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MÉTHODOLOGIE
Premiers éléments pour une étude psychométrique de la fixationrégression avec la McGill Object Relations Scale
N. COMBALBERT (1), S. VAUTIER, S. BOURDET-LOUBÈRE
Preliminary reports from a psychometric fixation-regression study using the McGill Object Relations Scale
Introduction. Psychosexual development is generally assessed clinically, that is to say, in a qualitative manner (Piper
and Duncan, 1999). Dymetryszyn, Bouchard, Bienvenu, De Carufel, and Gaston (1997) recently proposed a more quantitative approach based on the overall maturity of the subject’s object relations. Background. Object-relation maturity is
quantified using a profile that defines a score for each stage of an individual’s psychosexual development : oral-narcissistic,
oral-objectal, anal, phallic pre-oedipal, oedipal, and genital. The McGill Object Relations Scale (MORS) (Dymetryszyn
et al., 1997) was adapted (Combalbert, Vautier, Bourdet-Loubère, Favard, & Bouchard, 2002) and then used to obtain
the quantitative scores. The relationship between overall object-relation maturity and psychosexual development is complex. Psychosexual development is considered here to be a constant latent dimension. Accordingly, the higher the level
of development, the greater the individual’s possibility of establishing the object relations that correspond to more evolved
stages. Inversely, the lower the level of development, the more the individual is forced to rely on object relations corresponding to earlier stages of development. However, the connection between the object-relation maturity profile and psychosexual development is made even more complex by the existence of the well-known phenomenon of fixation-regression. Objectives. This article attempts to determine how fixation-regression is reflected in the structure of the profiles of
a sample of individuals whose clinical diagnosis suggests probable regression to the anal stage. Methods. The subjects
chosen had borderline personality disorder coupled with either perversion or psychopathy. The data were modelled using
an unfolding model. MORS was used on 60 criminal subjects who had been charged with, or convicted of, crimes against
persons. The nosographic diagnosis was based on the psychiatric assessment of the prisoners. DSM IV diagnostic criteria
were used as a reference to confirm or refute the pronounced diagnosis. Only subjects who met at least five criteria for
borderline personality disorder were included in the sample. To assess the reliability of the individual scores, two expert
judges blindly scored the 60 protocols. Results. The results obtained with an unfolding model support the hypothesis
that the observed ordinates for the oral-narcissistic, oral-objectal, phallic pre-oedipal, oedipal, and genital stages obey a
law of synchrony that complies with the postulate of a continuum in psychosexual development. The second main result
was the fact that the observed ordinates for the level corresponding to the anal stage could not be described by the
model. Furthermore, this finding did not come from a possible scoring error, since inter-judge reliability was 0.93 for that
level. Discussion. These results are encouraging for the utilization of MORS as a technique for quantifying object relations.
This study on a sample of individuals with a high probability of anal stage fixation-regression suggests that this type of
phenomenon can be objectified by means of MORS profiles. However, the present study has some limitations of its own.
The main methodological drawback pertains to the subjective aspect of the protocol scoring. The two judges had a great
deal of joint experience in scoring other protocols on the MORS grid. This could explain the particularly high inter-judge
correlations, compared to the within-class correlations published by Dymetryszyn et al. (1997). Conclusion. One cannot
rule out the possibility that our analyses would have had different outcomes had other independent judges scored the
60 protocols. Moreover, our results cannot be generalized without replication. A critical test would be to replicate our
(1) Université de Toulouse Le Mirail, 31000 Toulouse.
Travail reçu le 24 juin 2004 et accepté le 22 décembre 2004.
Tirés à part : N. Combalbert (à l’adresse ci-dessus).
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L’Encéphale, 2006 ; 32 : 238-43, cahier 1
L’Encéphale, 2006 ; 32 : 238-43, cahier 1
Premiers éléments pour une étude psychométrique de la fixation-régression
analyses on similar data, and to examine the unfolding model’s behavior on data from a sample of ordinary adults diagnosed
as not having strong fixation-regression tendencies. If the synchrony laws defined by the unfolding model are correct,
the anal stage should be included in the arc formed by projecting the six stages on the factorial plane of the principal
component analysis. Fundamental research based on the psychosexual theory of the libido and supported by statistical
data can objectify the vicissitudes of psychosexual development (such as fixation-regression) or developmental differences across groups of individuals. This makes a strong case for pursuing MORS-based investigations.
