Le rapport de force USA-Russie
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Le rapport de force USA-Russie
L’enjeu européen pour les Etats-Unis et la Russie Introduction Les logiques d’affrontements entre Etats ne sont plus ce qu’elles étaient. Comme le souligne Pascal Gauchon, la fin de la guerre froide, et donc le passage d’un monde bipolaire à un monde multipolaire, a redistribué les cartes en matière d’affrontements étatiques qui sont dès lors de nature plus économique 1. Certains pays ont mis en place des stratégies offensives d’accroissement de puissance et se positionnent dans une logique d’affrontement vis à vis des autres. Aujourd’hui, la puissance économique est la forme de puissance la plus recherchée par les Etats qui utilisent alors le levier économique afin d’atteindre le plus haut niveau de puissance possible. La Russie et les Etats-Unis sont, entre autres, au cœur d’un rapport de force géoéconomique. En ce qui les concerne nous pouvons parler de guerre économique entre deux empires rivaux. Chacun de ces empires a mis en place des stratégies destinées à accroître sa puissance et cherche à affaiblir l’adversaire sur différents échiquiers (économique, politique, sociétal). Ces deux géants se livrent depuis de nombreuses années une guerre économique sans merci et cette dernière se matérialise notamment par une volonté d’avoir un certain contrôle, une certaine influence sur l’Europe (politiciens et entreprises) afin qu'elle agisse dans leurs intérêts. Pour illustrer ce propos nous pouvons citer la remarque de Poutine à Clinton, lors d’une rencontre entre les deux hommes en 1999 : « Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe» 2. La rivalité historique des empires rivaux américain et russe L’empire que sont les Etats-Unis, a compris très tôt la nécessité de mettre en place une stratégie d’accroissement de puissance et utilise tous les leviers d’action à sa disposition afin d’atteindre ses objectifs. En 1992, les Etats-Unis mettent en place le programme SBIR (Small Business Innovation Research) dans le but de verser des fonds aux entreprises afin de développer des produits et des services. Ce programme a vocation à stimuler les innovations qui pourront être utiles à l’Etat et être mises sur le marché à destination des entreprises ou des particuliers. Le gouvernement américain a bien compris les enjeux stratégiques liés aux innovations sur l’échiquier mondial puisqu’il finance entre 25 et 30% de la recherche et développement et 60% de la recherche fondamentale 3. Par ailleurs, ils créent en 1993, le « National Economic Council » (NEC) doté de quatre objectifs 4 : o Coordonner l’élaboration des politiques économiques pour répondre aux enjeux nationaux et internationaux. o Coordonner les conseils donnés au président américain au sujet des politiques économiques. o S’assurer que les décisions et programmes politiques soient cohérents avec les objectifs économiques du président. o Surveiller la mise en œuvre de la politique économique du président. Le directeur de ce conseil est directement nommé par le président des Etats-Unis, ce qui sous entend bien la portée extrêmement stratégique de cette organisation pour les américains. 2 Depuis très longtemps, les Etats-Unis sont la première puissance mondiale dans de nombreux domaines (politique, économique, militaire). La coopération entre les acteurs privés et publics, mise en place dans le but de servir des intérêts communs ne fait aucun doute aux Etats-Unis (Nous étudierons un exemple plus bas). Que ce soit d’un point de vue militaire, économique ou politique les Etats-Unis utilisent toutes les armes dont ils disposent afin d’avoir un contrôle sur le monde (extraterritorialité du droit américain, décisions militaires unilatérales, droit de veto au FMI, prédominance du dollar, l’anglais comme langue internationale etc.) Néanmoins, cet empire fait face aujourd’hui à certaines difficultés et ne peut plus incarner la puissance légitime démocratique comme ce fut le cas auparavant, pour diverses raisons : o Taux de criminalité aux Etats-Unis : 1 américain sur 100 est en prison, il s’agit du pays possédant la population carcérale la plus élevée au monde 5. o Brutalités policières (souvent à caractère raciste) : de nombreuses vidéos sortent régulièrement montrant des interpellations policières extrêmement brutales envers des afro-américains se terminant par la mort de ces derniers. (Michael Brown à Ferguson, Eric Garner, Ezell Ford, Akai Gurley etc.) 6. o Problèmes de santé : un tiers des américains sont obèses. Aujourd’hui, l’américain moyen pèse 11 kg de plus que dans les années 60 7. o Couverture médicale : 45 millions d’américains ne disposaient d’aucune couverture médicale en 2009, les prévisions pour 2019 font état de 54 millions. 8 Par ailleurs, les Etats-Unis voient apparaître de nouveaux adversaires très coriaces (la Chine et la Russie par exemple), qui se dressent contre l’hégémonie des Etats-Unis parce qu’ils ont compris eux aussi la nécessité de mettre en place une stratégie d’accroissement de puissance 9. Malgré ces points noirs, Washington reste aujourd’hui une des puissances les plus actives de en termes de guerre économique 10. Pour sa part, depuis la fin de la guerre froide, la Russie cherche à « retrouver un levier de puissance » 11. La nouvelle recherche de puissance de la Russie Cela fait un certain nombre d’années que Vladimir Poutine, très au courant des logiques d’affrontements, applique une stratégie qui manifeste clairement sa volonté de redonner une forme de puissance à son pays. Vladimir Poutine a placé, aux postes les plus stratégiques du pays 12 (groupes énergétiques, grandes banques etc.), des hommes avec lesquels il a noué une relation de confiance durant son passage au KGB ou encore à la mairie de Saint Petersburg par exemple. La Russie mise sur ses matières premières stratégiques (les ressources naturelles du pays représentent 95,7 % de la richesse nationale du pays) 13 pour développer sa puissance (1er producteur mondial de gaz, 2nd producteur mondial de pétrole, 4ème producteur mondial d’uranium etc.) et venir concurrencer les Etats-Unis sur le plan économique et aussi politique. En effet, en ce qui concerne les minerais stratégiques la Russie est soit leader, soit elle dispose de gisements de classe mondiale (titane, métaux de base, platinoïdes, terres rares, cobalt, cuivre, uranium, rhodium) 14. 3 Métaux stratégiques béryllium chrome cuivre manganèse mercure nickel niobium platine tantale vanadium zinc % des réserves mondiales 16 % 11 % 22 % 38 % 79 % 15 % 16 % 10 % 7% 49 % 24 % Ces métaux sont considérés comme stratégiques car ils sont rares et ils sont utilisés dans des domaines tels que l’aéronautique et les hautes technologies (santé, militaires etc.). Ils sont donc très prisés et offrent un important levier d’action pour celui qui les détient. Les différentes déclarations et prises de position de Vladimir Poutine montrent nettement sa volonté de remettre en cause l’hégémonie américaine ainsi que celle de ne laisser aucun autre acteur dicter l’avenir de son pays. Cependant, la Russie reste une économie fragile qui repose essentiellement sur les exportations de matières premières présentes sur son sol (40% du budget de l’Etat russe provient des exportations de gaz et de pétrole à destination de l’Union européenne) 15. Cette économie reste donc très soumise aux variations du cours des hydrocarbures (70% des exportations du pays), ce qui la fragilise beaucoup par rapport aux économies plus diversifiées. Voici les 10 premiers produits exportés par la Russie 16 : - Pétrole brut Produits pétroliers raffinés Gaz naturel Charbon Produits semi-finis en fer Aluminium Blés Or Diamants Sels minéraux ou engrais chimiques Nous dénotons bien la prédominance de matières premières et donc l’impact des chutes du cours de celles-ci, surtout au vu de l’importance des exportations dans l’économie de la Russie (Rappel : 1er exportateur mondial de gaz naturel, 2e exportateur mondial de pétrole et 1er exportateur de produits pétroliers). Vladimir Poutine cherche à placer la Russie comme un acteur majeur sur l’échiquier mondial et parfois au détriment de la situation interne de son pays (censure, contrôle des médias, scandale des élections truquées, récession entraînant une importante sortie de capitaux ainsi que la chute des investissements etc.) 17. 