Corpus mixte : L`ivresse amoureuse Paul Verlaine, II

Transcription

Corpus mixte : L`ivresse amoureuse Paul Verlaine, II
Corpus mixte : L'ivresse amoureuse
3 poèmes :
Paul Verlaine, II Bacio :
1844-1896 : 19ième siècle.
Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !
Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Des doux refrains qu'Amour chante en les coeurs ardents
Expire avec la moue en ton pli purpurin...
Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses !
Qu'un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique.
Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser !
Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
volupté non pareille, ivresse inénarrable !
T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines :
Salut ! l'homme, penché sur ta coupe adorable,
Sois bénin, et pour prix, sur les lèvres mutines
S'y grise d'un bonheur qu'il ne sait épuiser.
D'Une que je connais, Baiser, descends, et ris.
Baudelaire, Les Fleurs du mal :
CVII. - Le vin du solitaire
1857 : 19ième siècle
Le regard singulier d'une femme galante
Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;
Garde au cœur altéré du poète pieux ;
Le dernier sac d'écus dans les doigts d'un joueur ;
Tu lui verses l'espoir, la jeunesse et la vie,
Un baiser libertin de la maigre Adeline ;
- Et l'orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Les sons d'une musique énervante et câline,
Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux !
Semblable au cri lointain de l'humaine douleur,
Le serpent qui danse
Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!
Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.
Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.
A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,
Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur!
Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.
Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,
2 images :
« L’ivresse de Noé » par Giovanni Bellini
, Musée de Besançon
Ecole romaine17e siècle, Faune au verre de vin, (C) RMN / Gérard Blot. Musée Fesch, Ajaccio
Un poème lu :
20ième siècle.
http://www.youtube.com/watch?v=vWXxMEysRVI
Sur internet, sur You tube, cette vidéo sonore a été transférée par Lucie Saint Janet le 15 février 2011. C’est
le poème de Paul Eluard, Prête aux baisers résurrecteurs. C’était un poète français né à Saint-Denis (18951952).
Pauvre je ne peux pas vivre dans l'ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T'entendre nue et te voir nue
Pour abuser de tes caresses
Par bonheur ou par malheur
Je connais ton secret pas cœur
Toutes les portes de ton empire
Celle des yeux celle des mains
Des seins et de ta bouche où chaque langue fond
ET la porte du temps ouverte entre tes jambes
La fleur des nuits d'été aux lèvres de la foudre
Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout en gardant cette pâleur de perle morte
Tout en donnant ton cœur tout en ouvrant tes jambes
Tu es comme la mer tu berces les étoiles
Tu es le champ d'amour tu lies et tu sépares
Les amants et les fous
Tu es la faim le pain la soif l'ivresse haute
Et le dernier mariage entre rêve et vertu.
Question de synthèse :
Comment l'ivresse intervient-elle dans l'amour et avec quels procédés ?
L'intérêt de ce corpus est de mettre en relation plusieurs documents que nous avons regroupés ici et qui
proviennent de siècles divers.
Dans ce corpus mixte que nous avons créé, le but est d'étudier les différents poèmes avec les différentes peintures et
sonorités choisies tout en répondant à notre problématique. Il faut ainsi trouver des points communs entre toutes ces
œuvres qui pourraient montrer le lien entre l'ivresse et l'amour ainsi que les conséquences physiques et morales de
l'ivresse.
Ici le point commun est donc l'ivresse amoureuse, tous nos documents évoquent l'amour et le vin.
Dans les peintures le vin est représenté par une grappe de raisins et l'amour, souvent par la nudité d'une personne. En
général, la personne est représentée allongée. Dans le tableau de Bellini la personne allongée semble ivre, elle est entourée
de plusieurs personnes qui sont à ses soins alors que dans le tableau de Blot la personne semble pensive, ivre également,
elle est solitaire, ce qui se rapproche du poème de Baudelaire, Le vin du solitaire.
Dans les poèmes, nous cherchons à faire trouver les conséquences de l'ivresse, comment elle intervient dans l'amour. Dans
le poème de Verlaine, « l'homme » est toujours ivre, mais heureux, dans Le vin du solitaire, il est heureux de se saouler
sans s'épuiser, cependant le champ lexical de l'amour y est encore présent. Dans le serpent qui danse, le poète est
amoureux d'un vin de bohème, car il compare l'eau de la bouche d'une femme à ce vin.
Dans le poème lu qui a des tendances érotiques, le poète est ivre d'une femme.
Betül Ö. et Clarisse P.