Les nouvelles orientations des stratégies de développement
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Les nouvelles orientations des stratégies de développement
Les nouvelles orientations des stratégies de développement : le développement par les petits métiers en Tunisie Hamadi SIDHOM Université de la Manouba, Ecole Supérieure de Commerce de Tunis Résumé Ce papier s’intéresse aux stratégies de développement initiées en Tunisie qui préconisent le développement par les petits métiers (micro-entreprise et petite entreprise). Nous partons d’une enquête élaborée par le Ministère de développement sur les petits métiers dans les quartiers urbains pauvres de l’intérieur du pays (Programme de Développement Urbain Intégré). Nous avons essayé d’identifier les activités formelles involutives et les activités informelles évolutives. Le niveau de revenu, la productivité, l’investissement, les modalités de commercialisation…, sont autant de critères de différenciation entre le secteur intermédiaire évolutif caractérisé par une productivité marginale de travail positive, une offre de travail illimité, une faible intensité capitalistique. Ce secteur peut assurer la transition vers le secteur moderne et déclencher une dynamique de développement du secteur de subsistance caractérisé par l’absence de barrières à l’entrée, un niveau d’emploi déterminé par la demande domestique de biens inférieurs, utilisation de l’outil dans le processus de production… Abstract This paper deals with the strategies of development introduced in Tunisia which recommand the development of small businesses (microenterprises) and relies and an inquiry on the small businesses in the very poor urban districts inside the country elaborated by the Ministry of Development. We tried to identify the formal involutive activities and the evolutionary informal activities. Level of income, productivity, investment, modalities of trade are the criteria of differentiation between the evolutionary intermediate sector characterized by positive marginal labour productivity, unlimited labour supply, a capital-intensive intensity, … This sector can insure the transition towards the modern sector and can activate a development process of the subsistence sector characterized by the absence of barriers of entry, a level of employment determined by the domestic demand of lower goods, the use of tools in the production process… 1 Introduction générale Les petits métiers appelés communément ainsi, trouvent leurs sources théoriques dans l’analyse dualistes (Lewis) ; plus précisément les études pionnières sous-jacentes à l’informal sector remontent aux premiers travaux de Hart en 1972 (B.I.T). L’auteur dans une communication présentée à la conférence sur le chômage urbain en Afrique à l’Université de Sessex, établit la première distinction entre les activités économiques formelles impliquant l’emploi salarié et celles informelles caractérisant l’auto-emploi. Par conséquent, à la dichotomie désormais ancienne : secteur moderne secteur traditionnel. Boecke (1953), Lewis (1954), Fei (1961), Singer (1970), Ranis (1988), a été substituée l’opposition secteur informel et formel (Hart), secteur structuré et non structuré (Weeks, Adair), circuits supérieurs et inférieurs (Santos), économie de Bazar et d’entreprise (Geertz), secteur organisé et non organisé (BIT); activité de transition et activité moderne (Penouil, Lachaud), petite production marchande, secteur capitaliste (Hugon) économie de dedans (Balandier) économie populaire urbaine (Bugnicourt)… Comme il est aisé de le constater, ces concepts se référent à des négations dans la terminologie; ce qui prouve qu’il ne s’agit pas de définir un objet ou un concept mais de délimiter des frontières à l’intérieur desquelles certaines notions et analyses ne sont plus opératoires (Charmes). Il importe de noter que la démarche poursuivie est à la fois empirique et intuitive, on procède par élimination pour délimiter les frontières floues de l’informel; celui-ci se présente comme un fourre-tout, font partie du secteur non structuré toutes les activités agricoles, industrielles et commerciales qui ne sont pas saisies dans le cadre classique de la statistique et de la comptabilité nationale. Force est de constater qu’en adoptant cette définition, on se trouve en présence d’une très grande hétérogénéité des activités concernées (Charmes). Quoiqu’il en soit, un débat théorique s’est instauré concernant la délimitation et la définition du secteur non structuré, l’objet de ce travail s’intéresse plutôt aux modalités d’utilisation des petits métiers informels en tant que facteurs de développement. Le secteur non structuré a vu son importance croître au fil de l’application progressive des plans d’ajustement et de stabilisation structurels. Ces programmes d’inspiration néoclassique libérale veulent faire émerger des acteurs innovants du secteur non structuré et principalement la petite activité productive évolutive. 2 Cette approche qui relève des théories libérales apporte une conception assez nuancée du dualisme et admet l’existence de liens et d’échange entre les sphères formelle et informelle. L’analyse en terme d’absolus opposés doit laisser la place à une vision selon laquelle il existerait un continuum de situations possibles entre le formel et l’informel. La transition par graduation pour arriver au développement, semble répondre à un schéma du modèle de croissance par étape (Rostow). Partant de ce constat certains auteurs (Lachaud) ont pu distinguer parmi les microentreprises des activités de subsistances et de survie appelées involutives et des activités porteuses d’accumulations nommées évolutives. Dans ces conditions il ne s’agit plus de supprimer le secteur informel mais d’identifier les micro-entreprises porteuses d’accumulation et génératrices de productivité et de revenu. L’émergence de ces activités est de nature à compenser le manque de dynamisme du secteur moderne dans la création d’emplois, la distribution de revenus et l’accroissement de la valeur ajoutée des PED. Là aussi, une polémique s’est instaurée concernant l’intervention (ou la non intervention) dans la promotion des activités informelles .Certains auteurs admettent que les équilibres dans le secteur informel sont très fragiles et que toute intervention ne fait que fragiliser davantage ces équilibres (Penouil). Certains auteurs prônent pour une déréglementation et l'arbitrage du marché (Desoto…); le recours excessif à la réglementation entraîne des coûts exorbitants de formalisation, l'application de la loi de l'offre et de la demande est de nature à mieux stimuler la micro-entreprise. Par conséquent le seul obstacle au développement de ces micro-entreprises serait la mauvaise intervention de l’Etat (bureaucratie, législation contraignante…) D’autres auteurs font du secteur informel un levier du développement socio-économique (B.I.T). Ils sont favorables à une meilleure intervention de l'Etat. La récession des années quatre vingt a stimulé l’intérêt porté pour les petits métiers qui apparaissent progressivement comme une solution alternative pour une population active jeune et dynamique à la recherche souvent d’un premier emploi. La vision négative de ces activités informelles, signe de sousdéveloppement, a été remplacée par une optique volontariste de développement. Il importe d’analyser les modalités de cette intervention et les conditions de son succès à travers l’exemple tunisien. 