Etude lexicologique et pragmatique de l`oeuvre romanesque de
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Etude lexicologique et pragmatique de l`oeuvre romanesque de
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ECOLE NORMALE SUPERIEURE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES BOUZAREAH DEPARTEMENT DE FRANÇAIS ETUDE LEXICOLOGIQUE ET PRAGMATIQUE DE L’ŒUVRE ROMANESQUE DE TAHAR DJAOUT MEMOIRE DE MAGISTER PRESENTE PAR : AHMED BOUALILI SOUS LA DIRECTION DE : MME ABBES KARA YASMINE, MAITRE DE CONFERENCES DISCIPLINE : SCIENCES DU LANGAGE ALGER 2003/2004 Remerciements Je tiens à remercier Mme Abbès Kara Yasmine pour le soutien qu’elle m’a apporté et pour m’avoir initié à la statistique linguistique. Je lui exprime ma gratitude pour m’avoir guidé dans ce travail et de n’avoir ménagé ni son temps, ni son savoir, ni sa patience pour que ce travail arrive à son terme. Je remercie également ma fiancée Nassima, qui a été toujours à mes côtés pour me soutenir, mes parents, mes frères et sœurs, et tous mes amis. 2 Je dédie ce travail à ma mère… 3 Je suis le déterreur de l’histoire insoumise et de ses squelettes irascibles enfouis sous vos temples dévastateurs. Je ne cautionnerai jamais vos cieux incléments et rétrécis où l'anathème tient lieu de credo, je ne cautionnerai jamais la peur mitonnée par vos prêtresbandits des grands chemins qui ont usurpé des auréoles d'anges. Je me tiendrai hors de portée de votre bénédiction qui tue, vous pour qui l'horizon est une porte clouée, vous dont les regards éteignent les foyers d'espoir, transforment chaque arbre en cercueil. Je suis de L’AUTRE RACE, celle des hommes qui portent jusqu’aux tréfonds de leurs neurones des millénaires de soleil. Tahar Djaout 4 1 INTRODUCTION 1.1 Littérature maghrébine d’ « écriture » / d’ « expression » française 1.2 L’œuvre littéraire de Djaout 1.3 Problématique 1.4 Le corpus 1.4.1 Préparation des données textuelles. 1.4.2 L’analyse lexicométrique 1.4.2.1 La fonction contexte 24 1.4.2.2 La fonction concordance 1.5 25 Plan de travail 5 1.1 Littérature maghrébine d’ « écriture »/ d’« expression » française Nous distinguons entre littérature maghrébine d’écriture française et celle d’expression française dans la mesure où, selon Mouloud Mammeri 1 , on ne saurait parler de cette dernière car ce que fait l’écrivain maghrébin, c’est écrire selon un modèle. Quand il veut s’exprimer, dans son œuvre, il préfère utiliser des tournures syntaxiques calquées sur sa langue maternelle ou, le plus souvent, se réfugie dans le lexique des langues « minorées » par la présence du français. Au-delà des taxinomies préétablies que des auteurs comme Jean Déjeux ou Nadjet Khadda ont soulignées, nous pouvons parler de deux grandes étapes dans la littérature maghrébine : la littérature maghrébine d’écriture française et celle d’expression française. Nous considérons comme littérature d’écriture française l’ensemble des œuvres littéraires où les auteurs ont fait de la langue française une langue de « nécessité » pour rendre compte de leur état de colonisé et de leur statut social. La littérature d’expression française, quant à elle, est la littérature dont les représentants ont fait leur la langue française en y introduisant de nouveaux procédés aussi bien syntaxiques que lexicaux. Ces auteurs ont opté pour la langue française et l’ont adoptée et assumée pour exprimer leur différence. Cette littérature « a affirmé l’autonomie de son énonciation à partir du moment où [elle] n’a plus été le dire d’un lieu anarchique pour une lecture en lieu autre (…). »( Bonn, « Traversée » 58) 1 Cf. Mouloud Mammeri, Entretien avec Tahar Djaout, Edition Laphomic, Col. Itinéraires, 1987. 