4 Une Europe influencée depuis sa création De manière générale, les Etats-Unis utilisent différents moyens pour contrôler l’Europe, afin que cette dernière se dirige dans le « bon sens » et empêcher d’autres empires (Russie notamment) de se l’approprier. Les Etats-Unis vont, dans un premier temps, influencer les institutions politiques européennes afin que ces dernières prennent des décisions en ligne avec les intérêts américains. L’empire américain n’accepte pas que l’Union européenne ne s’aligne pas sur ses positions et il s’est toujours employé à ce que l’Europe agisse en sa faveur. Comme lorsque Jacques Chirac a dit non à la guerre en Irak sur de faux prétextes par exemple, cela a beaucoup irrité les EtatsUnis. Nous pouvons citer pour exemple les négociations du GATT durant lesquelles les EtatsUnis, lors des négociations concernant l’agriculture, on tout fait pour « désarmer les Européens de leur arsenal de protection et de stimulation des productions et des exportations agricoles ». Les Etats-Unis attendaient alors de l’Union européenne « un démantèlement intégral des soutiens internes et externes, ainsi qu’une ouverture de son marché aux productions américaines » 18. Ces négociations se solderont par un accord, des années plus tard, en faveur des Etats-Unis (diminution des soutiens internes, des subventions aux exportations et ouverture du marché intérieur aux produits agricoles en provenance des Etats-Unis en particulier). Aujourd’hui les Etats-Unis poussent l’Union Européenne à la signature d’un traité de libre échange, partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (communément nommé sous les sigles TAFTA, TTIP ou PTCI) qui serait encore une fois en faveur des intérêts économiques américains. Il est alors légitime de se demander comment les Etats-Unis parviennent à avoir autant d’influence sur les décisions européennes au point de pouvoir pousser l’Europe à prendre des décisions politiques et économiques qui lui sont défavorables. Si nous prenons l’exemple du TAFTA, les informations sur le passé du négociateur européen en chef sur ce dossier sont quasi inexistantes (aucune information disponible sur ses anciens postes, ni sur ses anciennes missions), et en ce qui concerne les autres membres de l’équipe, certains d’entre eux ont fait leurs études aux Etats-Unis et d’autres ont exercé leurs fonctions au sein d’instances internationales faisant la promotion de l’ouverture des marchés et du libre échange. Tout ceci jette le doute sur la neutralité et l’impartialité des négociateurs européens sur ce dossier et sur l’influence probable des Etats-Unis dans le choix des membres de l’équipe de négociation 19. Il est aujourd’hui acté que les Etats-Unis ont placé leurs relais d’influence au sein de l’Europe, et ce dès la création de l’Union européenne puisque Jean Monnet (un des fondateurs de l’Europe) était un agent d’influence américain. Par ailleurs, les Etats-Unis excellent en matière de lobbying à Bruxelles (seconde capitale du lobbying derrière Washington), et ce depuis la création de l’Europe, via trois acteurs : l’European Round Table (ERT), l’Unice (confédération européenne) et l’AmCham (Comité européen de la Chambre de commerce américaine). C’est en 1970 que les Américains installent l’AmCham à Bruxelles. Cette organisation réunis 145 des plus grandes entreprises américaines présentes en Europe (Boeing, Procter & Gamble, Monsanto, McDonald's, General Motors etc.) 20. L’ERT, quant à lui, est un lobby fondé en 1983, qui bénéficie du privilège de pouvoir s’adresser directement aux membres de la commission européenne et qui s’est fixé pour objectif de « stimuler la compétitivité mondiale de l'industrie européenne » 21 . Depuis sa création, l’ERT a multiplié les actions, campagnes et interventions ce qui ne laisse plus aucun doute sur le fait que l’Europe est une création américaine. 5 Pour se faire une véritable idée de la présence américaine à Bruxelles il nous suffit de nous référer aux chiffres suivants : En 2014, les compagnies qui ont le plus dépensés en lobbying à Bruxelles sont américaines : Philip Morris (> 5 millions d’euros), Exxon Mobil (environ 5 millions d’euros et Microsoft (4,5 millions d’euros) 22. Les principales agences de lobbying qui opérent à Bruxelles en 2014 sont également américaines 23 : 1. Fleishman-Hillard : 11,5 millions d'euros 2. CDC Climat : 10 millions d'euros 3. Taxand : 10 millions d'euros 4. Burson-Marsteller : 8,9 millions d'euros 5. Med Ingeneria : 8,5 millions d'euros 6. Hill & Knowlton 8,4 millions d'euros 7. APCO Worldwide : 8 millions d'euros 8. FTI Consulting : 6 millions d'euros 9. Risk Dynamics : 6 millions d'euros La domination américaine Les Etats-Unis disposent d’un contrôle quasi total sur l’Europe via des leviers diplomatiques (condition de la création de l’Union européenne, rôle des Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide, création du sentiment « d’être redevable » aux Américains et donc d’une certaine culture poussant les politiques à se plier aux Américains sur tous les terrains etc.) et économiques.Après avoir mis en avant la force d’influence politique dont disposent les Etats-Unis sur l’Europe, étudions maintenant comment cet empire l’utilise dans son rapport de force économique avec la Russie. Dans ce cas précis, les Etats-Unis vont influencer l’Europe pour l’empêcher de se rapprocher de la Russie ou d’être trop dépendante de celle-ci, sans accorder d’importance aux conséquences économiques et politiques que subiront les pays Européens. Pour les Etats-Unis, l’Union européenne doit rester sous contrôle américain puisque, comme nous l’avons vu précédemment, ce sont eux qui ont promu sa création via des agents d’influence. Une des manifestations de tout ceci est le résultat du conflit entre la Russie et l’Ukraine. En effet, pour punir la Russie de son comportement dans le déroulement de cette affaire les Américains, suivi des pays européens ont mis en place un certain nombre de sanctions contre la Russie, nous pouvons citer entre autres 24 : o o o Une impossibilité d’achat, pour un citoyen européen, d’actions financières si ces dernières proviennent d’une banque russe dont l’Etat est majoritaire. Un embargo sur l’import et l’export d’armes en provenance et à destination de la Russie ainsi qu’un droit de veto des Etats pour d’autres produits. L’établissement d’une liste noire d’hommes d’affaire, de banques et de sociétés russes proches de Poutine suspectés de tirer avantage de l’annexion de la Crimée par la Russie, dont les avoirs seront bloqués et avec lesquels il est désormais « interdit » de faire du commerce. 