Son truc, ce sont les « tout-petits

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Son truc, ce sont les « tout-petits
PORTRAIT CABINET DU MOIS
DR PAULINE CHARDRON-MAZIÈRE,
ASNIÈRES-SUR-SEINE (92)
CABINET DU MOIS PORTRAIT
Son truc,
ce sont les « tout-petits »
Elle est à la tête d’un cabinet atypique spécialisé en pédodontie et dans la prise en charge des
enfants handicapés. Énergique et engagée, Pauline Chardron-Mazière donne du sens à sa
pratique professionnelle et à ses orientations. Rencontre avec une praticienne déterminée.
Par Rémy Pascal – Photos Estelle Lefevre /In Wonderland Photographie
P
auline Chardron-Mazière a choisi de donner à
son cabinet des orientations qui sont en parfaite
adéquation avec ses aspirations professionnelles
et personnelles. Depuis le 4 décembre 2013,
elle a fait le choix de ne recevoir comme patients que des
enfants de moins de 13 ans et pouvant être en situation
de handicap. « Autant dire, ironise la praticienne, que je
n’ai pas choisi mes spécialisations en fonction de leurs incidences sur le chiffre d’affaires. Mais aujourd’hui je prends
du plaisir dans mon activité car je lui donne du sens, c’est
essentiel. » Avant de trouver cet épanouissement en affirmant ses choix, Pauline a navigué dans l’univers de
l’odontologie de nombreuses années et il faut s’intéresser
aux prémices de son histoire professionnelle pour comprendre les orientations qu’elle a données à sa carrière.
En 1995, elle s’inscrit en première année de médecine,
le PCEM1, au Centre universitaire des Saints-Pères à
Paris. Son objectif : devenir obstétricienne ou pédiatre.
On notera bien évidemment l’attrait déjà présent pour
les enfants. Pour y parvenir, elle tente à deux reprises
d’obtenir un classement qui lui permettrait de suivre
les filières d’orientation souhaitées. Mais elle échoue à
deux reprises. S’offre alors à elle, l’odontologie. « Pour
être honnête, je ne connaissais pas. Je n’ai personne dans
ma famille qui exerce dans cette branche et je n’étais allée
chez le dentiste que quelquefois. Mais l’idée d’avoir passé
deux ans à préparer un concours et de ne pas en profiter
m’était impensable. » Notre praticienne s’inscrit ainsi
en odontologie à la Faculté de Montrouge en espérant
trouver un intérêt pour le métier de chirurgien-dentiste.
Mais parfois, les souhaits ne suffisent pas. « Disons-le
clairement, cela ne m’a pas plu, ce n’était pas pour moi,
pendant les quatre premières années, je me suis sérieusement
ennuyée. D’ailleurs, j’ai bien plus de choses à raconter sur
mon engagement associatif durant cette période que sur mes
années d’études. »
Humanisme et don de soi
L’engagement associatif et le besoin d’aller vers ceux qui en
ont besoin constituent deux éléments forts de la personnalité de Pauline. Elle a été volontaire durant 20 ans, de 16
ans à 36 ans, à la Croix-Rouge où elle a gravi les échelons
au fil des années. Bénévole les premières années, elle est
devenue directrice du département des Hauts-de-Seine
et n’a jamais compté son temps au sein de l’organisation.
« Il n’était pas toujours évident de conjuguer la vie étudiante
et l’engagement associatif, mais je crois que l’épanouissement
que m’apportait la Croix-Rouge me permettait d’oublier que
je m’ennuyais en odontologie… Par ailleurs, cela m’a aussi
appris très tôt à aborder les patients, ce que l’enseignement
universitaire ne nous apprend que très tard, voire pas du tout.
À 20 ans, j’avais déjà eu des victimes dans les mains et je
n’étais donc pas impressionnée. » En cinquième année, un
cycle d’enseignement va venir changer l’appréciation de
Pauline a
toujours souhaité
accorder une
large place aux
enfants dans sa
pratique
professionnelle.
REPÈRES
1995
Inscription
en PCEM1
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2001
Validation de la thèse
(2e prix à l’ADF)
2002
Employée dans un centre
de santé mutualiste
en pédodontie
Décembre 2013
Ouverture de son cabinet
à Asnières-sur-Seine
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elle est décidée à faire des enfants ses patients exclusifs.