6 Parmi les trois générations que distingue Nadjet Khadda 2 , nous incluons les deux premières dans la littérature d’écriture française. La génération des « pères fondateurs » (1920-1950) dont les thèmes traitent surtout de l’ « assimilation » a choisi la parole dans la langue de l’autre plutôt que l’aphasie. Les auteurs de cette génération choisirent « la langue étrangère plutôt que le mutisme (…) Leur français, bien maîtrisé, n’avait presque pas de résonance culturelle, il était sans mémoire ou presque, ce qui pouvait permettre un débat politique mais plus difficilement une expression artistique, n’étant pas une langue de désir juste une langue de nécessité. » (Khadda, « La Littérature » 19) Nous voyons bien que cette littérature servait de moyen de dénonciation de l’inégalité entre le colonisateur et le colonisé. La langue utilisée est pratiquement identique à la langue standard dans la mesure où les écrivains voulaient être compris par le colonisateur. L’objectif premier de cette littérature était la nécessité d’être lu par un public auquel on s’adresse avec ses mots et sa syntaxe. L’après-guerre a constitué, en Algérie, l’élément déclencheur de la littérature engagée au service de la lutte contre le colonialisme. Le roman maghrébin apparaît comme un moyen de lutte et d’engagement. Pourtant il reste encore empreint d’ethnographie, d’où les réactions mitigées quant à son réel potentiel. C’est le roman de la génération de la « consécration » (1950 – 1970). Cette génération est, elle aussi, à intégrer dans la littérature d’écriture 2 les Nadjet Khadda distingue trois générations d’écrivains maghrébins : pères fondateurs, la génération de écrivains engagés. 7 la consécration et enfin les maghrébine mais elle constitue le point d’ancrage de la littérature d’expression française. Les auteurs de cette génération sont les précurseurs de cette dernière. En effet, des auteurs comme Mouloud Mammeri ou Kateb Yacine ont exprimé leurs intentions d’introduire dans la langue française l’expression de leurs sentiments en faisant intervenir, dans leurs textes, des procédés syntaxiques et lexicaux empruntés à leurs langues maternelles. Ainsi Mammeri disait-il : « Je serai très heureux d’écrire en berbère. Je sais qu’il y a des choses, des musiques, que je rendrai infiniment mieux en cette langue qu’en nulle autre (…) Jean Amrouche disait qu’il concevait et raisonnait en français, mais qu’il ne pouvait pleurer qu’en berbère, Jean Amrouche l’avait sucé avec le lait de Fadhma Ait Mensour(…)Mais aucune langue apprise ne pouvait remplacer en lui les musiques ancestrales, tissées dans ses veines ».(« La Cité » 48-9) Et à Kateb d’ajouter : « J’exprime C’est-à-dire en français moi, ce lorsque qui je me n’est mets pas à la français. table de travail, je me cherche, je cherche cette Algérie perdue (…) J’écoute, je parle arabe…immédiatement, je retrouve cette sensibilité…mais racines arabes ou écrivant berbères qui français, sont encore j’ai mes vivantes (...) ».(qtd. In Jeune Afrique n°324) Cette littérature se veut engagée. Néanmoins, elle a soulevé de part et d’autre de la Méditerranée des réactions diverses. Pour les Français cette littérature prouve que la politique d’assimilation a donné ses fruits et ces écrivains en sont une preuve incontestable. Pour les Algériens de l’époque, 8 « ces écrivains ne pouvaient être représentatifs de la société algérienne, parce qu’ils se servaient de la langue française et non de l’arabe, parce qu’ils étaient édités en France ou parce qu’ils recevaient des prix étrangers. En outre, du fait que ces œuvres nouvelles étaient appréciées en France, elles ne pouvaient servir le mouvement national en vue de l’indépendance, et les articles, dithyrambiques de certains critiques français rendaient Algériens. public automatiquement Enfin, les français, les romans romanciers bref, en suspects écrivaient concluait-on, à ces pour un pour faire plaisir au colonisateur. » (Déjeux, « Littérature » 11) Cependant, ajoute