Etude sur le secteur artisanal Pays du Perche Eurelien
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Etude sur le secteur artisanal Pays du Perche Eurelien
Étude sur le secteur artisanal Pays du Perche Eurélien Étude réalisée par le Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais avec l’expertise et/ou le concours financier des partenaires suivants : Remerciements pour leur participation : - - Pour les organismes institutionnels : À l’Unité Territoriale d’Eure-et-Loir de la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi (DIRECCTE) du Centre Au Pays du Perche Eurélien Au Comité de Développement Économique d’Eure-et-Loir (CODEL) Pour les entreprises : À l’entreprise « Au Plaisir des Fleurs » à La Bazoche-Gouet À l’entreprise « Aurore Coiffure » à Nogent-le-Rotrou À l’entreprise « Boulangerie, Pâtisserie, Épicerie Carnis » à Chassant À l’entreprise « Central Pressing SARL François Fabrice » à Nogentle-Rotrou À l’entreprise « EURL Boucherie des Moulins » à Unverre À l’entreprise « GPM Adhésif » à Yèvres À l’entreprise « Gautier et Bouhours » à Vieuvicq À l’entreprise « La Nogentaise » à Nogent-le-Rotrou À l’entreprise « Legroux » à La Bazoche-Gouet À l’entreprise « Les Mèches d’Emilie » à Digny À l’entreprise « Sandrine Coiffure » à Margon À l’entreprise « SARL Tree House Concept » à Nogent-le-Rotrou À l’entreprise « Séridiffusion – Sérigraphie Daniel » à Nogent-leRotrou Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 2 Sommaire I / État des lieux des entreprises artisanales au sein du Pays du Perche eurélien .......................................................................................................................................................................... 5 1) Dénombrement et évolution du nombre d’entreprises artisanales (y compris celles du bâtiment) en 2013, 2012, 2011 et 2010 au sein du Pays du Perche Eurélien ................................................................................................................................................................................. 5 2) Dénombrement des mouvements d’entreprises (immatriculations et radiations d’entreprises) en 2013, 2012 et 2011 au sein du Pays du Perche Eurélien ................................................................................................................................................................................. 7 II : Regards croisés des artisans du perche eurélien : Freins, contraintes et atouts des entreprises artisanales ........................................................................................................ 9 1) Un contexte économique toujours incertain qui fragilise encore les entreprises, notamment dans l’artisanat ................................................................................................... 9 2) 1 : Augmentation des difficultés de trésorerie au sein des entreprises........................... 9 2 : Perte et/ou diminution du nombre de clients ...............................................................................10 3 : Une politique fiscale très contraignante ...........................................................................................10 4 : Diminution de la rentabilité des entreprises artisanales......................................................10 5 : Un manque de soutien et de confiance des banques.........................................................10 6 : Concurrence des auto-entrepreneurs ..................................................................................................11 7 : Un regain d’activité constaté en 2013 par rapport à 2012 ................................................11 Des difficultés à recruter dans certains métiers en tension de l’artisanat ... 12 1 : Pénurie de candidats ............................................................................................................................................ 12 2 : Manque de motivation chez certains candidats… ..................................................................... 12 3 : … compensé par les atouts de la nouvelle génération ........................................................13 3) Des reprises d’activité qui restent difficiles ............................................................................ 14 4) Un volet « formation » plus ou moins exploité par les artisans .............................15 1 : Des freins à la formation pour quelques artisans .......................................................................15 2 : La formation comme outil de développement des compétences ...........................16 III : Mesures et préconisations pour encourager et renforcer le développement des entreprises artisanales ..............................................................................18 1) Créer une instance de suivi des entreprises artisanales en difficulté ..................18 2) Soutenir les entreprises dans leur besoin de financement .............................................19 3) Contribuer a la protection et au développement des métiers d’art ................19 4) Faciliter les processus de transmission d’activité ...................................................................19 5) Lancer des campagnes de communication pour promouvoir l’artisanat, notamment auprès des jeunes...................................................................................................................... 