Key words : Care ; Epidemiology ; Population ; Psychiatry.
Résumé. Cette étude examine le développement psychosexuel d’un échantillon de 60 sujets condamnés pour crime
contre les personnes et présentant un trouble borderline de
la personnalité. Les stades du développement psychosexuel
sont étudiés à l’aide de la McGill Object Relations Scale
(Dymetrysym et al., 1997). La structure des corrélations entre
les scores aux 6 stades de développement est analysée
selon un modèle de dépliage (unfolding model). Les résultats
supportent l’hypothèse d’une organisation temporelle des
stades le long d’une seule dimension latente, avec une
exception notable concernant le stade anal, ce qui corrobore
la forte probabilité d’une fixation-régression à ce stade, liée
à la particularité clinique des sujets d’étude.
Mots clés : Développement psychosexuel ; Épidémiologie ; Psychométrie ; Soin.
INTRODUCTION
La McGill Object Relations Scale (MORS : Dymetryszyn et al., 1997) a été conçue pour coter des données
verbales issues d’entretiens non directifs et ainsi évaluer
la maturité globale des relations d’objet d’un sujet.
La notion de maturité globale des relations d’objet se
comprend dans le contexte de la théorie freudienne du
développement psychosexuel, qui définit 6 stades évolutifs successifs : oral narcissique, oral objectal, anal, phallique pré-œdipien, œdipien et génital. La maturité globale
des relations d’objet désigne la manière avec laquelle un
sujet actualise ses différentes potentialités d’investissement objectal, celles-ci étant théoriquement déterminées
par son niveau de développement psychosexuel.
L’échelle de la MORS se présente sous la forme d’un
tableau à double entrée : 14 dimensions en lignes et les
6 positions du développement psychosexuel en colonnes.
Chaque dimension est définie par un contenu spécifique
articulé autour de 4 principaux axes : le type d’investissement de l’objet, les affects dans la relation à l’autre, la
représentation du Moi et la représentation de l’objet. Les
cotations sont effectuées en fonction du degré de représentativité du discours du sujet par rapport au contenu des
dimensions.
Cet outil permet d’établir un profil constitué en abscisse
des 6 registres de relation d’objet ordonnés selon la
séquence développementale des 6 stades. En ordonnée,
les hauteurs de chaque registre quantifient le degré avec
lequel le discours du sujet est caractéristique du stade cor-
respondant, conformément aux conventions de la MORS.
À notre connaissance, ces profils n’ont été étudiés et interprétés qu’à travers les catégories conceptuelles de la psychanalyse (Piper et Duncan, 1999).
La relation entre la maturité globale des relations d’objet
et le niveau de développement psychosexuel est complexe et demande à être explicitée. Adoptant une exigence
de parcimonie théorique, nous postulons que le développement psychosexuel est une dimension latente continue
et que chaque individu possède un score vrai qui quantifie
son niveau de développement. Plus le niveau de développement est élevé et plus l’individu possède de possibilités pour établir des relations d’objet dans les registres
correspondant aux stades les plus élaborés. Inversement,
moins le niveau de développement est élevé, plus le sujet
sera contraint d’utiliser les registres correspondants aux
stades archaïques du développement. Cette conception
implique une relation statistique non quelconque entre
l’allure du profil moyen d’un sujet évalué à plusieurs reprises et son niveau de développement psychosexuel : le
mode, c’est-à-dire la valeur la plus haute du profil, indique
approximativement la position du sujet sur le continuum
développemental.
Cependant, la correspondance entre le profil de maturité globale des relations d’objet et le niveau de développement psychosexuel est compliquée du fait de l’existence bien connue du phénomène de fixation-régression.
Selon Laplanche et Pontalis (6) par exemple, la fixation
désigne le fait que « la libido reste organisée selon la
structure caractéristique d’un de ses stades évolutifs ». En
outre, le concept de régression, complémentaire à celui
de fixation, correspond à un recul dans le développement,
un retour à des attitudes émotionnelles et à des types comportementaux plus anciens.
