
Entre l’Europe et l’Afrique, la différence écologique est énorme, et cette
variation dans les espèces d’arbres présents créera un problème traductionnel. Ceci
ajoute du poids à notre postulat que la traduction n’est jamais une entreprise
entièrement textuelle, mais un cocktail des faits panoramiques.
2.3.5.2
La faune dans la traduction
La faune dans la traduction est un facteur avec lequel un traducteur digne de
son métier est censé se familiariser. La faune relate aux animaux et aux oiseaux
d’une communauté donnée. Nous tenons à dire que la traduction comme partie de
la linguistique doit considérer les animaux et les oiseaux de la communauté
intéressée dans l’acte traduisant. Dans la Bible chrétienne par exemple, le serpent
est pris comme un animal (dirait-on une reptile) sage (Matt.10:10). Eugène Nida
(1994) explique qu’en Iraq, où le premier chapitre de la bible chrétienne était écrit,
le serpent symbolise la sagesse.
Chez les Nigérians du Sud-est, l’animal qui
encapsule ce trait d’extrême intelligence c’est la tortue, alors qu’au Ghana, c’est
Anansé l’araignée qui symbolise la sagesse. L’importance de cette analyse c’est que
de culture en culture ce symbole de sagesse, doit éprouver du changement. Un
autre exemple se trouve dans traduction du Proverbe Chapitre 5 verset 4 de la
sainte bible chrétienne selon Ajunwa (1991). Là, le bon chrétien est conseillé de se
80
méfier de certaines belles filles. La Bible preovient qu’il existe bien des fois des filles
qui sont apparemment belles, mais lorsqu’elles parlent, les paroles sortant de leurs
bouches sont amères comme du labyrinthe.
La bible anglaise traduit cette locution
comme bitter as wormwood mais la version igbo de la bible chrétienne, peut-être
pour manque de terme équivalent traduit cette locution comme na-ato ilu ka
« wormwood » (amère comme wormwood), ce que nous voyons comme une
aberration de la traduction.
Chez les anglais, selon notre recherche, wormwood est une espèce d’herbe
trop amère pour la consommation humaine. Mais chez les igbo, le terme worm peut
être facilement confondu comme du verre qui détruit du bois (wood).
Ce petit
animal parasitique se rôtit et se mange par certains enfants rustiques chez les igbo.
Alors, dire que quelque chose sera ou est déjà amère comme wormwood est
disponible à plusieurs interprétations. Ajunwa (1991) critique cette rendition comme
n’étant ni ici ni là. Si l’intention est de montrer de l’amertume extrême, il suffira de
préciser avec l’une des plusieurs herbes amères parmi la flore igbo.
Les herbes
amères qui peuvent remplir la même fonction psychologique et de goût sont : utazi,
olugbu, ou akilu.
Au lieu de transcoder il faudrait préciser en disant : na-ato ilu di ka (est
amère comme)
(i)
olugbu
(ii)
ụtazị
(iii)
akilu
Les trois sont les membres de la famille flore qui sont trop amères dans la
cosmologie igbo.
Nous disons ceci pour renforcer notre position prise que la
81
traduction des concepts à base de culture n’est pas aussi facile comme pensent les
gens.
Dans la partie initiale de notre thèse nous avons postulé que la traduction est
un mariage de plusieurs facteurs anthropologiques. Tout récemment, l’archevêque
de l’arche diocèse d’Owerri, un diocèse catholique dans la cité capitale d’Imo a
sponsorisé la retraduction de la bible en igbo standard. Nous avons fait particulière
attention au verset quatre du Chapitre cinq, du Proverbe de la bible.
Notre
découvert c’est qu’arrivant au Proverbe 5 :4, les traducteurs ont rendu le verset
comme :
… na-ato ilu ka ahihia ilu.
(amère comme une feuille amère)
Là encore, la traduction du verset en question vacille anthropologiquement
parlant, manquant, pour ainsi dire, de précision et de clarté, deux attributs d’une
bonne et fiable traduction. Ahihia ilu reste encore comme l’hyperonyme d’une série
d’hyponymes capables de rendre le message plus claire et plus lucide, comme dans
le schéma suivant :
Hyperonyme
ahihia ilu (feuilles amères)
co-hyponyme
olugbu
co-hyponyme
utazi
co-hyponyme
akilu
82
Notre petitio principis (visée principale) dans cette partie de notre thèse n’est que
pour démontrer que la traduction est une affaire liée à l’entière anthropologie, et
l’entière vision du monde de la société réceptrice du produit finale, à la différence de
l’avis de plusieurs gens peu informés, qui pensent que la traduction est une
entreprise tout à fait textuelle. Alors. la créativité dans la traduction doit considérer
ce facteur.
En somme, une traduction qui ne considère pas la flore des deux
communautés en situation de contact, risque d’obscurcir le message. C’est surtout
important lorsque les deux textes sont de différents arrière-plans culturels.
2.3.5.3 La panacée d’extraction caractéristique
Quelque fois la bonne méthode disponible pour la traduction de concepts à
base de culture, tels la flore et la faune, c’est l’extraction caractéristique. Dans cette
méthode, le traducteur n’a qu’à extraire le trait caractéristique de la flore ou de la
faune dont il est question dans le texte.
A titre d’exemple, parmi les cultures européennes, le rameau d’olivier (olive
branch) connote la paix. Que dire à une audience africaine où le rameau d’olivier ne
veut rien dire, étant donné que l’olivier n’est jamais présent dans leur
environnement? Et même le caolin qui symbolise la paix chez les igbo n’est pas une
substance universelle. Un exemple c-est le cas dans La Flèche de Dieu (1964) de
Chinua Achebe, traduction de Michel Ligny.
Dans le roman en référence le
protagoniste, Akukalia, est envoyé dans son village maternel avec de la fronde de
palme (signifiant la guerre) et du caolin (signifiant la conciliation et la paix). Reste
83
donc au villageois d’Umuaro de choisir comme beau il leur semble. Naturellement,
les citoyens ont choisi la paix.
Là où les symboles ne synchronisent pas, ce que fait le traducteur souvent
c’est d’extraire le trait inhérent de la substance. Quelques exemples incluent :
S/N
Symbole Anglais
Trait
i.
Paul and Peter are just like
De bons amis
David and Jonathan
ii.
Lucy is ebony black of complexion
De teint très noir
iii.
David is a fox
Trop tricheur
iv.
A dog in the manger
Qui ne veut qu’aucun jouit de
ce dont lui est incapable de
jouir
Nous voulons appeler cette manière de prélevement du trait caractéristique
d’un objet pour traduire l’objet, l’extraction caractéristique. On peut dire d’une fille
qu’elle est udara une espèce de pomme africaine. Cette phrase chez les igbo veut
dire que la fille est belle. On peut dire chez les igbo aussi qu’un individu est aturu
(l’agnelle) ce qui veut dire que la personne en référence est trop stupide. On groupe
ces cas de modulations parmi les cas d’extraction caractéristique. D’autres exemples
abondent dans les autres langues africaines.
2.3.5.4
Les mers et les océans
Nous entendons par les mers et les océans tout ce qui constitue la vie
maritime : les animaux et les différentes espèces de poissons, les vaisseaux les
84
navires etc.
Ces réalités maritimes influencent la langue et par extension la
traduction Maduka-Durunze est de l’avis que :
… riverine inhabitants use words and expressions which
reflect their local milieu ; whales, fishes, hippopotamuses,
ocean and river-going vessels, etc.
(95).
... Les habitants côtiers emploient toujours les mots et les
expressions qui réfletent leur milieu local : baleine,
poissons, hippopotames, vaisseaux océaniques etc.
(N.T.).
Ces réalités sont importantes dans la traduction surtout lorsque la traduction vise
une langue pratiquée par les habitants d’arrière-pays.
traducteur est censé clarifier les choses.
Dans toute traduction, le
Mais lorsqu’il existe des termes
apparemment intraduisibles dûs aux différences dans la géographie des deux
environnements, le traducteur explique ou explicite en usant des « foot-notes ».
Simpson (:6) tient que la possibilité existe de changer les noms des faits
géographiques et des réalités à base de culture. Selon lui :
The Niger may evoke to a Nigerian the same sentiments
the Thames or la Seine would evoke to an Englishman or
a French man.
(6).
85
Le fleuve Niger pourrait évoquer chez un Nigérian les
mêmes sentiments qu’évoque The Thames ou la Seine à
un Anglais ou à un Français respectivement.
(N.T.).
2.3.5.5
La géologie
La géologie renvoie aux ressources minières sous terre. Tous les pays du
monde ne sont pas également doués avec ces ressources. Alors, lorsqu’un texte
contient des termes miniers, le traducteur est censé choisir ses mots pour faire
suivre son lecteur. Une traduction qui oblige le lecteur de recourir de temps en
temps aux dictionnaires bilingues et aux encyclopédies, finit par fatiguer le lecteur.
Au cas des traductions trop techniques le traducteur doit avoir recours au fur et à
mesure, aux footnotes comme une sorte d’explicitation.
2.3.5.6 Les montagnes et les vallées
Les montagnes et les vallées comme aspects d’environnement physique
figurent dans la langue. Parfois en entend les anglais appeler un homme fort The
Rock of Gibraltar (le Rocher de Gibraltar) pour signifier un homme imbattable dans
un jeu, ou dans une bataille. Gibraltar est une montagne en Europe qui présente
une difficulté énorme à grimper. Dans la langue, de telles références se font pour
raccourcir la comparaison.
2.3.5.7 L’environnement intellectuel
Les aspects de l’environnement traités en haut ne sont que les aspects
physiques. Il reste encore à traiter les aspects intellectuels de l’environnement qui
86
influencent la langue et son application. Nous avons déjà énuméré ces facteurs plus
tôt, comme :
(i)
l’histoire du peuple
(ii)
les mœurs du peuple
(iii)
la religion
(iv)
la littérature du peuple
(v)
le niveau de développement technoscientifique du peuple.
Nous allons les traiter l’un après l’autre. Une discussion de l’environnement
dans la traduction sans mention de ces facteurs, nous l’avons dit déjà, est
incomplète
2.3.5.8
L’histoire d’un peuple
L’histoire d’un peuple contribue au répertoire de leur vocabulaire. Chaque
communauté linguistique possède les grandes lignes de ses histoires à travers le
temps. Dans la langue française beaucoup de lexies d’origine historique abondent
qui ont déjà fait incursion dans le vocabulaire du français. La même situation se
produit en anglais où des mots historiques figurent visiblement dans le dictionnaire
anglais. Prenons-en l’un après l’autre.
(a)
La guillotine
Phrase : En résistant l’enquête par les experts mondiaux, Saddam
Hussein se présente à son insu, pour la Guillotine.
Commentaire : La Guillotine renvoie à la machine utilisée pour
décapiter les gens notés comme les ennemis de la masse publique
française pendant la révolution française de 1789. Ces hommes ont
87
nié à la masse publique ses droits au cours des années. Aujourd’hui la
Guillotine
figure
consciencieusement
non
seulement
dans
dictionnaire français, mais aussi dans le dictionnaire anglais.
le
Mais,
c’est une allusion historique à la révolution française.
Dans la traduction que fera le traducteur ? Refléter cette métaphore
concrète telle quelle, ou expliciter en renarrant de ramarrer l’histoire de
France au lecteur pour faciliter la compréhension.
Où, faut-il avoir
recours aux footnotes.
(b)
Oliver Twist
Il s’agit d’une allusion littéraire à l’œuvre littéraire de Charlas Dickens
Swift où le personnage principal insatiable demande de plus en plus de
la nourriture. Aujourd’hui, cette expression est monnaie couraute en
langue anglaise et se dit d’un personnage insatiable qui ne cesse pas
de demander de l’assistance.
Exemple : In recent times, our University has become an Oliver Twist :
comment traduire cette expression en français. Oliver Twist n’existe
pas en littérature française. On ne peut pas la traduire comme: Tout
récemment, notre Université est devenue Oliver Twist.
Nous
proposons « Tout récemment les demandes de notre Université
deviennent insatiables et plusieurs. »
(c)
Rock of Gilbraltar
Il s’agit d’un rocher en Europe, rocher trop difficile à surmonter.
L’expression est devenue une expression universelle. Elle se dit d’un
personnage qui reste toujours impénétrable. Dans le jeu de football
88
certains joueurs s’avèrent difficiles à dribbler ; ces joueurs adroits se
disent « Rock of Gilbraltar » en anglais, expression qui se traduira
mieux en français comme joueur imbattable. En langue igbo, on dira
de telle personne « agada gbachiri ụzọ », (soit la racine gigantesque
qui bloque le passage).
En français on aura recours à la méthode
oblique de traduction dépendant de la situation contextuelle :
combattant héroïque, joueur imbattable etc.
2.3.5.9
Les moeurs du peuple
Le traducteur n’est pas dans l’obligation de suivre tout bêtement la
phraséologie du texte original. Il détient le droit, on s’empresse à le dire, de laisser
le vif du message pour le remplacer avec de l’euphémisme, suivant les mœurs
culturelles de la communauté réceptrice.
Certaines expressions utilisées avec aise dans une communauté constitueront
des tabous dans d’autres communautés.
Nous prendrons un autre exemple de la
bible chrétienne vu l’universalité de la bible. Dans Genèse chapitre quatre verset
premier de la version française (Edition Louis Segond) dit :
Adam connut sa femme.
Cette même expression est traduite par l’Union Igbo Bible comme :
Adam wee mara aru nwunye ya
(Adam eût connaissance de la chair de sa femme)
Les deux versions sont exprimées en euphémisme, ce qui, par coïncidence reflète la
tradition des igbo en ce qui concerne le sexe (masculin ou féminin).
Les igbo
utilisent toujours les euphémismes pour faire référence au sexe. Il en est de même
89
dans d’dautres cultures d’Afrique.
C’est un tabou de mentionner le sexe tout
banalement.
Mais dans The New World Translation of the Holy Scriptures qu’utilisent les
membres des Témoins de Jéhova, et dans Good News Bible ce recours à
l’euphémisme est rejeté en préférence pour ce que les igbo appelleront la langue
grossière. Dans ces deux bibles en référence il est écrit :
Adam had sexual intercourse with his wife
Abomination!
Même parmi les membres de ces dénominations religieuses, les
Temoins de Jéhova ce verset s’avère trop difficile à lire devant la congrégation
constituée en majorité des igbo du Nigeria. Nous croyons qu’il en est de même chez
les autres ethnies du Nigéria du Sud, où le recours à l’euphémisme aurait joué le
jeu.
Ceci nous mène aux pressions montées par certains groupes d’érudits
nigérians, que les sciences physiques soient traduites en langues maternelles
nigérianes. En toute humilité, nous voulons rappeler à ces patriotes que le projet
conçu sera culturellement impossible, surtout dans le domaine de la science
biologique.
Comment demander à un enfant igbo, par exemple, de dessiner les
organes sexuels de la femme ou de l’homme (de sa mère et de son père) ? Cela
serait une véritable abomination.
Nous nous permettons de mentionner cet aspect de la traduction inter
linguistique parce qu’il s’agit d’un domaine où l’environnement intellectuel
influencera l’acte traduisant.
90
2.3.5.9.1
Le religion comme inhibition
L’influence de la religion dans la politique mondiale de nos jours ne peut pas
être sous estimée. Il en est de même dans le domaines de la traduction. La religion
compte parmi les facteurs intellectuels de l’environnement. Ceci est parce que la
religion va avec beaucoup de tabous, la multiplicité de religions rend ce facteur plus
grave.
Par exemple, l’Organisation Non Gouvernementale (ONG), La Croix Rouge
(Red Cross) s’appelle ainsi dans les pays chrétiens. Mais dans les pays musulmans,
cette organisation changera de nom pour devenir Le Croisant Rouge (Red Crescent).
Les musulmans n’accepteront jamais la croix comme symbole, étant donné que les
chrétiens l’ont déjà adoptée pour symbole. Ces symboles religieux sont déjà créés,
reste au traducteur de les découvrir.
Le traducteur, face à cette réalité devrait
d’abord étudier son audience lectrice religieusement pour éviter des conséquences
néfastes.
2.3.5.9.2
Le niveau du développement technoscientifique
Beaucoup de phénomènes sont universels. L’anatomie du corps humain est la
même chose partout dans le monde, quelle que soit la race Les parties du corps
humain sont les mêmes partout dans le monde physique.
Mais dans l’univers
africain surtout chez les igbo du Nigéria, il y a des généralisations dans le choix des
noms pour ces parties du corps humain. Le processus montre que le niveau du
développement scientifique est encore très bas. Le processus implique un recours
aux supéronymes pour recouvrir toute une gamme de possibles termes, au lieu de
91
chercher des noms spécifiques : les hyponymes. Nous allons démontrer ce point
avec la dent humaine.
La dent humaine est un exemple de ce recours au nom-parasol pour traduire
des spécificités en langues européenes.
Les parties de l’inciseur humain se
nomment avec spécificité en français et en anglais. Entre le français et l’anglais ou
vice versa nous avons ceci :
Enamel
Email
Dentine
Dentine
Pulp cavity
Cavité de la pulpe
Gum
Gencive
Capillaries
Capillaires
Periodontal membrane
Membrane périodontale
Jaw bone
Maxillaire
Cement
Ciment
Ce progrès qu’a fait la science dans le domaine de la dent humaine est
complètement
anéanti par l’insuffisance linguistique des langues africaines, voire
l’igbo, où toutes les parties de la dent se regroupent en « ézè ».
La dent n’est pas la seule partie du corps humain à éprouver ce phénomène
d’inadéquation terminologique.
L’oeil humain, si l’on étudie encore en détail les
noms de ses parties, exhibera le même phénomène terminologique, où la cornée, la
rétine etc. n’aurant pas de noms spécifiques, se contentant d’hypéronyme –
« ányá ». Cela constituera un problème énorme chez tout traducteur. Détient-il le
droit de créer des noms, d’inventer des termes pour s’assurer que la traduction,
proprement dite, ait eu lieu ? On ne peut pas trop insister sur la nécessité de la part
92
du traducteur de rédiger la traduction dans la façon de parler ou d’écrire ce qui lui
vient naturellement à l’esprit, ou dans son idéolecte.
A en revenir à la dent humaine nous voulons démontrer ici que la langue igbo
en tant qu’une langue en voie de développement ne dispose pas de noms
spécifiques pour les différentes parties de la dent. Ce que disent les igbo c’est eze
(la dent), peu importe la spécification de ses différentes parties. Non seulement la
dent, mais aussi des autres parties du corps, par exemple le cerveaux, tombe aussi
dans la catégorie des parties du corps humains sans noms détaillés en plusieurs
langues naturelles africaines.
L’influence de l’environnement culturel et linguistique sur la traduction est
énorme.
Il y a vraiment besoin pour étudier ces obstacles naturels à la bonne
traduction afin de mener à bien la tâche du traducteur. L’environnement culturel
influence la bonne et fiable traduction de quel que soit le message. L’environnement
linguistique est aussi important que l’environnement culturel. Nous l’avons divisés
en physiques et intellectuels, les aspects intellectuels comptant l’histoire du peuple,
leur tradition morale, leur religion, leur littérature et leur niveau de développement.
Les facteurs physiques relatent aux réalités physiques et visibles telles les océans,
les mers et les rivières, les montagnes et les vallées, les animaux et les arbres etc.
La plupart de ces aspects intellectuels, comme nous les avons démontrés,
obligent le traducteur de moduler le message utilisant parfois les euphémismes,
presque contrariant le postulat populaire parmi les érudits de la traduction que le
message assume toujours une position de primauté au-dessus du style. Là réside le
point culminant de la créativité. Bien que le message reçoive la primauté, il y a
toujours des cas ou il est bousillé pour des effets moraux.
93
Ll’étude de l’environnement est une condition sine qua non pour la traduction
des faits inter culturels voire littéraires. L’environnement fournit la base de toute
entreprise linguistique.
d’arnère-plan..
varients
Chaque langue du monde dispose d’un environnement
Reste alors au traducteur de marier ces différentes langues de
arrière-plans
pour
attendre
de
l’équilibre
acceptable
aux
deux
environnements.
2.4
Créativité : Tentative de définition
La créativité constitue la poussée majeure de notre thèse.
Une question
pertinente, alors, c’est, qu’est ce que la créativité ? En termes génériques, le terme
créativité est dérivé du verbe « créer » qui renvoie à l’action de donner l’être, de
tirer d’un néant.
Créer c’est faire réaliser quelque chose qui n’existait pas, au
paravent. Ce verbe relate à l’idée de concevoir d’inventer, de formuler des concepts
(Micro Robert, 2005). Dans le domaine intellectuel on crée pour des fins de combler
des lacunes cognitives.
De sa part, Larousse Encyclopédique verra le terme créativité comme :
Capacité d’imaginer des solutions originales et meilleures
dans n’importe quel domaine.
(Larousse Encyclopédique : 383)
Cette définition suggère que la créativité est un atout positif utilisé dans la résolution
des problèmes, peu importe le domaine.
Nous oserons ajouter que dans l’acte
traduisant, l’idée de créer est bidimensionnelle, en ce sens nous créons non
seulement moyennant l’addition de nouvelles idées, mais aussi par la soustraction
94
des idées inutiles, surtout où ces idées et ces unités lexicales ont la capacité
d’empêcher la compréhension du message transmissible.
2.4.1 Notre opinion sur la créativité
Selon nous, la créativité renvoie à toute application de son intelligence pour
contourner une situation précaire.
C’est un concept omnibus comme Larousse
Encyclopédique l’a défini, mais plus monnaie courante en traduction interlinguistique.
La créativité c’est un phénomène salutaire pour se sortir d’un impasse : les français
diraient du concept, l’application du system D’, terme qui fait allusion à l’action de se
débrouiller d’une situation d’imbroglio. Dans la linguistique, la créativité relate à la
capacité d’inventer, de formuler si possible, une expression non seulement pour
remplir une lacune, mais aussi remplacer une unité, linguistique pour des fins
éthiques et esthétiques.
Nous voyons la créativité comme un phénomène visant à proférer des
solutions, un processus intellectuel focalisé sur le positif. Le traducteur créatif crée
des effets pour sortir le sens autrement caché dans un texte.
Il crée des
expressions supplémentaires pour sortir les sens qui ne seraient pas transparents s’il
est traduit verbo pro verbo ou mot à mot. Conversement, la créativité supprime des
unités linguistiques que la communauté réceptrice n’aimerait pas. Elle supprime les
idées non nécéssarires, qui ne seraient pas acceptées par la société réceptrice de la
traduction. En fait la créativité ne renvoie pas seulement à l’adjonction des unités
linguistiques, mais aussi à la soustraction, comme nous l ;avons expliquée, des
concepts et des vocables.
Dans la présente recherche, nous distinguerons deux
catégories majeures de créativité : créativité de contenu et créativité de forme. .
95
2.4.2 Le créativité de contenu (ou de sens)
La créativité de contenu relate à la capacité intellectuelle d’inventer des
notions pour remplacer celles qui sembleront inacceptables à la culture réceptrice.
Nous avons préalablement dit que la traduction est issue des deux cultures en
situation de contact.
Dans certaines cultures c’est du tabou de mentionner
ouvertement les noms de certaines régions du corps humain. Nous avons expliqué
que chez les igbo du Nigéria toute allusion au sexe de fait avec de l’euphémisme,
pour éviter l’effet nauséabond inhérent dans la prononciation ouverte de la notion de
sexualité. A vrai dire, la notion de sexe est une notion universelle, bien que le souci
attaché à cette notion varie de culture en culture. En Europe et en Amérique la
manière dont l’on peut parler du sexe ne peut jamais être la manière dont l’on lui
fera allusion à en Afrique voire chez les igbo du Nigéria. Chez les igbo on accorde
un haut degré de respect au sexe et à ta sexualité.
Un exemple pratique se trouve dans la bible chrètienne, où l’Eternel après
avoir créé Adam et Eve dans le jardin d’Eden, leur ordonna, après le premier pêché
de se multiplier (Genesis ch. 1). Dans une ère où la guère et les hostilités règnent,
les journalistes doivent choisir leurs vocables soigneusement, pour ne pas provoquer
des crises entre les nations. A un certain moment, il seront obligés de recourir à la
créativité de contenu pour permettre à la paix de régner.
A titre d’exemple,
considérant le niveau d’hostilités existant entre les Israéliens et les Palestiniens, ce
serait provoquant de reporter la mort de Yaser Arafat sur la bande de Gaza telle
quelle. Au lieu de dire banalement :
Yaser Arafat died of bullet wounds received from Israeli
soldiers on the Gaza Strip.
96
(Notre création)
les journalistes auraient plutôt recours à la créativité de contenu, pour dire :
Yaser Arafat met his death at the Gaza Strip.
L’importance de cette tournure créative est que les agents de ces morts sont cachés,
ce qui représente un regain diplomatique.
Le créativité de contenu assiste
énormément dans la traduction et dans la vie, en général, et assure la paix dans les
communautés.
2.4.3 La créativité formelle (ou de style)
Ceci renvoie à l’invention formelle dans un morceau d’écriture.
La forme
relate à la grammaire et à la phraséologie d’une écriture. Elle relate au maniement
des structures d’un texte. La créativité formelle renvoie au style inhérent dans les
figures de style et dans les jeu de mots. Dans la traduction littéraire la créativité
formelle est un moyen pour démontrer sa fluidité, sa dextérité, sa flexibilité
linguistique, voire son expertise dans le maniement grammatical. Voilà une façon
indirecte de dire que la créativité de forme est un attribut de la traduction littéraire.
2.4.4 Critères pour la création des termes
Comme nous l’avons signalé, le traducteur se voit bien des fois face aux
problèmes de création des termes.
Ces facteurs comptent la concision, la
transparence, la composition, la motivation.
97
2.4.5 Le critère de concision
Le terme que doit créer le traducteur doit être concis, inutile de créer un
terme composé d’une phrase assez longue.
On appelle cette concision dans la
création des termes « l’atomicité de terme » (Ugorji : p16).
2.4.6 La transparence
Ce critère se nomme aussi le critère de création imagée, et exige que le
terme crée soit pittoresque. Ce critère est inévitable lorsque le traducteur opère
entre deux langues sans parenté linguistique. Il est plus régulier entre les langues
européennes et les langues africaines. La créativité par la création d’image existe
aussi entre les langues européennes telles le français et l’anglais, deux langues qui
n’ont pas d’affinité linguistique. Le traducteur – créateur est censé se familiariser
avec les méthodes de création de tels termes afin de pouvoir créer des termes
appropriés moyennant les critères formels.
Entre l’anglais et le français, deux
exemples des cas sans correspondance linguistique exigeant la création imagée
incluent :
pagination
:
la mise en page
to arraign
:
mettre quelqu’un en accusation.
Nous voulons par ceci insinuer que quelquefois la traduction, même entre deux
langues européennes, présente un problème de correspondance linguistique. Dans
de tels cas, la traduction impliquera un contournement linguistique, faute d’affinité
linguistique.
Entre une langue européene et une langue africaine, par exemple, la methode
de creation imagee est plus pratique pour montrer le sens pittoresque des termes en
traduction. Quelques exemples entre l’anglais et l’igbo langue nigériane incluent :
98
(i)
To
avoid :: Iji gbochie o bụ m ka i na-akpari
embarrassment
(Pour empecher “est-ce moi que
vous insultez?”).
(ii)
He sent his wife away :: O
with ignominy
gbaara
nwunye
ya
ugbo
nwamkpi.
(il a renvoye sa femme dans un
wagon pour les boucs).
(iii) The situation
degenerated to a fight.
:: O mechara ghọọ «i na-ejide aka
naani m ?”
(La situation a dégénéré jusqu’au
point de «Est-ce que vous ne
tenez que mes mains»).
Le traducteur travaillant avec la langue anglaise et celle igbo trouvera à sa
surprise que le terme « embarrassment » n’a pas de d’equivalent nucleaire ou
atomique en langue igbo. Dans ce cas, le seul moyen de s’en sortir n’est que par la
méthode de création imagée. La créativité dans l’acte traduisant devient, alors, un
recours psychologique en temps d’impasse. ‘To send one’s wife away with ignominy’
se traduira mieux en igbo par la méthode pittoresque de «mettre sa femme dans un
wagon réservé pour les boucs, animaux déspicables».
La troisième situation qui
dégénère à l’attaque physique se traduira en langue igbo du Nigéria comme «vous
99
ne tenez que mes mains», une question que posera l’un des combattants que se
sentira désavantagé.
2.4.7 La création par composition
La composition implique la synthèse de plusieurs morphèmes ou de plusieurs
mots pour former un nouveau terme. Le traducteur détient le droit d’inventer de
nouveaux vocables respectant le génie linguistique de la langue d’arrivée.
La
créativité par composition implique aussi la capacité d’analyser un terme en ses
morphèmes pour pouvoir en créer, par composition, un équivalent là où il y a pas de
correspondance linguistique, le traducteur sera en mesure de dire les morphèmes
composant un terme afin de pouvoir en composer un autre.
Quelques termes français obtenus par composition incluent :
i.
arc-en-ciel: rainbow
ii.
poisson d’avril: April fool
iii.
sage femme: mid-wife
iv.
Pomme d’Adam: Adam’s apple
La maîtrise du processus de création par composition est importante au traducteur,
non seulement pour créer un nouveau terme mais aussi pour pouvoir identifier les
racines des mots d’en déchiffrer le sens. L’importance de cet aspect de notre thèse
réside dans le fait que le traducteur, avant de créer un nouveau terme, fouillera
dans les bagages linguistiques de la langue d’arrivée pour vérifier si oui on non il
existe déjà un terme semblable existant dans la langue cible.
Le traducteur
s’efforcera pour ne pas créer un terme qui n’est pas acceptable par le génie de
langue d’arrivée. Par exemple, un traducteur béat serait tenté de créer le terme
100
« door – window » pour le terme « porte – fenêtre, » alors que la traduction
anglaise du terme est « French window ».
C'est-à-dire que le créateur par
composition devrait se méfier pour éviter la création des faux termes.
La
composition des termes suit le critère de motivation.
2.4.8 Le processus de motivation des termes
Nous venons d’expliquer que la création par composition est une méthode
pour la création des nouveaux termes Néanmoins, ce recours à la création par
motivation est guidé par certains principes.
Le concept de motivation renvoie à la capacité de certains mots d’être dérivés
par les méthodes analysables. Cette disponibilité à l’analyse linguistique témoigne
que l’unité lexicale est dérivée.
La motivation existe, cependant, en quatre
catégories :
-
Motivation primaire
-
Motivation secondaire
-
Motivation de forme
-
Motivation de fonction,
2.4.8.1 Motivation primaire
S’appelle motivation primaire toute dérivation à partir des idéophones à partir
des onomatopées. Certains mots sont discernibles par leurs sons, et meme si le
lecteur ignore leur sens exact, leurs sons servent de guide pour leur compréhension.
Bien que nous ayons, dès le début de cette étude, découragé la dépendance totale
des guides psychologiques, pourtant, il n’y a rien de mal dans la reconnaissance de
la signification d’un mot à partir de son son. Le traducteur intelligent profitera du
101
son d’un mot pour en dégager le sens, et ensuite procédera pour en créer un
équivalent dans la langue cible. Examples (a) le claquement des sandales
(b) le hissement d’un serpent
2.4.8.2 Motivation secondaire
En d’autres termes appelée motivation de référant, la motivation secondaire
permet au traducteur de déduire le sens d’un terme qu’il rencontre pour la première
fais à partir de sa dérivation morphologique. Force est d’alerter que le traducteur se
méfiera de tels cas de dérivations car ce n’est pas tous les mots semblant motivés,
qui sont vraiment motivés.
A titre d’exemple, le mot innocent, semblera motivé
comme in+nocent, alors qu’il ne l’est pas, en ce sens que le mot ne peut s’analyser
en ses morphèmes composants. Le mot immobile, au contraire, est analysable en :
im(morphème lié préfixal) et mobile (morphème de base). Alors, le mot immobile
est motivé à la différence du mot innocent. L’importance de cette étude réside dans
le fait que le traducteur sera en mesure d’identifier un mot dérivé pour pouvoir en
créer un équivalent. Cependant, le traducteur - créateur doit se méfier de certains
termes semblablement motivés, mais dont les morphèmes composants mèneront à
la fausse création. Un exemple inclut:
i.
demi monde, divisible en(demi + monde).
Un traducteur béat créera le terme : half world en anglais, alors que « demi
monde » renvoie à l’endroit d’opération des prostituées.
Et alors le terme déjà
existant en anglais est « brothel » et non pas du tout ‘un hémisphère » de n’importe
quelle sorte.
102
2.4.8.3
Motivation de forme
La motivation de forme se confond facilement avec la motivation secondaire
ou formelle. Elle renvoie à la capacité d’une chose d’être nommée selon sa forme
physique. Certains exemples en français comptent.
i.
pomme de terre : ainsi nommée à cause de la forme et son habitat.
ii.
arc-en-ciel : ainsi nommé à cause de sa forme et son habitat.
Le traducteur, aura une idée d’une substance mangeable sous la terme en
forme d’une pomme, et il procédera pour lui assigner un nom au cas où il n’y en a
pas déjà.
De même l’arc-en-ciel que le traducteur identifiera par sa forme qui
facilitera son nouveu nom.
2.4.8.4 Motivation de fonction
Selon le nom, cette sorte de motivation dérive son nom de la fonction que
remplit l’objet en référence. Un exemple typique c’est le terme portable signifiant le
petit téléphone de poche, ainsi nommé parce qu’il est porté par l’être humain qui le
possède. Porable renvoie à ce que certains individus appellent lap-top en anglais,
un appareil itinérant et movible.
Un traducteur expérimenté sachant le sens du
terme en français sera en mesure d’en formuler un équivalent interprétatif dans la
langue d’arrivée.
2.5
La créativité dans la littérature
Nous venons de décrire la créativité d’un atout intellectuel qui permet de
manier les termes dans la traduction. Nous voulons dans le même esprit ajouter que
le degré de créativité varie d’individu en individu. Certains individus sont plus doués
103
avec la capacité d’imaginer, et de tirer d’un néant, des idées et des concepts que les
autres. La créativité est, en un mot, fonction d’intelligence.
Dans la littérature, c’est la créativité qui induit certains auteurs de satiriser les
histoires réelles en les transformant en concoction, en hybride de vérité et de fiction.
La créativité mène les écrivains à substituer les noms d’animaux pour les noms des
gens pour critiquer les attitudes néfastes de certains meneurs d’hommes, lesquels
profitent de leurs positions pour subjuguer les moins printégiés de la société
humaine, les vrais damnés de la terre.
Dans un monde où les leaders politiques interdisent toutes formes de
critiques, les écrivains ne font que se cacher derrière l’anonymat pour dire le non dit.
Et c’est la créativité qui fournit cette cachette psychologique.
Lorsque l’on pense dans cette direction un nom qui vient d’emblée à l’esprit
c’est celui de Jean de la Fontaine. Il était l’auteur de fumeux Fables (1668), recueil
poètique dans lequel il critique de manière acre et aigue, hélas indirecte et satirique,
le roi Louis XIV de France ainsi qui les autres notaires de son époque.
On se rappelle aussi un écrivain comme Eric Blair dont le nom de plume est
George Orwell, qui entamera la critique de la révolution russe de 1911 entre les
pages de son Animal Farm (1945), critiquant les actions des acteurs principaux de la
révolution en question. Orwell utilisera les noms d’animaux pour narrer les méfaits
des dirigeants de la Russie. Donc, au lieu de dire tout bêtement Staline, Lénine etc.
George Orwell a dit Napoléon, Boxer, Snowball etc. animaux domestiques qui
deviennent les personnages pseudonymiques.
En cela consiste la créativité, la
capacité de formuler et d’inventer des pseudonymes pour remplacer les noms réels
des individus trop «sacrés» pour être nommés.
104
Force est d’insister que toute littérature est le produit de la créativité. Dans
les mots de Nwachukwu-Agbada
The creative writer’s product is called literature.
( p. 1)
Le produit de l’écrivain créatif se nomme littérature.
N.T.
La justesse de cette déclaration par Nwachukwu-Agbada réside dans le fait que dans
la littérature l’on s’imagine, l’on conceptualise et enfin, l’on met sur papier les idées
qui, jadis, étaient abstraites. C’est cette conceptualisation qui mène à la créativité.
A titre d’autre exemple, William Shakespeare, entre les pages de son Julius Caesar
conceptualise les méfaits des faux amis conspiratioires qui ont plannfié et exécuté le
meurtre du roi, Julius Caesar, de Rome. Shakespeare crée une intrigue théâtrale qui
fournit de la chair à ce concept qu’il avait crée avec un mélange de vérité et
d’imagination.
Cette fabrication quasi-historique constitue, dans le cas de Julius
Caesar, de la créativité. Voici une pièce théâtrale ayant comme archétype l’histoire
réelle d’une Europerour qui avait vêcu à Rome aux environs de 400 AVJ.
Cet
empereur n’ayant pas de progéniture naturelle eût recours à l’adoption d’un fils,
lequel était roi au temps de la naissance de Jésus Christ de Galilée. Notre visée
dans la répétition de cette histoire de Jules Cesare, n’est que pour démontrer en
termes clairs et lucides que la littérature depuis des ères préhistoriques était issue
d’imagination et de création.
Balzac, écrivain français du dix-neuvième siècle, a crée dans les pages de son
roman, Le Père Goriot, l’histoire imaginaire d’un « pater familias » ayant un surplus
105
de passion pour sa fille, après la mort de sa femme, Madame Goriot. Il donnera
presque sa vie à sa fille, jusqu’au point d’aller chercher arbi dans une asile.
Et
pourtant la fille insatiable viendra à l’asile pour perturber la vie à cet homme
insusciant. Cet élan de créativité balzacienne est une démonstration concrète que la
passion extrême, fut-elle pour un enfant bien aimé, est un pêché mortel.
La créativité littéraire s’étend jusqu’à l’Afrique noire. Dans Son Things Fall
Apart Chinua Achebe crée un roman où est critiqué le rôle des Blancs au cours de la
colonisation, où ironiquement, est Blancs qui se disaient venus pour évangéliser les
bons sauvages d’Afrique, et pour nous montrer le chemin du ciel, s’avèrent hommes
et femmes d’affaires dont le but final est enraciné dans le profit. Un héros africaine
se suicide dans l’effort pour racheter la dignité de l’homme noir, suite au conflit de
cultures qui s’ensuit.
La Secrétaire Particulière de Jean Pliya est une création littéraire ayant pour
but la critique des leaders de l’Afrique post-indépendance, présents dans les Services
Publiques de l’Afrique noire. Ces leaders, agissant au delà de l’autorité que leur est
permis la loi commune, subjuguent les moins privilégiés de la société.
Chadas
encapsule cet abus d’autorité, et ignore les limites de sa passion sexuelle. Dans
cette piece Jean Ploya nous alerte de la présence, à notre milieu, des
néocolonisateurs de l’Afrique dite indépendante.
Ecrivant dans la même veine, Protais Asseng du Cameroun, critique sons la
forme d’une pièce théâtrale intitulée Trop C’est Trop la déception que ressent la
masse publique africaine devant les activités de nos compatriotes évolués élus aux
positions de privilège dans les Assemblées Générales. Ces députés gaspillent les
fonds publiques sans rien contribuer au progrès du continent. Et lorsq’ils trouvent le
106
temps pour légifèrer, les genres de loi qu’ils fournissent à la masse publique est
toujours comme un plat de vénom social. L’Assemblée Générale est devenue un
terrain de jeu d’enfant, d’où ces députés tirent à chaque famille visée un ballon de
désaccord. Tel est le cas de la famille Bakony, autrement paisible, avant la loi de
treize enfants et de médaille d’honneur au père (et non pas à la mère), d’où le
fracas dans la famille Bakony. Cette pièce émane de la créativité.
La créativité fournit aux écrivains l’opportunité de critiquer sans peur
d’appréhension, sans peur de torture, sans peur d’assassinat par les forces
néocolonialistes. Dans une période où les leaders ne tolèrent point de critique, tant
peu soit-elle, les ecrivains, reformateurs, se cachent derrière la créativite pour dire le
non-dit. Tel est le cas de Jean de la Fontaine de France, de George Orwell, d’Albert
Camus etc.
2.5.1 Créativité en traduction littéraire
C’est Nwachukwu Agbada qui a déclaré que :
The
creative
writer’s
product
is
called
literature.
However, unlike other writings whose raw materials are
physical objects, creative writing is an imaginative art
whose expression is dependent on words.
(1)
Le produit de l’écrivain créatif se nomme littérature.
Cependant, à la différence d’autres engagements d’art
dont les matières premières sont objets physiques, la
107
créativité est imaginative et sa compréhension dépend
des mots,
(N.T.).
Nous voulons réitérer par cette citation que la littérature est fonction de
créativité, et par extension l’est la traduction littéraire. Car, le traducteur littéraire
devrait, de tout abord, maîtriser toutes les nuances de la littérature pour pouvoir
mener à bien son travail. Un traducteur littéraire doit non seulement maîtriser les
figures de style et le langage de littérature dans son intégralité, il doit aussi être à
l’aise avec les deux cultures en situation de contact, avant de tenter de
« médiatiser » entre elles.
Les traducteurs littéraires sont, alors, hommes et
femmes bi culturels. Cette duplicité de culture implique aussi la duplicité ethnique et
esthétique dans les cultures en référence. Le traducteur littéraire est censé être un
linguiste prêt à suivre l’auteur dans le voyage spirituel qu’est l’œuvre litteraire, ce qui
l’oblige à etre, lui aussi, un homme ou une femme litteraire. Dans cette veine, Peter
Bush postule que:
A literary translator is bilingual and bicultural, and thus
inhabits
a
landscape
which
is
not
mapped
by
conventional geographers.
(127)
Un traducteur littéraire est bilingue et biculturel, et alors
habite dans un terrain qui n’est pas inventorié par les
géographes conventionnels.
(N.T.)
108
Ayant tenté d’établir que la traduction littéraire et la littérature sont en quelque sorte
interlacées, nous aimerions répéter que la traduction littéraire fait appel à la maîtrise
des faits linguistiques et des faits extralinguistiques. Le bon traducteur créatif se
trouvera aussi guidé par tous les impératifs de la créativité : les facteurs de sens et
les facteurs de style. Nous gardons les deux termes (sens et style) bien que nous
puissions leur faire référence comme données sémantiques et stylistiques ci-après.
On se permet de commencer avec les facteurs sémantiques qui guident dans la
créativité en traduction littéraire.
Nous avons dit au paravant que la créativité
renvoie à l’imagination humaine. Elle renvoie a l’action d’inventer des idées et des
techniques. La créativité est un phénomène intellectuel qui implique l’acte de « tirer
d’un néant » (Micro Robert,:247), au cas où il en est nécessaire.
La créativité
n’implique pas seulement l’acte de combler une lacune. Elle inclut aussi l’acte de
prélever une expression où elle est nécessaire.
A titre d’exemple, voyons ce cas de prélèvement d’une expression, fait par
Etienne Galle dans la traduction de The Anthills of the Savanna. Là, l’auteur a cité un
passage biblique anglais, précisément un vers de Matthieu Chapitre 5, autrement
nommé « Les béatitudes, ou les huit vertus que Jésus-Christ a prononcé dans le
Sermon sur la Montagne. Chinua Achebe dit:
Blessed are the
poor in heart for they
shall see God.
(TAOS, 55).
109
Et, Etienne Galle le traduit comme:
Heuraux les pauvres
de coeur, car il verront
Dieu.
(LTS, 68)
Le traducteur a prélevé un vers de la Bible au lieu de le tradire lui-même.
Suivant notre définition de la créativité comme le contournement d’une situation
précaire en adoptant une solution intelligente immédiate, cette traduction prélevée
est splendide. Nous préconiserons comme idéale, la créativité qui consiste en la
renaissance culturelle des concepts liés à la culture, surtout dans la traduction
littéraire.
Cependant, ce prélevement semble préconiser le transcodage.
En ce
transcodage des faits cas nous tenons à dire que le transcodage en ce cas sert à
marchander la bonne culture de la langué cible. C’est une façon de dire que la
culture communautaire transcodée en langues étrangères servent à’extérioriser les
aspects linguistiques de la langue source au monde extérieur, même si nous avons
crié au début, que le transcodage des fait culturels supprime la créativité dans la
traduction littéraire.
2.5.2 La créativité littéraire et l’effet sonore
La traduction prend charge non seulement du sens dans la traduction
littéraire, elle s’occupe aussi des ingrédients de la beauté linguistique du texte. Ces
atouts linguistiques qui embellissent le texte littéraire s’agroupent en figures de
style : comparaison, métaphore, assonance, allitération, onomatopée, paronomasie,
110
jeu de mots, litote etc.
Nous avons dit ceci au préalable
Le bon traducteur
s’efforcera de refléter ces indices de la beauté linguistique, ou au moins d’en créer
des équivalents, pour ne pas traduire de manière plate et monotone un texte orné
d’expressions figurées. Le traducteur littéraire s’efforce surtout de garder les effets
sonores dans sa traduction.
Un genre littéraire qui est prône aux effets sonores est la poésie,
En
traduisant la poésie, le traducteur se rend compte que les vers sont en quelque sorte
métriques, en ce qui concerne les effets sonores : assonance, allitération,
onomatopée etc. Nous aimerions clarifier que la poésie n’est pas seule parmi les
genres littéraire à présenter le problème d’effets sonores ; la prose, et le théâtre
contiennent aussi des cas d’allitération, d’assonance et d’onomatopée, surtout quand
l’auteur est à l’aise avec sa grammaire. Le traducteur est alors contraint à miroiter
ces figures de style, s’il doit présenter l’ouvrage de l’auteur bien recréé. En cela
consiste la créativité.
Considérons pour un exemple le poème « Les Vautours » de David Diop tiré
de son recueil poétique Coups de Pilon, poème traduit comme « The Vultures » par
Ibe Nwoga.
Certains vers reflètent ce recours aux mathématiques littéraires
présentes dans l’allitération. Dans le vers 19 du poème de Diop, il y a une répétition
de la lettre « d », comme suit :
Et des mines du Swaziland à la sueur lourde des usines
d’Europe.
(14)
111
Le traducteur a soigneusement créé, dans l’effort pour assurer une allitération
dans sa traduction, une répétition de la lettre « f », étant donné qu’il lui était
impossible de répéter la lettre ‘d’. Nwoga a traduit le poème ainsi:
And from the mines of Swaziland to the factories of
Europe.
(p. 110)
Il s’agit, comme nous venons de l’expliquer, de l’allitération de la lettre ‘f’. La
flexibilité dans l’application linguistique de l’auteur réside dans sa capacité de créer
au cas d’allitération des consonnes dans les endroits nécessaires pour refléter l’effet
sonore utilisé pour embellir les structures. L’essentiel c’est qu’il y a de l’allitération
dans la traduction.
Considérons aussi l’effort poétique fait par un personnage, Sunday, le boy du
Toubab dingue dans Les Termitières de la Savane de Chinua Achebe. Achebe a écrit
ce poème en anglais pidgin, mais Galle le traduit en français. Les deux poèmes vont
ainsi.
All the beer
:: Toute la liqueur
Dem drink for here
Ils boivent chaque heure
Dem make me fear
Il fait moi peur.
(TAOS, 55)
(LTS. 68)
Si l’on analyse ce poème et sa traduction sur les deux axes du fond et de la forme,
l’on ne pourra que décrire cette traduction de splendide. C’est à noter que la rime
est assurée dans la traduction, juste comme elle est dans le poème original. Il y a
dans le poème original :
Beer
[biə]
112
Here
[hiə]
Fear
[fiə]
Il y a aussi dans sa traduction une rime correspondante.
Liqueur
[likoeR]
Heure
[oer]
Peur
[poeR]
Il s’agit aussi de rime plate. A noter aussi est le régistre de la traduction
synchronisant avec le registre de la langue de départ ; c'est-à-dire, de la langue
pidgin de l’anglais et en français argotique.
Ce n’est pas pour rien que Galle a changé certains mots-clé du poème source.
Nous avons fait un effort pour traduire nous même le même poème inscrit sur le
mur chez Toubab Dingue :
All the beer
:: Toute la bière
Dem drink for here
Ils boivent ici
Dem make me fear
Il fait moi peur
(N.T.)