20 Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 3 Avant-propos Véritable socle du tissu économique percheron - et plus largement français - et fortes d’une variété d’activités et de métiers qui valorisent et singularisent les divers bassins 1 d’emploi français, les entreprises artisanales contribuent pleinement au dynamisme et à la vitalité des territoires comme celui du Pays du Perche Eurélien. Ce secteur de l’artisanat, qui regroupe plus de 30 % des entreprises françaises, et qui grâce à ses multiples savoir-faire d’excellence contribue à bonifier l’image de la France et de ses territoires, est soumis à diverses problématiques : manque de trésorerie, perte de rentabilité, concurrence des auto-entrepreneurs, vague de départs à la retraite, difficulté à trouver des repreneurs, déficit d’image et de notoriété... De ce fait, l’Observatoire du CBE, en partenariat avec les membres du Service Public de l’Emploi Local de Nogent-le-Rotrou et la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Eure-etLoir, a souhaité mener une étude sur le périmètre du Pays du Perche Eurélien – lequel avait déjà mené une étude sur la filière artisanale en 2009 – afin d’identifier directement les besoins, les difficultés et les attentes des entreprises artisanales exerçant leur activité dans le Perche. Pour ce faire, l’observatoire du CBE a élaboré avec ses partenaires un questionnaire de 2 pages, traitant de plusieurs thématiques (« perspectives et développement de l’entreprise » ; « projet d’investissement » ; « recrutement de personnel » ; « formation professionnelle »), qui a été envoyé à un panel de 377 entreprises artisanales réparties de la manière suivante : - 92 entreprises appartenant au secteur de l’Alimentation 96 entreprises appartenant au secteur de la Fabrication 189 entreprises appartenant au secteur des Services Attention : Les entreprises appartenant au secteur du Bâtiment ont volontairement été mises de côté dans cette étude puisque l’entreprise « EcoPertica » avait lancé dans le même temps une étude sur les entreprises du secteur du bâtiment au sein des territoires du Perche Eurélien et Ornais. Cette étude se décompose donc en deux phases distinctes. La première s’attachant à faire un état des lieux statistique du nombre et de l’évolution des entreprises artisanales fichées au sein du Répertoire des Métiers de la CMA28 selon les secteurs d’activités des entreprises, alors que la seconde partie mettra en évidence les aspects plus qualitatifs ressortis grâce aux questionnaires et aux entretiens semi-directifs réalisés par le chargé d’études du CBE auprès des artisans. 1 Définition : Sont considérées comme artisanales les entreprises immatriculées au répertoire des métiers tenu par les Chambres de métiers, c'est-à-dire « les personnes physiques et les personnes morales qui n'emploient pas plus de 10 salariés au moment de la création de l’entreprise et qui exercent à titre principal ou secondaire une activité professionnelle indépendante de production, de transformation, de réparation ou de prestation de service relevant de l'artisanat et figurant sur une liste établie par décret en Conseil d'État» (définition donnée par la loi du 5 juillet 1996). Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 4 I / ÉTAT DES LIEUX DES ENTREPRISES ARTISANALES AU SEIN DU PAYS DU PERCHE EURÉLIEN 1) DÉNOMBREMENT ET ÉVOLUTION DU NOMBRE D’ENTREPRISES ARTISANALES (Y COMPRIS CELLES DU BÂTIMENT) EN 2013, 2012, 2011 ET 2010 AU SEIN DU PAYS DU PERCHE EURÉLIEN Nombre d'entreprises artisanales en 2013 au sein du Pays du Perche Eurélien 140 Alimentation autre que Viandes et Poissons Viandes et poissons 128 Nombre d'entreprises artisanales selon le secteur d'activité 122 Travail des métaux 120 Textile et habillement 104 Cuir Bois et ameublement 100 77 78 80 83 77 79 Matériaux de construction céramique, verre, chimie Papier, imprimerie, arts graphiques, reproduction Fabrication d'articles divers Maçonnerie 60 56 Couverture, plomberie, chauffage 55 52 Menuiserie, serrurerie 46 45 Installation électrique 36 40 Aménagement, finitions 27 20 Terrassement et travaux divers Transports 14 14 14 Réparations 3 0 2013 Blanchisserie, teint, soins à la personne Autres services Source : Répertoire des Métiers – CMA d’Eure-et-Loir Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 5 Selon les données du Répertoire des Métiers de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Eure-et-Loir, 1 110 entreprises artisanales étaient implantées sur l’une des 78 communes composant le Pays du Perche Eurélien à la fin de l’année 2013. Par rapport à 2012, ce chiffre est relativement stable (1 108 entreprises), mais il est relativement plus élevé qu’il ne l’était en 2011 (1 066 entreprises) et en 2010 (1 065 entreprises). Les entreprises du secteur du « Bâtiment » sont les plus représentées (et notamment celle du sous-secteur de la « Maçonnerie » et de la « Menuiserie, serrurerie ») avec près de 40,5 % de l’ensemble des entreprises, devant celles du secteur des « Services » (avec en premier lieu les entreprises du sous-secteur de la « Blanchisserie, teint, soins à la personne ») dont la part est de 30,5 %, puis celles de la « Fabrication » (19,9 %) et enfin les entreprises appartenant au secteur de « l’Alimentation » (9,1 %). En termes d’évolution, on remarque que les entreprises du secteur alimentaire diminuent sans cesse au fil des ans (perte de 21 commerces alimentaires en 3 ans sur le Pays du Perche Eurélien, soit – 13,5 %). A l’inverse, les entreprises du secteur tertiaire, à savoir les services, ont globalement augmenté entre 2010 et 2013 (+ 40 entreprises), tout comme celles du secteur du bâtiment (+ 20 entreprises). Le nombre d’entreprises dont l’activité principale était liée à la production a quant à lui stagné (+ 6 entreprises en 3 ans). Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 6 2) DÉNOMBREMENT DES MOUVEMENTS D’ENTREPRISES (IMMATRICULATIONS ET RADIATIONS D’ENTREPRISES) EN 2013, 2012 ET 2011 AU SEIN DU PAYS DU PERCHE EURÉLIEN Dénombrement des mouvements d'entreprises artisanales en 2013 au sein du Pays du Perche Eurélien Alimentation autre que Viandes et Poissons Viandes et poissons 18 Travail des métaux Nombre d'entreprises artisanales selon le secteur d'activité 16 Textile et habillement Cuir 14 Bois et ameublement Matériaux de construction céramique, verre, chimie Papier, imprimerie, arts graphiques, reproduction Fabrication d'articles divers 12 10 Maçonnerie Couverture, plomberie, chauffage 8 Menuiserie, serrurerie Installation électrique 6 Aménagement, finitions Terrassement et travaux divers 4 Transports 2 Réparations 0 Blanchisserie, teint, soins à la personne Autres services Immatriculations Radiations Source : Répertoire des Métiers – CMA d’Eure-et-Loir En 2013, le nombre d’immatriculations d’entreprise (98) a été plus important que le nombre de radiations d’entreprise (91) sur le territoire du Pays du Perche Eurélien. Cette tendance était déjà valable en 2012 (133 immatriculations contre 96 radiations), alors que 2011 avait été une année où les immatriculations (98) avait été quasiment aussi nombreuses que les radiations (97). Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 7 Les secteurs d’activité où les mouvements d’entreprises ont été les plus importants en 2013 sont ceux de la « Réparation », de la « Maçonnerie » et de la « Couverture, plomberie, chauffage » (soit 2 sous-secteurs appartenant au secteur du « Bâtiment »). Malgré cette tendance positive constatée lors des 2 dernières années avec un nombre d’immatriculations d’entreprises supérieur à celui des radiations d’entreprises, certains sous-secteurs ont tendances à se dégrader plus fortement que d’autres. C’est notamment le cas des sous-secteurs de l’alimentaire (13 disparitions d’entreprises contre 7 créations), ainsi que des sous-secteurs du « travail des métaux » (2 créations d’entreprises contre 8 disparitions), du « textile et de l’ameublement » (aucune création contre 2 radiations), de la « couverture, plomberie, chauffage » (10 créations contre 11 disparitions d’entreprises) et de la « réparation » (15 immatriculations d’entreprises contre 16 radiations). A l’inverse, les sous-secteurs le plus dynamiques en termes de créations nettes d’entreprises sont ceux du « bois et ameublement » (6 créations pour aucune radiation), de « l’installation électrique » (7 immatriculations contre seulement 4 radiations) et des « autres services » (8 créations d’entreprises contre seulement 2 radiations). En analysant les créations et les disparitions d’entreprises selon leur « forme juridique », on constate que parmi les créations réalisées en 2013, les entreprises ayant la forme juridique de « personnes physiques » - c’est-à-dire les entreprises individuelles - ont été bien plus nombreuses (61 créations) que celles ayant la forme de « personnes morales » à savoir les formes sociétales d’entreprises – (seulement 37 unités). A l’inverse, le delta est encore plus important au regard des radiations d’entreprises effectuées en 2013. En effet les entreprises individuelles ont été bien plus impactées par les radiations (70 radiations durant l’année) que les entreprises ayant le statut de société (21 radiations en 2013). Au final sur un an, la part des « entreprises individuelles » a diminué malgré un important nombre d’immatriculation d’entreprises ayant ce statut. Ces augmentations du nombre d’entreprises s’expliquent principalement par l’attrait du régime d’auto-entrepreneur qui permet de maintenir un nombre de créations d’entreprises élevé depuis quelques années. Néanmoins, et bien que ne disposant pas des chiffres en la matière sur le territoire du Pays du Perche Eurélien, nous constatons que le nombre d’emplois ne suit pas la même tendance, puisqu’à l’inverse le nombre d’artisans et le nombre de salariés des entreprises artisanales ont tendance à s’éroder continuellement depuis quelques années sur l’ensemble du territoire français, mais également au sein du département eurélien et du bassin percheron. Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 8 II : REGARDS CROISÉS DES ARTISANS DU PERCHE EURÉLIEN : FREINS, CONTRAINTES ET ATOUTS DES ENTREPRISES ARTISANALES En complément des éléments de cadrage précédemment traités, une enquête auprès des entreprises artisanales, appartenant aux secteurs de l’ « alimentation », de la « production » et des « services », et implantées au sein du Pays du Perche Eurélien, a été effectuée à la fin de l’année 2013 (à l’aide d’un questionnaire d’une quinzaine de questions). Des entretiens avec des responsables d’entreprises artisanales ont également été menés en parallèle afin d’alimenter qualitativement les réflexions concernant les enjeux et les problématiques spécifiques à ce secteur d’activité très présent sur le territoire. Aussi, bien que l’ensemble, les entreprises ne traversent pas les difficultés de la même manière et avec les mêmes résultats, certaines observations sont néanmoins apparues comme étant communes et partagées par nombre d’entreprises. De même, les axes de développement servant à faire face aux problèmes rencontrés, et à élargir l’activité des entreprises, se recoupent parfois d’un établissement à l’autre. Voici donc le panel des éléments de réflexion recueillis lors de ces travaux. 1) UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE TOUJOURS INCERTAIN QUI FRAGILISE ENCORE LES ENTREPRISES, NOTAMMENT DANS L’ARTISANAT Bien que cela ne soit plus une découverte pour personne, la croissance atone qui sévit en France et dans quasiment tous ses territoires locaux met depuis quelques années les entreprises en difficulté, voire pour certaines, en danger. Ainsi, beaucoup d’entreprises artisanales nogentaises ont dû procéder à des restructurations lors des dernières années, certaines étant d’ailleurs dans l’obligation de se séparer d’une partie de leur personnel pour assurer la pérennité de leur activité sur le court terme. Néanmoins, l’année 2013 a laissé entrevoir quelques perspectives d’amélioration avec une recrudescence de l’activité. 1 : Augmentation des difficultés de trésorerie au sein des entreprises De par leur taille modeste, les entreprises artisanales ont tendance à souffrir de cette baisse d’activité généralisée en France, d’autant plus que leur trésorerie, souvent limitée, ne leur donne pas une grande marge de manœuvre dans l’attente d’acquérir de nouveaux marchés ou de recevoir de nouvelles commandes. Ainsi, un conseiller « Entreprises en difficulté » d’une CMA témoigne du fait qu’il « reçoit plus d’un dossier sur deux dû à des difficultés de trésorerie provoquées par une addition de détails se concentrant au final sur le compte en banque : des devis qui rentrent moins, un chiffre d’affaires qui baisse, moins de clients, des retards de paiements de clients, un marché pas Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 9 2 arrivé… » . Certains entrepreneurs locaux nous ont d’ailleurs confirmé avoir traversé ces derniers mois et dernières années, des périodes très délicates où la trésorerie de l’entreprise était dans une situation préoccupante. 2 : Perte et/ou diminution du nombre de clients Plusieurs entreprises ont vu un certain nombre de leurs clients ou de leurs fournisseurs disparaître, faisant ainsi baisser assez significativement leur chiffre d’affaires. Dans les entreprises artisanales affiliées au commerce ou aux services, on a constaté que les clients venaient toujours mais de moins en moins régulièrement. Ainsi, la gérante du salon de coiffure « Sandrine coiffure » de Margon avouait « qu’avec la crise, ses clients venaient dorénavant toutes les 5 à 6 semaines alors qu’avant la fréquence entre deux visites était d’environ 4 semaines », ce qui bien évidemment pénalise l’activité de son salon. 