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hiver 2009/2010 chf 8.– / € 6.– n°89 SEXY XMAS! L’axe du luxe Genève – Lausanne – Gstaad – Verbier TRAJECTOIRE eN vUe L’INVITÉ Par Melinda MARCHESE Photo Jean REVILLARD/REZO «Le cONfOrmisme amBiaNT m’affLiGe» Ténor du Barreau genevois, marc Bonnant dénonce le relâchement et la lassitude de notre société. De son verbe légendaire, l’avocat livre son regard sur un monde qu’il dit ne plus être le sien. U ne odeur de fumée flotte dans la pièce. Marc Bonnant s’en excuse. «Nous pouvons ouvrir les fenêtres si vous le souhaitez.» L’ancien bâtonnier a reçu Trajectoire dans son étude, nichée dans une belle bâtisse en Vieille-Ville genevoise. Avec humour et courtoisie, il démontre ses talents d’orateur totalement «libre de sa parole». L’an dernier, vous annonciez publiquement votre refus d’éteindre votre cigarette dans les bistrots genevois malgré l’interdiction. Vous vous êtes montré plus discret lors de la deuxième votation en 2009. Regrettez-vous vos propos? Je ne regrette en aucune manière ce que j’ai dit. On m’a demandé mille fois depuis lors de m’exprimer sur le tabac. Je crois avoir éclusé les possibles d’un argumentaire. Je comprends parfaitement l’impératif de santé publique, mais je trouve absurde qu’une loi empêche des gens de bonne compagnie, qui en sont d’accord, de fumer. Du temps où cette interdiction n’existait pas, je n’allumais pas une cigarette sans m’assurer auprès de ma voisine, qu’elle n’y voyait pas d’inconvénient, réservant aux femmes des égards que les hommes ne m’inspirent pas. Mais comment vous comportez-vous à présent dans un établissement public? Je fume nécessairement moins, je ne veux pas mettre les aubergistes dans l’embarras. Vous vous opposiez à cette loi au nom de la liberté individuelle. Craignez-vous pour l’avenir de ce principe? Pour l’instant, on proscrit beaucoup de choses; puis on prescrira. Peu à peu, la liberté s’étiole. Nous nous croyons plus libres que nos pères, nous le sommes infiniment moins. Nous sommes sexuellement plus libres, on s’envoie en l’air dans la gaieté. Mais il y a cinquante ans, les journalistes, les pamphlétaires ou les écrivains se permettaient des violences et des cruautés qui aujourd’hui donneraient lieu à des sanctions immédiates. La liberté d’expression est limitée, non parce que l’Etat intervient. Elle advient par une sorte de jeu d’alignement des consciences. Tout le monde pense la même chose. Cette censure par la conscience collective se révèle infiniment plus difficile à combattre. On peut combattre l’Etat ou les juges, mais pas le nombre. Chacun devrait s’exprimer davantage? Je suis, naturellement, pour une totale liberté d’expression. Mais la parole accueillie de tous devient la parole insignifiante de chacun. Toutes paroles ne sonnent pas de même manière, ni ne portent une même autorité. Aujourd’hui, une personne ayant acquis un type de notoriété hors l’exercice de l’intelligence et de la culture intervient au titre de cette notoriété sur la scène publique pour prendre position. C’est ainsi que Madame Béart a des opinions sur les flux migratoires, que Loana se prononce sur Stendhal… tout TraJecTOire 18 Hiver 09/10 le monde se prononce sur tout! Navrante cacophonie. Dans l’ordre de l’intelligence, il y a de nombreux usurpateurs et d’innombrables bouffons. De même, les journalistes interrogent des inconnus sur tout sujet. «Que pensez-vous de la castration des obsédés sexuels ou de la chute du mur de Berlin? Et Monsieur, qui n’en pense strictement rien parce que l’intelligence n’est pas son fort, hasarde quelques platitudes; immédiatement l’animateur le met en relation avec une autre idiote, une rombière, elle aussi ignare, qui trompe son ennui en découvrant le bonheur, croit-elle, de penser. Cette manière de solliciter l’opinion de tous est réputée un raffinement de la démocratie. Pour moi, elle ne fait que dévaloriser la pensée. Que les intellectuels pensent, que les sportifs suent, que les chanteurs chantent, et que les imbéciles fassent des rondes. La nature a créé une multitude d’êtres inutiles; grand Dieu, pourquoi leur donner la parole? Vous semblez en colère contre