Jean Déjeux, « louangeurs et contempteurs, pessimistes et sceptiques se trompaient positions dans étaient la mesure où extrémistes. leurs Mais, prises silence de ou surenchère, qu’importe ! Une littérature originale était née. On devait s’apercevoir assez vite qu’il s’agissait d’une littérature de dévoilement, de contestation, et bientôt d’une littérature nationale de combat. » (14) Ceci dit, N. Khadda affirme : « avec ces auteurs des années 50, le matériel verbal cesse d’être d’investigation instrumental et donner à pour devenir la culture objet et à l’inconscient un champ d’action élargi. Leur écriture commence alors à entretenir des relations électives avec l’enfance (via la scolarité) et donc à devenir langue de l’inscription mnémonique du sujet. Langue du désir, même 9 si le désir est contrecarré par un propos idéologique de résistance. » (20) Cette prise de conscience qui va se traduire par une écriture réinventée, surtout dans le domaine lexical, va donner naissance à la littérature d’expression française. Cette littérature sera véhiculée par la génération de la post-indépendance de 1970 à 1990. Cette dernière, désillusionnée par l’indépendance, renouvelle la littérature maghrébine. Frustrée, elle tente de retrouver un équilibre entre la langue de l’autre et sa langue propre. Ses auteurs « s’attachent à exhiber et à habiter cet entre-deux pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des mythes d’unicité originelle et pour se faire les chantres du brassage universel et du mélange. D’où cette bilangue, pour reprendre l’expression de Khatibi, qu’ils élaborent explicitement. intériorisée A et partir d’un d’une langage langue étrangère originel adultéré, l’écriture fait naître une nouvelle histoire, brisant les cercles fermés des anciennes cultures, manifestant un rapport de forces mouvantes et enregistrant le déplacement des enjeux du bilinguisme. » (Khadda 21) Tahar Djaout, qui fait partie de cette génération, a contribué, d’une manière plus radicale que celle de ses prédécesseurs, au bouleversement de la syntaxe et du lexique de la langue française. Son œuvre est expression de « désir », désir de refaçonner cette langue, de l’épouser et de la rendre sienne. De 1970 à 1990 beaucoup d’écrivains ont continué dans ce processus constitutif d’une « écriture novatrice », qui dénonce le régime et se met en quête d’une identité éclatée. Ces écrits sont faits pour exorciser les terreurs passées, celle de l’enfance ou de l’adolescence. 10 Écrire aussi pour tenter de ramasser les morceaux d’une identité reniée et dénoncer le régime qui a brouillé tous les repères identitaires et instauré la tyrannie. Selon Nadjat Khadda et Charles Bonn, cette littérature est une « attente du public » : « On aurait tort (…) de traduire les textes maghrébins parus comme autour des années 1970 à de simples manifestations d’opposition, ce sont au contraire des textes du malentendu, car l’insistance sur l’opposition correspond surtout à une attente du public.» (Khadda ; Bonn 13) Beaucoup d’écrits participent à cette dynamique d’opposition. Le thème de la mémoire trahie devient de plus en plus essentiel : Rachid Boudjdra écrit L’Insolation (1972), M. Dib publie La Danse du Roi (1968), puis Dieu en Barbarie (1970) et Le Maître de Chasse (1973), Nabile Farès aussi développe un discours d’opposition en forme de « farce décapante » dans Mémoire de l’Absent (1974), Un Passager de l’Occident (1971) et L’Exil et le Désarroi (1976). Ces écrivains traitent différents thèmes : les vices de la société, les tabous, les faux dévots, la mémoire confisquée, l’identité déchirée… en prenant soin de convoquer un lexique propre à la société dans laquelle évoluent leurs œuvres. N. Khadda et Ch. Bonn ajoutent : « Les repères critique se traditionnels sont effondrés des lecteurs dans les et de la bouleversements