Russie : l`heure des choix - Etudes économiques du Crédit Agricole

Transcription

Russie : l`heure des choix - Etudes économiques du Crédit Agricole
Apériodique - n° 12 - août 2011
Russie : l’heure des choix
 Le profil social de la Russie a changé depuis dix ans : bien que l’oligarchie ait confisqué l’essentiel
de la rente énergétique, la croissance a tout de même tiré le PIB par habitant vers le haut, et la grande
pauvreté a commencé à régresser. Mais les inégalités perdurent.
 La demande des ménages est donc devenue une composante importante de la conjoncture. Et les
habitudes de consommation ayant considérablement évolué, elles font aussi du marché russe un enjeu
majeur pour certains investisseurs.
 Depuis 2005, l’Etat a pris conscience de ces enjeux. Il soutient le revenu des Russes, particulièrement
des retraités. Mais cela creuse le déficit budgétaire hors pétrole, et les comptes publics sont de plus en
plus vulnérables au retournement à la baisse des prix de l’énergie. La logique est la même pour les
comptes externes, qui ont besoin d’un prix du pétrole élevé pour être équilibrés.
 Ce modèle de croissance, dans lequel l’Etat tient un rôle important, risque de conduire à un nouveau
cycle d’endettement public, surtout en cas de baisse de prix du pétrole. Il doit donc être relayé par de
l’investissement et par une diversification de l’économie, ce qui ne pourra se faire sans réformes
structurelles et amélioration de la gouvernance.
L
e PIB russe par habitant en parité de pouvoir
d’achat atteint aujourd’hui, selon le FMI, 16 840
USD. C’est le plus élevé de la CEI, mais aussi des
« BRICs ». La progression des revenus transforme la
dynamique de croissance russe : la consommation des
ménages devient une composante essentielle du PIB. Et
c’est d’autant plus important pour l’avenir de ce pays que
le taux d’investissement y est insuffisant (de l’ordre de
20% du PIB en moyenne).
Le développement d’un marché intérieur est également
un enjeu considérable pour certains investisseurs
étrangers. Depuis quelques années, de nouveaux
secteurs émergent, très dynamiques, comme le
commerce de détail ou l’automobile. Renault prévoit une
hausse de ses ventes en Russie de 40% en 2011 sur un
marché de 4 millions de véhicules vendus en 2015-2016.
Pour ces investisseurs, la spécificité du contexte russe
donne encore plus d’importance à l’évolution des
revenus : en effet, la demande des ménages doit
contrebalancer des coûts d’implantation plus élevés que
dans d’autres pays émergents – coûts liés aux problèmes
de gouvernance, à un parc immobilier insuffisant ou à
une logistique déficiente. C’est donc la croissance des
revenus qui conditionne aujourd’hui l’attractivité du
marché russe.
I – Une société de consommateurs
Le revenu des Russes a évolué mais plus encore leur
façon de dépenser : depuis dix ans, ils consomment.
Comparé
à
l’époque soviétique,
ils
acquièrent
respectivement 70% et 25% plus de biens durables et de
produits alimentairesi. Ils achètent deux fois plus de
cigarettes, d’alcool, de voitures et de vêtements.
Une illustration forte de cette transition se situe du côté des
supports médias : la quantité de jeux électroniques par
foyer a explosé et il y a aujourd’hui 160 télévisions pour
100 foyers. En fait, les Russes sont entrés dans le monde
du multimédia en sautant des paliers de consommation, et
ils l’ont fait d’autant plus rapidement que leur niveau
d’éducation était élevé. Ainsi, la Russie est devenue l’un
des pays émergents où le nombre d’utilisateurs d’internet
est le plus élevé. Le décollage depuis 2000 a été
impressionnant, et il aura un impact sur les équilibres
politiques et les modes de consommation dans les années
à venir. Dans ce domaine, la comparaison avec la
trajectoire du Mexique est frappante, d’autant qu’il s’agit
d’un pays émergent dont le revenu par habitant est assez
proche de celui de la Russie (15 113 USD en 2011).
Tania SOLLOGOUB
[email protected]
Graphique 1 - Quand internet change le monde…
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
plus stable que dans les dix premières années de la
transition – marquées par deux crises et une forte inflation.
Mais le rattrapage ne sera pas aussi rapide qu’entre 2000
et 2008. De plus, la croissance s’annonce inflationniste
(9,2% d’inflation prévue par le FMI pour 2011), ce qui va
peser sur les revenus réels.