la société. J’ai la nostalgie d’un monde qui n’est plus, c’était le mien, celui qui m’était familier. Quand, soudainement, nous sommes sortis de la «galaxie de Gutenberg» – pour reprendre la formule de McLuhan (Herbert Marshall, sociologue canadien, ndlr) – pour entrer dans la vidéosphère, j’ai eu le sentiment que je quittais le monde. Mais la fin de mon temps n’est pas la fin des temps, ni du temps. D’autres êtres naissent, ils ont une autre grammaire, d’autres codes, d’autres rêves et images. Le fait que je n’entende rien à leur discours ne me fait pas nier qu’ils en aient un. Que regrettez-vous de «votre monde»? Un récent sondage en France demandait à la jeunesse quelle était son ambition: 70% des jeunes interrogés veulent devenir fonctionnaires. Croyez-vous que ce soit par passion de la fonction publique? Est-ce le frémissement de vivre au guichet? Non. C’est le statut et sa permanence qui sont ici voulus. Une jeunesse qui vise la sécurité est une jeunesse déjà morte. Ma génération voulait TraJecTOire 19 Hiver 09/10 reNcONTre HORLOGERIE Par William TÜRLER Photos Nicolas RIGHETTI/REZO «si Je pOUvais resTer DaNs L’OmBre, Je Le ferais!» franchise que Thierry Stern a reçu Trajectoire dans sa manufacture où travaillent près de 1’100 personnes. Interview. Nommé cet été à la présidence de patek philippe, Thierry stern compte poursuivre l’œuvre de son père et évoque la solidité de l’entreprise familiale. rencontre à la manufacture de plan-les-Ouates. A 39 ans, vous accédez, au même âge que votre père à son époque, à la tête de Patek Philippe. Etait-ce voulu? Non, c’est une pure coïncidence! En fait, nous nous en sommes rendu compte après ma nomination. C’est un hasard amusant. Tout votre parcours professionnel s’est déroulé au sein de Patek Phillipe. Avec le recul, qu’auriez-vous fait différemment? Je n’ai qu’un seul regret, celui de ne pas avoir travaillé quelque temps dans une autre entreprise, où je n’aurais pas été considéré comme le «fils du patron». Par exemple hors du secteur horloger. Certes, je dis cela aujourd’hui. A l’époque, je ne voulais en aucun cas quitter un certain confort pour recevoir des coups de pied au derrière… a u-delà du discours promotionnel, tout connaisseur sait bien que Patek Philippe réalise «les plus belles montres du monde»… On connaît en revanche encore peu la personnalité de celui qui vient de prendre les rênes de la société genevoise, dont le chiffre d’affaires est estimé à 800 millions de francs pour une production annuelle d’environ 40’000 pièces. Avez-vous le temps de mener d’autres occupations en dehors de votre travail? Malheureusement non… Entre mes voyages à la rencontre de nos détaillants et de nos clients à travers le monde et mes deux enfants âgés de 6 et 8 ans, il ne me reste que très peu de temps libre. Je préfère le passer au calme, en famille. Je n’ai pas besoin de mener d’innombrables activités pour pro- Au siège de Plan-les-Ouates – qui vient d’être agrandi de 14’000 m2 – on découvre un jeune patron surbooké, mais néanmoins disponible, assez éloigné de l’image que l’on pourrait se faire du successeur désigné d’un tel empire familial. C’est avec jovialité et TraJecTOire 22 Hiver 09/10 BiO express Thierry Stern «Je n’ai pas un profil universitaire, mais plutôt de terrain.» Après avoir terminé une école de commerce à Genève, Thierry Stern a suivi une formation accélérée d’une année à l’Ecole d’horlogerie du canton, puis s’est frotté à la réalité du travail de production au sein des ateliers d’habillement de l’entreprise familiale. Comme son père et son grand-père avant lui, il est ensuite parti à New York pour s’occuper des relations avec les 120 détaillants que la société compte aux Etats-Unis. Il a ensuite travaillé dans tous les départements de la société horlogère avant d’occuper le poste de responsable création de 1998 à 2003, désormais sous la responsabilité de sa femme Sandrine, qui l’a épaulé dans ce rôle durant plusieurs années. «Cela me permet aujourd’hui de savoir précisément en quoi consistent toutes les étapes de la production d’une montre, jusqu’à la vente finale au client», souligne l’intéressé. reNcONTre HORLOGERIE Patek