3 : Une politique fiscale très contraignante Nombreuses sont également les entreprises artisanales qui pointent du doigt la politique fiscale en France pour expliquer leur difficulté à se développer. Nombre d’artisans et de chefs d’entreprise mettent en exergue le fait qu’ils sont étouffés par les montants des charges salariales et patronales qu’ils doivent payer. Ainsi, selon la gérante du salon de coiffure de Margon, « sur 100 000 euros gagnés, elle en sort seulement 6 000 pour elle car elle est obligée de verser 20 000 euros pour payer la TVA et 20 000 euros dans le cadre du RSI en sachant qu’elle doit payer 50 000 euros de masse salariale, alors même qu’il lui arrive de travailler jusqu’à 60h-70h par semaine ». De même, la responsable du salon de coiffure « Aurore coiffure » implanté à Nogent-leRotrou nous a indiqué dans le questionnaire qu’elle nous a retourné « qu’il faudrait à l’heure actuelle moins de charges salariales et patronales pour se développer dans un futur plus ou moins proche ». 4 : Diminution de la rentabilité des entreprises artisanales Le gérant de l’ébénisterie « Gautier et Bouhours », située à Vieuvicq, va également dans ce sens en expliquant que le véritable problème concerne « la dégradation de la rentabilité des entreprises artisanales ». Il explique ainsi que « plus le temps passe, et plus la rentabilité des petits entrepreneurs s’amenuise à cause du coût du travail et des charges toujours plus importantes qu’ils doivent supporter ». Il estime ainsi que « la rentabilité des artisans s’est effondrée de 50 % en 10 ans ». 5 : Un manque de soutien et de confiance des banques En parallèle, les entreprises se plaignent quasiment unanimement du manque de confiance et de considération des banques envers les projets de développement qu’elles ont en attente et ce, depuis 2-3 ans. Avec la conjoncture actuelle, les banques sont de plus en plus craintives et nerveuses lorsqu’il s’agit de faire un crédit à une entreprise, notamment lorsque celle-ci est de petite taille. 2 Extrait du « Dossier : Difficultés économiques : Anticipez, réagissez et ne restez pas isolés ! » du bimestriel n°98 Le Monde des Artisans Eure-et-Loir. Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 10 M. Rochon, gérant de l’entreprise « Séridiffusion – Sérigraphie Daniel » confirme ce constat en indiquant notamment que « les banques ne suivent plus sur le financement de l’exploitation, même si cela va encore pour ce qui est du financement de l’investissement ». Il ajoute d’ailleurs que « cette situation n’était pas aussi délicate il y a encore 3 ou 4 ans ». 6 : Concurrence des auto-entrepreneurs La création du statut d’auto-entrepreneur a eu pour première conséquence d’accroître le nombre d’entreprises artisanales. Néanmoins, cela a également entraîné une certaine forme de « concurrence déloyale » selon certains artisans ne disposant pas de ce statut. Ainsi, la gérante du salon de coiffure « Sandrine coiffure » explique qu’elle songe d’ailleurs à vendre sa boutique et à se mettre sous un statut d’auto-entrepreneur puisque selon elle, « quand elle met aujourd’hui 100 euros, elle en récupère seulement 6 alors qu’elle en récupèrerait 95 si elle était sous le statut d’auto-entrepreneur ». Cette concurrence qu’elle juge injuste lui laisse un goût amer alors qu’elle s’investit à 100 % dans son activité et qu’au final, elle a du mal à boucler les fins de mois. 7 : Un regain d’activité constaté en 2013 par rapport à 2012 Bien que les situations soient totalement différentes selon les entreprises, toutes ont eu tendance à dire que l’année 2012 avait été particulièrement morose, avec notamment des diminutions substantielles des chiffres d’affaires. Néanmoins, plusieurs entreprises, ne voulant pas sombrer dans un pessimisme jugé dangereux, se sont montrées confiantes quant à leur perspective d’avenir, notamment car l’année 2013 a été relativement bonne. Ainsi par exemple, la société « Sérifrance – Sérigraphie Daniel » a augmenté son chiffré d’affaires de + 70 % par rapport à 2012 – année jugée vraiment très morose par le dirigeant de l’entreprise – et même de + 20 % par rapport à 2011 qui avait été une année relativement bonne. Au début de l’année 2014, l’entreprise avait du travail programmé pour les 2 prochains mois, alors qu’en temps normal, ils se satisfont d’avoir une visibilité de seulement 3 à 4 semaines, ce qui donne confiance à M. Rochon pour cette année 2014. Ce constat d’une amélioration de la conjoncture au niveau local a également été dressé par l’un des deux gérants de l’ébénisterie « Gautier et Bouhours » puisqu’ils ont réussi à augmenter leur chiffre d’affaires de + 15 % par rapport à 2012, même s’il avouait « ne pas avoir encore réussi à atteindre le prévisionnel qu’ils avaient fixé au début avec la CMA d’Eure-et-Loir lorsqu’ils ont repris cette activité ». Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 11 2) DES DIFFICULTÉS À RECRUTER DANS CERTAINS MÉTIERS EN TENSION DE L’ARTISANAT En 2013, une étude nationale a montré que 29 % des artisans ou commerçants de proximité avaient de grandes difficultés à recruter alors qu’ils le souhaitaient ardemment. Ce constat est également valable en Eure-et-Loir et dans le Pays du Perche Eurélien à en croire les réponses reçues des artisans questionnés. 1 : Pénurie de candidats Dans certains secteurs d’activité, beaucoup de métiers sont en tension (à savoir que les offres d’emploi sont plus nombreuses que les demandeurs d’emploi), notamment lorsque les postes nécessitent des qualifications précises et élevées et lorsque les métiers sont méconnus du « grand public ». On retrouve ces métiers en tension notamment dans les filières artisanales liées au bâtiment et aux métiers de bouche. Beaucoup d’artisans témoignent d’ailleurs du fait qu’ils aimeraient et qu’ils pourraient être en mesure d’embaucher, mais qu’ils ont affaire à des candidats dont le niveau de qualification est insuffisant, voire qu’ils font face à une pénurie de candidats. D’ailleurs la proportion d’artisans qui affirment avoir rencontré des difficultés de recrutement augmente, et pas seulement dans les métiers du bâtiment. En effet, beaucoup d’artisans pratiquant des métiers d’art, de bouchers ou de boulangers ont tendance à ne pas trouver ce qu’ils recherchent. 