3 1/ La dynamique de développement par les petits métiers informels. 1-1/ Le développement par le bas Depuis une décennie, la Tunisie a adopté une nouvelle conception de développement et une nouvelle vision de l’expansion régionale, de l’aménagement du territoire et une refonte de la politique sociale. Les stratégies de développement qui étaient basées jusque là sur le modèle de développement de l’import-substitution et la valorisation des ressources locales ont laissé la place à une nouvelle politique de promotion des exportations et l’encouragement de l’initiative privée ayant pour toile de fond les petits métiers informels Ce faisant, la Tunisie a favorisé une économie tournée vers l’extérieur renforcée par l'adoption d’une politique de développement volontariste appropriée de nature à replacer le pays dans sa tradition commerciale historique et à le concilier à sa géographie et à la nature même de son économie, dont les liens avec le reste du monde sont très forts. La mise en application des accords d’association, Tunisie – Union Européenne et les accords avec l’OMC, la réorientation de la politique touristique… sont autant d’indicateurs de cette ouverture irréversible sur l’extérieur. Ainsi, pour atteindre l’ensemble de ces objectifs l’Etat tunisien s’est attelé à encourager non seulement la petite et la moyenne entreprise mais surtout la micro entreprise; il a mis en œuvre un ensemble d'instrument qui est de nature à favoriser le développement par le bas. Plusieurs raisons expliquent ces mutations et ces évolutions dans la conception et la stratégie de développement tunisien. Tout d’abord, l’on a pu observer qu’en Tunisie la quasi-totalité du tissu des entreprises est constituée par des micro-entreprises, sur 358216 entreprises recensées (au 31-12 1996) selon l’Institut National de la Statistique, l’on a pu constater que 350797 ont moins de dix employés. Cette atomisation prononcée du tissu des activités économiques est encore plus manifeste quand on observe que prés de 82% de l’ensemble des unités est constitué par des indépendants, environ 13% par des entreprises de moins de trois salariés, prés de 2% d’entre elles emploient de trois à cinq salariés. De surcroît, les micro entreprises en Tunisie sont en général créatrices d’emplois et de valeurs ajoutées; à cet égard il importe de noter qu’une évaluation approximative de la part de l’emploi réalisée à partir d’un recoupement des différentes sources statistiques et notamment le dernier Recensement Général de la Population de 1994 et l’enquête population emploi de 1997 4 montrent que la part de l’emploi des micro entreprises se situent autour de 25% de l’emploi global en Tunisie. Selon Charmes l’emploi dans le secteur informel représente plus de 50% de l’emploi non agricole (emploi urbain). D’autre part, les indicateurs globaux d’activité tirés des comptes de la nation présentés pour la période 1983-1995 confirment cette importance économique de la micro entreprise. Elles réalisent plus de 30% de la production du pays environ 37% de la valeur ajoutée, prés du tiers du PNB, sont à l’origine de prés de 50% des revenus de l’ensemble des ménages et distribuent plus de 15% des rémunérations salariales. L’ensemble des indicateurs signalent une évolution régulièrement croissante depuis le début des années quatre-vingt, ainsi l’investissement des micro-entreprises a continuellement progressé, il est passé de 140 MD en 1983 à 361 MD Tunisien en 1995, il a constitué au cours de cette période une proportion de 8 à 10% de la FBCF réalisé par l’ensemble des agents économiques. D’autres enseignements peuvent être mis en exergue à partir de ces statistiques. Tout d’abord la régularité de l’investissement dans les micro entreprises alors que le reste des entreprises non financières ont plutôt un comportement irrégulier avec une baisse durant la période 1985-1988 puis une forte reprise au cours de la période 1992-1994 ….Ensuite, une utilisation rationnelle et plus économe en capital et probablement plus efficace dans l’usage des autres inputs. La micro entreprise tunisienne constitue un élément déterminant de la croissance économique. Elle est une grande utilisatrice de la main d’œuvre. Enfin, la comparaison des indicateurs de productivité moyenne de travail (valeur ajoutée rapportée à l’emploi montre des performances meilleurs de la micro entreprise par rapport à l’ensemble de l’économie). Celle-ci s’adapte parfaitement au nouveau contexte de mondialisation et de globalisation. Ensuite, le libéralisme économique et le développement socio-économique ne peuvent triompher sans la promotion de la micro-entreprise. Celle-ci prolifère et se multiplie dans ce qu’on a nommé communément «secteur non structuré». Celui-ci a émergé suite aux difficultés rencontrées par le secteur moderne dans l’absorption de l’excèdent de la main d’œuvre qualifiée et non qualifiée dans les PED. De surcroît, le secteur moderne utilise des techniques intensives en capital souvent importées, ce qui est de nature à aggraver le déséquilibre macro-économique au niveau de la balance des paiements, au niveau du marché de l’emploi, au niveau de marché de change etc. La 5 question que l’on peut se poser est la suivante : quel segment du secteur informel fallait-il encourager ? Ceci pose la problématique de l’hétérogénéité des activités informelles. 