C’est alors qu’une opportunité va se présenter à elle et la
placer sur le chemin de la réussite. « J’ai intégré en 2002
un centre de santé mutualiste dans Paris où j’ai pu négocier
de ne traiter que les enfants. Bien évidemment, je proposais
une pédodontie de qualité dans de très bonnes conditions de
travail et je refusais de raisonner en termes de rentabilité.
D’ailleurs les responsables de la structure m’avaient clairement
informée du fait que je n’étais pas rentable financièrement
mais que j’apportais au centre une image de qualité qui
valorisait l’entreprise. » Pauline exercera 11 ans au sein
de ce cabinet et ne cessera de prendre plaisir à travailler
avec des enfants. Durant ces années, elle continuera à
étudier et obtiendra deux D.U en Sédation consciente
et en Management de l’assurance qualité en odontologie.
Être au service des enfants handicapés
Notre praticienne a dessiné un cabinet dont les choix n’ont pas été exclusivement portés sur le caractère esthétique. L’ensemble dans les moindres
détails a été pensé pour recevoir des patients atteints de toutes formes de handicap.
« J’aime chanter, danser, je suis
un peu foldingue, très spontanée
et ces traits de ma personnalité
ne peuvent pas s’exprimer
avec une patientèle adulte.
En revanche avec des enfants,
c’est une qualité ! »
Le cabinet est lumineux et les couleurs y sont vives, bref il est à l’image
de sa propriétaire.
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notre praticienne. En effet, ce que s’apprête à découvrir
Pauline va devenir le fil conducteur de sa carrière. « La
pédodontie a été une révélation, l’investissement auprès des
patients est beaucoup plus psychologique et émotionnel. Je
me suis sentie immédiatement à ma place. J’aime chanter,
danser, je suis un peu foldingue, très spontanée et ces traits de
ma personnalité ne peuvent pas s’exprimer avec une patientèle
l’adulte. En revanche avec des enfants, c’est une qualité ! »
La découverte de la pédodontie
Le Dr Chardron-Mazière exerce à mi-temps son activité au
sein de l’hôpital Louis-Mourier à Colombes et se découvre
enfin une passion pour le métier. Elle effectue une sixième
année et prépare sa thèse qui porte sur la création d’une
structure d’urgences dentaires sur les terrains sportifs. Elle
soutient son travail en 2001 et obtient le deuxième prix de
thèse de l’ADF. Ses études en odontologie sont désormais
terminées et il appartient désormais à Pauline de réfléchir
à son insertion professionnelle. « Je voulais m’installer en
pédodontie directement mais on me l’a fortement déconseillé
car ce type de cabinet ne correspond à aucun business model classique et il est plus traditionnel de commencer par
de l’omnipratique. » Notre praticienne va alors devenir
collaboratrice au sein d’un cabinet mais très vite elle va
ressentir le même ennui que durant ses premières années
d’études. « Le compagnonnage a ses limites, car si le praticien
qui nous accueille est expérimenté, il est aussi piégé par ses
propres habitudes de travail. » Une fois encore, c’est son
engagement au sein de la Croix-Rouge et l’acquisition de
nouvelles compétences (CES Embryologie cranio-faciale
puis de Pédodontie Prévention) qui lui permettront de
trouver un épanouissement personnel. Plus que jamais
En 2008, Pauline devient maman d’une petite fille. Une
petite sœur viendra deux ans plus tard. Cette dernière
présente un handicap neuro-moteur. Elle est atteinte de
dyspraxie, une altération de la capacité à exécuter de manière automatique des mouvements déterminés. « Lorsque
cela survient, l’idéal de vie que l’on s’était dessiné prend une
claque. Personnellement, j’ai beaucoup réfléchi. Depuis de
nombreuses années, j’avais un investissement conséquent au
sein de la Croix-Rouge et je m’occupais des autres. Mais désormais je pensais à la manière dont je pouvais m’occuper au
mieux de ma fille. L’idée était de ne pas subir la situation
mais au contraire de composer avec, de construire dessus, de
réaliser quelque chose de positif à partir d’elle. » Alors, notre
praticienne du mois va réunir ses différentes aspirations,
considérer d’un œil nouveau ses compétences et décider
d’ouvrir son propre cabinet de pédodontie avec une très
forte attention portée sur l’accessibilité et la capacité de
prodiguer des soins de qualité aux enfants en situation
de handicap. Pauline va réaliser ce projet avec une grande
motivation, sans apitoiement et avec le sentiment d’être
réellement utile en mettant au service d’enfants handicapés son savoir-faire. « Il faut rappeler qu’il est très fréquent
que la santé bucco-dentaire des personnes handicapées, notamment des enfants, soit catastrophique. Ce, pour différentes
raisons : la prévention est quasi inexistante et l’apport de soins
souvent difficile à réaliser. » La profession connaît d’ailleurs
un nombre très restreint de praticiens spécialisés dans ce
domaine, les personnes handicapées étant fréquemment
traitées dans les services d’odontologie des hôpitaux sous
anesthésie générale.