Si la question est de choisir parmi les deux traductions (celle de Galle et N.T.)
laquelle est plus structurellement et sémantiquement fidèle, un traducteur béat
choisira
NT, peut-être.
Mais, à vrai dire, stylistiquement jugeant, la traduction
galléene (notre création) est préférable. NT ne respecte pas la rime, laquelle réflète
le style dans la traduction littéraire.
L’import des effets sonores dans la traduction littéraire ne peut jamais etre
sous estimé, car la traduction poétique, à la différence des autres domaines de la
113
traduction, préserve aussi la beauté linguistique et, non seulement, le message
transmis.
2.5.3 Remaniement phrastique comme créativité
Nous avons plus tôt dans cette thèse octroyé au traducteur le droit de
changer les éléments stylistiques d’un énoncé, pourvu que le message ne soit pas
déséquilibré. Dans la traduction poétique, le traducteur détient le droit de créer des
expressions afin de sortir le sens d’un vers. Il peut, s’il y a besoin, fournir un verbe
additionnel si la présence de tel verbe aidera pour sortir le sens d’un vers ou d’une
strophe, étant donné que le but de toute traduction est pour faire comprendre, pour
rendre claire et lucide la communication.
Une étude du poème « Afrique » de David Diop côte à côte avec sa traduction
par Ibe Nwoga, intitulé « Africa » et contenu dans son recueil poétique – West
African Verse nous aidera pour clarifier les choses. Nous présentons ici le poème et
sa traduction, à partir du dix-neuvième vers jusqu’à la fin.
Afrique
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu de fleur blanches et fanées.
C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
.
Et dont les fruits ont peu à peu
.
L’amère saveur de la liberté
(12).
114
Africa
That tree that grows
There splendidly alone among white and faded flowers
Is Africa, your Africa. It puts forth new shoots
.
With patience and stubbornness puts forth new shoots.
Slowly its fruits grow to have
The bitter taste of liberty.
(p. 220).
La traducteur de ce poème a habilement divisé ce ségment du poème en
deux phrases “Qui repousse” cesse d’être une partie la suite de phrase commençant
avec cet arbre lá – bas.
shoots …
«La déuxieme phrase commence avec «It puts forth new
Le traducteur a refusé de progresser mot à mot, à la différence de
l’agencement phrastique du poète original.
traduction littéraire.
En cela consiste la créativité en
Il y a aussi de la créativité dans la traduction du
verbe « repousse » en « … puts forth new shoots », aussi une expression
pittoresque. Dans le langage de la traduction il s’agit de l’ équivalence.
De même le poème de Léopold Sédar Senghor « Femme nue, femme noire »
traduit aussi par Ibe Nwogu comme « Naked woman, black woman ». Les premiers
trois vers du poème et leur traduction anglaise vont ainsi.
Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie de ta forme qui est beauté.
Naked woman, black woman
Clothed with your colour which is life,
115
with your form which is beauty.
(220)
Nous trouvons dans cette traduction une mesure de créativité. La musicalité dans
« Femme nue, femme noire » est malheureusement perdue. Et, aussi perdue est la
rime dans « Vetue de ta couleur qui est vie, » phrase qui commence par la lettre
« V » et qui termine aussi en lettre « V ».
Malgré ces indéquations sonores, la
traduction est louable.
Loin d’insinuer que la traduction est mal faite, nous voulons simplement
démontrer que la traduction exige du calcul linguistique. En traduction, il doit y
avoir des pertes et des gains dans les détails de la scansion dans le cas de la poésie.
En cela consistent les limites de la créativité. A vrai dire, quelque soit l’effort du
traducteur, quelque soit son niveau de créativité, il est difficile de préserver la
scansion, tell quelle.
2.5.4 Omission comme créativité
Au risque de trop citer Ibe Nwogu et son ouvrage intitulé West African Verse,
nous nous permettons de montrer comme exemple sa traduction de « Les
Vautours » de David Diop. Nous prendrons du dixième vers de ce poème jusqu’au
dix-neuvième vers.
« Les Vautours. »
10
O le souvenir acide des baisers arrachés
Les promesses mutilées au choc des mitrailleuses
Hommes étranges qui n’étiez pas hommes
13
Vous saviez tous les livres, vous ne saviez pas l’amour
116
Et les racines de nos mains fécondent comme la révolte
17
Malgré vos chants d’orgueil [au milieu des charniers]
Les villages désolés l’Afrique écartelée
L’espoir vivait en nous comme une citadelle.
(Diop, p. 10)
« The Vultures »
10
O bitter memories of extorted kisses
Of promises broken at the point of a gun
Of foreigners who did not seem human
14
Who knew all the books but did not know love
But we whose hands fertilize the womb of the earth
In spite of your songs of pride [………………..]
[………………………………………………...]
In spite of the desolate villages of torn Africa
18
Hope was preserved in us as in a fortress.
(Nwoga, p. 110)
On notera sur le seizième vers et sur le dix-septième vers du poème de Nwoga deux
omissions visibles. En premier lieu, il y a « au milieu des charniers » figurant dans le
poème originel, mais omis, et cette, omission constituera un obstacle à la
compréhension du message. Au contraire tout un vers [vers 17 du poème original]
a été omis, peut-être pour préserver la musicalité du poème original dans la
traduction.
Notre visée dans cette citation n’est que pour démontrer l’étendue de
l’exigence de la créativité dans la traduction. La créativité mène le traducteur à
117
supprimer des expressions surtout lorsque leur omission ne constituera pas de perte
sémantique.
Les écritures créatrices sont enracinées dans l’imagination et dans la pensée
profonde. Le produit d’un tel récit créatif se nomme littérature selon Agbada (1998)
La créativité dans le domaine littéraire est un produit intellectuel, un but difficile à
atteindre, une natation contre le courant de la mer intellectuelle.
Céci n’est pas à dire que la littérature ne provient que de l’imagination. On
reconnaît qu’un écrivain ne tombe pas du ciel. Il est comme nous autres, vivant
dans la société avec nous, éprouvant les expériences de beaux temps et de mauvais
temps, de temps d’austérité, de meurtre, d’assassinat, d’annihilation, d’incendie etc.
Lorsque l’écrivain met toutes ces expériences sur papier, une pièce littéraire sort
déjà, en un genre qu’il choisit : prose, théâtre ou poésie.
Parfois la créativité mène l’auteur au choix des noms d’animaux pour satiriser
les actions des hommes, surtout les actions des meneurs d’hommes, haut perchés
dans la société humaine, profitant, hélas, de leurs positions favorables pour traiter
de mauvaises manières les gens moins privilégiés. Ces créations satiriques loin de
critiquer les animaux, focalisent sur les hommes méchants de la société.
Lorsque l’on pense en cette direction le nom de Jean de la Fontaine nous
vient à l’esprit, dans ses Fables (1668), recueil dans lequel il critique le roi de France
(Louis XIV) et d’autres nobles de son temps en utilisant les noms d’animaux
domestiques et sauvages.
On se rappelle aussi que George Orwell entre les pages de son Animal Farm
(1945) a entamé une critique amère de la révolution russe de 1917. Au lieu de
nommer point blanc Staline et Lénine, les oppresseurs du peuple, il nomme
118
Napoléon, Snowball, Boxer, etc., des pseudonymes dénotant les animaux, mais
connotant les hommes.
Ces inventions pseudonymiques pour remplacer les noms des vrais êtres
humains constituent de la créativité. La créativité ne termine, cependant, pas dans
les écritures satiriques. Elle vise deux dimensions; la créativité du contenu et la
créativité de la forme. La créativité du contenu considère la culture et surtout la
vision du monde, les faux et les faux pas culturels de l’audience réceptrice de la
traduction.
Cela explique pourquoi dans certaines traductions, les noms des
personnages, les lieux et même les intrigues ont été sujet de modulations. Ainsi,
nous prenons pour créativité la modulation faite par Michel Ligny en traduisant en
français un proverbe à base de la culture igbo. Le proverbe contenu dans, Things
Fall Apart de Chinua Achebe, va ainsi.
Among the Ibo, proverbs are
the palm oil with which
words are eaten.
::
Chez les Ibo, les proverbes
sont l‘huile de palme qui
fait passer les mots.
(TFA p. 10)
(LMSE p.13)
La créativité dans cette traduction émane du fait que Ligny traduit pour une
audience francophone, et cela parce que son audience visée est loin de comprendre
la manière dont les ibo (igbo) rôtissent l’igname, la pèlent et l’insèrent dans l’huile de
palme avec du sel à la base, avant consommation.
Sa traduction, modulée, reflète un effet mécanique dont l’on applique de la
graisse sur un corps pour réduire la friction et, alors, faciliter le mouvement d’une
machine afin de réduire un possible effet néfaste. Au moins, voilà une notion que
comprendra son audience – cible française, peu importent les péripéties culturelles
119
des ibo, la culture de base du proverbe.
Voilà, très brièvement, le sens de la
créativité du contenu.
La créativité de la forme renvoie à la
création des faits formels pour
substituer des unités lexiques, des expressions qui ne peuvent pas se transférer,
telles qu’elles, vers la langue d’arrivée. Les langues varient énormément dans leurs
compositions morphologiques et syntaxiques. Il doit, alors, y avoir des mots, des
expressions et des phrases que le traducteur dans sa sagesse considérera non
nécessaires dans le texte d’arrivée. Il est, donc, obligé de laisser tomber ces unités
formelles, là où il ne les croit pas trop importantes pour transporter le message.
Le traducteur détient aussi le droit d’ajouter des éléments formels : mots,
expressions, phrases, là où il n’y en a pas dans le texte source, en tant que
compensation etc pour mieux sortir la substance du message ou pour ajouter à
l’esthétique de l’écriture. Prenons pour exemple l’expression :
(i)
“Alice ran into the classroom ».
Si le traducteur suit bêtement la
phraséologie anglaise, il arrivera a une phrase formellement française,
mais linguistiquement non française : On aura :
(ii)
«Alice a couru dans la salle de classe».
La compréhension de la
traduction est évidemment différente du message que le sujet parlant
voulait communiquer. Une meilleure rendition sera :
(iii)
« Alice est entrée dans la salle de classe en courant ».
Ici le traducteur a récréé la phrase en une phrase typiquement française pour
faire comprendre à l’audience française, le message exacte.
Marianne Léderer exprime une opinion semblable, elle donne un exemple de :
120
(i)
When we get home at night, he wants to know
why there are no clean sheets on the bed.
Elle donne deux traductions formellement différentes de cette phrase, mais
les deux traductions sont peut-être sémantiquement semblables.
(T1)
Il fait toute une histoire si les draps n’ont pas été
changés.
(T2)
Il me demande comment cela se fait que les draps
n’aient pas été changés.
(119)
Le traducteur crée des nouvelles phrases pourvu que l’équilibre sémantique ne soit
pas gênée ou bousculée.
Entre le latin et l’anglais, par exemple, la créativité formelle est monnaie
courante. Prenons comme exemple la phrase :
Radix malirum est cupiditas » dont la traduction est :
“Money is the root of all evil.”
Nous notons avec intérêt que le mot cupidité (cupidity) a été remplacé par
money (l’argent). En cela consiste aussi la créativité.
Mais, la question, alors, c’est : quand faut-il créer dans la traduction. A quel
moment au cours de l’acte traduisant faut-il créer un élément nouveau, et à quel
moment faut-il créer un vide, une lacune formelle. En cela consiste l’énigme du
traducteur et de la traduction littéraire.
Beaucoup de traductologues et de traducteurs ont suggéré l’idée de la
primauté de sens sur le style dans l’acte traduisant. Nous avons dans ce chapitre,
énuméré quelques – uns des adéptes de sens et quelques-uns des adeptes de style.
121
Dans la traduction littéraire, au risque de nous répéter, nous voulons encore
mentionner Catford (1965) Ethkind (1982) Paillard (1990) parmi ceux qui soulignent
le facteur de sens dans la traduction.
Ce n’est pas par hasard que nous avons mentionné Catford, le père de
l’intraduisibilité. Ce n’est que pour contourner l’empasse culturelle que le traducteur
crée des situations et des expressions semblablement outre contexte, pour satisfaire
le besoin de la culture cible.
Nous avons mentionné d’ores et déjà que lorsque le traducteur se trouve
dans de telles situations d’incompatibilité culturelle, il y a besoin pour créer des
équivalents.
Une démonstration de cette « renaissance culturelle » peut se voir
dans la traduction par Evaristus Ogechi Anyaehie de La laitière et le pot de lait, »
poème dans le recueil poétique de Jean de la Fontaire entitulé Fables (1886). Sa,
traduction est intitulée « Nwanyi bu mmanu na ite mmanu ya » (Anyaehie,:66), dans
un effort pour ramener sur le pays igbo un concept autrement flou et étrange. Il
traduit :
La laitière et le pot de lait ::
Nwanyi o bu mmanụ na ite mmanụ ya
Une retraduction de ce titre donnera :
Nwanyi bu mmanụ na ite ::
La vendeuse d’huile et le pot d’huile.
mmanụ ya
Ceci fait voir en termes clairs l’influence de la culture sur la traduction,
influence qui fait appel à la créativité de la part du traducteur. Ce poème porte sur
le résultat du souci extrème d’une femme vendeuse de lait cru. Son contenu de lait
sur la tête, elle plannifie déjà comment soigneusement dépenser le revenu qu’elle
gagnera de cette vente, chemin faisant encore vers le marché. Absorbée dans de
122
telles pensées elle se heurte le pied contre une pierre gisant sur la rue.
Catastrophe ! Le pot de lait est tombé et le contenu deversé. Tout le plan de la
vendeuse s’avère dissippé.En traduisant ce poème en langue igbo, Anyaehie prend
en considération le fait que chez les igbo du Nigéria ce serait étrange de voir une
femme d’extraction igbo colportant du lait, que ce soit sur les rues ou vers le
marché. Le message ne passera jamais, car les resortissants igbo ne peuvent jamais
apprécier l’importance thématique de ce poème.
Ceci explique peut-être pourquoi notre traducteur a été obligé de remplacer le
pot de lait avec le pot d’huile, une création visée à créer les mêmes effets tant en
français qu’en igbo. Chez les igbo, c’est naturel de trouver les femmes portant des
pots d’huile vers le marché, lesquels elles vendraient pour pouvoir subvenir à leurs
besoins familiaux. Chez les haoussas, au contraire, le traducteur n’aurait peut-être
pas à recourir à la re-création, car les femmes haoussa colportent naturellement du
lait. Alors, une traduction comme :
« Mai madara da kaya nsa »
:
« La laitière et sa denrée » peut
aller. »
Dans chacun des cas la philosophie de ne pas trop se tracasser est
communiquée.
Le traducteur littéraire doit essentiellement avoir recours à la
créativité lorsqu’il existe de l’incongruité culturelle, pour mener à bien son travail.
Dans un conseil pareil portant sur la créativité, Ekundayo (1995 :7) observe que le
fleuve Niger peut remplacer bel et bien la Seine en France sans obscursir la
123
compréhension du message. La créativité est un atout précieux dans la main d’un
traducteur digne de son métier.
La traduction littéraire, par sa nature, combine les deux facteurs du fond et
de la forme, du sens et du style. Cela exige de la part du traducteur la capacité de
comprendre, d’analyser et de représenter l’équivalent du message dans la langue
source en la langue cible – une activité impliquant la ré-création. Dans la traduction
littéraire, le traducteur a le défi d’effectuer tous ces actes de ré-création, tant sur le
plan de sens que sur le plan de structure.
C’est cela qui fait de la traduction
littéraire un domaine spécialisé et spécifique, un terrain à piétiner avec prudence.
La littérature, il faut le répéter, est étroitement liée à la culture. La traduction
littéraire représentera, alors, une métamorphose culturelle. Le traducteur littéraire
est censé disposer d’une dextérité intellectuelle suivant les impératifs de sa culture
cible.
Au niveau avancé de son métier, le traducteur n’est ni borné par la
caractérisation, ni par la couleur locale, ni par l’intrigue, fut-elle aristotelique ou
medias rei.
La créativité dans la traduction littéraire peut mener à la
transformation ultime du texte. Cependant, Fortunato Israel (40) avertit qu’il ne faut
pas trop approprier le texte, qu’il ne doit pas « agir en demi-urge ». Fortunato (40)
ajoute que le traducteur bien averti se rend compte que le texte devant lui ne lui
appantient pas.
2.6
Les catégories de la traduction littéraire
On distingue trois catégories de la traduction littéraire correspondant aux trois
genres de la littérature. Elles sont ; la prose, la poésie et le théâtre.
124
La traduction de prose s’avére la plus populaire ici étant donné que plusieurs
textes ont été traduits surtout entre le français et l’anglais. Néanmoins, la traduction
de prose n’est pas aussi facile que l’on la conçoit.
Malgré les opérations
sémantiques et linguistiques, inhérants dans la traduction le traducteur littéraire doit
réfléter dans son produit final les ingrédients esthétiques inhérents dans la
littérature ; humeur, comparaison, métaphore, onomatopée, allitération, assonance,
litotes, cataphore, anaphores, etc.
2.6.1 La traduction de la poésie
Okeke a raisonné que :
The translation of poetry poses a lot of difficulties. These
difficulties are traceable to the difficulty of translating the
form; the rhythm, the metre, the tonality etc.
(238).
La traduction de la poèsie pose beaucoup de difficultés.
Ceci provient de la difficulté dans la traduction de la
forme, du rhytme, du mètre, de la tonalité etc.
(N.T.)
C’est un fait bien reconnu que dans la traduction poétique, le traducteur doit prendre
des libertés artistiques ou esthétiques pour arriver au texte cible. McGuire avertit à
temps que,
The translator has the right to differ organically, to be
independent, provided that independence is pursued for
125
the sake of the original in order to produce it as a living
work.
(20)
Le traducteur se réserve le droit de varier l’originalité
organique,
d’être
indépendante,
pourvu
que
l’indépendance soit poursuivie pour des fins d’originalité,
en vue de la reproduire comme une oeuvre vivante.
(N.T.).
Nous insisterons que ce sont ces traits de la poésie qui se regroupent pour rendre
son interprétation multidimensionnelle et variée, d’où cette notion de difficulté. C’est
cette disponibilité à l’interprétation multidimentsionnelle que Fortunato Israël (25)
identifie comme le « pouvoir d’équivocité »
On se demande parfois si le traducteur d’un poème n’est pas vraiment en
mesure de composer un poème entièrement différent dans sa forme et dans ses
figures de style. Le message peut toute fois rester le même alorsque les ingrédients
qui font le poème restent énormément disloqués. Voila la possibilité qui induit bien
des théoriciens de la traduction littéraire à raisonner que la meilleure et la plus fidèle
traduction de la poèsie est encore impossible.
Georges Mounin (1963) Ladmiral
(1970) affirment cette difficulté. La phonétique est une partie intéressante de la
poésie.
Il n’y a que le profane qui peut poser la question de savoir ce qui vient faire la
phonétique dans la poèsie. La phonétique constitue l’un des problèmes auxquels se
heurtent le traducteur de la poésie lors de son travail.
La vérité c’est que le
126
traducteur habile, qui connaît toutes les péripéties de son travail saura bien qu’une
telle étude ne sera jamais compléte si elle ne traite pas les problèmes d’ordre
phonétique qui peuvent le déséquillibrer dans son devoir. Le traducteur des textes
technoscientifiques et des textes pragmatiques, dits à vocation générale, peut ne
pas se soucier des effets sonores tels, les rimes, les allitérations, les assonances les
onomotopées etc. Voilà des considérations qui font de la poésie un domaine spécial.
Les figures d’expression ne corresponderont jamais.
La poésie est dans sa conception primordiale, composée, rédigée pour être
récitée ; là réside la specificiité de la poésie. Mais la grande question c’est : est il
possible de réfléter dans la traduction poétique les indices esthétiques de ce genre
littéraire.
Prenons, à titre d’exemple le poème intituté « Harmonie du Soir » de Charles
Beaudelaire.
Là, on verra jusqu’à quel point les sons sont importants et
significantifs :
Voici venir le temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir
Vaise mélancolique et langoureux vertige.
(88)
On note, ici, que la répétition du son consonantique /v/ en position initiale des
trois mots dans le premier vers n’est pas faite au hasard On se demande comment
un traducteur sera dans la mesure de retenir cette consonne fricative pour assurer
son effet sonore dans le vers.
Les rimes sont aussi un fait essentiel à considèrer. Il y a :
127
tige
-
a
encensoir
-
b
soir
-
b
vertige
-
a
C’est difficile, sinon impossible, de préserver ces effets sonores, lors de la traduction
de ce poème. Nous voulons seulement observer que, dans la traduction poétique, à
la différence des autres genres de la traduction littéraire, le message est important,
mais le style n’est jamais moins important.
Cette observation met le traducteur
poétique entre deux feux. Nous allons encore parler de l’effet sonore au fur et à
mesure.
Mais avant tout, essayons de traduire ce poème de Charles Baudelaire afin de
démontrer ce que nous voulons dire par extréme difficulté de correspondance.
The Evening Harmony
Now approaches the hour when vibrating on its stalk
Like an incense holder each flower evaporates.
Sounds mix in the eventide air with splendid aroma
A kind of melancholic melody and languorous vertigo.
(N.T.)
C’est possible de noter dans cette traduction les pertes des figures d’expression,
surtout les rimes, les rythmes, les elements de la scansion, la syllabisation, etc.
C’est cela qui fait du traducteur le créateur du deuxième texte.
128
2.6.2 La traduction du théâtre
La traduction du théâtre exige de la part du traducteur non seulement la
maîtrise du langage du domaine. Le traducteur doit par nécessite se familiariser, à
un degré assez haut, avec la culture linguistique et extralinguistique de l’audience
cible. Cela implique que le traducteur sera dans la mesure de connaître la
psychologie de son audience réceptrice, ses valeurs morales et ses cultures
générales. Les scènes, les personnages, les évènements, les thèmes, les allusions
culturelles sont sujets de mutations selon le besoin.
Susan Basnet-McGuire (1980) évoque la tournure créatrice adoptée par Tony
Harrison, dans sa traduction de Phèdre de Corneille. Tony Harrison traduisant pour
une audience indienne, publie en 1976 une version qu’il nomme Phèdre Britanica.
Sachant que le thème d’inceste, qui est capital dans le texte original n’aurait
pas d’impact sur une audience indienne, il décide de changer ce thème majeur. La
pomme de discorde devient, alors la lutte pour un terrain et le litige qui s’ensuit.
Pour les Indiens la terre est si rare que l’on est capable de tout faire pour réclamer
la sienne quand il y a désaccord. McGuire clarifie que :
In this translation Harrison has moved away from Greece,
from references to gods, fate, the Minotaur – from the
whole universe of myth out of which Phedre originated,
and has substituted colonial India.
(126).
Dans cette traduction Harrison s’est éloigné de la Grèce,
129
des références aux dieux au sort humain, au Minotaur –
de l’entier univers mythique d’où provient Phèdre, tout en
substituant l’Inde coloniale à sa place.
(N.T.).
Nous insistons que cette traduction par Tony Harrison représente en termes
clairs et lucides de la créativité, émanant d’une tournure d’esprit.
En somme, si l’on se donne la peine de discuter de cette manière la
traduction littéraire, c’est pour démontrer les complexités inhérentes dans
l’entreprise.
C’est une façon de dire que, loin de passer jugement sur notre
traducteur, Stuart Gilbert, nous le louons pour son audace dans la traduction de
L’Etranger
et
de La
Peste
d’Albert
Camus
comme
nous
allons
exposer
prochainement. Nous sommes d’accord avec la proposition de Simpson (:60) que la
critique doit faire un relevé des aspects négatifs et positifs de la traduction. Cette
démarche servira de moyen pour améliorer des éditions futures. La critique n’est pas
synonyme de la condamnation.
2.6.3 La traduction de la prose
La traduction des textes prosaïques a affaire avec la traduction des normes,
des narrations des anecdotes, des fables et des folklores, en somme des textes
autres que la poésie et le théâtre.
Delisle (1984) observe que comme le texte
poétique, la prose artistique cherche à mouvoir, à toucher, à exciter, à plaire, à
évoquer quelqu’un ou une audience-rédactrice ; plutôt que de communiquer.
L’écrivain fait un effort vers l’usage personnel de langage. Nous ajouterons ici que
les trois genres littéraires sont interlacés. Il est possible de trouver des traces de
rimes et des effets sonores dans la prose, introduits par un écrivain expérimenté.
130
Il est donc nécessaire que le traducteur s’apprête pour rencontrer des faits
poétiques et théâtraux dans un texte qui est censé être prosaïques, un texte
quelconque peut avoir affaire avec un cocktail d’autres genres. Alors, le traducteur
doit combiner son expertise dans la poésie avec son expertise dans la traduction de
la prose. Le traducteur est obligé d’avoir recours à la créativité, car une traduction
rigidement transparente peut ne pas être toujours possible. Nous voulons, par ceci,
réitérer que le traducteur littéraire doit être un homme ou une femme littéraire. Le
traducteur n’est pas obligé d’utiliser les mots exactes de l’auteur Nous avons d’ores
et déjà parlé de l’idéolecte de l’auteur et de l’idéolecté du traducteur. De l’autre
côté, le traducteur est libre de réarranger même les intrigues du texte de départ. Le
texte peut être progresive, alors que la traduction soit en intrigue medias rei. Un
exemple d’une prose en medias rei c’est Le Malaise de Chinua Achebe. Le roman a
commencé par l’intrigue au tribunal.
Là, le Président du tribunal a lamenté les
excuses constantes présentées par certains avocats sur le fait qu’ils ont eu une
panne de voiture, chemin faisant.
Cette épisode est censé venir vers la fin du roman ou du récit, car Obi
Okonkwo, le protagoniste, avait commis bien des fautes d’insubordination avant celle
de l’acceptation de pourboire pour laquelle il est au tribunal pour se défendre devant
ces accusations. Ce réarrangement c’est de la créativité.
2.6.3.1
Le traducteur littéraire et la littérature
Toute traduction littéraire reproduit en d’autre langue de la littérature. Alors,
le traducteur littéraire est sensé être à l’aise avec les termes litteraires.
Il sera
membre du domaine littéraire ou des lettres modernes, bien sûr. Car tout autre
131
aspect de la traduction peut s’aborder par une personne ordinaire qui a eu le temps
d’apprivoiser le texte pendant quelques espaces de temps. Au niveau international,
un
texte
à
interpréter/traduire
est
censé
arriver
dans
la
main
d’interpréter/traducteur une quinzaine de jours avant une conférence.
de
On
s’empresse à dire que ce délai est assez long, si les textes intéressés sont
technoscientifiques ou pragmatiques.
Un texte littéraire exigera au contraire un
traitement différent. Deux semaines de feuilletage ne sont pas assez longues pour
maîtriser les litanies de termes dans la littérature. Ce qui fait que nous insistions
que le traducteur littéraire doit être dans les lettres modernes.
Cet impératif
d’appartenance aux lettres modernes est important, si le produit final de la
traduction doit retenir ses ingrédients esthétiques ; humeur, langage figure,
assonance, allitération, anaphore et cataphore pour n’en mentionner que plusieurs.
2.6.3.2
La traduction littéraire et le pouvoir d’équivocité
La plupart des termes dans la littérature possède le pouvoir d’équivocité.
C’est-à-dire que les mots se prêtent à plusieurs interprétations sémantiques. Cela
renvoie à l’idée de connotation et de dénotation. Le sens dénotatif c’est le sens du
mot ainsi que le donne le dictionnaire, la valeur notionnelle du signe. On dirait le
sens potentiel du signe. Mais lorsque le signe est employé dans un contexte, il
acquiert une nouvelle charge sémantique qui vient surtout des réseaux de relations
qu’il établit avec les autres signes dans la phrase. C’est cette nouvelle valeur qui est
désignée du sens connotatif. C’est surtout à ce sens que le traducteur aura affaire
lors de son travail. Au risque de trop citer Fortunato Israël qui est devenu bien aimé
de nous, un point saute aux yeux sur cette notion de la traduction littéraire. D’après
lui :
132
L’approche littéraire donne volontiers l’avantage au sens
notionnel sur la forme – sonorité, allitération, rythmes –
forme qu’en raison de sa matérialité résiste même au
transfert.
(27).
Le traducteur littéraire qui dépend seulement des définitions données par des
dictionnaires arrivera à produire une traduction qui est tant loin de l’original que des
idées décodables. Les dictionnaires ont leur limite dans l’acte traduisaaant.
La question qui se pose alors c’est, comment peut-on transporter au fur et à
mesure les ingrédients inhérents de la littérature chemin faisant vers la nouvelle
culture linguistique ? Là réside, selon nous, le champ où le bon traducteur littéraire
démontrera son appel professionnel. Une métaphore peut ne pas se traduire en
métaphore dans la langue d’arrivée. Or, le traducteur artistique tentera d’enregistrer
une figure de style aux environs des figures d’expression pour démontrer une
dextérité linguistique dans la traduction.
Mais ce n’est pas obligatoire dans la
traduction de reproduire figure d’expression par figure d’expression.
Nous argumenterons davantage qu’il est bien facile de dire si oui ou non un
écrivain est membre des lettres modernes de par son style et son choix de mots. De
même un traducteur, d’où la notion de spécialisation dans un domaine de la
traduction. Ce point est digne de répétition, maintes fois. Un traducteur n’est pas
nécessaireent un passe partout linguistique ; il doit choisir un domaine spécifique.
Nous avons déjà cité Coindreau (120) à l’égard de l’importance de la
formation dans l’acte traduisant. Loin de vouloir contrarier ce traducteur renommé
dans sa position prise surtout sur le don naturel pour la traduction nous insisterons
133
que la formation est essentiel Coindreau (op. cit.) ajoute que le traducteur est
comme un singe. Il doit faire tous les grimaces. C’est la formation qui facilitera
cette simulation.
Sans essayer de contrarier Coindreau dans cette hypothèse de tournure
d’esprit, nous voulons citer J. C. Gémar qui opine que la formation est inévitable.
La première difficulté, sans doute une des plus grandes,
que le traducteur et le terminologue doivent affronter,
durant leurs années de formation comme dans l’exercice
de leur profession, leur est posée par la documentation.
(p.134)
Nous soutenons cette position prise par Gémar (op. cit.), que la formation est une
conditio sine qua non dans la traduction.
2.6.4 Le concept de fidélité
Malgré les effets néfastes de l’inhibition causées par la culture linguistique,
laquelle varie de langue en langue, le but final de toute traduction c’est la fidélité.
Comme nous l’avons expliquée tout à l’heure, la fidélité renvoie à l’exactitude dans la
traduction du message et du style en transition d’une langue donnée vers l’autre.
Pendant des années, la question de fidélité a généré beaucoup de controverse parmi
les traducteurs et les traductologues. Aujourd’hui, il semble n’y avoir pas encore un
consensus d’opinion sur la portée et l’étendue de la fidélité dans l’acte traduisant ; si
elle doit focaliser sur le message ou ne doit focaliser que sur le style (la structure, la
forme) portant le message. Doit-il y avoir de la fidélité du tout?
134
Dans la traduction littéraire, à vrai dire, la notion de fidélité exige que la prose
soit traduite en prose, la pièce théâtrale en théâtre et la poésie en poésie Ce n’est
pas a dire que la reformulation stylistique parmi ces trois genres littéraire est
interdite. Mais en pratique, de telle reformulation se fait à la rigueur.
Pour être franc, une poésie traduite en prose risquera de perdre la musicalité
inhérente dans les rimes et dans les rythmes.
Mais quelque soit le but de la
traduction, cette double prescription qui semble se contrarier laisse le traducteur
entre deux feux. Quelle direction prendre?
On préconise le fait que le traducteur doit nécessairement maîtriser non
seulement la grammaire de son texte source, il doit aussi être profondément éduqué
dans son texte cible. Aussi sera-t-il dans la mesure d’interpréter toutes les nuances
sémantiques de son texte de départ (Okeke, 238).
Dans les textes littéraires, il doit maîtriser les dénotations et les connotations
de tout énoncé, aussi bien qu’interpréter les ironies, les antithèses, les métaphores
les litotes et les autres expressions figurées. Cela explique pourquoi les gens disent
d’un traducteur, un Passe Partout. Le traducteur littéraire ne doit pas être ébahi par
les métonymies, les allitérations et les assonances, y compris d’autres effets sonores
présents dans les textes littéraires.
Préserver ces faits littéraires et linguistiques
c’est être fidèle.
La fidélité est un atout dans la main d’un traducteur expérimenté malgré les
tournures grammaticales du texte de départ.
Il est des fois où les propositions
principales changent de position dans la phrase. La fidélité implique la connaissance
absolue de la grammaire de chacune des deux langues en situation de contact. Le
traducteur doit savoir manier la grammaire dans le deux directions.
135
Tout ceci est pour prêter du poids au postulat de Susan Bassnet McGuire que.
The translator who makes no attempt to understand the
head of the translation process is like the driver of a Rolls
Royce who has no idea of what makes the car move.
(23).
Le traducteur qui ne fait aucun effort pour comprendre
les procédures de la traduction est comme le chauffeur
d’une Rolls Royce qui n’a aucune idée du fonctionnement
de la voiture.
(N.T.).
Or, ce postulat n’est jamais entièrement sans points faibles, car dans la poésie où la
fidélité structurelle est censée prédominer, Peter Newmark avertit (32) au préalable
qu’il est difficile de retenir les mêmes images entre la langue source et la langue
cible. Mais, selon Coindreau (120) « le traducteur est comme un singe. Il doit faire
les mêmes grimaces. » Comment marier ces vues variantes ?
Contribuant au débat Chima proclame sans mâcher les mots que :
Fidelity is easier to attain in the translation of
pragmatic rather than of literary texts.
(81).
La fidélité est plus facile à atteindre dans la traduction
des textes pragmatiques plus que dans les textes
littéraires.
(N.T.).
136
La question de fidélité provoque aujourd’hui des débats acharnés parmi les érudits.
Si la fidélité est la visée ultime des traducteurs, comment arriver à cette terre sainte?
Nous voulons mentionner Daniel Gile (1991) dans son postulat des quatre
directions de la fléche de la fidélité tout en promettant d’élaborer sur cela plus tard.
Nous préférons nommer ce postulat, celui de flèche à quatre points. Selon Gile le
concept de fidélité demande plus d’attention de la part des érudits qu’il ne reçoit
aujourd’hui. Les directions de la flèche de fidélité pointent à quatre directions, à
savoir :
-
vers le texte source
-
vers l’auteur
-
vers l’audience cible
-
vers le client
Si nous nous proposons de consacrer tant de temps et d’espace à la discussion de la
fidélité, c’est parce que ce concept constitue le pivot de tout acte traduisant, quelles
que soient les langues intéressées.
Cette information peut se représenter
schématiquement ainsi :
Author
SL reader
Translator
translation reader
Client
2.6.4.1
La Fidélité au texte de départ
La fidélité au contenu du texte de l’auteur du texte à traduire renvoie à
l’exactitude du message, concept qui contrarie la position prise de McGuire que la
traduction doit refléter les tournures grammaticales du texte y compris le message.
137
De telle position prise de McGuire (1980) est bidimensionnelle. Gile (1991) met en
relief la fidélité sémantique qui ne respecte que l’aspect du message dans la
traduction. Nous sommes d’accord avec Gile dans cette observation, étant donné
que la fidélité est plutôt fonction de similitude sémantique que de congruité
structurelle. Mais la question pertinente est jusqu’à quel point faut-il suivre les idées
et les notions contenues dans le texte du départ sans déséquilibrer l’effet culturel de
la société visée dans la traduction?
2.6.4.2
La fidélité à l’auteur
Gile, (1991) propose en suite la fidélité à l’auteur du texte. Le traducteur doit
avoir l’humilité et la sagesse de refléter l’opinion de l’auteur dans la traduction. A
cet égard, la question qui se pose c’est, le traducteur a-t-il le droit de remplacer les
expressions exactes de l’auteur du texte original ? A vrai dire plusieurs facteurs
entrent en jeu ici : le choix de mots, le registre du texte et l’idéolecte personnel de
l’auteur etc. L’auteur dispose de ses propres mots, lesquels ensembles, constituent
son idéolecte. Selon Chukwu :
L’écrivain du texte sur lequel travaille le traducteur a sa
façon à lui de manier la langue, ce qui ne veut pas dire
qu, elle ne conforme pas aux normes d’usage de sa
langue.
Il y a des mots qui reviennent souvent à sa
plume. C’est cela qui constitue son propre idéolecté.
(120).
Nous sommes de l’avis que le traducteur en tant que l’auteur du texte d’arrivée
détient le pouvoir de recourir à son propre idéolecte. Là réside le problème, car, un
138
lecteur ordinaire dira d’emblée, face aux changement expressifs que la congruité
manque entre l’original, et la traduction.
Un lecteur ordinaire lisant Le Monde
S’Effondre (1972) traduction de Things Fall Apart (1958) de Chinua Achebe, louera la
créativité et l’ingénuité d’Achebe sans considération aucune de Michel Ligny, le
créateur de la traduction. La recherche de la fidélité a induit bien des traducteurs
dans le transcodage, méthode de traduction condamnée pas Delisle (1984).
La
fidélité à l’auteur, nous oserons le dire, doit être dans le domaine sémantique. Elle
ne doit pas interrompre la liberté stylistique du traducteur, car le traducteur
représente le véritable créateur de la traduction ; les mots et les expressions lui
appartiennent. Il dispose d’un certain degré de flexibilité dans le maniement du
texte à traduire.
2.6.4.3
La fidélité à l’audience cible
Gile mentionne aussi la fidélité à l’audience lecteur. Cette notion tient que la
fidélité n’est jamais une simple affaire.
Dans la considération de l’audience
beaucoup de facteurs se présentent. Il arrive des fois où l’audience du texte original
n’est pas l’audience de la traduction. Là gît le climax de la confusion du traducteur.
L’implication c’est que les deux cultures, physique et intellectuelle sont censées
varier.
Reste alors au traducteur bien formé et bien expérimenté de marier
l’anthropologie de la culture ‘A’ à celle de la culture ‘B’, afin de provoquer la
naissance d’un enfant acceptable à la culture ‘B’, la culture réceptrice de la
traduction.
Dans un monde où les armes et les instruments de guerre règnent suprême le
traducteur est, par nécessité, très prudent dans ses choix de mots, pour ne pas
139
provoquer, à son insu, de la guerre ou de l’intolérance militaire.
aspect important digne de considération.
Voici un autre
C’est cela qui fait du traducteur un
diplomate. Considérons cet énoncé et sa traductions.
Anglais :
Yasser Arafat has finally died from wounds he received from
Israeli soldiers on the Gaza Strip.
Traduction:
En français non diplomatique:
(1)
Yasser Arafat est finalement mort, résultant des blessures infligées sur
lui par les soldats israéliens sur la bande de Gaza.
Traduction
En français diplomatique:
(2) Yasser Arafat est finalement mort suite aux blessures qu’il avait reçues sur
la bande de Gaza.
Nous notons que dans la deuxième traduction il y a la suppression des agents du
décès de Yasser Arafat. On ne peut pas prédire l’état d’âme des palestiniens en
lisant la première traduction. Mais la deuxième traduction, atténuée, calme l’esprit.
Nous insistons, alors, que digne de considération est l’audience – lecteur d’une
traduction, soutenant, ce disant le postulat de Daniel Gile (1991).
2.6.4.4
La fidélité au client
Parfois le client, c'est-à-dire l’individu ou le groupe d’individus qui
sponsorisent la traduction influence le traducteur en dictant le choix de mots pour le
travail. Le traducteur, étant un linguiste dans sa capacité saura bien atténuer les
énoncés, pour respecter la volonté du client. Il y a par exemple une différence
énorme entre ces deux phrases :
140
(a)
Jacques a volé la montre de Michel.
(b)
Jacques a pris furtivement la montre de Michel sans que le ci-dernier
ne le sache.
Un lecteur non linguiste prendra les deux phrases comme voulant dire la
même chose, alors qu’il y a une nuance de différence dans la deuxième phrase.
L’influence du client dans la traduction peut se voir dans cet extrait de l’introduction
de la Revised Standard Version de la bible catholique. Là, il est dit :
For four hundred years, following the great upheaval of
the Reformation, Catholics and Protestants have gone
their
separate
ways
and
suspected
each
other’s
translation of the Bible of having been in some way
manipulated in the interest of doctrinal presuppositions.
It must be admitted that these suspicions were not
always without foundations.
(Page V).
Pendant quatre cent ans, suivant le grand pertubation de
la Reformation, les catholiques et les Protestants ont
poursuivi leurs différents chemins, les uns, supsçonnant
la traduction biblique des autres comme étant en quelque
sorte manipulée pour des raisons de présomptions
doctrinales.
On doit avouer que ces suspicions ne sont pas sans
fondement
(N.T.).
141
Nous avons cité cette déclaration pour soutenir la position de Gile (op. cit.)
que le client, qui sponsorise la traduction détermine parfois la message à
communiquer aux lecteurs.
Le sujet de fidélité s’avère central dans toute discussion sur la traduction.
Alors que plusieurs traducteurs et plusieurs traductologues soulignent l’importance
de la fidélité dans l’acte traduisant, certains mettent en cause l’apport de telle
aventure. Daniel Gile (1991 :12) comme nous l’avons cité soutient la thèse sur la
fidélité tout en donnant, sous forme de flèche les plusieurs directions de la fidélité.
Selon cet érudit, nous l’avons dit, le traducteur doit viser quatre directions dans son
effort pour traduire fidèlement le message. Nous en avons donné des explications
détaillées dans ce chapitre. Cela résume la position prise de Gile sur la fidélité.
De sa part, et à la différence de Gile, Peter Newmark semble ignorer pourquoi
le traducteur se donnera la peine de rechercher la fidélité ou ce qu’il appelle la
précision. Dans ses propres mots:
One cannot expect a translation to be faithful or precise.
Faithful to who or to what …
Accuracy in translation
relates to meaning, and since meaning (like love) is a
network of many relations, indeterminate on
various
levels, pragmatic as well as cognitive, continuously
changing and so on, one is not going to catch it on one
wing and cage.
(18).
142
On ne peut pas espérer qu’une traduction soit fidèle ou
précise. Fidéle à qui ou à quoi ? La précision dans la
traduction relate au sens, et aussi longtemps que le sens
(tel l’amour) est fonction d’un réseau de plusieurs
facteurs imprécis à plusieurs niveaux, tant pragmatiques
que cognitifs, changeant sans cesse, etc, c’est difficile de
l’attraper sur une aile et de la mettre en cage.
(N.T.).
Dans la traduction littéraire aussi bien que dans la traduction pragmatique et
technique, la fidélité, selon nous, doit occuper une place de primauté.
On
s’empresse à dire que les lignes séparant les domaines de la traduction ; littéraire,
technoscientifique et pragmatique, sont trop étroites. Un texte littéraire peut alors
représenter un cocktail de domaines qui se regroupement en un ensemble.
Par
exemple, le traducteur de Madame Bavary de Flaubert travaille aussi, à son insu
peut–être, dans le domaine médicoscientifique. La fidélité n’a pas de borne, elle est
inévitable selon notre découverte.
beaucoup.
La fidélité, comme un concept, englobe
Nous voulons ajouter au postulat de Daniel Gile plusieurs facteurs
supplémentaires, dans l’ordre qui suit.
2.6.4.5
La fidélité et les clichés classiques
Il y a certaines expressions qui sont déjà démodées, mais qui restent, depuis
des années et depuis des décennies, inchangeables. Ces expressions sont les clichés
classiques. Les cliches linguistiques ont leurs propres traductions entre le français et
l’anglais. Ces traductions sont considérées classiques, et dans le cas du français,
143
elles ont duré des décennies sans succomber aux effets de changements dans le
temps, et d’espace.
Prenons pour exemples les parties de la lettre formelle française dont les
formules de clôture restent toujours les mêmes pendant des décennies. Considérons
les formules suivantes
(i)
Sentiments distingués.
(ii)
Veuillez croire, cher Monsieur le Directeur, à l’expression de mes
sentiments distingués.
(iii)
Je vous prie de croire, chère Madame, à l’expression de mes
sentiments les plus respectueux.
Tous ces clichés traduisent : « Yours faithfully » de l’anglais. Le traducteur ne
doit pas se donner la peine de traduire les expressions. Il suffit de mettre en place
les clichés déjà connus.
Nous voulons dire par ceci, que lorsqu’une expression dispose de sa propre
traduction vers ces deux directions – anglais/français, le traducteur n’a qu’à relever
la traduction déjà faite, au lieu de se donner la peiné de cherche à la traduire. La
liste de ces clichés est encore longue.
2.6.4.6
La fidélité et les allusions
Bien des fois l’écrivain d’un texte littéraire cite directement ou indirectement
des autres œuvres littéraires aussi bien que la bible. Au cours de la traduction, ce
n’est pas au traducteur de chercher à créer des équivalents. Il n’a qu’à enlever, au
cas de l’allusion biblique, surtout, le contenu (mot à mot) du verset cité, même si la
traduction lui semble fautive.
144
A cet égard, nous voulons mentionner à titre d’exemple, certains tableaux
disponibles dans les lieux publics, contenant des inscriptions anglaises avec leurs
traductions en français. Un tableau particulier nous vient à l’esprit.
Ce tableau
contient un portrait d’une maison à deux étages. A la base du tableau est écrit en
Anglais :
With God all things are possible :
(Matt.19:26)
Le dessinateur de cette belle maison a, lui-même, traduit cette expression, ou, peutêtre a-t-il rencontré un professeur de français, qui n’est pas évidemment dans la
traductologie pour lui donner l’équivalent de ce dicton biblique. Le résultat est cette
rendition transcodée :
Avec Dieu tout est possible
(Matt.19 :26)
Grammaticalement, c’est du bon français, impeccablement fidéle.
Mais, si le
traducteur avait feuilleté la bible française, il aurait trouvé la traduction déjà faite de
ce verset:
A Dieu, rien d’impossible
(Matt. 19 :26)
La panacée de la traduction des citations bibliques réside dans l’enlèvement en bloc
des citations et des expressions. Là termine la liberté créatrice du traducteur.
2.6.4.7
La fidélité et l’orthographie
Le traducteur doit faire attention à l’orthographie vis-à-vis de l’espace
géographique, surtout lorsqu’il travaille vers l’anglais.
Nous reconnaissons,
145
cependant l’existence en toute langue d’un aspect standardisé. Mais, en anglais, il
semble y avoir deux standards : le standard britannique et le standard américain. Le
standard américain est déjà reconnu dans le monde entier, si bien que même dans
les dictionnaires typiquement anglais, il existe des mots à côté desquels on écrit
(AME) American English.
Cette situation crée déjà un problème de la nature
orthographique
traducteur.
pour
le
Il
est
donc
dans
l’obligation
de
considérer l’audience réceptrice de son produit final.
Un traducteur qui traduit un texte destiné aux américains sera obligé de
recourir à l’anglais américain, tant sur le plan orthographique que sémantique.
Peut-être, ce problème que nous venons d’esquiser se présente-t-il dans une
dimension encore plus problèmatique en anglais. Le problème d’American English
aujourd’hui peut poser d’inombrables problèmes au traducteur dans la performance
de son travail, comme, d’ailleurs tous ceux qui travaillent dans la langue anglaise.
La présence de deux variétés de l’anglais en Angleterre et en Amérique qui se
distinguent non seulement du point de vue du lexique mais aussi des points de vue
phonologique et grammatical, tend à suggérer qu’il y a une mesure de bilinguisme à
l’intérieur de l’anglais pour bien s’en servir.
Il existe, biensur, de nombreuses tentatives de la part des soi=disant
gardiens de la purité de la langue anglaise pour mettre au terme cette avalanche
d’américanisation, de l’anglais sans réussite aucune.
C’est un fait universel que
l’Amérique possède de la puissance technologique, économique et littéraire, ce qui a
valu pour les Etats-Unis beaucoup de respect et d’influence de sorte que le monde
tout entier est en pleine américanisation et les puristes de la langue anglaise ne
peuvent rien contre l’American English.