3 Les chiffres en baisse de l’apprentissage en région Centre et sur le département d’Eure4 et-Loir ne prêtent pas à l’optimisme puisqu’on sait que la voie de l’apprentissage est celle qui permet le plus facilement de devenir artisan. 2 : Manque de motivation chez certains candidats… Bien qu’il ne faille absolument pas généraliser cet état de fait, certains artisans pointent du doigt le sérieux et la motivation dont font preuve certaines personnes nouvellement embauchées, souvent des jeunes ou des personnes étant éloignées de l’emploi depuis longtemps. En effet, il est arrivé à certains artisans d’embaucher un salarié qui, après avoir donné satisfaction lors du temps de la période d’essai et donc obtenu une certaine « sécurité de l’emploi », a progressivement diminué son rythme de travail jusqu’à ne plus donner satisfaction du tout à son employeur. C’est par exemple la situation que dit avoir vécu la gérante du salon de coiffure « Sandrine Coiffure » de Margon avec l’apprenti qu’elle avait engagé en 2012. De par son expérience, elle avait remarqué que « les jeunes qu’elles prenaient dans ses salons étaient très souvent motivés, efficaces et à l’écoute lors des deux premiers mois dans l’entreprise 3 Une réduction de – 7 % du nombre d’apprentis en région Centre entre 2010 et 2012 selon une étude réalisée par la Chambre Régionale de Métiers et de l’artisanat et l’INSEE Centre. 4 Selon le directeur du CFAI d’Eure-et-Loir, Hervé Tessereau, « une baisse de – 6,3 % des effectifs d’apprentis a été enregistrée en 2013 au Centre de formation des apprentis interpro (CFAI) d’Eureet-Loir, expliqué notamment par la baisse du nombre d’entreprises désireuses ou pouvant s’inscrire dans le dispositif ». Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 12 car ils étaient sous la pression de la période d’essai, mais qu’ils se rendaient coupables trop souvent d’un relâchement parfois non négligeable par la suite ». A l’époque, et n’ayant pas parfaitement connaissance de ses possibilités d’exercer des périodes de chômage partiel dans de telles situations, elle subissait simplement le ralentissement du rythme de travail de son ou sa salarié(e). Ayant été informée de cette possibilité à la suite d’un différend l’ayant opposée à l’une de ses anciennes apprenties, « elle s’autorisera dorénavant à exercer cette pression si ce genre de situation devait se renouveler ». 3 : … compensé par les atouts de la nouvelle génération Néanmoins, il convient de souligner que la majorité des jeunes apprentis ne sont bien évidemment pas le symbole de cette absence de motivation et de sérieux au travail. Au contraire, comme le rappelle Anne de Blignières-Légeraud, docteur d’État en sciences de l’éducation et maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, les jeunes d’aujourd’hui, que l’on affilie à la « génération Y », sont majoritairement dotés de qualités dont les artisans peuvent profiter puisque plusieurs études ont démontré qu’ils étaient relativement autonomes, responsables, flexibles grâce aux différentes tâches que l’on peut leur confier, et dotés d’une connaissance des nouvelles technologies plus poussée que leurs aînés qui peut aider les entreprises artisanales à se développer à l’heure où la maîtrise de ces nouvelles technologies devient indispensable pour innover et faire face à la concurrence. Ainsi pour Mme Blignières-Légeraud, « il y a pour toutes les branches d’activité, beaucoup plus de ressources positives à mobiliser et fidéliser que de comportements négatifs à 5 craindre dans la nouvelle génération » . La plupart du temps, les chefs d’entreprise artisanale découvrent que les jeunes sont souvent très intéressés par les nouvelles technologies de la communication, qu’ils sont également très curieux et qu’ils aiment voir ce qui se fait ailleurs et qu’ils ont tendance à développer un attrait pour toutes les formes de mobilité, de changement et d’innovation. Les personnes issues de cette nouvelle génération permettent également à leurs aînés de solutionner certains problèmes informatiques et de développer également la notoriété et les valeurs de leur entreprise sur les réseaux sociaux. Cette valeur-ajoutée apportée par les jeunes nous a notamment été confirmée par l’un des deux gérants de l’ébénisterie « Gautier et Bouhours » qui explique qu’ils prennent régulièrement des élèves en stage dans la mesure où ils font preuve de motivation, de dynamisme et d’écoute ; c’est en effet grâce à ces périodes d’immersion et d’encadrement dans les entreprises artisanales que les vocations se développent chez les jeunes et que l’on peut donner envie à des élèves de s’épanouir dans l’artisanat. Ainsi, au ème moment de notre rencontre, ils disposaient de deux stagiaires (deux élèves de 3 réalisant leur « stage de découverte » et une stagiaire faisant un stage de 2 fois 2 mois pour valider son « CAP ébéniste »). Il regrettait d’ailleurs de ne pas avoir suffisamment d’activité pour pouvoir prendre un jeune en apprentissage car selon lui cette voie est le meilleur moyen de trouver du personnel compétent, et qui pourra à moyen ou long terme, prendre leur éventuelle succession à la tête de leur entreprise… 5 Extrait du « Dossier : Les jeunes et l’entreprise : La génération Y, un atout pour l’artisanat » du bimestriel n°99 Le Monde des Artisans Eure-et-Loir. Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 13 3) DES REPRISES D’ACTIVITÉ QUI RESTENT DIFFICILES En France, mais également dans le Perche, la pyramide des âges des artisans et de leurs salariés témoigne d’un véritable vieillissement de la population active contraignant les entreprises artisanales à faire face à un défi générationnel. Les situations de vente d’entreprises artisanales ont tendance à se multiplier alors même que les repreneurs sont de moins et moins nombreux. Au contraire, en France, 63 % des entreprises ayant besoin d’être reprises ou transmises ne le sont pas, soit car le chef d’entreprise n’organise pas suffisamment en amont sa succession, soit parce que ce dernier n’arrive pas à trouver un repreneur pour son activité. De plus, au-delà de la disparition d’une unité économique de production en tant que telle, c’est également de la perte des savoir-faire dont il s’agit car les artisans possèdent souvent de véritables aptitudes très personnelles et singulières pour exercer leur métier d’artisan… et celles-ci se perdent lorsqu’un artisan ne trouve pas de repreneur à former et à qui donner la gestion de l’activité lors de son départ à la retraite. Aujourd’hui, comme le confirme M. Michel Cibois, Président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Eure-et-Loir, il est « plus facile et moins onéreux de créer une entreprise 6 que d’en reprendre une qui nécessite des moyens financiers » . Ainsi, plusieurs entreprises implantées au sein du Pays du Perche eurélien ne réussissent pas à trouver de repreneurs pour que leur activité puisse continuer. C’est notamment le cas de l’entreprise « Menuiserie Vivet » implantée à La Bazoche-Gouet, ou encore de la « Boulangerie Laffez » et de la « Boucherie Godard » à la Ferté-Vidame. Or, la reprise d’un établissement en activité comporte moins de risques que la création d’une entreprise car non seulement le repreneur dispose déjà d’une clientèle, mais il peut également reprendre les fournisseurs de son prédécesseur. En outre, les dépenses peuvent s’avérer moindres que dans le cadre d’une création d’activité puisque les frais de nouvelles acquisitions, souvent dispendieux, sont quasiment totalement supprimés. En sus, bien qu’il soit avalisé que les valeurs immatérielles d’une entreprise déjà existante telle que « sa bonne renommée » ou « sa clientèle » ont un coût et qu’elles ont tendance à rendre une reprise bien plus chère qu’une création, il n’en reste pas moins que c’est aussi une possibilité de reprendre une entreprise en bonne santé qui dispose généralement de salariés expérimentés et qualifiés. Opter pour une succession offre également la possibilité d’apprendre à connaître progressivement l’entreprise au cours d’une phase de transition et de pouvoir profiter de l’expérience de l’ancien propriétaire. Néanmoins, comme le souligne M. Michel Cibois, il perdure dans l’artisanat une tradition historique de « transmission familiale », mais également des transmissions d’activité entre un patron et l’un de ses proches salariés. C’est justement ce qui a permis de maintenir l’existence de l’ébénisterie « Gautier et Bouhours » lorsque le fondateur de cette entreprise artisanale, M. Bouhours, a décidé de cesser son activité professionnelle et de profiter de sa retraite. Avant de chercher un éventuel repreneur, il a informé ses salariés de sa volonté de céder son entreprise. C’est à partir de ce moment-là que l’un de ses 6 Extrait de l’article « Enjeux de transmission, taille patron » du journal l’Écho Républicain du 10 février 2014. Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 14 salariés, M. Gautier, qui travaillait dans l’entreprise depuis 3 ans, a fait part à son patron de sa volonté de reprendre cette affaire avec l’apport de son père. Cette question de la transmission et de la reprise d’activité est l’une des grandes priorités d’actions pour la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Eure-et-Loir, et ce depuis une dizaine d’année puisque la CMA 28 propose des services sur mesure pour accompagner les artisans dans leur projet de cession. Pour le président de la CMA28, l’une des clés essentielles de réussite dans un projet de transmission d’activité, c’est la capacité du dirigeant à prévoir et préparer son projet en amont. La chambre consulaire dispose également d’un panel de techniciens experts dans l’accompagnement des projets des artisans et met à disposition de ces derniers des documents d’informations tels que le « Pass’Cédant 2014 » qui reprend les différentes étapes de la transmission et qui aide les artisans à se poser les bonnes questions. La CMA 28 a également mis en place un atelier « Comment vendre son entreprise » pour approfondir le temps d’une journée les questions liées à la vente d’une activité. Sur le plan national, le gouvernement, par l’intermédiaire du Ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme, encourage également cette pratique. Ainsi, un kit « transmission d’entreprise » a été réalisé et est actualisé tous les ans, il est à destination des artisans de 57 ans et plus. Ce kit est également complété grâce à la mise en place d’un site internet dédié à la transmission d’entreprise (www.transmettre-monentreprise.gouv.fr) qui référence un ensemble d’éléments clefs de la transmission comme par exemple une « aide au diagnostic », « choix du cadre juridique et fiscal », « financement », « contacts des organismes partenaires »… 4) UN VOLET « FORMATION » PLUS OU MOINS EXPLOITÉ PAR LES ARTISANS Les questionnaires et les entretiens réalisés par l’Observatoire ont permis de mettre en exergue qu’il existait des disparités assez prononcées quant à l’utilisation du volet « formation » au sein des entreprises artisanales. Si les entrepreneurs artisanaux sont globalement unanimes pour admettre que la formation est une variante non négligeable dans une entreprise pour pouvoir évoluer et se développer, tous n’y souscrivent pas de la même manière. 1 : Des freins à la formation pour quelques artisans Plusieurs artisans nous ont révélé qu’ils n’exploitaient pas les possibilités de la formation, que ce soit pour eux ou pour leurs salariés, faute de budget, d’inadaptation aux besoins et par manque de temps principalement. Sans compter les artisans confrontés à des salariés refusant de suivre la moindre formation… Ainsi, le premier frein évoqué par les artisans pour justifier du fait qu’ils ne suivent pas de formations concerne le coût de ces dernières. A titre d’exemple, les responsables des entreprises artisanales « Legroux » (fabricant de lunettes, basée à La Bazoche Gouet), « Boucherie des Moulins » (implantée à Unverre), « Boulangerie, pâtisserie, épicerie Carnis » (installée sur la commune de Chassant) et « Aurore coiffure » (résidant sur la commune de Nogent-le-Rotrou) ont tous fait part de Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 15 leur incapacité à répondre à leurs besoins de formation en évoquant des « problèmes pour financer la ou les formations » qu’ils souhaitent suivre