L’installation du cabinet
Pour définir l’emplacement géographique de son futur
cabinet, Pauline a usé d’une stratégie redoutable. « J’ai
dessiné sur une carte un cercle autour de mon domicile correspondant à une distance que je pouvais effectuer en 30
minutes maximum à pied. Bien évidemment cela restreint
considérablement le périmètre et les opportunités mais c’était
une garantie de disponibilité pour ma fille et de confort au
quotidien. » Si dans un premier temps notre praticienne
cible les locaux commerciaux en raison de leurs normes
d’accessibilité pour les personnes handicapées, très vite elle
élargit son champ de recherche et envisage de s’installer
Le Dr Chardron-Mazière soigne parfois les patients sur leur fauteuil
roulant : « Ce n’est pas ergonomique, c’est fatiguant mais je n’ai pas
le choix ».
dans un appartement. En 2012, elle jette son dévolu sur
un logement de 98 m² en rez-de-chaussée dans une résidence à Asnières-sur-Seine. Cette dernière n’est pas accessible aux personnes en fauteuil roulant mais un balcon
donne sur le trottoir. Avec l’aide d’un cabinet d’architecture et après de nombreuses demandes d’autorisation, elle
crée une seconde entrée adaptée à tous les publics. « J’ai
acheté les murs 490 000 € et mon budget “travaux” a été
supérieur à mes projections et s’est élevé à 160 000 € au final.
Comme je n’avais jamais été propriétaire d’un cabinet, je ne
possédais pas de matériel. J’ai donc dû investir 100 000 €
pour m’équiper notamment en leasing. » Concernant l’aménagement intérieur, Pauline a travaillé avec des architectes
qui lui ont permis de dessiner son cabinet en fonction de
ses critères spécifiques d’accessibilité. Notre praticienne a
également porté une très forte attention aux risques sanitaires sur son lieu de travail. D’ailleurs, sur les 75 questions
à ce sujet que pose la Grille technique d’évaluation des
cabinets dentaires pour la prévention des infections associées
aux soins publiée par le ministère de la Santé, elle répond
positivement à toutes.
10 % de patients handicapés
« La mise en accessibilité d’un cabinet dentaire est très
consommatrice d’espace. Par exemple, il faut envisager la
circulation d’un fauteuil roulant dans toutes les pièces, de la
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La mise en accessibilité d’un cabinet dentaire est très consommatrice d’espace. Il
faut par exemple envisager la circulation d’un fauteuil roulant dans toutes les pièces.
salle de soins aux toilettes. Par ailleurs, je possède des équipements qui me permettent d’adapter au mieux ma pratique.
Mon fauteuil, un Planmeca Sovereign descend très bas et
permet facilement à une personne handicapée de s’y transférer.
De même, ma radio panoramique n’impose pas aux patients
en fauteuil roulant de se lever bien évidemment, ce serait un
comble. » Au-delà de ces équipements, c’est l’ensemble
du cabinet dans les moindres détails qui a été pensé pour
recevoir des patients atteints de toutes formes de handicap.
Les conseils de l’agence « Design for all » ont permis à
notre praticienne de dessiner un cabinet dont les choix
n’ont pas été exclusivement portés sur le caractère esthétique. Ainsi, le revêtement du sol permet d’absorber le
bruit des pas mais est également adapté aux déplacements
en fauteuil roulant, les lumières éclairent suffisamment
pour apporter un confort visuel mais n’éblouissent jamais, les différentes couleurs de peinture du cabinet sont
contrastées afin de permettre aux malvoyants de distinguer la profondeur des pièces, dans le même objectif des
stickers ont été collés sur les murs blancs et la documentation mise à disposition des patients est rédigée en gros
caractères. Concernant les personnes malentendantes, le
Dr Chardron-Mazière est en cours d’apprentissage de la
langue des signes. Il n’est donc pas étonnant que notre
praticienne se soit fait un nom dans le milieu médical spécialisé dans la prise en charge des personnes handicapées.