La question posée par la fixation-régression est de
savoir comment un phénomène de régression se traduit
dans le profil de maturité globale des relations d’objet
obtenu avec la MORS.
Nous examinerons la manière dont la fixation-régression se reflète dans la structure des profils d’un échantillon
d’individus dont le diagnostic clinique permet de supposer
que la régression au stade anal est très probable. Pour
ce faire, nous étudierons les profils de sujets présentant
une organisation limite de la personnalité. Nous savons
que, d’un point de vue théorico-clinique, ces sujets n’ont
pu traiter de manière efficiente les données œdipiennes
et qu’il n’y a pas eu d’accès à la génitalité. Pour Bergeret
239
N. Combalbert et al.
(2), ils ont subi un traumatisme précoce qui s’origine à la
deuxième phase du stade anal et qui joue le rôle de désorganisateur, ce qui vient bloquer l’évolution libidinale. On
peut donc parler de fixation-régression au stade anal
ayant pour conséquence « une organisation chaotique du
développement libidinal » (Widlöcher, 10). Ce point de
fixation réactive des motions précoces d’activités libidinales caractéristiques du stade anal.
MÉTHODE
Participants
Les données relatives à la maturité des relations d’objet
ont été recueillies, au travers de l’entretien semi-directif
adapté de la MORS (3), auprès de 60 sujets criminels condamnés pour des crimes contre les personnes (28 sujets
pour meurtre, 16 pour violences criminelles et 16 pour
infractions sexuelles). Tous les sujets majeurs et de sexe
masculin, ayant reconnu leur culpabilité pénale au moment
du recueil des données, ont été inclus dans l’échantillon.
Ils ont été rencontrés dans les bureaux des services médicaux de 2 centres pénitentiaires français. Les données ont
été recueillies entre la période de janvier 2000 et de septembre 2001. Les sujets ont été reçus individuellement par
le premier auteur et ont librement consenti à participer à
l’étude. Le matériel verbal nécessaire aux cotations a fait
l’objet d’une retranscription exhaustive. Au niveau diagnostique, nous avons retenu dans l’échantillon les sujets
qui présentaient non seulement une organisation limite de
la personnalité mais également un trouble borderline.
Sur le plan structural, nous avons posé le diagnostic
d’état limite suite à la passation du TAT (Murray et Morgan,
1935). Les protocoles TAT ont été analysés selon une lecture psychanalytique (méthode Shentoub, 9) au regard de
la nature du conflit, de l’angoisse, de la relation d’objet et
des mécanismes de défense utilisés par le sujet.
Sur le plan nosographique, le diagnostic d’un trouble
borderline a été établi selon les critères de la personnalité
borderline déclinés dans le DSM IV (1).
Cotation des protocoles verbaux
Les données verbales, obtenues pour les 14 dimensions abordées dans l’entretien semi-directif, ont été
cotées en fonction de leur représentativité pour chaque
stade sur une échelle de 0 à 4. La hauteur de chaque stade
est obtenue par la somme des 14 scores correspondants.
Pour être en mesure d’évaluer la fidélité des scores individuels, deux juges experts, J1 et J2, ont coté en aveugle
les 60 protocoles. En effet, si plusieurs juges ne parviennent
pas à des cotations convergentes, les hauteurs observées
décriront davantage les juges que les protocoles évalués.
Modèle de dépliage
La MORS a été conçue sans référence explicite à un
modèle de mesure. Un modèle de dépliage est un candidat
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L’Encéphale, 2006 ; 32 : 238-43, cahier 1
intéressant pour explorer la structure des hauteurs observées dans les profils. Davison (4) propose de définir la
hauteur observée zij d’un individu i pour un stade j de la
manière suivante :
zij = aj(xi – yj)2 + bj + eij
(1)
où aj et bj sont des constantes associées au stade j, xi
représente la position de la personne i sur le continuum
du développement psychosexuel et yj la position du stade
j sur le même continuum, et eij l’erreur de mesure.