146
Un traducteur qui n’est pas saisi par le courant de la pureté de la langue
anglaise n’a qu’à chercher à se retirer de ce problème. Même en France aujourd’hui,
il y a une tentative dans toutes les différentes régions de révaloriser leurs différents
dialectes.
Mais entre le français et l’anglais il y a également le phènomène de
syncrétisme que l’on constate récemment et qui est mieux connu dans les milieux
linguistiques comme franglais (en français) et Frenglish (en anglais). Ce phénomène
a affaire à la « corruption » de la langue par l’emploi des mots étrangers même là où
des équivalents existent.
La solution de ce problème n’est que la consistance
linguistique.
Lorsque le traducteur traduit pour l’audience américaine, il est censé écrire
dans l’orthographie de l’anglais américain comme les suivants :
Mots français
::
à traduire
Orthographe
::
anglaise
Orthographe
américaine
i. couleur
:
colour
:
color
ii. candeur
:
candour
:
candor
iii. faveur
:
favour
:
favor
iv. flaveur
:
flavour
:
flavor
v. honneur
:
honour
:
honor
vi. ordinateur
:
computer
:
computer
vii. programme
:
programme
:
program
viii. organisation
:
Organization
:
organisation
Même au niveau teminologique, des variations existent, ce qui rendra la
fidélité absolue, difficile.
Un traducteur qui traduit du français vers l’anglais doit
147
choisir entre deux termes alternatifs, compte tenu de son public visé. Ceci peut se
demontrer de manière plus détaillée comme suit:
Terme
Anglais
Anglais
Français
britannique
américain
i.
augmentation de salaire
: wage increase
:
salary increase
ii.
cheminot
:
railway worker
:
railroader
iii.
projet
:
programme
:
project
iv.
favorable
:
favourable
:
promotive
v.
proposant
:
proposer
:
proponent
vi.
intimider
:
to frighten
:
to psyche
vii.
fabricant
:
manufacturer
:
fabricant
La fidélité dans ce cas est vue par rapport a l’audience visée dans la traduction, ce
qui rend l’hypothèse de la fidélité une notion encore floue et liée à plusieurs
facteurs.
2.6.4.8 La fidélité et les jeux de mots
Un écrivain expérimenté surtout celui qui spécialise dans les lettres modernes,
démontre une dextérité intellectuelle en injectant dans ses expressions figurées,
métaphores, comparaisons, métonymies, allitérations, assonances, litotes, etc.
Certins écrivains jouent avec les mots pour démontrer appartenance dans le
domaine des lettres modernes. Ces jeux de mots peuvent figurer sous forme de
sons particuliers, consonnes ou voyelles. Cela peut aussi être un jeu des mots qui
s’opposent les uns aux autres sémantiquement. C’est cette dextérité, peut-être, qui
148
distingue un écrivain, spécialiste dans les lettres modernes, de celu qui ne fait que
resquiller dans le domaine littéraire.
Nous sommes loin d’insinuer, il faut l’avouer, que les écrivais qui n’ont pas
spécialisé dans les lettres modernes écrivent mal. Au contraire, la rédaction est un
art qui vient de la nature, un attribut hérité plutôt qu’acquis.
Certains écrivains
renommés dans la sousrégion ouest-africaine n’ont pas spécialisé dans les lettres
modernes. Quelques exemples incluent; Birago Diop (médecin vétérinaire) Sembène
Ousmane (autodidacte), Cyprian Ekwensi (pharmacien) etc. La liste est longue.
Mais, une étude de leurs œuvres côte à côte avec celles des écrivains dans le
domaine de lettres modernes démontrerea un différence stylistique remarquable.
Les œuvres de Chinua Achebe contiennent toujours un surplus d’humour. Les
œuvres
de Tony Ubesie, l’écrivain prolifique igbo contiennent aussi un surplus
d’humeur sous forme de proverbes. Dans son Ukpana Okpoko Buuru il commence le
récit avec un proverbe humoristique :
Ikwiikwighi nyuru ahu si umunna ya kweere ya egwu. Ha
asi ya : mba, anaghi ekwere ihe ojoo egwu.
(1)
Ayant pété, l’hibou a demandé à ses parents de l’applaudir.
Ils ont dit que non. On ne chante pas une abomination.
(N.T.).
A en revenir à notre sujet, au cas où le traducteur rencontre un semblable
élan de jeux linguistique comment le reflèter fidèlement? Comment préserver, au
moins la squelette sémantique de ce maniement intellectuel, bien que les unités
lexicales puissent varier. A titre d’exemple, nous voulons démontrer ceci avec un
149
passage dans The Anthills of the Savanna (1988) de Chinua Achebe traduit par
Etienne Galle comme Les Termitières de la Savane (1990). Galle a démontré une
maïtrise de la dextérité linguistique exhibée dans la traduction des jeux de mots.
Cet acte singulier lui donne, à notre très humble avis, un crédit au dessus de Michel
Ligny le traducteur de Things Fall Apart (1958) du même auteur.
Galle a su
remanier un particulier jeu de mots exhibé par Achebe. Le passage en question et
sa traduction suivent :
Yes Sir, once more
may I, on behalf of my
::
Oui Monsieur le Président. Puis-je
une fois encore, au nom de mes
colleagues and myself give
collégues et de moi – même, vous
you, I mean Your Excellency,
présenter, je veux dire, à Votre
our undeserved, I mean
unreserved apology.
(TAOS P. 19)
Excellence, nos excuses imméritées.
Je veux dire illimitées.
(LTS P. 24)
Achebe a joué avec les deux mots rimés (undeserved, unreserved). Fidèle à cette
créativité linguistique, Galle a reflété la même expertise et la même fluidité en
traduisant ces deux unités lexicales fidèlement comme : imméritées, illimitées,
retenant les rimes etc.
Il existe des fois où le traducteur devient, malgré lui, mathématicien. Le
concept de fidélité englobe beaucoup de facteurs. Il y a le côté sémantique et le
côté graphologique. Nous voulons insinuer par ceci que la fidélité dans la traduction
n’est jamais un jeu d’enfant. Au contraire, c’est un concept à prendre au sérieux.
Le traducteur tachera toujours d’équlibrer les exigences de la fidélité et celles de la
créativité pour mener à bien son travail ; car les deux concepts semblent des
150
jumeaux identiques, mais de caractères variants. La fidélité renvoie à l’esclavae de
la traduction alors que la crétivité renvoie à la liberté de la traduction. Dans le
chapitre cinq, qui suit, nous nous proposons de discuter de manière concise l’effet
de la linguistique sur la traduction, étant donné que la traduction est une partie
intégrante de la linguistique.
2.7
La traduction et la linguistique
Au cours des années il y a eu un débat parmi les érudits si la traduction sera
honnêtement appelée une partie de la linguistique. Ce débat s’ensuit parce que
certains linguistes bien renommés, dans leurs ouvrages, consciemment ou
inconsciemment refusent de mentionner la traduction dans leurs travaux.
2.7.1
Le débat
La traduction
est
invariablement
une
partie intégrante de l'activité
linguistique. Iheanacho (:71) observe que « personne n'a parlé ni écrit sur la
traduction sans mentionner que la traduction a affaire avec, ou constitue une
branche de la linguistique». Jakobson (1959) a consacré une partie de son ouvrage
à discuter les procèdes pour interpréter un signe linguistique.
Georges Mounin
discute longuement la relation entre la linguistique et la traduction. Bouton aussi,
dans son ouvrage La Linguistique Appliquée inclut la traduction comme une partie de
la linguistique. Notre visée, dans ce chapitre, est de démontrer que la linguistique et
la traduction sont interlacées.
Et l'on ne peut pas réaliser cet objectif sans
mentionner Catford qui dit de la traduction une opération portée sur la langue, la
substitution d'un texte dans une langue avec un texte dans une autre langue.
151
Ayant établi que la linguistique gouverne l'acte traduisant, il est, peut-être
nécessaire de revisiter l'opinion de E. Nida au sujet de deux langues en situation de
contact, en traduction. Nous avons observé que Léderer (:338) citant E. Nida (1964)
tient que « chaque langue est unique et qu’aucune langue ne serait forcée de suivre
les impératifs linguistiques de l’autre. » Nida ajoute un deuxième aspect, celui de la
refonte du message, (voulait-il dire les structures ?).
Nous oserons contrarier Nida sur la question de refondre le message.
En
traduction, on ne croit pas que le message soit déformé dans des circonstances
normales. Le traducteur ne fait qu'extraire le sens de la langue source. Puis, il
reformule la phraséologie pour s'accorder à la grammaire de la langue cible, sans
toucher au message (Gile,:12). Toujours sur deux langues différentes en situation
de contact, nous avons dors et déjà cité McGuire (:12) « qu’aucune deux langues ne
peuvent représenter les mêmes réalités sociales. »
La forme, la phraséologie, les tournures grammaticales peuvent subir des
mutations, et non le message. Le message dans la traduction est un constant. En
cela consiste la fidélité. La grammaire doit obéir aux impératifs de la grammaire de
la langue d’arrivée, pour éviter la tentation de la programmation linéaire. Car, la
programmation linéaire ne peut pas s'appeler la traduction stricto sensu.
2.7.2 La traduction et la ponctuation
Les marques de ponctuation et d’autres faits linguistiques sont capables de
promouvoir ou inhiber la bonne traduction. Les virgules, par exemples, constituent
un problème primordial aux traducteurs, surtout à ceux qui n’ont pas pour ainsi dire,
eu de bain linguistique qu’exige le métier de traduction. Nous mettons l’accent sur
152
la bonne connaissance grammaticale comme un atout inéluctable à tout traducteur
digne de ce métier.
A titre d’exemple, prenons la promesse faite pas le Seigneur Jésus Christ à
l’un des deux criminels crucifiés côte à côte avec lui, lorsqu’il était sur la croix du
Calvaire.
L’un des criminels donna un défi à Jésus en lui chargeant de descendre de la
croix, si vraiment il était le véritable fils de Dieu.
Mais, l’autre gronda son
homologue en lui disant de cesser d’insulter cet homme innocent. (Luc.23 :43)
En réponse à cette déclaration de compliments, Jésus fit une promesse de
salut au second criminel.
Différentes bibles chrétiennes ont traduit cette promesse de l’écriture
originale grecque, de différentes manières.
La place de la virgule, (,) comme
marque de ponctuation introduit une différence remarquable au sens de la promesse
et soulève encore des questions, théologiques difficiles à répondre.
i.
La Revised Standard Version, Edition Catholique écrit :
Truly, I say to you, today you will be with me in Paradise
(En vérite, je vous le dit, aujourd’hui vous serez avec moi
au paradis)
ii.
New World Translation of the Holy Scriptures, bible des Témoins de
Jéhovah prétendant d’avoir traduit à partir de la version grecque
traduit la promesse comme:
Truly I tell you today, you will be with me in
paradise. (En vérité, je vous le dit aujourd’hui,
vous serez avec moi au Paradis.)
153
La position de la virgule en (i) et la position de la virgule dans la deuxième
traduction (ii) rendent les deux messages très différents.
Cela suscite la question qui agite l’esprit de tout chrétien raisonnable. Jésus
Christ, est-il allé au paradis le même jour de sa mort?
Une étude de la version latine des Symboles des Apôtres (the Apostles Creed)
nous aidera pour résoudre cette ambiguïté
.. passus et sopultus est. Et
:: … mort et enseveli, il ressurera le
ressurexit in tertie die, secundum
troisième jour
selon
les
saintes
scripturas. Et ascendit in caelum.
écritures.
Sedet ad dexteram patri.
s’installa à la main droite du Père.
Et il monta au ciel,
L’importance de cette analyse plutôt classique n’est que pour prouver que
Jésus Christ n’est pas allé directement au Paradis (au ciel) le même jour de sa mort.
Ce qui, semble contredire la version catholique de la traduction de ‘la sainte
promesse’.
A vrai dire la promesse est faite aujourd’hui (today), mais le voyage se ferait
prochainement.
2.7.3 D’autres exemples de problèmes d’origine ponctuationnelle
Dans les deux phrases suivantes, le placement de la virgule suscite une
enfourchure de sens.
i.
Take us to the land, lord.
ii.
Take us to the land lord.
La présence et l’absence de la virgule dans les phrases (i) et (ii)
respectivement, introduisent une différence sémantique.
154
Notre question c’est ; au cas où l’auteur du texte original met la virgule ou par
extension, une marque de ponctuation quelle conque à un endroit où le traducteur,
en rédacteur en chef du texte, la considère inappropriée, ce traducteur, détient-il le
droit de guider son audience vers le vrai sens en transférant la virgule à sa place
appropriée. Notre réponse sera dans l’affirmative, puisque l’importance primordiale
de toute traduction c’est la facilitation de la compréhension en désambiguïsant toute
obscurité. Considérons ces autres exemples :
i.
J’ai vu enfin le médecin malade et confié au lit.
Cette phrase est évidemment ambiguë.
Comment la traduire fidèlement ?
Nous fournissons deux traductions possibles.
(a)
Sick and bedridden as I was, I finally saw the medical doctor.
(b)
I finally saw the medical doctor who himself was sick and
bedridden.
Il faut une virgule pour désambiguiser la phrase, ainsi : (i) J’ai vu le médecin,
malade et confié au lit.
Considérons aussi :
(c)
Paul, l’apôtre de Jésus Christ nous écrit.
Analyse.
Cette phrase est disponible à deux interprétations.
i.
« Paul » peut être considéré comme un cas vocatif, une interpellation
d’une personne qui constituera l’audience immédiate.
ii.
Le mot (nom) Paul, peut être considéré comme une unité lexicale, le
sujet de la phrase avec « l’apôtre de Jésus Christ » comme co-sujet de
155
la même phrase, en apposition. Une virgule, mise après le mot Christ,
fera la magie de désambiguïser la phrase ambiguë. A titre d’exemple :
Paul, l’apôtre de Jésus Christ, nous écrit.
Nous voulons insinuer par ceci que la tâche du traducteur va plus loin que le
transfert du message du texte. Sa tâche inclut la rédaction du nouveau texte pour
éviter tout cas d’ambiguïté.
Pour réaliser cette tâche, il doit se méfier de la
linguistique du texte de départ.
2.7.4 Le cas d'ambiguïtés
Nous avons dit tout à l'heure que la traduction littéraire possède la qualité
d'équivocité (voir Fortunato Israël, 1990). Bien des fois beaucoup de traducteurs ne
mènent pas à bien cette notion d'équivocité. Certains se basent sur cette théorie
pour rendre des expressions de manière à confondre la compréhension, de manière
floue et ambiguë, en un mot. Au niveau lexical, certains mots ont une multiplicité de
synonymes.
Le travail du traducteur tourne autour du pivot de choisir parmi
plusieurs alternatifs, l'unité lexicale qui comble le meilleur la lacune contextuelle.
Cela expliquera peut-être pourquoi bien des traductologues sont de l'avis que le
dictionnaire bilingue n'est pas suffisant comme outil de la traduction inter
linguistique.
Au-delà du dictionnaire, le contexte immédiat déterminera mieux le
sens. Ann Beyland-Ozeroff (106) donne les différentes traduction du mot français
promenade:
en bateau
a sail
en voiture
a drive
en forêt
a ramble
156
à pied
a walk
à cheval
a ride
(Ann Beyland-Ozeroff :106)
L'ambiguïté est un problème majeur chez tout traducteur.
Le manque de
clarté, les ambiguïtés des textes sont souvent évoquées pour affirmer les difficultés,
voire les impossibilités dans la traduction. Nous distinguons ici deux genres
d'ambiguïté. D'abord il y a, l'ambiguïté introduite exprès par l'auteur. Le traducteur,
nous constatons, est dans l'obligation de refléter cette technique de narration: Car,
l'ambiguïté représente un style chez l’écrivain expérimenté.
La deuxième cas
d'ambiguïté c'est l'ambiguïté introduite par le traducteur soit par mégarde soit par ce
que certains mots ou certaines expressions ou certaines tournures grammaticales lui
sont floues ou incompréhensibles. Un exemple du premier cas d'ambiguïté se trouve
dans la sainte bible. Dans le Psaume 23 verset 1, David déclare: L'Eternel est mon
berger …
L'ambiguïté dans cette déclaration réside dans le fait que le mot berger est
prône à deux interprétations:
(a)
Mon berger: Celui qui garde, à mon instance, mon troupeau à une
rémunération fixe.
(b)
Mon berger: Celui qui me protége comme un berger protège son troupeau.
Les traducteurs de la bible anglaise retiennent les mêmes ambiguïtés en disant, The
Lord is my shepherd …
"My shepherd" dans cette traduction est aussi ouverte à deux interprétation comme
le texte française.
157
Mais dans un effort pour enlever la soi-disant tache d'ambiguïté, les
traducteurs igbo du Nigeria disent plutôt:
Jehova bụ onye na-azụ m
dịka atụrụ
::
Le seigneur est celui qui
me nourrit tel un agneau.
Les critiques de cette rendition ne voient pas comment l'Eternel nourrira l'homme, le
chef de sa création, comme un animal, un herbivore; qui est parfois abandonné dans
la foret, à la merci des forces de la nature - la pluie et le soleil, l'harmattan et la
chaleur. Chez les Ibo, l'agneau, animal stupide n'est jamais bien soigné. Dans le
cas de l’ambiguïté introduite au hasard, le traducteur n'est pas censé retenir ces
ambiguïtés.
Pour démontrer encore la diversité de l’ambiguïté dans la traduction, Danica
Seleskovich et Marianne Lederer (:250) empruntant un exemple à un article du
Scientific American (ed. September, 1984) clarifient qu’il existe des énoncés ambigus
que le traducteur doit, de tout abord, désambiguïser pour en rendre le vrai sens.
L’un de ces exemples suit :
«The chickens are ready to eat», qui peut signifier en
français:
(i)
Les poulets sont prêts à manger et
(ii)
Les poulets sont prêts pour être mangés.
Ceci compte parmi les ambiguïtés introduites inconsciemment par l’auteur. Reste au
(Seleskovitch et Lederer, 250) traducteur de lire entre les lignes pour pouvoir
déchiffrer le vouloir dire de l’auteur. Ceci mènera aussi au phénomène du contexte
immédiat. La recherche du vouloir dire de l’auteur, bien des fois, mène le traducteur
jusqu à la fin du chapitre où se trouve le reste de cette déclaration. Cela explique
158
pourquoi il est dangereux de commencer son travail sans tout d’abord, lire le texte
entier de la première page jusqu’à la dernière page. Seleskovich et al ajoute plus
tard que :
Le problème de l’ambiguïté qui a dominé pendant des
années les études linguistiques, doit son importance aux
recherches sur la traduction automatique. Rappelons que
celle-ci est tout d’abord née des efforts faits aux EtatsUnis pour déchiffrer les codes ennemis pendant la
deuxième guerre mondiale.
(250)
L’ambiguïté est un phénomène primaire contre la fidélité de traduction. Elle peut
être introduite posément par un écrivain comme un aspect du style. Certains cas
d’ambiguïté ne sont pas, cependant, introduits inconsciemment par l’auteur. La
tâche devant le traducteur reste, alors, de différencier entre l’ambiguïté exprès et
l’ambiguïté que l’écrivain introduit à son insu.
Il lui faut, à tout prix inventer ou créer des mots (même s'ils ne sont pas dans
le texte original) pour enlever toute possibilité d'ambiguïté introduite au hasard par
l'auteur. Nous allons démontrer cela dans la partie analytique de cette thèse. Car,
là réside le problème intellectuel du traducteur, distinguer entre l'ambiguïté
introduite au hasard et celle introduite exprès.
2.7.5 Le français et l’anglais en situation de contact
Suivant l’hypothèse de Susan Basnet-McGuire (1980), il est évident que
beaucoup de différences linguistiques et culturelles empêcheront le passage du
159
message entre le français et l’anglais. Malgré le fait que les deux langues sont des
langues européennes, tout un monde de différences existe entre elles.
De premier abord, le français fait partie des langues latines de l’Europe, avec
l’espagnol, l’Italien et le portugais comme d’autres membres. L’anglais, de sa part
est censé appartenir au groupe indo-européen des langues européennes. En fait,
l’anglais c’est la langue de Angles de l’ancienne conglomération populaire de Justes,
Saxon, et Angles. Les français ont donc raison de nommer England l’Angleterre (la
terre des Angles). Si l’on se donne la peine de faire cette analyse ce n’est que pour
montrer que le français et l’anglais ne possèdent rien en commun, surtout
géographiquement.
Peter Newmark ne considère que la distanciation géographique quand il dit
que :
The more remote the source language in time and space
the more difficult and more inaccurate the translation.
(164)
La plus éloignée la langue source en temps et en espace,
le plus difficile et plus imprécise la traduction.
(N.T.).
Nous croyons avoir fait cette observation déjà. L’expérience nous montre que
cette observation par Newmark est déjà démodée. Premièrement, malgré le fait que
la France et l’Angleterre sont des pays limitrophes, la traduction entre leurs langues
devient de plus en plus complexe. Deuxièmement, la question de distance ne se
160
pose plus. Car certains Africains parlent les langues européennes beaucoup plus
correctement que les sujets parlants autochtones de ces langues.
2.7.5.1
Le traducteur et la langue cible
Le traducteur s'efforcera de rédiger selon les régles linguistiques de la langue
d'arrivée. Bien des fois, on voit les traducteurs en train de refléter les génies de la
langue de départ dans le texte d'arrivée. Tel semble étre le cas de James Kirkup
dans sa traduction de L'Enfant Noir (1953) de Camara Laye.
L'agencement
phrastique de la traduction à notre avis, semble suive la phraséologie du texte
original.
Le résultat serait un récit en anglais trop difficile pour l'enfant moyen
anglophone.
Ce roman qui est recommandé aux élèves de troisième année de
l'école secondaire au Nigéria, est plutôt difficile.
En parlant de cette inadéquation traductionnelle, on se rappellera ce que dit
Nida (1984) de la nécessité de respecter la forme structurelle de la langue d'arrivée.
2.7.5.2
Les structures
C'était Tesnière qui postule que:
Traduire en Français de l'anglais c'est copier au crayon
gris une figure en couleur.
(28).
Cela résume l'acte traduisant. Nous ajouterons que même traduire du français vers
l'anglais c'est aussi copier au crayon gris, non aiguisé, une figure en couleur. Nous
voulons par ceci démontrer un degré plus haut de difficulté. Les traducteurs que
nous avons eu l'occasion d'étudier, ont essayé de surmonter l'embarras de la
161
structure. La littéralité dans la traduction littéraire n'est pas parfois la meilleure. Le
traducteur littéraire se trouve alors entre deux feux.
Notre recherche révèle que le traducteur dont les travaux nous étudions,
Stuart Gilbert, à la différence de James Kirkup, a trop changé les structures dans
The Outsider (voir Analyse structurelle de L’Etranger). Le processus de reformuler la
phrase est cependant permis dans la traduction. La phrase qui commence par des
locutions et des propositions subordonnées avant la proposition principale, peut être
reformulée. Et dans la reformulation les subordonnées peuvent, en tant que des
éléments movibles, occuper la partie finale de la phrase. Mais combiner deux ou
trois phrases en une seule phrase c'est agir de trop à notre très humble avis. Nous
allons discuter, en forme minutieuse, ces problèmes de la traduction selon nous, que
nous allons souligner dans The Outsider. La forme est d'une importance énorme
dans la traduction littéraire.
Nous sommes loin de mettre en cause le fait que le traducteur est un
créateur. Mais, trop changer le style du texte c'est trop approprier le texte (voir
Fortunato Israël (1990). L'auteur, bien sur possède son corpus de vocabulaire, que
l'on appelle l'idiolecte, le traducteur aussi. Ces différents idiolectes ne doivent en
aucun cas obscurcir ce que Basnet-McGuire appelle le noyeau invariable (the
invariable core) de la phrase.
Nous sommes loin d'insister sur la nécessité de la part du traducteur de
traduire de façon à refléter le choix de mots de l'auteur. Mais le traducteur doit
s'efforcer de rétablir l'équilibre structurel qu'il a bousculé lorsqu'il faisait son travail,
sous forme de compensation. Le traducteur détient le droit d’ajouter des
unités lexicales, par-ci par-là pour faire sortir le sens.
162
2.7.5.3
L'organisation du texte
La rédaction est comme une maison.
Les différentes étapes de la
construction d'une maison sont très importantes. Le processus se fait bloc par bloc
jusqu'à ce que l'on arrive à tout. On expliquera cette observation, en détail plus
tard. Les paragraphes représentent les blocs utilisés dans la construction d’un texte.
Ces blocs linguistiques doivent être arrangés suivant un ordre specifique.
2.7.5.4
La mise en paragraphe
Comme nous avons expliqué en haut la division la plus importante au sein
d’un thème ou d’une composition, (dans ce cas au sein d’un roman) c’est le
paragraphe.
La connaissance de l’organisation d’un bon paragraphe et de sa
construction est indispensable au traducteur, s’il a l’intention de faire en sorte que
son produit soit claire et comprehensible. Il existe, cependant différentes sorte de
paragraphes :
expositoire,
narrative,
descriptive
etc
chacun
possèdant
ses
caractéristiques. Dans les œuvres d’Albert Camus, les paragraphes sont presque
tous expositoires. Nous voulons discuter le paragraphe à partir de trois rubriques :
la longueur, le développement et la fonction.
2.7.5.4.1
La longueur
C’est nécessaire de se rappeler que le paragraphe est essentiellement une
forme de ponctuation dans le sens majeur. A vrai dire, le terme « paragraphe » vient
du mot grec « para », ce qui veut dire « à côté de » et « graphes » voulant dire
« l’écriture ». Donc, paragraphe, veut dire « à côté de l’écriture ». C’est le sens
primordial du paragraphe.
Aujourd’hui, la première ligne d’un paragraphe
163
commence sur une nouvelle ligne.
Conventionnellement la dernière ligne du
paragraphe n’atteint pas la fin de la ligne.
2.7.5.4.2
Le développement
Puisque le paragraphe vise à élaborer sur une idée, il y a des principes
structuraux a appliquer. La plupart des paragraphes expositoires représentent des
compositions en forme abrégée et les mêmes principes les régissent dans l’entier
ouvrage. En fait, si l’on est capable de rédiger un paragraphe expositoire effectif,
l’on sera capable d’accomplir effectivement toutes écritures. Selon Harris W. Wilson
et al ;
The three most important principles of good paragraphs
are unity, adherence and completeness.
(207).
Les
trois
principes
les
plus
importants
de
bons
paragraphes sont : l’unité, l’adhérnce et l’état de complet.
(N.T.)
Les trois principes les plus importants pour de bons paragraphes comptent : l’unité,
la coherence et l’achèvement. Si l’on consacre du temps et de l’espace dans cette
thèse pour discuter le paragraphe dans l’écriture d’art, c’est pour démontrer
l’importance de ce segment de tout ouvrage.
On doit assurer l’unité de ses
paragraphes, s’assurant que le paragraphe expositoire contienne des phrases guides
ou qu’une phrase guide soit, au moins, notée. La méthode plus convenable pour un
écrivain très expérimenté c’est de placer la phrase topicale au début du paragraphe.
A vrai dire, bien des écrivains des compositions expositoires placent instinctivement
164
la phrase topicale au commencement du paragraphe. L’idée majeure est censée
s’exprimer dans la première phrase.
Il y a danger dans l’inclusion dans le premier paragraphe plus qu’une idée
majeure topique. En pratique, de tel manque d’unité est presque toujours issu de la
déclaration inappropriée de l’idée majeure.
Albert Camus a bien organisé ses
paragraphes, équilibre que notre traducteur a, bien des fois, bousculé. Nous allons
les discuter prochainement.
2.7.5.4.3 La cohérence
Le mot « cohérence » implique l’idée de tenir ensemble, et cette unité dans
l’écriture provient de l’organisation effective d’un morceau d’écriture. Un paragraphe
cohérent est celui dans lequel l’idée majeure est clairement énoncée et dont
l’approche de l’auteur à cette idée–là est vivement élaborée. Voici notre opinion sur
le paragraphe.
Nous avons exprimé l’idée de H. Wilson et al (op. cit.) sur les principes d’un
bon paragraphe. Peut-être faut-il donner la définition du paragraphe par ces deux
érudits bien que ce soit déjà tardif. Selon eux:
The paragraph is a semantic unit in a piece of writing.
(Wilson: 221)
Le paragraphe est une unité de sens dans un morceau
d’écriture.
(N.T.).
165
Le traducteur, selon nous, est censé être à l’aise avec toutes les péripéties et
tous les faits sousentendus du paragraphe. Car, ce n’est pas pour rien que l’auteur
du texte original a entamé sa méthode choisie de mise en paragraphe.
D’autres documents de références ont des choses à dire sur le paragraphe.
Par exemple,
The New Lexicon -Websters Dictionary of English Language définit le
"paragraphe" dans ces mots:
a distinct unit of writing (usually containing more than
one sentence but shorter than a chapter).
(727)
une unite distincte d’écriture (contenant normalement
plus d’une phrase, mais étant, cependant, plus courte
qu’un chapitre.)
(N.T.).
L'unité distincte de l'écriture en ce sens est censée se composer des idées distinctes.
Si le traducteur passe assez long temps à comprendre et à analyser le texte qu'il est
appelé à traduire, c'est pour pouvoir ensuite rendre le message dans texte original
en langue d'arrivée. C'est à ce stade que le transfert est fait. Le traducteur essaie
d'éviter du transcodage (Delisle, 1984:60).
Cette prise de conscience contre le
transcodage mène bien des traducteurs à ne suivre ni la phraséologie ni les
paragraphes de l'auteur du texte original, ce qui n'est pas en tout cas rentable.
Notre traducteur dans cette recherche a désorganisé les paragraphes du texte de
départ dans la traduction. Même si l’on cherche à tout prix à éviter la servitude de
166
suivre chaque phrase jusqu’ au bout, l’on doit se rendre compte que chaque
paragraphe représente une unité sémantique.
On s’attendait à ce que le traducteur puisse respecter les organisations
paragraphiques de l'auteur du texte original. Puisque chaque paragraphe constitue
une communauté sémantique, une unité de sens, il faudrait alors garder ces
distinctions organisationnelles de l’auteur du texte original. Cette désorganisation a
bousculé, pour ainsi dire, en plusieurs lieux, l'équilibre paragraphique de l'original.
Ceci represente notre très humble aavis. Il se peut que le traducteur ne trouve pas
la nécessité de suivre l’agencement paragraphique de l’auteur. Là, il aura raison, car
le traducteur c’est vraiment l’auteur du deuxième texte. Mais, dans la traduction
littéraire, chaque ségment phrastique porte en lui, une charge sémantique, pour
quelle raison, il faut se méfier.
2.7.5.4.4
Les effets sonores
Les genres de la littérature sont étroitement interlacés, structurellement
parlant,.
Les structures de la poésie sont en quelque sorte grammaticalement
organisées.
De même façon les phrases dans une pièce théâtrale, aux temps
modernes reflètent des agencements phrastiques prosaïques. Il existe dans la prose
des embellissements poétiques dans certaines phrases.
Cette flexibilité nous fait
croire qu'il est facile de découvrir un écrivain doué par sa flexibilité linguistique, et
par son usage des figures de style.
En disant cela, nous prenons toujours en
considération la difficulté, voire l'impossibilité de refléter toutes les nuances
poétiques dans un morceau de poésie, dans la traduction.
167
Catford (1965) évoque la notion d'intraduisibilité, notion renforcée par
Marianne Lederer (:75) où elle parle de "les mots non transcodables dits
intraduisibles".
Le long de ce chapitre nous faisons un effort pour discuter les problèmes
linguistiques de la traduction surtout en traduction littéraire. Nous ajouterons aussi
que même dans un texte prosaïque, des effets poétiques se présentent parfois. Ces
effets sont, dans la plupart des cas, perdus dans la traduction.
Un auteur peut
démontrer sa compétence poétique même dans un texte de prose. Il n'existe pas
une loi linguistique contre cette démonstration de versatilité. La rédaction est une
œuvre d’art, et l’art constitue un cocktail, un amalgame de styles.
2.7.5.5
Les mots exacts des personnages dans la traduction
Jusqu’ici nous n'avons pas pu mettre la main sur un document où est
recommendée la suppression des mots exacts de surtout le personnage principal.
Au contraire nous attachons une importance à la retention surtout des mots du
protagoniste. Là où l'auteur passe la parole à un personnage, il faudrait que le
traducteur respecte ce recours au discours direct.
Dans le cas de Meursault,
presque tout individu qui a eu le temps de lire entre les lignes de L'Etranger, sait que
ce personnage est taciturne.
Transformer les discours descriptifs de Camus sur
Meursault en discours directes prononcées par Meursault c'est accuser Meursault de
trop parler, contrariant, ce faisant, la notion générale des érudits sur ce
protagoniste: comme étant taciturne. Camus n'a pas mâché les mots en déclarant
Meursault "le Christ que nous méritons" (L’ Etranger Edition Menthuen p.2)
on
ajoutera ici que tel son "homologue" Jésus (notez la nature bi syllabique des deux
168
noms) il épargne les mots. Devant Ponte Pilate, en face même de la mort, Jésus
Christ refuse de bouger, de sa position taciturne. Ecoutez – le!
Ponce Pilate: "Etes - vous le roi des juifs?"
Jésus:
"C'est vous qui l'avez dit". (Luc. Ch. 23 vst 4). Cette taciturnité
est un trait que Camus a soigneusement inculqué dans son héros. Transformer cet
héros camusien en un homme bavard, c’est créer un personnage autre que
Meursault dans L’Etranger. Voici un « péché » majeur commis par Stuart Gilbert
dans ses efforts traducteurs.
La traduction est une partie intégrante de la linguistique. Le traducteur doit
alors se méfier de tout aspect de la linguistique pour mener à bien son travail. Il
faut respecter la grammaire de la langue d’arrivée.
La mise en paragraphe par
l’auteur du texte original est aussi à respecter. Deux types d’ambiguité peuvent
exister dans un texte. Reste au traducteur de distinguer entre les cas d’ambiguité
exprès et les cas d’ambiguités introduites au hasard.
Si dans la traduction grosso modo, la linguistique s’avère primordiale, elle en
est d’autant plus dans la traduction littéraire. Car, la littérature, quelle que soit la
langue de son expression, s’ecrit en mots. Toutes les tournures grammaticales de
l’auteur détiennent des valeurs sémantiques interprétables. Ce n’est pas pour rien
que l’auteur répète un phonème particulier dans une énonciation. Ce n’est pas en
vain qu’il recourt aux phrases simples, et puis aux phrases complexes et puis encore
aux phrases composées.
Un tradujcteur méritant son nom doit sousentendre le
secrét de cette hiérarchisation qui n’est pour rien.
Quant aux effets sonores :
allitération, assonances, onomatopée, le bon traducteur littéraire est censé faire un
effort pour préserver le message dans ces atouts linguistiques.
169
2.8
La traduction des concepts a base de culture
C’est un fait clair et lucide que la traduction n’est pas entièrement une
entreprise textuelle.
Nous avons expliqué ceci dans la partie théorique de cette
thèse. Il y a aussi l’aspect anthropologique qui prend charge de l’effet géographique
et historique de l’acte traduisant. Somme toute, la traduction est sans doute une
partie integrante de la linguistique. Nous croyons avoir cité Ihenacho qui postule
que :
It would not be an overstatement to say that nobody has
said or written about translation without stating, overtly
or covertly, that it is related to or that it is a branch of
linguistics.
(71).
Ce ne serait pas une exagération si l’on dit que personne
n’a parle ni écrit sur la traduction sans déclarer,
ouvertement ou couvertement, qu’elle relate à ou qu’elle
constitue une branche de la linguistique.
(N.T.).
Ce postulat, parait-il, est une répétition de la position prise de Catford (1965) que la
traduction est impossisble sans une correspondance formelle (phonologiquement
morphologiquement et structurellement). Même ceux qui tiennent que dans l’acte
traduisant le message doit être accordé primauté, opèrent dans le domaine
linguistique (Flammand, 1963, Mounin, 1963, Newmark, 1976). Dans ce chapitre
170
nous nous permettons de concentrer sur les données culturelles capables d’inhiber la
fluidité de la traduction interlinguistique.
2.8.1 Les faits culturels qui inhibent la fluidité traductionnelle
En langage ordinaire, les concepts à base de culture, selon nous, sont
plusieurs et divers. Ce sont les réalités liées à l’anthropologie d’une communauté
linguistique. Toute autre personne en dehors de ce cercle trouvera les mots, ces
expressions et ces idées difficiles à déchiffrer. Un traducteur béat, entreprendra une
traduction mot à mot des signes linguistiques, et cela aboutira à un abracadabra
sémantique, produisant une suite de mots français qui ne feront pas de sens en
français, ou une gamme de lexies anglaises qui ne feront pas de sens en langue
anglaise.
Nous comptons parmi ces faits culturels ; les proverbes, les métaphores, les
idiotismes, y compris les allusions historiques et classisques. Prenons les un a un.
2.8.2 Creativite et les Proverbes
Plusieurs documents de référence définissent le mot « proverbe » de
plusieurs manières.
Webster’s Lexicon Dictionary of English Language voit le
proverbe comme:
Brief familiar maxim of folk wisdom, usually compressed
in form, often involving a bold image and frequently a
jingle that catches the memory.
(804).
171
Bref
et
familier maxime
de la
sagesse ancienne
usuellement raccourci en forme, bien des fois il contient
une image conspicueuse et une sonorité qui fait appel au
mémoir.
(N.T.).
Il est possible d’inférer, à partir de cette définition, que le proverbe est lié à la
sagesse. Dans certaines ethnies en Afrique, la sagesse d’un homme est jugée par sa
capacité d’injecter, à propos, des proverbes dans ses discours. Cela explique peutêtre pourquoi Chinua Achebe (1958: 13) déclare que chez les Igbo, «les proverbes
sont l’huile le palme qui fait passer les mots». De sa part Micro Robert dit du mot
proverbe :
vérité d’expérience, ou conseil de sagesse pratique
commun à tout un groupe social, exprimée en une forme
généralement imagée.
(867).
La synthèse de ces deux définitions indique que le proverbe est l’indice de la
sagesse. On tient à ajouter, suite à notre théorie sur l’écologie immédiate (la flore
et la faune, l’histoire et la géographie du peuple) que les symboles utilisés pour dire
les proverbes varient de communauté en communauté, même si l’effet contextuel
soit le même.
Entre
le
français
et
l’anglais,
la
variation
dans
les
arrière-plans
anthropolinguistiques se voit dans les changements des symboles dans les proverbes
portant sur les mêmes contextes sémantiques.
Quelques exemples incluent :
172
i)
Rien ne sert à courir ;
::
il faut partir à temps,
Slow and steady
win the race.
Il y a de laaa créativité dans la traduction de ce prouverbe. Le proverbe n’a pas
besoin de transcodage. Une translittération nous donnera:
« There is no point making haste; better leave in time”. Bien que le message soit
transmis, en bon anglais, il y a déjà un proverbe équivalent qui remplit la même
fonction sémantique et contextuelle.
La créativité dans cette traduction est
primordiale en ce sens que voici un proverbe déjà existant en culture anglaise. On
ne peut pas transcoder dans cette traduction. Mais somme toute, il s’aagit de la
créativité primordiale faite par la tradition existante.
ii)
C’est en forgeant que
::
Practice makes perfect
l’on devient forgeron
iii)
Il pleut à verse
::
It is raining cats and dogs
Nous nous permettons d’observer que la traduction des proverbes, comme
celle d’autres concepts à base de culture, exige toujours un changement du point de
vue, ce que l’on appelle tout banalement la modulation. Nous voulons par extension
nommer ce processus un changement de symboles, car là où le texte original parle
de fogeron (ii) la traduction parle de perfect.
S’il était difficile d’établir un parallèlisme linguistique en traduisant les
proverbes à travers des langues européenes partageant les mêmes frontières
géographiques, (comme dans les cas en haut), il serait encore plus difficile à les
trduire entre la langue anglaise et une langue africaine. Quelques exemples entre
l’anglais et l’igbo du Nigéria du Sud, par exemple comptent :
173
i)
a stitch in time
::
saves nine.
E mee ngwa ngwa
e meghara ọdachi.
(Agir vite c’est éviter des obstacles)
ii)
Forewarned is
::
is forearmed.
Agha a gbara ama anaghi
eri
ngwụrọ.
préalablement
(Une
annoncée
guerre
n’a
pas
toujours des morts.)
Explication de l’expression igbo en (ii):
Lorsque l’éclatement d’une guerre s’annonce en avance, les invalides sont
évacués ; c’est difficile, alors, d’avoir des morts.
iii)
Everything is good at its
::
Ukwa ruo oge ya ọ daa
time (Oxford Dictionary of
(T. Ubesie, 1975).
English Proverbs (:232)
(lorsque le fruit est
mur il tombe)
Cette traduction est créative, en ce sens que les symboles sont recréés.
iv)
A man’s house is his castle.
:: Okuko ogbenye bu ehi ya.
(La poule d’un homme pauvre
représente sa vache).
Nous trouvons dans ces proverbes et dans leurs traductions une mutation
symbolique engendrée par une différence dans leurs arrière-plans culturels. Même
entre entre la langue anglaise et la langue haoussa, il y a toujours les changements
de symboles. Quelques exemples comptent :
174
Anglais
i. One should save against
::
Haoussa
::
Ana wanke tukunya don gobe.
a rainy day
(La marmite est lavée pour
demain).
ii. Everything depends on luck.
::
Orobo kwado ba hawo sama.
(Ce qui est pour le crapaud
be grimpe pas en haut).
Comme nous l’avons expliqué dès le début, ces mutations symboliques sont plus
prononcées dans les cas de langues sans affinité culturelle.
2.8.3 Le cas des langues d’affinité linguistique
Lorsque la traduction se fait entre les langue de même arrière-plan culturel, il
n ‘ y a pas toujours besoin pour la mutation des symboles. Un exemple concret c’est
le cas de l’allemand et de l’anglais où les mêmes référents sont utilisés dans les deux
langues pour dire des proverbes, comme dans le tableau suivant, (Carl Sylvo Köbler,
1967).
En Allemand
En Anglais
Das Ei ist früler als die Henne
The egg is older than the hen
:
Wer frosch War ist Jetzi König
Once a frog, now a king.
:
Ein Fisch taugt wenn en nicht Frischt When
ist:
the
hibernate
pond
is
dry,
fishes
175
Nicht Einmal eine Fliege
There is no meat in the fly
:
Das Chamelion ardeist plotzlisch
The chamelion suddenly changes
Seine Farbe
colour
:
Nous voulons par ceci renforcer notre postulat sur l’affinité linguistique des
langues humaines. Nous croyons avoir expliqué d’ores et déjà que l’allemand et
l’anglais appartiennent au même groupe linguistique précisement au groupe indosaxone des langues européenes (Maduka-Durunze 1998).
2.8.4 Les métaphores
Comme nous l’avons dit, les métaphores comptent parmi les concepts à base
de culture. Collins English Dictionary définit le mot métaphore comme:
a figure of speech in which a word or phrase is applied to
an object that it does not really denote in order to imply
a resemblance.
(1704)
une figure de style dans laquelle un mot ou une phrase
s’applique à un objet qu’il ne dénote pas normalement,
en vue d’impliquer une ressemblance.
(N.T.).
L’évocation de la dénotation dans cette définition suscite indirectement la
notion de connotation. La dénotation renvoie au sens réel de l’énoncé alors que la
176
connotation relate au sens apparent d’un énoncé.
Dans la métaphore, il y a
l’existence de dénotation et de connotation.
La métaphore est, dans d’autres termes, une comparaison abrégée. Au lieu
dire qu’une chose ou une situation est comme une autre chose ou comme une autre
situation, on dit que la première chose est une autre chose. En cela consiste la
métaphore.
Entre les langues d’affinité culturelle, les métaphores peuvent utiliser les
mêmes signifiants, mais entre les langues sans affinité socioculturelle, les signifiants
changent selon la culture cible. Nous avons observé dors et déjà que le français et
l’anglais diffèrent dans leurs arrière-plans culturels, et alors utilisent différents
symboles pour exprimer les mêmes notions.
A titre d’exemple, nous avons, entre le français et l’anglais les cas suivants.
Notion
i.
Métaphore française
Equivalent anglais
Un sou
a brass farthing
la moindre
somme
d’argent
ii.
un obstacle
:
une pierre d’achoppement a stumbling block
:
iii.
la cause d’un
problème
La pomme de discorde
the bone of contention
:
La liste est longue, liste des métaphores traduisibles par les métaphores
équivalentes dans la culture réceptrice.
A vrai dire les métaphores en transition
177
entre le français et l’anglais ne peuvent être traduites que par des métaphores. Il
est bien sur des cas où les métaphores, et par extension toutes expressions à base
de cuture, sont traduites par l’usage du langage ordinaire.
Quelle que soit la
situation, il doit y avoir de la mutation symbolique.
2.8.5 Le cas d’idiotismes
Larousse illustré (:106) définit « idiotisme » comme :
expression ou construction particulière à une langue
donnée et qu’on ne peut pas traduire littéralement.
(Larousse : 106).
Cette définition correspond à ce que dit Oxford Advanced Learner’s Dictionary (:293)
au sujet d’idiotisme.
Selon ce docoument de référence idiom (anglais pour
idiotisme) est définit comme :
A group of words whose meaning is different from the
meaning of the individual words.
Un groupe de mots dont le sens et différent des sens des
mots individuels, quand isolés.
Nous aimerions signaler que dans l’idiotisme les mots pris en isolement ne
peuvent pas donner la véritable signification d’une expression donnée. Cela mène
au phénomène de sens réel et de sens apparent, comme nous allons de montrer
plus tard.
Au cours des années, surtout en Afrique, on a mécompris l’idiotisme pour le
proverbe.
Alors que le poverbe encapsule la sagesse traditionelle chez nous
178
(pourquoi pas ailleurs?) l’idiotisme est constitué des mots familiers; dont l’association
syntagmatique ne peut pas donner le sens réel de l’expression résultante.
Le
proverbe est toujours une expression complète. Là réside la différence.
Quelques exemples d’idiotismes français et de leurs traductions anglaises
incluent :
i.
prendre fin
::
to come to an end
ii.
faire la grasse matinées
::
to wake up late in the morning
iii.
donner sur la rue
::
(se dit d’une chambre)
to face the street.
iv.
faire un faux pas
::
to make a silly mistake
v.
faire les cent pas
::
to take a stroll
vi.
avoir un tête-à-tête
::
to have a heart-to-heart talk
vii.
prendre la tête
::
to take the lead
viii.
prendre la fuite
::
to take to one’s heels
ix.
graisser les paumes
::
to give bribe
x.
prendre haleine
::
to have rest
Dans toutes les expressions en haut, les mots joints syntagmatiquement
donneraient un sens autre que l’information voulue. Une interprétation mot à mot
de chaque expression ménera au faux sens. Les mots en association ne peuvent
pas donner le sens réel de la phrase ideomatique.
179
2.8.6 Un point commun
Dans la traduction des trois concepts traités dans cette thèse : proverbes,
métaphores, idiotismes, il semble y avoir un principe qui régit.
Nous voulons
représenter cette information sous forme de schéma graphique :
A
Culture A
B
E
F
Culture B
D
C
2.8.6.1
Interprétation
AB représente la ligne transportant une information culturelle de la culture (A)
à travers la ligne EF, laquelle représente une frontière interculturelle, vers la culture
(B).
La ligne pointillée représente la ligne de sens apparent, alors que la ligne
déviée représente la ligne du vrai sens.
Ce que cela veut dire c’est que toute information, ou tout concept, à base de
culture pénétrant une culture sans affinité anthropoligique, doit éprouver une
renaissance linguistique.
Une interprétation verbum proverbo donnera de
l’information fautive représentée par la ligne pointillée.
Bref, dans la traduction des faits linguistiques ayant à faire avec des cultures
physiques et intellectuelles, il y a un constant, en ce sens qu’elles disposent de deux
180
faces : face apparente et face réelle. Pouvons-nous, pour mieux éclaircir ce point,
concevoir un autre schéma :
sens apparent
Concept
sens réel
La ligne pointillée mène au sens apparent.