Son activité est connue par les associations et de nombreux
confrères mais également le Rhapsod’if, (Réseau handicap
prévention et soins odontologiques d’Ile-de-France) lui
envoient de nouveaux patients.
« Je n’ai aucune réticence, je reçois tout le monde, peu importe leur handicap, j’essaye toujours même si cela est parfois
délicat notamment avec les autistes par exemple. De même,
il m’arrive parfois de traiter un patient sur son propre fauteuil, ce n’est pas ergonomique, c’est fatigant mais je n’ai
pas le choix. Je fais ça par humanisme et j’en retire un très
grand épanouissement personnel. Aujourd’hui, 10 % de ma
patientèle est handicapée et j’espère que ce pourcentage va
continuer à augmenter. »
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Aujourd’hui, 10 % de la patientèle de Pauline
Chardron-Mazière est handicapée, elle espère que ce
pourcentage va continuer à augmenter.
« Il m’arrive parfois de traiter un
patient sur son propre fauteuil »
EN CHIFFRES
175 000 :
C’est en euros le
chiffre d’affaires
du cabinet en
2013.
1273 :
C’est le nombre
de patients reçus
depuis l’ouverture
du cabinet en
décembre 2013.
10 :
C’est le
pourcentage
de patients
handicapés
que reçoit
le Dr ChardronMazière.
11 :
C’est l’âge en
mois du plus
jeune patient.
Ouverture du cabinet et organisation
Le 4 décembre 2013 a marqué l’ouverture de son cabinet.
Depuis ce jour, Pauline a reçu 1 273 patients âgés de 0 à 12
ans. « Mon truc, c’est les tout-petits, le plus jeune a 11 mois et
lorsqu’un patient souffle ses 13 bougies je lui conseille d’aller
voir un confrère ». Ainsi, sa patientèle est toujours en mouvement et en perpétuel renouvellement contrairement aux
praticiens qui vont suivre durant des décennies certains
de leurs patients. Notre praticienne considère qu’il n’est
plus normal d’avoir des caries en 2015. « Notre travail
aujourd’hui doit porter sur la prévention et la prophylaxie
afin d’éviter ces pathologies. J’adapte mes conseils en fonction
de chaque patient et de ses habitudes. Il arrive parfois que des
handicapés aient des difficultés à s’alimenter et consomment
ainsi une grande quantité de produits mixés et sucrés, voilà
le genre d’information que je dois connaître pour pouvoir
donner les meilleures recommandations. L’objectif est de ne
voir les enfants que deux fois par an pour constater que tout
va bien, s’ils reviennent avec des caries c’est qu’il y a un problème… » Au fil des années, notre praticienne a développé
une manière de travailler « sympa, mais un peu comme une
maîtresse d’école qui dirige une classe ». Son temps d’exercice
est réparti entre le travail clinique (27 heures) et administratif (10 heures). À ses côtés, son assistante Flora lui
permet d’optimiser ses rendez-vous notamment en travaillant à quatre mains au fauteuil. « Nous nous connaissons
parfaitement, nous n’avons plus besoin de parler, d’un simple
clignement des yeux elle comprend le message que je veux lui
faire passer ». Elle assure également les tâches de secrétariat, d’entretien du matériel et la stérilisation. Pauline a
souhaité garder la main sur la prise de rendez-vous car
elle porte une grande attention aux profils des enfants
qu’elle reçoit et au type de soins qu’il faudra leur apporter.
En fonction, elle adapte la durée du rendez-vous dans
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PORTRAIT CABINET DU MOIS
Sur les 75 questions que pose la « Grille technique d’évaluation des cabinets
dentaires pour la prévention des infections associées aux soins »,
le Dr Chardron-Mazière répond positivement à toutes.