6 Les Etats-Unis sont derrières ces différentes sanctions économiques qui leurs octroient un double avantage : Affaiblir économiquement la Russie qui, comme nous l’avons vu, est très dépendante de ses exportations et détériorer les relations entre l’Europe et la Russie et ainsi endiguer un éventuel rapprochement. D’après l’ex-fonctionnaire du département du Trésor des États-Unis Paul Craig Roberts, ces sanctions avaient été planifiées à l’avance par les Etats-Unis et le but de Washington est « d’isoler la Russie de l’Europe et la diaboliser » 25. Selon le média allemand Deutsche Wirtschafts Nachrichtent, « les Etats-Unis ont coupé court aux tentatives de l’Union européenne de lever les sanctions et d'amorcer un rapprochement avec la Russie » 26 début 2015. Ces évènements sont une manifestation de la guerre économique que livrent les Etats-Unis contre la Russie. Pour mesurer l’impact de telles sanctions il nous suffit de rappeler les éléments suivants : o Exportations russes en 2013 : 297 milliards de dollars à destination de l’Europe (1ère destination des exportations russes) soit environ 60% du total des exportations russes contre à peine 3,7% à destination des Etats-Unis. o Importations russes en 2013 : 191 milliards de dollars en provenance de l’Europe (1er fournisseur de la Russie) soit 60% du total des importations russes contre 4,4% en provenance des Etats-Unis. Ces sanctions ont donc été néfastes pour la Russie mais aussi pour l’Europe qui sont très liées d’un point de vue commercial. L’Europe a par ailleurs vu ses exportations diminuer suite à la décision de Vladimir Poutine d’interdire l’importation en Russie de matières premières, de denrées alimentaires et de produits d’agriculture en provenance des pays ayant appliqués ces sanctions. Le ministre des affaires étrangères espagnol a affirmé que le coût pour l’Europe des sanctions appliquées à la Russie était, en février 2015, déjà de 21 milliards d’euros 27. Les Etats-Unis n’ont presque pas été touchés car ils sont beaucoup moins liés à la Russie que ne l’est l’Europe. Cette stratégie a donc permis d’affaiblir l’économie russe, d’endiguer un éventuel rapprochement entre l’Europe et la Russie et de montrer à la Russie que l’Europe était sous influence américaine et que les Etats-Unis feraient en sorte qu’elle le reste. L’annulation du projet de gazoduc South Stream Toujours dans l’optique d’affaiblir la Russie et de détériorer les relations russo-européennes, les Américains ont usé de leurs différents leviers d’influence politique sur les politiciens européens pour saboter le projet du gazoduc South Stream afin d’éviter que l’Europe ne soit trop dépendante du gaz russe. C’était également le moyen d’infliger un coup dur à l’économie russe qui se développe en grande partie grâce à la distribution de son gaz via son entreprise Gazprom (nous verrons de quelle manière lors de l’étude de la stratégie russe). Le Gazoduc South Stream, dont la construction était évaluée à 32 milliards de dollars, devait en effet permettre à la Russie d’approvisionner l’Europe en gaz sans passer par l’Ukraine mais par la Bulgarie, et faisait intervenir des entreprises comme EDF ou encore ENI (entreprise leader dans le secteur des hydrocarbures en Italie) 28. 7 Tracé du gazoduc South Stream : Source : http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/matteo-renzi-soutient-south-stream-facebruxelles-302708 Ce projet n’était évidemment pas dans les intérêts américains puisqu’il liait encore un peu plus l’Europe et la Russie économiquement, il augmentait la dépendance de l’Europe à la Russie et permettait à l’entreprise phare de la Russie (Gazprom) d’accroître un peu plus sa puissance en Europe. C’est pour ces raisons que les Etats-Unis ont usé de leur influence politique sur l’Europe pour saboter ce projet. Ils se sont servis des sanctions économiques faisant suite à la crise ukrainienne et notamment la liste noire des hommes d’affaires avec qui il était désormais interdit de faire affaire pour exercer une pression sur la commission européenne et plus particulièrement sur la Bulgarie. Les Etats-Unis et la commission européenne ont reproché à la Bulgarie d’avoir confié la construction du gazoduc à l’entreprise russe Stroytransgaz en lien avec Gennady Timchenko, individu placé sur la liste noire établie sous l’impulsion des Etats-Unis... Cette pression s’est soldée par le blocage du projet par le premier ministre bulgare Plamen Oresharski, et l’annulation du projet par Moscou face a au comportement de l’Europe et notamment à cause des sanctions économiques prises contre la Russie. L’annulation de ce projet a coûté très chère à Gazprom, à la Russie et à l’Europe, et notamment aux pays d’Europe centrale censés accueillir une portion du gazoduc. Cette affaire illustre la force d’influence politique des Etats-Unis sur les élites européennes qui ne mesurent pas l’importance économique de ce type de décisions ni même les enjeux qui découlent de ce type de comportement sur les relations internationales futures et l’avenir des entreprises européennes. Il paraît important de noter que l’influence américaine ne se dirige pas uniquement vers les hommes politiques européens actuels mais également à tous les potentiels futurs hommes et femmes politiques. Les Américains avaient en effet mis en place, en 2010, une stratégie 8 d’influence des minorités françaises, jugées comme étant l’avenir politique de la France. Les différentes étapes de cette stratégie sont détaillées dans le « Manuel d’intelligence économique, sous la direction de C.Harbulot, première édition, p 395 ». Le but de cette stratégie était d’influencer et ensuite de placer des individus devenus pro-américains à la tête du futur gouvernement français pour s’assurer que celui-ci suive toujours les intérêts américains. La guerre de l’information autour du gaz de schiste coté américain Une autre stratégie utilisée par l’empire américain pour affaiblir l’empire russe consiste à promouvoir le gaz de schiste. Les Etats-Unis savent que la Russie accroît sa puissance en partie grâce au gaz qu’elle fournit à de nombreux pays européens qu’elle rend par la suite dépendants. Pour éviter une éventuelle perte de contrôle de l’Europe et une trop grande dépendance de celle-ci vis à vis de la Russie, le président américain, Barack Obama, avait d’ailleurs déclaré lors d’une conférence de presse, en mars 2014, avoir autorisé la livraison de gaz à l’Europe pour un volume « équivalent à ce que l'Europe consomme chaque jour » 29. Cette déclaration retransmise dans le monde entier est un outil de guerre de l’information utilisé par les EtatsUnis afin de promouvoir le gaz de schiste américain et par ailleurs, influer sur les cours du gaz (cf. courbe ci dessous) Il est intéressant de noter que le président américain a utilisé la question de la dépendance de l’Europe vis à vis du gaz russe comme outil pour faire la promotion du TAFTA en affirmant que les livraisons de gaz américain aux Européens seraient largement facilitées dès lors que le TAFTA serait signé. En effet, une loi américaine interdit aux compagnies d’hydrocarbures d’exporter du gaz à un ou plusieurs pays qui ne possèdent pas d’accord de libre échange avec les Etats-Unis 30. Voici un exemple qui démontre bien que les Américains n’oublient jamais où sont leurs intérêts. L’objectif de cette prise de position est triple : o o o o Rendre l’Europe moins dépendante du gaz russe. S’octroyer le marché européen du gaz et donc d’accroitre encore un peu plus la puissance économique américaine dont l’Europe sera alors dépendante en terme d’approvisionnement de gaz. Infliger un nouveau coup dur à l’économie russe qui verrait ses exportations de gaz diminuer (en 