1-2/ L’hétérogénéité des activités informelles Nous avons observé que ce l’on nomme communément secteur informel a connu en réalité une prolifération des concepts (secteur informel, secteur non structuré, circuits inférieurs, économie de Bazar, secteur non organisé, activité de transition, petite production marchande, économie du dedans, économie populaire urbaine, économie parallèle, contre économie, économie alternative, économie non officielle, économie cachée, économie d’ombre, économie clandestine …). Cette pauvre richesse des concepts cache le fait qu’on a mis sous le même couvert des réalités qui ont souvent peu de ressemblances et de similitudes entre elles (activités domestiques, petit commerce ambulant, travail des enfants, trafic de devises, artisanat traditionnel, microentreprise localisée…). Il importe de noter que la petite unité informelle ne peut constituer une alternative sérieuse au modèle de développement industriel que si l’on cible les unités qui sont de nature à garantir une certaine pérennité, efficacité et efficience. Ceci ne sera possible qu’à condition que l’unité en question dégage un surplus qui lui même sera réinvestit ce qui permettra une accumulation du capital et assurera une productivité meilleure pour la micro entreprise concernée. Il est primordial de définir davantage le secteur informel afin de pouvoir identifier ses segments les plus performants. En raison de l’hétérogénéité du secteur informel plusieurs définitions ont été adoptées qu’on peut les regrouper en trois catégories (les définitions multicritères, les définitions statistiques, les définitions fonctionnelles). 1-2-1/ Les définitions multicritères La définition la plus célèbre et la plus ancienne est celle proposée par le BIT au moment de lancement du Programme Mondial de l’Emploi et la publication de son rapport sur le Kenya en 1972 (Hart), l’on dénombre sept critères pour définir le secteur informel : la facilité d’entrée, l’utilisation des ressources locales, la propriété familiale des entreprises, la petite échelle des activités, une technologie à haute intensité de travail, des formations acquises en dehors du système scolaire, enfin des marchés de concurrence non réglementée. 6 Selon Sethuraman, le secteur informel est composé d’unités de production qui répondent aux critères suivants : emploi de dix individus au plus, non application des règles légales, absence d’horaires et de jours fixes de travail, absence de crédits institutionnels, production destinée au consommateur final, formation scolaire inférieure à six ans, absence d’énergie mécanique et électrique, caractère ambulant ou semi-permanent de l’activité… Au delà des conditions du modèle concurrentiel de base auxquelles ces définitions font référence celles-ci mettent en exergue, plusieurs formes de dualisme : dualisme technologique, dualisme organisationnel, dualisme institutionnel,… Progressivement, l’approche dualiste a laissé la place à l’approche trialiste où l’on peut distinguer un secteur capitaliste, un secteur informel intermédiaire et un secteur informel de subsistance (Hugon, Fields…). Le secteur capitaliste formel connaît une productivité du travail élevée, des salaires nettement supérieurs au revenu de subsistance, utilisation intensive de capital, accès facile au crédit institutionnalisé… Quant au secteur intermédiaire il est caractérisé par une productivité marginale de travail positive, une offre de travail illimitée, un niveau d’emploi défini par l’égalisation de la productivité marginale du travail en valeur et du salaire, une faible intensité capitalistique. Ce secteur peut assurer la transition vers le secteur moderne, il peut déclencher la dynamique de développement. Enfin, le secteur de subsistance est caractérisé par l’absence de barrières à l’entrée, un niveau d’emploi déterminé par la demande domestique de biens inférieurs, utilisation de l’outil et non pas la machine en tant que facteur de production…(cf. typologie ci-dessous). 1-2-2/ Les définitions statistiques La quinzième Conférence Internationale des Statisticiens du travail a déterminé les caractéristiques les plus en vue du secteur informel, ces caractéristiques peuvent se résumer dans la définition suivante : le secteur informel peut-être décrit comme un ensemble d'unités produisant des biens ou des services en vue principalement de créer des emplois et des revenus pour les personnes concernées. Ces unités, ayant un faible niveau d'organisation, opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec peu ou pas de division entre le travail et le capital en tant que facteurs de production. Les relations d'emploi, lorsqu'elles existent, sont surtout fondées sur 7 l'emploi occasionnel, les liens de parenté ou les relations personnelles et sociales, plutôt que sur des accords contractuels comportant des garanties en bonne et due forme (CIST). Il importe de noter que la forte hétérogénéité du secteur informel ont orienté les enquêtes et les investigations empiriques vers la nécessité d’appréhender ce secteur au niveau des ménages. Les enquêtes auprès des entreprises se révèlent incomplètes. Ce sont des enquêtes qui ne permettent pas de saisir les trajectoires des entreprises et par la même d’identifier les activités et les branches qui assurent la transition de l’informel vers le formel; par conséquent il est indispensable de recourir aux enquêtes ménages. Celle-ci permettent de saisir l’ensemble des activités des ménages (travail féminin à domicile, pluri-activité…). 1-2-3/ Les définitions fonctionnelles Ces définitions fonctionnelles sont fondées sur une vision ensembliste de l’économie dont le soubassement théorique serait une adaptation fine de l’analyse systémique marxiste. Pour ce courant de pensée, l’économie urbaine est constituée d’un seul marché unifié dont la principale caractéristique serait l’existence d’une relation d’échange inégal entre les entreprises enregistrées du secteur moderne et les entreprises non enregistrées dites informelles. Il est patent que la vision négative de ces activités informelles est explicite pour les tenants de cette approche. Ainsi, le secteur informel serait une réserve de main d’œuvre pour le secteur moderne capitaliste : l’armée de réserve. Néanmoins, cette optique a le grand mérite de mettre en exergue les interactions multiples qui existent entre ces deux unités. L’approche dualiste chère aux néoclassiques est complètement rejetée. A ce titre, Coing, Menier…écrivent «La capacité de l’économie urbaine capitaliste sous développée à soumettre, utiliser, reproduire d’autres formes d’activités économiques se combine avec la pression du chômage pour produire une structure durablement hétérogène, mais elle le fait de multiples manières qui ne peut se ramener à un schéma dual…». Nous retenons de cette approche l’interaction entre l’ensemble des unités de l’économie, ce qui est de nature à identifier les créneaux porteurs et qui peuvent assurer une dynamique de développement à long terme. L’analyse de l’enquête effectuée par le Ministère de développement tunisien aura pour objectifs de différencier les petits métiers involutifs et ceux évolutifs. Ces derniers constituent une alternative de développement par la grande unité économique. Il convient d’analyser les différentes enquêtes et entretiens afin de déceler une typologie de petits métiers et notamment ceux qui sont capables de réaliser un surplus leur permettant d’assurer leur développement et par la même leur pérennité. 