Philippe mouvoir notre marque ou mon ego. Si je pouvais rester dans l’ombre, je le ferais! Notre philosophie ne change pas: nos seules stars, ce sont nos montres. Quelles vont être vos grandes orientations en termes de management dans les années à venir? Dans l’ensemble, je vais poursuivre dans la continuité le travail de mon père. C’est l’un des avantages d’une entreprise familiale: nous n’avons pas besoin de «justifier» un nouveau poste par des changements de cap juste pour faire plaisir aux actionnaires. Notre entreprise a toutefois beaucoup grandi. Elle compte aujourd’hui 1’300 employés sur Genève, contre 500 lorsque nous avons emménagé ici à Plan-lesOuates en 1996. Cela implique forcément d’adapter notre gouvernance et de nous ouvrir au monde extérieur. C’est pourquoi nous avons nommé au poste de directeur général Claude Peny, un ancien d’ABB. Haut Chronographe à Quantième Annuel Lancé lors de Baselworld 2009, le «Chronographe à Quantième Annuel» pour homme s’est rapidement imposé comme un classique des montres à complications Patek Philippe. Prix: CHF 60’000.– Bas Ladies First Chronograph Destiné exclusivement aux poignets féminins, Le «Ladies First Chronograph» a été dévoilé début novembre dans le cadre de l’inauguration des Salons Patek Philippe de la place Vendôme à Paris, qui viennent d’être entièrement rénovés. Prix: CHF 75’000.– Pour chaque département, je m’entoure de spécialistes. Je sais que je ne suis pas un expert en finance ou en vente. En revanche, grâce à mon parcours et à mes origines, je suis le mieux placé pour comprendre l’ADN de Patek Philippe. Précisément, cet ADN, comment le définiriez-vous? Il n’y a pas de recette miracle. Comme le dit mon père, qui demeure président d’honneur, on le «sent» lorsque l’on a tenu quelques milliers de modèles dans la main. J’ai beaucoup appris en assistant à des ventes aux enchères ou en discutant avec Arnaud Tellier, conservateur du Patek Philippe Museum. Un mot peut cependant résumer la multitude de détails qui fondent l’essence de notre marque: l’intemporalité. Prévoyez-vous de faire évoluer votre design dans les années à venir? Notre marge de manœuvre est extrêmement réduite en termes de design. Le créateur doit TraJecTOire 2 Hiver 09/10 Photo ci-contre Thierry Stern «Nos seules stars, ce sont nos montres.» savoir qu’il n’est là que pour une courte période, alors que la montre dure. C’est pourquoi tous les plus grands designers ne pourraient pas travailler pour nous. Il y a une frontière extrêmement bien définie entre une montre «fashion» et une montre intemporelle qui peut traverser les générations sans devenir obsolète. Les évolutions restent bien sûr possibles. Il y a une quinzaine d’années, j’avais par exemple proposé des cadrans gris, plutôt que blancs. Et en ce qui concerne les matériaux? Nous continuerons à privilégier les matériaux nobles, tels que l’or ou le cuir. Nous produisons quelques modèles en acier et en matière composite pour les bracelets, mais ils restent minoritaires. Si nous misions davantage sur ce type de modèles, nous ferions sans doute un carton sur le court terme, mais il serait très difficile par la suite de revenir vers le noble. Est-ce la raison pour laquelle vous avez moins souffert que de nombreuses autres marques durant la crise? Notre chiffre d’affaires est en effet demeuré stable par rapport à celui de 2008, qui était une année record. Mon père a senti très tôt que le secteur ne pouvait pas grimper sans cesse et que cela allait finir par exploser. Nous avons donc commencé à diminuer notre production dès la fin de 2007 et à stocker chez nous en prévenant nos détaillants que nous allions moins les livrer. Cela nous a permis de renoncer à tout licenciement et de conserver entier notre savoir-faire. Il faut toutefois souligner que si nos ventes sont restées stables, le nombre de pièces écoulées a quant à lui diminué, surtout pour nos prix de départ, c’est-à-dire les modèles compris entre 10’000 et 11’000 francs. Nous avons en contrepartie connu une forte accélération pour les pièces compliquées. Je pense que cela s’explique par le fait qu’en temps instables les gens ne savent pas où investir