2013 les exportations de gaz naturelle représentaient 14% des exportations totales de la Russie) et qui subirait une baisse des cours du gaz. C’est un outil de guerre de l’information qui permet d’influer sur les cours du gaz et qui impact négativement la Russie. Les Etats-Unis savent que la volatilité des cours des hydrocarbures joue en défaveur de la Russie qui en est extrêmement dépendante. Toujours sous l’angle de la guerre informationnelle autour du gaz de schiste, l’EIA (US Energy Information Administration) publie en 2012 un rapport affirmant que les Etats-Unis renfermerait les quatrièmes plus grosses réserves de gaz de schiste (19 000 milliards de mètres cubes techniquement extractibles) 31. Les conséquences de cette situation pour les Etats-Unis seraient les suivantes : o o Possibilité d’atteindre une situation de quasi autosuffisance à l’avenir Possibilité d’exporter du gaz à l’étranger 9 D’un point de vu mondial, ce type d’annonces, tout comme la déclaration du président Obama s’inscrivent dans une logique de guerre informationnelle ayant pour conséquence la chute du cours du gaz naturel (année 2012 et 2014) L’annonce concernant cette grande quantité de gaz de schiste aux Etats-Unis et la possibilité de fournir l’Europe a évidemment fait chuter le cours du pétrole (2012, 2014) puisqu’il s’agit d’une augmentation de l’offre de gaz disponible par rapport à la demande ce qui entraine forcément une chute des prix. Cette chute du cours du gaz a évidemment beaucoup pénalisé la Russie puisque le gaz naturel représente 14% du total de ses exportations et a permis de pénaliser Gazprom également qui a vu certains de ses clients obtenir un pouvoir de négociation plus important, ainsi qu’une plus grande marge de manœuvre dans les renégociations de contrats avec celle-ci. Par ailleurs, les Etats-Unis, accompagnés de certains pays européens au sein desquels se trouvent d’importants gisements de gaz de schiste (Pologne, Hongrie), et de certaines entreprises européennes (Shell, Centrica, ENI, E.ON etc.) ont mis en place un lobbying important pour promouvoir le gaz de schiste en Europe. Leurs arguments sont les suivants : o o o Sécurité énergétique (réduire la dépendance au gaz russe) Le potentiel du gaz de schiste est extrêmement fort Les risques environnementaux sont très faibles Le gouvernement américain effectue un lobbying extrêmement fort en soutenant ses entreprises phares, qui sont très présentes en Europe en ce qui concerne l’exploration de gisement de gaz de schiste : o Exxon Mobile : Allemagne, Hongrie, Pologne, Royaume Uni o Chevron : Pologne o ConocoPhillips : Pologne Les Etats-Unis animent cette guerre de l’information également via ses ambassadeurs et autres personnalités qui vont aller effectuer du lobbying auprès des plus hautes instances gouvernementales des pays membres 32 : En Bulgarie, l’ambassadeur américain a fortement fait la promotion des intérêts de l’entreprise américaine Chevron pour explorer les gisements de gaz de schiste en Bulgarie. La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton (février 2012) en visite en Bulgarie a également fait la promotion du gaz de schiste en s’appuyant sur la nécessité pour la Bulgarie d’être plus indépendante d’un point de vue énergétique. En Pologne, la secrétaire d’Etat et d’autres membres du gouvernement américain ont également dépensé énormément d’énergie pour obtenir des permis d’exploration de gisement de gaz de schiste. Néanmoins, cette stratégie d’approvisionnement de l’Europe semble difficilement réalisable du fait des contraintes de livraison : o o o Pour le moment il n’y a pas de terminal de liquéfaction sur le littoral américain. Nécessité de mettre en place des méthaniers pour ensuite l’acheminer à travers l’atlantique. Nécessité de le regazéifier une fois arrivé en Europe. Mettre en place cette opération engendrerait des investissements extrêmement importants ainsi qu’un temps considérable et rendrait donc le gaz de schiste américain plus cher que le gaz russe pour l’Europe. Donc, la question ici, est de savoir qui serait en charge de financer 10 cet écart de prix si la décision de passer par les Etats-Unis en tant que fournisseur de gaz était actée. Les Européens se retrouveraient-ils à devoir payer leur gaz plus cher ou bien les EtatsUnis opèreraient-ils un effort financier pour contrer la menace russe ? Cette question sera sans doute abordée en fonction du déroulement des négociations sur ce dossier. Autre point, la technique de la fracturation hydraulique (technique d’extraction du gaz de schiste) est très polluante et des mouvements civils se sont déjà emparés de ce sujet pour lutter contre l’exploitation du gaz de schiste (exemple de site internet : stopaugazdeschiste07.org, www.nongazdeschiste.fr, stopgazdeschiste.org).L’Europe est, quant à elle, divisée sur la question du gaz de schiste. La France a interdit la fracturation hydraulique sur son sol, l’Allemagne reste quant à elle mesurée mais d’autres pays d’Europe y sont eux favorables (Pologne, Royaume Uni, Irlande, Pays-Bas, Suède, Espagne etc.). Devant ces différents obstacles les Etats-Unis avaient commencé via l’entreprise Chevron, la prospection de gaz de schiste en Europe. Cette entreprise, liée au pouvoir américain, avait alors entamé, dans une optique d’indépendance de l’Europe vis à vis du gaz russe, la prospection de gaz de schiste en Roumanie, en Pologne et en Lituanie, qui sont trois pays très dépendants du gaz russe. L’entreprise avait fait le tour de tous les pays de l’Europe de l’Est avant de se concentrer sur ces trois pays là en particulier. En 2014, cette stratégie a subit un coup d’arrêt puisque la prospection fut arrêtée dans ces trois pays car les coûts auraient été trop élevés et les bénéfices trop marginaux. En effet, les entreprises Eni, Marathon Oil, Talisman Energy et Exxon Mobil ont arrêté les recherches, seule l’entreprise Chevron a continué. Cet arrêt a bien évidemment contrarié les différents gouvernements européens qui voyaient dans ce projet, la possibilité d’aboutir à une forme de sécurité énergétique et le moyen de mettre fin à leur dépendance vis à vis du gaz russe 33. Les questions autour du gaz de schiste et des livraisons en provenance des Etats-Unis devraient continuer à alimenter le débat de la dépendance énergétique de l’Europe vis à vis de la Russie. L’intervention des Etats-Unis semble être une aide pour extirper l’Europe de cette situation mais il serait naïf de penser que cette intervention est totalement altruiste de leur part. L’utilisation de l’extraterritorialité du droit américain Une caractéristique importante du droit américain est qu’il est extraterritorial... C’est à dire que sous certaines conditions il va s’appliquer à des entreprises non américaines et ces dernières n’auront quasiment aucun moyen de défense puisqu’en général elles ne sont pas formées à ce droit extrêmement restrictif. L’outil favori des Etats-Unis dans l’application extraterritoriale de leur droit est la FCPA (Foreign Corrupt Practices Act). Il s’agit d’une loi fédérale américaine pour lutter contre la corruption mise en place en 1977 et les américains ont décidé que cette loi s’appliquerait de manière extraterritoriale. Le principe d’extraterritorialité est le suivant : Dès lors qu’une entreprise non américaine fait des affaires en dollars (monnaie de référence dans le commerce international, dans la finance internationale et toutes les matières premières sont cotées en dollars...), passe par un fournisseur d’accès internet américain, un opérateur téléphonique américain, répond