8 2/ L’analyse de l’enquête concernant les petits métiers en Tunisie 2-1/ La méthodologie de l'enquête L'enquête socioéconomique réalisée par le ministère de développement économique dans le cadre de la troisième tranche du Programme de Développement Urbain Intégré(PDUI )en avril 1997 vise deux séries d'objectifs : tout d'abord identifier l'état des lieux des quartiers urbain pauvres dans des zones régionales jugées défavorisées (Boussalem, Bezina, Sejnane, Gafsa……). Il s'agit d'analyser principalement les conditions de vie, la situation des revenus, de l'emploi, le chômage, la pauvreté, le faible dynamisme économique des régions, la faible qualification des demandeurs d'emplois, la faible capacité d'épargne et d'investissement, la difficulté d'accès au crédit….Ensuite, il s'agit de mettre en place un programme d'intervention qui se basera sur l'ensemble des atouts et des potentialités régionales et locales. Cette enquête s’est intéressée à 11243 individus (tout le ménage a été recensé, père, mère, enfants,…(cf. tableau N° 15 en annexe)). L'enquête proprement dite comporte trois volets. En premier lieu, une enquête de la population, elle concerne la zone d'étude du projet; en second lieu une enquête qui intéresse le contexte économique régional et local, et enfin, une enquête sur les programmes de promotion de l'emploi et des activités économiques. Cette enquête a été réalisée sur le terrain sur un échantillon au 1/10, en utilisant pour la collecte des informations un questionnaire qui comporte cinq fiches : une fiche ménage une fiche chômeur, une fiche femme/fille au foyer, une fiche recensement des activités économiques existantes dans le quartier (zone du projet), une fiche recensement des promoteurs potentiels dans le quartier (au 1/5). La fiche Ménage concerne l'identification du ménage et l'enregistrement des caractéristiques des personnes résidentes composant le ménage. Il importe de signaler que certains indicateurs de niveau de vie du ménage sont renseignés (alimentation en électricité et en eau potable…). De même les caractéristiques démographiques et socioéconomiques ont été identifiées afin d'évaluer la situation en matière de condition de vie, d'emploi, de revenus, de repérer aussi les besoins, les problèmes, les contraintes ainsi que les potentialités de développement et de promotion économique de cette population. 9 La fiche chômeur s'est intéressée plus particulièrement à la catégorie -cible du PDUI : chômeur, primo-demandeurs d'emploi, jeunes ayant un niveau minimum d'instruction et de qualification, promoteurs potentiels de projet… La fiche femmes/filles au foyer concerne les femmes exerçant des activités productives à domicile. En ce qui concerne cette activité féminine à domicile, l'enquête a eu pour objectif d'identifier l'importance des activités féminines à domicile. Il s'agit de mesurer le nombre et la nature de ces activités, le niveau d'emplois, la contribution aux revenus du ménage. L'enquête a eu pour but d'effectuer un diagnostic des conditions d'exercice du métier à domicile: financement, commercialisation, approvisionnement, capacités de développement et besoins d'assistance… Une fiche recensement des activités économiques existantes dans le quartier (zone du projet); il s'agit d'identifier les petits entrepreneurs existants dans le quartier. L'enquête s'est intéressée à la nature de l'activité (activités liées au ménage, commerce de détails, commerce alimentaires, textiles, santé et hygiène, mécanique et services dérivés, artisanat, réparation selon toutes ses natures…), nombre d'emploi, analyse de demande importante, origine (locale, régionale, nationale…), disponibilités des terrains, des locaux, niveau de l'infrastructure de base….). Une fiche recensement des promoteurs dans le quartier (au 1/5); il s'agit de repérer les caractéristiques des promoteurs du quartier, les qualifications professionnelles, le mode de financement des projets. Cette enquête s'est consacrée à l'identification des facteurs limitant et les obstacles inhérent à la création de petits projets. D’autre part, l'enquête s'est intéressée à quinze quartiers urbains jugés pauvres. Ceux-ci sont caractérisés par un niveau de revenu en général proche du seuil de pauvreté, un niveau d'infrastructure de base très faible (faiblesse du taux de raccordement à l'eau potable, le taux d'électrification est inférieur à la moyenne nationale….). D’autre part, la population qui y habite est le produit de l'exode rural. Le taux de délinquance est en général supérieur à la moyenne nationale tunisienne. La population qui y réside est en général jeune. Le taux de chômage est élevé dans ces quartiers, il est plus élevé que la moyenne nationale. Ces quartiers sont situés à la périphérie des centres urbains eux même localisés dans des chefs lieux des gouvernorats principalement de l'intérieur du pays à l'image de Jendouba, Siliana, Béjà, Kef, Kasserine, Sidi Bouzid, Kairouan, Kébili, Gafsa… 10 Ces enquêtes visent à mieux connaître les populations des quartiers défavorisés afin de lancer des PDUI, d'identifier les opportunités de création d'emploi et d'encourager la promotion des micro entreprises locales issues des activités informelles évolutives. L’on s’est limité dans ce papier à analyser l’enquête concernant la fiche femmes au foyer localisées dans les quartiers pauvres ainsi qu’à une partie des promoteurs en exercice localisés à Béja, Jendouba,…, (cf. tableaux n°13 et n°14 à l’annexe). 