2.8.7 Les écrivains africains et les concepts anthropologiques
Peut–être, faut il mentionner que plusieurs écrivains de l’Afrique noire –
Chinua Achebe, John Munonye, Ferdinand Oyono, Sembène Ousmane - bien des
fois, transcodent les proverbes et les métaphores traditionnelles africaines en anglais
et en français. Les traducteurs de leurs ouvrages suivent le même chemin. On
s’empresse de alerter que ces translittérations des concepts culturels africains ont
d’autres traductions acceptables, à notre très humble avis.
Considérant le proverbe igbo transcodé par John Munonye on trouvera l’effed
de cette observation.
When an old woman trips over and falls the second time,
you can enumerate what she carries in the basket on her
head.
(139)
181
Lorsqu’une vieille femme perd de l’équilibre et tombe
pour la deuxiéme fois, l’on pourrait compter ce qu’elle a
dans le panier sur la tête
(N.T.)
Comment reprocher à un enfant anglais de pleurer de pitié pour une vieille
femme épileptique qui tombe le long de la rue ? Même l’idée d’une vieille femme
portant un fardeau sur la tête semblera invraisemblable dans la culture anglaise. De
telle femme serait gardée dans les confins de l’asile.
Le proverbe anglais qui existe déjà, capable de remplir la même fonction
contextuelle sera :
Once beaten twice shy.
(Jenifer Seidol,:124)
Même la déclaration proverbiale de Chinua Achebe (1958) que :
« When one says yes, his chi says yes »
traduit par Michel Ligny comme: « si l’on dit oui, son chi dira oui »
peut confortablement être rendue en anglais comme
Will is way,
ou, vouloir c’est pouvoir en français.
Ceci fait encore appel à la question de
l’audience visée dans toute traduction.
Nous nous empressons à dire que toute
traduction de la culture africaine en langue anglaise vise le ressortissant anglais, de
même toute traduction en français qui doit viser le ressortissant français. C’est à
dire que toutes les métaphores, tous les proverbes et tous les idiotismes sont censés
182
se rhabiller dans la tradition et dans la vision du monde de la culture visée. Voici
notre idée à nous, qui reste à être confirmée par des experts.
2.8.8 Le cas des allusions historiques
Il y a dans chaque civilisation des faits historiques, des expériences (surtout
néfastes) qu’a éprouvées la masse publique dans une période donnée.
De ces
expériences historiques surtout certains mots et certaines expressions entrent sans
effort dans le vocabulaire de la langue immédiate. Ainsi, nous avons dans le
vocabulaire anglais les mots comme :
(a)
Waterloo
(b)
Sharpevilled (Senanu and Vincent, 1970)
Quelques exemples incluent :
(i)
Waterloo
The thieves met their
::
Les voleurs ont trouvé la mort
Waterloo last Tuesday.
inéspérée mardi dernier.
La tendance naturelle c’est d’être confus devant ce mot étrange au vrai
ressortissant anglais. Sauf celui qui a lu l’histoire de Napoléon Bonaparte de France
sera en mesure de reconnaître ce mot historique. Napoléon a rencontré la defaite
inespérée à un endroit nommé Waterloo.
(ii)
Sharpevilled
Ce mot se trouve dans le poème de Dennis Brutus entitulé « The Sun on this
Rubble » Sharpeville est une allusion historique, dénotant le massacre des
enfants de l’Afrique du sud en 1960, par les gendarmes blancs, dans la cité de
Sharpville.
183
(iii)
Solomon (métaphore anglaise connotant la sagesse de haut degré)
Nous entendons toujours dire en anglais une expression comme : He is the
Solomon of this village. Ceci représente une allusion religieuse tirée de la
sainte bible (voir 1er Roi 10 :23).
référence au village Solomon.
Des phrases abondent en anglais avec
Que fera le traducteur ?
Traduire cette
expression comme le Salmon du village ? Est-ce que cela se dit en français ?
L’homme sage du village traduira d’emblée l’expression.
(iv)
Shylock/Shylockry
Exemple : Mbarka is just a Shylock in Le Mandat by Sembene Ousmane.
What he is practising in Dakar is sheer Shylockry.
De semblables expressions
abondent en anglais, constituant des allusions littéraires à la personnalité
exploitatrice de Shylock, le marchand juif.
A vrai dire, les concepts à base de culture constituent dans l’acte traduisant
une difficulté énorme.
Le traducteur se trouve dans une situation précaire qui
demande qu’il interprète ces expressions en vue d’extraire leur signification en
langage ordinaire.
A vrai dire un traducteur digne de son nom doit être,
littéralement une encyclopédie itinérante. (voir 2 :7 :2 :4)
Dans les cas des
allusions, historiques et littéraires, il n’a qu’à recourir au processus d’extraction
caracterielle, ou la méthode que Danica Seleschovitch (1994) nomme la méthode
interprétative de traduction..
2.9
La question terminologique dans la traduction
Une définition de la terminologie du point de vue étymologique débutera par
les deux morphèmes constituant le mot. Le premier c'est le mot "terme" ce qui
184
relate ou nom donné à une chose, à une place ou à une situation. Le deuxième
morphème "logos" provient du grec et désigne "étude" Une combinaison des deux
morphèmes nous donne le mot "terminologie" - "étude des termes".
Autrefois on disait nomenclature, mais aujourd'hui dans la traduction on parle
des termes, et de la terminologie, au lieu de faire référence aux noms et à la
nomenclature. Si nous avons décidé de consacrer tout un chapitre à la terminologie,
au lieu de la traiter sous la rubrique « Linguistique » c’est pour montrer son
importance dans l’acte traduisant.
2.9.1 Le début du terme
Allen Ray dans son ouvrage Terminologie: Noms et Notions explique que:
Terminologie apparaît en allemand sous la plume d'un
professeur à Halle Jena, Christian Gottfried Schitz (1747 1832) Peu après en anglais, terminology concurrence
nomenclature. C'est aussi en 1801 que terminologie est
répété en français, mais dans un sens polémique (abus
de termes incompréhensibles).
(87).
Dans cette thèse, surtout dans ce chapitre ce qui nous intéresse le plus c'est cette
dernière question d'abus des termes incompréhensibles. Un terme que le traducteur
ne saisit pas bien est capable de gâter toute une idée exprimée dans un texte. Une
faute trop grave que peut faire, alors, un traducteur littéraire c'est de présumer que
puisqu'il s'agit d'un texte littéraire, tout ce qui importe c'est la littérature.
Un
185
traducteur bien expérimenté doit tout d'abord aborder la recherche terminologique,
avant d'entamer son travail.
Il est nécessaire d’alerter à ce stade que les dictionnaire ne seront pas assez
dans cette besogne : les journaux, les revues etc. pourraient en être plus utiles. Il
existe des termes qui ne sont pas nécessairement dans les dictionnaires ordinaires.
2.9.2 Qu’est qu’un terme ?
Plusieurs chercheurs n’ont pas saisi le vrai sens du mot terme. Nous avons
essayé quelques définitions du mot en haut. Il suffira d’expliquer que ce n’est pas
tout mot qui constitue un terme.
Nous avons dit qu’autre fois, on disait
nomenclature ce qui ne renvoie qu’à la forme classe nominale (nomen : (latin) pour
nom). Mais de nos jours, ce qui est en vogue c’est la terminologie, la différence
étant que le terme englobe toutes les partie du discours : nom, pronom, verbe,
adverbe, adjectif, préposition, conjonction et interjection. Il faut avertir d’emblée
que ce qui constitue un terme dans une culture linguistique peut ne pas être un
terme dans une autre. Néanmoins, avec la gamme de documents de référence
disponibles dans les bibliothèques, il est conseillé à tout traducteur de vérifier la
vraie signification de chaque terme. Le problème que l’on peut noter c’est que les
dictionnaires et les encyclopédies ne peuvent, hélas, pas être très utiles dans cette
entreprise. Un terme est un mot ou une expression dont le sens ne peut pas être
compris littéralement, sellon nous. Nous voulons, à litre d’exemple, démontrer ce
que c’est qu’un terme.
i.
Mots composants
Terme en combinaison
Commentaire
arc + ciel
arc – en – ciel
Terme
186
géographie
ii.
iii.
Poison + avril
Poisson d’avril
Terme social
Mardit gras
Mardi gras
Terme religieux
Pomme + Adam
Pomme d’Adam
Terme
d’anatomie
iv.
Moyen + age
Moyen Age
Terme historique
v.
Woman + labour
Woman in labour
Terme médical
Dans tous ces termes en haut, ce n’est jamais facile d’en dégager la
signification par l’association des mots composants. Cela explique pourquoi il est dit
parmi les terminologues que ce n’est pas tout mot qui constitue un terme. Tout au
contraire, chaque terme se compose des mots. En cela consiste le paradoxe de la
terminologie.
2.9.3 La fiche terminologique
Le traducteur est encouragé de garder une fiche terminologique, c'est-à-dire
une combinaison des nouveaux terme qu’il rencontre au fur et à mesure. Ecrivant
sur la nécessité d’une fiche terminologique Anyaehie(:7) donne une liste des
manières de réaliser cet objectif rentable comme :
-
la collection des termes
-
l’analyse des termes
-
la présentation des termes.
Nous ajouterons à ceci l’emmagasinage de ces termes. C’est dans l’effort
pour emmagasiner ces termes que se voit l’importance de la fiche terminologique.
Une fiche terminologique typique est censée être composée des données suivantes.
187
0.
Domaine
1.
Entrée (en langue source)
2.
Catégorie grammaticale
3.
Possible variantes (orthographique, abréviation)
4.
Définition du terme
5.
Traduction
6.
Synonyme/Antonyme
7.
D’autres informations importantes.
On espère que chaque traducteur garde pour lui-même une fiche terminologique, ou
une repère des termes.
Il arrive des fois où le traducteur littéraire au cours de son
travail trouve des termes techniques et médicaux très difficiles à déchiffrer.
Par
exemple, dans Madame Bovary de Gustave Flaubert, il y a le terme « Cataplasme »
(p.212). Nous voulons préparer, comme démonstration, une fiche terminologique
utilisant ce terme :
0.
Domaine
:
médecine
1.
Entrée
:
cataplasme
2.
Catégorie grammaticale:
Nom
3.
Possible variante
:
_______
4.
Définition
:
Bouillie médicinale que l’on
Applique entre deux linges sur
Une partie du corps.
5.
Traduction
:
poultice:
A soft substance spread on a cloth,
sometimes heated, and put on the
188
skin to reduce pain and swelling.
6.
Synonyme
:
7.
D’autres informations
Antonyme
__________
__________
A partir de cette présentation, il est possible de voir que la définition anglaise
diffère énormément de la définition française. Cela implique que la définition d’un
terme ne doit pas nécessairement venir d’un dictionnaire.
Pour récupérer la définition exacte d’un terme, il est conseillé que le
traducteur cherche un corpus où le terme apparaîtra naturellement dans un contexte
(des journaux, des revues etc.). Il arrive des fois où un écrivain/contributeur d’un
article donne d’emblée la définition d’un terme au fur et à mesure. C’est une telle
définition qui est la plus convenable dans la recherche terminologique.
Dans notre présente recherche, nous cherchons à établir une méthode pour
déchiffrer les noms donnés aux réalités médicales, surtout dans la fiche
terminologique. Il s’agira en termes simples, de traduire les faits médicaux entre
l’anglais et le français et vice versa.
Entre le français et l’anglais, le problème de niveaux de développement ne se
pose pas, puisque les deux pays comptent parmi les pays avancés d’Europe. Ce
n’est pas à insinuer que les problèmes terminologiques n’arriveront pas. Toujours
entre le fraçais et l’anglais, il est parfois des situations où le traducteur bien formé se
trouve dans l’obligation de traduire un seul mot par toute une phrase, par toute une
locution et parfois par une paraphrase.
Voilà, bref, les contraintes que nous envisageons dans l’analyse de nos textes
choisis pour cette recherche. Les thérapies médicales sont les mêmes dans toutes
les parties du monde développé. La vérité reste, quand même, que les différences
189
linguistiques introduiront plusieurs phonèmes supplémentaires pour confondre un
traducteur non spécialisé dans la linguistique.
Or, ces différences linguistiques
persisteront, même si elles sont minimes et négligeables.
En général, on ne
s’attendait pas à ce que les mots et les morphèmes correspondent, la raison étant
que ces différences linguistiques et métalinguistiques sont prépondérantes dans
l’acte traduisant. Il ne peut jamais y avoir stricto sensu, au niveau terminologique, ce
que Catford (:91) appelle « formal correspondence » (correspondance formelle en
français).
Il faudrait, alors, que le traducteur devant de telles situations ait recours à
l’analyse extralinguistique ou extratextuelle pour mener à bien son entreprise de
traducteur.
2.9.4
Le domaine médical et les langues classiques
Nous entendons par langue classique, la langue latine (Latina lingua) et la
langue grecque. Les obstacles que posent ces langues archaïques à l’acte traduisant
sont vraiment énormes. Et ceci tend à ralentir la fluidité de la traduction. Comme
nous l’avons constaté tout à l’heure, le traducteur est placé dans une situation
difficile d’interpréter en premier lieu ce qui constitue un terme dans le langage
ordinaire.
Certains traducteurs ont eu l’humilité de demander à un docteur de veuiller
réduire l’occurrence du latin dans son analyse d’une simple maladie.
La langue
latine domine dans le domaine médicale, surtout dans les noms donnés aux
maladies.
190
Peut-être,
faut-il
considérer
plus
minitieusement
le
domaine
de
la
terminologie médicale puisque nous avons mentionné Madame Brovary de Flaubert
Gustave. Il le faut, surtout, puisque notre deuxième œuvre de recherche - La Peste
– contient des termes médicaux. Nous avons d’ores et déjà mentionné maintes fois
que le français et l’anglais appartiennent aux différents arrière-plans culturels. Ce ne
serait pas une exagération de dire de La Peste d’Albert Camus un document médical.
Traduire en anglais les termes médicaux dans le texte français ne serait pas aussi
facile comme pensera un néophyte de la traduction.
Il doit y avoir quelques spécificités linguistiques capables d’introduire une
mesure de difficulté dans la recherche de l’exactitude absolue entre les deux
langues. Là réside le problème à qui fait face le traducteur. S’il est si difficile à
traduire entre les langues dû purement aux problèmes de type linguistique, ce serait
enormément difficile de traduire dans un domaine spécialisé, comme la médecine.
La prédominance des termes latins dans la médecine suggère que le traducteur
médical doit avoir la connaissance du latin, tant peu soit-elle.
2.9.5 Le problème de la terminologie médicale
Banalement, nous avons défini la terminologie du point de vue étymologique,
comme l’étude de termes. Une étude plus profonde et plus proche révélera que la
terminologie va plus loin que la définition banale de l’étude de termes.
(1978) voit la terminologie comme :
l’art de repérer, d’analyser, et au besoin, de créer le
vocabulaire pour une technique donné, dans une
Dubuc
191
situation
concrète
de
fonctionnement
de
façon
à
répondre aux besoin d’expression de l’usage.
(14)
Nous avons italicisé exprès le mot créer, car le traducteur, comme nous l’avons
exprimé, est dans l’obligation de créer des termes là où il en manque pour satisfaire
un besoin sémantique. Entre les langues européennes, peu importe la proximité
géographique, il y a de temps en temps le besoin pour créer ou inventer des termes
pour les réalités qui sont entièrement nouvelles à une communauté linguistique. La
nécessite pour cette option de création terminologique est engendrée par le fait que
certains pays ne sont pas, hélas, au même rang de développement comme d’autres
pays. Même entre les pays d’Europe la différence développementale entre des pays
est bien visible. Cela explique pourquoi un nom comme les Grands Douze existe.
C’est, donc fautif de grouper les pays blancs comme les pays développes du monde.
En Asie, le taux de développement pourrait être aussi lent qu’en Afrique. Les pays
asiatique qui nous viennent d’amblée à l’esprit incluent l’Inde, l’Indonésie, la
Malaisie, etc.
A en revenir à notre sujet de la terminologie médicale, certains termes qui
sembleraient simples, posent vraiment un problème au traducteur non souciant.
Cela arrive toujours parce que l’orthographe de ces mots est déroutante, et facile à
mésinterpréter. Quelques exemples incluent
(i)
PLEGIA
(a)
:
Monoplegia :
terme suffixal grec qui relate à la paralysie.
une maladie qui aboutit à la
paralysie d’un muscle.
(b)
Biplegia
:
terme grec qui relate à une
192
paralysie qui divise le corps humain en deux
en détruisant une partie.
(ii)
BIOLOGIA
:
terme grec qui réfère à la
malformation cardiaque.
Lorsqu’il y a
malformation de deux partie du coeur, on
parle de BIOLOGIA.
Ce terme est très important dans la traduction car le traducteur peut se tromper par
la connaissance ultérieure du sujet « Biologie », comme science de la vie. Biologia
n’a rien a faire avec la Biologie telle qu’elle.
Ceci démontre en terme claire que le problème terminologique dans le domaine
médical n’est jamais aussi facile qu’il semble. Et c’est une façon indirecte d’applaudir notre
traducteur, Stuart Gilbert de son effort le long de la traduction de La Peste, lequel, pour
nous, représente un recueil des termes médicaux et une présentation des experts
médicaux impliqués dans une lutte pour la survie de l’espèce humaine. Cela crée déjà une
situation où l’on se demande si le traducteur doit de tout abord étudier le grec et le latin
pour mieux travailler surtout dans le domaine médical. Nous avons répété maintes fois que
le traducteur est censé être encyclopédique, toujours prêt à apprendre des éléments
nouveaux.
Renforceant cette notion encyclopédique du traducteur Wolfram Wiss observe que :
The fact cannot be denied that the translator with
specialised
knowledge
and
experience
is
almost
universally in high demand, and I would venture the
prediction that this type of translator will become more
prevalent after 1992.
193
(393).
On ne peut pas nier le fait que le traducteur avec
connaissance spécialisées est presque universellement en
haute demande, et je me permittrai de prédire que de tel
traducteur serait plus prévalent à partir de 1992.
(N.T.).
L’importance d’un traducteur spécialisé ne peut as être trop rebattue, surtout dans le
domaine médical. Dans les deux textes de notre thèse, les mots latins abondent.
Mais surtout dans La Peste d’Albert Camus les termes médicaux abondent. C’est
termes sont à base du latin ; sérum, quarantaine etc.
Le domaine médical dans la traduction s’avère un domaine spécial surtout de
par l’existence des termes classiques là-dedans.
2.9.6 Le traducteur : une encyclopédie itinérante
Nous voulons élaborer sur l’ ‘encyclopédicité’ du traducteur. Ajouté à la
connaissance énorme de la linguistique, le traducteur est censé avoir assez de
vocabulaire métalinguistique et extra linguistique dans les domaines de son
opération. C’est pour cette raison que chaque traducteur est conseillé de choisir un
domaine de spécialisation.
Et même avec ce choix de domaine la besogne du
traducteur est rendu plus difficile par le fait que les domaines des activités humaines
sont interlacés. Cependant, le traducteur est censé être encyclopédique.
Dans les mathématiques, par exemple, il serait en mesure d’au moins discuter
des theories, tant peu soient-elles, dans les deux langues de son opération. Aussi,
serait-il en mesure de mentionner quelques faits dans le domaine de la génie et de
194
l’architecture. Dans les sciences physiques, il est censé être à l’aise avec les termes
en Physique, en Chimie et en Biologie.
Les atomes, les électrons, les séries
électrochimiques, l’électricité, la pression, la chaleur, la reproduction humaine, la
respiration de la flore et de la faune, ne lui seront pas du Chinois. C’est, peut-être,
ce simple facteur qui fait que les gens voient le traducteur comme une encyclopédie
itinérante.
2.9.7 La similitude sonore : une déception terminologique
Le traducteur ne doit pas dépendre des idéophones, ni des similitude des
sons. Ceci n’est pas à condamner tout entier la correspondance sémantique de
certaines conglomérations phonémiques, dans la traduction.
Nous allons,
prochainement citer Maduka-Durunze (204) qui souligne la conglomération de (rl)
comme signifiant, en anglais, une substance, un mouvement ou une forme spirale.
Au cours de cette recherche, nous avons découvert que dans les langues
sémitiques, (arabe, hébreu, araméen) ce qui importe sémantiquement ce sont les
consonnes.
Ainsi c’est possible de dire la signification des mots à partir de leur
environnement consonantique. Mais ceci est un fait qu’il faut prendre prudemment.
Quelques exemples incluent :
i)
La conglomération « slm » signifiant la paix comme dans :
(a)
Salaam
:
(salaam alecu)
la paix
:
la paix soit avec vous
(b)
Dar es Salaam
:
Foyer de la paix.
(c)
Jérusalem
:
Montagne de la paix.
(d)
Anselem
:
Homme de la paix.
195
La liste est longue.
De la même façon, quelle que soit la forme orthographique de Mohammed, le
prophète fondateur de I’Islam selon la culture linguistique, la signification reste la
même.
Nous avons donc :
(a)
Mohammed
(b)
Mahomet
(c)
Mohammadu
(d)
Mahmud, etc.
Dans toutes ces variantes, l’essentiel c’est la conglomération de [mhm].
Il y a aussi le cas de (Mr.) comme dans les noms suivants
(a)
Umoru
(b)
Oumorou
(c)
Omar, etc.
(d)
Oumar
(e)
Umar
Et enfin, nous avons découvert que dans la liste qui suit il existe la
conglomération (sm) comme dans:
(a)
Usman
(b)
Osman
(c)
Ousmane (Sembène)
(d)
Osama (Bin Laden)
196
La forme anglaise de ce nom n’est pas trop loin de d’orthographe arabe du mot. Les
anglais disent : Othman (Dan Fodio).
[‫כ‬θman], la forme phonologique du mot
contient aaussi une consonne fricative (θ)
2.9.7.1
Les étendues de la documentation
Lorsque l'on aborde une recherche des termes dans un texte à traduire l'on se
documente, d'où le mot documentation.
Quelle que soit sa langue naturelle, la
recherche des termes ou la documentation est essentielle Seleskovich et Lederer,
dans leur Pédagogie Raisonnée de l'Interprétation observent que:
La connaissance terminologique d'une langue maternelle
n'est certes jamais totale. Les étudiants en interprétation
(et en traduction) envahissent sans cesse au cours de
leur formation et bien au de là leurs connaissance
lexicales et phraséologique.
(34).
D'où nous constatons qu'en question de terminologie, le fait que l'on travaille
avec sa langue maternelle n'est pas à vrai dire un av antage. Car, de surcroit à la
connaissance de la linguistique moderne, l'étudiant traducteur doit avoir une
connaissance métalinguistique ou extralinguistique assez large non seulement dans
son domaine d'opération, mais aussi dans d'autres domaines de l'activité humaine.
La traduction littéraire c'est de la littérature bien sur. Mais puisque toutes études
intellectuelles sont interlacées, le traducteur doit être à l'aise avec beaucoup d'autres
domaines de l'activité humaine. Il ne doit pas concentrer sur un seul domaine, pour
pouvoir travailler effectivement.
197
A en revenir à notre sujet, à vrai dire c’est un péché intellectuel dans la
traduction pour un traducteur d’entamer son devoir sans souligner des termes peu
familiers pour rechercher leurs vraies significations.
La recherche terminologique
n’est jamais limitée aux textes littéraires. Tout texte à traduire doit suivre le même
chemin de recherche des termes, autrement dite, la recherche terminologique.
Avant l’ère présente, bien des traducteurs ont pensé que la masse publique
n’a pas assez de ressources linguistiques pour questionner l’emploi de certains mots,
au lieu des autres synonymes plus proches. Rien ne peut être plus fautif que cette
présomption. Car, le monde a bien évolué aujourd’hui. Jennings White (:21) cite un
chapitre dans la Sainte Bible (Matt. 19:24) où il est écrit:
Je vous le répète, il est plus difficile à un chameau de
passer par un trou de l’aiguille qu’à un riche d’entrer dans
le royaume de Dieu.
Jennings White contrarie cette traduction de la bible faite à partir du grec. Selon
hui;
The Aramaic word « gamla » means both a camel and a
rope (thread). In the context it clearly means ‘rope’. But
when the original Aramaic was translated into Greek the
wrong meaning was given to the word, and the
mistranslation has continued.
(21)
198
Le mot aramien « gamla » veut dire un chameau aussi
bien qu’une ficelle. Dans le contexte le mot renvoie à la
ficelle.
Mais lors de la traduction du texte original
aramien en grec, le faux sens fut accordé au mot, et ce
contresens a continué.
(N.T.).
Nous voulons en toute humilité soutenir cette explication donnée par White
(op. cit.). Nous voulons ajouter que l’adjectif qualificatif dans cette citation biblique
c’est « difficile » et non pas « impossible », car, le passage d’un chameau par le trou
de l’aiguille est invariablement une impossibilité. Mais la bible a dit difficile, ce qui
suggère qu’il s’agissait pendant ce temps–là d’une ficelle. On s’imagine combien il
est difficile pour nous autres, aujourd’hui, avec des lunettes, de passer une ficelle
par le trou d’une aiguille, sans parler de nos ancêtres bibliques qui ont vécu avant la
révolution scientifique. Nous allons finir par dire que même les experts des miracles
aux temps actuels ne peuvent pas, moyennant même leur abracadabra, faire passer
un chameau par le trou d’une aiguille.
Deuxièmement, la richesse est un terme relatif. C’est difficile de dire qui est
riche et qui n’est pas riche à travers les cultures
Toujours sur la question terminologique, dans Le Vieux Nègre et la Médaille
(1956) de Ferdinand Oyono, l’auteur a mentionné que les Africains se nourrissent
des bâtons de cassave. Voilà un terme que le traducteur, John Reeds, qui a traduit
le récit The Old Man and the Medal rend comme « Cassava Stems ». Tout Africain
sait que nous ne mangeons pas de « cassava stems » mais « cassava tubers ». Une
199
recherche terminologique aurait sauvé les Africains cet embarras, par un traducteur
qui ne connait pas l’Afrique.
Dans l’étude terminologique, il y a ce que les terminologues appellent l’arbre
terminologique. Que nos lecteurs nous permettent de citer Evaristus Anyaehie dans
la traduction du roman Igbo – Omenuko – en Français (2002).
Dans cette
traduction, Anyaehie a traduit à propos, Mmiri Igwu, comme la rivière Igwu.
Un arbre terminologique de Mmiri (L’eau) nous donnera :
La mer Igwu
l’ocean Igwu
Le fleuve Igwu
Le lac Igwu
La rivière Igwu
Mmiri (L’eau)
Nous voulons ajouter que la recherche terminologique n’est pas une activité
sédentaire. Parfois le traducteur entreprend un voyage à la société d’arrière-plan de
la narration. Cela renforce peut-être la déclaration de Chinweizu (:89) que critiquer
un récit sans mention aucune de la société intéressée c’est comme mettre l’écran
entre la littérature et la société.
200
2.9.7.2
Le domaine juridique et la documentation
Un traducteur travaillant dans le domaine juridique entre le français et
l’anglais reconnaîtra que son travail est comme piétiner dans un marais d'eau. Seul
celui qui avait d’ores et déjà maîtrisé le terrain le peut. Un passant casuel risque de
glisser et tomber à plat ventre. Cela fait appel à la documentation. On s'empresse à
observer que c'est seulement un néophyte de la traduction qui peut aborder la
traduction d'un texte, quelque soit le domaine, sans tout abord, s'engager dans la
documentation.
Gémar observe que:
Un chercheur qui aborde l'étude du droit en perspective
comparée est d'emblée désorienté par les méthodes de
classification des deux systèmes.
(134)
Poursuivant sa thèse sur la nécessité pour la documentation Gémar ajoute que
S'il est un domaine où la documentation revêt d'une
importance particulière c'est celui de la traduction
juridique en raison notamment du critère normatif du
droit.
(135)
On s'intéresse à ces explications sur la traduction des faits juridiques car le
traducteur du texte de notre recherche a exercé quelques, traductions qui sautent
aux yeux, d'où est évoqué notre intérêt. L’Etranger (op. cit.) est presque, en sa
totalité, un ouvrage juridique, étant donné que notre personnage principal a été
201
obligé de se présenter au tribunal pour le jugement. Cela aurait obligé le traducteur
de chercher à se documenter. Voici un point essentiel que bien des traducteurs
ignorent, y compris peut-être notre traducteur en référence.
2.9.7.3.1 La traduction juridique : domaine spécial
Peu importe le domaine de sa pratique, la traduction est une entreprise
professionnelle.
Certains érudits la soulignent comme méthode d’enseignement
linguistique, ce qui n’est pas évidemment loin de la vérité.
Mais à vrai dire la
traduction représente le niveau de l’application linguistique, le niveau où le
pratiquant linguistique met en usage le corps de connaissance linguistique déjà
acquis par lui. Ce n’est pas à dire que la langue ne peut pas s’enseigner moyennant
la traduction. Mais dans le domaine juridique, la traduction atteint déjà une portée
spécialisée. Nous voulons distinguer deux côtés de la traduction judique:
(i)
la traduction
in
situ,
autrement
dite
la traduction
orale où
l’interprétation consécutive.
(ii)
la traduction ex judis, autrement dite la traduction des textes juridiques
qui se fait dans les confins de sa chambre.
2.9.7.4.
La Traduction juridique in situ
Cette traduction prend charge de la transmission du message d’un procès
verbal à un accusé qui ne comprend pas la langue de la communication juridique.
La colonisation de l’Afrique a donné naissance à une situation où les langues de
justice sont les langues de colonisation. Au Nigéria, par exemple, où l’anglais nous
est imposé comme langue officielle, toutes autres langues naturelles constituent des
202
« langues inférieures. »
Le domaine du droit est un domaine spécial et l’entière
ambiance de la cour de justice est telle que l’accusé est obligé de se taire, ne parlant
qu’au besoin et par l’intermédiaire d’un traducteur oral qui lui communique dans une
langue qu’il comprend bien. En Afrique noire, des interprètes sont engagés pour
traduire les procès verbaux à l’accusé. Le jugement dépend, à un niveau avancé de
la compétence linguistique du traducteur. Aussi, faut-il mentionner que la plupart de
ces interprètes manquent de formation professionnelle pour mener à bien leur
besogne. Cela mène évidemment à des situations où l’accusé est condamné, non à
cause de l’offense qu’il a commise, mais pour des raisons d’incompétence
linguistique du traducteur. En cette veine, Barsky postule que :
to suggest that minor mistakes made by the interpreter
could be fatal is never an overstatement.
(145).
suggérer que de petites fautes faites par l’interprète
pourraient être fatales n’est jamais une exagération.
(N.T.).
C’est plus lamentable lorsque l’on se rend compte que ces interpretes juridique n’ont
pas étudié une langue africaine lors de leur scolarisation. Le tribunal reste toujours
un lieu spécial où de petites fautes peuvent être catastrophiques. D’après Eugène
Nida (:191) si l’une des fonctions de la langue inclut « Sentencing of Criminals »,
alors le tribunal devrait se méfier pour bien remplir cette fonction. Car, une faute au
cours de cette fonction sociale mènera sans doute à l’emprisonnement d’un
« criminel innocent » Selon Catford (1965) la traduction est une opération faite sur
203
la langue. Donc le traducteur, tel un chirurgien doit être muni d’outils linguistiques
face à cette entreprise acharnée.
Le manque de cet outil est décrié par Ruth Moris où elle dit que la,
Absence of a code of practice stipulatig quaificatios, nor
is there an
association
of
sworn
and
authorised
translators … No rules exist disbarring certain individuals
from acting as court translators.
(21).
Absence de code de pratique précisant les qualifications
et les disqualifications, pas même une association des
traducteurs ou des interprètes judiciaires professionnels
... Aucun règlement n’est en place pour empêcher
certains individus d’agir comme traducteurs judiciaires.
(N.T.).
Ruth Moris décrit la situation prevalent en Israel.
Partout, les pratiquants de la
traduction temoignent que la connaissance de deux langues, (Anglais/Français,
Français/Allemand, Anglais/Russe) etc. n’est jamais une conditio sine qua non pour
se dire traducteur. Il y aura encore un vide professionnel, une lacune éthique à
combler. Le domaine juridique dispose de sa spécificité terminologique. Et c’est une
aberration traductionnelle de prendre les mots sur leur valeur de surface.
204
2.9.7.5
La traduction juridique ex-judis
Par le terme « ex-judis » nous voulons dire l’avalanche de traduction faite en
dehors du tribunal, dans les confins de sa chambre.
Ce genre de traduction
judiciaire inclut la traduction des documents littéraires ou pragmatiques à base du
droit. On se donne la peine pour répéter ce fait singulier étant donné que l’un de
nos documents de recherche – L’Etranger –est dans la plupart, un document
juridique. Nous allons différer la discussion de ces faits dans la partie analytique des
faits terminologiques de L’Etranger et de The Outsider.
2.9.7.6
Les dangers de la présomption terminologique
Parfois, l'on sera tenté de se laisser être guidé par ce que nous appellerons
les guides psycholinguistiques. Cela mènera, bien sur, à des fautes incorrigibles, et
à des fautes de contre sens. Nous avons tout à l'heure observé que la possibilité de
commettre des fautes terminologiques est plus vulnérable chez un traducteur,
amateur ou professionnel, qui ne considère pas la terminologie très primordiale.
Joseph Kess (:62) avertit qu'il peut y avoir des situations de semblable sens
induites par le son. Les exemples qu'il donne comptent:
i)
Dogs barking:
son de l’hurlement d’un chien
ii)
Sticks breaking:
son du craquement d’un bois
iii)
Machines whirling: son d’une machine travaillant
Des cas de semblables similitudes selon lui vont plus loin que cela pour inclure les
suivants.
(a)
Le phonème [r] qui implique l'action de faire un son dans son sommeil
comme "snore" en anglais. Le phonème [r] se trouve aussi dans:
205
i)
schnarchen [allemand]
ii)
snorken
[hollandais]
iii)
stertere
[latin]
iv)
ronfler
[français]
v)
rancar
[espagnol]
vi)
charpet
[russe)
Tous ces mots étrangers renvoient à l'action de ronfler dans les différentes
langues.
(b)
Kess donne d'autres exemples avec les phonèmes [s, ∫, t] en anglais qui ont
affaire à "chuchoter" en langues européennes. Ses exemples incluent:
(c)
i)
wispern
[allemand]
ii)
sussurare
[latin]
iii)
huiske
[norvégien]
iv)
chuchoter
[français]
v)
sheptat
[russe]
vi)
susogni
[hongrois]
De même, Omen Maduka-Durunze (:361) relève des cas de certaines
conglomérations
phonémiques
qui
portent
des
charges
sémantiques.
Quelques-uns de ses exemples incluent les phonèmes [rl] suggérant un
mouvement spiral, comme dans les mots:
curl
furl
hurl
206
En fait s'il y a une correspondance dans ces mots on dirait que c'est arbitraire. C'est
dangereux pour un étudiant de traduction de dépendre de la similitude sonore ou
orthographique pour mener à bien son travail.
La dépendance de la similarité
sonore et orthographique mènera le traducteur à des fautes de faux sens.
Un étudiant de traduction ou un pratiquant de la profession doit se méfier de
cet aspect de la terminologie, aspect que nous avons trouvé intéressant au cours de
notre recherche. La créativité dans la terminologie s’avère difficile.
La terminologie pourrait aussi être influencée par la vision du monde d'une
communauté donnée.
« Le traducteur bien alerté ne serait pas victime du
transcodage (Delisle,:60).
Le transcodage renvoie à la traduction mot à mot
(verbum proverbo) Au cours de cette recherche nous avons découvert que dans
certains cas, il n'existe pas de relation orthographique transparente entre certains
termes et leur signification. Quelques exemples en anglais comptent:
Anglais
:
Français
i.
Maudy Thursday
:
Mardi gras
ii.
Black Maria
:
Voiture cellulaire
iii.
Good Friday
:
Vendredi Saint
iv.
It sounds Greek
:
C'est du Chinois
On notera ici qu’il n’y a pas de transparence entre ces noms et leurs
traductions. Le traducteur est ainsi défendu de créer dans ces cas.
Nous voulons démontrer par ceci que le choix de termes par une
communauté linguistique dépend, à un niveau élevé de la vision du monde de la
société donnée. La terminologie est un aspect de la traduction dont l'étudiant de
traduction doit se méfier.
207
Les traducteurs travaillant entre le français et l’anglais ne doivent pas ignorer
ces phénomènes déroutants, que certains linguistes appellent les faux amis. Nous
aimerions mieux les appeler les psychomorphes déroutants. On se rappelle avoir
postulé qu’entre les langues sans affinité culturelle, plusieurs mots qui se
rassemblement graphologiquement, hélas, ne portent pas les mêmes semblances
sémantiques.
Par exemples entre le français et l’anglais il existe encore les
exemples suivants.
Terme Français
Mauvaise traduction
Traduction correcte
anglaise
la rivière
the river
the stream
l’essence
the essence
the petrol
le conducteur
the conductor
the driver
le culte
the culte
the worship
le secte
the sect
the cult
le pétrole
the petrole
the kerosene
les bribes
the bribes (sic)
the shreds
la brise
the breeze
the current
la prise
the prize
the taking
vulgariser
to be vulgar
to disseminate
le conte
the cont
the folk story
sensitive
sensitive
sensible
sensible
sensible
sensitive
le jour faste
the fast day
the lucky day
208
soutien gorge
throat support
bras
disposer de
to dispose of
to have
On se sent obligé d’alerter même les experts en linguistiques qui n’ont pas
suivi des études dans le domaine de la traduction, que ces phénomènes de faux
amis constitueront pendant longtemps des pièges dangereux. Il est nécessaire de
combler cette lacune professionnelle car, un traducteur bien formé sera en mesure
de connaître les libertés et les servitudes de l’acte traduisant.
Nous croyons avoir regrété au début de cette thèse qu’une faute que
commettent certains grades de traducteurs c’est la présomption qu’aussi longtemps
que le français et l’anglais sont deux langues européennes avoisinantes, elles
exhiberont un haut degré de similarité linguistique. Ils oublient facilement que la
langue anglaise appartient au groupe indo-européen des langues européennes, avec
l’allemand comme membre de groupe. En outre, le français fait partie du groupe
latin des langues europennes avec l’espagnol le portuguais et l’italien comme
membres de groupes.
L’importance de cette explication répétée n’est que pour démontrer de
manière vivide que le français et l’anglais ne peuvent pas se marier linguistiquement.
Cela veut dire qu’un traducteur travaillant entre elles nage déjà entre deux mers. Et
alors dépendre des psychomorphes et des idéophones est comme l’action de
certains interprètes religieux qui se vantent de dépendre sur la perception extra
sensuelle [PES].
Le résultat n’est qu’un échec total, de l’obscurité et de
l’abracadabra idéologique.
209
2.9.7.7
Stuart et les emprunts terminologiques
Nous constatons que Stuart Gilbert, dont la traduction (The Outsider, 1978)
de L'Etranger (1942) nous étudions, aurait eu recours à maintes reprises au procédé
d'emprunt qu'a recommandé Vinay et Darbelnet (1977). Entre les langue d'affinité
culturelle, comme nous l’avons toujours dit, la possibilité d'emprunt est très simple.
Mais on ne voit pas le raisonnement dans la mise des termes étrangers dans un
texte, surtout lorsque ces termes sont facilement traduisibles dans la langue
d'arrivée.
Au risque de nous contredire, nous sommes au courant qu'un traducteur peut
utiliser les mêmes termes qu'a utilisés l'écrivain du texte original. Il est des cas où
un écrivain peut posément inclure les mots étrangers pour démontrer une versatilité
linguistique.
Dans de telles situations le traducteur sera contraint d'utiliser ces
termes, surtout si les termes s'utilisent aussi dans la langue d'arrivée.
Entre le
français et l'anglais des mots latins sont monnaie courante Le cas du français est
expliqué par le fait que le français est une langue latine. Mais le cas de l'anglais ne
peut facilement s'expliquer. Ce n'est pas la portée immédiate de cette thèse de
retracer le chemin du latin dans la langue anglaise. Les mots latins utilisables en
français et en anglais comptent :
à priori
ipso facto
de facto
ad libitum
ad infinitum
persona non grata
210
factotum,
ad hoc
tandem
modus operandi
locus standi etc.
La plupart de ces termes latins sont omnibus entre le français et l'anglais. Ils
peuvent aussi remplir les mêmes lacunes dans les deux langues sans détourner le
sens de la phrase. Mais, somme toute, il ne faut jamais avoir recours à ce procédé
comme le seul salut dans un cas de difficulté.
Nous nous permettons de tirer attention encore au conseil d’ Ekundayo (3)
que si un acte de traduction réussit, il y a certainement une certaine trahison. Selon
lui, il s'ensuit que la critique doit être un exercice sympathique qui applaudira des
éléments positifs de chaque traduction sans, pour ainsi dire, se concentrer sur la
recherche des éléments négatifs. Dans la rubrique qui suit nous allons cherche la
solution aux problèmes relevés jusqu’ici dans la traduction à machines, dite la
traduction automatique..
2.9.8 Le texte littéraire et la traduction automatique (LaTA) : question de
créativité
Jusqu’à ce stade nous nous sommes intéressés à la traduction humaine. Nous
voulons, pour équilibrer un peu cette étude, voir un peu de ce qui se passe dans le
domaine de la traduction
automatique (machine translation (MT), en anglais)
laquelle est en vogue au moment actuel. Nous allons voir non seulement le concept
211
et l’applicabilité de la traduction automatique, mais aussi la viabilité de ce processus
dans le domaine de la littérature.
2.9.8.1
Tentative de définition
La traduction automatique (TA) renvoie à toutes sortes de traductions
entreprises par la machine à traduire, voire l’ordinateur. La traduction automatique
est une indice de l’essor de la techologie informatique.
Machine Translation (MT), anglais pour la traduction automatique (TA) c’est
l’usage de l’ordinateur pour traduire le texte, la parole d’une langue naturelle vers
une autre. Telle la traduction humaine, la TA ne fait pas que substituer les unités
lexicales dans une langue pour d’autres mais aussi la mise en usage de la
connaissance linguistique complexe : la morphologie, la syntaxe et le sens, y compris
la compréhension des concepts traductionnels, telle l’ambiguité.
2.9.8.2
Contexte historique
Si nous nous sommes intéressé jusqu’ici tout entièrement à la traduction
humaine c’est parce que la traduction littéraire est une entreprise humaine. Mais
pour équilibrer un peu cette étude, comme nous l’avons dit d’ores et déjà, nous
aimerions voir en quelque sorte ce qui est en vogue aujourd’hui dans le monde
informatique ou plutôt informatisé.
Selon John Hutchins (1986) les systèmes pour la traduction automatique ont
été en voie d’élaboration depuis les années 50. Or, l’invention de l’ordinateur date
des années 40, et est étroitement, sinon directement, associée aux noms de Warren
Weaver et AD Booth, qui sont reconus comme étant les premiers à suggérer l’idée
212
de confier une partie ou l’ensemble de la traduction à la machine. C’était, donc, l’ère
de l’invention des premiers ordinateurs aux Etats-Unis.
Cependant, les toutes premières recherhes dans la direction de traduire à
l’aide de la machine ne débutèrent que trois ans plus tard, menées par WEIFER au
sein de l’Université de Washington. Pendant ce temps la TA était considérée comme
étant entièrement dans le domaine de la genie électronique.
Les linguistes n’y
avaient presque pas de place parce qu’on croyait naïvement que les faits de langage
relevaient de l’évidence et qu’il suffisait seulement de commuter les mots en LD
(langue de départ) avec leurs équivants en LA (langue d’arrivée) pour arriver à une
traduction qui soit acceptable (Chukwu U. E., 1990).
2.9.8.3
Les machines à traduire aujourd’hui
Les systèmes les plus connus des machines à traduire (MAT) sont
premièrement catégorisés en trois : la SYSTRAN, LA LOGOS et la FUJITSU aussi
appelée ATLAS. Ce sont, cependant, des versions plus avancées des types existant
dès le début. Ces ordinateurs sont dans la plus part, très modulaires en construction
et facilement modifiable, surtout le système SYSTRAN qui était ab initio désigné pour
traduire le russe et l’anglais.
Ce système est aujourd’hui disponible pour la
traduction en un nombre croissant de langues europénnes.
(Français, Allemand,
Italien, Espagnol, Portugais Japonais, Koréan) etc. LOGOS, originairement conçu
pour traduire entre l’allemand et l’anglais, est aujourd’hui disponible pour d’autres
langues : de l’anglais vers le français, l’allemand, l’italien et l’Espagnol.
LOGOS
traudit aujourd’hui de l’allemand vers le français et aussi vers l’Italien. Le système
213
Fujitsu ATLAS, en outre est surtout conçu pour la traduction entre l’anglais et le
japonais.
Dans les années 80, une société nommée Siemons basée en Allemand a
subventioné le système METAL, lequel, jusqu’en les années 90 n’avait pas fait un
progrès visible. Plus tard alors METAL cédera le droit de produire à deux organismes
(GMS et LANT).
Les agences gouvernementales japonaises ont commencé à sponsoriser un
système interlingual pour les langues asiatiques. Cela n’a pas été fonctionnel sans la
coopération des chercheurs en Chine, en Thaïland, en Malaisie et en Indonesie. Ce
projet cependant est loin de produire un effet visible après plus d’une décennie
d’existence (Hutchins 1986).
2.9.8.4
La traduction automatique et le texte littéraire
Malgré les louanges déversées sur les machines à traduire, il y a une doute
sur la possibilité de l’ordinateur de traduire fidèlement les textes dans le domaine
littéraire, étant donne les exigences anthropologiques entourant le texte littéraire.
La littérature est la culture en mot. Suivant l’hypothèse Fortunato Israël (1990) le
texte littéraire se donne volontiers à plusieurs interprétations – l’équivocité du texte
littéraire.
En termes simple, la littérature est dotée de multiples caractères
linguistique et extralinguistiques, étant au même temps un domaine dynamique, trop
dynamique pour attraper en une aile et le mettre en cage. En langage ordinaire les,
concepts à base de culture, à notre avis, sont plusieurs et multiples. A vraie dire,
tout individuel en dehors du cercle littéraire trouvera ces réalités spéciales très
214
difficiles à déchiffrer.
C'est-à-dire que tout culture linguistique sera en mesure
d’interpréter les sens inhérents dans le texte émanant chez eux.
A en revenir à la machine à traduire, s’il est trop difficile chez un être humain
de comprendre d’emblée des expressions littéraires dans d’autre culture, combien
difficile sera le corpus linguistique dont elle sont emmagasinees. Notre position ici
est renforcée par le fait que la machine à traduire n’a que le seul but de « vomir »
ce que l’on l’a fait « avaler ».
Alors au cas où un morceau de terme technique
contenant des morphèmes à plusieurs interprétations lui est donné pour traduire,
elle sera fauchée d’idée. La langue n’est jamais statique et ne peut point se stagner,
à la différence de la machine à traduire laquelle dépend de recherche humaine
lequel cherche toujours s’accroître à en population.
Nous voulons compter parmi ces faits culturels les comparaisons, les
métaphores, les idiomes les proverbes etc [Voir 2.8]. Ce n’est pas pour rien que
nous consacrons assez d’espace pour traiter la traduction automatique et son regain
dans la traduction littéraire. Ceci est provoqué par la vue des érudits sur la fiabilité
de la machine à traduire.
John Hutchins [http://frenin.about.comp/litrry/bl_onlinetranslaor] a rapporté
la traduction d’un énoncé familier, mal faite par la machine à traduire. L’expression
c’est : I LOVE YOU VERY MUCH, HONEY expression que plusieurs machine à traduire
a rendu de plusieurs façons incohérentes ainsi que nous montrerons ci-dessous. La
phrase anglais c’est: I love you very much, honey.
215
TRADUCTION AUTOMATIQUE
Traduction
Retraduction
SYTRAN
Je t’aime beaucoup miel
I love much honey
REVERSO
Je vous aime très beaucoup le I love you very uch, the
FREE
miel
honey
Je vous aime beaucoup le miel
I love you much the
TRANSLATION
INTER TRAB
honey
Je vous aime tant le miel
I love you much honey
Commentaire
La traduction (i) effectuée par sytram est faussée par le mot « miel » sans
article définit.