a un appel d’offre la mettant en concurrence avec une entreprise américaine ou encore si elle possède des filiales sur le territoire américain, les Etats-Unis considèrent qu’ils peuvent lui appliquer leur droit ! Voici un exemple grossier afin de résumer au mieux ce principe d’extraterritorialité du droit américain : une entreprise suédoise passant un contrat en euros avec une entreprise espagnol, communiquant via un opérateur téléphonique irlandais mais échanges quelques mails via un 11 fournisseur d’accès Internet américain devient passible de poursuites pénales américaines et devra se défendre devant les tribunaux américain. Ce principe d’extraterritorialité n’est qu’un outil servant les intérêts économiques et politiques américains permettant aux Etats-Unis entre autres de : o Effectuer une veille constante des entreprises étrangères (européennes) notamment sous le prétexte de la FCPA. o Mettre en place une surveillance accrue, du FBI et de la NSA (écoutes téléphoniques, surveillance des mails etc.) de certaines entreprises sur la base de simples soupçons. o Attaquer certaines entreprises allant contre les intérêts américains. o Affaiblir des entreprises concurrentes des sociétés américaines sur des secteurs stratégiques pour permettre aux entreprises américaines de les racheter, de remporter un appel d’offre ou encore de se placer en situation de quasi-monopole. Le cas le plus probant est celui du rachat de la société française Alstom par l’américain General Electric (GE) 34. Les Etats-Unis ont utilisé la FCPA et son principe d’extraterritorialité pour faire peur aux dirigeants d’Alstom en les menaçants de lourdes sanctions (pénales). Il s’agissait d’une technique pour pousser ces derniers à vendre une de leur branche stratégique à une entreprise américaine. Le rachat d’Alstom par General Electric est une matérialisation de la convergence des intérêts commerciaux d’une entreprise américaine et des intérêts stratégiques du gouvernement américain et de la porosité de la frontière entre les secteurs privé/public aux Etats-Unis puisque ce sont les agences gouvernementales (NSA, FBI) qui ont mis à mal Alstom pour ensuite servir les intérêts de GE et du gouvernement américain par ricochet. La branche énergie d’Alstom est extrêmement stratégique puisque l’entreprise fabriquait des turbines qui équipent les centrales nucléaires françaises et certaines centrales nucléaires étrangères ainsi que la flotte de guerre française. Aujourd’hui, suite à ce rachat, General Electric et donc les Etats-Unis, sont en situation de monopole en ce qui concerne les turbines or les centrales nucléaires sont des éléments stratégiques de l’autonomie énergétique de la France, il s’agit d’un secteur stratégique tout comme celui de la défense. En quelques mots, si les Français désirent vendre un navire ou un réacteur nucléaire (équipé d’une turbine autrefois fabriquée par Alstom) à un pays tiers, elle ne pourra le faire que si les Américains (GE) acceptaient de leur fournir la turbine... Idem, pour la flotte française dont la bonne santé dépend désormais du bon vouloir des américains qui peuvent s’octroyer le droit de ne plus lui fournir les pièces de rechange. GE a également racheté une petite filiale d’Alstom chargée de la surveillance des satellites qui permettait de suivre la totalité des mouvements des satellites étrangers. C’était un moyen pour la France de savoir en permanence où se situaient les satellites russes et américains susceptibles de surveiller les mouvements des bâtiments français. Le rachat de cette petite filiale revêt donc une importance fondamentale en ce qui concerne la dissuasion nucléaire de la France car c’est en fonction de la position des satellites que la France faisait sortir ses sous marins nucléaires afin d’être sur qu’ils n’étaient pas suivis par des satellites étrangers. 12 Conséquences de ce rachat pour la France : o Augmentation de la dépendance énergétique française vis à vis des Etats-Unis (turbine utilisée dans les réacteurs nucléaires). o Affaiblissement de la France en ce qui concerne la dissuasion nucléaire. o Possible perte de contrats commerciaux si les Etats-Unis ne sont pas d’accords pour fournir les turbines. o Dépendance de la marine nationale française vis à vis des Etats-Unis. Conséquences de ce rachat pour les Etats-Unis : Donner une position dominante à General Electric. Faire rentrer la France, pilier de l’Europe, « dans le rang » et l’affaiblir. Accroître la dépendance de la France vis à vis des américains. Obtention d’un levier d’action futur du fait du monopole d’approvisionnement de pièces stratégiques pour la France (nucléaire, défense). o Pouvoir de négociation accru du fait de l’affaiblissement du pouvoir de dissuasion nucléaire de la France. o Accroissement du contrôle sur un des piliers de l’Europe. o o o o Il existe d’autres exemples d’application extraterritoriale du droit américain soit pour renflouer les caisses du gouvernement américain (amende infligée à BNP Paribas) ou pour aider les entreprises américaines et donc accroître la puissance économique des Etats-Unis. Les Etats-Unis utilisent donc cet outil pour museler les entreprises étrangères et notamment européennes, car aucun gouvernement européen ne vient remettre en cause ce principe abusif d’extraterritorialité que nous pourrions apparenter à de « l’extorsion de fonds ». Il s’agit d’un outil de contrôle des entreprises européennes par les américains afin que ces dernières ne concurrence « pas trop » les entreprises américaines et n’aillent pas à contre-sens des intérêts américains. Les Etats-Unis ont donc un temps d’avance en ce qui concerne le contrôle des entreprises européennes par rapport à la Russie notamment avec ce principe d’extraterritorialité qui lui permet de surveiller toutes les entreprises européennes et de les saboter lorsqu’elles ne suivent pas une ligne de conduite en accord avec la volonté de domination mondiale des Etats-Unis. Intéressons nous désormais à la stratégie mise en place par la Russie pour développer sa puissance et répondre à la stratégie américaine de contrôle de l’Europe. La stratégie d’internationalisation de Gazprom Comme nous avons pu le voir précédemment, l’économie russe dépend beaucoup des exportations de matières premières. Les trois principales exportations de la Russie sont : le pétrole brut, les produits pétroliers raffinés et le gaz naturel. Ces trois produits représentent 66% des exportations totales de la Russie. Or, le premier client de l’Europe en matière d’exportations est l’Europe (60%) suivie de l’Asie (30%). La Russie et l’Europe ont donc un lien commercial fort. La Russie va utilisé cette dépendance énergétique qu’a l’Europe vis à vis d’elle pour tenter de l’influencer. L’acteur majeur dans la stratégie russe est l’entreprise Gazprom (l’entreprise a livré plus de 161 milliards de mètres cubes de gaz à l’Europe en 2013 ce qui équivaut à un quart de sa consommation). Comme nous l’avons vu auparavant, Gazprom est très lié au gouvernement russe (actionnaire majoritaire), notamment à Poutine qui y a placé ses hommes de confiance et l’entreprise 13 s’attache à servir les intérêts du pays. Cette dernière détient entre 50 et 100% des parts de marché en ce qui concerne l’approvisionnement en gaz de plusieurs pays membres de l’Union européenne (Bulgarie, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie etc.) 35. Source:http://www.mullc.com/dependance_de_l_europe_sur_gazprom_dans_un_graphique_kr99zX.html L’entreprise n’hésite d’ailleurs pas à « couper les robinets » d’approvisionnements de certains pays pour renégocier ses contrats, ou encore si le pays visé a eu un comportement jugé comme allant à l’encontre des intérêts russes (Biélorussie, Ukraine). Cette dépendance permet à Gazprom d’avoir un levier d’influence très important sur certains pays européens. Dans un registre moins extrême, l’entreprise parvient à influencer les pays de l’Union Européenne en passant notamment par l’influence de certaines entreprise, opérant dans des secteurs stratégiques, leader dans leur pays, comme l’ENI (compagnie gazière italienne), EDF (Electricité de France), ou encore MOL (compagnie hongroise de gaz et de pétrole). En effet, l’entreprise a tissé une véritable toile en Europe via ses gazoducs qui font transiter des milliards de mètres cubes de gaz chaque année à travers plusieurs pays et en créant des partenariats et des joints ventures avec des entreprises européennes sur des projets représentant des milliards de dollars, comme le projet Nord Stream 2 ayant pour objectif de doubler les capacités de Nord Stream. 