2-2/ Les résultats de l’enquête( la fiche femmes/filles au foyer) Grâce à l’utilisation du logiciel SPSS nous avons essayé de dresser une typologie des activités exercées par les femmes au foyer enquêtées. Sur un total de 2173 femmes/filles au foyer enquêtées seulement 1315 déclarent connaître un métier; les fréquences des métiers sont données par le tableau suivant : Tableau N°1 : métiers maîtrisés par les femmes/filles au foyer dans les zones étudiées Métiers Fréquence Pourcentage Pourcentage cumulé Laine et tissage 693 52.7 52.7 Tapis et mergoum 335 25.5 78.2 Couture 204 15.5 93.7 Tricot 28 2.1 95.8 Broderie 19 1.4 97.3 Coiffure 36 2.7 100.0 Total 1315 100.0 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Il convient de signaler que 52.7% des métiers exercés par les femmes au foyer de la zone d’étude sont des métiers qui utilisent comme matière première la laine, si l’on ajoute les tapis et mergoums l’on atteint un pourcentage de 78.2%. Ceci témoigne de l’ancrage de ces activités dans les traditions ancestrales de ces régions réputées jadis par l’élevage des ovins et des caprins ; l’on est bien en présence d’un schéma de développement traditionnel qui remonte à plusieurs siècles ; la révolution industrielle est venue perturber ce schéma tradionnel harmonieux. Aujourd’hui, l’artisanat en Tunisie en particulier et dans les pays en voie de développement en général, se heurte à la puissance grandissante du secteur industriel, celui- ci modifie continuellement les préférences et les goûts des consommateurs, ce faisant, il entraîne une profonde mutation de l’artisanat traditionnel qui pouvait aller jusqu’à la disparition de certaines branches. L’on assiste progressivement à une désintégration totale de schéma traditionnel depuis le circuit d’approvisionnement en matières premières jusqu’aux circuits de distribution et de commercialisation en passant par la technique de fabrication et la nature même 11 des produits fabriqués, ceci entraîne nécessairement un effort d’adaptation et de remodelage du secteur artisanal. Une dynamique de création, disparition des activités artisanales s’installe. Il importe de noter que l’équation entre l’agriculteur (élevage) et l’artisanat tend à disparaître. A cet égard, l’exemple de la laine est éloquent, autrefois filée localement, elle est fabriquée aujourd’hui dans la filature de type industriel. La poterie suit le même processus, rares sont les branches qui résistent à ce processus involutif. L’un des critères qui peut donner une mesure approximative de ce processus involutif est celui des revenus des femmes au foyer enquêtées. Le tableau suivant montre que 95.7% des activités recensées exerçant un petit métier enregistrent un revenu inférieur à 100 dinars tunisien par mois. Ceci atteste de la faible productivité de ces activités. Tableau N°2 : pour combien vendez-vous par mois par métier exercé Tranches de Laine et Tissage Tapis et mergoum Couture Tricot Broderie Total revenus inf.ou égal à 100 DT 221 5 7 20 45 144 Effectif 100.0% 2.3% 3.2% 9.0% 20.4% 65.2% % pour combien vendez-vous 95.3% par mois 2.2% 3.0% 8.6% 19.4% 62.1% % du total sup. à 100 DT 11 3 3 5 Effectif 100.0% 27.3% 27.3% 45.5% % pour combien vendez-vous par mois 4.7% 1.3% 1.3% 2.2% % du total Total 232 5 7 23 48 149 Effectif 100.0% 2.2% 3.0% 9.9% 20.7% 64.2% % pour combien vendez-vous 100.0% 2.2% par mois 3.0% 9.9% 20.7% 64.2% % du total Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Ainsi, les revenus récupérés sont faibles, ce qui témoigne d'une productivité faible qui est le résultat entre autre d'un manque de financement et d'investissement, de formation et d'une 12 méconnaissance totale des circuits d'approvisionnement, de production et de commercialisation. Il convient de noter qu’un ensemble de contraintes et d’entrave qui se situent à plusieurs niveaux sont de nature à amplifier ce processus involutif de certains petits métiers artisanaux (commercialisation, acquisition du savoir et apprentissage…). En effet, les interviews et les enquêtes effectués ont mis en exergue la méconnaissance totale du marché de la part d'un grand nombre de femmes artisanes. Ceci est patent pour une très forte proportion de ces artisanes qui se plaignent des problèmes d'écoulement de leur production, la fonction marketing serait complètement défaillante. Les artisanes produisent pour des consommateurs dont ils ignorent aussi bien le profil que les besoins. Très souvent l'objet artisanal travaillé ne correspond pas aux goûts et préférences de l'acheteur final. Beaucoup d'artisanes ont appris le métier de mère en fille et garde le même modèle, la même technique; le manque d'imagination et d'innovation est criant. Les artisanes n'ont pas de contact avec la clientèle pour des raisons socioculturelles, de disponibilité... Profitant de cette méconnaissance des mécanismes du marché, les intermédiaires font très vite fortune au détriment de ces artisanes, notamment les tisseuses de tapis. Le problème de l'estampillage vient renforcer davantage ce phénomène . D'une façon générale, les femmes qui travaillent à domicile doivent faire preuve de plus d'audace, d'imagination, d'initiative et de créativité pour briser l'image d'un produit banal non différencié. Dans la majorité des cas soit 62.1% la commercialisation des produits se fait à domicile comme en témoigne le tableau suivant : Tableau N°3 : modalités de commercialisation par métiers exercés par les femmes au foyer Commercialisation Laine et tissage Tapis et mergoum Couture Tricot Broderie Total A la maison 43.5% 9.6% 6.2% 2.3% 0.6% 62.1% Au marché du village 10.2% 2.8% 0.6% 13.6% Pour des commerçants 4.0% 4.0% 7.9% Chez des gens 6.8% 0.6% 0.6% 7.9% Autre modalité 4.0% 2.8% 1.7% 8.5% Total 68.4% 19.8% 8.5% 2.8% 0.6% 100.0% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). 13 En ce qui concerne la fonction acquisition du savoir- faire- instruction, l'enquête a montré que la plupart des femmes aux foyers sont analphabètes, comme en témoigne le tableau suivant : Tableau N°4 : niveau d’instruction par métier exercés par les femmes au foyer Niveau d’instruction Laine et Tapis et Couture Tricot Broderie Coiffure Total tissage mergoum Analphabète 35.4% 11.0% 1.5% 0.6% 0.2% 0.2% 48.7% Primaire 15.2% 13.4% 7.4% 1.2% 1.2% 0.6% 39.0% 1er cycle secondaire 1.0% 1.0% 4.9% 0.2% 0.1% 0.6% 7.8% 2ème cycle secondaire 0.9% 0.3% 1.8% 0.2% 1.4% 4.5% Total 52.5% 25.7% 15.5% 2.1% 1.4% 2.8% 100.0% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Ainsi, 87.7% de la population féminine artisane enquêtées ont un niveau d'instruction au plus le primaire, ceci est de nature à rendre la formation difficile et le changement des mentalités est de plus en plus compromis. L'analyse des coefficient de corrélation de Spearman sont significatifs, ce qui suppose une relation de dépendance entre le niveau d'instruction et les métiers pratiqués par les femmes au foyer, plus le niveau d'instruction est élevé, plus le métier pratiqué est « noble ». Les coefficients de corrélation de Spearman (0.488) confirment ces résultat (Tableau N°12 en annexe). La transmission du savoir-faire familial reste le principal mode d'apprentissage des femmes artisanes au foyer, ainsi, le tissage et le tapis sont-ils appris de mère en fille comme en témoigne le tableau suivant : Tableau N°5 : comment l’avez-vous appris par métiers exercés par les femmes au foyer Laine et Tapis et Couture Tricot Broderie