Brésil
Chine
Russie
Inde
Effectivement, après une progression de 10 à 15% par an
entre 1999 et 2007, la hausse des revenus annuels en
termes réels n’est plus que de 2% entre 2008 et 2009, puis
de 4% en 2010. Sur le premier trimestre 2011, elle est
négative (-2,9%), mais il faut relativiser ces chiffres, liés à
ii
la hausse des taxes sociales (l’alourdissement de la
fiscalité des entreprises provoque un redémarrage de
l’économie parallèle).
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
1997
1996
1995
1994
1993
Utilisateurs d'internet (pour 100 hts)
Mexique
Source : World Bank, Crédit Agricole S.A.
Comment va évoluer le marché intérieur ?
Et les inégalités ?
Les projections du FMI proposent un panorama du
monde où les cartes sont rebattues dans les quatre ans
qui viennent. La Corée rattrape la France, la Russie reste
en tête des BRICs, et elle se rapproche du Portugal. Ainsi
l’écart de revenu entre les Russes et les Portugais serait
ramené de 6 200 USD aujourd’hui à 3 000 USD en 2016.
Il faut distinguer deux périodes : avant 2005 et après.
Pendant la première phase de la transition, jusqu’en 2000,
la société russe s’est stratifiée très rapidement et les
revenus se sont brutalement différenciés, avec l’émergence
de deux groupes : d’un côté, des nouveaux riches (de
jeunes urbains possédant un haut niveau d’étude) et de
l’autre, des nouveaux pauvres (enseignants, salariés des
complexes militaro industriels, médecins, scientifiques).
Evidemment, ces prévisions doivent être relativisées :
d’abord au regard des hypothèses de croissance, que la
crise européenne va probablement bouleverser, mais
aussi en fonction de la taille des marchés intérieurs et
des projections démographiques (la Banque mondiale
prévoit que la population russe va décroître de
141,7 millions d’habitants aujourd’hui à 116,3 en 2050).
Graphique 2 - Les plus riches des Brics !
50000
PIB par habitant en PPA (USD courants)
Cette stratification a conduit à une hausse de la pauvreté
en termes absolus et à une explosion des inégalités.
L’écart de revenu entre les 10% les plus pauvres et les
10% les plus riches a ainsi augmenté de 300% entre 1990
et 2000. Les différences entre générations se sont accrues
(la moitié des jeunes entre 30 et 34 ans ont des revenus
supérieurs à ceux de leurs parents) et l’écart de revenu
entre les régions les plus riches et les plus pauvres est
passé de 1 à 12.
40000
30000
20000
10000
Chine
Brésil
Russie
Corée
2016
2014
2012
2010
2008
2006
2004
2002
2000
1998
1996
1994
1992
0
Inde
Portugal
Source : FMI, World Economic Outlook Database 2011,
Crédit Agricole S.A.
En Russie, la croissance potentielle est estimée à 3,5%
aujourd’hui, contre une moyenne réalisée de 7,2% entre
2000 et 2007. Si le taux d’investissement ne décolle pas
ou si le prix du pétrole se retourne à la baisse, la
croissance va se contracter, ce qui pèsera sur les
projections de revenus. Mais si le pétrole est au-dessus
de 110 USD ou si le gouvernement s’engage, après les
présidentielles, dans une réforme de l’appareil productif,
la croissance peut dépasser rapidement 4%.
Hors choc externe, la Russie est donc engagée dans une
trajectoire de rattrapage de ses revenus qui pourrait être
N°12 – août 2011
La structure de la consommation confirme cette
paupérisation rapide : la part de l’alimentation passe de
36% du revenu total en 1990 à 48% en 2000. Là aussi, la
différence entre ménages ruraux et urbains est sensible et
cette situation est rendue encore plus difficile par la
contraction des transferts sociaux et des prestations en
nature, qui étaient une des clés de voûte du système
soviétique
–
logement,
éducation
et
transport
subventionnés.
A partir de 2005, la société russe évolue à nouveau : la
croissance permet de réduire la pauvreté absolue. Ainsi, la
part des Russes vivant en dessous du seuil de pauvreté
reste élevée aujourd’hui, mais elle est passée de 20% en
2003 à 16,1% sur le premier trimestre 2011.
En revanche, cette période de croissance n’a pas réduit les
inégalités et donc la pauvreté relative. Mais les inégalités
en Russie, plus élevées que dans les pays européens, sont
cependant comparables à d’autres pays émergents,
comme l’Amérique latine par exemple. En 2008, les 10%
des Russes les plus riches possédaient 34% du revenu
national (contre 26,8% en 2002) et les 10% les plus
pauvres, 2,56% (contre 2,7% en 2002). Ces chiffres sont
respectivement de 42,5% et 1,22% au Brésil.
