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écoNomIe Notre-dAme-des-LANdes et sI L'Aéroport de reNNes se crAshAIt ? r. Joly Le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes va-t-il tuer celui de Rennes-Saint-Jacques ? C’est l’une des nombreuses questions posées par ce gigantesque projet, qui avance dans la discrétion, malgré les nombreuses critiques qu’il suscite. Un rapport de l’Agence d'urbanisme de rennes Métropole évoque le devenir de l'aéroport. Avec NotreDame-des-Landes, la plateforme rennaise pourrait être en danger à long terme. 42 23 octobre. Le conseil régional de bretagne est réuni pour voter l a co nv e n t i o n d e financement du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Situé à une cinquantaine de minutes en voiture au sud de rennes, il est destiné à remplacer la plate-forme nantaise à l'horizon 2017. Europe écologie demande un vote à bulletin secret. 47 élus sur 83 disent « oui » à l’octroi d’une enveloppe de 29 millions d'euros. Seules six voix manquent pour obtenir la minoLe Mensuel Mensuel/décembre 2010 www.LeMensuel.com rité de blocage. La majorité du socialiste Jean-Yves Le Drian s'est déchirée. Preuve du scepticisme ambiant. Pendant la campagne des régionales, en mars dernier, le président de la région, candidat à sa succession, n’a cessé de déclarer que Notre-Dame-desLandes ne concernait pas la bretagne. Une manière d’éviter le sujet qui fâche. Le vote au conseil régional a démontré le contraire. La région est directement concernée par la future plate-forme. Ses promoteurs l'ont baptisé « aéroport du grand Ouest ». Sa zone de cha- landise touchera six millions d’habitants. Malgré les critiques qu’il suscite (pertinence, impact écologique…), le projet avance. 565 millions d'euros de financement des collectivités viennent d'être promis. La disparition ? « Faux pour les 15 ans à venir » Parmi les questions soulevées par l’impact de Notre-Dame-des-Landes : la survie de l’aéroport de rennes-SaintJacques. Disposer de deux plate-formes aériennes distantes de 80 km est-il pro et anti-aéroport bAtAILLe d'ArGumeNts pour contrE > capacité L'aéroport de Nantes est saturé. Le seuil des quatre millions de passagers devrait être dépassé avant 2017. La nouvelle structure pourra accueillir neuf millions de passagers. > sécurité Le survol du centre-ville de Nantes et de secteurs fortement urbanisés à moins de 500 m d'altitude sera limité. Les habitants seront préservés du bruit. > avenir Notre-Dame-des-Landes sera l'un des dix aéroports à vocation internationale en France. Ouverture du grand Ouest vers le centre de l'Europe via des liaisons longue distance. Il touchera une zone de chalandise de six millions de personnes dans un rayon de deux heures de route. > economie création de 4 000 emplois directs et indirects liés au chantier. 3 250 emplois générés sur la zone aéroportuaire. > développement urbain L'espace de l'aéroport actuel de Nantes sera libéré. 610 ha seront disponibles pour de nouvelles activités en zone urbaine. > capacité Le trafic augmente car les avions s'agrandissent. Le chiffre des décollages et atterrissages, en revanche, reste stable. L'aéroport de Nantes-Atlantique est utilisé au tiers de sa capacité. L'aérogare peut accueillir un flux de 4,5 millions de passagers. > sécurité Il est possible d'éviter le survol des zones urbaines denses en changeant l'orientation de la piste existante. > avenir Le contexte économique, géopolitique, environnemental, ne favorise pas la croissance du transport aérien. L'avenir est aux « hub », ces carrefours aériens (Londres, Francfort, Paris), vers lesquels les passagers seront acheminés en TGV. > economie Emplois agricoles détruits. Avenir de l'agriculture de proximité compromis sur le secteur. > environnement Destruction des dernières zones de biodiversité exceptionnelles de Loire-Atlantique. Espèces d'insectes remarquables et population d'amphibiens importante. pertinent ? Au grand étonnement de Gaëlle rougier, conseillère régionale d'Europe écologie, « les services de réflexion de la région considèrent que Notre-Dame-des-Landes n'aura aucun effet sur les autres aéroports. Mais ils n'ont pas réalisé d'étude économique, environnementale... Ils disent cela au 2030, on peut être plus pessimiste... » ces considérations ne semblent pas altérer l’optimisme de l’actuel responsable