Dans le contexte situationnel, les amoureux en France ne s’enter
pellons pas miel, La traduction II par Reverso est faussée premièrement par le mot
« vous », parce qu’en France et surtout les aimants en cercle familial l’idée de
vouvoyer son parent est étrange.
Au contraire, le rapprochement psychologique
prévalant dans une semblable famille et l’ambiance émotive appel à l’usage de
tutoyer l’un l’autre.
Deuxièmement le miel, bien que grammaticalement juste
syntaxiquement est grossement incorrect dans le contexte.
La traduction effectuée par la machine Inter Tran souffre de deux maladies
linguistiques En premier lieu, le mot « vous » ne peut jamais aller entre deux
amoureux, et deuxièmement, « miel » ne peut pas aller dans le contexte
situationnel. Pas même en sens métaphorique peut-il aller. C’est pour cette raison
que nous suggérons le mot chérie, mot qui est déjà familiarisé dans le cercle
216
familial.
L’ordinateur n’est pas complètement à blâmer car, telle une femme
enceintée par l’homme, il ne fera qui produire ce que l’homme lui a donné. Si c’est
l’homme qui avouer son amour à sa femme, le compliment sera. « Je t’aime
beaucoup cherre « ou dans le cas contraire. « Je t’aime chéri. »
S’il est si impossible pour l’ordinateur de traduire avec efficacité une simple
expression quotidienne comme : « I love you very much, honey », il sera d’autant
plus impossible pour la machine à traduire de traduire les faits culturels inhérents
dans la littérature. Aussi, est-il difficile pour un traducteur humain de maîtriser les
deux cultures linguistiques des deux textes, sous son nez. Il sera évidemment plus
difficile pour un ordinateur de raisonner et d’analyser les arrière-plans culturels des
textes en situation de contact.
Nous voulons élaborer sur quelques termes qui poseraient des problèmes
chemin faisant d’une culture linguistique vers l’autre. Nous avons observé que les
métaphores sont prônes à cette difficulté traductionnelle. Pourrions – nous, à titre
d’exemple, démontrer quelques uns de ces de cas de difficulté. On s’empresse à
dire dès le début que l’ordinateur ne fera que transcoder les métaphores comme
dans le schéma suivant :
Expression
Véritable
Fausse Traduction
Métaphorique
Traduction
par l’ordinateur
Humaine
(a) Un bouc émissaire
A scape goat
An emissary he-goat
(b) Une pierre
A stumbling block
A stone of blockade
d’acchoppement
217
(c) Une pierre
A corner stone
An angular stone
Angulaire
On s’imaginerait que la traduction automatique n’aurait pas de place dans la
traduction littéraire.
l’intellecte.
La tâche du traducteur fait appel à l’usage extrême de
En fait, si le traducteur passe assez long temps à comprendre et à
analyser le texte qu’il est appelé à traduire, c’est pour pouvoir ensuite rendre le
message que lui fait part le texte original en LA. C’est à cette étape que la
traduction, à proprement parler se passe, pour ainsi dire, et c’est ici que le
traducteur va déterminer sa méthode, et ses techniques à l’aide des conclusions, des
analyses qu’il aurait faites dans l’etape de l’analyse ainsi, que nous l’avons vu dans
cette recherche.
Si nous disons tout ceci c’est pour avertir que loin d’être une
opération automatisée, la traduction est un fait d’ajustement soutenu tant dans
l’étape lexico-morphologique que dans l’étape sémantique et ideologique.
A en
revenir au domaine littéraire, il est d’autant plus difficile de réduire l’opération
traductionnelle à une action automatique et automatisée.
Nous venons de discuter les dangers inhérents dans la traduction littérale des
métaphores.
Aussi, avons-nous plus tôt dans cette thèse décrié le recours au
transcodage ou à la traduction mot-à-mot lorsqu’il s’agit des faits anthropologiques,
méthode qui ne fait que produire des phrases en LA dont la syntaxe n’est jamais en
synchronie avec les règles grammaticales de celle-ci.
Nous nous empressons de dire que lorsque le traducteur a affaire à des faits
spécifiquement liés à la culture, la traduction exigera un échange de symboles
comme nous l’avons postulé déjà.
218
La traduction des expressions idiomatiquès, lesquelles sont monnaie courante
dans les textes littéraires, exige plus de souci que ne font les autres aspects de la
traduction des fait culturels [Vior 2.8]. On insiste encore que de telles traductions
dépassent déjà la capacité et la dextérité de la machine à traduire. Aussi, y a-t-il
deux côtés sémantiques de chaque idiotisme : le sens réel et sens apparent. Un
traducteur béat aurait évidemment recours au sens apparent (Voir chapitre six
p.109). On insiste que l’ordinateur en tant que machine déponrvu de la dextérité
intellectuelle de l’homme, risque de fournir le sens apparent, lequel est bien sur le
faux sens de tout idiotisme, comme nous voulons démontrer au-dessous.
Expression
Vrai
sens Possible
idiomatique
d’expression
sens
apparent
fautif
(a) They are hand in glove
Ils
comme
s’entendent Ils sont la main dans
larrons
en le gant
foire
(b) It rains cats and dogs
Il pleut à verse
Il pleut les chats et
le chiens
(c) By word of mouth
De bouche à oreille
Par le mot de la
bouche
(d) You are talking to a
brick wall
Tu prêches dans le Tu es en train de
desert
parler à un mur de
brique
(e) A red letter day
Jour mémorable
Jour en lettre rouge
219
(f)
To be caught red
Etre pris la main dans Etre
handed
la poche
pris
la
main
rouge
Ces présomptions sont basées sur la recherche que nous avons faite sur
l’internet, d’où nous avons pensé que si l’ordinateur avait égaré dans la traduction
d’une simple expression populaire telle : I iove you very much, honey, il lui serait
impossible d’aventurier dans le domaine littéraire doté de rhétoriques et exigeant la
traduction oblique.
Partant de la traduction expérimentée par John Hutchins, nous oserons
inférer que s’il est difficile pour la machine à traduire de rendre correctement un
simple phrase en usage à titre quotidien, il lui sera d’autant plus difficile de traduire
dans le domaine littéraire doté d’ambiguïté et de bifurcation sémantique.
En
Europe
aujourd’hui,
le
service
le
plus
large
est
fourni
par la « European Commission » (soit la Commission Européene). A propos de la
traduction littéraire vu la traduction automatique Ladmiral étudiant le problème que
pose la traduction littéraire et l’occurrence dans la traduction des textes poétiques,
fait en termes forts, une critique qui mérite bien d’être citée ici. Il écrit :
On insistera sur la nécessité de traduire moins le sens
que la fonction poétique, l’effet soucité en nous par le
poème :
à
vrai
dire,
ce
n’est
qu’au
prix
d’un
investissement de la subjectivité du traducteur, qui fait
dès lors figure mais aussi co-auterer ou co-écrivain. Au
reste, cette dimension humaine est-elle jamais absente
220
d’aucune traduction ? Et dès lors n’y a. t-il pas lieu de
soupçonner que la machine à traduire (la TA) ne soit
qu’une coûteuse utopie fantasmatique et techniciste,
rescapée de la mythologie babétienne ....
(22)
La traduction automatique est en croissance encouragée surtout par le débit
de la mondialisation. Mais malgré tout, il est toujours douteux si la machine pourait
être utile dans le domaine de la traduction littéraire. Cette ambiance de doute dure
déjà des décennies, depuis les années70, lorsque Halliday et al ont écrit :
The day may come when computers can handle the vast
output of scientific literature and translate it into
everyone’s native language (...).
But the human
translator will not have been displaced. The problem of
translating literary texts by computer is probably so vast
as to be for practical purpose insoluble.
(134).
Il peut arriver le jour où les ordinateurs peuvent
s’occuper des vastes littératures scientifiques et les
traduire dans la langue naturelle de tout le monde (...)
Mais le traducteur humain ne peut pas être déplacé. Le
problème de faire traduire les textes littéraires par
l’ordinateur est probablement trop énorme pour être
pratique et possible.
(N.T.).
221
C’était en 1970 que Halliday et al ont prophétisé ainsi. Le domaine de la traduction
littéraire fait appel aux traducteurs professionnels. Car la traduction automatique ne
peut jamais donner le sens exact des phrases et des vers.
Au contraire, les
différentes fautes inhérentes dans de telles traductions le font impossible de
remplacer les traducteurs professionnels par les machines. Accepté, la traduction
humaine est plus chère, mais, somme toute, ce qui est perdu en termes de finance
sera gagné par le recours au professionalisme. Si on a besoin d’une traduction plus
ou moins fiable, l’on doit louer un traducteur professionnel, pour la précision et pour
l’exactitude (http://french.about.com/library/bl_onlinetranslators.htm).
En somme la traduction automatique peut s’utiliser dans divers domaines,
mais pas dans le domaine littéraire. Le domaine littéraire est un domaine spécial qui
exige toujours une mesure de déxtérité que la machine à traduire ne possède pas.
Evidemment, la machine à traduire ne peut pas effectivement entamer la traduction
littéraire, car la traduction comme nous l’avons expliquée dors et déjà n’est pas
entièrement une entreprise textuelle. Le traducteur humain considère le domaine et
la culture de base du texte avant de proposer sa traduction. A titre d’exemple, le
terme « asset » (anglais) se traduira différemment, suivant le domaine. Il peut se
traduire comme « atout » comme dans la phrase : « Cet érudit est un atout
inévitable à cet établissement ». Dans d’autres contextes « asset » surtout dans le
commerce, pourrait varloir dire « actif ». Dans le commerce ou dans les institutions
financières on parle d’ assets and liabilities comme les actifs et les passifs. Si nous
avons digressé un peu ici c’est pour démontrer en termes clairs ce que c’est que le
pouvoir d’équivocité.
La machine à traduire ignore toujours le fait que dans le
domaine littéraire aucun mot n’est cloué à un seul sens, d’où on est parvenu au
222
phénomène d’équivocité. Toute traduction qui met de côté le traducteur humain
doit embrasser l’échec. Les nuances des termes poseront des problèmes énormes à
ces machines et les concepts à base de culture ne peuvent jamais se traduire
littéralment. Une question majeure qui se pose c’est : Si l’être humain doit intervenir
après cette programmation automatique, à quoi sert la machine à traduire ?
On
s’empresse à dire que si notre traducteur a fait des fautes terminologiques dans ses
traductions, ce n’est pas par ce qu’il n’a pas engagé la machine à traduire. Ces
machines, nous devons avouer, sont dotées d’une surplicité terminologique ce quji
leur manquant n’est que la dextérité, la flujidite ou la flexibilité dans l’emploi des
termes. Au contraire la TA supprime la créativité humaine.
2.9.8.5
Conclusion
Comme, on s’approche au vif de cette thèse, nous croyons que c’est le
moment pour étudier de manière plus proche les faits causatifs des écritures
d’Albert Camus, comme visibles dans sa naissance et dans sa vie. Ceci nous aidera
pour comprendre pourquoi il choisit certains vocables en référence aux autres pour
exprimer certins idées. Mais, avsnt de discuter faits causatifs (Chapitre Quatre), nous
voulons exprimer les démarches suivies pour realiser cette etude (Chapitre Trois).
223
CHAPITRE TROIS
Méthodologie de la recherche
3.0
Préambule
Dans le chapitre précédent nous avons entamé la revue de littérature dans
laquelle il nous est arrivé de revoir les idées des théoriciens et des praticiens de la
traduction, non seulement sur le sujet de traduction, mais aussi sur la créativité et
par extension sur les limitations de la créativité sur la traduction littéraire. Nous
Avons consacré du temps et de l’espace à discuter la traduction la traduction
littéraire (prose, poésie et théâtre) afin de préciser l’influence de la culture
anthropologique sur chacun de ces domaines.
Or, dans le présent chapitre, nous voulons décrire la méthodologie dont nous
avons abordé cette étude, c'est-à-dire, le grand dessein que nous avons suivi pour
arriver à sa réalisation.
3.1
La méthode bibliothécaire
Un lecteur insusciant sera porté à croire à première vue, qu’il s’agira de
l’usage des questionnaires pour déterminer les pour et les contre de la créativité
dans la traduction littéraire. Au contraire, une étude plus proche montrera que la
recherche est basée sur les documents de référence disponibles dans les
bibliothèques, [dictionnaires, encyclopédies, revues, journaux etc.]. Nous devant à
ce stade avouer que nous nous sommes déplace d’une université à l’autre, d’une
bibliothèque à à l’autre, étant donné que tous les documents dont nous avons eu
besoin ne pouvaient se trouver dans un seul établissement.
224
3.2
La méthode d’internet
Linternet fait déjà du monde un village planétaire, ce qui nous a obligé de
recourir à cet atout informatique qui rend facile la recherche académique.
De
surcroît, nous nous sommes rendu à l’internet pour nous familiariser avec ce qui est
actuellement en vogue dans le domine de la traduction interlinguistique.
Aussi, avons – nous pu, apprivoiser les avis chercheurs préalables sur le sujet
de la traduction automatique (LA TA). La documentation sur l’internet nous a permis
de voir jusqu’à quel point il serait possible et pratique de traduire des documents à
l’aide de la machine à traduire.
Ayant assujetti certains enoncés familiers à la
traduction automatique, nous avons pu arriver à des conclusions pertinentes,
discutées dans le chapitre deux portant sur la revue de littérature.
Nous nous
sommes posé la question de savoir si la machine à traduire finirait par remplacer
l’être humain dans le processus traduisant, et surtout dans la traduction littéraire
laquelle constitue le sujet de cette étude doctorale. Ce n’est pas du tout à insinuer
que notre traducteur, Stuart Gilbert, avait eu recours à la machine à traduire pour
réaliser son travail. Ni est-il une façon indirecte de suggérer que si Stuart avait eu
recours à l’usage de la machine à traduire il aurait fait mieux.
Mais, force est
d’inventorier cet aspect de la pratique traductrice très populaire du nos jours.
3.3
Délimitation de la recherche
Comme nous venons de l’expliquer tout à l’heure, notre recherche s’inscrit
dans un cadre précis.
Il s’agit d’une étude qui se circonscrit dans le domaine
littéraire, ayant rapport à deux romans d’Albert Camus, à savoir, L’Etranger (1945)
et La Peste (1947). C’est une étude à caractère pratique et sensible à la réalité,
selon nous, et c’est en ce sens que la traduction littéraire s’oppose à la traduction
225
pragmatique et technoscientifique. A titre d’exemple, dans le texte pragmatique,
c’est le message, autrement dit le sens, qui prime. Or, dans la traduction des textes
littéraires, l’esthétique reçoit primauté, sans vouloir dire que le sens n’est pas
important. Nous avons choisi de travailler dans le domaine littéraire, considérant le
fait que le texte littéraire est toujours disponible à plusieurs interprétions.
Nous
croyons avoir mentionné ce fait dans la revue de littérature, précisant les mots de
Fortunato Israël (1990) de pouvoir d’équivocité. Le traducteur digne de son nom se
trouvera dans l’obligation de tenter de déchiffrer se ses exacte caché dans l’intérieur
de tout énoncé, sans qui représentera le vouloir dire de l’auteur du texte original. Il
s’efforcera de refléter dans la traduction toutes insinuations dans le texte de départ.
Evidemment, le sujet de notre thèse possède une double visée : la créativité
dans la traduction littéraire, et l’étude critique des deux ouvrages de Camus
mentionés plus tôt. Ainsi, nous avons essayé d’entamer une étude de la portée et
l’étendue de la créativité dans la littérature, avant d’aborder le sujet de la créativité
dans la traduction littéraire. Il existe bien sûr une différence entre la créativité dans
la littérature et la créativité en traduction littéraire. La deuxième enfourchera de
notre double visée est basée sur l’étude analytique des deux romans dont il est
question dans cette thèse. Ceci demande l’application des principes énonces dans la
revue de littérature.
Les objectifs envisagés dans cette thèse sont une synthèse des faits
stylistiques et des données sémantiques dans la traduction littéraire, tous deux
donnant à la traduction littéraire un goût ambivalent. Nous avons envisage l’usage
de la méthode de critique de la traduction littéraire comme moyen pour la
vulgarisation de l connaissance professionnelle dans le domaine de la traduction
226
littéraire. C’était, au moins, nota visée dans l’entreprise de cette étude. Loin de
représenter un tas de règlements régissant la traduction littéraire, notre thèse
compte fournir un mélange de théories et de pratiques.
Nous avions l’intention de montrer les points forts et les points faibles de ces
deux traductions faites par Stuart Gilbert.
En somme se travail est basé sur les
diversités de cultures linguistiques e métalinguistiques entre le français et l’anglais.
3.4
Les points essentiels de la recherche
Nous avons avoué avoir consulté certains documents de référence sur les
opinions des experts dans le domaine de la traduction, tout en soulevant certains
domaines d’incongruité capables de malmener même le traducteur professionnel.
Ces points sont tabulés dans l’hypothèse de cette thèse, précisément dans le
premier chapitre de cette recherche doctorale
3.5
Les Chapitres
Cette recherche est divisée en cinq chapitres distincts. Le premier chapitre
présente notre motivation pour le choix de sujet de thèse. Là, nous avons exprimé,
de manière coursive, le mobile de cette recherche et ce que nous comptons
contribuer à l’érudition ou ce que nous envisageons de léguer à la postérité.
Dans le deuxième chapitre, il s’agit de la revue de littérature, de la synthèse
des opinions des érudits sur le sujet de la traduction grosso modo et sur le sujet de
la traduction littéraire.
Nous avons considéré entre les pages de ce chapitre les
différentes définitions du concept de traduction, focalisant sur les adhérents de style
et ceux de message, avant de donner ce que nous croyons être notre avis sur le
227
sujet. Chapitre deux porte aussi sur la créativité en traduction littéraire. Nous avons
aussi focalisé sur la fidélité vis-à-vis de la créativité.
Chapitre trois, que voici, est un effort pour résumer notre méthodologie. Il
s’agir de l’expression de notre démarche dans la réalisation de cette recherche.
Donc, en chapitre quatre nous présentons la vie et les œuvres d’Albert Camus
y compris sa philosophie de vie. Ce faisant, nous sommes convaincu que le bon
traducteur est dans l’obligation de connaître l’auteur du texte qu’il est appelé à
traduire, afin de pouvoir identifier les faits causatifs de l’œuvre, les circonstances
entourant l’œuvre qui incluent l’arrière – plan de l’auteur – sa naissance, ses
expériences.
Dans le cas d’Albert Camus, nous avons trouve qu’il avait eu une
enfance chaotique, arrière – plan qui a déséquilibré sa psychologie, comme reflétée
dans toutes ses œuvres littéraires. A vrai dire, il semblerait prêconiser la révolution
contre les forces cosmiques, créatrices de l’univers. Nous sommes persuadé que par
l’intermédiaire de ses œuvres, l’écrivain narre de manière indirecte ses expériences
vécues, bien des fois néfastes.
En chapitre cinq, nous allons entamer le vif de notre thése, l’étude critique de
chacun des deux textes littéraires d’Albert Camus choisis pour cette étude. Nous
avons commercé naturellement avec L’Etranger et terminé avec La Peste.
3. 6
Définition des termes
Quelques termes qui, à notre avis, sembleront incertains s’ils ne sont pas
expliqués incluent les suivants :
ambiguïté (nf) incertitude, idée de multiplicité de sens.
anthropologie (nf) étude de l’homme dans la société.
228
appropriation (nf) : l’acte de faire sien une chose.
autochtone (adj) naturel, natif.
Langue autochtone renvoie à l langue naturelle, à la
langue maternelle etc.
Atte Yallah (arabe) : Acte de Dieu, dessein divin.
berger (n m) : gardien de troupeau.
Enonciation (nf) phrase (ici), déclaration.
créativité (nf) : invention, originalité.
environnement t (nm) : ambiance tant physique qu’intellectuelle qui influence
le choix de mots.
extralinguistique (adj) en dehors de la langue.
intralinguistique (adj) au sein de la même langue.
flore (nf) : la végétation (latin flora).
faune (nf) : l’espèce animale (latin fauna).
idiolecte (nm) le vocabulaire propre à un individu.
intrigue (nf) : arrangement d’événements dans une narration
phraséologie (nf) arrangement des mots dans la phrase.
intralinguistique (adj) de dit d’une recherche au sein
de la même langue. S’oppose à
la recherche extralinguistique.
adhérents (nm pl) de style : ce qui propose que le style est primordial.
cohérents (nm pl) de message : ceux qui croient en la primauté de message.
terminologie (nf) : étude termes.
formation (nf) : acquisition de savoir faire professionnel.
229
grosso modo (latin) : somme toute.
traducteur (nm) : celui qui traduit (traductrice : forme féminine de
traducteur).
interprétation (nf) aspect oral de la traduction.
position diplomatique (nf) : place dans la politique internationale.
empasse linguistique : imbroglio, confusion dans l’usage de langues.
un cocktail de langues : un mélange de langues.
bousiller (vt) gâcher.
documentation : recherche mise sur papier.
psychomorphes (nm) guides idéophoniques et graphologiques.
affinité (nf) parenté
syntaxe (nf) phrase
vocables (nm) : mots.
aumônier : prêtre.
ab initio (latin) au premier abord dès le début.
fermeture (nf) l’état boucher une voie.
traductologues (nm) théoriciens de la traduction.
dictionnaire bilingue : dictionnaire traitent deux langues (e.g.. français et
l’anglais)
mettre en cause : douter.
cohérence : l’idée mettre ensemble ou d’être ensemble.
taciturne (adj) se dit de qui ne dit pas beaucoup.
fluidité (nf) l’agencement non interrompue de …
métaphore (nf) comparaison abrégée.
230
translittération (nf) : traduction littérale qui n’est pas toujours idéale.
existentialisme (nm) la lutte pour la survie.
encyclopédicité (nm) le fait de connaître presque tout.
Etre du chinois : to sound Greek.
La liste des termes est langue Heureusement, la plupart d’entre eux ont été
défins au fur et à mesure. Un effort pour les re-définir nous mènera à l’écriture de
toute une autre thèse.
3.7
Conclusion
Voici une méthodologie accrochée sur la documentation ; dans la bibliothèque
et sur l’internet. Nous nous sommes proposé de tisser les cinq chapitres de cette
thèse en un ensemble cohérent et concis.
231
CHAPITRE QUATRE
L’homme Albert Camus: sa vie, sa philosophie, ses œuvres
4.0
Préambule
Ce chapitre est basé sur la proposition de Maurice-Edger Coindreau (1988)
lors d’un entretien mené par Christian Cludicelli, que :
Connaître l’auteur que l’on traduit peut être très
important … pour l’interroger en cas de besoin.
(Coindreau : 120).
Nous sommes tout à fait d ‘accord avec Edger dans cette proposition, car
aucun écrivain ne tombe du ciel. Il exprime souvent ses expériences éprouvées.
Une œuvre créatrice d’un auteur représente parfois une crystallisation de sa pensée,
de sa vision du monde et de son interprétation des réalités physiques et
métaphysiques.
Nous nous empressons à dire aussi que l’auteur d’un texte dispose de son
idéolecte personnel, c’est à dire, les mots qui lui reviennent toujours à l’esprit
coulant à travers le bec de sa plume.
La connaissance de l’auteur s’avère une
nécessité inéluctable pour bien distinguer là où le traducteur agira en esclave et là
où il utilisera son initiative ; les libertés et les servitudes de la traduction.
Le traducteur sera en mesure de noter le registre de l’entière écriture. Un
traducteur intelligent saura quel mot dans une gamme de synonymes va mieux
remplir la fonction psychologique immédiate de la phrase conçue par l’auteur. Car,
dans la traduction, chaque unité lexicale est entourée d’un champ sémantique,
chacun disposant d’une charge sémantique différente. Il est donc nécessaire que le
traducteur sache l’auteur qu’il est en train de traduire.
232
4.1
La naissance d’Albert Camus
Albert Camus est né le 7 novembre 1913 en Algérie de l’Afrique du Nord.
(Morvan Lebesgue). Selon Lui.
En 1913 – année où cet homme vit le jour – quiconque
eût prédit l’événement, on lui eût ri au nez.
(145)
L’homme de la rue était loin de prédire le futur de cet « homo-spiritus » né
sous le signe « scorpion » du zodiaque.
La naissance d’Albert Camus, fut la
naissance d’un avatar tels les autres « hommes révoltés ».
4.2
La scolarisation d’ Albert Camus
Albert Camus a perdu son père Lucien Camus en 1914. Son père a été blessé
mortellement à la bataille de la Marne en 1914. Il est ensuite mort avant que le
jeune Camus n’atteigne l’âge d’un an.
Son éducation tombe alors sur l’épaule de sa mère, une femme sourde.
Camus a eu une enfance misérable, ce qui influencera sa vie plus tard.
Le début de ses études primaires fut dans l’Ecole Primaire Communale du
Quartier Belcourt où l’instituteur Louis Germain avait discerné ses aptitudes
scolaires, et s’est consacré à ce « gosse doué ». Un garçon de haute intelligence, le
petit Albert réussira au concours des bourses de haut enseignement. Il s’inscrivit au
lycée Moustapha à Alger où il fut respecté de ses condisciples à cause de ses
multiples talents. On l’appelait « le petit prince ». La vie n’était pas moins difficile
pour Albert Camus dans le lycée Moustapha. Mais, sa haute intelligence a attiré une
233
fois encore l’amitié de son professeur, Jean Grenier. Cette amitié durera jusqu’à la
mort d’Albert Camus en 1960.
Ayant achevé ses études secondaires à Alger, Camus s’est inscrit pour les
études supérieures à l’Université d’Alger où il a empoché une licence en Philosophie.
Toujours ambitieux, Camus avait commencé la classe des lettres supérieures en
1936 lorsque la tuberculose pulmonaire l’a empêché de passer l’agrégation de
philosophie. Dans se propres mots: « La tuberculose m’a ôté la force de vie » (La
Grange Encyclopédie Larousse, 1976).
Lutteur infatigable, il finit par achever ses études universitaires spécialisent en
Philosophie, écrivant sa thèse sur « Néo-Plutonisme et la pensée chrétienne (Ibid
2219) Mais l’éffet de la tuberculose avait continué à déranger sa vie longuement.
4.3
Sa philosophie
La philosophie de Camus tourne autour de l’absurde.
Pour pénétrer dans
l’intérieur des œuvres de Camus, l’on doit reconnaître que l’on a affaire avec un
écrivain qui ne croit pas en Dieu (Carey, 1965). Les personnages principaux dans
les fictions de Camus sont ceux qui ne croient pas en Dieu ou ceux qui luttent
encore avec le problème de croyance en Dieu. A vrai dire, avec Camus on se trouve
face à face avec un personnage qui se rend compte qu’il n’existe aucune Divinité,
aucun Dieu.
Ce que cela veut dire c’est que la mort représente la finalité de
l’existence. Et que ses souffrances, ses douleurs et ses chagrins céderont lieu à une
éternité vide et néant. L’homme fait partie d’un cycle insensé de vivre et de mourir.
Voici, en résumé, la philosophie de l’absurde, où nous ne faisons que bouger à
taton. La philosophie de l’absurde est encapsulée dans un monde existentialiste, où
234
l’homme est né pour mourir définitivement. L’effort de homme est une lutte pour la
survie. Camus refuse de croire en un Dieu bienfaisant mais, hélas, impotent, en un
Dieu Tout Puissant mais stérile (Lagarde et Michard Xxe Siecle).
4.4
Les œuvres de Camus
On s’excuse si l’on digresse énormément dans cette proposition.
Une
synthèse de la philosophie d’Albert Camus étudiée à travers ses œuvres, nous aidera
pour mieux connaître l’ auteur de l’ ouvrage. Les personnages de Camus semblent
souffrir du même sort.
En 1940, Camus quitta l’Algérie pour Paris. Il a eu un bout de travail avec le
journal France – Soir.
C’était une période de l’évasion de France par les
Allemands. Il est rentré en Afrique du Nord où il s’est remarié. C’est alors qu’il a
écrit L’Etranger (1942). C ‘est une histoire d’un jeune fonctionnaire qui cherche à se
libérer de la fausseté de la vie sur terre dont tout le monde est un actant. Il finit par
être condamné par la même société. Le Mythe de Sisyphe (1942) est l’histoire d’un
roi nommé Sisyphe condamné par les dieux à rouler un rocher vers le sommet d’une
montagne. Le travail s’avère interminable puisque le rocher retombe au pied de la
montagne une fois que le sommet est en vue. Et le travail reprend. Cette reprise
évoque une pensée profonde sur le cycle vicieux de la faillite et de la quasi réussite
qui sont notre sort sur terre. Ce mouvement tantôt en avant et tantôt à reculons
rend absurde la vie humaine.
Chacun partage cette malheureuse expérience de
monter et tomber, de remonter et de retomber à titre perpétuel. La Peste (1948)
dont la couleur locale est algérienne, décrit un monde en miniature condamné tout
entièrement à l’extinction définitive. Oran, une cité méditerranéenne est empestée
235
par un fléau inexplicable
Les prêches et les explications des religieux s’avèrent
insensées, seuls les efforts des scientifiques ont résolu ce problème humain imposé
par les forces surnaturelles. L’interprétation de cette position prise d’Albert Camus
c’est que l’homme détient le pouvoir de s’extriquer de l’emprise de quelle que soit la
force cosmique. La base et banale philosophie n’a pas de place dans le sort humain.
La Peste est une satire l’occupation allemande de France pendant la deuxième
guerre mondiale.
La position de Camus se voit clairement dans la mort définitive du Père
Paneloux qui se place quelque part entre les hommes ordinaires (dans son église) et
Dieu (au ciel). La mort du Père Paneloux traduit la mort de la dualité mortelle;
l’ange de la mort et le bon ange.
Avant sa mort en 1960 à l’âge de 47 ans, notre écrivain avait reçu le Prix
Nobel de la littérature. Albert Camus avait écrit beaucoup avant sa mort.
Comme nous l’avons expliqué d’ores et déjà, un thème principal qui court à
travers ses œuvres c’est le thème de l’absurde.
Le thème de l‘absurde est
enveloppé dans la peau de l’existentialisme.
Le traducteur d’Albert Camus doit être un Camusien, un véritable adhérent
d’Albert Camus, non dans le sens de manque de foi en Dieu. Mais, en fait, une
étude proche de la vie et de la philosophie camusienne montrera une encyclopédie
humaine, un homme avec un idéolecte formidable.
Camus remplit une fonction.
Tout mot choisi par Albert
Spécifique Reste donc au traducteur camusien de
déchiffrer le sens caché de chaque unité lexicale. Parmi une gamme de synonymes
le traducteur intelligent sera dans la mesure de trouver le mot exact qui traduira non
seulement le message mais aussi l’intention de l’auteur. A vrai dire une traduction
236
d’une œuvre camusienne sans le goût amer de la mort individuelle ou collective, du
désespoir ultime, de la condamnation sans pitié, et de l’absurdité de l’existence
humaine, perd déjà le goût et l’odeur d’Albert Camus.
Car, ce n’est pas pour rien qu’Albert Camus évoque ce sentiment de chagrin,
de déception et enfin de révolte devant une Nature défavorable à certains gens. Les
héros camusiens reflètent la vie d’Albert Camus. Il est un jeune homme qui avait
vécu une enfance tumultueuse et une adolescence de malédiction ; cela renvoie au
facteur psychologique de la critique littéraire.
Les écritures de Camus n’expirent pas, de même leurs traductions.
Le
traducteur de Camus ne saurait pas trop ajouter ni trop enlever. Il ne doit pas trop
approprier le texte (Fortunato Israël, 18). Il faut se méfier de la tendance à créer au
hasard des mots, des expressions et des idées dans le nouveau texte.
Parmi
plusieurs alternatives, Camus a choisi des termes particuliers pour des fins
specifiques. S’il lui arrive de dire qu’il a enterré sa mère ce n’est pas qu’il ignore qu’il
ne fait que participer ordinairement dans l’ enterrement en question. Cette situation
place le traducteur d’Albert Camus entre deux feux. Et en cela consiste la tâche d’un
traducteur professionnel.
4.5
l’Etranger et La Peste en resume
Nous avons postulé d’ores et déjà que le traducteur d’un texte serait en
mesure d’analyser le texte en question de la première page jusqu’à la dernière page.
Ce faisant, le traducteur serait capable de bien refléter les nuances et les
insinuations du récit. De même le critique de la traduction dont le devoir inclut
l’analyse du fond et de la forme. La traducteur est censé être lui-même un critique
237
littéraire qui connaitra les facteurs pour mener une fiaable critique littéraire : le
facteur personnel ou psychologique, le facteur sociologique provoquant l’écriture du
récit, l’archétype ou l’inspiration de l’écrivain : c’est à dire qu’ il y avait des écrivains
qui ont écrit sur de semblable sujet, évoquant ainsi l’intérêt de l’écrivain.
Voilà
pourquoi nous nous entreprenons une étude détaillée des deux textes dont il est
question.
4.5.1 L’Etranger
L’Etranger représente le tout premier roman qu’a écrit Albert Camus.
La
couleur locale c’est Algérie. Son protagoniste Meursault vit en Alger la capitale de
l’Algérie où il travaille dans un bureau.
Il est surpris un beau jour par un
télégramme qu’il vient de recevoir de l’asile à Moreno, où il avait placé sa mère,
parmi d’autres fonctionnaires. Le contenu du télégramme est bref et très au point.
« Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués » (p.9).
Suite à cette information Monsieur Meursault commence à plannifier un
voyage vers l’Asile. Peut-être faut-il clarifier que si Meursault, célibataire habite seul
dans son appartement, c’est faute d’insuffisance économique.
Madame Meursault s’est déjà accoutumée à l’exclusion de sa famille
immédiate. Elle commence déjà à avoir des amis dont Pérez, amis qui la fait se
sentir chez elle. Aujourd’hui, elle est morte. Meursault est donc obligé de visiter
Marengo. Il devait veiller en compagnie d’autres pensionnaires.
238
4.5.2 Des surprises
A Marengo, Monsieur Meursault a exhibé plusieurs attitudes qui ont surpris les
pensionnaires et les responsables de l’Asile. Ces actions exhibées par M. Meursault
compteront contre lui plus tard à la cour de justice.
(i)
Premièrement, à la différence des autres pensionnaires présents pour
veiller la mère de notre ami, Meursault a bu du café au lait. Cela, en
principe, représente une abomination selon les pensionnaires.
(ii)
En plus, on ne s’attendait pas que Meursault dont la mère est morte
fume des cigarettes.
(iii)
On lui propose de voir le cadavre de sa mère pour cette dernière fois,
et il refuse. Il ne considère par cela très important.
(iv)
Meursault ne peut pas dire précisément l’âge de sa mère.
« Une
soixantaine d’année » n’est pas une déclaration précise.
v)
La cravate et le brassard qu’il a utilisés sont empruntés à Raymond, un
ami.
Après les obsèques, Meursault est rentré le même jour à Alger.
Chose
surprenante, Meursault tombe tout de suite amoureux d’une jeune fille nommée
Marie. Le lendemain il est allé à la source avec Marie pour nager. Et ensuite notre
ami a fait l’amour la nuit avec la fille, ce qui est dé naturel parmi ces hommes
ordinaires, vu la mort récente et l’enterrement de la femme qui l’ a enfanté.
4.5.3 Le meurtre d’un Arabe
Si l’on entend que Meursault a tué un Arabe sur la plage, on aura l’impression
qu’il y a eu une mésentente entre Meursault et ces hommes itinérants. La vérité
239
c’est que lors d’une bagarre entre Raymond, un ami de Meursault, et des Arabes sur
la plage, Raymond a subi une blessure sur la main.
Meursault qui va en compagnie de quelques amis acheter des données chez
Raymond apprend que son hôte est blessé par un Arabe. Voilà comment se mêle
Meursault aux affaires des Arabes, proposant avec audace de mener une « guerre »
de vengeance sur les attaquants de Raymond.
Voyant les Arabes, qui, de peur, se cachaient derrière le rocher, un homme
sensible
serait
tenté
d’abandonner
cette
cause
de
vengeance,
dans
la
compréhension que les Arabes ont déjà baissé les bras.
Mais, insensible comme est notre protagoniste, Meursault ordonna à
Raymond de lui passer son révolver.
Prends – le d’homme à homme et donne – moi ton
révolver.
(L’Etranger, 90)
C’est ainsi que Meursault saisit l’arme de Raymond seulement pour tuer en
sang froid l’un des Arabes sur la plage.
La question qui se pose n’est pas si
Meursault a tué un Arabe à coup de fusil. Ce qui agite l’esprit des gens, ce qui
comptera plus tard contre lui, n’est que pourquoi il a tiré d’autres quatre coups sur le
corps inerte de l’Arabe.
L’interprétation de cet épisode c’est que Meursault a
prémédité le meurtre de l’Arabe. Les autorités l’ont arrêté.
4.5.4 L’Arrestation et le jugement de Meursault
Meursault est arrêté pour avoir commis le meurtre, un fragrant délit selon la
loi de France. On l’a emprisonné selon le système légal français. La dureté spirituel
240
de Meursault est ouvertement démontrée lors de son emprisonnement. Même, face
à la mort, Meursault a refusé de bouger un pouce de sa croyance, ou dirait-on son
incroyance. Dans les mots exactes de Camus.
On ne se trompait donc pas beaucoup en lisant dans
L’Etranger l’histoire d’un homme qui, sans aucune
attitude héroïque accepte de mourir pour la vérité.
(i)
D’ordinaire, Meursault tel tout autre homme normal, devrait essayer de se
sauver la vie en disant des petits mensonges aux cas d’urgence. Mais, il a refusé
tout carrément de mentir, de nier le meurtre de l ‘Arabe. Il a même accepté d’avoir
tiré un premier coup qui a lousé l’Arabe raide mort, et puis quatre autres coups de
suite.
L’effort du juge d’instruction d’injecter un sentiment de remords dans l’esprit
de Meursault s’avère peine perdue.
L’opportunité fut présentée à Meursault de
prétendre qu’il croît en Dieu. Mais, sans équivoque il répond au négatif.
… en me demandant si je croyais en Dieu. J’ai répondu
que non !
((L’Etranger, 108)
C’est après ce bout d’interrogatoire que le juge classifia Meursault d’un être
insensible, un pécheur sans un sentiment de repentir, un homme qui n’abrite pas de
remords dans son âme, s’il en possède du tout.
241
4.5.5 Les visites de l’aumônier
C’est la pratique des chrétiens de visiter les prisonniers dans la prison, dans
leur quasi purgatoire terrestre, pour leur prêcher la parole de Dieu. Certains d’entre
ces prisonniers qui seraient par la suite condamnés à mort, profiteraient de cette
occasion pour repentir, tout court.
C’est ainsi qu’un aumônier itinérant a visité
Meursault dans sa cellule. Meursault, d’habitude, n’a pas caché sa foi ou bien son
manque de foi en Dieu auprès de cet homme de Dieu. L’aumônier lui a demandé.
« Pourquoi, … refusez-vous de mes visites. » J’’ai
répondu que je ne croyais pas en Dieu.
(L’Etranger :176)
C’est intéressant de commenter que notre « héros, » même si la confession
comptera contre lui, n’en a pas de regret.
4.5.6 Le jugement et la condamnation de Meursault
Le jugement de Meursault n’est pas vraiment basé sur le meurtre de l’Arabe
sur la plage. Le juge avait, dans le langage le la loi, erré dans la justice, selon nous.
Car, au lieu de se concentrer sur le vif du sujet, beaucoup de temps précieux a été
tué sur la vie privée de Meursault : pourquoi n’avait-il pas pleuré pendant la mort de
sa mère ; pourquoi il avait fumé lorsque l’on veillait sa mère; pourquoi il avait nagé
sur la plage avec Marie, tôt après la mort et les obsèques de sa mère; pourquoi il
avait fumé des cigarettes et bu du café au lait la nuit à Marengo lors de la veille de
sa mère.
Après les tenoignages par des individus non instruits et émotifs, Meursault est
condamné à mort, non pas pour avoir commis un meurtre, nous oseront le dire,
242
mais pour avoir refusé de jouer le jeu comme d’autres êtres humains, y compris
nous tous, auraient fait.
4.6
La Peste
La Peste d’Albert Camus est situé dans la ville d’Oran en Algérie de l’Afrique
du Nord. Dans les mots d’Albert Camus, notre écrivain lui-même, Oran représente
un climat et une topographie défavorable jusqu’au degré superlatif. La condition
atmosphérique devient alors une menace aux habitants (La Peste p.1). Voilà un
paysage dépourvu de volailles et d’arbres. C’est un paysage infernal en un mot.
Oran est presque entourée d’une chaînem de montagnes lumineuses. Vers le Nord
de la ville est la mer méditerranée qui constituera, elle aussi, une frontière
insurmontable au cas d’urgence. Il n’y a qu’un chemin de fer en provenance de
l’extérieur de la ville. Ce chemin de fer sert de la seule voie d’échappement terrestre
devant les éventualités de la nature.
Il n’y a pas de végétation à Oran ce qui fait que le soleil tombe d’aplombe
tant sur la habitants que sur les toits des maisons. Les saisons sont entre deux
extrémités de froideur et de chaleur. Par exemple, pendant l’automne il pleut si à
verse que la terre semble pourrie avec de la boue partout dans la ville.
Le printemps n’est pas moins dangereux, amenant toujours des difficultés,
comme il est le cas dans le récit : Oran, selon Camus, peut se compter parmi les
villes d’Afrique où il n’y a pas d’oiseaux dans chaque coin de la ville. Au risque d’être
nommé un autre Albert Camus, nous nous empressons de dire qu’Oran est l’apogée
de la méchanceté de la NATURE envers l’humanité, et contre laquelle les oranais et
par extension toute humanité lutteraient jusq’à la fin du monde.
243
Mais malgré ces situations infernales, Oran est une ville très affairée, où la
majorité des gens sont commerçants.
Il est quand- même un petit nombre
d’ouvriers y compris une mairie qui se chargent des affaires sociales. Une agence
privée Ransdoc (Renseignement et documentation) se charge de la diffusion gratuite
des informations. Des cafés abondent dans la ville d’Oran et les gens aiment se
divertir en nageant dans la mer.
4.6.1 L’histoire
Le Dr. Rieux, médecin, habitant au premier étage d’un bâtiment, bute sur un
rat mort en descendant les escaliers vers le rez-de-chaussée. Il y a le concierge,
Michel, qui finit par attribuer la présence du rat aux petits tours joués par d’autres
habitants du quartier. Ni Rieux in Michel ne prend pas la mort du rat au sérieux.
Cette découverte se passe le 16 avril 194__. Le 17 courant, la mère du docteur
vient remplacer sa femme qui est devenue malade.
Au fur et mesure que le temps passe, l’histoire des rats morts prend les
dimensions alarmantes. Les rats meurent en grand nombre, si bien que le 18 avril,
deux jours après la mort du premier rat Ransdoc dans une annonce radiodiffusée,
donne le chiffre de rats morts comme 8.000, chiffre qui provoque de l’anxiété dans
la ville entière.
Le chiffre de rats morts est si énorme que les êtres humains commencent à
avoir peur, étant loin de prévoir que la mort de ces rats n’est qu’un précurseur d’une
catastrophe imminente qui descendra sur l’humanité.
Le 29 avril marque un petit tournant dans le progrès malheureux de la
maladie des rats, maladie qui na pas de nom. A cette date-là, Ransdoc annonce
l’arrêt de la mort des rats. On ne voit plus aucun rat dans la ville d’Oran. Mais,
244
chose surprenante, les êtres humains deviennent, à leur tour, victimes du massacre
mystique et mythique.
Ces victimes sont notées par la présence des butons sur leurs corps. Michel
le concierge, est la première victime.
Il meurt peu de temps après l’attaque.
Beaucoup d’autres Oranais tombent victimes de la maladie mortelle, après sa mort.
4.6.2 Rieux ne rit plus
Rieux constitue le point focal de ce récit, non pas parce que c’est lui le
narrateur au récit. C’est aussi parce qu’il est, dès le début le tout premier caractère
à être présenté, un véritable meneur d’hommes, un organisateur même devant la
mort.
Son souci lors de la mort des rats à Oran comme s’il prévoir déjà la
catastrophe imminente fait de lui un visionnaire et un véritable héros intellectuel.
Mais, Camus n’a pas fait de Rieux un porte parole de quelque soit le groupe. Il est
un médecin, un homme qui ne croit pas en vague et vide philosophie, mais fait foi à
la science humaine comme le sauvetage de l’humanité en temps de crise
indéfinissable. Savie semble rendre faux l’éjaculation biblique que : Ecce Agnus Dei,
ecce qui tollit peccata mundi (voici l’agneau de Dieu, voici qui enlève le péché du
monde).. Nous vivons dans une époque de « Ecce agnus humani, ecce qui tollit
peccata mundi » (voici l’agneau humain voici qui enlève le péché du monde).
Très inquiet, face à la quasi-faillite de la science médicale de remédier ab
initio le ravage de la peste, Rieux passe des nuits blanches pleines des moments
pensifs.
Le résultat de ce souci et de cette avalanche de pensée intellectuelle c’est la
tendance chez Rieux de résumer les ravages de la peste dans le monde dans le
245
passé immédiat.
Renfermé, alors, dans son cabinet, il se tracasse la tête à la
recherche d’une solution au problème prévalent. Il arrive enfin avec une déclaration
philosophique.
Lorsqu’une guerre éclate, les gens disent : Cela ne
durera pas. C’est bête. Et pourtant, des bêtises durent
et ce sont des humanistes qui périssent, car ils ne
prennent pas la situation au sérieux.
(La Peste, p. 84).
Dans cet élan de pensée, Rieux revoit vividement.
(a)
la situation de la peste de Constantinople où dix mille personnes
étaient tombées victimes en un seul jour.
(b)
Canton où 40.000 rats étaient morts avant que la peste ne s’intéresse
aux gens.
(c)
l’année 1871 où il n’y avait pas moyen de compter les rats morts
pendant une peste.
(d)
la ville de Chine pleine d’agonisants silencieux pendant une peste.
(e)
Athènes qui avait été empestée et désertée par les oiseaux.
(f)
Marseilles où les gens avaient été victimes de la peste quelque fois
dans l’histoire.
(g)
aux accouplements des vivantes dans le cimetière de Milan, après la
grande diminution du leur population par une peste
(h)
Londres où on entend, encore, spirituellement hélas, les cris
interminables des gens mourants pendant une peste.
246
Dans cet état émotif, Rieux convoque une réunion de la Commission Sanitaire
(sa propre formation) à la préfecture dont les participants sont.
(i)
Monsieur Mercier (Le Préfet)
(ii)
Le Dr. Rieux
(iii)
Le Dr. Richard
(v)
Jean Tarrou.
Ce fut une conférence bien disputée. Alors que les autres membres de la
Commission se donnent la peine de chercher un nom tout d’abord pour la maladie,
Rieux en bon réaliste insiste qu’il n’y a rien dans un nom. Quel profit tirer de la
recherche d’un nom pour une maladie qui diminue déjà la population, au lieu de
chercher une solution efficace pour la maladie. L’essentiel quant à lui, c’est que
cette maladie sans nom risque de tuer la moitié des habitants d’Oran sous peu de
temps. Voilà une prophétie qui se réalisera avec le passage de temps. Le résultat
de la conférence s’articula ainsi :
(i)
Les malades seront désormais isolés.
(ii)
Les écoles seront reconverties en hôpitaux.
Le taux des morts monte. Les écoles sont fermées, marquant la fin du progrès
intellectuel pour les enfants.
Des sérums sont envoyés par la France, mais la
quantité était inadéquate face à la réalité prévalente.
Des trentaines des gens
meurent de jour en jour. Des journaux font des rapportages effrayants. Le Préfet
est obligé d’envoyer un une dépêche à Rieux :
« Déclarez l’état de Peste. Fermez la ville ».
(La {este, p. 63)
247
4.6.3 Résultat de la fermeture
La ville d’Oran est devenue un asile commun.
Les gens ne pouvaient ni
entrer ni sortir. Peu après, même la communication avec le monde extérieur était
interdite.
On n’envoie plus de lettres à l’extérieur de peur que ces lettres ne
transmettent la maladie en dehors de la ville d’Oran. Face à cette fermeture, le
commerce, occupation majeure des habitants devient une activité moribonde. Ainsi,
à part les denrées existant déjà dans la ville, il n’existe point de moyen facile d’en
importer d’autres. Les voitures ne font que circuler en rond dans la ville.