14 Gazoduc Yamal approvisionnant l’Europe Source :http://www.gazprom.com/about/production/projects/pipelines/yamal-evropa/ Gazoduc Nord Stream approvisionnant l’Europe Source : http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/energy/2784810/Whats-in-the-pipeline-for-NordStream.html Matérialisation des liens stratégiques de Gazprom Ces liens forts (joints ventures, projets de plusieurs milliards de dollars, transport de milliards de mètres cubes de gaz etc.) permettent d’aligner les intérêts de ces entreprises sur ceux de Gazprom et donc sur ceux de la Russie. Ceci permet d’envoyer ces entreprises faire du lobbying en faveur des intérêts de Gazprom et de la Russie sans forcément qu’elles ne le sachent. 15 Liens stratégiques tissés par Gazprom Entreprises Pays E.ON Global Commodities SE Allemagne Wintershall AG ENGIE France EDF Caractéristiques de l'entreprise Relations avec le pays Relation avec l'entreprise Entreprise leader dans le pays et fournit plus de 50% du gaz sur le Exploitation de Nord marché allemand. Liée Gazprom lui a fournit Stream à Gazprom jusqu'en 38,7 milliards de 2035 au minimum. mètres cubes de gaz en 2014 Possédée en totalité Exploitation de Nord par BASF AF (plus Stream et de Yamal via des grand groupe de joints ventures chimie au monde). Exploitation de Nord Entreprise leader Stream Gazprom lui a fournit 7,1 milliards de Signature d'un accord de 2ème fournisseur de mètres cubes de gaz coopération à long terme gaz naturel en France en 2014 dans le secteur du gaz et de pour les particuliers l'électricité Italie leader sur le marché italien de l'énergie Gazprom lui a fournit 21,7 milliards de mètres cubes de gaz en 2014 Exploitation du gazoduc Blue Stream via une joint venture (16 milliards de mètres cubes par an) Royaume Uni Leader sur le marché des hydrocarbures au Royaume Uni Gazprom lui a fournit 10,1 milliards de mètres cubes de gaz en 2014 Accord signé pour la construction de Nord Stream 2 Botas Turquie Leader sur le marché du gaz en Turquie Gazprom lui a fournit27,3 milliards de mètres cubes de gaz en 2014 Accord pour la fourniture du gaz en Turquie Gasunie Pays-Bas Leader sur le marché du gaz au Pays-Bas Gazprom lui fournit 10% de son gaz Accord signé pour la construction de Nord Stream 2 OMV Autriche Leader en Autriche Gazprom lui fournit 70% de son gaz Accord signé pour la construction de Nord Stream 2 ENI Royal Dutch Shell L’objectif est ici de rendre les entreprises européennes dépendantes de Gazprom pour les utiliser par la suite comme un levier d’influence sur les différents gouvernements Européens, notamment en s’appuyant sur les divisions existantes au sein de l’Europe. Les différents pays européens ont du mal à mettre en place des politiques communes et donc à mettre en place des sanctions communes face à Gazprom, cette dernière ayant un rôle trop important dans l’économie de certains pays européens (100% dépendante) et qui ne peuvent pas se permettre les conséquences de la mise en place de sanctions contre cette entreprise. Toujours dans une logique d’influence, Gazprom souhaite être connu de tous en Europe, et pas uniquement dans le secteur de l’énergie. L’entreprise cherche à renvoyer une image positive auprès des populations européennes. 16 Pour ce faire, l’entreprise est devenue un sponsor à part entière dans le domaine du football auprès d’équipe comme Chelsea (Angleterre) ou encore le FC Shalke 04 (Allemagne). Gazprom est également un partenaire officiel de l’UEFA Champions League et de la FIFA jusqu’en 2018 (C’est d’ailleurs la Russie qui accueillera la coupe du monde de football en 2018) 36. Cette stratégie permet à Gazprom de faire en sorte que le plus grand nombre d’Européens se familiarise avec le nom de l’entreprise afin d’être habitué à sa présence au quotidien et notamment lors des grands évènements sportifs (qui rassemblent des millions de personnes). Le choix du monde du football n’est pas anodin, il permet à Gazprom de soigner son image auprès du grand public et d’avoir une influence sur les événements footballistiques qui peuvent générer certains bénéfices économiques ou encore politiques à la Russie et cela lui permet d’accroître son influence en Europe. Par ailleurs, Gazprom est un groupe, il existe un Gazprom Media qui possède des chaînes de télévision, des radios, des agences de presse écrite, des productions de cinéma 37 etc. Gazprom Media fait partie des groupes de médias les plus importants en Europe, or lorsque l’on connaît la proximité de l’entreprise avec le Kremlin, il s’agit ici d’une arme à part entière pour étendre l’influence de la Russie en Europe. Gazprom est le « bras armé » de la Russie. Cette entreprise lui permet d’étendre son influence, via la création de certaines formes de dépendance, pour contrôler les pays européens et lutter contre l’influence américaine sur le continent. Cette stratégie permet à la Russie d’avoir un levier d’action pour contrer certaines décisions européennes, qui lui sont défavorables, pouvant être orchestrées par les Etats-Unis. Les « terres rares » et autres métaux stratégiques futures armes de la Russie ? Comme nous l’avons vu au début de ce document, la Russie dispose d’énormément de ressources naturelles sur son territoire. La Russie a donc mis en place une stratégie d’accroissement de puissance basée sur les matières premières stratégiques présentes sur son sol et notamment via l’exportation de cellesci. Pour rappel, la Russie disposerait de 20% des réserves de « terres rares » connues dans le monde ainsi que beaucoup de métaux stratégiques (tableau page 3). Le terme « terres rares » désigne 17 métaux, dont les propriétés sont exceptionnelles, qui ne sont pas substituables et qui sont utilisées dans la fabrication de nombreux produits dans des secteurs extrêmement stratégiques comme la haute technologie, la santé, l’armement etc. Les « terres rares » représentent donc un enjeu majeur pour l’avenir, et les différents pays du globe l’ont bien compris (la Chine, par exemple, avait mis en place un quotas pour limiter l’exportation de ses « terres rares »). Il nous paraît pertinent de faire la liste de ces « terres rares » et des secteurs dans lesquels elles sont utilisées afin de bien mesurer les enjeux associés : Il est donc évident que les « terres rares » représentent un enjeu stratégique pour l’avenir car l’acteur qui aura le monopole de ces « terres rares » disposera d’un levier extrêmement important en matière de domination et d’accroissement de puissance. La Russie en a bien pris conscience ainsi que du potentiel de son territoire. La Russie a donc mis en place une stratégie reposant sur le potentiel de son territoire en métaux stratégiques et son entreprise phare Gazprom : Depuis de nombreuses années Gazprom cherche à s’étendre en Russie notamment en rachetant des entreprises stratégiques russes : o L’entreprise a acquis 75% du producteur gazier Sibneft, qui est aujourd’hui devenu GazpromNeft, ainsi que 36,3 % des parts de la compagnie pétrolière Slavneft. 