2
Tania SOLLOGOUB
[email protected]
Pauvreté absolue, relative et… apparente
Au final, la croissance russe n’a donc pas été sans fruit
puisqu’elle a permis de réduire la pauvreté absolue. Mais
la stratification sociale est récente, elle a été très brutale,
et les inégalités relatives perdurent : cela explique que la
perception par les Russes de la dégradation de leur
niveau de vie soit très vive. Ainsi des sondages montrent
que 40% des Russes se considèrent comme pauvres,
soit à peu près le même niveau… qu’en 1990 !
Graphique 3 - Indicateur de développement humain
(indice santé)
0,90
0,85
0,80
0,75
0,70
0,65
0,60
0,55
Des Russes majoritairement salariés
La structure sociale va-t-elle, peut-elle, changer bientôt ?
C’est peu probable. D’abord parce que dix ans de
croissance ont consolidé les revenus d’une oligarchie
nourrie par la rente énergétique, mais aussi parce que les
Russes restent salariés (part croissante des salaires dans
le revenu disponible, à 66% du total) et non
entrepreneurs. La part des revenus issus de
l’entrepreneuriat aurait peu changé depuis le début de la
transition (9,6% en 2009 contre 8,4% en 1992) – sous
réserve de l’existence d’une économie souterraine qui
n’est pas captée par les chiffres officiels.
Cette faiblesse de l’entrepreneuriat met en lumière l’une
des grandes fragilités de la transition russe, qui la
distingue de certains autres émergents, comme l’Inde ou
la Turquie : l’insuffisance de PME, qui contraint
l’émergence de la classe moyenne. Cette faiblesse
s’explique par la dégradation de la gouvernance en
Russie. En effet, les petits entrepreneurs, incapables de
conclure des pactes d’intérêt réciproque avec le
gouvernement, comme l’ont fait les oligarques, ont
particulièrement souffert de la corruption des tribunaux,
du harcèlement administratif, de la pression fiscale ou de
la difficulté à trouver des crédits.
Plus de télévisions mais moins d’hôpitaux
Cependant, l’accès à la société de consommation a eu
un prix, surtout dans le domaine de la santé. Des
indicateurs
globaux
tels
que
l’indicateur
de
développement humain dénoncent un schéma en
« contre transition » pour ce secteur en Russie, ce que
confirment la plupart des statistiques touchant à la santé
(par exemple, le nombre de lits d’hôpitaux pour
1 000 habitants est divisé par 2 depuis 1992).
N°12 – août 2011
0,50
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Ukraine
Russie
Tunisie
Turquie
Source : ONU, Crédit Agricole S.A.
Dans ce domaine, l’indicateur le plus éclairant est
l’espérance de vie des hommes, qui s’effondre à la fois
dans les premières années de la transition et après la crise
de 1998, dont les effets se font sentir sur la population
malgré la reprise de la croissance. L’espérance de vie des
hommes remonte cependant à partir de 2005, pendant les
années de forte croissance mais aussi de stabilisation de la
vie politique.
Graphique 4 - La transition de la démographie…
Espérance de vie des hommes
75
70
65
60
55
50
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
Cette perception d’une « pauvreté apparente », relayée
par la presse, a une importance politique puisqu’elle
maintient la protection sociale au cœur des
iii
préoccupations de la société russe . C’est même la base
du programme de V. Poutine depuis 2005 et cela va l’être
encore en 2012. Rappelons d’ailleurs la réponse des
Russes à la question suivanteiv : « Parmi les droits et
libertés garantis par la constitution, quels sont pour vous
les plus importants ?» : 40% des personnes interrogées
citaient le droit à la santé et l’aide médicale, 20% le droit
à la défense contre le chômage, 6% la liberté d’exprimer
son opinion sur des questions essentielles de la société
et 5% la liberté de sortir de Russie et d’y revenir.
Brésil
Russie
Chine
Inde
Source : World Bank, Crédit Agricole S.A.
Face à l’effondrement des infrastructures publiques de
santé, les Russes ont commencé à dépenser plus à partir
des années 2000. Aujourd’hui, 35% des dépenses de santé
globales sont ainsi des dépenses privées : c’est un chiffre
au-dessus des moyennes de l’UE mais inférieur à des pays
comme le Brésil.
II – Un Etat « post- soviétique » ?
La part de l’Etat dans les dépenses de santé globales
recommence à augmenter légèrement à partir de 2005.
Cela confirme une des caractéristiques du régime de
croissance qui est en train de se mettre en place : après
une phase de retrait de la puissance publique, l’Etat
redevient un acteur dans le domaine social. Evidemment,
cela a un impact sur les finances publiques et sur le
cadrage macro-économique global.