mondiaux apportés par les années 80. Pour nombre de ces lecteurs, la littérature maghrébine se définissait simplement par sa référence à un espace géographique ou social à la lecture plus savante des critiques à tel ou tel idéologique. discours, notamment La défaite des idéologies a ruiné bien des classifications, comme le discours institué. Et sur ses ruines, le réel dans la 11 trivialité est à nouveau l’objet de l’attention des écrivains. » (19) Djaout intervient au cours de cette période en publiant plusieurs textes empreints d’un lexique particulier et d’une syntaxe rénovée. Ses préoccupations étaient celles des autres écrivains de cette génération. Pourtant il a su les traiter d’une façon particulière en faisant référence aussi bien à ses aînés qu’à ses contemporains, en utilisant un lexique et des procédés lexicaux rendant compte de sa thématique et de son état d’esprit. Poète insoumis, il utilise le langage avec bonheur pour créer des textes ironiques afin d’accuser tout pouvoir castrateur ou ni le poète ni son écriture ne plient devant le danger. Par une écriture rebelle et récalcitrante, Djaout développe une stratégie scripturale dans ses romans qui relève d’une déconstruction systématique des stéréotypes lexicaux et syntaxiques traditionnels et des tabous sociaux. Dans les années 1990-2000, un nouveau genre littéraire va jaillir en Algérie pour mettre en exergue le quotidien algérien face à un nouveau phénomène qui est le terrorisme. Beaucoup d’écrivains vont s’engager par leurs écrits afin de dénoncer l’horreur et le terrorisme imposés par le fanatisme et l’extrémisme. Les romans de cette décennie reproduisent l’image de l’actualité algérienne devant laquelle les romanciers ne peuvent pas être indifférents. C’est le réel algérien qui se traduit dans les œuvres littéraires de cette décennie de sang. R. Mokhtari affirme : « ces textes sont irrigués par une eau qui a pour nom l’Algérie, ancrés dans ce territoire, développent des thèmes intimement liés à l’actualité nationale chargée d’images hallucinantes d’horreur. métaphorique, pas une production qui Le réel n’élude l’Algérie et [ne soit] identité déchirée. » (« Graphie » 17-8) 12 au L’importance de l’immédiat social de l’Algérie et la manière selon laquelle des écrivains conçoivent le processus du changement de la réalité a rendu nécessaire le passage des thèmes classiques à une nouvelle écriture nommée « la graphie de l’horreur ». Ce renouvellement thématique s’est accompagné par une révolution au niveau de la langue. En effet, les bouleversements réalisés au plan du contenu ont été accomplis en parallèle à une mutation au plan de la forme. Djaout a contribué à ce mouvement à travers son roman posthume Le Dernier Été de la Raison. Ce texte marque une double rupture, tout d’abord au niveau de la thématique en introduisant un thème jusque-là non traité par l’auteur, à savoir l’extrémisme religieux ; ensuite au niveau de la forme dans la mesure où le texte est construit sous forme de chronique journalistique. Consacrons-nous à présent à l’œuvre littéraire de Djaout pour retracer l’évolution thématique de ses textes. 1.2 L’œuvre littéraire de Djaout Né à la veille de la guerre de libération nationale (11 janvier 1954), Djaout va couver une verve révolutionnaire. Témoin de la désillusion post-indépendance, il sera sur tous les fronts pour rendre compte de ce désenchantement. De formation scientifique, Tahar Djaout a su s’imposer dans l’univers littéraire algérien, au Maghreb et ailleurs. En effet, ce natif d’Azzeffoun, village de la Kabylie maritime, après des études brillantes en mathématiques, se consacre à la littérature et au journalisme. Diplômé en sciences de l’information et de la communication de l’Université de Paris II en 1985 et journaliste professionnel depuis 1976, Djaout intervient souvent dans les