leur argent et recherchent les valeurs les plus sûres. A combien s’élève votre production annuelle? A environ 40’000 pièces, dont 30’000 pour les montres mécaniques et 10’000 pour les modèles à quartz. Comment voyez-vous l’avenir de votre marque? Je souhaite que notre entreprise ne soit pas perçue comme une «machine» commerciale à faire de l’argent, mais comme la garante d’un savoir-faire et d’une qualité typiquement suisses. C’est pourquoi je vais m’atteler à rassembler dès que possible toutes les connaissances accumulées autour de notre société depuis plus de 170 ans, puis les faire informatiser. Bien sûr, je souhaite aussi que notre croissance se déroule dans les meilleures conditions. J’évoque souvent l’image du lapin qui, dans la publicité, dure plus longtemps. Comme lui, nous devons voir plus loin que les autres… —— TraJecTOire 25 Hiver 09/10 HORLOGERIE SÉLECTION Par Siphra MOINE-WOERLEN DIAMANT… VOUS AVEZ-DIT DIAMANT? Symbole d’éternité, le diamant nous ensorcèle toujours autant. L’art complexe du sertissage et de la taille nous offre des variations des plus luxueuses. Coup de cœur en cette fin d’année pour ces modèles, véritables joyaux de l’horlogerie. Piaget «Limelight Pièce Exceptionnelle» Illuminée par 538 diamants, cette montre alterne subtilement les tailles brillant et princesse dans une ronde resplendissante qui met en valeur son extrême finesse. Prix: CHF 890’000.- Ralph Lauren Authentique et raffinée, cette montre est entièrement conçue en or blanc et somptueusement pavée de diamants. Pas moins de 297 gemmes ornent boîtier et couronne. Prix: CHF 29’700.- «Joaillerie 101 Feuille» A l’occasion du 80 ème Anniversaire du calibre 101, est apparue la montre Feuille. Ses lignes végétales rehaussées de diamants brillant et baguette cachent le calibre 101. Bijou à part entière, la coiffe en forme de feuille se soulève pour dévoiler la course du temps. «Kalla Haute Couture à Secret» Œuvre d’art à part entière, cette montre-bijou est dissimulée sous les rideaux scintillants de 28 diamants taille «Flamme». La pièce étire sa silhouette gracile sur deux fines lanières de 120 diamants. Prix: CHF 955’000.- «Stirrup Small» Jaeger-LeCoultre Vacheron Constantin Zenith «ChronoMaster MoonPhase El Primero» La femme Zenith rêve d’un ciel étoilé avec cette montre parée entièrement de diamants sur sa boîte, et de nacre aux reflets changeants sur son cadran. Prix: CHF 63’000.- Prix: sur demande TRAJECTOIRE 26 Hiver 09/10 Bell & Ross «Instrument BR01 Airborne 672» Century Mélange subtil de quelques 672 diamants. La sobriété des diamants noirs sur la boîte et l’éclat des diamants blancs de la tête de mort jouent le clairobscur en offrant un contraste saisissant. (Edition limitée à 99 pièces) «Dragon Stone Skeleton Master Imperial» A l’occasion de ses 10 ans, Century crée ce modèle exceptionnel équipé d’un sublime mouvement squeletté main. Sous les rayons de lumière, cette montre se métamorphose en une œuvre d’art étincelante avec ses 247 diamants taille baguette. Prix: CHF 43’000.- Prix: CHF 280’000.- Bertolucci «Gioco» en or blanc Pavée de 362 diamants, cette montre exceptionnelle d’une forme structurée et surprenante est issue de l’heureux mariage entre la haute-joaillerie traditionnelle et la fantaisie féminine. (Edition limitée à 5 pièces) Chanel «Première» en or blanc et diamants Son nom «Première» est un gage d’éternité. Serti de 589 diamants, le temps n’a pas de prise sur ce modèle inédit d’une rigueur contemporaine avec un charme rétro typique des années 30. Prix: CHF 74’000.- Prix: CHF 52’140.- Concord Chopard Cette version élégante du chronographe C1 est sertie de 142 diamants taille baguette. Cette pièce somptueuse est présentée sur un bracelet en caoutchouc noir, rehaussé d’une boucle en or blanc. Entièrement sertie de diamants taille brillant et parée de ses 56 diamants taille baguette, cette montre tout or blanc nous emporte dans son tourbillon d’éclat et de lumière. «C1 Chronograph Baguette» «Montre Haute Joaillerie» Prix: CHF 484’200.