Suite à ce renfermement infernal, les oranais observent une fraternité
exclusive. L’enterrement des morts ne constitue pas un problème. L’idée de révolte
n’entre pas dans l’esprit des Oranais renfermés.
Or ce serait très naturel de
protester l’imposition de cet acte de renfermement sur un peuple candide et
innocent.
Tout au contraire, le calme règne partout.
Cependant, les citoyens
meurent dans leurs nombres, sans vouloir dire que les membres de la commission
Sanitaire sont oisifs.
Les portes de la ville restent toujours fermées et les gens
meurent comme les rats.
4.6.4 Rouverture de la ville
Rien n’est aussi gênant et fatal que la peste à Oran. Une maladie, qu’elle soit
naturelle ou surnaturelle, qui a duré dix mois précisément entre avril et janvier de
l’année prochaine, comme nous l’avons dit, n’est pas un jeu d’enfant. Le 25 janvier
de l’année prochaine, la Préfecture annonce que l’épidémie peut être considérée
comme enrayée. Mais, les portes de la ville resteront encore fermées, pendant deux
248
semaines. En fin les portes s’ouvrent et les citoyens regagnent en quelque sorte leur
liberté de mouvement.
Mais, ce n’est pas une exagération d’observer que parmi les membres de la
Commission Sanitaire, aucun n’a échappé tout entier de l’effet néfaste de la peste.
Le sérum découvert par le Dr. Castel a joué le jeu où les sérums envoyés de
France ont échoué. Néanmoins, le Dr. Rieux découvre enfin que sa femme qui se
soignait en dehors de la ville est morte lors de la séparation. Tarrou, membre de la
Commission Sanitaire perd aussi sa vie dans la peste. L’échappement de Joseph
Grand de la gueule de la mort constitue un miracle.
Cottard qui aime mieux
l’ambiance catastrophique de la Peste perd la tête au cours de la réjouissance des
gens lors de l’arrêt de la peste. Il tire sur la foule joyeuse célébrant la fin de la
peste. Rambert voit sa femme arrivée sur le quai, par le train, et ne la reconnaît
pas. La peste a transformé sa mentalité. Il n’est pas une famille qui n’est ravagée
par le fléau.
Même l’annonce par Ransdoc sur l’arrêt de la peste n’a pas eu beaucoup
d’effet sur la population. Les citoyens ne sont pas surs et ne diraient pas avec forte
certitude que le fléau a enfin pris la fuite. Tout reste inexplicable et flou. Personne
ne comprend rien. La seule chose que l’on peut expliquer c’est que tout le monde a
lutté, certains vainement contre la mort et certains contre le fléau.
Inexplicable
aussi est pourquoi Cottard avait tiré sur la foule joyeuse. Pourrait-on conclure qu’il
la voit comme une réjouissance trop tôt, car loin de disparaître pour toujours, peutêtre la peste est capable de descendre sur une cité quelle conque pour y faire son
rage.
249
4.6.5 La mort du Père Paneloux
La mort du Père Paneloux est symbolique. Albert Camus a dit sans équivoque
qu’il ne croit pas en Dieu.
Cette mort met fin à la confusion théorique de la
présence de bons anges et de mauvais anges. Le Père Paneloux reprochait le fléau
sur les péchés des fidèles dans l’église. Il avalera ses mots pendant qu’il vit, en
étant, lui-même, confus, suite à l mort du fils d’Othon. Paneloux change le ton de sa
prêche, en disant que la croyance en Dieu est facultative. On a le droit de tout
croire ou de tout nier.
Ayant « repenti », le Père Paneloux est mort comme tout être humain dans la
peste ainsi justifiant le dicton que « L’habit ne fait pas le moine » - Cuculus
monarcum non facet.
La mort de Paneloux révèle que toutes les théories actuelles sur le bon et le
mal sont prônes à des mutations dans le temps et dans l’espace.
Ce qui reste
inchangeable c’est que Dieu est incompréhensible. Tout est absurde et incertain.
Nous ne faisons que bouger à tâtons. Même l’idée de lutte est réduite à l’absurdité.
Et pourtant, il faut lutter contre son destin. C’est la seule manière de se montrer un
homme digne de cet appellation.
L’homme détient le droit de tout croire ou de tout nier. Mais qui oserait nier
l’existence de Dieu. Balzac, dans son roman, Le Père Goriot (1859) dévance Camus
dans cette observation philosophique qui tient qu’il y aura des surprises durant les
derniers jams, si Dieu joue un tour d’être absent au dernier jugement. La mort de
Paneloux met une grande manque d’interrogation sur l’authenticité des croyances
chrétiennes comme vulgarisées dans les églises de Dieu. On dirait que Camus l’a
« tué » exprès pour démontrer la banalité de certaines prêche ecclésiastiques.
250
La soi – disant fin de la peste et l’allégresse générale qui s’ensuit selon
Camus, sont totalement absurdes et insensées car
Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais,
qu’il peut rester pendant dos dizaines d’années endormi
dans le membres et les linges, qu’il attend patiemment
dans les chambres, les malles, les mouchoirs et les
paperasses et que peut-être le jour viendrait où, pour le
malheur et l’enseignement des hommes, la peste,
réveillerait ses rats et le enverrait mourir dans une cité
heureuse.
(La Peste, 137).
Heureusement, il n’y a pas moyen de préconnaitre cette cité mal(heureuse). Peut-il
être pourquoi Cottard tire sur la foule ; juste pour souligner cette vérité indubitable.
4.6.6 Le message camusien
Dans La Peste, Albert Camus aborde la question philosophique de l’existence
humaine sur terre. Il tient fort à nous alerter qu’il manque de formule précise pour
découvrir le secret de la NATURE. On ne fait que deviner l’existence et la cause du
mal et du bien dans le monde. Ce secret restera toujours caché. S’il existe du tout
une préoccupation humaine qui puisse arriver assez près de la solution des
problèmes humaines c’est la science pratique et non pas les floues et vides
philosophies religieuses prêchées par les néophytes de l’étude naturelle.
Notre
existence dans le monde est un défi, la vie est un cycle vicieux, une répétition du
bon et du mal. L’homme lutte toute sa vie contre les forces cosmiques, créés par le
251
même Etre Suprême qui a créé l’homme. Ces forces sont excessives et oppressives
vis-à-vis des limitations humaines. L’homme finit par mourir sans aucune solution à
ses innombrables problèmes. Voilà, bref, ce qui constitue le sort humain dans ce
monde méchant.
La seule solution, à la condition de l’homme dans le monde, réside non dans
les philosophies vides, qui, bien des fois, se contrarient (vide Père Paneloux). La
solution ne réside ni dans la crédulité sur l’existence de Dieu ni dans des théories
semblables ecclésiastiques.
Loin d’avoir un sentiment pessimiste, Camus croit que la vie est une sorte de
bataille tant au niveau individuel que collectif. La vie de Jean Tarrou, issu d’une
famille noble, soutient cette proposition. Tarrou représente l’homme révolté « dans
le récit. Voici un jeune homme qui a échappé au meurtre des gens par les juges
dont son père fait partie, meurtre commis au nom de l’état contre les pauvres de la
société.
Enfin, après avoir lutté avec les Oranais, Tarrou est condamné par la nature.
Il meurt avec les agonisants de la peste. Son cas est inexplicable, car cela rend la
position prise de Dieu incompréhensible vis-à-vis de ce que l’on peut vraiment faire
pour être sauvé.
Le cas de l’enfant de Monsieur Othon est aussi inexplicable. Dieu ne devrait
pas le tuer parmi les pécheurs d’Oran, selon la prêche du Père Paneloux, comme il
n’a pas atteint l’âge de connaître ou commettre les péchés.
Le Père Paneloux
évoque l’expiation. Mais si l’on peut demander, de quel péché, le fils d’Othon va-t-il
s’expier.
252
Le message d’Albert Camus dans La Peste est clair et lucide. La vie n’a pas
de panacée sûre et certaine.
On n’a qu’à lutter chaque jour contre les forces
naturelles, contre les forces cosmiques qui s’opposent au progrès de l’humanité.
Au risque d’être considéré plus camusien que Camus, nous ôserons ajouter
que toute réalisation, tout progrès de l’homme est issu d’une proteste contre la
position que la Nature lui a assignée.
i)
L’être humain est dépourvu d’ailles, mais aujourd’hui l’homme s’envole
dans l’azure tel un oiseau grâce à l’invention de l’avion.
ii)
Aussi, sinon pour l’invention des lunettes la plupart d’entre nous auraient
été aveugles à un certain âge.
iii)
Aujourd’hui, il est possible de discuter avec son frère dans une partie
lointaine du monde.
Tous ces « miracles » sont possibles à cause de la révolte de l’homme contre la
Nature ; contre son destin, contre la création.
4.6.7 Le symbolisme de La Peste
La Peste représente, bien entendu, un compte rendu satirique de
l’occupation allemande de France, pendant la deuxième guerre mondiale (19391945) et la résistance qui l’a suivie.
Albert Camus rassemble dans ce récit les
événements majeurs de l’époque et les a remaniés pour donner un ensemble
romanesque très cohérent, en un véritable récit académique et philosophique.
L’arrêt de la communication renvoie à la coupure de la France en deux zones
par les pouvoirs nazis en sorte qi la communication entre les deux zones était
interdite. Il y avait de la limitation de plus en plus stricte des ravitaillements, du
253
rationnement de l’essence et des vivres ; situation qui avaient donné naissance au
marché noir. Cottard nous vient d’emblée à l’esprit à cet égard.
Les Français appeuvris ont embrassé de la misère. Etant ainsi obligés
d’accepter les pires des besognes. Les gens ont été obligés de former l’habitude de
piétiner dès l’aube, vers les portes des magasins ou vers des maires pour se
procurer de quoi manger ou des papiers qui y donnaient droit. Face à la séparation
des parents, ils n’ont qu’à écouter la Radio Anglaise (Ransdoc dans le texte) au ton
nécessairement un peu faux.
La semaine de prières organisées pour les catholiques correspond à des
semaines de prières organisées pendant l’occupation. Le Père Paneloux représente
des évêques vichyssois qui avaient expliqué les malheurs de la patrie par
l’éloignement de la morale traditionnelle, et l’occupation par l’épreuve envoyée par
Dieu pour retirer les âmes.
Les écoles recouverties en hôpitaux sont d’autres
aspects de la vie française pendant l’occupation.
4.7
Conclusion
La Peste, grosso modo, est un témoignage indirect de l’occupation, mais
d’une profondeur puissante, frappante et persuadant sur l’oppression nazie, où
Camus recherche la vérité plus profonde sur les surfaces des événements
particuliers.
Tout cela représente les causes sociologiques et historiques de l’écriture en
revue.
Albert Camus a-t-il vraiment été inspiré par Jean-Paul Sartre, un autre
écrivain athé. (Lebesgue, 1965 :99). Cela représente l’aspect archétypique de la
critique littéraire.
254
L’Etranger représente une lutte pour la survie individuelle, personnalisée par
Meursault, jeune fonctionnaire franco-algérien qui ne voit la survie de l’homme que
dans la vérité absolue. Au contraire La Peste représente une lutte collective de toute
une société pour survivre. Les deux œuvres portent sur l’existentialisme, la lutte
pour la survie dans un monde absurde. Selon L’Encyclopédie Larousse (1972),
Comparée à L’Etranger, La Peste marque sans discussion
possible le passage d’une attitude de révolte solitaire à la
reconnaissance d’une communauté dont il faut partager
les luttes.
(1792)
255
CHAPITRE CINQ
Analyse critique de la traduction de L’Etranger et de La Peste
5.0
Préambule
Nous voilà enfin dans le vif de ce long trajet.
C’est à ce stade que se
cristalliseraient les applications des théories que nous avons avancées dans le
deuxième chapitre de cette thèse ; chapitre portant sur la revue de littérature. En
discutant les critères pour la créativité dans la traduction littéraire, nous avons
évoqué les conditions pour la création des termes, la créativité face à la notion de
fidélise dans la traduction, la créativité et les données culturelles, la créativité et le
style, lequel est en concours avec le message.
Nous voulons à ce niveau étudier de très proche les deux textes d’Albert
Camus dont il est question dans cette thèse, afin de vérifier comment et combien
Stuart Gilbert a lutté pour se conformer aux exigences de ces réalités en créant les
deux textes nommés en haut. Ce n’est pas par hasard que nous avons utilisé le
terme « créer » en parlant de la traduction.
C’est plutôt pour démontrer notre
conviction que le traducteur représente le véritable auteur du deuxième texte que
nous tous appelons « traduction ». Nous comptons aussi souligner les points forts
et les points faibles de quelques aspects de ces traductions, convaincu que le
critique ne fait pas que souligner les points faibles de la traduction, mais devrait
poser les côtés positifs contre les côtés négatifs de la traduction pour arriver à un
jugement juste.
Nous allons commencer naturellement avec L’Etranger traduit
comme The Outsider puisqu’il s’agit du premier ouvrage à être écrit et à être traduit.
256
5.1
Le titre
L’Etranger :: The Outsider
Nous jugeons ce titre juste, étant donne que le protagoniste, qui est à la fois
le narrateur, se transforme en An Outsider, dans la société où il vit. Cependant,
dans l’effort pour se libérer de la routine traditionnelle perpétuée par la société
humaine, il a perdu le peu de liberté que lui confie la société. Meursault n’est pas né
un étranger : il s’en est fait.
Néanmoins, d’autres titres qui nous paraîtront
acceptables sont :
5.2
i.
The stubborn citizen
ii.
The unique Son of An Aged Mother
iii.
Meursault : the fake Christ.
Analyse critique de L’Etranger
L’Etranger :: The Outsider
P.9 Sentiments distingués ::
p.13
Deep sympathy.
Le traducteur n’a pas fait la recherche terminologique avant de traduire ce
segment. La traduction de « sentiments distingués » est déjà faite ; c’est l’un des
termes que nous nommerons les clichés classiques.
Dans les lettres officielles
anglaises aussi bien que dans l’envoi des télégrammes, la formule finale est une
affaire classée.
Yours faithfully on Yours sincerely sont les expressions.
Le
traducteur n’en a pas de choix. « Deep sympathy » comme le traduit Stuart Gilbert
dans un effort pour compatir à Meursault est incorrecte.
P. 9 l’asile de des vieillards ::
p.13 Home for Aged People
257
Cette traduction explicative aurvait été splendide si le terme n’avait pas d’équivalent
en anglais. Il fallait encore une recherche en termes de la part des traducteurs.
Dans la culture linguistique anglaise, « l’asile des vieillards » est d’ores et déjà
popularisés comme « Old People’s Home ». Le traducteur n’a pas besoin d’en créer
un autre terme. Autrement on dirait qu’il agit en démiurge [Fortunato Israël : 21]
P.9 dans l’après midi
::
Voici une création non nécessaire.
p. 13 well before nightfall.
Cette modulation aurait été nécessaire si un
événement spectaculaire s’est passé le même jour « at nightfall » Mars une étude
du texte ne révèle aucun événement semblable.
Nous suggérerons « in the
afternoon ».
P.11 à deux kilometres
::
p. 14 a little over a mile.
Voici une création juste, car à cette époque – là, lors de la traduction du texte, aux
Etats – Unis, on parle de « miles » plutôt que de kilometres que l’on considérait trop
français. La créativité dans ce cas, prend en considération la société consommatrice
de la traduction. La créativité doit considérer le temps et l’espace comme signalés
dans cette traduction.
Malgré le recours aux mathématiques la traduction est
recommandable.
Le « mile » est 5/8 kilomètre.
Et alors 5/8 x 2 kilometres = 1.2 miles.
258
Ceci justifie la traduction par Stuart de « a little over a mile ». C’est de la
créativité juste.
En même esprit, le traducteur s’il est capable, détient de recourir à la décimalisation,
à partir du pourcentage comme démontré dans ces exemples qui suivent. En cela
consiste la modulation comme dans ces exemples.
i.
Three quarters of Nigerian :: Soixante quinze pourcent
politicians
cannot
even
define politics
des politiciens nigérians ne
peuvent même pas définir
le mot politique.
La créativité ici c’est la conversion de la fraction au pourcentage.
ii. Fifty
percent
of
our :: La moitié de nos politiciens
politicians are selfish
sont égoïstes.
Cinquante pour c’est la moitie, signifiant la créativité mathématicale.
iii.
Our company recorded a :: Notre société a eu un profit
profit
of
0.25
of
its
investments this fiscal year.
d’un
quart
de
ses
investissement dans l’année
fiscale courante.
La traduction représente une mise en fraction de la décimalisation. C’est de
la créativité.
P.
12
Dans les premiers jours
:: p. 14 During her first few
weeks.
259
Le traducteur a crée un effet, ayant modulé l’expression.
i.
les premiers en her first … Cependant la traduction est
grossement fautive.
La distance temporelle entre jours et
weeks (semaines) est trop longue pour que les deux termes
soient confondus.
P.
Mais,
c’était
12
l’habitude
à
cause
de :: p. 14 But that was only
because she hadn’t settled
down.
Madame meursault avait pleuré non pas parce qu’elle n’était pas encore accoutumée
à l’environnement, mais parce qu’à son age, et vu sa condition, elle a l’habitude de
pleurer.
Madame Meursault est trop émotionnelle.
Supposons que dans une
épreuve de littérature, l’étudiant rencontre une question comme : « why did Madam
Meursault weep during her initial days in the Old People’s Home ? » Quelle réponse
va-t-il proposer, car le texte anglais dit autre chose et le texte français en dit d’autre.
Disons que cet étudiant a lu les deux versions.
P. 12 Au but de quelques mois
::
p. 14 After a month or two
La phrase signifie « après une brève période. » Si le traducteur a pensé en
cette direction c’est de la créativité recommandable car, le sens n‘est pas
déséquilibré. Cependant, nom aurions dit :
260
i.
After some months.
ii.
At the end of a few months.
P.
Elle m’avait expliqué qu’elle :: p. 29 She’d told me aunt
36
devait aller chez sa tante.
expected her first thing in
the morning.
On dirait que le traducteur a exercé sa liberté de créativité trop loin. Bien que
Marie ait envie de voir sa tante, Camus n’a pas précisé le temps exacte dans son
roman.
C'est-à-dire que l’aspect de first thing in the morning représente une
création en démiurge, une appropriation du texte (Fortunato Israël, 21).
P.
Un peu plus tard pour faire :: p. 29 A bit later, for want
37
quelque chose, j’ai pris un
of what to do, I picked up
vieux journal et je l’ai lu.
an old paper lying on the
floor and read it.
Un excellent acte de créativité, « on the floor » est un segment
supplémentaire. Car dans la cellule de prison, où peut-on trouver un vieux journal,
si non « par terre » ?
P.
Quand
je
l’ai
47
dans l’escalier.
rencontré :: When I met him in the hall.
“L’escalier” ne peut en aucun cas être traduit comme “the hall” Si le texte
original avait, dit la chambre et que le traducteur le traduise comme “hall”, ce serait
pardonnable, car une chambre peut s’utiliser comme « un halle ».
n’accepterons pas cette traduction comme de la créativité.
Nous
261
P. 11 Concierge
::
p. 14 porter
Le traducteur a utilisé le bon terme ici. Seulement, il n’a pas été consistant
[voir The Outsider p. 91], où il a traduit concierge comme « door keeper. » Il fallait
qu’il soit consistant dans la création des termes.
P. 17 costume raide
::
p. 20 Sunday best.
Cette création se nomme « modulation. »
C’est de la bonne création.
« Sunday best » en anglais ne veut pas dire la costume portée les dimanches. Au
contraire cela renvoie à la notion de meilleurs de ses habits.
P.
J’ai
34
passe
plongé
dans
la ::
p. 28 It was quite like the
old days
Le traducteur, loin d’être créatif, a par mégarde pris “la passé” – une partie
de la piscine – pour « le passé », d’où le mauvais choix de terme. [cf J. C. Gémar,
sur le besoin pour la documentation dans la traduction]. Nous avons condamné
dans la revue littéraire la dépendance des guides psychologiques( voir 2.9.7).
P. 34 Ils me le prendront ::
p. 45 They will do away with it.
“To do away” c’est se débarrasser de quelque chose, dans ce cas “to
destroy”. Une retraduction de la phrase française en anglais nous donnerait « They
262
will kil it » or « They will destroy it ». Donc, nous proposons : « They will seize it
from me » La création est fautive dans ce cas.
P. 71 Je lui ai dit « Au revoir » :: p. 49 … said I, « Au revoir ».
Cet emprunt interlinguistique n’est pas nécessaire.
Il fallait considérer
l’audience pour laquelle la traduction est faite. Dans l’univers anglais, « Au revoir »
est déjà traduite comme « Goodbye ». Il n’y a pas de la créativité dans la traduction
de cette expression française par une autre expression française.
P. 72 Hors d’œuvre
::
p. 50 hors d’œuvre
A la différence du cas d’ »Au revoir » cité en haut, le terme « hors d’œuvre »
est un terme déjà emprunté par l’anglais. Son utilisation dans la traduction est alors
recommandable.
P.
En descendant, nous avons ::
p. 63 On our way back,
77
frappé
we banged on Raymond’s
à
Raymond
la
porte
de
door.
Le terme “banged” n’est pas approprié dans cette traduction. Au lieu de créer
un terme inapproprié il fallait mieux dire « knocked ».
p. 90 très écartés ::
p. 61 at right angles to his feet.
Stuart a essayé, ici, de créer une expression imagée, mais la création n’est
pas commode.
Les détails fournis par le traducteur ne sont pas nécessaires, et
263
surtout l’aspect mathématical auquel le traducteur a eu recours. Nulle part dans le
récit d’Albert Camus s’est – il montré un spécialiste en les mathématiques.
P. 102
Le jour où j’ai enterré
maman
:: p. 69. On the day I attended
mother’s burial
Il y a une différence énorme entre enterré (buried) et attended (assisté à).
Ce n’est pas pour rien que l’auteur avait utilisé le terme enterré.
Le traducteur
passe déjà jugement sur Meursault, basant sur la thèse que voici un être qui refuse
de se conformer aux normes de la société. Il fallait raconter l’histoire telle quelle, et
laisser le jugement à l’audience lectrice. On sait vraiment que Meursault n’a pas
entrepris la responsabilité de l’enterrement de sa mère, peut-être parce qu’il lui
manque les moyens. Or, si dans la biographie, il prétend avoir « enterré maman »,
il fallait garder cette prétention.
Deuxièmement, le traducteur a atténué l’affectation entre Meursault et sa
mère.
Il y a une différence énorme, une grande distance psychologique entre
« maman » et « mother ». Le terme maman assume une distance psychologique
plus proche que « mother » lequel représente un terme trop banal. Le but de cette
création est négatif.
P. 106
… tire sur un corps sur :: p. 72 firing a gun at a
terre
prostrate body
Le mot prostrate (adj.) en anglais relate à l’idée de se coucher à plat ventre.
Selon Oxford Advanced Learner’s Dictionary (p. 1167) prostrate se définit comme :
lying on the ground and facing downwards. L’auteur n’a pas précisé comment git le
corps de l’Arabe. En chapitre deux nous avons parlé de la nécessite pour garder
264
l’ambiguïté de l’auteur, s’il y a besoin. Si le traducteur doit créer une exégèse plus
avancée que celle de l’auteur, nous proposons
i.
firing at a dead body
ii.
firing at a lifeless body.
Plus loin dans le récit, il est dit que l’Arabe est mort. Donc, ce ne serait pas hors de
place de dire déjà « un corps inerte. »
P. 108
J’ai remarqué qu’il
:: p. 73. I noticed tht he seemed
me tutoyait
genuinely solicitous when he said
« My poor-young man »
La notion de tutoyer et de vouvoyer en français est difficile à traduire en
anglais, ce qui fait l’on ne puisse pas trop reprocher le traducteur pour son recours à
solicitous et à My poor young man.
Cependant, puisque tutoyer introduit une
mesure de familiarité, le traducteur ferait mieux de créer un terme de familiarité. A
cet égard, nous proposons
I noticed that he was becoming cordial and friendly from the way he talked to
me.
P. 142
Elle était naturelle
::
p. 82. It was plausible.
Premièrement, le pronom elle dans ce contexte se rapporte à madame
Meursault. Mais dans la traduction, cette unité lexicale se traduit comme it, un sujet
neutre. Deuxièmement, le mot naturelle dans le contexte ne peut pas etre traduit
comme plausible. Nous proposons natural, pour avoir She was being natural. Le
265
terme « plausible » n’est ni ici ni là, c’est un terme qui flotte dans ce passage. Une
question qui se pose c’est : qu’est-ce qui est plausible dans les pleurs et dans les
regrets de Madame Meursault ?
P. 125 … cinq mois en prison
::
9. 88 … six months in gaol.
Il s’agit d’une extension temporelle ; cinq mois prolongés à six mois (six
months). Emprisonner quelqu’un six mois lorsque la loi en prescrit cinq représentera
une punition supplémentaire. La modulation day/matin est tolérable en ce sens que
le matin fait partie du jour. Mais, la créativité qui reconvertit cinq mois en six mois
est mauvaise et lamentable.
P. 128. Dans le box d’accusé
:: p. 84. to the prisoner’s dock.
Meursault n’est qu’un simple détenu, et non pas un prisonnier.
Le box
d’accusé en anglais c’est « the witness box ». Plusieurs gens innocents entre dans
ce box ; le plaignant, l’accusé, le témoin etc. entrent dans cette enclôture pour
s’adresser aux jurés.
Le traducteur s’est lancé dans la créativité sans recherche
terminologique.
P. 129 J’ai compris …
::
p.88. I guessed …
Il n’y a rien à estimer (guess) dans le passage. Ce terme n’est pas à notre
avis, très commode ici.
On proposerait I understood. Entre le terme « guess »
266
(estimer) et « understood » il existe un univers de différence sémantique.
Les
adhérents de sens n’accepteront pas cette sorte de création.
P. 130
…que j’ai ete de :: p. 86 … a feeling of being de trop.
trop
Bien que le terme “de trop” soit acceptable en anglais, cette traduction est
trop française surtout quand il y a déjà un terme équivalent en anglais; a feeling of
being odd. Bien que le terme « de trop » figure dans le dictionnaire anglais, ce
terme n’est pas commun chez les anglophones. Il s’agit, alors, d’une création plutôt
floue et trop recherchée.
P. 131. Mon avocat est arrivé
::
86. My lawyer bustled in.
Ce terme nous semble inconvenable, en ce sans qu’un avocat ne peut pas
bousculer son chemin en entrant dans un tribunal. On s’imagine la dignité que porte
un avocat. L’idée de bustled in peut aller au champs de football, mais jamais dans
un lieu honorable tel le tribunal. On doit considérer le registre avant de créer un
terme.
P. 132
Il me regardait
::
p. 87. He was gazing hard at me.
Cette erreur est presque universelle car les verbes concernant les yeux sont
nombreux et difficiles à différencier. A titre d’exemple il y a
Gaze :
Mope :
Stare :
Glimpse :
regarder fixement
regarder la bouche bée
regarder les yeux très ouverts.
jeter un coup d’œil sur
267
L’adjonction du mot hard détruit davantage la traduction, un terme crée de
trop.
P. 134. Oui, Monsieur le Président
::
p. 88. Yes, Sir.
Certaines expressions sont péculières à la cour de justice. On nedit pas Yes,
Sir au Président d’un tribunal dans la culture anglaise. On dit plutôt As the Court
pleases or Yes,Your Worship. Et, vu le niveau d’éducation qu’a Meursault, on ne
s’attendait pas à ce qu’il fasse de telle faute. Comme nous l’avons postulé dans le
deuxième chapitre, le traducteur est censé se documenter dans le domaine de son
opération pour réaliser une précision terminologique dans le domaine.
P. 136
Voiture cellulaire
::
p. 90. Prison van
La traduction est bonne. Cependant, dans un milieu anglophone comme en
Angleterre, on parle plutôt de Black Maria, terme qui est déjà popularisé en anglais.
Alors inutile d’en inventer d’autre.
P.
Aujourd’hui,
j’ai
43
travaillé au bureau
beaucoup :: p. 33.
I had a busy
morning in the office
Nous aimerions signaler que la traduction d’une durée de toute une journée
comme un matin, n’est pas juste comme création. Le narrateur veut bien dire « au
cours de la journée ». Le raccourcissement semblerait inapproprié.
P. 138. Café au lait
::
p. 91. Café au lait.
268
L’emprunt de café au lieu de sa traduction anglaise de milked tea est trop
français pour un public anglophone. Dans la traduction, il faut simplifier les mots
étrangers dans un texte, compte tenu de l’audience visée dans la traduction.
P. 139
… la cigarette que :: p. 91.
le
Monsieur
m’a
… the fag which the
young man offered me.
offerte
Le terme “fag” qu’a créé le traducteur ne respecte pas le registre du tribunal.
Il fallait dire cigarette très banalement. Ce serait trop radical et dénaturel pour un
accusé entre les dents de la mort de recourir aux slangs.
La traduction de
« cigarette » comme « fag » porte Meursault en mauvaise lumière. La création est
malintentionnée de la part du traducteur.
P. 148
J’accuse cet homme ::
p. 97 I accuse this prisoner.
On doit se méfier des termes purement juridiques. Dans le cadre de la loi
britannique, un homme est prisonnier après avoir été trouvé coupable des charges
dont il est accusé. Au cas de Meursault, voici un homme qui est encore en train
d’être jugé. Vraiment, il n’est pas encore prisonnier. Nous croyons donc, que le
terme « prisonnier » ne va pas. Nous proposons : I accuse this man.
P.
Cet homme,
:: p. 100.
I ask you to note,
150.
messieurs, cet homme
gentlemen of the jury, that this
est intelligent.
prisoner is educated.
269
Nous avons mis exprès en italiques les mots intelligent et educated. Dans la
pédagogie pratique, l’intelligence est autre chose et l’éducation en est une autre.
Dans la vie, beaucoup de gens ont raté l’éducation formelle en raison de manque de
finances. L’intelligence est une qualité innée alors que l’éducation est acquise.
Il y a aussi l’effet poétique de la phrase, lequel est raté par le traducteur. Il
suffira peut-être de dire que la phrase française contient un cas d’anaphore, style
qui n’est pas transmis, le style anaphorique de Camus est perdu dans cette
traduction. L’anaphore consiste à répéter un segment phrastique au début de la
phrase. La répétition de cet homme par Albert Camus est exprès. Un autre exemple
c’est.
« Cette voiture, je l’ai dit d’ores et déjà, cette
voiture me plait »
Le contraire d’anaphore c’est cataphore qui consiste à répéter une expression
au bout de la phrase, comme suit :
« La femme – là, c’est ma mère, la femme
qui m’ donné naissance. »
Dans la traduction des textes littéraires, le traducteur devrait s’efforcer de
retenir les traits stylistiques contenus. Certes, dans la traduction pragmatique ou
technoscientifique, ce qui prime c’est le message. Or, nous insistons à répéter que
dans la traduction littéraire, le style s’avère aussi important que le message.
P.
Je vous demande la :: p. 103. I ask you to impose
157.
tête de cet homme
extreme penalty of the law.
270
Bien que les deux phrases soient idiomatiques, cette traduction manque un
aspect important. La phrase source contient une allusion biblique, style omis dans la
traduction. Le traducteur devrait reprendre le verset dans la bible d’où la référence
(cf. Marc 6, 17-29, Mtt. 14, 1-12)
« I want … the head of John the Baptist … ».
(The Gideon’s International Bible).
P. 71.
Elle avait les gestes
:: p. 49. … moved in a curiously
saccadées
jerky way as if she were o wire.
La créativité dans ce cas est plausible, car ceci peint l’image d’une femme
presque infirme qui marche quand – même à pied sans assistance. Nous avons
parlé de la traduction par la création d’image, ou la traduction imagée.
P. 82.
De
loin,
il :: p. 56.
paraissait énorme
In the distance he looked
enormous like a stranded whale.
Une image est créée dans l’esprit du lecteur.
C’est une création juste.
Bien
que l’expression « like a stranded whale » ne figure pas dans la phrase – source, son
adjonction clarifie la compréhension.
P. 123.
Au début je dormais mal :: p. 81.
To begin with, I
la nuit et pas dans le
slept badly at night and
jour
never in the day.
Le traducteur introduit quelques éléments d’ambiguïté. Pour désambiguïser
sa traduction, on n’a qu’à ajouter « at all ». La phrase résultante lira … and never at
all in the day. Et, voici le vouloir dire de l’auteur.
271
Deuxièmement Au début ne peut jamais se traduire comme To begin with, et
surtout dans le contexte du passage. L’expression traduit une action qu’il faisait
pendant ses premiers jours en prison. Nous proposons :
i.
Initially
ii.
At first
iii.
In my early days etc.
P. 10. Ses condolences
::
p.13. His sympathy and so on and so forth.
La pluralisation du mot condolences permet la locution and so on and so
forth, utilisée après sympathy. Nous proposerons à sa place … his condolences …,
expression qui est plus anglaise.
P. 11.
J’ai dit oui pour ne ::
p. 14. I nodded to cut things
plus parler
short (I was not in the mood
for talking).
Dire oui est oral, mais nodded (dodeliner la tête) est pratique. Le traducteur
a dit plus que ne dit le narrateur. Meursault n’a pas dodeliné la tête ; il a parlé I
was not in the mood for talking est une création de trop, qu’il ne fallait pas écrire.
Dire plus que dit le narrateur donne l’impression que notre protagoniste est
bavard. A vrai dire Meursault n’est pas toujours disposé à parler. Mais il ne l’a pas
dit. Meursault est taciturne, tout le monde qui a lu L’Etranger le sait.
P.
C’est un petit vieux :: The warden was a very small
272
11
avec
légion
d’honneur.
man with grey hair and a legion
of Honour Rosette in his button
hole
i.
Les cheveux gris ne constituent pas une marque de la vieillesse, et
donc, l’idée de grey hair est une creation exageree.
ii.
Deuxiemement, l’auteur n’a pas precisé où est attachée la medaille.
L’idee de buttonhole est une creation exagérée aussi.
P. 11.
Vos
salaires
sont ::
modestes
p. 14.
Young men in jobs
like yours don’t get much
pay.
Une retraduction de cette phrase anglaise donnera:
« Les jeunes gens comme vous dans les
travaux comme le vôtre ne reçoivent pas
beaucoup de salaire. »
Et cela est très loin de ce qui est exprimé dans le texte de départ. Cette
traduction opère sur une exégèse plus haute, celle de la traduction intralinguistique
c’est possible de recourir à l’explicitation si l’audience lectrice ne comprendra pas le
message. Et l’on se demande qui ne comprendra pas « vos salaires sont modestes ?
– Your salary is quite modest, isn’t it ? A noter c’est que dans le texte français, le
narrateur n’a jamais entamé une comparaison salariale.
P.
En principe l’enterrement :: p. 15.
We propose to
13
est fixé a dix heures du
have the burial tomorrow
matin.
morning.
273
En principe, locution adverbiale de manière dispose, dans cette phrase, d’une
charge sémantique qu’il ne fallait pas sursauter. L’aspect de principe et d’habitude
est prépondérant dans ce texte.
Le renseignement n’est pas seulement que
l’enterrement est fixé pour « demain » mais c’est une question de principe que cela
se passera le matin. Pour ce qui est de l’expression En principe, nous proposons :
i.
As is usual
ii.
As a matter of principle
iii.
As is always the case.
P. 13.
Meublée de chaises et :: p. 16.
de chevalets en forme
consisted of some
chairs and trestles.
de x.
L’arrangement des chaises et de chevalets n’est pas très important dans la
transmission du message. Cette omission c’est créative.
P. 60.
l’agent l’a giflé à toute :: p.
volée
d’une
41.
The
policeman
claque
promptly swung his arm and
épaisse et lourde en
gave him a good hard smack
pleine joue
on the left cheek.
Toute expression supplémentaire dans le texte traduit émane de la faculté
créative du traducteur. Or, dans cette traduction, la partie précisant le côté de la
joue (on the left) est une surtraduction. La manière dont le traducteur introduit des
précisions imaginatives, reflétant des directions géographiques et des angles
274
mathematicales crée des problèmes qui tendent à suggérer que Camus est un
géographe ou un mathématicien.
P. 61.
Mais,
la
prochaine ::
p. 43.
But don’t you forget
fois, tu saurais qu’un
next time that we don’t stand
argent n’est pas un
for anything, not from blokes
guignol
like you.
L’argent l’a vraiment injurié, l’a vraiment verbalisé. Mais la partie de la phrase
qui précise not from blokes like you est créée de trop. Cela représente de la sur
création.
P. 90.
Prend de l’homme à l’homme ::
p. 61. You take on the
et donne –moi ton revolver
fellow on the right.
Nulle part dans le texte départ, l’auteur a-t-il mentionné « on the right » (à
droite). Une retraduction de la phrase anglaise nous donnera « Tu prends l’homme
à droite. »
La précision directionnelle, nous l’avons dit à maintes reprises,
représente une sur création. Nous proposons : Take him man to man and give me
your revolver.
91.
Mais brusquement les :: p. 62. Then, all of a suddenly,
Arabes à reculons se
the Arabs vanished ; they’d
sont callés derrière le
slipped like lizards under cover
rocher.
of the rook.
Nous jugeons d’une parfaite création la partie qui ajoute – slipped like lizards.
L’idée de lizards peint une image des gens apeurés, en train de se cacher.
275
P.
Je patientais jusque :: p. 79.
120.
Samedi
I had to wait
pour
patiently till Sunday for a
éteindre le corps de
spell of love making with
Marie.
Marie.
En premier lieu Samedi (Saturday) traduit comme Sunday (dimanche) et
grave comme faute de mégarde.
Deuxièmement, un détenu ne peut pas faire
amour, vu les circonstances de son arrestation. Alors, cette traduction représente
du préjugé destiné à culpabiliser davantage Meursault. Un lecteur monolingue qui
ne comprend que l’anglais dira de Meursault une épave sexuelle.
P.129 J’ai dit au gendarme : :: p. 88 What a crush, I told the
Que de monde
policeman on my left
Albert Camus n’a pas précisé de quel côté se trouve le gendarme.
Les
précisions de direction, là où il n’y en a pas, sont déjà trop. Nous avons fait cette
observation à maintes reprises.
P.144 … demandé à Marie de ::
p. … asked Marie to give a full
résumer cette journée 95
account of our doings on the
où je l’avais connue.
day when I had “intercourse”
with her.
En premier lieu, résumé et full account sont des antonymes. Full account
implique les détails, alors que résumér relate à l’acte de dire tout brièvement
quelque chose dans le contexte.
« intercourse with her » expression grossière,
n’est pas dite dans le texte. Le traducteur cherche toujours à culpabilisa davantage
le détenu et de mener le lecteur vers la condamnation toute droite, et sans pitié.
Meursault était préjugé pour avoir fait la court à une fille le lendemain de
276
l’enterrement de sa mère, ce serait un pêché mortel de sa part de faire amour avec
la fille en question, même dans la prison.
Voilà la direction émotive de cette
création à notre avis, condamnable et préjudicieuse.
5.3
L’agencement phrastique et la mise en paragraphe
Nous avons postulé dans le deuxième chapitre sous la rubrique – Traduction
et Linguistique – que le paragraphe constitue une unité organisation – nelle dans
l’écriture.
Nous ajouterons ici que le paragraphe est censé encapsuler une idée
distincte.
Dans L’Etranger, les paragraphes sont organisés de manière à projeter une
idée ou une suite de sens.
Or, c’est pitoyable que dans la traduction, Stuart a
désorganisé ces ordres paragraphiques que notre écrivain a soigneusement mis en
place. Nous démontrons cela avec quelques exemples. Quant aux agencements
phrastiques, le traducteur n’est pas lie au style de l’auteur, en ce qui concerne la
configuration des phrases.
P.58 …
avec
des
petites
vagues ::
longues et peruseuses. Marie m’a 48
p. Marie taught me a
new game.
appris.
Marie m’a appris … se trouve au beau milieu du premier paragraphe du
chapitre IV alors que dans la traduction, la phrase est devenue la toute première
d’un nouveau paragraphe. Les idées sont alors décousues dans ce qui est censé
être un nouveau paragraphe.
277
P.
« Mais, tu saurais qu’un argent :: p.
Meanwhile, the girl
61
n’est pas un guignol » Pendant ce
went on sobbing
temps, la fille pleurait et elle a
répété …
Le traducteur a coupé le paragraphe en deux mettant la partie indiquée dans un
nouveau paragraphe, désorganisant ce faisant la continuité d’idée.
P.
au
104
français
alors
nom
du
peuple :: p.
… “in the name of the
Il m’a semble 107
reconnaître
French People”
le
- It seemed to me then that
sentiment que je lisais
I could interpret.
sur tous les visages.
Voici une autre distorsion paragraphique qui ne peut pas être prise pour de la
créativité.
P.
… la somme exacte qu’elle lui a :: p. 50 … and placed it on a
72
apporté devant elle.
A ce
cloth in front of her.
moment, en lui a apporté des
- Just then the waiter
hors – d’œuvre.
brought the horsd’oeuvre
Le paragraphe de départ a été divisé dans la traduction.
Si c’est au nom de
créativité on se demande la positivité de son effet sur l’intégralité du sens.
P.
Tout de suite après mon :: p. 68.
I was questioned
99
arrestation,
times immediately after my
j’ai
été
several
278
interroge plusieurs fois.
arrest.
C’est facile à noter que dans cette traduction, le traducteur a reformulé la phrase.
Et, dans cette reformulation, la locution adverbiale de temps (complément
circonstanciel de temps) dans la position initiale, est reportée à une position
postérieure.
Ce réarrangement créatif est commode en ce sens que les
compléments circonstanciels constituent les particules déplaçables de la phrase.
Ceci se conforme avec le postulat d’Eugène Nida (1984) qu’une langue ne doit pas
être forcée de se plier aux usages formels d’une autre langue.
5.4
La créativité sémantique
P.
Le lendemain, un avocat est :: p. 68. Next day, a lawyer came to
100
venu me voir à la prison.
my
cell
La créativité, inclut aussi l’action de sauter un segment d’une phrase, jugé non
nécessaire par le traducteur. L’aspect de me voir est laissé par le traducteur, par ce
que c’est sousentendu que l’avocat est venu voir Meursault.
P.
Il s’est assis sur mon lit et ::
p. 68. Sitting on the bed,
101
m’a expliqué qu’on a pris des he
said they’d been making
renseignements sur ma vie.
investigations
private
into
my
life.
La phrase – source est une phrase composée: deux segments sémantiques joints
avec une conjonction de coordination. Mais, dans la traduction, il s’agit d’une phrase
complexe : locution adverbiale de lieu, suivie d’une proposition principale.
Cette
279
reformulation dit quelque chose du traducteur : un véritable grammairien et
créateur.
P.
On avait alors fait une enquête ::
P. 68.
101
à Marengo.
conducted at Marengo and
Les instructeurs
avaient appris que j’avais fait the
police
preuve d’insensibilité le jour de shown
l’enterrement de maman.
my
Inquiries had been
informed
that
I’d
great callousness at
mother’s funeral.
La combinaison des deux phrases en une seule démontre de la dextérité
créatrice de la part du traducteur. Le dictionnaire bilingue donnera « the jury ».
Mais dans les circonstances actuelles ce sont les gendarmes qui font les enquêtes
dont il est question. Et voilà une façon de dire que les dictionnaires ne constituent
pas les derniers recours dans les domaines spécialisés.
P.
Vous comprenez, a dit ::
101
mon avocat, cela me 68.
conducting your defence. And
gêne un peu de vous
this is why you, and only you
demander cela.
can help me.
Mais
p. I shall be handicapped in
c’est très important
A notre avis, il s’agit d’une traduction contre sens. Dans un effort pour combler ce
qu’il considère une lacune sémantique, le traducteur a créé une scène quasiidentique, sans, pour autant dire, communiquer le vrai sens voulu. Il a changé la
phrase et le sens.
P.
Il
m’a
demande
s’il :: p. 68. He went on to ask me if I
280
102
pouvait dire que ce jour-
had felt grief on that
là, j’avais dominé mes « sad »
occasion ».
sentiments naturels.
Je question struck
The
me as an odd one,
lui ai dit « non » parce personally, I’d been much embarrassed
que c’est faux.
regardé
Il m’a by having
d’une
to ask anyone a thing like
façon that.
bizarre, comme si je lui
inspirais
un
peu
de
dégoût.
La traduction de cet entier segment est une création artificielle pour combler un vide
de compréhension de la part du traducteur. Premièrement :
(i)
dominé ses sentiments naturels traduite comme feeling grief est
entièrement du contresens.
Deuxièmement, il y a the question struck me like an odd one, personally …. Cette
expression constitue une création qui ne réflète rien dans la phrase source.
Le
traducteur agit en demiurge (Fortunato Israël, 1990). Nous proposerons pour la
deuxième phrase :
Il n’a regardé d’une façon
::
He looked at me in such a strange
bizarre, comme si je lui
manner that seemed as if I had
inspirais
aroused in him a feeling of disgust.
un
peu
de
dégoût.
P.104 Il s’est tu, m’a regardé et
::
After a short silence, he
281
s’est redressé assez
p.70
suddenly leant forward, looked
brusquement pour me
at me in the eyes and said
dire très vite. « Ce qui
raising his voice a little, “What
m’intéresse c’est vous ».
really interests me is ‘you’.”
On peut accepter “After a short silence” pour “il s’est tu”. Mais, nulle part dans le
texte est-il dit ou sous-entendu que le juge d’instruction a levé la voix au cours de
l’interrogatoire.
P.
Toujours, sens logique ::
105
apparente, le juge m’a 71.
logical
demandé si j’avais tiré
magistrate
les
question.
cinq
coups
de
revolver à la suite
p. Next, without any apparent
connection,
sprang
the
another
“Why did you fire
five consecutive shots?”
La question de savoir “… si j’avais tiré cinq coups de revolver à la suite » ne peut se
traduire comme « why did you fire five consecutive shots ». Le traducteur détient le
droit de créer des expressions pour faciliter la compréhension du texte, mais jamais
pour gêner la compréhension. Dans le cas en référence le raisonnement legique
demanderait que Meursault affirme ou nie cette accusation d’avoir tiré cinq balles de
suite. Le juge ne lui a pas posé la question de savoir « Pourquoi, il avait tiré cinq
fois à la suite ».
P.
… comme un enfant dont :: p. 72.
107
l’âme est vide et prête à
tout accueillir.
Like a little child with a
simple
trustful
heart, to conviction.
282
Nous voyons ceci comme une traduction fidèle où tous les éléments sémantiques
sont méticuleusement retenus.
P.
Du jours où j’ai reçu sa :: p.74From the day when I got her
113
lettre (elle me disait
letter telling
qu’on ne lui permettait wouldn’t
pas
de
venir
me
let her
parce me because she
that
they
come to see
wasn’t my wife – it
qu’elle n’était pas ma was from that
day that I realized
femme), j’ai senti que that this cell was
my last home, a
j’étais chez moi dans dead end as one
would say.
ma cellule et que ma
vie s’y terminerait.
Nous jugeons l’ouverture des parenthèses comme étant en ordre, d’un coeur créatif
« as one would say » ne figure nulle part dans le texte – source. Cette expression
sert d’éclaircissement créatif.
P.
Le jour de mon arrestation,
:: p. 75
On the day of my
113
on m’a mis d’abord dans
arrest they
put me in a biggish
une chambre où il y avait
room
with several
déjà plusieurs détenus, la
plupart des Arabes.
other prisoners,
Arabs.
Nous avons posément mis en italiques les expressions suivantes:
(i)
une chambre
(ii)
détenus
mostly
283
(ii)
biggish room
(iv)
prisoners.
Le traducteur a crée a biggish room à partir d’une chambre, alors que l’adjectif
biggish ne figure nulle part dans le texte. La confusion entre détenu et prisoner
assume déjà une dimension judiciaire.
Néanmoins, nous insistons à dire que
Meursault, jusqu’ici, est un détenu, et non pas un prisonnier.
P.
J’ai pensé que c’etait Marie. ::
114
C’etait bien elle.
p. 75.