Le modèle intègre l’ordonnancement des 6 stades,
puisque chacun est positionné sur le continuum sousjacent avec yj. De plus, le carré de la différence définit une
courbe en U inversé compatible avec un processus développemental (pour un exemple récent utilisant des données polytomiques, voir Noël, 7). La figure 1 illustre avec
des valeurs numériques fictives qu’une hauteur donnée
peut représenter 2 niveaux de développement, selon que
l’on se situe avant ou après l’apogée du stade. La hauteur
d’un stade ne mesure pas directement la position de la
personne sur le continuum. La courbe en U inversé implique que la hauteur correspondant à un stade augmente
jusqu’à un maximum puis diminue symétriquement au fur
et à mesure du développement. Le modèle décrit une évolution synchrone et décalée des hauteurs de tous les stades au fur et à mesure qu’augmente le niveau de développement.
L’estimation des paramètres xi et yj constitue un problème technique qui dépasse le cadre de cet article. Davison (4) démontre que le modèle défini par l’équation (1)
a 3 implications. Premièrement, la matrice des corrélations est structurée comme un simplex (les corrélations
entre les hauteurs s’ordonnent), deuxièmement le signe
de certaines corrélations partielles dépend du signe du
produit des corrélations selon une règle qui sera précisée
plus bas, et enfin, l’analyse en composantes principales
de la matrice des corrélations doit produire une structure
en 2 composantes, projetant les stades sur un demicercle.
Nous supposons que la fixation-régression au stade
anal se reflète par l’indépendance entre d’une part les hauteurs observées au stade anal et, d’autre part, les hauteurs
observées aux autres stades. En revanche, ces dernières
sont structurées selon la loi de synchronie du modèle de
dépliage. En appliquant ce modèle à des données obtenues auprès d’individus caractérisés par une régression
anale, nous pouvons prévoir 3 patterns de résultats
possibles :
1) le modèle est largement contredit et ne permet donc
pas de décrire la structure des profils observés ;
2) le modèle est totalement corroboré, auquel cas
l’hypothèse de la fixation-régression est superflue pour
caractériser l’échantillon ;
3) les données reflètent une anomalie relative au stade
anal, et dans ce cas, ce résultat corrobore à la fois le
modèle freudien de la succession des stades et le fait que
l’échantillon se caractérise par la fixation-régression au
stade anal.
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Premiers éléments pour une étude psychométrique de la fixation-régression
RÉSULTATS
Le tableau I présente les statistiques descriptives. Les
corrélations entre les hauteurs obtenues par chaque juge
pour chaque stade montrent une excellente validité convergente. On trouve rON = 0,979, rOO = 0,962, rA = 0,963,
rPP = 0,958, rO = 0,936, rG = 0,968 (p < 0,001). La proportion de variance commune s’élève au moins à 88 %.
Ces corrélations peuvent être considérées comme des
estimations de la fidélité inter-juges. En effet, la comparaison des écarts types de chaque stade pour chaque juge
montre que les variances sont assez similaires,ce qui permet de supposer que les scores sont issus de mesures
parallèles.
Pour des raisons d’économie de présentation, la projection des 6 stades du profil sur le plan factoriel défini par
les deux premières composantes de l’analyse en composantes principales sera tout d’abord analysée (figure 2).
La fidélité inter-juges se reflète dans la remarquable proximité des points correspondant aux mêmes stades du profil. Les stades suggèrent un tracé sphérique si l’on excepte
le stade anal.
Les intercorrélations entre les six stades ont été calculées pour le juge 1 seulement, étant donné le niveau globalement très élevé de la fidélité inter-juges. La matrice
de corrélation (tableau II) met en évidence une organisation en simplex (simplex-like structure). Les corrélations
se répartissent globalement selon un gradient de distance
entre stades, à quelques irrégularités près, soulignées en
gras.
15
14
Oral narcissique
Oral objectal
13
Typicité de la modalité (zij )
12
11
10
9
8
7
6
5
4
3
2
Personne 1
1
0
– 3,0
Personne 2
– 1,5
0,0
1,5
3.0
Niveau de développement psychosexuel
FIG. 1. — Illustration (fictive) du modèle de dépliage avec 2 scores de typicité (oral objectal et oral narcissique).
TABLEAU I. — Statistiques descriptives des scores absolus et en fréquences pour chaque modalité et chaque juge (n = 60).