« La pédodontie a été
une révélation, l’investissement
auprès des patients est beaucoup
plus psychologique
et émotionnel. »
l’agenda. « En pédodontie, il faut travailler vite et bien
pour être rentable, en 30 minutes je peux faire beaucoup de
choses. Le coût horaire de mon cabinet est d’environ 180 €
de l’heure alors il ne faut pas perdre de temps. » Le Dr
Chardron-Mazière se charge de la présentation des devis
aux patients mais avoue avec son franc-parler, « être nulle
dans cet exercice, j’ai l’impression d’être un garagiste qui
présente les réparations à effectuer, je ne suis pas à l’aise et
j’ai la sensation d’avoir un patient sur le fauteuil, l’enfant,
et un client en face de moi, le parent ». Comprenons : pour
notre praticienne qui considère l’humanisme et le don
de soi comme des valeurs fondamentales, la présentation
du devis vient rappeler le caractère entrepreneurial et
financier du métier de chirurgien-dentiste.
« Avoir une juste
rétribution du travail mis œuvre »
Chaque jour, une petite vingtaine de patients sont reçus, le mercredi et le samedi sont des jours réservés aux
simples contrôles. Les parents n’hésitent pas à prendre
rendez-vous durant la journée d’école de leur enfant, et
ce pour une raison simple : « Lorsqu’un enfant a mal aux
dents, il ne suit pas à l’école, il est donc faux de penser qu’il
est en train de rater une leçon en venant chez le dentiste… ».
Pauline invite toujours les parents à accompagner leurs
enfants dans la salle de soins, ainsi ils peuvent participer et
surtout entendre les consignes que donne la praticienne.
Toutefois il arrive parfois que le Dr Chardron-Mazière
invite les parents à patienter dans la salle d’attente. « Ils
sont parfois si stressés qu’ils communiquent leur anxiété à leurs enfants, exactement l’inverse de ce que j’essaye
de faire… » Pour favoriser la détente, Pauline pratique
l’hypnose notamment avec des techniques d’induction
verbale, le choix de certains mots et une certaine manière
d’être. « Il faut emmener le patient avec soi, lui faire oublier
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Notre praticienne a déjà pensé à se déconventionner afin
de pouvoir définir elle-même une « juste rétribution du travail
qu’elle met en œuvre » .
sa position et le contexte en lui parlant ou en chantant et
surtout ne pas l’inquiéter par exemple avec des phrases du
genre “attention ça va faire mal”». Fière d’être devenue chef
d’entreprise, elle apprécie le fait de faire vivre son cabinet
dentaire. Mais encore une fois, elle considère que le métier de chirurgien-dentiste occupe une position bancale
entre l’univers de la médecine et celui du commerce. À
plusieurs reprises elle a pensé à se déconventionner afin
de pouvoir définir elle-même une « juste rétribution du
travail qu’elle met en œuvre » et ajoute que cela au final,
cela ne serait pas forcément plus cher pour le patient. « Le
système actuel habitue à ne rien payer. Ainsi dès lors qu’un
soin n’est pas remboursé les patients considèrent que ce n’est
pas indispensable. Or, il s’agit très souvent de soins préventifs peu coûteux qui permettent d’avoir une bonne santé
bucco-dentaire et par conséquent qui permettent d’éviter le
développement de certaines pathologies plus lourdes et plus
onéreuses. C’est tout le paradoxe de notre système de remboursement ! On marche sur la tête. » De plus, notre praticienne
redoute que la Sécurité sociale ne se désengage dans les
années à venir des soins dentaires et entraîne ainsi une
banalisation de certaines pathologies et un net retour en
arrière en matière de santé bucco-dentaire.
Le Dr Chardron-Mazière regrette parfois de ne pas avoir
eu médecine en PCEM1 car cela lui aurait permis de ne
pas être soumise à ces considérations financières. Elle est
aujourd’hui fascinée par le praticien qui accompagne sa
deuxième fille : « La neuropédiatrie est passionnante, si je
pouvais repartir quelques années en arrière je crois que je
ferais tout pour exercer ce métier. » Une fois de plus, notre
praticienne exprime son amour viscéral pour les enfants
et l’aide aux autres. Alors lorsqu’on lui demande le conseil
qu’elle pourrait adresser à un jeune chirurgien-dentiste en
début de carrière, elle répond sans hésiter : « Se former à la
gestion d’entreprise, mais sans renoncer à ses principes ! »