débats culturels, politiques et linguistiques de l’Algérie. Il est responsable de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire « Algérie-Actualité » entre 1983 et 1984. Il fonde, en 1992, l’hebdomadaire « Ruptures ». Il est victime d’un attentat le 25 mai 13 1993 devant son domicile à Alger. Il décèdera le 02 juin 1993 suite à des blessures graves. Ses péripéties journalistiques, jalonnées de productions littéraires, consacreront sa place d’écrivain maghrébin. En dix-huit ans de parcours littéraire, Djaout a multiplié les textes en vers et en prose. Il entame son parcours par la poésie, passage presque inévitable pour tout écrivain. Il publie son premier recueil intitulé Solstice Barbelé en 1975, suivi de L’Arche à Vau-l’Eau en 1978 et Insulaire & Cie en 1980. En 1981 est édité son premier roman, L’Exproprié. Janine FèveCaraguel dit : « L’exproprié n’est ni un roman ni un poème. Ce serait plutôt un texte qui aurait décidé de jouer la contradiction entre l’un et l’autre. L’univers en est chaotique et son agencement apparaît comme un agglomérat de discours hétérogènes et de lieux glissant les uns sur les autres. » (« Parcours » 60) Cette affirmation laisse entendre que le poème n’est pas pour autant abandonné. D’ailleurs, en 1982, un troisième recueil est publié : L’Oiseau Minéral. En 1984, Djaout publie un recueil de treize nouvelles, Les Rets de l’Oiseleur, dont « Le Reporter », une nouvelle qui se veut une réflexion sur le travail du journaliste et celui de l’écrivain au sens littéraire. La même année, on découvre le deuxième roman de Djaout, Les Chercheurs d’Os. C’est un roman qui retrace les aventures d’un adolescent qui quitte pour la première fois son village à la recherche des ossements de son frère aîné mort pendant la Révolution. Cette quête qu’il entreprend en compagnie d’un adulte de sa famille, Da Rabah, revêt une dimension psychanalytique et le roman s’inspire de la réalité historique de l’après-indépendance. En 1987, L’Invention du Désert, troisième roman de Djaout, est publié aux éditions du Seuil. Le narrateur qui a pour tâche d’écrire l’histoire de l’islam médiéval suit les 14 pérégrinations d’un personnage historique, Ibn Toumert, figure emblématique de la dynastie des Almohades. Théologien et prêcheur du Moyen Age, notre personnage se trouvera, en l’espace d’une page, transporté dans le Paris du XXème siècle, « autre désert (...), [celui] de l’incommunicabilité »(qtd. In Tcheho 219-20), « en plein ChampsÉlysées, parmi les touristes nordiques et japonais » (Djaout, « L’Invention » 50). Le narrateur se heurtera rapidement à l’impossibilité d’écrire cette Histoire et devra se réfugier dans ses souvenirs de voyage entrecoupés par des rêves d’enfance. D’ailleurs, L’Invention du Désert « associe (…) de manière à la fois évidente et souterraine, une enfance villageoise et le fabuleux destin des Almoravides » (Pélégri, « Des mots » 24) face à la dynastie des Almohades conduite par Ibn Toumert. Ce rapport est exprimé par l’auteur lui-même : « Qui sait si ce n’est pas à partir de ce village que tu as commencé, il y a très longtemps, à t’intéresser aux Almoravides ? A t’intéresser à l’utopie de la pureté — qui ne possède nul sanctuaire hors l’enfance qui te harcèle. » (« L’Invention » 201) Le dernier roman de Djaout avant son assassinat, Les Vigiles (1991), relate les mésaventures d’un inventeur d’un métier à tisser, Mahfoud Lemdjad, confronté aux tracasseries administratives et à l’appareil bureaucratique. Ce texte est une critique acerbe de ceux qui pour « avoir libéré cette terre (se) confère(nt) (…) le droit de tant peser sur elle, de confisquer aussi bien ses richesses que son avenir. » (Djaout, « Les Vigiles » 111) Ce cri de détresse est celui du bouc émissaire Menouar Ziada à qui on fit imputer la responsabilité des problèmes rencontrés par l’inventeur