Stade
ON
OO
A
PP
O
G
Juge 1
Juge 2
M
ET
As
AP
M
ET
As
AP
7,58
7,37
10,50
5,97
3,37
7,00
5,34
3,84
5,22
4,02
3,04
6,10
1,08
1,01
0,41
1,36
1,27
1,69
1,30
1,55
0,53
3,10
1,28
3,38
7,33
7,20
10,25
6,35
3,60
7,30
5,44
3,55
4,81
4,15
3,28
6,35
1,27
0,71
– 0,02
1,32
1,26
1,59
1,87
0,28
– 0,55
3,30
1,46
2,75
M : moyenne ; ET : écart-type ; As : asymétrie ; Ap : aplatissement ; ON : oral narcissique ; OO : oral objectal ; A : anal ; PP : phallique préœdipien ;
O : œdipien ; G : génital.
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N. Combalbert et al.
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0,4
A(J1)
0,2
A(J2)
G(J1)
0,0
G(J2)
– 0,2
O(J1)
O(J2)
– 0,4
PP(J1)
PP(J2)
ON(J2)
– 0,6
OO(J1)
ON(J1)
– 0,8
– 0,8
OO(J2)
– 0,6
– 0,4
– 0,2
0,0
0,2
0,4
0,6
0,8
1,0
Component 1
FIG. 2. — Projection des six variables de la MORS (scores bruts) sur un plan factoriel en deux composantes principales.
J1 : juge 1 et J2 : juge 2 ; ON : oral narcissique ; OO : oral objectal ; A : anal ; PP : phallique préœdipien ; O : œdipien ; G : génital.
TABLEAU II. — Corrélations entre les six stades (juge 1, n = 60).
1.
2.
3.
4.
5.
6.
ON
OO
A
PP
O
G
1
2
3
4
5
6
1
0,33
– 0,01
– 0,04
– 0,29
– 0,36
0,33
1
– 0,03
– 0,08
– 0,11
– 0,28
– 0,01
– 0,33
1
0,02
– 0,11
– 0,25
– 0,04
– 0,08
0,02
1
0,47
0,43
– 0,29
– 0,11
– 0,11
0,47
1
0,54
– 0,36
– 0,28
– 0,25
0,43
0,54
1
Les valeurs absolues supérieures à 0,25 sont significatives au niveau
p < 0,05. Les valeurs en caractères gras indiquent les défauts de la
structure en simplex dans certaines lignes.
ON : oral narcissique ; OO : oral objectal ; A : anal ; PP : phallique
préœdipien ; O : œdipien ; G : génital.
La dernière série de prédictions du modèle de mesure
concerne le signe des corrélations partielles. Si le stade
k est situé entre les stades j et l, et si le produit des corrélations rjkrkl est négatif, alors la corrélation partielle rjl.k
doit être négative. Si le stade k n’est pas intermédiaire et
si rjkrkl est positif, alors rjl.k doit être positive (4). Compte
tenu des résultats qui précèdent, seuls les scores du
juge 1 seront analysés (tableau III). Les quatre corrélations partielles dont le signe n’est pas conforme aux prévisions impliquent toutes le stade anal.
DISCUSSION
Cette étude avait pour objectif principal de modéliser
les hauteurs des profils obtenus avec la MORS en
employant un modèle de mesure explicite. Un modèle de
242
dépliage (4) a été appliqué aux données recueillies auprès
de 60 sujets criminels supposés présenter une personnalité compatible avec la fixation-régression au stade anal.
Les résultats de la modélisation supportent l’hypothèse
selon laquelle les hauteurs observées pour les stades oral
narcissique, oral objectal, phallique pré-œdipien, œdipien
et génital sont structurées selon une loi de synchronie conforme au postulat d’un continuum de développement psychosexuel.
Le second résultat majeur de cette étude est que les
hauteurs observées pour le registre correspondant au
stade anal ne se laissent pas décrire par le modèle. En
outre, cette particularité n’est pas imputable à un éventuel
défaut de cotation puisque la fidélité inter-juges s’élève à
0,93 pour ce registre particulier. La hauteur observée pour
ce stade est indépendante de la hauteur des autres stades, comme l’attestent les faibles corrélations de la ligne 4
du tableau II. La hauteur moyenne du stade anal est nettement supérieure aux autres (tableau I, une ANOVA avec
mesures répétées indique que l’effet du stade est très
significatif, F(5,295) = 14,43, p < 0,01).