- Prix: sur demande TRAJECTOIRE 27 Hiver 09/10 mODe LINGERIE Par Sylvain MENÉTREY UN LUxe (DéLicieUsemeNT) iNDéceNT agent provocateur, la marque de lingerie so british, capable d’affoler internet avec ses vidéos licencieuses et le Tout-Genève avec ses spectacles de lingerie, lance une collection grand luxe où soie, cuir et cristaux swarovski convergent pour raviver le désir hivernal. D epuis l’an dernier, un boudoir noir et rose avec des vendeuses déguisées en secrétaires guindées dans des robes trop moulantes pour faire la dactylo, perchées sur des talons vertigineux et maquillées comme des effigies d’avions de chasse fait la nique au calvinisme genevois. A l’intérieur, on trouve de quoi faire tourner de l’œil aux visages de pierre du Mur des Réformateurs: brassières, Baby Dolls, nuisettes, porte-jarretelles, soutiens-gorge, cache tétons, corsages, redresse seins, dégoulinade de tulle, orgie de dentelle et déluge de soie… A découvrir, une série de corsets en bandelettes de cuir clouté d’inspiration bondage, de guêpières en dentelle Leavers incrustées de cristaux Swarovski ou d’étoles en vison qui élèvent le style Agent Provocateur à un degré couture plus délicieusement indécent que jamais, aussi bien du point de vue du style maison close que des prix pratiqués. Mais Sigrun Waehner, responsable communication de la marque pour la Suisse, n’a aucun doute quant au succès d’entreprise: «Je pense qu’en quelques jours tout sera vendu. De nouvelles mini-collections de ce type sont prévues pour les mois suivants.» Fondée en 1994 par Joseph Corré, fils d’ascendance punk de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren et son ex-compagne Serena Rees, Agent Provocateur n’a consisté d’abord qu’en une petite boutique irrévérencieuse dans le quartier de Soho à Londres. Dès l’origine, Corré voit les femmes comme des «super-héroïnes» à la sensualité débordante et son atavisme familial ne peut que se réjouir de titiller la pudibonderie anglaise. Il ne s’en privera jamais, lançant des produits plus coquins les uns que les autres à l’image de ce baume qui raffermit les tétons, grand succès chez ses clientes apprenties geishas. Avec des codes rétro, une imagerie puisée dans le Hollywood des grandes années, un goût pour le burlesque et l’exubérant, Agent Provocateur, puisque c’est du maître anglais de la lingerie chic qu’il s’agit, redonne depuis quinze ans envie aux femmes de s’habiller en dessous. Cet hiver, la marque, pourtant déjà positionnée dans le très haut de gamme, lance une collection capsule exclusive baptisée Soirée dans une sélection de boutiques. Genève fait partie des heureuses élues. TraJecTOire 38 Hiver 09/10 TraJecTOire 39 Hiver 09/10 TraJecTOire 0 Hiver 09/10 mODe LINGERIE Chez Agent Provocateur, le sexe et ses oripeaux ne se prennent pas au sérieux et le happening est souvent au rendez-vous comme lors de la finale du Concours d’icônes féminines de la marque, en 1995, lorsque les 12 finalistes sont sorties dans la rue en lingerie pour brandir des pancartes: «Plus de S&M et moins de M&S», une insolence destinée à la lingerie de supermarché de type Marks & Spencer. Sans vraiment s’assagir, la marque s’est néanmoins développée tout autour du globe. Elle compte aujourd’hui près de 50 points de vente à travers le monde. L’inauguration de la boutique genevoise a donné lieu à un show détonnant de lingerie au cabaret Maxim’s avec des mannequins qui ondulaient fouet à la main. La marque s’est également fait une spécialité des spots publicitaires hypnotiques diffusés majoritairement sur internet, à l’instar de ce film de 2001, ahurissant d’érotisme, dans lequel Kylie Minogue, en dessous, fait du rodéo au ralenti sur un siège capitonné de velours fuchsia. Mais tout n’est pas rose au royaume de la lingerie haut de gamme. En 2006, Joseph Corré et Serena Rees ont dû laver leur linge sale en public après que celle-ci l’eut quitté pour l’ancien musicien des Clash, Paul Simonon. L’année suivante, Corré a vendu son fleuron au fonds d’investissement 3i pour 135 millions de francs tout en demeurant à la direction artistique de la marque jusqu’en octobre de cette année. Désormais, c’est Sarah Shotton qui a pour mission de faire perdurer l’esprit non conventionnel d’une lingerie aussi suave que décapante. —— TraJecTOire 1 Hiver 09/10