désormais « national » primé à l’étranger. Menouar Ziada échappe à cet appareil par des 15 visites dans son passé d’ancien villageois avant de venir s’installer en ville. Cette échappatoire est salvatrice des machinations de la ville et du discours des officiels imprégnés des clichés de la langue de bois que Djaout reprend ironiquement dans un article de presse : « A la suite groupuscules des manifestations d’étudiants, le provoquées Secrétariat par national des de l’Union générale des travailleurs a tenu une réunion mardi. Il marquée éléments a par analysé un la climat tendancieux situation de politique troubles œuvrant pour dus les à actuelle certains intérêts de l’impérialisme, de la réaction et de leurs valets, et proclamant des slogans allant à l’encontre de la marche et de la continuité de la Révolution. » (156) Enfin, il faut signaler que deux ouvrages de Tahar Djaout ont été publiés à titre posthume. Il s’agit d’un roman, Le Dernier Été de la Raison (1999), et d’un recueil de poésie, Pérennes (1996). Le roman s’inspire de l’actualité algérienne après les élections de 1991 avec une touche d’imaginaire de la part de l’auteur qui prévoyait un scénario-catastrophe. L’histoire a pour cadre une ville (Alger, peut-être) soumise au dictat de «l’ordre nouveau » et des « Frères Vigilants ». Le personnage central, Boualem Yekker qui signifie littéralement « le porte-étendard s’est levé » ou « l’intellectuel s’est levé » est un libraire qui essaie de préserver son activité envers et contre tous, sa famille même étant contre lui. Le Dernier Eté de la Raison se veut une résistance, le dernier rempart contre les obscurantistes et le dernier bastion de la raison. La dernière phrase du roman révèle la détresse de l’auteur: « Le printemps reviendra-t-il un jour ? » Outre la poésie, les nouvelles, les romans et les articles de presse, Djaout a participé à plusieurs travaux anthropologiques et artistiques ; il a écrit, entre autres, deux essais : Les 16 mots migrateurs, Anthologie poétique algérienne et Mouloud Mammeri, entretien avec Tahar Djaout. 1.3 Problématique Dans la mesure où « toute manifestation verbale (...) a la faculté (...) de communiquer ses intentions aux éléments du langage intégrés dans ses visées sémantiques et expressives, et de leur imposer des nuances de sens précises, des tons de valeur définie » (Bakhtine, « Esthétique » 112), l’œuvre littéraire est à considérer, à la fois, comme une œuvre esthétique et comme un lieu de questionnements sur la langue suggérés par les priorités syntaxiques, stylistiques et lexicales de l’auteur déterminant ses visées pragmatiques. Notre hypothèse est que le lexique de Tahar Djaout renferme des stratégies discursives mises au point par l’auteur afin de construire et de défendre une thématique particulière. Il s’agit, pour nous, de nous intéresser au lexique, de montrer comment celui-ci sous-tend la portée pragmatique du discours de l’auteur et ses intentions. Nous chercherons à déterminer l’existence de connexions entre les différents textes composant notre corpus à travers des procédés lexicaux et partant, par quelle nomenclature lexicale s’établit cette connexion. Comment cette nomenclature échappe-t-elle à sa sérialité pour arriver à tisser des liens thématiques entre les divers textes du corpus ? Comment s’instaure le dialogue entre les textes pour faire resurgir des thèmes spécifiques à l’aide d’un lexique particulier ? Où se situent les points de rencontre des cinq textes que nous nous proposons d’étudier ? 