3
Tania SOLLOGOUB
[email protected]
Graphique 5 - Un retour de l’Etat ?
Graphique 7 : Une population qui vieillit
Part de l’Etat dans les dépenses
totales de santé
en %
80
Population âgée de plus de 65 ans
(en % de la population totale)
18
16
70
14
60
12
50
10
8
40
6
30
4
Brésil
Russie
Source : World Bank, Crédit Agricole S.A.
Turquie
2
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
1997
1996
1995
20
0
France Ukraine Russie
Inde
Chine
Brésil Mexique Turquie
Source : World Bank, Crédit Agricole S.A.
Trop de contraintes et pas assez de revenus
Une dépendance accrue au pétrole et au gaz
Depuis 2005, le gouvernement s’implique de plus en plus
dans le soutien de la demande domestique. Il joue à la
fois sur les salaires des emplois publics (32% de la
population active est employée dans le secteur public
national ou municipal), sur les dépenses sociales, sur les
retraites, ou sur des mesures de soutien direct à la
consommation. Celles-ci ont par exemple été utilisées en
2009, pendant la crise, pour mener une politique de
stimulation de la demande. Mais la plupart de ces
mesures (particulièrement dans le secteur automobile)
ont été reconduites en 2010, alors que la croissance
redémarrait pourtant. La Russie est donc sortie de la
crise avec un niveau de dépenses publiques plus
important qu’en 2008, prouvant la difficulté de l’Etat à
gérer une politique contracyclique.
Il faut donc un prix du pétrole de plus en plus élevé pour
équilibrer le budget. C’est l’une des fragilités de la Russie,
qui a accru sa dépendance vis-à-vis de ses ressources
énergétiques : l’Etat, nourri par la rente pétrolière, puis le
consommateur, nourri par l’Etat, permettent de maintenir
l’activité. A contrario, le seuil de résistance à la baisse du
prix du pétrole est de plus en plus faible.
Graphique 8 - Un « breakeven » de plus en plus élevé
140
120
100
80
60
40
Graphique 6 – Budget : des dépenses trop élevées
30
20
en % du PIB
0
2004
25
2005
2006
2007
2008
2009
2010
20
prix du pétrole (baril USD)
15
prix du pétrole qui équilibre le budget (USD baril)
10
2011
Source : Ministry of Finance, Alfa Bank, Crédit Agricole S.A.
5
0
-5
-10
solde
revenus
2011
2010
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
1997
1996
1995
1994
-15
dépenses
Source : FMI, Crédit Agricole S.A.
Au total, la part de l’Etat dans les revenus disponibles est
de 19%. Quant aux dépenses de retraite, elles
représentent l’un des premiers postes budgétaires, avec
28% des dépenses de l’Etat sur les quatre premiers mois
de 2011, suivies par le secteur militaire (17%). Le
vieillissement de la population va donc creuser un déficit
hors pétrole qui atteint 13% du PIB cette année contre
8% en 2008.
N°12 – août 2011
La dépendance aux hydrocarbures s’accroît aussi sur les
comptes externes, bien que le seuil de résistance de ces
derniers soit plus élevé que pour le budget : le solde
courant serait en déficit avec un pétrole inférieur à 80 USD.
Là encore, comme pour les comptes publics, c’est
l’importance de la consommation dans le PIB russe qui
crée ce déséquilibre : dès que la croissance accélère,
l’augmentation des importations, poussée par les achats de
biens de consommation, excède celle des exportations,
contraintes en volume par les capacités de production. Et
cela réduit l’excédent externe.
4
Tania SOLLOGOUB
[email protected]
Russie est un pays à double déficit dès 2014. C’est donc
aussi un pays où l’Etat se réendette, la dette publique
passant de 11,3% du PIB en 2011 à 32% dès 2015. Ce ne
sont pas des niveaux dangereux en termes de risque
souverain, mais la rapidité d’une telle augmentation serait
interpellante.
Graphique 9 - Une contraction progressive de l’excédent
courant même avec un prix du pétrole élevé
140
20
18
16
14
12
10
8
6
4
2
0
120
100
80
60
40
20
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
0
Ce scénario a surtout le mérite de montrer que la
dynamique conjointe d’augmentation du déficit hors pétrole
et de contraction des excédents externes peuvent conduire
à un cycle lent de ré-endettement public et à une baisse de
la croissance potentielle.