I thought it must be
Marie,
and so
it was.
Très claire est la modulation aspectuelle du verbe être: c’était/it must be
(passé/futur) au crédit au traducteur.
P.
La grosse femme hurlait :: p. 77. The fat woman was
116
vers mon voisin, son mari
sans
doute,
type
blond
franc.
un
au
howling at
grand beside me,
the prisoner
her
husband
regard presumably, a tall,
fair pleasant
looking man.
Il existe un problème terminologique dans cette traduction, car le traducteur
n’a pas choisi le terme juste. Blond en aucun cas ne veut dire fair en anglais. Le
mot blond renvoie à la couleur des cheveux, non pas à la couleur de la peau. Nous
proposons blond aussi en anglais, puisque cela se dit aussi en langue anglaise.
P.
Je me sentais un peu ::
118
malade
78.
p. I
began
squeamish
to
feel
slightly
284
« Je me sentais » est dans l’aspect duratif, alors que « I began to feel » est dans
l’aspect inchoatif.
C’est une bonne modulation aspectuelle qui préserve aussi le
message. La modulation est une sorte de créativité.
P.
La petite vieille s’est :: p. 78.
The little old woman pressed
118
rapprochée
against the bars and at the
barreaux
des
et
au
moment un gardien a
same
moment
a
warder
tapped her son’s shoulder.
fait signe à son fils.
Ce n’est pas pour rien que nous nous sommes proposé cette analyse à la fois
stylistique et sémantique.
Nous avons dit dans le deuxième chapitre que le
traducteur représente l’auteur du deuxième texte.
Il est le créateur de l’entière
traduction. Alors, l’analyse critique d’une traduction représente le jugement sur la
créativité du traducteur.
Nous disputons la traduction de « fait signe » comme
tapped her son’s shoulder. La vieille femme et le gardien se trouvent du même côté
des barreaux, alors que le garçon est derrière les grilles.
Par toute logique, le
gardien ne peut pas taper le détenu sur l’épaule. La vérité c’est le gardien a fait
signe au détenu de dire « Au revoir » à sa mère. Cette créativité n’est pas tout à
fait logique.
P.
Marie m’a fait signe de :: p.
188
m’embrasser.
Marie threw me a kiss.
Une création pittoresque, nous dirons. Le traducteur a simplifie et concrétise une
expression qui aurait été floue. Naturellement lorsque deux jeunes gens amoureux
partent, et ayant atteint une distance, chacun touche sa bouche comme signe
285
d’amour et étend sa main vers l’autre.
C’est comme envoyer une bise, d’où la
traduction.
P.
C’est
peu
après ::
119
qu’elle m’a écrit.
p. Soon after this I had a letter
79.
from her.
Nous avons expliqué que la traduction n’est jamais de la programmation linéaire des
vocables. Ici, le traducteur n’a fait qu’extraire le message sans pour autant dire
avoir recours à la programmation linéaire (Gile, 12) (Jean Delisle, 60).
P.
Par exemple, j’étais ::
120
tourmenté
par
p. For instance, I was plagued by
le 80.
the desire for a woman – which
désir d’une femme.
was natural considering my age.
Le traducteur a démontré une mesure de dextérité linguistique dans la fusion des
deux phrases en une seule. A recommander, c’est aussi traduction de l’expression,
je suis jeune comme considering my age. C’est sousentendu que le narrateur, en
langue anglaise, est encoure jeune car au fur et à mesure que l’on vieillit (dans la
plupart des cas) l’attirance sexuelle diminue.
P.
Quand
je
suis
entre
en ::
121
prison,
on
m’a
pris
mes 80.
cordons
de
souliers,
p. When I was brought to
the prison, they took
ma
away my belt, my shoe
cravate, et tout ce que je
laces and the contents
portais dans mes poches,
of
mes cigarettes en particulier.
including my cigarettes.
my
pockets,
286
Le traducteur a recréé plusieurs segments du texte en haut. En premier lieu, il y a
une omission exprès de ma cravate, car le traducteur voulait créer un personnage
sans cravate.
Le long de sa traduction, il peint une image d’un jeune homme
particulier, qui ne sympathise avec le reste des êtres humains.
Deuxièmement, il a décidément atténué les cigarettes de Meursault. L’auteur
met l’accent sur les cigarettes en disant : mes cigarettes en particulier. Cependant
le traducteur en atténuant cette emphase, dit tout banalement, including my
cigarettes. Pour ce qui concerne les cigarettes, nous proposons :
i.
particularly my cigarettes
ii.
and what is more, my cigarettes
iii.
especially my cigarettes.
iv.
the worst being my cigarettes.
Le traducteur détient le droit de sauter certaines expressions, mais pas dans
le cas où ces expressions portent des charges sémantiques prépondérantes.
P.
Je peux dire qu’au
::
127
fond l’été a très vite
84.
remplacé l’été.
p. On the whole, I can’t say that
these months passed slowly:
another summer was on its way
almost before I realized the first
was over.
Les deux phrases ne sont ni sémantiquement identiques ni stylistiquement
conciliables. Beaucoup de segments crées dans cette traduction sont en dehors du
contexte immédiat. Nous notons aussi l’orthographe de realized en anglais au lieu
287
de realised américain. Cela ne conforme pas à son américanisation des mots [voir
program p. 13 de The Outsider].
(P. 127
Mon affaire était inscrite à :: p. 84.
My case was down for
la dernière session de la
he last sessions of the
cour
cette
Assizes Court, and that
session se termine avec le
sessions was due to end
mois de juin.
sometime in June.
d’assise
et
Etant donné qu’il s’agit du domaine juridique, la traduction de “Mon affaire” comme
“My case” est en ordre. Il faut considérer le domaine avant de choiser parmi des
alternatifs lexicaux. Nous avons eu beaucoup de difficulté avec l’expression cette
session traduite comme that sessions (notez la ‘s’). Il nous a pris beaucoup de
temps pour vérifier si cela se dit dans le domaine juridique.
Nous avons posé des questions aux avocats et aux officiers judicieux, de
savoir si l’expression That sessions (adjectif démonstratif singulier + nom pluriel]
peut se dire en anglais.
Les diverses réponses qu’ils nous ont données nous a,
d’autant plus, confus. C’est pour cette raison que nous avons décidé de consulter
les documents de références.
Nous avons consulté Oxford Advanced Learner’s
Dictionary. Ce qui a failli nous tromper était le mot summons (anglais), lequel le
dictionnaire décrit d’invariable. Ce que cela dire c’est qu’en singulier, ou au pluriel
l’orthographe du mot ne change pas, mais qu’elle reste summons.
Ayant noté ceci
nous ne nous sommes pas arrêté, mais avons décidé d’aller jusqu’au bout.
dictionnaire en question a défini le mot summons (inv) comme :
order to appear before a judge or magistrate.
Le
288
(p. 882)
Injonction à se présenter devant an juge ou
devant un magistrat.
(N.T.)
Nous avons ensuite consulté Osborn’s Concise Law Dictionary, 8th Edition.
2005) A notre surprise, nous avons trouvé que le traducteur peut-être, par mégarde
avait, en erreur, ajouté ‘s’ à sa traduction du mot.
Car, le mot session (singulier) n’est pas invariable.
Alors traduire session
comme that sessions c’est commettre une offense linguistique. Etant donné qu’il
s’agit du domaine juridique le traducteur devrait se méfier de certains impératifs
grammaticaux du domaine. Nous proposons pour cette session.
i.
This session
ii.
That session
Et les deux seraient sans une ‘s’. Il n’y a pas besoin de cette pluralisation.
P.
Je
n’ai
qu’une :: p. 85.
129
impression,
I felt like one does after
j’étais
boarding a train and one’s
devant une banquette
conscious of the people on
de tramway et tous
the opposite seat staring at
Ces
one in the hope of finding
voyageurs
épiaient
le
arrivant
pour
apercevoir
ridicules.
nouvel
en
les
something
in
one’s
appearance to amuse them.
289
Nous avons postulé que la créativité inclut l’action de auter certains éléments
linguistiques.
La démonstration de cette observation se trouve dans cette
traduction.
L’essentiel c’est que narrateur se sentait vraiment honteux. Le traducteur,
selon Gile (12) a extrait « le sens du discours source », et puis, a reformulé le
message dans sa traduction en langue cible.
P.
… Marie, celle-ci m’a ::
p.
and Marie, who gave me a
133
fait un petit signe 89.
little
anxieux
others out by the side of the
of
…
before
following
door
Le traducteur exhibe ici un art créatif très recommandable. La partie de la phrase
anglaise précisant par quelle porte sont sorties les témoins au cours de justice, n’est
pas indiquée dans la phrase source. Mais le traducteur a monté plus haut dans le
texte, dans la même page, pour faire descendre ce ségment significatif.
P.
Selon lui, il était là
:: p. 88
He explained that he was
133
pour diriger avec
there
impartialité les débats
proceedings,
qu’il voulait considérer
umpire,
avec objectivité.
scrupulously have impartial
to
supervise
a
and
the
sort
he
of
would
view of the case.
Bien que cette traduction n’ait pas respecté la phraséologie du texte originel, elle
opère toute entièrement au sein de la terminologie juridique. Nous avons noté avec
290
admiration l’ajout de l’expression a sort of umpire (un arbitre en quelque sorte).
Cette expression supplémentaire sert pour clarifier les choses.
P.
Le président a fait un ::
133
signe
et
l’huissier
p. On
a 88.
a
sign
from
the
presiding judge, the clerk
apporté trois éventails de
of the court brought three
paille que les trois juges
fans
ont
which the three judges
utilisés
immédiatement.
of
plaited,
straw
promptly put into action.
Nous décrivons de parfaite créativité cette traduction, surtout la reformulation
syntaxique de la première ligne.
P.
On
m’a
encore
fait :: p.
For the nth time, I was
134
décliner mon identité et
asked to give particulars of
malgré mon agacement,
my
j’ai pensé qu’au fond, ce
heartily sick of his formality,
serait assez naturel parce
I
qu’il serait trop grave de
natural :
juger un homme pour un
be a shocking thing to be
autre.
trying a wrong person.
identity
realized
and
that
though
it
was
after all it would
La créativité dans cette traduction est réflètée dans la traduction de juger un homme
pour un autre comme to be trying a wrong person.
i.
Again …
ii.
Once again …
iii.
Once more …
291
L’idée de For the nth time est censée traduire
i.
A maintes reprises
ii.
Pour la enième fois etc.
P.
Je sentais les
135
regards du plus
:
p. But I was sometimes conscious
88.
the eyes of he youngest fixed on
jeune d’entre eux
me, also those of he queer little
et la petite
robot
automate, la
however, were gazing at me rd-
banquette de
robed-judge) and I was again
tramway était
reminded
toute entière
passengers on the other side of
tournée vers la
the train.
woman
of
(the
the
jurymen,
row
of
président.
La phrase entre parenthèses constitue une création inutile: elle n’est nulle part dans
le texte. C’est vrai que lors du jugement où un criminel est censé être condamné à
mort, les juges, en principe, s’habillent en robes rouges, mais l’auteur n’a pas
mentionné cela dans le texte. Alors, en ajoutant ce segment, le traducteur agit en
demi-urge (voir Fortunato Israël, 21).
P.
Tout ensuite a été un ::
136
peu confus, du moins 88.
next.
pour moi. Mais après
palavering between the bench,
quelques
the
«conciliabules»
le
p. I couldn’t follow what came
Any how after some
prosecutor
and
my
counsel, the presiding judge
292
président
que
a
déclaré
l’audience
announced
that
the
court
était
would now rise, there was an
levée et renvoyée à
adjournment till the afternoon,
l’après
when
midi
pour
l’audition des témoins.
evidence
would
be
taken.
Le traducteur a exhibé dans cette traduction une maîtrise de la terminologie
juridique, laquelle, selon Gemar (134) est très problématique. De surcroit, il a créé
bien des expressions supplementaires, juste pour élucider les choses.
De telles
expressions comptent :
i.
conciliabules
::
Palavering between the Bench,
the prosecutor and my counsel.
ii.
audition des témoins
::
P.
J’ai entendu appelé ::
137
le directeur d l’asile
90.
Evidence … taken
p.
I heard the warden of the
Home called to the witness box.
Lorsqu’un témoin est appelé, il se dirigera vers le box d’accusé. Le traducteur a ee
très créatif pour ajouter ceci, bien qu’il ne soit pas ouvertement dit dans le passage.
P.
Mais cette fois, il n’a :: p. 90
137
rien ajouté.
But this time, he did not
qualify his answer.
A recommander c’est la littéralité courant à travers les deux textes, surtout dans le
complément circonstanciel du temps en position antérieure. Le traducteur remanie
293
la phrase ; c'est-à-dire la proposition principale. L’auteur dit ajoute (add) mais le
traducteur dit qualify (qualifie). C’est plausible comme créativité.
P.
Comme le directeur ne :: p.
The warden seemed puzzled
138
comprenait
by
pas
la
this
and
“It’s
the
judge
a
formal
question, il lui a dit
explained.
« C’est la loi ».
question. I am bound to put
it ».
On ne traduit pas les mots mais les idées, pourvu que quelques aspects de
l’esthétique soient retenus dans la traduction littéraire. Le traduccteur a retenu la
squelette du message, laquelle il a explicitée dans le discours directe.
P.
Il a hésité, puis il a :: p. 91.
Then, after humming and having
139
dit que c’était lui
for a bit, he volunteered the
qui m’avait offert
statement that it was he who’d
le café au lait.
suggested I should have some
coffee.
Le traducteur a trop créé dans cette rendition. Et c’est déjà à un seuil où l’on dirait
qu’il a approprié le texte (voir Fortunato Israël, 21). Nous disons ceci car il y a une
différence énorme entre m‘avait offert et suggested I should have. Le concierge n’a
pas suggéré, il lui a offert du café.
P.
Mon avocat a triomphe :: p. 92.
My lawyer was exultant.
139
bruyamment et a déclaré
“The jury will appreciate”,
294
que
les
jures
apprécieraient.
he said, “the importance of
this admission”.
Le changement du discours indirect au discours direct constitue un style permissible
dans la traduction. Encore, l’expression this admission est une création comme il
faut, car, c’est une admission qu’a faite le concierge.
P.
En quelque sorte on ::
151
avait
l’air
de
traiter 99.
cette affaire en dehors
p. In fact, there seemed to be
a conspiracy to exclude me
from the proceedings.
de moi.
Notre traducteur semble parfois avoir l’habitude d’interpréter ce qui lui semble le
sens caché des phrases, ou le vouloir dire de l’auteur, opérant ainsi au-delà de
l’exégèse du passage. Il fallait dire non plus que ne dit le texte. En ne condamnant
pas tout à fait la traduction faite ci-haut, nous proposons :
Somehow, I felt the whole matter was being treated
outside me.
P.
Par
exemple,
la :: p. 99.
The
prosecutor’s
150
plaidoirie du procureur
especially, began to bore me
m’a très vite lassé.
before
he
was
speech,
half
way
through it.
L’expression en italiques émane de la créativité du traducteur. Le texte original ne
contient pas ce complément circonstanciel de temps à charge lourde. Ce faisant le
traducteur a trop créer ; il a exagéré les choses.
295
P.
J’en ferai Messieurs et ::
152
je la ferai doublement. 99.
of the jury.
Sous
l’aveuglante
the facts of the crime which
clarté de faits d’abord
are as clear as daylight. And
et
dans
then, you have the right side
l’éclairage sombre de
of the case, the dark workings
cette âme criminelle.
of a criminal mentality.
ensuite
p.
I can prove this, gentlemen
First, you have
Le traducteur a soigneusement retenu les contrastes dans le texte (aveuglante
clarté, éclairage sombre : as clear as daylight, dark workings) ce n’est pas toujours
facile de mélanger les faits linguistiques avec le sémantisme dans la traduction. Du
reste, le traducteur a crée un passage parallèle que l’on peut vraiment appeler une
traduction littérale du texte original.
P.
… mon bain du lendemain ::
153
avec une femme …
100.
p. … my visit to the bathing
pool where I met Marie
…
L’atténuation de mon bain on my visit to the bathing pool est créative. Il y a aussi
une modulation imprécis/précis, avec une femme/where I met Marie.
P.
J’avais
abattu
l’Arabe ::
153
comme si je le projetais
p. Then, I shot the Arab.
100.
La deuxième partie de la phrase de départ porte une charge sémantique que l’on ne
peut pas sursauter facilement, comme a fait, liélas, le traducteur.
296
P.
Surtout lorsque le vide du ::
p. Especially when this lack
153
cœur tel qu’on le decouvre 101.
of every descent instinct
chez cet homme devient un
is such as that of the
gouffre où la société peut
man
succomber
menace to the society.
before
you,
a
Nous avons mis, exprès, en italique
(i) le vide du Coeur,
(ii)
cet homme
(iii)
lack of every decent instinct
(iv)
the man before you. .
(i)
le vide du cœur
::
lack of every decent instinct
(ii)
cet homme
::
the man before you.
La traduction de ces termes est créative.
P.
Personne, personne n’avait ::
155
le droit de pleurer sur elle.
p. No one, none in the
120.
world
had any right to
weep for her.
Cette
traduction
réflète
l’esthétique
poétique
marquant
la
camusienne. C’est de l’anaphore.
P.
J’avis fait ceci et je n’avais :: p. 118.
183
pas fait cela. Je n’avais pas
hadn’t
acted otherwise. I
fait telle chose, alors que
hadn’t
done y and z. And
j’ai fait cette autre.
what did
that mean?
Et
I’d acted thus, and I
prosodie
297
près ?
Cette traduction est créative en ce sans que le traducteur a recréé les mots
intéressante est particulièrement son introduction des lettre y et z.
A vrai dire le traducteur semble respecter le conceil de Ladmiral, que
Ce que l’on doit rendre, c’est donc, non pas les mots, où
les formes lingujistiques du texte de depart, mais
precisement de message. C’est les elemens constituant
de l’intention l’auteur.
(Ladmiral, : 26).
5.4.1 Stuart et les métaphores et idiotismes dans
L’Etranger
La rédaction est un art, elle est comme le tissage d’un panier.
observateur non linguiste ne verra que le tout, en lisant un ouvrage.
Un
C’est
seulement un véritable linguiste qui aura la patience de considérer la Gymnastique
impliquée dans le tissage d’un texte en un ensemble. Les mots et les expressions se
plient entre les doigts d’un écrivain doué, et le résultat devient un texte composé
d’un cocktail d’expressions figurées », métaphores, idiotismes etc.
Tel est le cas de notre écrivain, Albert Camus dans ses œuvres en
considération. Dans cette rubrique de notre thèse, nous voyons combien et jusqu’à
point Stuart a suivi ces indices d’expertise linguistique : métaphores, idiotismes
embellissements linguistiques qui ornent les écritures des écrivains doués.
commencerons avec les idiotismes.
P. 57
J’ai eu envie d’elle parce ::
p. 39.
I couldn’t take my
Nous
298
qu’elle avait une robe à raies
eyes off her.
rouges.
Voici une phrase idiomatique traduire avec une autre phrase idiomatique
créée par le traducteur. Rien n’empêche Stuart de dire tout banalement : I needed
her…. Quelques autre phrases traduites par la création des phrases idiomatiques
incluent les suivantes : Les expressions italicisees sont les idiotismes.
p. 61
Etre saoul.
:: p. 44. Getting so tight
P. 65
Le vieux a eu l’air plus :: p. 46.
agité.
Then, he flew into a
rage.
P. 67
Raymond m’a telephone
:: p. 47. Raymond rang me up.
p. 67
L’ai voulu raccrocher toute :: p. 47. I’d have liked to hang up
de suite
at
once.
::
P. 67
… m’a demandé d’attendre.
P. 67
Il avait été suivi toute la :: p. 47.
journée.
P. 44
p. 47. … asked me to hang on.
all
… had been shadowed
the morning
Notre bureau donne sur la :: p. 33. Our office overlooks the
mer
sea.
P. 68
… de mieux travailler
:: p. 51. … to stick to my work
P. 68
Je n’étais pas intéressé.
:: p. 51. … didn’t appeal to me.
299
P. 74
Il n’avait pas été heureux :: p. 51.
avec sa femme.
P. 83
He and his wife had
never hit it off very well.
… et les deux chaleurs de :: p. 57.
… what with the warmth
leur corps et du soleil m’ont
of
our bodies and the sun, I
un peu endormi.
felt
myself
dropping
off
to
sleep.
P. 84
Ma femme fait toujours la :: p. 57.
sieste après le déjeuner
P.
Le chaleur montait
nap
My wife always has a
after lunch
:: p. 88. The day was stoking up.
134
5.4.2 Les métaphores camusiennes sous la plume de Stuart Albert
Albert Camus n’a pas utilisé beaucoup de métaphores.
Cependant, le peu de
métaphores dans L’Etranger ont été fidèlement rendues en métaphores par notre
traducteur créatif.
P. 47
Il
lui
Charogne.
disait
salaud ! ::
p. 33. … calling him “a
bastard,
mongrel”,
cur!
a
You
lousy
bloody
300
P. 59
Salaud, charogne !
P. 73
J’ai
pensé
qu’elle
:: p. 42
etait ::
bizarre.
Filthy brute.
p. … the « little robot » (I
50.
thought of her)
A vrai dire, dans la traduction de L’Etranger Stuart Gilbert a exhibé un haut degré
d’expertise linguistique. Nous allons considérer ensuite sa maniére de traduire La
Peste, pour pouvoir avoir une idée équilibrée.
5.5
Etude de la traduction de La Peste
Ayant étudie quelques échantillons de la traduction de L’Etranger, nous
aimerions à ce stade voir de plus près la traduction de La Peste suivant les critères
prononces plus tôt dans cette thèse.
5.5.1 La créativité stylistique dans La Peste
P. 11
La cité, elle-même, on doit ::
l’avouer, est laide.
5.
p. The town itself, let us
admit, is ugly.
La reformulation d’un segment de cette phrase française du mode déclarative (on
doit l’avouer) au mode impérative [let us admit] est une indication de la dextérité
linguistique à la disposition de notre traducteur.
C’est un crédit créatif au
traducteur.
P. 11
… Un lieu neutre pour tout ::
dire
5
p. … a thoroughly negative
place in short.
301
Le traducteur n’est pas dans l’obligation de se limiter à l’idéolecte e l’auteur
du texte qu’il est appelé à traduire. Stuart à exercé le droit de créativité en disant
« négative » pour neutre, en créant, ce faisant, le même effet d’un lieu peu
convenable pour l’habitation humaine.
P. 11
En
automne,
contraire, un
c’est
au ::
p. In
déluge de 5.
autumn,
we
have
deluges of mud.
boue.
Les deux semblent différentes.
L’expression au contraire est omise, une
indication de la créativité, et cela par ce qu’elle n’est par très importante dans le
sémantisme du passage. On note aussi que Camus dit déluge et Stuart pluralise ce
substantif en déluges.
Nous insistons à dire que la traduction n’est pas une
programmation linéaire des vocables. Le traducteur assimile le texte, le deverbalise
et puis le reverbalise [Seleskovitch. 1989]
p. 12
… ils se réunissent à heure ::
fixe dans le café.
6
p. They gather at an hour
that never varies.
Fixe traduit comme that never varies est un cas de dilution, c'est-à-dire
l’utilisation de plusieurs mots pour traduire une seule unité lexicale afin de faciliter la
compréhension.
Nousavons expliqué l’idée de dilution dans notre revue de
littérature.
P. 13
Ces quelques indications ::
donnent
peut-être
une 7.
idée suffisante de notre
cité.
p. These somewhat haphazard
observations may give a fair
idea of what our town is like.
302
L’expression somewhat haphazard peut n’être pas la traduction juste et
structurelle pour quelques indications dans le texte original. Mais l’expression est en
ordre dans la traduction étant donné que les indications données par le narrateur
indiquent une sorte de bizarrerie. Le traducteur jouit ici de la liberté créatrice qui lui
appartient.
P. 14
… estimeront dans le :: p. 7
… can appraise in their
cœur la vérité de ce
hearts the truth of what he
qu’il dit.
writes.
Nous mettons l’emphase sur ce qu’il dit traduite comme what he writes. En
langage de la traduction, on l’appelle modulation orale/écrite.
Au deçà, nous
apprécions la flexibilité linguistique exhibée par le traducteur, en ne suivant pas la
phraséologie de l’auteur.
P. 13
Mais,
il
d’ajouter
est
juste ::
p. But it’s only fair to add that
qu’elle
s’est 7.
Oran is grafted on to a unique
greffée sur un paysage
landscape.
sans égal.
La traduction a précisé Oran, là où l’auteur a dit tout banalement « elle ».
C’est permis dans la traduction.
P. 13
… devant une baie au ::
dessein parfait
7.
p. … above a perfectly shaped
bay.
303
On note avec admiration, le changement de point de vue dans le
remplacement de devant par above. En pratique, les collines oranaises assument
naturellement une hauteur au-dessus de la base.
P. 15
Le matin du 16 avril, ::
le
docteur
p. When leaving his surgery on the
Benard 9.
morning of 16 April, Doctor
Rieux sortit de son
Benard Rieux felt something soft
cabinet et buta sur un
under his feet. It was a dead
rat mort au milieu du
rat lying in the middle of the
palier.
landing.
La
traduction,
y
compris
les
agencements
phrastiques
continues
appartiennent tout entièrement au traducteur, qui a dissout la phrase de départ, en
assimile le message, avant de la reformuler selon son propre style. L’auteur a tout
dit en une seule phrase, mais le traducteur a considéré le dé coupage du message
en deux pour ne pas rater une charge sémantique. Nous notons aussi son cabinet
traduite comme his surgery. Ceci démontre que le traducteur n’a pas été lie au
texte devant lui, mais a lu en avance pour trouver que Dr. Bernard Rieux est
chirurgien. Stuart a traduit buta sur un rat avec felt something soft under his feet.
En cela consiste la traduction par la création d’image. On est en mesure d’estimer,
d’imaginer un rat mort que piétine à son insu le Docteur Benard Rieux.
P. 15
Le docteur le contempla un ::
p. After gazing at it for a
moment et remonta chez 9.
moment, the doctor went
lui ….
upstairs.
304
La créativité structurelle est splendide ici. La phrase écrite par Camus est une
phrase composée, alors que la traduction par Stuart Gilbert est de la configuration :
[complément circonstanciel de tempts N +V + adjoint] phrase complexe. Cependant
le verbe went upstairs laisse encore un aspect de la phrase non traduit. Le texte dit
remonta. Re – est dans dans l’aspect itératif. Il est sous entendu que le Dr. Rieux
monta encore les escaliers.
Nous proposons « … went back upstairs, ou went
upstairs again.
P. 15
Il n’y avait pas de rats ::
p.
There weren’t no rats in this
dans la maison, il fallait 9.
building … so someone must
donc qu’on ait apporté
have brought this one from
celui–ci
outside.
de
dehors.
Bref, il s’agissait d’une
Some
youngster
trying to be funny, most likely.
farce.
L’américanisation de cette traduction est justifiable. Stuart est américain et écrit
pour une audience lectrice américaine.
There weren’t no rats est une tournure
américaine. Le traducteur a, cependant agi en demi-urge en ajoutant qu’un jeune
homme est peut-être responsable pour la farce. Camus n’a pas accusé un jeune
gens dans le texte. Alors, la précision d’un yougster est fautive comme créativité.
Ce n’est pas qu’un jeune gens qui peut jouer une farce.
P. 16
Ah !
ceux-là,
disait
M. :: p. 10.
Michel, je finirai par les
avoir
I’ll nab them alright, said
Michel hopefully.
305
Bien que l’adverbe hopefully re figure pas dans le texte original, la déclaration
de M. Michel est plein d’espoir. Donc, l’addition de hopefully est juste, une création
par le traducteur.
P. 25
Allons,
Monsieur
dit-il.
Cattard :: p. 18.
Essayez
de
Come, Monsieur Cottard.
Try to understand.
comprendre.
Nous croyons que dans les circonstances actuelles, il fallait interpeller
Monsieur Cottard avec l’équivalent anglais de Monsieur.
Nous proposons Mr.
(Mister) Cattard :
Come on, Mr. Cottard …
P. 25
Mais Cottard dit, au milieu :: p. 19.
Cottard assured him
de ses larmes, qu’il ne
tearfully that there
recommencerait pas, que
wasn’t the least risk of
c’était
seulement
un
that ; he’d had a sort of
moment
d’affolement
et
crazy fit and all he
qu’il désirait qu’on laissât la
wanted now was to be
paix.
left in peace.
La reformulation de l’entière phrase pour avoir une structure qui appartient dans son
intégralité au traducteur est recommandable, indication que dans la traduction
littéraire la re-création est un processus central.
La traduction de « un moment
d’affolement » comme a crazy fit pointe à la liberté expressive du traducteur
littéraire.
306
P. 25
Je reviendrai dans deux ou ::
trois jours
p. . I will come and see you
19
again in a day or two.
La traduction de dans deux ou trios jours comme in a day or two n’est pas vraiment
commode. Si le traducteur avait dit bientôt ou sous peu de temps, cela aurait été
plus acceptable comme créativité. L ;idée de and see you again est juste comme
création par le traducteur – Apres tout Rieux n’y viendrait que pour voir ou visiter
Cottard.
P. 42.
L’essentiel était de faire :: p. 36. The thing was to do your
bien son travail.
job
as it should be done.
Rien n’empêche le traducteur de dire … do your work well. As it should be done
ajoute à la poétisation de la structure, pour refléter le style camusien.
P. 22
Dans
un
sens
Docteur, ::
p. In a way, doctor, only in a
dans un sens seulement. 13
way.
Nous n’avons jamais rien vu
anything
de semblable, voilà tout.
before, that’s all. I find it
Mais
cela
interesting,
oui,
interesting..
je
intéressant,
trouve
We’ve not seen
of
the
sort
definitely
positivement intéressant.
L’atténuation de l’adverbe jamais en not est faîte exprès. La nature poétique de la
phrase française est retenue dans la traduction sans que le sens ne soit bousculé.
P. 28
La mort du concierge, il est ::
possible de le dire, marque 22
p. Mr. Michel’s death marked,
one may say, the end of
307
la fin
de cette période
the first period, that of
remplie de signes.
bewildering portents.
L’effet de la précision (imprécise/précis) dans Michel et le concierge est senti dans la
traduction. Le traducteur exhibe encore sa connaissance extratextuelle en disant
Michel pour le concierge.
P. 28
De maladies bizarres
::
p. exotic maladies.
23
Notre traducteur, une fois encore, a fait un choix d’un faux synonyme. ‘Bizarre’ dans
ce contexte ne signifie pas « l’exotique ». Nous proposons.
P. 30
i.
strange sicknesses or maladies
ii.
bizarre sicknesses or maladies
iii.
inexplicable maladies
iv.
unqualifiable sicknesses
Ah ! Termina le deuxième, ::
p. Aye ! if you have weak
quand ou est malade, il ne 24
lungs it don’t do you no
faut pas souffler dans un
good
piston.
trombone.
blowing
down
a
L’idée de weak lungs peint une image d’une personne vraiment malade. Cependant,
la structure est en anglais argotique, non vraiment en anglais américain, et cela tend
à rabaisser le registre du texte anglais. Précisément, l’expression, it don’t do you no
good blowing down a big trombone ne peut pas passer pour un bon anglais pour
refléter le bon français du texte de départ.
308
P. 30
Tarou
avoir
semblait
été
ensuite ::
favorablement 24
p. We gather that Tarou was
agreeably impressed by a
impressionné par une scène
little scene that took place
qui sedéroulait souvent au
daily at the balcony of a
balcon qui faisait face a sa
house facing his window.
chambre.
We gathered that est une addition inutile, car cela fait croire que quelqu’un d’autre a
narré l’histoire à notre narrateur.
Il fallait tout simplement dire : Tarou was
agreeably impressed by a scene that often took place on the balcony of a house
facing his window. Nulle part dans le texte, le narrateur, a-t-il dit que la scène est
petite. Alors, l’inclusion de l’adjectif little est une création en surplus. On acceptera
daily pour souvent, car la scène se produit chaque jour.
P. 30
Ce sont les seuls endroits ::
p. These
où les notes du voyageur, à 24
passages
cette
are
in
the
which
only
our
date,
semblent
visitor’s record strikes a
un
caractère
seemingly personal note.
prendre
personnel.
Le traducteur joue dans cette traduction avec le mot note.
Notes dans le texte
français traduit record, alors que note dans le texte anglais reflète « caractère » :
Caractère personnel : personal note.
P. 34
Il demande alors à Richard, ::
p. He then advised Richard
secrétaire du syndicat des 28
who was chairman of the
Médecins
Local Medical Association
d’Oran,
309
l’isolement des nouveaux
to have any fresh cases
malades.
put into isolation wards.
Le traducteur a recréé l’entière phrase.
On dirait que la phraséologie de la
traduction appartient dans son intégralité à Stuart Gilbert. Premièrement Camus
dit : demande, mais Stuart dit advised. Camus dit ensuite. Secrétaire du Syndicat
des Médecins d’Oran. Mais le traducteur dit : Chairman of the Local (non pas Oran)
Médical Association.
On se rappelle que dans des Organisations américaines ou
américanisées les chargés d’Affaires se nomment « Secrétaires ».
Un exemple
inclut : [General Secretary of the UNO ].
P. 42
… cette ville jaune et grise. ::
S’il
est
puisse
possible
être
à
qu’on 36
la
fois
heureux et morne.
p. That grey and yellow town
(under his eyes) … if it is
possible to be at once dull
and happy.
La transposition des adjectifs attire attention ici.
Le texte dit
Le traducteur dit
(i)
jaune et grise
(ii)
heureux et morne.
(i)
grey and yellow
(ii)
dull and happy
La transposition on des adjectifs qualificatifs fait partie de la re-création dans
le maniement linguistique.
5.5.2 Créativité et terminologie dans La Peste
P.
Mais, à midi la fièvre était ::
p. At
noon
the
man’s
310
27
montée dans un seul coup, à 20
temperature shot up to
quarante degrés, le malade
104, he was in constant
dérilait
delirium and had started
sans
arrêt
et
le
vomissent avait repris
vomiting again
Sachant qu’en Angleterre aussi bien qu’aux Etats-Unis la température se
mesure en Fahrenheit, Stuart a reconverti quarante degré centigrades français en
Fahrenheit anglo-américain. Nous avons évoqué cette tournure créative de Stuart
Gilbert dans la discussion sur la traduction de L’Etranger [voir 5.2].
P. 28
En effet, au matin la fièvre p.
Old M. Michel’s temperature
était tombé à 38 degrés, 20
had gone to 99 and though
Affaibli, le malade souriait
he still looked weak he was
dans son lit.
smiling
Cette traduction est une amélioration du texte original.
L’introduction de
though indique que le malade souriait malgré lui-même.
P. 27
« Les rats » disait-il
::
p. « Them
20
rats !
Them
blasted
rats »
Nous notons avec admiration l’élan de créativité dans la traduction de ce
segment.
La répétition de « The rates.
Them blasted rats » renvoie au verbe
« disait » en aspect duratif.
P. 27
Ecoutez, dit celui-ci, il faut ::
l’isoler
et
tenter
traitement d’exception.
p. Listen, he said. We’ll have
un 21
to move him to hospital
Je
and
try
a
special
311
téléphone
à
l’hôpital
et
nous le transporterons en
treatment.
I will ring up
for the ambulance.
ambulance
Le traducteur a dit will ring up (futur) pour téléphone (indicatif présent). La
créativité renvoie à l’usage de la liberté linguistique du traducteur.
P. 62
J’ai
les
chiffres,
dit
le ::
p. Yes, the prefect replied. I
préfet, ils sont en effet 55
have seen the statistics, and
inquiétants
as you say, they are most
perturbing.
Le traducteur a utilise le terme approprié, the statistics (les statistiques) pour
les chiffres (the figures).
P. 62
La
dépêche
l’inscription
portait ::
« Déclarez 56
l »état de peste »
p. The telegram ran « Prolaim
a State of Plague stop
close the Town »
A notre c’est l’orthographe du mot anglais “telegram” La communauté
consommatrice de la traduction est prise en considération. Aux Etats-Units, ou ecrit
Telegram, alors qu’en France ou écrit Télégramme.
En principe, on écrit stop en place de la marque de ponctuation (point) en
anglais. Dans cette traduction Stuart Gilbert a amélioré le télegramme envoyé dans
le premier chapitre de L’Etranger.
312
(cf.
J’ai reçu un télégramme ::
The
de
« Mère
l’américanisation) from the Home
décédée.
Enterrement
says : Your mother passed away.
demain,.
Sentiments
l’asile
distingués.
telegram
Funeral
(note
tomorrow.
2
Deep
sympathy.
Le télégramme en culture anglaise devrait nécessairement dire.
« Your
mother passed away stop. Burial Tomorrow. Stop. Deep sympathy. » Nous avons
lamenté en termes clairs, dans la rubrique traduction automatique, l’américanisation
de la langue anglaise, de sortes que les puristes n’y peuvent rien. L’orthographe
américains du mot télégramme en est un exemple.
P. 67
Une des conséquences les ::
p. One of the most striking
plus remarquables de la 57
consequences
fermeture des portes fut,
closing of the gates was, in
en
fact,
effet
la
soudaine
the
of
the
sudden
séparation où furent placés
deprivation
befalling
des êtres qui n’y étaient
people
pas préparés.
completely unprepared for
who
were
it.
La deprivation est un résultat de la séparation, mais la deprivation ne veut
pas dire la séparation, dans ce contexte. On note aussi le terme « où furent places,
traduit comme befalling, et pourtant retenant le même import sémantique.
Le
traducteur, nous l’avons dit d’ores et déjà, n’est jamais attaché à la suite de mots de
l’auteur. On traduit, non pas les mots mais les idées.
P. 68
Même la légère satisfaction ::
p. Even the small satisfaction
313
d’écrire nous fut refusée
58
of
writing
(letters) was
denied us.
(It came to
this).
Les expression entre parenthèses n’étaient pas dans la phrase source. Ce
sont les créations terminologiques du traducteur. Elles font sortir le sens complet de
l’énonciation.
P. 74
Ainsi,
chacun
dut ::
p. Thus, each of us had to be
accepter de vivre au 63
content to live only for the
jour le jour, et seul en
day, alone under the vast
face du ciel.
indifference of the sky
Le terme “vast indifference” est ajouté par le traducteur pour rendre
pittoresque le message.
P. 76
Pendant
que
nos ::
p. While our townsfolk were
concitoyens essayaient de 66
trying to come to terms
s’arranger avec ce soudain
with their sudden isolation,
exiI, le reste mettait des
the plague was pestering
gardes
et
sentries at the gates and
détournait les navires qui
turning away ships bound
faisaient routes vers Oran.
for Oran.
aux
portes
Le traducteur a choisi les termes appropries pour traduire des concepts-cles
dans le passage. A noter c’est la traduction du terme exil avec isolation, deux mots
dans le sens stricte, sémantiquement variés, mais remplissant la même fonction
314
contextuelle dans les deux phrases.
On note aussi avec admiration le verbe
s’arranger traduit comme to come to termes, quand il y a plusieurs alternatives.
i.
to grapple with
ii.
to get used to
iii.
to settle with
iv.
to resign to
La capacité de choisir parmi plusieurs termes, celui qui le mieux comble la
lacune est de la créativité.
P. 74
Quant
aux
autres, ::
p. As for the others, [working
absorb130s dans leur 54
themselves
travail, jour et nuit, ils
throughout the day and far into
ne
les
the night] they never bothered
ni
to read a newspaper or listen to
lisaient
journaux
n’entendaient la radio.
to
a
standstill
a wireless.
Notez, la créativité dans la traduction de absorbes dans leur travail jour et
nuit, comme working themselves to a standstill throughout the day and far into the
night. Un réviseur béat dira surtraduction. Or, cet embellissement, linguistique,
cette agencement prosodique pittoresque nous dit quelque chose du style poétique
camusien, parfaitement miroité par un traducteur habille.
P.
Rambert,
pendant
les :: 164
184
premiers jours du mois de
September, Rambert had
septembre
worked conscintiously at
avait
During the first part of
315
sérieusement travaillé aux
Rieux’s side
côtés de Rieux.
Le traducteur détient le droit de dissoudre la phrase source et la reformuler
comme bon il lui semble. La phrase de départ débute avec le sujet, puis vient le
complément circonstanciel de temps et puis viennent le groupe verbal et le groupe
prépositionnel.
Mais la traduction se configure en complément circonstanciel de
temps + sujet + Groupe verbal + Groupe Prépositionnel. Le traducteur assimile le
message, et le langage de la traduction lui appartient.
P.
La Tous saint …
212
::
p. All Souls’ Day.
191
Cette traduction est faite sans recherche en termes Nous avons insisté sur la
nécessité pour une recherche terminologique avant d’aborder une traduction
quelconque
Les termes religieux présentent toujours un problème difficile.
La
traduction du terme Toussaint avec All Soul’s Day relève d’une traduction faite au
hasard. Le terme catholique : La Toussaint veut dire All Saints’ Day et c’est une fête
célébrée le premier novembre de chaque année. Elle est suivie de la fête des morts
(All Soul’s Day), le deux novembre. Albert Camus a consciemment dit La Toussaint.
Et voici un terme que Stuart Gilbert a par megarde rendu comme All Souls’ Day (sic).
P.
Ces superstitions tenaient ::
p. This superstition usurped
202
donc lieu de religion à nos 181
the place of religion in
concitoyens.
the life of our town.
Le terme superstitions (plural) en français a été remanié en traduction
anglaise, où il est singularisé en superstition. Intéressant aussi est la modulation de
316
nos concitoyens comme our town, cas de modulation métonymique, contenus pour
contenant.
P.
Un auteur profane dans le ::
206
dernier
siecle
p. Many
affirmait 184
centuries
ago,
a
profane writer … declaring
qu’il n’y avait pas de
that
purgatoire.
existed.
Purgatory
never
On s’interesse ici à l’expression … dans le dernier siècle traduite comme Many
centuries ago.
Nous voyons cette pluralisation comme étant sémantiquement
fautive et exagérée.
P.
Le surlendemain …
::
225
p. When the next day …
209
Le sens communiqué dans l’intégralité du passage peut n’être pas affecté,
mais une étude détaillée révélera une incongruité temporelle. Car, le surlendemain
si nous le comprenons très bien, c’est two days later, point taré. Le traducteur se
donne, ici, trop de liberté, situation que Fortunato Israël (21) décrit d’action en
demi-urge.
P.
… qu’il peut rester pendant ::
279
des
dizaines
d’années 252
p. … that it can be dormant
for years and years.
endormi dans les meules.
Le remplacement de des dizaines d’années avec for years and years est
commode comme créativité étant donné le fait que les deux expressions signifient
une longue période. Rien n’empêche le traducteur de dire for décades. Mais son
recours à la tournure stylistique le capte.
317
P. 36
Grand
lui
avait,
alors, ::
p. Grand had then explained to
expliqué qu’il essayait de 29
him that he was trying to
refaire le latin. Depuis le
brush up his Latin.
lycée, ses connaissances
learnt it at school, et course
s’était estompées
but his memory hd grown
He’d
blurred.
On compte trois nuances importantes dans le texte de depart, desquelles le
traducteur n’a retenu que la squelette. Ces points essentiels sont :
i.
refaire le latin
ii.
avoir étudié le latin au lycée
iii.
peu de connaissance du latin à présent.
Donc le texte français nous dit que Grand revisitait son latin, ce qu’il n’avait pas bien
saisi lors de son séjour au lycée. Mais tout au contraire, le traducteur nous fait
savoir :
(i)
qu’il avait le latin au lycée, mais tout récemment,
sa connaissance de la langue a dominué ; voilà
pourquoi le réapprentissage.
Il faut vraiment créer, mais jamais de manière a bousculer le sémantisme du texte
qu’on est appelé a traduire.
P.
Pratiquement,
il
était
192
dernier espoir de Rieux.
le ::
172
p. Practically
speaking,
was Rieux’s last card.
it
318
Le traducteur exhibe, ici, une maîtrise en terminologie. Même comme il a utilisé une
métaphore pour rendre correctement l’idée c’est une bonne modulation.. Denier
espoir traduit comme last card transmet en termes clairs le message, c'est-à-dire
l’idée.
Cela porte notre traducteur en bonne lumière comme un créateur
linguistique.
P. 70
Des
hommes
qui
se ::
croyaient légers en amour 60
p. Men
who
had
pictured
themselves as Don Juan …
…
Voici une preuve que le traducteur est le véritable créateur de la traduction. Etre
léger en amour renvoie à l’habitude d’être sexuellement immoral.
En traduisant
cette notion, Stuart Gilbert a concrétisé la passion excessive pour les femmes avec
Don Juan, caractère dans la littérature italienne reconnu pour la passion extrême
pour l’amour. Le nom Don Juan ne figure nulle part dans La Peste, d’Albert Camus ;
il reste la création de notre traducteur. Et pourtant, la traduction est fidèle.
P. 71
Oui,
c’était
bien
le ::
p. It was undoubtedly the
sentiment de d’exil que ce 60
feeling
creux que nous portions
sensation of a void within
constamment en nous cette
which never left us - that
émotion précise, le désir
irrational longing to hard
irraisonnable de revenir en
back to the past or else to
arrière ou au contraire de
speed up the march of
presser
time,
la
marche
du
of
and
exile
those
– that
keen
319
temps, cette flèche brillante
shafts
of
memory
de la mémoire.
stings like fire..
that
Le traducteur a créé une phase anaphorique, reflétant le style anaphorique
camusien.
On a besoin d’un esprit extrêmement créatif pour re-créer en langue
anglaise l’équivalent stylistique d’un morceau d’écriture d’un auteur français doué, tel
Albert Camus. Il s’agit ici de la fidélité au message et au style, une combinaison rare
dans l’acte traduisant.
P. 71
En
particulier,
nos ::
p. It is noteworthy ha tour
concitoyens se privaient 61
towns people very quickly
très
desist even in public from a
vite,
publique,
même
de
en
l’habitude
habit
one
would
have
qu’ils avaient pu prendre
expected them to form; that
pour supporter la durée
of trying to figure out the
de
probable duration of their
leur
séparation.
Pourquoi ?
exile. The reason is this.
Notre attention est captée par traduction de la question.
Pourquoi ? avec la
réponse. The reason is this.
P. 72
Ils
éprouvaient
souffrance
ainsi
profonde
la ::
de 61
p. Thus too, they came to
know
the
incorrigible
tous les prisonniers et tous
sorrow of all prisoners and
les exilés qui est de vivre
exiles, which is to live in
avec une mémoire qui ne
company with a memory
sert à rien.
that serves no purpose.
320
En dépit des petites nuances sémantiques qui diffèrent dans les deux textes, il y a
une similitude contextuelle entre les deux textes.
L’auteur dit profonde mais le
traducteur dit incorrigible Cette traduction est fidèle et juste, car dans l’acte
traduisant ce qui prime
n’est pas toujours la correspondance lexicale mais la
cohérence textuelle. A vrai dire les oranais, suivant le chronique, se trouve dans une
souffrance incorrigible imposée par le fléau. Si l’auteur ne l’a pas dit expressément
dans ce passage, c’est sous-entendu.
P. 73
Pour
parler
enfin
plus ::
p. To come at last, and more
expressement des amants, 63
especially to the ase of
qui
plus
parted lovers, who present
le
the greatest interest and of
sont
intéressants
narrateur
les
et
est
dont
peut-etre
whom
the
narrator
is
mieux placé pour parler, ils
perhaps better qualified to
se trouvaient tourmentés
speak – their minds were
encore
the
par
d’autres
angoisses au nombre des
prey
of
different
emotions, notably remorse.
quelles il faut signaler le
remords.
Il est évident par cette traduction que ce que fait le traducteur n’est jamais de faire
le petit bon homme du chemin, mais d’entreprendre une activité raisonnée et
intellectuelle.
Le traducteur assimile le message, le deverbalise et enfin le
reverbalise Notez aussi le mot amants rendu comme parted lovers. Nous avons dit
au cours de cette thèse, que la traduction littéraire est la plus exigeante.
Nous
321
suivons spirituellement, pour ainsi dire, le traducteur le long de son effort pour reexprimer le message de chaque segment du texte, et au même temps, s’efforçant de
retenir le style de Camus, de suivre la prosodie et le style poétique camusiens.