17 Nous tenterons de voir, à travers les différents procédés lexicaux utilisés, comment Djaout actualise le travail sur la langue ? car « on peut (...) créer le mot-slogan, le mot-injure, le mot-louange, etc. » (Bakhtine 112). En effet, le travail sur la langue ne peut se faire sans un choix délibéré d’un lexique qui traite d’une réalité donnée répondant aux préoccupations de l’auteur et sans une certaine énonciation sur cette réalité, rendant ainsi compte de sa stratégie discursive. Effectivement, mis à part l’intonation qui concerne l’énoncé oral, « les éléments fondamentaux qui organisent la forme de l’énoncé sont (...) le choix du mot [et] sa disposition au sein de l’énoncé complet. » (Voloshinov, In Todorov 304) Au demeurant, écrire en français est un choix douloureux mais c’est un mal nécessaire. Djaout ne se résigne pas pour autant à un emploi normatif de la langue française mais nourrit un désir particulier de réinventer cette langue. A propos de son rapport à la langue française, Djaout répond dans un entretien que le français, pour lui, c'est deux choses : « D'abord la langue scolaire, c'est-à-dire la première langue que j'ai apprise de manière normative. Ensuite, la désacralisation. Il y a des choses très violentes que je dis en français que je n'aurais pas dites en arabe ou en berbère, parce que, alors, il y aurait tout un vécu qui aurait affleuré, des tas de tabous que ces langues entretiennent encore inconsciemment en moi. Le français, qui est pour moi une sorte de langue neutre, qui n'a pas d'attache affective, est un merveilleux outil de travail où il n'y aura rien de sacré. » (qtd. In Tcheho 221) La langue française est donc un moyen de briser les tabous et de braver les interdits que la langue maternelle ne saurait accomplir. 18 Cependant, elle est aussi un écueil pour l’expression des sentiments profonds de l’auteur. Il écrivait dans une lettre à un de ses amis à propos de poèmes qu’il aurait écrits : « Les trois derniers (…) ne sont même pas en français : deux sont en kabyle et un en arabe. Encore ce foutu problème de langue ; tu vas me dire que c’est là une considération anachronique et stérilisante. Mais c’est un problème qui me colle parfois aux méninges comme une grippe meurtrière… » (ADISEM, « Vols ») Partant, il écrit en français pour vaincre les mutismes et les interdits et il enrichit cette langue par des procédés empruntés aux langues en présence au Maghreb pour exprimer l’ineffable et l’indicible en français standard. En effet, on ne saurait nier le fait que l’œuvre de Djaout soit traversée, au-delà de la syntaxe, par le lexique de sa langue maternelle, le berbère, mais aussi de l’arabe, de l’anglais et de l’espagnol. Cette utilisation du lexique témoigne du travail sur la langue, mais également de la nécessité d’ajouter au français une substance qu’il ne comprenait pas, à savoir une substance nord-africaine permettant l’appropriation et l’apprivoisement de cette langue. Il s’agit donc, pour nous, de cerner certains éléments de la langue djaoutienne, en partant d’une étude lexicale. Nous nous inscrivons, pour ce faire, dans l’analyse du discours et, plus particulièrement, dans l’analyse automatique du discours en adoptant une approche à la fois statistique, lexicologique et pragmatique. 1.4 Le corpus Le corpus que nous soumettons à l’étude est constitué d’écrits littéraires produits en langue française et dont la majorité est éditée au Seuil. Le travail littéraire de Djaout s’étend sur une période allant de 1975 à 1991. Son dernier roman intitulé Le Dernier Été de la Raison a été publié à titre posthume en 1999 aux éditions du Seuil. 