17 o Gazprom, via Gazprombank a acquis en 2007 l’entreprise Mosenergo (aujourd’hui Gmosenergo) qui était l’un des plus important producteur d’électricité en Russie. o Gazprom, toujours via Gazprombank, a investit massivement au sein du groupe pétrochimique russe Sibur. o Gazprombank détient des parts de la société « National Telecommunications Group (NTK) » leader en Russie, et participe à l’élaboration de sa stratégie. o Gazprombank a également investit dans l’entreprises NetByNet Group (NBN), le plus important fournisseur d’accès internet en Russie. o Gazprombank est à l’origine de la stratégie de l’entreprise Stroytransgaz (STG) qui est leader dans la construction d’infrastructure de grande ampleur dans le domaine du pétrole et du gaz et présente en Algérie, Syrie, Inde et Arabie Saoudite. Ces actions démontrent la volonté de Gazprom de pénétrer différents secteurs en Russie afin d’avoir la main mise sur le plus de secteurs stratégiques possibles (pétrole, gaz, électricité, télécoms, pétrochimie, infrastructure gazière et pétrolière). L’enjeu est majeur, car si l’ensemble des secteurs et des ressources stratégiques de la Russie sont entre les mains d’une seule entreprise, très liée au gouvernement, cela permettrait à ce dernier d’avoir un levier extrêmement important en matière de politique extérieure (nous retrouvons l’idée de porosité de la frontière entre le secteur privé et public aux Etats-Unis) : o Pression sur les entreprises stratégiques (opérant dans divers secteurs : Chimie, haute technologie, hydrocarbures etc.) des pays étrangers se fournissant en matières premières stratégiques en Russie via une entreprise détenue par Gazprom. o Influence de ces mêmes entreprises pour servir les intérêts russes. o Influence sur le cours des métaux stratégiques et des « terres rares ». o Levier diplomatique. o Possibilité d’enrayer la concurrence. Il est clair que le gouvernement russe cherche à tirer le maximum des richesses qu’offre son territoire et de son entreprise phare afin d’accroître sa puissance et venir tenir tête aux EtatsUnis. Les manœuvres informationnelles de la Russie Devant la stratégie américaine de promotion du gaz de schiste en Europe, pour contrer la dépendance de cette dernière au gaz russe, la Russie a entamé une véritable guerre de l’information pour la défense de ses intérêts économiques. Les principaux opposants au gaz de schiste en Europe sont bien sûr Gazprom, le gouvernement russe et les organisations de protection de l’environnement. C’est d’ailleurs, la notion de protection de l’environnement qui va être le fer de lance du lobby de ces acteurs. Dmitri Medvedev ; 1er ministre russe, a d’ailleurs déclaré que le gaz naturel était dix fois plus efficace que le gaz de schiste et que les pipelines existants (gérés en lien avec Gazprom) étaient insuffisants pour permettre l’essor possible de la consommation du gaz de schiste. Autrement dit, cela nécessiterait des investissements très couteux et un temps de mise en place trop important. 18 La technique de la Russie et de Gazprom va être locale dans un premier temps. L’Europe étant divisée sur la question du gaz de schiste et notamment au sujet de la technique de fracturation hydraulique, la Russie va effectuer du lobbying état par état afin de mettre en avant les répercussions environnementales de cette technique. En 2012, en Bulgarie, certains journaux ont explicitement accusé les bulgares pro-russes et la Russie d’être derrière tous les mouvements sociaux contre l’exploration du gaz de schiste qui ont aboutis à l’interdiction de l’exploration des gisements de gaz de schiste et le retrait du permis d’exploration accordé à l’entreprise américaine Chevron. Les services secrets russes sont fortement soupçonnés d’être derrière de nombreux mouvements écologistes en Europe, qu’ils instrumentaliseraient pour lutter contre l’exploration de gisements de gaz de schiste en Europe. En 2014, Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN, a directement accusé Moscou d’être derrière les mouvements d’opposition au gaz de schiste afin de maintenir la dépendance de l’Europe vis à vis de la Russie 38 : o o « La Russie, dans le cadre de leur information de pointe et d’opérations de désinformation, est engagée activement avec les organisations dites non gouvernementales – qui œuvrent contre le gaz de schiste - pour maintenir la dépendance européenne au gaz russe importé » « Les rangs des militants anti-gaz de schiste largement infiltrés par des agents russes ». Ces propos sont à analyser sous différents angles : Il ne serait en effet pas étonnant que la Russie cherche à instrumentaliser différentes organisations non gouvernementales (ONG) pour remporter cette guerre de l’information autour du gaz de schiste Europe (Les lobbys américains ont utilisé ce genre de techniques dans le passé pour affirmer que le tabac n’était pas dangereux pour la santé par exemple). Mais il ne faut pas perdre de vu que les Etats-Unis exercent un important contrôle sur l’OTAN (créée au départ dans le but de contrer l’URSS) et qu’ils cherchent à promouvoir le gaz de schiste en Europe. Nous pouvons donc considérer ces propos comme étant une simple technique de désinformation dans le but de déplacer le débat sur un autre terrain afin d’orienter le public sur des questions d’éthique, de crédibilité des mouvements et des ONG, et non pas sur le terrain scientifique du gaz de schiste qui est le véritable sujet. Par ailleurs, la Russie va dénigrer le gaz de schiste de manière plus globale en passant par sa chaîne « Russia TV » (disponible partout en Europe) qui est son « bras armé » en termes d’influence et de guerre de l’information. La tactique russe consiste à attaquer selon différents angles. Elle s’appuie tout d’abord sur les dégâts environnementaux résultants de la technique d’extraction du gaz de schiste, notamment prouvés aux Etats-Unis. Ensuite, la chaîne va remettre en cause les statistiques et estimations américaines concernant le gaz de schiste en faisant appel à différents experts pour appuyer ses thèses. Les médias russes ont, par ailleurs, traité de la nomination, au conseil d’administration de la plus importante société gazière ukrainienne (Burisma Holdings), du fils du vice président américain Joe Biden. Cette société dispose des droits pour exploiter d’importantes réserves de gaz de schiste en Ukraine. Les médias russes ont alors dénoncé un conflit d’intérêt ainsi qu’un coup des Etats-Unis pour affaiblir la position de la Russie comme principal fournisseur de gaz de l’Union européenne. Ces déclarations ont obligé le porte parole de la Maison Blanche à s’exprimer afin de démentir tous liens entre l’administration Obama et cette récente nomination 39. Enfin, nous pouvons noter que la Russie, pour faire face aux Etats-Unis et à leur influence sur l’économie mondiale, a exprimé sa volonté de créer ses propres agences de notation pour lutter contre le monopole anglo-saxon dans ce domaine. Celle-ci souhaite également contourner le dollar dans ses futurs échanges avec la Turquie, ce qu’elle fait déjà dans ses 19 échanges avec la Chine. La