de l’aéroport. En janvier, le conseil régional a confié la gestion de rennes et de Dinard à un groupement des chambres de commerce et d'industrie (ccI) de rennes-Saint-Malo et « Au-delà de 2030, on peut être pessimiste » Ronan Viel, de l’Agence d'urbanisme de Rennes Métropole doigt mouillé. » Sur son site internet, l'Acipa, une association opposée au projet, évoque pourtant un risque de disparition pure et simple de l'aéroport rennais. Délirant ? « c'est certainement faux pour les quinze ans à venir », tempère ronan Viel, auteur d'une étude sur le devenir de l'aéroport rennais pour l'Agence d'urbanisme de rennes Métropole (Audiar). Et après ? « Au-delà de à l'entreprise Vinci. Guy canu, président de la ccI rennaise, affichait à cette occasion l'ambition de « placer rennes et la région sur l'échiquier de la compétitivité internationale » (Ouest-France du 5 janvier 2010). D’ici à 2024, il table sur une augmentation de 37% du trafic pour rennes et de 30% pour Dinard. Sans orientation plus précise. Face à l’avènement de Notre-Dame- A quand une desserte ferroviaire de Notre-dame-des-Landes depuIs reNNes ? L es techniciens l'affirment : un grand aéroport tel que NotreDame-des-Landes ne peut être viable sans connexion à d'autres modes de transport. L'heure est aux plate-formes « intermodales ». En clair, le train doit desservir directement l'aérogare pour rendre l'équipement performant. La Région Bretagne a d’ailleurs soumis son financement à la création d'une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Rennes et Nantes, via Notre-dame-des-Landes. Le conseil régional a acté sa subvention. Le projet est inscrit au Schéma national des infrastructures de transport (Snit). Tous les feux sont donc au vert. Réseau ferré de France (RFF) indique que ses services étudient les tracés possibles. Une chose semble sûre : « On ne pourra pas faire du neuf avec de l'ancien », explique Xavier Rhoné, directeur régional du réseau. Autrement dit, il est peu probable que les deux voies actuelles, passant par Redon et Châteaubriant, soient utilisées. Il faudra donc construire une nouvelle ligne, dont RFF affirme ne pas avoir chiffré le coût pour l'instant. L'entreprise indique que des tracés seront soumis au débat public en 2013. Un délai qui fait doucement rigoler les détracteurs de Notre-Dame-des-Landes. Car les nouveaux grands axes ferroviaires sont soumis à l'avancement de ce qu'on appelle le « barreau sud de Paris ». C'est la rocade ferroviaire à laquelle toutes les grandes lignes régionales en projet devront être raccordées. Et, pour l'heure, RFF piétine pour acquérir le foncier nécessaire dans la banlieue parisienne. Le projet prend énormément de retard. Il pourrait décaler la mise en service d'une ligne vers Notre-Dame-des-Landes. des-Landes, l’Audiar préconise, de son côté, une « spécialisation » de la plateforme rennaise, susceptible d’assurer sa survie commerciale : « Une stratégie de développement spécifique centrée sur les niches de trafic les plus porteuses s'avérera déterminante (lowcost, fret...). » Une spécialisation d’autant plus importante que la mise en service d’une ligne de TGV pourrait placer la nouvelle infrastructure à une demi-heure de rennes (lire ci-dessus). De quoi rendre sa voisine obsolète. A moins que Vinci, gestionnaire à la fois de Saint-Jacques et de Notre-Damedes-Landes, joue la complémentarité et évite la concurrence entre « ses » deux aéroports. c'est ce qu'aurait confié le directeur de rennes-Saint-Jacques aux syndicats en septembre*. Des propos accueillis avec circonspection. *La direction de l’aéroport n’a pas souhaité répondre à nos questions. Xavier Thierry [email protected] Le Mensuel/décembre 2010 www.LeMensuel.com à savoir Quarante ans plus tard… 1965 L'Etat recherche un site afin de créer un aéroport pour le grand Ouest. 1974 Création d'une zone d'aménagement différé sur le site. La société d'économie mixte de l'aéroport a droit de préemption sur toutes les transactions immobilières. 2000 Le gouvernement décide de relancer le projet, tombé dans l'oubli. décembre 2002-Mai 2003 Débat public. 2006 Enquête publique. 2008 Décret déclarant le projet d'utilité publique. 2010 Vinci est le concessionnaire retenu pour la gestion de l'aéroport durant 55 ans. 2013 Démarrage prévu des travaux. 2017 Mise en service prévue de l'aéroport. 43