Ces résultats constituent un encouragement pour la
MORS considérée comme technique de quantification de
la relation d’objet. En effet, cette étude, ciblée sur un
échantillon de sujets présentant une forte probabilité de
fixation-régression au stade anal, suggère qu’il serait possible d’objectiver ce type de phénomène à partir des profils
obtenus via la MORS. Les analyses employées permettent de dépasser les limites du modèle linéaire auquel
Dymetryszym et al. (5) ont eu recours. Néanmoins, il convient de noter les limites de la présente étude.
La principale limite méthodologique est liée à l’aspect
subjectif de la cotation des protocoles. Les deux juges par-
L’Encéphale, 2006 ; 32 : 238-43, cahier 1
Premiers éléments pour une étude psychométrique de la fixation-régression
TABLEAU III. — Corrélations partielles (juge 1, n = 60).
k intermédiaire
Triplets
abc
abd
abe
abf
acd
ace
acf
ade
adf
bcd
bce
bcf
bde
bdf
cde
cdf
def
Produit
rabrbc
rabrbd
rabrbe
rabrbf
racrcd
racrce
racrcf
radrde
radrdf
rbcrcd
rbcrce
rbcrcf
rbdrde
rbdrdf
rcdrde
rcdrdf
rderef
Signe
–
–
–
–
–
+
+
–
–
–
+
+
–
–
+
+
+
k non intermédiaire
Corrélation
partielle
Valeur
Produit
Signe
rac.b
rad.b
rae.b
raf.b
rad.c
– 0,002
– 0,01
– 0,27
– 0,30
– 0,04
racrcb
radrdb
raereb
rafrfb
radrdc
raerec
rafrfc
raered
rafrfd
rbdrdc
rberec
rbfrfc
rbered
rbfrfd
rcered
rcfrfd
rdfrfe
+
+
+
+
–
+
+
–
–
–
+
+
–
–
–
–
+
rae.d
raf.d
rbd.c
rbe.d
rbf.d
– 0,31
– 0,38
– 0,04
– 0,08
– 0,28
Corrélation
partielle
Valeur
rab.c
rab.d
rab.e
rab.f
0,32
0,32
0,31
0,25
rac.e
rac.f
– 0,05
– 0,11
rbc.e
rbc.f
– 0,04
– 0,11
rde.f
0,32
Afin de simplifier la lecture, les labels des six modalités ont été remplacés par a, …, f.
tagent une grande expérience de cotation commune
d’autres protocoles selon la grille de la MORS, ce qui peut
expliquer le niveau particulièrement élevé des corrélations
inter-juges, comparativement aux corrélations intraclasse publiées par Dymetryszym et al. (5). On ne peut
donc pas exclure la possibilité que nos analyses puissent
conduire à des conclusions différentes si d’autres juges
indépendants avaient coté les 60 protocoles.
Les résultats obtenus ne sont pas généralisables sans
réplication. Un test critique consisterait à répliquer nos
analyses, d’une part, sur des données similaires et,
d’autre part, à examiner le comportement du modèle de
dépliage sur des données issues d’un échantillon d’adultes tout-venant, dont le diagnostic permettrait d’exclure la
possibilité d’une fixation-régression prononcée. Si les lois
de synchronie définies par le modèle de dépliage sont
correctes, le stade anal devrait alors être inclus dans l’arc
de cercle formé par la projection des 6 stades sur le plan
factoriel d’une analyse en composantes principales.
CONCLUSION
Au plan de la recherche fondamentale appuyée sur des
données statistiques, la possibilité d’objectiver les avatars
du développement psychosexuel comme la fixationrégression, ou bien des différences en termes de niveau
de développement entre groupes de sujets, tout en
s’appuyant sur le cadre de la théorie psychogénétique de
la libido, constitue un argument de poids pour la poursuite
des investigations permises par la MORS.
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