Coiffure Total tissage mergoum A la maison 47.5% 13.1% 2.1% 1.1% 0.6% 0.2% 64.5% Chez une patronne 3.2% 6.8% 3.5% 0.5% 0.4% 1.0% 15.4% Dans un collège de FP Dans un centre de FP 0.2% 0.5% 6.7% 0.1% 0.1% 0.9% 8.6% 1.9% 4.6% 3.1% 0.5% 0.4% 0.6% 11.0% Autre Total 0.1% 0.2% 0.2% 0.1% 0.5% 52.8% 25.2% 15.7% 2.2% 1.5% 2.8% 100.0% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). L'enquête a montré qu'il s'agit de l'auto-emploi, il n'est pas possible d'utiliser le concept de femme entrepreneur, les activités à domicile apparaissent comme étant le résultat des contraintes 14 du marché du travail dans le contexte macro-économique international. Est-il encore admis dans ce cas de parler d'entrepreneuriat ?. Le tableau suivant montre que les femmes artisanes au foyer ne font que dans une très faible proportion appel à des employés soit 16.8% contre 83.2% (auto-emploi) et parmi cette proportion de 16.8% seulement 34.4% utilise souvent des employés, il n'est pas permis de parler de micro-entreprise. Tableau N°6 : avez-vous des employés par métiers exercés par les femmes au foyer Laine et tissage Tapis et mergoum Couture Tricot Broderie Coiffure Total Oui 11.7% 2.2% 2.5% 0.3% 16.8% Non 55.6% 15.6% 7.3% 2.9% 1.6% 0.3% 83.2% Total 67.3% 17.8% 9.8% 2.9% 1.6% 0.6% 100.0% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). La faiblesse de la productivité s'explique par la difficulté d'accéder à un crédit; le financement est considéré comme un leit motiv chez les femmes enquêtées. Ils constituent un obstacle de taille et expliquent certainement le niveau bas des revenus. La méconnaissance des lois du marché constitue d'autre part une composante principale des difficultés rencontrées par les femmes au foyer enquêtées. D’autre part, le manque de formation et le peu d'ouverture sur le marché ne sont pas de nature à diversifier la production qui reste essentiellement artisanale à l'image de tissage, de tapis… Les conditions d'existence précaire et la faiblesse de la demande ne permettent pas aux femmes artisanes de planifier, elles sont obligées d'agir le jour au jour d'où l'absence d'épargne et d'investissement et par conséquent une faiblesse de la productivité et de revenu. La faiblesse de revenu explique l'absence d'épargne, finalement on est en présence d'un cercle vicieux. Le sous-emploi des femmes au foyer des quartiers pauvres semble la règle. Par conséquent l’on est en présence des activités informelles involutives. Celles-ci ne peuvent pas constituer une base pour une dynamique de croissance et de développement ni remplacer le développement par la grande entreprise. 2-3/ Les résultats de l’enquête des promoteurs en exercice Au delà des caractéristiques des activités à domicile des femmes au foyer, l’on a pu enregistrer que le nombre d’employé ne dépasse pas cinq personnes apprentis et aides familiaux compris. La petite entreprise qui correspond à des unités économiques de six à dix personnes n’existent pas chez les femmes au foyer enquêtées. 15 Cependant, l’on a pu enregistrer une part très faible de petites entreprises chez les promoteurs en exercice, il convient tout d’abord de donner les caractéristiques de la petite entreprise; celle-ci peut être identifiée par les critères suivants : elle exige des barrières à l’entrée plus élevées dans la mesure où un certain niveau de capital est nécessaire, la fonction marketing prend tout son poids ici dans la mesure où la demande est plus élaborée, la vente des produits ne se limite plus au cercle restreint de la famille et des amis mais s’étend au delà du marché local, il existe des relations étroites avec les autres secteurs et les institutions notamment bancaires, liens avec les moyennes et grandes entreprises. D’autre part, il importe de noter que l’échantillon choisi est de l’ordre de 500 unités économiques; elles intéressent les villes du Kef, Béja, Jendouba, Fahs et Siliana. Le tableau suivant résume l’ensemble des petits métiers pratiqués par les promoteurs en exercice : Tableau N°7 : type d’activités pratiquées par les promoteurs en exercice Activités Fréquence Pourcentage Pourcentage cumulé Menuiserie 93 18.6 18.6 Ferronnerie 44 8.8 27.5 Confection-couture 69 13.8 41.3 Autre fabrication 12 2.4 43.7 Réparation auto 118 23.6 67.3 Réparation machines 10 2.0 69.3 Réparation cuir et chaussures 17 3.4 72.7 Plomberie 15 3.0 75.8 Réparation radio TV 23 4.6 80.4 Réparation mobylette 23 4.6 85.0 Coiffure 29 5.8 90.8 Photo vidéo 2 0.4 91.2 Meulerie 8 1.6 92.8 Autres services 36 7.2 100.0 Total 499 100.0 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Sur les 499 entreprises enquetées, vingt quatre seulement ont plus de six employés soit 4.8% (cf. tableau N° 9 en annexe) et cent quatre vingt déclarent tenir une comptabilité; 32.3% des unités enquetées ont des revenus supérieurs ou égaux à 100 dinars (cf. tableau N° 10 en annexe). En général, il existe une stabilité de la part des entreprises qui comprennent moins de six employés dans le temps. La date de création de l’entreprise n’a pas d’effet sur le nombre d’employés. 16 type d'activité autres services meulerie photo vidéo menuiserie coiffure réparation mobylette réparation Radio TV feronnerie plomberie réparation cuir et c réparation machines confection-couture réparation auto Autre fabrication D’autre part, il importe de signaler que le niveau d’instruction des promoteurs en exercice est nettement meilleur que celui des femmes qui travaillent à domicile. Ainsi, l’enquête a montré que seulement 4.6% sont analphabètes chez les promoteurs en exercice alors que chez les femmes au foyer travaillant à domicile, 48.7% sont analphabètes et 12.3% possèdent un niveau secondaire. Ce différentiel de niveau d’instruction explique partiellement le différentiel de revenu déclaré par l’ensemble de la population enquêtée. D’autres facteurs contribuent à expliquer ce différentiel de revenu à l’image de l’adéquation de la formation reçue. En effet, 89% des promoteurs en exercice reconnaissent recevoir une bonne formation (cf. tableau N°11 en annexe). Contrairement à la clientèle des femmes au foyer, celles qui s’adressent aux promoteurs en exercice est rarement originaire du quartier soit 4.6%, cette clientèle provient non seulement de la ville (45.9%) mais aussi en dehors du gouvernorat (28.6%), le tableau suivant donne de plus amples informations sur cette clientèle : 17 Tableau N°8 : type d’activité par nature des clients Activités Du quartier De la ville Même gouvernorat Autres gouvernorats Total Menuiserie 6 23 36 27 92 Ferronnerie 13 22 8 43 Confection-couture 6 17 33 13 69 Autre fabrication 1 1 3 7 12 Réparation auto 1 16 60 41 118 