5.5.3 Etude structurelle de La Peste et The Plague
Peut-être faut-il a ce stade de notre thèse commenter les structures dans le
texte original – La Peste – en comparaison avec The Plague, sa traduction.
Il
s’agira, nous devons l’avouer, d’une analyse comparative de La Peste et The Plague.
Dans la partie théorique de cette thèse, nous avons cité des autorités soulignant que
dans traduction la structuration ne doit pas être prise à la légère (Catford, 1965,
McGuire, 1980). Nous n’avons pas oublié notre position qu’en question de primauté,
le sens emportera.
Nous ne faisons que relever un échantillon d’exemples pour
démontrer notre position prise dans le débat sur les structures dans la traduction,
utilisant La Peste et sa traduction.
P. 5
Les curieux événements qui :: p.12
The
font
cette
described in this chronicle
chronique se sont produit en
occurred in 194_, at Oran.
le
sujet
de
unusual
events
194…, a Oran
Il y a dans cette traduction, une mesure de littéralité, sauf, au milieu de la phrase où
le traducteur a exploité son style personnel.
Ex. qui fait le sujet/described.
Le
traducteur utilise le procédé non technique de concentration. Nous avons dit d’ores
et déjà que le traducteur pratiquera souvent cette flexibilité, cette fluidité
linguistique pour remanier les structures.
322
P.5
La cité elle-même, on doit :: p.12
The town itself we must
l’avouer, est laide.
admit is ugly.
Le traducteur a suivi fidèlement la phraséologie du texte original dans la traduction
de cette phrase. La toute première chose c’est d’essayer la littéralité et de voir si la
phrase résultante sera commode. Malgré le monde de différence entre le français et
l’anglais culturellement parlant, Stuart a essayé de faire ici une phrase vraiment
structurellement
Identique.
P.5
Une manière de
faire
la :: P.12
Perhaps, the easiest way of
connaissance d’une ville et
making
a
town’s
de chercher comment on y
acquaintance is to ascertain
travaille comment on y aime
how the people in it work,
et comment on y meurt.
how they love and how they
die.
Le mouvement prosodique de cette phrase est retenu dans sa traduction. L’ajout du
mot charnier – Perhaps - est naturel.
P.13
On dira sans doute que :: p.6
I twill be said, no doubt, that
cela n’est pas particulier à
these habits are not peculiar
notre
to our town; really all our
somme,
ville
cet
qu’en
tous
nos
contemporains sont aussi.
contemporaries
are
much
the same.
Parfaite congruité structurelle, résultant en une mesure de littéralité dans la
traduction. Ce n’est pas que la littéralité est le seul besoin de tout traducteur. Mais,
323
la littéralité qui respecte las impératifs linguistiques de la langue cible est louable et
difficile à réaliser. A noter aussi c’est la parfaite traduction de l’expression on dira
toujours traduisible en voix passive en anglais. It will be said … that est une parfaite
traduction.
P. 13
Entre ces extrémités il n’y a :: p.6
We seldom find a mean
pas souvent de milieu.
between these extremities.
Le remaniement structurel est commode. Le traducteur introduit « We … « , pour
éviter la tendance de suivre tout bêtement le style de l’auteur.
P. 13
Ce qui est plus original dans :: p.6
What is more exceptional
notre ville est la difficulté
in our town is the difficulty
qu’on y trouve à mourir.
one
Difficulté,d’ailleurs, n’est pas
dying.
le mot et il serait plus juste
perhaps, is not the right
de parler d’inconfort.
word;
may
experience
in
“Difficulty”
discomfort
would
come nearer.
Parfaite traduction! On notera la flexibilité du traducteur dans son choix de mots.
Pris enisolement, le mot « d’ailleurs » ne se traduira comme perhaps. Mais puisque
ce qui est traduit est le sens contextuel de chaque mot, la traduction est splendide.
Notez, aussi la modulation structurelle ; …
324
… il serait plus juste de parler :: discomfort would come nearer.
d’inconfort
Cette traduction est une amélioration de la phrase du départ et cela est la marque
d’un traducteur expérimenté dans le métier. La traduction doit viser à améliorer le
texte du départ, sans, toute fois, gèner le sens.
P.14
Ces
quelques
indications :: p.7
These somewhat haphazard
donnent peut-être une idée
observations may give a fair
suffisante de notre cité.
idea of what our town is like.
Nous avons parlé de l’idéolecte dans la partie théorique de notre thèse. Chacun
possède un répertoire de mots et d’expressions qui reviennent souvent à sa plume.
Cela justifie la traduction de « ces quelques indications » comme « these somewhat
haphazard observations », traduction qui est acceptable étant donné que le sens du
texte original n’est pas désorganisé ou bousculé.
A l’égard de la traduction de « une idée suffisante » comme « a fair idea », la
traduction est acceptable même si le verbe modal «may» dans la phrase suggère la
probabilité, car la probabilité est aussi insinuée dans la phrase française.
P.15
Le matin du 16 avril, le :: p.9
When leaving his surgery on
docteur Bernard Rieux
the 16 April, Dr. Bernard Rieux
sortit de son cabinet et
felt something soft under his
buta sur un rt mort au
foot. It was a dead rat ling in
milieu du palier.
the middle of the landing.
325
Le phrase française se compose de deux parties :
(i)
la locution adverbiale de temps
(ii)
une phrase composée (proposition principale + conjonction +
proposition principale).
Mais le traducteur a coupé la phrase en deux, donnant : (a) Dans la première
phrase :
(i)
une locution adverbiale de temps + la proposition principale.
Dans la deuxième phrase :
(i)
It was a dead rat lying in the middle of the landing.
Proposition principale (it was a dead rat) locution adjectivale (lying in the
middle of the landing).
La variation stylistique entre la phrase française et sa traduction anglaise,
structurellement parlant est bonne. Nous avons dit maintes fois que le traducteur
détient le droit de fondre chaque phrase et de la remanier selon son goût
stylistique ; ce qui importe toujours c’est que le sens soit retenu.
P.17
C’est
trop
cher
pour :: p.11
It’s too dear for us.
Don’t
nous n’est-ce pas ?
worry
Rieux
- Il le faut, dit Rieux
replied
about
that,
It had to be done.
La traduction de la phrase courte « Il le faut » avec « Don’t worry about that. It had
to be done » est commode suivant le contexte. Ce qui préoccupe le traducteur dans
ce cas c’est le vouloir dire de l’auteur et non pas les phrases isolées. Parfois ce que
l’on traduit n’est pas les mots mais le vouloir dire de l’auteur.
326
Il faut observer que Stuart a, bien des fois, remanié les structures de la
narration. Mais parfois, il désorganise les phrases, sans pour ainsi dire, déformer
l’esthétique de la narration ni l’éthique linguistique de langue d’arrivée. Cela court à
l’encontre de la théorie de Susan Bassnet McGuire que les structures de la langue
d’arrivée se rapprochera étroitement aux structures de langue source.
P.29
Ses carnets, en tout cas, :: p.22
His notebooks comprise a
constituent,
aussi,
sort of chronicle of these
une sorte de chronique
strange early days we all
de cette période difficile.
lived through.
eux
Recommandable est la prosodie, la musicalité de la phrase anglaise, suivant la
prosodie de la phrase française. Les expressions supplémentaires ne peuvent se
dire de top mais des cas de compensation.
Ces expressions supplémentaires
comptent « a sort of » et « We all lived through ».
P.29
Oui, bien sûr.
:: p.23
Ah yes. I remember now.
Malgré la semblable dissimilitude structurelle cette traduction est bien faite.
Contextuellement parlant, les deux phrases sont identiques. Le traducteur n’est pas
borné par la phraséologie ni par les structures du texte du départ.
P.28
On le rencontrait dans tous :: p.22
He was often seen in public,
les endroits publics. Dès le
and at the beginning of the
début du printemps, on
spring patronizing one or
l’avait vu sur les plages,
other beaches almost every
327
nageant souvent et avec
day ; obviously he was fond
un plaisir manifeste.
of swimming.
Intéressant est le style du traducteur dont il a combiné, en une seule phrase, deux
phrases distinctes tout en retenant intact le sens.
Un critique inexpérimenté
condamnera d’emblée la tournure grammaticale du traducteur, tournure qui ne
respecte pas la phraséologie du texte original. On se rappelle avoir expliqué qu’en
situation d’omini parata entre le style et le message, c’est le message qui prime.
Le style est secondaire.
P.39
Vous savez ce qu’on nous ::
« You know », the old doctor
répondra,
said, « what are they going to
dit
le
vieux p.33
docteur : « Elle a disparu
tell us?” that it has vanished
des pays tempèrés depuis
from temperate countries long
des années.
ago
Les structures de la traduction ont subi beaucoup de mutation. Le traducteur a fait
ses propres phrases, suivant les impératifs linguistiques de la langue d’arrivée. Un
transcodage du style de l’auteur ne produirait pas des phrases fluides.
P.131
Rambert
luttait
pour :: p.117
Rambert
fought
to
empêcher que la peste le
prevent the plague from
recouvre
besetting him.
Il paraîtrait que Stuart a bien suivi la configuration linguistique du texte à traduire.
Parmi toute une gamme de styles, il a choisi la littéralité. Mais importante à noter
c’est la modulation aspectuelle du verbe « luttait » (imparfait) traduit comme
328
« fought » (passé composé). Dans le langage de la traduction on appellera cela, la
modulation aspectuelle.
P.184
Rambert, pendant les
::
During the first part of
premiers jours du mois de
p.164
September, Rambert had
septembre, avait
worked conscientiously at
sérieusement travaillé
Rieux’s side
aux cotes de Rieux.
On note avec joie le re-positionnement du mot “pendant” (During). Il devient de
tout premier mot de la phrase anglaise, alors qu’en français, il en est le deuxième.
C’est permis dans la traduction d’évoquer son style personnel pourvu que le sens
reste intacte. Les adverbes, il faut l’avouer sont les éléments movibles et déplaçable
dans la phrase, Stuart a exploité cette connaissance.
P.192
Dans le cas d’un nouvel ::
If it failed, the doctor was
échec,
convinced the whole town
le
docteur
était p.172
persuadé que la ville serait
would be at the mercy of
livrée aux caprices de la
the epidemic.
maladie.
La quasi-correspondance lexico sémantique est recommandable, étant donné que
c’est la marque d’un traducteur expérimenté.
A vrai dire, ce n’est jamais facile
d’arriver à la littéralité de la traduction. J. C. Catford (1965) a dû lamenter qu’aussi
longtemps qu’il est impossible de réaliser une correspondance, phonétique,
morphologique et syntaxique, la traduction est impossible.
En cela consiste la
329
théorie de l’intraduisibilité catfordienne.
Cependant la pratique a prouvé cette
hypothèse très fausse.
Mais somme toute, une expression qui saute aux yeux c’est « livrée aux
caprices » ce que notre traducteur a bien modulée comme be at the mercy of. Il
s’agit d’une modulation rhétorique, montrant que le traducteur dispose d’un
vocabulaire intarissable. D’autres expressions alternatives incluent:
P.235
(i)
at the whims and caprices of …
(ii)
in the hands of …
Le surlendemain quelques :: p.229
When next day a few days
jours avant l’ouverture des
before the date fixed for
portes ,le docteur Rieux
the opening of the gates,
rentrait chez lui à midi …
Dr. Rieux came home at
noon
Malgré la faute dans la traduction de Le surlendemain (the following two days)
comme (the next day) (le lendemain) le traducteur a exhibé une mesure de
maturité stylistique en ajoutant un élément nouveau contextuellement approprié.
Cet élément nouveau c’est « the date fixed for ». Il pourrait dire, fidèle aux texte,
« before the opening of the gates », le traducteur, comme nous venons de dire tout
à l’heure, n’est pas borné par l’idéolecte de l’auteur. Il dispose du droit de marteler
chaque phrase selon les impératifs linguistique de la langue d’arrivée.
En général, les structures de la traduction de La Peste (The Plague)
représentent le chef d’œuvre d’un maître traducteur. Le traducteur a démontre au
fur et à mesure une expertise stylistique et rhétorique, résultant d’une maîtrise des
mathématiques structurelles et linguistiques de la traduction.
330
La manière dont Stuart a manié la traduction des faits inguistiques et
métalinguistiques est digne d’applaudissement ! Notre recherche révèle aussi que
notre traducteur, Stuart Gilbert, sait bien manier même les idiotismes, lesquels il
utilise à propos. Nous avons, d’ores et déjà, expliqué dans le corps de cette thèse,
pourquoi les proverbes ne figurent pas dans les traductions en revue.
Les
métaphores sont rares tant dans les textes source que dans les traductions. Le bon
usage d’idiotismes, et surtout la création d’idiotisme là où il n’y en a pas, distinguent
Stuart Gilbert comme un linguiste, ou mieux, un bon traducteur. Il peut vraiment y
avoir des omissions et des fautes de mégarde présentées dans d’autres domaines de
son entreprise de traducteur des deux textes en revue. Mais nous tenons à dire que
ces prétendues inadéquations sont déjà noyées par la nature apte de ses
applications des faits littéraires.
Les figures de style représentent la beauté de
toutes écritures. Ils sont bien remaniées, y compris les phrases en sorte que le
transcodage soit évité tout entièrement.
Le traducteur est souvent maître de la
rhétorique. A vrai dire, un traducteur qui sait manier ces atouts linguistiques est
digne d’être qualifié de dessinateur linguistique. Voici, bref, la description apte de
Stuart Gilbert.
5.5.4 Stuart et les idiotismes dans La Peste
Nous avons les idiotismes dans La Peste, et avons dit dans la rubrique portant
sur l’analyse des traductions que la traduction des idiotismes distingue un traducteur
doué de la dextérité linguistique.
Dans La Peste comme dans L’Etranger notre
traducteur Gilbert Stuart a exhibé une maîtrise de l’acte traduisant dans la manière
dont il a manipulé les idiotismes, ingrédients linguistiques qui posent toujours un
331
problème à l’amateur de la traduction. Il y en a beaucoup, mais nous n’en avons
sélectionné qu’un échantillon.
P. 12
Un malade s’y trouve bien :: p. 7
An invalid feels out of it
seul.
there.
To feel out of it renvoie à l’idée de se sentir abandonné. Cela traduit aussi
l’idée de se sentir seul en français.
Il s’agit d’un langage ordinaire traduit avec
l’idiotisme.
P. 14
… pour lui-même.
:: p. 8
… and to launch into the
narrative proper.
Voici un autre cas de langage ordinaire traduit avec l’idiotisme.
P. 15
pris
sa
course
vers
le :: p. 9
docteur.
coming towards him (the
doctor).
Prendre sa cours renvoie à l’action de se diriger vers quelqu’un ou quelque chose.
Notre traducteur a bien expliciter l’énoncé en le traduisant en langage ordinaire.
P. 16
…
que
les
coupables ::
p. … on the off chance that
voulussent bien se trahir 10
the miscreants would give
par quelque sarcasme.
themselves away.
Se trahir/give themselves away est un exemple de l’usage d’idiotisme pour traduire
la langage ordinaire.
P. 21
Ça en vaut toujours la ::
p. It certainly is worth the
332
peine.
14
trouble.
Voici un cas d’idiotisme traduit avec un autre idiotisme, une adresse bien rare dans
la main d’un traducteur. La création c’est comme les mathématiques, une entreprise
intellectuelle.
P. 23
Il les attendit
:: p. 15
… waiting for the two
men to draw level with
him.
Waiting for the two men to draw level with him est une expression juste pour
traduire “les attendue. Il s’agit ici d’un langage ordinaire traduit avec de l’idiotisme.
P. 53
Le
lendemain
de
la ::
p. On
the
day
after
the
conférence, la fièvre fit 47
committee meeting the fever
un petit bond.
notched
another
(small)
advance
Le traducteur a “créé” ici un autre idiotisme pour traduire l’idiotisme dans le texte de
départ.
Ce n’est qu’un profane qui ne verra pas la gymnastique intellectuelle
impliquée dans cette recréation idiomatique.
P. 53
Elle passa même dans les ::
journaux.
47
p. It even found its way into
the papers.
Le traducteur, moyennant l’usage d’idiotisme a simplifié un concept autrement
difficile à déchiffrer. L’idée de passer dans les journaux n’aurait été clair à première
vue, sinon que le traducteur habile l’a simplifié en to find … way into.
333
P. 54
Grand hésitait
::
p. Grand seemed at a loss.
48
A part le fait que le traducteur a eu recours à l’idiotisme pour traduire cet énoncé, la
nature pittoresque de cette traduction attire attention. Nous percevons l’image d’un
Grand complètement ébahi et totalement confus La traduction anglaise renforce
l’état l’hésitation avec une ambiance de confusion totale entourant Grand.
P. 55
… il veut mettre tout le ::
monde avec lui
p. … he wants to be in the
48
To be in the Good books of
good books of everybody.
est une expression idiomatique employé par notre
traducteur pour traduire un autre idiomatisme: vouloir metre tout le monde avec soi.
Ce n’est qu’un traducteur habile et à la fois créatif qui peut créer des équivalents
idiomatiques dans de semblables situations.
P. 55
… il cherchait toutes les ::
sympathies.
48
p. … he was always trying to
strike up friendship.
Chercher les sympathies, expression idiomatique, renvoie à l’idée de se montrer
désespéré afin d’attirer la pitié. Notre traducteur l’a justement traduit avec trying to
strike up friendship. Les deux expression sont idiomatiques.
P. 62
La
préfecture
par ::
p. The Prefect sent instructions to
l’intermédiaire de Richard 55
Rieux through Richard asking
demande
him to draw up a minute to be
à
Rieux
un
334
rapport
destiné
à
être
transmitted for order to the
envoyé dans la capitale.
central administration
Le texte en français dit la Préfecture, mais Stuart Gilbert dit the Prefect.
La
prefecture c’est l’administration alors que le Prefect représente l’administrateur. Et
si l’administration demande c’est sous-entendu qui c’est l’administrateur qui
demande.
A en revenir à l’idiotisme, nous avons mis en italiques l’expression
idiomatique anglaise to draw up a minute traduisant un rapport.
P. 69
Certains d’entre nous cependant :: p. 58 Hatching out plans for
s’obstinaient à écrire … sans trêve
corresponding
pour
the outside world.
correspondre
avec
with
l’extérieur, …
Intéressant est l’emploi par le traducteur de l’idiotisme hatching out plans pour
traduire à écrire et imaginer. Cet idiotisme est la création du traducteur et non de
l’auteur du texte original.
P. 74
Dans ces extremités de la ::
p. Moreover, in the extremity
solitude, enfin, personne ne 64
of
solitude, none could
pouvait espérer l’aide du
count on any help from his
voisin et chacun restait seul
neighbour; each had to
avec sa préoccupation
bear
the
load
of
his
troubles alone.
Le mot charnier – Moreover – vient de la créativité de Stuart Gilbert. Nous notons
surtout pouvait espérer rendue comme could count on : un idiotisme anglais. Le
335
traducteur rend aussi l’idée de rester seul avec sa préoccupation comme o bear the
load of his trouble alone, une métaphore concrète. On sait déjà qu’au cours de la
peste les gens souffrent.
En fait, le thème général de Las Peste est celui de
souffrance ; cela justifie la précision créatrice de his troubles pour sa préoccupation.
5.5.5 Créativité et fidélité dans La Peste
P. 79
Bon ! remarquait Cettard ; sur ::
p. Anyhow, we’ll all be
un ton aimable qui n’allait pas 69
nuts
before
long,
avec son affirmation, nous allons
unless I am mistaken.
tous devenir fous, c’est sûr.
Cette traduction est au diaspon avec le conseil de Peter Newmark (312) que
« l’ou traduit nom pas le mots mais les idées. » Le mot Anyhow traduit Bon … sur
un ton qui n’allait pas avec son affirmation. Le mot fous (mad, crazy) est recréé en
nuts. Il y a aussi une mesure de recréation dans la traduction de c’est sûr en unless
I am mistaken. Il ya une atténuation du terme fous en nuts.
En dépit de toutes ces re-créations lexicales, le sémantisme du texte n’est pas
gêné. Le traducteur, nous l’avons observé, détient le droit d’atténuer certains mots
pour réduire le choc.
Malgré ces remaniements lexicaux le texte est traduit
fidèlement.
P. 81
Trois semaines après la ::
p. One evening, when he was
fermeture des portes, Rieux 70
leaving the hospital – it
trouva,
was about three weeks
à
la
sortie
de
336
l’hôpital, un jeune homme
after the closing of the
qui l’attendait.
gates – Rieux found a
young man waiting for him
in the street.
Malgré la reformulation de la phrase dans la traduction, y compris l’ajout ces
parenthèses, le sens de la phrase original est retenu, avec tous les segments
sémantiques intactes. Cependant, le segment disant qu’un jeune homme l’attendait,
traduit comme « a young man waiting for him in the street est une re-création par le
traducteur.
Cette re-création est recommandable; après tout où encore le jeune homme,
pourrait-il, attendre le Dr. Rieux descendant vers la rue ? Le traducteur a ajouté un
segment supplémentaire pour faire sortir le sens, le vouloir dire de l’auteur.
La
traduction de cette phrase est fidèle.
P. 116
C'est-à-dire
que
nouveau
le ::
sérum 103
p. That was to say, the new
consignment of serum sent
envoyé de Paris fut
from
moins efficace que le
effective than the first and
premier
the death-rate was rising.
et
les
Paris
seemed
less
statistiques montaient.
A noter c’est surtout l’explication du mot statistiques comme death rate. Ce faisant,
notre traducteur traduit non pas la semblance orthographique. Ce n’est pas a dire
337
que le mot statistics ne peut pas transmettre le même message, mais le traducteur a
introduit une variation linguistique; pourvu que le sens soit fidèlement retenu.
P.
« Vous verrez ce que j’en :: p. 81
« Just wait and see what I will
100
ferai »
et
make of it », Grand said and
tourné vers la fenêtre, ajouta
glancing towards the window,
« Quand tout cela sera fini ».
added : « when all this is over. »
disait
Grand ;
Une étude détaille de la phrase et sa traduction montrera que l’expression “Just
wait” n’existe pas dans le texte français. Il s’agit plutôt de la re-création par le
traducteur.
Deuxièmement, le verbe participial tourné (tuning) est module en
glancing (jetant un coup d’œil sur), sans que le sens global du texte ne soit affecté.
Notre traducteur sait remplacer les vocables appropriément.
P. 101
… être débrouillard
:: p. 82
… Resourcefulness in
emergency
Voici une création juste et appropriée, aussi bien qu’explicite.
P. 103
Curriculum vitae
:: 91 As a curriculum vitae
Voici une des expressions que nous avons décrites de classiques et omnibus, qui
s’utilisent librement entre le français et l’anglais. Curriculum vitae est latine comme
expression. Dans de telles situations, le traducteur n’est pas obligé de créer des
termes.
338
P. 170
Dans tous les cas, à supposer ::
p. In any case, if the
qu’ou veuille avoir une idée 152
reader would have a
juste de l’état d’esprit où se
correct idea of the
trouvaient
mood of these exiles
les séparés, de
notre ville.
Nous notons avec intérêt la tournée d’attention, le changement de focus vers
l’audience lectrice, par le traducteur. Là, c’est une démonstration d’un haut degré
de créativité. Nulle part dans le texte original, a – t - on mentionné les lecteurs. Si
le traducteur décide de les impliquer dans le déroulement d’événements c’est de la
créativité.
P.
« Quoi de nouveau ? »dit – il ::
189
à Tarou qui s’approchait – 169
who
Paneloux
de
“Paneloux is prepared to replace
la
Rambert at the quarantine station.
maison de quarantaine. Il a
He has put in a lot of useful work
déjà beaucoup fait. Il restera
already.
la
de
recognize Number Three group
prospection à regrouper sans
now that Rambert’s gone.” Rieux
Rambert. Rieux approuva de
nodded. “Castel has his first lot of
tête. – Castel a achevé ses
the vaccine ready now.”
premières préparations.
continued.
remplacer
accepte
Rambert
troisième
à
équipe
propose un essai.
Il
p. « Any news ? » he asked Tarou
had
come
beside
him.
All that remains is to
Tarou
He’s in favour of its
being tried out at once.
339
Notez la traduction de “Il a déjà beaucoup fait” (He has already done a lot)
comme “He has put in a lot of useful work already”. Notez aussi la traduction de
“Castel a achevé ses premières préparations. Il propose un essai » comme « Castel
has his first lot of the vaccine ready now … He is in favour of its being tried out at
once. »
Ceci fait vraiment croire que le traducteur est le verible créateur du deuxième
texte.
« Tarou continued » n’est pas dans le texte original. Deuxièmement, He is in
favour of its being tried out at once, traduisant “Il propose un essai” est une
tournure stylistique appartement à Stuart Gilbert.
P. 62
Je vais demander des ordres au :: p. 55
I’ll ask the Government for orders.
Gouvernement General.
When Rieux met Castel, the
Rieux
raccroche devant Castel.
Prefect’s phone was still rankling.
- Et les sérums ?
Orders! he said scornfully. When
-
Ils
semaine
arriveraient
dans
la
What’s need is imagination. Any
news of the serum? It’ll come this
week.
Malgré les plusieurs efforts créatifs dans cette traduction il y a une mesure de
fidélité.
Par exemple, l’expression « Rieux raccrocha devant Castel » semble avoir été
sursautée, mais une étude plus proche révélera que « he said scornfully » traduit le
même sentiment de condamnation. De surcroît, un reviseur béat demandera de
340
savoir pourquoi l’auteur a dit sérums et le traducteur dit sérum. Cette tournure
émane d’un esprit créatif, et en traduction on l’appelle modulation (pluriel/singulier)
P. 70
Des
maris et des, amants :: p. 60
Husbands
who
had
had
qui avait les plus grandes
complete faith in their wives
confiance
leur
found, to their surprise, that
compagne se découvraient
they were jealous; and lovers
jaloux.
had he same experience.
dans
Dans le texte source, le sujet de la phrase est composé (des maris et des amants),
mais le traducteur a évoqué sa liberté créatrice pour refondre la phrase et pour la
recomposer. Donc, dans la traduction, il a, au tout abord, parlé des maris seulement
pour ne faire qu’un simple commentaire cursif aux amants vers la fin. Et pourtant la
fidélité est assurée.
341
CONCLUSION
La notion de créativité dans la traduction est un concept paronamique en ce
sens qu’il englobe tout un arroi de faits tant sur le plan sémantique que linguistique.
Entouré d’innombrables théories, ce concept semble guider la création ou l’invention
de toute unité lexicale et expressive.
La traduction, comme l’avons exprimé dans le corps de notre thèse, est
définie de plusieurs manières par plusieurs érudits.
Nous avons présenté les
différentes vues de quelques traductologues sur le sujet de traduction. Nous avons
aussi donné attention à la traduction littéraire, laquelle représente le vif de notre
thèse. Basant sur ces théories, nous avons abordé une critique de la traduction des
deux œuvres d’Albert Camus choisis pour cette recherche, suivant les hypothèses
présentées au début du travail.
La mise en chapitre
La thèse est divisée en cinq chapitres distincts comme nous avons expliqué
dans la partie introductoire de notre travail. Le premier chapitre a pris charge de
notre motivation dans l’\entreprise de cette recherche, dans le choix de ce titre
comme sujet de thèse. Là nous avons mentionné l’importance de la traduction dans
la sous région de l’Afrique de l’Ouest, y compris le besoin pour la traduction au
Nigéria.
Entre les pages de chapitre deux, nous avons entamé la revue de littérature,
laquelle sert de cadre pour la recherche, les théories sur les quelles sont basées les
critiques portées sur les traductions. Beaucoup de faits essentiels ont fait objet de
discussion dans ce chapitre : créativité, terminologie, fidélité, traduction automatique
etc. La créativité qui constitue le focus de cette recherche est discutée de manière
342
générale, discussion qui nous a mené à énumérer certains facteurs qui s’influent sur
la création des termes dans la traduction. Nous avons critiqué les traductions faites
par Stuart Gilbert suivant ces critères déclarés. La fidélité, qui constitue le but final
de toute traduction, est étudiée dans ce chapitre. La fidélité comme notion présente
un hybride d’implications. Aussi, dans le cadre de la revue de littérature, avons-nous
discuté la traduction automatique. Il était question, dans cette discussion, de savoir
jusqu’à quel point la machine à traduire serait capable de remplacer l’être humain
dans l’acte traduisant, et surtout dans la traduction littéraire. Nous avons profité de
cette même opportunité pour retracer l’origine de la traduction automatique (la TA).
Le troisième chapitre présente la méthodologie de notre recherche et nous
avons fait savoir que notre recherche est basée, dans son intégralité, sur les
recherches bibliothécaires. Nous avons cependant, eu recours à l’internet pour nous
familiariser avec ce qui est en vogue ailleurs. Nous aimerions avouer, avec une
mesure de déception et de chagrin, que les regains y étaient rares, et insuffisants.
Ce n’est pas à dire que les recherches dans le domaine de la traduction littéraire ne
sont pas faites, mais le nombre de ces recherches inscrites sur l’internet est très
peu. Le troisième chapitre termine avec les définitions de termes utilisés dans notre
étude : cela nous a été très important étant donné les différent termes
professionnels que nous avons rencontrés au cours de la recherche.
La vie, la philosophie et les œuvres d’Albert Camus sont revues dans chapitre
Quatre de notre thèse. Force est de traiter ces faits psychologiques afin de mieux
connaître la personne d’Albert Camus, y compris les faits causatifs de ses écritures.
Coindreau a dit qu’il fallait connaître l’auteur du texte que nous travaillons.
Une
étude de la vie d’Albert camus révèle qu’il avait mené une vie de chaos. Les thèmes
343
majeurs de ses œuvres semblent dire quelque chose des expériences vécues de
notre écrivain. Voilà, bref, ce dont il s’agir dans le quatrième chapitre.
Enfin vient le cinquième chapitre où nous avons présenté le vif de notre
recherche : Etude critique de L’Etranger et La Peste d’Albert Camus. On se sent
obligé de dire que les quelques critiques portées sur ces traductions ne doivent être
prises comme conclusives.
Quelques uns des points essentiels de nos critiques
comptent :
Américanisation
Beaucoup de cas d’américanisation abordent dans les deux œuvres en
traductions. L’orthographe de télégramme en est un exemple.
Dans L’Etranger,
Camus a écrit dépêche, ce que Stuart a bien traduit comme telegram, sauf que
l’orthographe est américaine. Il y a aussi de l’américanisation la cigarette (LE p.
139) traduit comme the fag (To p. 93). Des cas d’américanisation se trouvent à
travois les majorations psychologiques.
Dans L’Etranger, surtout, le traducteur a majoré les sentiments de manière à
faire préjuger Meursault. En voici quelques exemples :
(LE p. 102)
Le jour où j’ai
::
(TO p. 69)
enterré maman
On the day I attended
mother’s burial.
Nous avons commenté sur cette traduction préjugée. Il existe aussi des cas où
notre traducteur a ajouté des expressions supplémentaires, hélas de trop.
Terminologie
Les fautes terminologiques comme nous les avons signalees incluent, dans
L’Etranger :
(LE p. 9)
Sentiment distingués
::
(TO p. 13)
Deep sympathy (sic)
344
(LE p. 9
L’asile des vieillards ::
(TO p. 13)
Home for Aged People.
Il y a aussi dans La Peste en traduction :
Le Toussaint
::
All Soul’s Day (sic) au lieu de All Saints Day.
Beaucoup de telles fautes existent dans le deux documents.
Séquence paragraphique
L’organisation paragraphique de The Outsider, traduction de L’Etranger est
beaucoup distorquee, à la différence.
La Peste. Sous forme d’un tableau, nous les pressentons de manière cursive.
Letranger
The Outsider
Premier Partie
Part One
Chapitre 1er
27 paragraphes
Chapter One
54 paragrasphs
Chapitre 2
11 paragraphes
Chapter Two
18 paragraphes
Chapitre 3
18 paragraphes
Chapter Three
19
paragraphes
Chapitre 4
8 paragraphes
Chapter Four
19
paragraphes
Chapitre 5
Chapitr 6
7 paragraphes
25 paragraphes
Deuxieme Partie
Chapitre 1er
paragraphes
Chapter Five
25 paragraphes
Chapter Six
39 paragraphes
Part Two
11
Chapter One
37 paragraphs
345
Chapitre 2
13 paragraphes
Chapter Two
31
paragraphes
Chapitre 3
21 paragraphes
Chapter Three
51
paragraphs
Chapitre 4
10 paragraphes
Chapter Four
28 paragraphs
Chapitre 5
22 paragraphes
Chapter Five
37 paragraphs
Total :
358
Total :
173
paragraphes
paragraphs
Il s’ensuit que The Outsider dispose d’un surplus paragraphique de deux cent trois.
Et si, selon notre recherche, le paragraphe constitue une unité sémantique dans
l’organisation d’un essaie, il ira sans dire qu’il existe un surplus de 185 idées dans
The Outsider par rapport à L’Etranger.
Quant à La Peste il y a une correspondance paragraphique entre le texte et sa
traduction. Cet équilibre organisationnel émane d’une compétence très rare, et alors
digne d’être loué.
Traduction imagée
Stuart Gilbert a constamment eu recours à la traduction par création d’image
(voir ch. 2) un exemple concret est la traduction compensatoire et imagée dans :
gestes saccadees (L.E p. 71)/
jerky walk as if she were on wire (TO p. 49)
Les traductions imagées abondent aussi dans The Plague.
346
Problème d’ordre apostrophique
En traduction, surtout entre le français et l’anglais, l’idée de tutoiement et de
vouvoiement pose d’énormes problèmes. Ces problèmes sont plus évidents dans
L’Etranger que dans La Peste. Dans L’Etranger (p. 108) Meursault a observé avec
pitié que le juge semblait avoir pitié de lui. Dans les propres mots de Meursault :
J’ai remarqué qu’il me tutoyait.
Voici une phrase que Stuart a trouvé difficile à
traduire fidelement. Il a traduit la phrase comme :
I noticed that he seemed genuinely solicitous when he
said : My poor young man.
Figures de style
Nous avons observé dans la partie revue de littérature de cette thèse qu’il est
possible de dire si oui ou non un écrivain appartient au domaine des lettres
modernes, de par son usage des figures de style. La métaphore et l’idiotisme font
partie de ces figure de style.
Dans les deux traductions, Stuart a parfaitement
recréé les metaphores et les idiotismes. Nous avons indiqué ces figures de style
appropriément rendu avec les idiotismes équivalents ou en langage ordinaire juste,
dans la traduction de chacun des deux romans.
Enfin, nous nous sommes proposé de découvrir la cause de l’amélioration que
Stuart Gilbert a exhibée dans la traduction du deuxième roman. Et le résultat n’est
pas trop étonnant ! L’Etranger écrit en 1945 était traduit en 1946, alors que La
Peste écrit 1945 était traduit 1948. La décadence de temps entre la traduction des
deux textes explique l’amélioration de la traduction éprouvée dans La Peste. Stuart
Gilbert a été très créatif dans les deux traductions ; cependant plus créatif dans la
347
traduction de La Peste que dans L’Etranger. Les embellissements stylistiques sont
plus monnaie courante dans La Peste, occasionnées comme nous l’avons expliqué
par la décalence de temps.
Nous avons expliqué ce phénomène plus
minutieusement dans notre cinquième chapitre. Nous nous rappelons avoir postulé
que le traducteur du texte littéraire est censé être spécialisé dans les lettres
modernes, et, par conséquent, les figures de style, atouts bénéfiques entre les
doigts de tout écrivain doué ne lui seraient pas étranges. Ces figures de style ont
été méthodiquement cousues dans les deux traductions.
En tout, la traduction littéraire n’est jamais bon marché dans son intégralité,
car elle exige de la part du traducteur une connaissance, tant peu soit-elle, de tout
autre domaine de l’activité humaine ; car la littérature est un cocktail des
expériences humaines. En ce qui concerne la créativité dans traduction littéraire, il
s’agit d’un processus interminable, car, aussi longtemps que la individus inventent
des idées, aussi longtemps qu’ils créent des réalités à partir d’un vide, les
traducteurs en créeront les équivalents.
L’Enigme du traducteur litteraire
Nous sommes perturbé par le fait que le traducteur littéraire n’est pas accordé
reconnaissance dans son entreprise créatrice. Vis-à-vis de l’auteur du texte qu’il
traduit, ont lui confie une position secondaire, et c’est lamentable. Bien des fois, le
nom des traducteurs, s’il n’est pas oublié entièrement, est forcé de figurer dans un
coin furtif à la page intérieure du texte traduit.
Pis encore, aucun traducteur
littéraire n’a protesté cette inhumanité de l’espèce humaine envers son homologue.
La pure vérité reste que le traducteur littéraire est l’auteur du deuxième texte que
348
nous appelons, peut-être en erreur, la traduction. La paternité (ou dirons nous la
maternité) du deuxième texte lui appartient Ce n’est qu’un lecteur bilingue qui sera
en mesure de percevoir, sentir et évaluer la gymnastique intellectuelle d’où est sortie
la traduction.
A titre d’exemple, c’est Stuart Gilbert qui est au centre de cette
critique, et non pas Albert Camus. Accepté, les idées appartiennent à Camus, bien
entendu, mais la langue qui véhiculise ces idées, y compris, les tournures
grammaticales dans la traduction appartiennent à Stuart. En fait, si l’on nous pose
la question de savoir qui est l’auteur de The Outsider, nous répondrons sans effort
que c’est Stuart Gilbert. Et l’écrivain de The Plague, loin d’être Albert Camus, c’est
Stuart Gilbert, aussi.
En guise de conclusion on se sent obligé de tirer trois coups de canons (dans
l’air!) pour célébrer l’ingénuité d’un érudit audacieux, pour chanter les louanges d’un
créateur par excellence, un artiste qui sait mimer, même dans les situations
infernales.
Gilbert Stuart a transplanté un roman classique français en terre
américaine trop libre et libérée. Il a piétiné sur un sol où les anges évitaient. Pour
avoir risqué de se présenter au monde intellectuel pour les critiques, Stuart Gilbert
tel Meursault de la création camusienne, est le héros de notre temps.
349
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Zang,
Xuan.
Complete
Translation
(www.google.com.6).
Service:
Traslators
through
history
360
TABLE DE MATIERES
Titre
Page
Introduction
..
CHAPITRE PREMIER ..
..
..
1
..
..
8
1.0
Preambule
8
1.1
Motivation pour l’étude
8
1.2
But de l’étude
11
1.3
Arrière – plan de l’étude
14
1.4
Pourquoi étudier la traduction au Nigéria
17
1.4.1
Origine et regain de la traduction français – anglais au Nigéria 18
1.5
Hypothèses
20
1.6
La conclusion
21
CHAPITRE DEUX
..
..
..
23
2.0
Préambule
..
..
..
23
2.1
Les adhérents du style
..
..
..
23
2.1.1
L’adeptes de message
..
..
..
26
2.1.2
Un mélange de points de vue
2.1.3
L’importance de la formation
..
..
2.1.4
Notes sur les procédés de traduction
..
..
34
2.1.4.1
L’Emprunt
..
..
..
35
2.1.4.2
Le calque
..
..
..
37
2.1.4.3
Traduction littérale
..
..
..
38
29
32
361
2.1.4.4
La Transposition
..
..
..
39
2.1.4.5
Modulation
..
..
..
40
2.1.4.5.1.
Modulation polaire
..
..
41
2.1.4.5.2
Modulation géographique
..
..
41
2.1.4.5.3
Modulation métonymique
2.1.4.6
Equivalence
2.1.4.7
Adaptation
43
..
..
44
..
..
..
45
2.1.5
Les procédés non techniques
..
..
48
2.1.5.1
Amplification
..
..
..
49
2.1.5.2
Etoffement
..
..
..
49
2.1.5.3.
Economie
..
..
..
50
2.1.5.4
Explicitation
..
..
..
50
2.1.5.5
Dilution et concentration
..
..
..
51
.2.1.5.6
Compensation
..
..
..
51
2.2
Notre opinion sur la traduction
..
..
52
2.2.1.
Les domaines de la traduction
..
..
53
2.2.2
La traduction technoscientifique
..
..
54
2. 2.3
La traduction pragmatique
..
..
56
2. 2.4
La traduction littéraire
..
..
57
2.2.5
La traduction littéraire et les détails textuels
..
58
2.2.5.1
Les grandes lignes de la critique littéraire
..
60
2.2.5.2
La critique intrinsèque du fond et de la forme
..
61
2.2.5.3
Les facteurs extrinsèques
..
..
62
2.2.5.4
Le critère historique
..
..
62
362
2.2.5.5
Le critère psychologique
2.2.5.6
L’archétype
2.3
L’environnement dans la traduction
66
2.3.1.
Le concept d’environnement
66
2.3.2
L’environnement culturel
67
2.3.3.
Etude des aspects de l’environnement
71
2.3.4
Le climat
..
..
71
2.3.5
La flore et la faune
..
..
72
2.3.5.1
La flore dans la traduction
..
72
2.3.5.2
La faune dans la traduction
..
73
2.3.5.3
La pnacée d’extraction caractérrelle
..
76
2.3.5.4.
Les mers et les océans
..
77
2.3.5.5
La géologie
..
79
2.3.5.6
Les montagnes et les vallées
..
79
2.3.5.7
L’environnement intellectuel
..
79
2.3.5.8
L’histoire du peuple
..
80
2.3.5.9
Les mœurs du peuple
..
82
2.3.5.9.1
La religion comme inhibition
..
84
2.3.5.9.2
Le niveau du développement
84
2.4
Crétivité : tentative de définition
87
2.4.1.
Notre opinion sur la créativité
88
2.4.2
La créativité de contnu (ou de sens)
89
2.4.3
La créativité forelle (ou de style)
90
2.4.4
Les critères pour la création de termes
90
..
..
..
63
..
..
64
363
2.4.5
Le critère de conciosion
91
2.4.6
La transparence
91
2.4.7
La création par composition
93
2.4.8
Le processus de motivation des termes
94
2.4.8.1
Motivation primaire
94
2.4.8.2
Motivation secondaire
95
2.4.8.3
Motivation de forme
96
2.4.8.4
Motivation de fonction
96
2.5
La céativité dans la litterature
96
2.5.1
Créativité en traductio littéraire
100
2.5.2
La créativité et effets sonores
103
2.5.3
Remaniement phrastique comme créativité
107
2.5.4
Omission comme crétivité
109
2.6
Les catégories de la traduction littéraire
117
2.6.1
La traduction de la poésie
118
2.6.2
La traduction du théâtre
122
2.6.3
La traduction de la prose
123
2.6.3.1
Le traducteur littéraire et la littérature.
124
2.6.3.2
La traduction littéraire et le pouvoir d’équivocité
125
2.6.4
Le concept de fidélité
127
2.6.4.1
La fidélité et le texte de départ
130
2.6.4.2
La fidélité à l’auteur
131
2.6.4.3
La fidélité à l’audience
132
2.6.4.4
La fidélité au client
133
364
2.6.4.5.
La fidélité et les cliches classiques
136
2.6.4.6
La fidélité et l’orthographie
137
2.6.4.7
La fidélité et l’orthographie
138
2.6.4.8
La fidélité et les jeux de mots
141
2.7
La traduction et la linguistique
144
2.7.1
Le débat
144
2.7.2
La traduction et la ponctuation
145
2.7.3
D’autres exemples des problèmes d’origine ponctuationnelle 147
2.7.4
Le cas d’ambiguïtés
2.7.5
Le français et l’anglais en situation de contact.
152
2.7.5.1
Le traducteur et la langue cible
154
2.7.5.2
Les structures
..
..
154
2.7.5.3
L’organisation du texte
..
..
156
2.7.5.4
La mise en paragraphe
..
..
156
2.7.5.4.1
La longueur ..
..
..
156
2.7.5.4.2
Le développement
..
..
157
2.7.5.4.3
La cohérence
..
..
158
2.7.5.4.4
Les effets sonores
..
..
160
2.7.5.4.5
Les mots exactes des personnages dans la traduction
161
2.8
La traduction des concepts à base de culture
163
2.8.1
Les faits culturels qui inhibent la fluidité de la traduction
164
2.8.2
Les proverbes
164
2.8.3
Le cas d’affinité linguistique
168
2.8.4
Les métaphores
169
..
..
..
149
365
2.8.5
Le cas d’idiotismes
171
2.8.6
Un point commun
173
2.8.6.1
Interprétation
173
2.8.7
Les écrivains africains et les concepts anthropologiques
174
2.8.8
Le cas des allusions historiques
176
2.9
La question terminologique dans la traduction
177
2.9.1
Le début du terme
178
2.9.2
Qu’est-ce qu’un terme ?
..
..
179
2.9.3
La fiche terminologique
..
..
180
2.9.4
Le domaine médicale et les langues Classiques
183
2.9.5
Le problème de la terminologie médicale ..
184
2.9.6
Le traducteur : une encyclopédie itinérante
2.9.7
La similitude sonore :
2.9.7.1
Les etendus de la documentation
..
190
2.9.7.2
Le domaine juridique et la documentation
..
194
2.9.7.3
La traduction juridique : domaine spécial
..
195
2.9.7.4
La traduction juridique in situ
..
195
2.9.7.5
La traduction juridique ex-judis
..
198
2.9.7.6
Les dangers de la présomption terminologique ..
198
2.9.7.7
Les emprunts terminologiques
203
2.9.8
Le texte littéraire et la traduction automatique. ..
2.9.8.1
Tentative de définition : la traduction automatique
2.9.8.2
Contexte historique
2.9.8.3
Les machine à traduire aujourd’hui
..
187
déception terminologique
188
..
..
204
..
..
205
205
..
206
366
2.9.8.4
La traduction automatique et le texte littérature
2.9.8.5
La conclusion
CHAPITRE TROIS
..
207
216
..
..
..
..
217
Méthodologie de la recherche
..
217
3.0
Préambule
..
..
217
3.1
La méthode bibliothécaire
218
3.2
La méthode d’internet
218
3.3
Délimitation de la recherche
220
3.4
Les points essentiels de la recherche
220
3.5
La mise en chapitre
221
3.6
Définition de termes
221
3.7
Conclusion
224
CHAPITRE QUATRE
225
4.0
Préambule
225
4.1
La naissance d’Albert Camus
..
..
226
4.2
L’élevage d’Albert Camus
..
..
226
4.3
Sa philosophie
..
..
227
4.4
Les œuvres de Camus
..
..
228
4.5
l’Etranger et La Pese en résumé
230
4.5.1
L’Etranger
231
4.5.2
Des surprises
232
4.5.3
Le meurtre de l’Arabe
232
367
4.5.4
L’arrestation et le jugement de Meursault
233
4.5.5
Les visites de l’aumônier
235
4.5.6
Le jugement et la condamnation de Meursault
235
4.6
La Peste
236
4.6.1
L’histoire
237
4.6.2
Rieux ne rit plus
238
4.6.3
Résultat de la fermeture
241
4.6.4
Réouverture de la ville
241
4.6.5
La mort du Père Paveloux
..
..
243
4.6.6
Le message camusien
..
..
244
4.6.7
Le symbolisme de La Peste ..
..
246
4.7
La conclusion
CHAPITRE CINQ
247
..
..
..
..
Analyse de la traduction de L’Etranger et de La Peste
..
..
249
249
5.0
Préambule
..
249
5.1
Le titre de L’Etranger
:: The Outsider
250
5.2
Analyse critique de L’Etranger
250
5.3
L’agencement phrastique et la mise en chapitre
270
5.4
La créativité sémantique
272
5.4.1
Stuart Gilbert et les idiomatismes dans L’Etranger
291
5.4.2
Les métaphores camusiennes sous la plume de Stuart Gilbert 293
5.5
Etude de la traduction de a Peste
294
5.5.1
La créativité stylistique dans La Peste
297
368
5.5.2
Créativité et terminologie dans La Peste
303
5.5.3
Etude structurelle de La Peste et de The Plague
315
5.5.4
Stuart et les idiotismes dans La Peste
324
5.5.5
Créativité et fidélité dans The Plaguje
329
Conclusion
335
Ouvrages cités
343
Table de Matieres
..
..
354