Pour la première fois, ce débat sur le modèle de croissance
est évoqué par les politiciens. Et il est publiquement
débattu dans la presse. Le président Medvedev ou le
ministre des Finances ont ainsi posé les termes du
dilemme qu’aura à affronter le futur président : il aura le
choix entre un nouveau cycle d’endettement public ou un
nouveau cycle d’investissement. Et seule la reprise de
l’investissement propose un vrai scénario de sortie par le
haut.
Paiements courants (% PIB - éch droite)
prix du pétrole (USD/bd - éch gauche)
Source : FMI, , Crédit Agricole S.A.
Le lien entre importations et croissance est durable : il
résulte d’un PIB marqué par un phénomène de Dutch
disease, qui a conduit à la contraction de l’industrie
manufacturière (17% du PIB), au surdéveloppement des
services, et de façon plus générale, à une inadaptation de
l’offre à la demande, dès que l’économie s’engage dans
la croissance. La reprise est donc inflationniste, bien que
les taux d’utilisation des capacités industrielles ne soient
pas très élevés (mais inégaux selon les secteurs). L’essor
d’une société de consommateurs creuse les déficits
externes.
Reste qu’un tel changement de stratégie économique ne
pourra se faire sans un afflux de capitaux étrangers à long
terme. Et donc sans une amélioration de la gouvernance.
Or celle-ci s’est dégradée jusqu’à présent dans toutes les
notations internationales, et cela, quel que soit le contexte
de croissance interne.
Le débat autour d’une meilleure gouvernance ne renvoie
donc pas seulement à la question du rating pays. Il s’agit
aussi d’offrir à la Russie un schéma de croissance viable à
long terme. La bonne nouvelle est que l’heure des choix
semble arrivée. La mauvaise est qu’un prix du pétrole élevé
serait une incitation dangereuse à l’inertie politique. 
Il n’y a que deux modèles de croissance possibles
Le FMI avait publié, dans son dernier article IV
d’appréciation de l’économie russe, un scénario alternatif
intitulé «Russian Federation: Low Growth Scenario Under
Unchanged Policies, 2008-15 ». Dans cette projection, la
Tableau 1 : le scénario alternatif du FMI
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
PIB (en %)
5,6
-7,9
4,3
4
4,2
3,7
3,3
3,3
Balance courante (en % du PIB)
6,2
4
4,5
3,4
2
1,2
-0,3
-1,6
-7,6
-13,7
-13,9
-13,9
-13,9
-13,9
-13,9
-13,9
7,8
10,9
11,3
11,2
16
21,5
27
32,2
Solde budgétaire hors pétrole (en % du PIB)
Dette publique (en % du PIB)
Source : FMI, Crédit Agricole S.A.
N°12 – août 2011
5
Tania SOLLOGOUB
[email protected]
Directeur de la publication : Jean-Paul Betbèze
Rédaction en chef : Jean-Louis Martin
Réalisation et secrétariat de rédaction : Véronique Champion-Faure – Fabienne Pesty
Crédit Agricole S.A. – Études Économiques Groupe
75710 PARIS cedex 15 – Fax : +33 1 43 23 24 68
Copyright Crédit Agricole S.A. – ISSN 1248 - 2188
Contact : [email protected]
Internet : http://www.credit-agricole.com - Etudes Economiques
Abonnez-vous gratuitement à nos publications électroniques
Cette publication reflète l’opinion de Crédit Agricole S.A. à la date de sa publication, sauf mention contraire (contributeurs extérieurs). Cette opinion
est susceptible d’être modifiée à tout moment sans notification. Elle est réalisée à titre purement informatif. Ni l’information contenue, ni les
analyses qui y sont exprimées ne constituent en aucune façon une offre de vente ou une sollicitation commerciale et ne sauraient engager la
responsabilité du Crédit Agricole S.A. ou de l’une de ses filiales ou d’une Caisse Régionale. Le Crédit Agricole S.A. ne garantit ni l’exactitude, ni
l’exhaustivité de ces opinions comme des sources d’informations à partir desquelles elles ont été obtenues, bien que ces sources d’informations
soient réputées fiables. Ni Crédit Agricole S.A., ni une de ses filiales ou une Caisse Régionale, ne sauraient donc engager sa responsabilité au titre
de la divulgation ou de l’utilisation des informations contenues dans cette publication.
Achevé de rédiger le 29 juillet 2011
ii
iii
iv
Russian Economic Monitor, Alfa Bank, May 3, 2011, Natalia Orlova
« Les grandes transformations de la société russe », K. Rousselet, revue Pouvoirs N°112
Sondage effectué en 2004 par la Fondation pour l’Opinion Publique
N°12 – août 2011
6