Réparation machines 4 6 10 Réparation cuir et 8 4 5 17 chaussures Plomberie 3 10 2 15 Réparation radio TV 4 15 4 23 Réparation mobylette 1 6 10 6 23 Coiffure 7 7 10 5 29 Photo vidéo 2 2 meulerie 1 1 4 2 8 Autres services 5 17 14 36 Total 23 104 228 142 497 Pourcentage 4.6% 20.9% 45.9% 28.6% 100% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). En somme, le dynamisme de ces activités localisées pratiquées par les promoteurs en exercice est incontestable. Un certain nombre de paramètre atteste de cette poussée de petits métiers évolutifs, il s’agit du niveau d’instruction, le niveau de revenu, la fidélité de la clientèle (67.4%), la tenue d’une comptabilité (37.9%). Ces activités répondent souvent à un besoin du secteur moderne en phase de croissance, il y a un effet d’entraînement sur un certain nombre de branche d’activités liées directement au secteur dominant. Ainsi, la branche menuiserie-ébenisterie subit directement les incidences du secteur bâtiment, le secteur touristique… Par conséquent, en période de croissance économique forte un certain nombre de petits métiers prolifère; ce qui permettra à une minorité de promoteurs d’accéder à la grande entreprise ou bien de multiplier horizontalement d’autres petites unités (ce point nécessite de travailler sur des échantillons constants pour vérifier ce phénomène). Il est possible d’énumérer les petits métiers liés à la mécanique tels que la mécanique auto, réparation des cyclo-moteurs, réparation d’engins… Enfin, des petits métiers liés au tertiaire supérieur pullulent en période de croissance; ces petits métiers utilisent une technologie de pointe (informatique, télécopie, interprétation 18 d’image…). Le manque d’embauche de cette catégorie de demandeur d’emploi (diplômés du supérieur) et les facilités accordées à la création de «son propre emploi» amplifieront la multiplication de ces nouveaux petits métiers. En dernière analyse, l’enquête réalisée par le ministère de développement a eu le mérite de visualiser dans l’hétérogénéité de l’informel tunisien, au moins deux typologies d’activités. La première typologie concerne les petits métiers pratiqués par les femmes au foyer, ces petits métiers sont finalement des activités de survie qui prolifèrent en période de crise économique; le revenu du ménage se détériore, l’activité marchande de la femme au foyer vient compenser ce manque à gagner en période de crise. La deuxième typologie intéresse certains promoteurs en exercice qui pratiquent des petits métiers porteurs et qui voient leur dynamisme se renforcer en période de croissance , certains métiers ne s’intéressent pas uniquement au marché domestique mais peuvent accéder au marché étranger. Cependant, la confirmation du passage de l’informalité à la formalité ne se limite pas à une analyse statique; une analyse qui intègre le facteur temps est primordial, pour ce faire d’autres enquêtes sont nécessaires. Le rôle de la petite entreprise dans le processus de développement a été analysé par un certain nombre d’auteurs (Anderson, Staley) aussi bien sur le plan théorique qu’empirique. Ces auteurs s’accordent à dire que l’accroissement économique s’accompagnerait d’une mutation du tissu industriel en trois étapes. En ce qui concerne la première étape le tissu industriel serait composé exclusivement d’entreprises familiales qui occuperaient entre 50% et 75% des emplois. Au cours de la deuxième étape, les petites et moyennes entreprises voient leur importance accroître. Enfin, au cours de la troisième étape, l’on assiste à une prédominance de la production à grande échelle matérialisée par la multiplication de grandes firmes nationales ou internationales ainsi, le processus du tissu industriel supposerait une diminution progressive du poids de l’entreprise familiale au profit de la petite entreprise, puis dans un deuxième temps de la diminution de la petite entreprise au profit de la grande entreprise, ceci laisse perplexe les analyses optimistes qui ont pour toile de fonds dans les stratégies du développement la promotion de la petite entreprise. 19 3/ Conclusion Les premiers résultats de l’enquête femme au foyer montrent que le secteur informel de subsistance en Tunisie possèdent un ensemble de caractéristiques spécifiques. Tout d’abord, le niveau d’instruction des femmes au foyer est très faible, ainsi 90% des femmes enquêtées ont au plus le niveau primaire dont 48% sont analphabètes. De surcroît, il existe une corrélation positive entre la variable métiers maîtrisés et le niveau d’instruction. certains métiers nécessitent un niveau d’instruction assez élevé (coupe-couture, coiffure…). L’apprentissage se fait à domicile de mère à fille (soit 64% des cas). Autrement dit, plus les métiers demandent des qualifications poussées et qu’ils n’appartiennent pas à la tradition, plus l’apprentissage se réalise en dehors du domicile. Ensuite, le temps alloué au travail à domicile des femmes au foyer est faible seulement le quart des femmes enquêtées travaillent à plein temps, ce qui explique la faiblesse de la productivité et des revenus. L’enquête a montré que les noyaux de micro-entreprises féminines sont très rares, la petite entreprise est complètement absente des activités féminines à domicile. L’analyse de l’enquête des promoteurs en exercice a montré l’inanité de la petite entreprise, unité de développement qui peut donner une propulsion à la dynamique de développement. La question que l’on doit se poser : le secteur de micro-entreprise constitue-t-il une poche de survie ou au contraire peut-il constituer des micro dynamiques du développement dans des situations de crises économiques ? L’enquête a révélé que rares sont les petits métiers qui sont à même de générer un surplus qui sert pour un réinvestissement pour un but lucratif. Les unités économiques enquetées répondent à une logique sociale plutôt qu’à une logique économique; ceci est patent pour le cas des femmes exerçant une activité à domicile . Enfin, il serait intéressant à travers l’analyse des enquêtes sur des échantillons constants de vérifier les trajectoires des unités économiques tunisiennes (et principalement la petite entreprise) et d’identifier ce qu’on appelle le missing middle (maillon manquant). Ce faisant, il est possible de vérifier les performances des stratégies de développement fondées sur les petits métiers. Quoi qu’il en soit, le caractère involutif ou évolutif des activités informelles en Tunisie a été différenciée par les critères suivants : 20 • • • • • • • • • • • Activités informelles intermédiaires (évolutives) Niveau d’instruction assez élevé Respect en général des règles institutionnelles (tenue de comptabilité, patente, affiliation à la sécurité sociale…) recours au crédit institutionnel productivité assez élevé dégage un surplus qu’il est possible d’investir répondent à une logique économique de maximisation de profit et non pas à une logique sociale nombre d’emploi compris entre cinq et dix personnes diversification spatiale et sectorielle de la demande maîtrise de la fonction marketing utilisation de l’énergie mécanique et électrique possibilité de maîtrise de la technologie nouvelle • • • • • • • • • • • • • • • Activités informelles de subsistances (involutives) Niveau d’instruction faible Apprentissage sur le tas( souvent à domicile) Travail irrégulier Travail selon la demande Le métier utilise peu de capital La commercialisation du produit (ou du service)se fait à domicile Faiblesse des ressources financières Inaccés au crédit institutionnel Le revenu obtenu est faible Absence de comptabilité, de patente d’affiliation à la sécurité sociale Ignorance des règles institutionnelles Absence de surplus investissable Répondent à une logique sociale plutôt qu’à une logique économique de maximisation de profit méconnaissance totale du marché il s’agit de l’auto-emploi à 90% des cas Sur le plan macroéconomique, l’informel assure plusieurs fonctions, création d’emplois, distribution de revenus, stabilité sociale…Malgré son hétérogénéité, il assure aussi des liens étroits entre plusieurs entités : liens spatiaux entre le monde rural et le monde urbain, liens sectoriels, liens technologiques entre la sphère traditionnelle et la sphère moderne, liens sociaux…Le dynamisme de l’activité informelle en Tunisie est incontestable, ceci a été possible grâce à une législation souple notamment en ce qui concerne le régime forfaitaire d’imposition. L’introduction des mesures législatives concernant l’affiliation obligatoire des entreprises à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) risque d’annihiler les efforts déployés afin de promouvoir la micro entreprise (financement, formation…). Dans le contexte actuel de libéralisme tout azimut et de mondialisation, les décideurs de la stratégie de développement tunisienne doivent compulser l’approche théorique de Desoto. 21 Annexe TableauN°9 : type d'activité * EFFECTIF DU PERSONNEL Effectif EFFECTIF DU PERSONNEL supérieur ou égal à inférieur à six six employé employés 88 5 43 1 66 3 10 2 115 3 9 1 menuiserie feronnerie confection-couture Autre fabrication réparation auto réparation machines réparation cuir et chaussures plomberie réparation Radio TV réparation mobylette coiffure photo vidéo meulerie autres services Total Total 93 44 69 12 118 10 16 1 17 14 22 21 28 2 8 33 95.2% 475 1 1 2 1 15 23 23 29 2 8 36 3 4.8% 24 100% 499 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). TableauN°10 : type d'activité * revenu Effectif revenu menuiserie feronnerie confection-couture Autre fabrication réparation auto réparation machines réparation cuir et chaussures plomberie réparation Radio TV réparation mobylette coiffure photo vidéo meulerie autres services Total 11 51-70 18 11 18 2 22 71-99 12 9 9 2 21 100 et + 16 3 2 5 39 Total 62 30 49 10 98 1 3 2 4 10 4 4 3 2 1 14 3 2 5 2 5 1 6 2 4 18 6 6 3 1 2 18 3 5 1 1 3 5 6 4 2 10 3 1 7 23 1 4 28 <=40 Dinars 8 1 9 1 5 41-50 8 6 11 5 50 13.3% 60 15.3% 108 28.6% 71 18.8% 12 88 23. 3% 377 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). 22 Tableau N°11 type d'activité * ADEQUATION DE LA FORMATION Effectif menuiserie feronnerie confection-couture Autre fabrication réparation auto réparation machines réparation cuir et chaussures plomberie réparation Radio TV réparation mobylette coiffure photo vidéo meulerie autres services Total ADEQUATION DE LA FORMATION OUI NON 82 10 41 2 61 7 9 3 103 14 Total 92 43 68 12 117 10 10 15 2 17 12 3 15 19 4 23 22 1 23 28 2 5 28 1 29 2 5 35 437 89% 7 54 11% 491 100% Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Tableau N°12: Mesures symétriques Intervalle par Intervalle R de Pearson Ordinal par Ordinal Corrélation de Spearman Nombre d'observations valides Valeur .506 .488 Erreur standard a asymptotique .027 .023 b T approché 21.138 20.178 Signification approchée .000c .000c 1303 a. L'hypothèse nulle n'est pas considérée. b. Utilisation de l'erreur standard asymptotique dans l'hypothèse nulle. c. Basé sur une approximation normale. Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). 23 Tableau N° 13 : lieu du projet du programme de développement urbain intégré Fréquence 109 106 89 146 92 166 237 85 84 223 70 33 81 80 572 2173 Bousalem (ville) Makthar (quartier sayar) Mjez El Bab (quartier sidi rais) Tajerouine (ville) Bhaier (ville) Maknassy (ville) Thala (quartier Najaria) Bézina (ville) Jérissa (ville) Souk Lahad (ville) Metlaoui (quartier Amel) Redeyef ( quartier trabelsia) Sakiet Sidi Youssef (ville) Sejnene (ville) Mateur (quartier nasr) Total Pourcentage 5.0 4.9 4.1 6.7 4.2 7.6 10.9 3.9 3.9 10.3 3.2 1.5 3.7 3.7 26.3 100.0 Pourcentage cumulé 5.0 9.9 14.0 20.7 24.9 32.6 43.5 47.4 51.3 61.5 64.7 66.3 70.0 73.7 100.0 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Tableau N°14 : lieu des projets des promoteurs en exercice LE KEF BEJA JENDOUBA LE FAHS SILIANA Total Fréquence 100 100 104 95 100 499 Pourcentage 20.0 20.0 20.8 19.0 20.0 100.0 Pourcentage cumulé 20.0 40.1 60.9 80.0 100.0 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). Tableau N°15 : lieu du projet Bousalem (ville) Makthar (quartier sayar) Mjez El Bab (quartier sidi rais) Tajerouine (ville) Bhaier (ville) Maknassy (ville) Thala (quartier Najaria) Bézina (ville) Jérissa (ville) Souk Lahad (ville) Metlaoui (AMEL) Redeyef (trabelsia) Sakiet Sidi Youssef (ville) Sejnane (ville) Mateur (quartier nasr) Total Fréquence 480 504 Pourcentage 4.3 4.5 Pourcentage cumulé 4.3 8.8 579 5.1 13.9 544 465 771 895 473 436 1125 671 615 4.8 4.1 6.9 8.0 4.2 3.9 10.0 6.0 5.5 18.7 22.9 29.7 37.7 41.9 45.8 55.8 61.8 67.2 449 4.0 71.2 439 2797 11243 3.9 24.9 100.0 75.1 100.0 Source : calculé à partir des données de l’enquête réalisée par le Ministère de Développement (Avril 1997). 24 Bibliographie Adair P., L’économie informelle –figures et discours, Anthropos, 1985 Adair P., L’économie informelle au Mali, Cahiers du GRATICE n°9, 1995 Anderson D., Small Industry in Developing Countries : A discussion of issues, World Development, n°11, Novembre, vol. 10, pp 913-948, 1982 Chérif M., et Nafii M., L’économie informelle au Maghreb: Maroc et Tunisie, Cahiers du GRATICE, n°9, 1995 Bernard C., En Algérie, une nouvelle valeur, l’auto-emploi, Revue Tiers monde, n°114, vol. 29, 1988, pp 295-318. 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