Chine et la Russie font d’ailleurs toutes deux partie de l’Organisation de Coopération de Shanghai, organisation qui ne cache pas sa volonté de lutter contre l’influence des Etats-Unis dans le monde. Ces différentes actions démontrent la volonté de la Russie de remettre en cause l’hégémonie américaine et de développer sa puissance en passant notamment par une forme de contrôle sur l’Union européenne. Conclusion Nous assistons donc à une véritable bataille économique que se livrent les deux empires, notamment sur le continent européen qu’ils cherchent tous deux à contrôler. Chacun utilisant ses armes (influence, dépendance énergétique etc.) afin de développer sa puissance tout en affaiblissant les positions de l’adversaire (sanctions économiques, guerre de l’information etc.). Cet affrontement géoéconomique est loin d’être terminé, il risque d’ailleurs de s’accentuer au fil du temps. Il est certain que l’avenir apportera d’autres manifestations de cette guerre économique. Alexis Pinon 20 1 Pascal Gauchon, Emission « Géopolitique, sommes nous en guerre économique », 9 mars 2015, http://www.revueconflits.com/geopolitique-le-debat-rfi-sommes-nous-en-guerreeconomique/ consulté le 20 octobre 2015 BDC AEGE, Victor Bernard, Prédrag Cvijic, Laura Fort, Manuel Gangloff, Romain Moreau, « Russie : Quelle stratégie de puissance », Décembre 2006, Page 3 2 BDC AEGE, Thomas Bonnecarrere, Nelly Dubois, Florentin Rollet, Olivier Soula, « Le cas des Etats-Unis », Mars 2011 http://bdc.aege.fr/public/Intelligence_Economique_et_strategique_Le_cas_des_Etats_Uni s.pdf 3 Site du « National Economic Council », consulté le 30 novembre 2015, https://www.whitehouse.gov/administration/eop/nec 4 Wikipédia, « Classement des pays par population carcérale » , consulté le 30 novembre 2015, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_population_carc%C3%A9rale 5 Libération.fr, « Un an de brutalité policière raciste aux Etats-Unis », 6 août 2015, http://www.liberation.fr/planete/2015/08/06/un-an-de-brutalite-policiere-racisteaux-etats-unis_1358109 6 Lapresse.ca, « États-Unis: le taux d'obésité «intolérablement élevé» », 4 septembre 2014,http://www.lapresse.ca/vivre/sante/201409/04/01-4797231-etats-unis-le-tauxdobesite-intolerablement-eleve.php 7 Cairn.info, Pratiques et Organisation des Soins, « Le système de santé des Etats-Unis » Avril 2009, Page 309, https://www.cairn.info/revue-pratiques-et-organisation-dessoins-2009-4-page-309.htm 8 9 C. Harbulot, Sabordage, Edition François Bourrin, 2013, pages 70-71 10 Pascal Gauchon, « Géopolitique : sommes nous en guerre économique », rfi.fr, 9 mars 2015 http://www.revueconflits.com/geopolitique-le-debat-rfi-sommes-nous-en-guerreeconomique/, consulté le 20 octobre 2015. 11 C. Harbulot, Sabordage, Edition François Bourrin, 2013, page 71 BDC AEGE, Victor Bernard, Prédrag Cvijic, Laura Fort, Manuel Gangloff, Romain Moreau, « Russie : Quelle stratégie de puissance », Décembre 2006, Page 3 12 Advantour.com, « Les ressources naturelles, l’écomonie de la Russie », http://www.advantour.com/fr/russia/economy/natural-resources.htm 13 Cairn.info, Russie et matières critiques, Avril 2011https://www.cairn.info/revuegeoeconomie-2011-4-page-109.htm 14 21 15 Le dessous des cartes ; Arte ; Russie, moyenne puissance, 5 août 2014, https://www.youtube.com/watch?v=UyVQPPwpBtQ, consulté le 18 octobre 2015. 16http://atlas.media.mit.edu/en/visualize/tree_map/hs92/export/rus/all/show/2013/ 17 Reuters France, « L’économie Russe montre de nouveaux signes de faiblesse », 22 octobre 2014, Consulté le 19 octobre 2015. 18 Thierry Pouch ; « Les guerres agricoles », Manuel d’intelligence économique 2nd édition, Presses Universitaires de France, 2015 page 80-81 19 « Edito : L’influence américaine dans le dispositif européen du TTIP » 5 novembre 2014, Infoguerre.fr, http://www.infoguerre.fr/culture-et-influence/edito-linfluence-americaine-dansle-dispositif-europeen-du-ttip-5544 Ladoc.ffi.fr, « La présence et l’influence des lobbies américains à Bruxelles », http://ladoc.ffii.fr/lobbying_americain_bruxelles.pdf 20 Ladoc.ffi.fr, « La présence et l’influence des lobbies américains à Bruxelles », http://ladoc.ffii.fr/lobbying_americain_bruxelles.pdf 21 22 Le Journal du Net, Les entreprises qui dépensent le plus en lobbying à Bruxelles, 6 octobre 2014, http://www.journaldunet.com/economie/magazine/lobbying-europe.shtml strategies.fr, « Le lobbying fait recette à Bruxelles », 6 octobre 2014,http://www.strategies.fr/actualites/marques/244717W/le-lobbying-fait-recettea-bruxelles.html 23 Consilium.europa, « EU restrictive measures in view of the situation in Eastern Ukraine and the illegal annexation of Crimea », 29 juillet 2014, http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/EN/foraff/144159 .pdf 24 Français.rt, « Les Etats-Unis imposent de nouvelles sanctions à la Russie », 30 juillet 2015, https://francais.rt.com/international/5085-etats-unis-sanctions-russie-crimee 25 26 Sputniknews.fr, « Les USA interdisent à l'UE de se rapprocher de la Russie (média allemand), 22 janvier 2015, http://fr.sputniknews.com/international/20150122/203475012.html 27 La Croix, « Les sanctions contre la Russie ont déjà coûté 21 milliards d'euros à l'UE (ministre espagnol) », 9 février 2015, http://www.la-croix.com/Actualite/EconomieEntreprises/Economie/Les-sanctions-contre-la-Russie-ont-deja-coute-21-milliards-d-euros-al-UE-ministre-espagnol-2015-02-09-1278464 Lemonde.fr, « Gazoduc South Stream : pourquoi la Russie a décidé de jeter l’éponge », 2 décembre 2014, http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/12/02/gazoducsouth-stream-pourquoi-la-russie-a-decide-de-jeter-l-eponge_4532731_3234.html 28 22 29 Conférence de presse : « sommet Europe-Etats-Unis », mercredi 26 mars, Bruxelles. 30 The New York Times, « The Case for Natural Gas Exports », 15 août 2012, http://www.nytimes.com/2012/08/16/opinion/the-case-for-natural-gas-exports.html, consulté le 05 octobre 2015. Site de l’U.S Energy Information Administration, http://www.eia.gov/todayinenergy/detail.cfm?id=11611# 31 10 juin 2013, Pacteurope.fr, « Lobbying shale gas in Europe »,Mai 2012,http://www.pacteurope.eu/pact/wp-content/uploads/2012/06/Lobbying-shalegas-in-Europe.pdf 32 33 Sputniknews.fr, « Gaz de schiste en Europe: Chevron jette l'éponge », 24 février 2015, http://fr.sputniknews.com/international/20150224/1014873268.html, consulté le 10 octobre 2015 Reportage sur la vente d’Alston, intervention de Eric Denécé et Jean-Michel Quatrepoint, « La vente d'Alstom, histoire d'une guerre économique », 24 octobre 2015, https://www.youtube.com/watch?v=88cZestFj9c&feature=youtu.be 34 35 « L’Europe et Gazprom: la puissance par le droit », 29 avril 2015, http://www.teloseu.com/fr/globalisation/leurope-et-gazprom-la-puissance-par-le-droit.html, consulté le 26 octobre 2015 36 37 Gazprom-football, https://www.gazprom-football.com/en/Home.htm Gazprom-Media, http://www.gazprom-media.com/en/about Contrepoints.org, « La Russie travaille en secret avec les écolos contre la fracturation hydraulique », 21 juin 2014, http://www.contrepoints.org/2014/06/21/169641-larussie-travaille-en-secret-avec-les-ecolos-contre-la-fracturation-hydraulique 38 39 Knowckers.org, « Polémiques en cascade sur le gaz de schiste entre les Etats-Unis et la Russie », 3 novembre 2014, http://www.knowckers.org/2014/11/polemiques-en-cascade-surle-gaz-de-schiste-entre-les-etats-unis-et-la-russie/ Source humaine : - Interview de Nicolas Mazzucchi, Directeur de Polemos Consulting, Professeur associé à l’Ecole de Guerre Economique, 26 octobre 2015. 23