ou qu’ils souhaitent proposer à leurs salariés. A titre d’exemple, l’un des associés de l’entreprise « Tree House Concept » nous a confié qu’il y a quelques années, il avait fait une demande d’aide pour financer une formation qu’il jugeait nécessaire de faire dans le cadre de son activité, mais que cette demande lui avait été refusée par Pôle Emploi. Il avait finalement réussi à passer par une agence d’intérim qui, elle, avait accepté de la lui payer. Néanmoins selon lui, sans cette aide financière, il n’aurait pas forcément pu poursuivre son activité. De même, une partie des artisans jugent que les formations qui leur sont proposées ne répondent pas réellement à leurs attentes et qu’elles sont relativement inadaptées à leurs besoins (exemple de l’entreprise Legroux pour qui les « formations proposées pour ses salariés sont souvent inadaptées aux compétences requises par l’entreprise »). D’autres artisans mettent en avant leur impossibilité d’envoyer leurs salariés en formation à cause d’un manque de temps pur et simple qui pourrait, selon eux, pénaliser leur activité, et ce d’autant plus qu’ils jugent également que la plupart des formations sont trop longues. C’est ce qui a été avancé par le gérant de la « Boulangerie, pâtisserie, épicerie Carnis » qui a indiqué dans le questionnaire qu’il « lui était impossible de se trouver le temps nécessaire pour suivre une quelconque formation », tout comme il lui paraissait impossible de « donner du temps à son salarié sur ses heures de travail » sous peine d’avoir un manque à gagner trop important. Enfin, les artisans sont aussi parfois contraints de ne pas utiliser leur plan de formation pour leurs salariés car ces derniers « refusent d’aller en formation », comme ce fut le cas pour la gérante du salon de coiffure « Aurore coiffure » à Nogent-le-Rotrou. 2 : La formation comme outil de développement des compétences Bien que tous les artisans n’utilisent pas forcément leur « capital formation », il n’en reste pas moins qu’un grand nombre d’entre eux font le choix d’utiliser au mieux leur plan de formation via leur OPCA (organisme paritaire collecteur agréé) ou en passant par l’offre de formation proposée par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. En effet, ils estiment que se former, et monter en compétences ses salariés, devient nécessaire pour rester compétitif par rapport à la concurrence et pour attirer de nouveaux clients ou pour aller conquérir de nouveaux marchés. C’est d’ailleurs dans cet esprit que la gérante du salon de coiffure « Sandrine coiffure » nous a avoué qu’elle avait suivi de nombreuses formations via la CMA 28, dont elle s’est d’ailleurs dit « très satisfaite ». Ainsi a-t-elle pu proposer à ses clients de nouvelles techniques de coiffure et donc tenter de les fidéliser encore davantage et d’en séduire de nouveaux, surtout en cette période délicate. Concernant ses salariés ou les jeunes qu’elle forme dans le cadre de leur formation initiale (très souvent des CAP ou des Brevets professionnels en alternance), elle essaie de les inciter à suivre toutes les formations « théoriques » en lien avec le métier de coiffeur car selon elle, les jeunes qui souhaitent travailler dans son salon ont souvent tendance à penser que pour devenir coiffeur il suffit simplement « d’apprendre et de maîtriser les bases et les techniques permettant de couper les cheveux ». Or, l’exercice du métier de coiffeur est bien plus complexe que cela. Ainsi, un coiffeur doit impérativement disposer Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 16 de bases et de connaissances théoriques relativement solides dans les domaines de la biologie, des mathématiques ou encore du français. Au même titre que la responsable du salon de coiffure, les dirigeants de l’ébénisterie « Gautier et Bouhours » ont également suivi un grand nombre de formations depuis qu’ils ont repris la direction de l’activité, aussi bien concernant le métier d’ébéniste (formation qui ont permis à l’entreprise d’obtenir en 2011 la qualité « artisan d’art »), que des formations liées à la gestion et au développement de l’entreprise. Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 17 III : MESURES ET PRÉCONISATIONS POUR ENCOURAGER ET RENFORCER LE DÉVELOPPEMENT DES ENTREPRISES ARTISANALES Au regard des éléments d’analyses et de réflexions précédemment mis en évidence, des pistes d’actions peuvent être envisagées et explorées pour renforcer la dynamique des entreprises artisanales locales au sein du Pays du Perche Eurélien et contribuer à leur développement et à leur pérennité. En France, une réflexion sur l’artisanat a été menée en 2012 par les services du Ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme. La traduction de cette réflexion s’est concrétisée avec le lancement du « Pacte pour l’Artisanat » au début de l’année 2013. Celui-ci, défini autour de 7 enjeux stratégiques et d’un ensemble de 33 leviers d’action, met l’accent sur l’emploi et le développement économique de l’artisanat. Les axes de développement énumérés ci-dessous, adaptables à un territoire comme celui du Perche Eurélien, se conforment aux enjeux de ce pacte national pour l’artisanat. 1) CRÉER UNE INSTANCE DE SUIVI DES ENTREPRISES ARTISANALES EN DIFFICULTÉ Comme préconisé dans le « Pacte pour l’artisanat » élaboré par le gouvernement, la création d’un comité chargé localement de suivre au plus près la situation et l’évolution de l’activité des entreprises artisanales locales les plus en difficulté, notamment sur le plan économique et financier, doit être opérationnel sur le territoire du Pays du Perche Eurélien. A ce titre, depuis 2013, le Pays du Perche d’Eure-et-Loir, en collaboration avec le Comité de Développement économique d’Eure-et-Loir (CODEL), organise une fois par mois une réunion du « Comité de dynamisation » à l’échelle du Pays du Perche Eurélien, afin de suivre la situation des entreprises ayant des projets de développement ainsi que celles étant confrontées à des difficultés financières. Cette réunion, regroupant divers organismes institutionnels (dont les institutions d’Etat, la région, le département ou encore les chambres consulaires) ainsi que les élus du territoire, permet aux acteurs locaux d’intervenir en amont des difficultés rencontrées par les entreprises et de les encourager dans leur développement en leur proposant notamment de bénéficier d’un panel de dispositifs (exemple : Cap Emploi, Cap Artisanat, dispositif Perche Ambition). Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 18 2) SOUTENIR LES ENTREPRISES DANS LEUR BESOIN DE FINANCEMENT Grâce à la mise en place du « Fonds de garantie » instauré en janvier 2013 dans le cadre du pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, les entreprises artisanales peuvent obtenir sous certaines conditions des crédits bancaires leur permettant de financer entre autres l’augmentation de leur besoin en fonds de roulement 7 ou de consolider des crédits de court terme déjà débloqués. Ce dispositif de garantie de la Banque Publique d’Investissement, qui s’adresse principalement aux entreprises artisanales, doit permettre d’apporter une solution aux problèmes de trésorerie rencontrés par nombre de petites entreprises ces dernières années. Dans ce cadre, le partenariat déjà effectif entre OSEO (filiale de la Banque Publique d’Investissement) et la SIAGI, société de caution mutuelle de l’artisanat et des activités de proximité, s’est vu renforcé. 3) CONTRIBUER A LA PROTECTION ET AU DÉVELOPPEMENT DES MÉTIERS D’ART Plusieurs entreprises artisanales implantées au sein de Pays du Perche Eurélien font appel à des « métiers d’art ». Des métiers spécifiques à l’artisanat qui contribuent au rayonnement du Perche et qui utilisent et matérialisent des savoir-faire particuliers qu’il convient de transmettre et de valoriser. Ainsi, dans son Pacte pour l’Artisanat, le gouvernement a prévenu de « soutenir ces métiers d’art en renouvelant pour quatre ans le crédit d’impôt métiers d’art dans un dispositif destiné à assurer une plus grande sécurité pour les bénéficiaire, de créer un fonds d’investissement dédié au financement des savoir-faire d’excellence (FSFE), en partenariat avec la banque publique d’investissement, ouverts aux investisseurs privés qui 8 souhaiteraient le compléter » . 4) FACILITER LES PROCESSUS DE TRANSMISSION D’ACTIVITÉ Véritable enjeu pour l’artisanat en France, mais également localement au sein du Pays du Perche d’Eure-et-Loir, les processus de transmission d’activité doivent être encouragés lorsqu’un artisan approche de l’âge de la retraite ou dès qu’il fait part de sa volonté de céder son activité. En parallèle des efforts déjà effectués par le réseau des Chambre des Métiers et de l’Artisanat, le gouvernement a ajouté un « volet spécifique lié à la transmission d’entreprise dans son « Contrat de génération » afin d’apporter une aide (à hauteur de 4000 euros par an pendant trois ans) pour l’embauche d’un jeune désireux de reprendre une entreprise tout en maintenant le chef d’entreprise « senior » non-salarié dans son emploi 9 dans le but de faciliter le passage de témoin entre le cédant et le repreneur d’activité » . Cette méthode permet de conserver et de transmettre des savoir-faire acquis grâce à des années d’expérience dans le métier. 7 Extrait du Pacte pour l’artisanat – Enjeu 6 – Levier 24 Extrait du Pacte pour l’artisanat – Enjeu 6 – Levier 28 9 Extrait du Pacte pour l’artisanat – Enjeu 2 – Levier 7 8 Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 19 De plus, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Eure-et-Loir est missionnée pour recenser les entrepreneurs souhaitant céder leur activité et les repreneurs potentiels afin de les mettre en relation dans le cadre d’un service mutualisé. L’un des principaux objectifs de cette initiative consistera à informer les jeunes créateurs des avantages d’opter pour une reprise d’activité plutôt que pour une création pure et simple d’une nouvelle activité en leur présentant notamment l’ensemble des opportunités existantes sur le territoire. Des partenariats peuvent également être mis en place avec les autres organismes compétents sur le champ de la création d’entreprise (ex : BGE-Ismer, Couveuse d’entreprises AINEE, Maison de l’entrepreneur) de manière à faire connaître ce 10 service et orienter les repreneurs vers les entreprises artisanales. 5) LANCER DES CAMPAGNES DE COMMUNICATION POUR PROMOUVOIR L’ARTISANAT, NOTAMMENT AUPRÈS DES JEUNES Afin de susciter des vocations, et pour aider aux remplacements des artisans de la génération du baby-boom qui partent en retraite, la sensibilisation des jeunes aux métiers de l’artisanat doit être largement encouragée à travers des actions d’information en milieu scolaire, d’organisation de salons ou forums dédiés aux métiers et filières de l’artisanat, ou par le développement de visites d’entreprises artisanales par exemple. Si l’organisation de salon en faveur de l’artisanat est déjà très bien ficelée en Eure-et-Loir grâce à la tenue et au large succès des « Artisanales » qui se tiennent chaque année à Chartres à l’initiative de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Eure-et-Loir (l’édition 2014, qui se déroulera du 10 au 13 octobre, mettra en avant la thématique de « l’artisanat au féminin »), les actions de valorisation et de communication auprès du public scolaire, aussi bien les élèves que le corps professoral et celui des parents d’élèves, doivent être encore plus encouragées localement. Ainsi, le gouvernement a décrété dans son Pacte pour l’Artisanat que le fonds national de promotion et de communication de l’artisanat (FNPCA) sera mobilisé pour organiser des campagnes ciblées de valorisation des métiers auprès des jeunes. Ces campagnes pouvant être portées sur des thématiques comme celles de « la parité des métiers », « la promotion de l’accomplissement individuel », « la liberté procurée par le choix de se mettre à ton compte », « l’innovation développée dans ces filières » ou encore « la 11 diminution de la pénibilité de ces métiers » . De même, la constitution d’un réseau d’artisan prêt à faire découvrir leur métier à travers la visite de leur entreprise et des différents métiers qui y sont pratiqués peut également être envisagé afin d’apporter une connaissance plus fine des métiers de l’artisanat et de mettre fin à certains préjugés concernant ces métiers, notamment sur la question de la pénibilité au travail. 10 11 Extrait du Pacte de l’Artisanat – Enjeu 2 – Levier 8 Extrait du Pacte de l’Artisanat – Enjeu 1 – Levier 4 Observatoire du Comité de Bassin d’Emploi du Perche Nogentais 20