19 Djaout a écrit durant une période marquée par l’après-indépendance et l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, qu’il appelle « l’ordre nouveau », et surtout par la montée extraordinaire de l’extrémisme et de l’intégrisme. Ce sont là les deux principales préoccupations de Djaout, rattachées à un devoir de mémoire qui incite à un retour au passé identitaire pour se ressourcer et s’élancer vers la modernité en s’inscrivant dans l’Algérie de « la famille qui avance », non de « la famille qui recule »(« La Famille »), selon les mots de sa dernière chronique. Les textes qui constituent notre corpus représentent cinq romans (L’Exproprié, Les Chercheurs d’Os, Les Vigiles, L’Invention du Désert et Le Dernier Été de la Raison). Ces textes qui représentent toute l’œuvre romanesque de Djaout ont été classés selon l’ordre chronologique des dates de publication pour pouvoir étudier l’évolution du vocabulaire, compte non tenu de la date de rédaction car « dans le contenu des ouvrages, il y a rarement coïncidence entre l’année de publication et l’année de rédaction. » (Abbès 24) Dans un premier temps, nous explorerons toute l’œuvre romanesque de Djaout afin d’étudier l’évolution du vocabulaire djaoutien et sa spécificité. Dans un deuxième temps, nous aborderons l’aspect implicite du lexique de l’œuvre romanesque à travers les thèmes dominants. 1.4.1 Préparation des données textuelles. Les textes qui constituent notre corpus ont été, en premier lieu, scannés selon les normes établies par Etienne Brunet dans le fascicule qui accompagne le logiciel Hyperbase. Pour plus d’informations, nous renvoyons le lecteur à ce texte. Cependant nous reprenons certains passages que nous jugeons élémentaires. Après avoir scanné l’ensemble de l’œuvre romanesque de Tahar Djaout, nous avons enregistré les données dégagées sous un format ASCII (ou texte seulement). Ainsi un fichier est-il créé. Le logiciel se chargera ensuite de la 20 pagination et de la partition si celles-ci sont absentes du fichier. Chaque carte ou page est composée d’environ 200 mots et l’ensemble du texte est découpé en dix parties de longueurs voisines. Deux conventions doivent être respectées pour que les autres opérations puissent avoir lieu : - D’abord, les parties doivent être précédées d’une ligne où l’on indiquera le titre en utilisant, devant et derrière, le symbole composite &&& (sans blanc) ; - Ensuite, les pages sont indiquées en ajoutant une ligne (au début de la page) et en y portant le numéro immédiatement précédé d’un code particulier (le symbole$). Exemple : &&&Les Vigiles&&& $1 texte de la page 1 $2 texte de la page 2, etc. Pour la préparation de la pile ou du programme, nous renvoyons le lecteur aux explications de Brunet dans son fascicule. Une fois effectué ce travail purement technique, une base hypertextuelle sur CD Rom appelée « DJAOUT.EXE » est prête à être exploitée. Avant d’entamer cette opération, il est utile d’éclaircir certaines notions. En effet, l’ « amateur » de la statistique et de l’électronique doit prendre en compte le fait que « l’hypertexte ou l’écriture non séquentielle sont des notions qui appartiennent depuis toujours à la littérature (…) mais les technologies informatiques de mise en rapport ont le mérite de renouveler le regard sur l’objet littéraire. » (Ferrand, « Banques » 15) Ceci dit, l’hypertexte peut être défini comme : 21 « un ensemble de données textuelles numérisées sur un support électronique, et qui peuvent se lire de diverses manières. nœuds Les données d’information sont — réparties équivalents à en des éléments ou paragraphes. Mais ces éléments, au lieu d’être attachés les uns aux autres, comme les wagons d’un train, sont marqués par des liens sémantiques qui permettent de passer de l’un à l’autre lorsque l’utilisateur les active. Les liens sont physiquement « ancrés » à des zones, par exemple à un mot ou à une phrase. » (14) Certes, nous pouvons dire que la machine est là pour faciliter le travail du chercheur, mais « l’œil humain doit toujours vérifier les produits de l’ordinateur » (Muller, « Une Nouvelle » 327) et qu’en fin de compte, « les résultats produits par les calculs automatisés de la machine sont là pour relancer l’interprétation en suscitant de nouvelles questions, et non pas pour la stopper en laissant le chercheur muet de béatitude devant ses graphiques. » (Ferrand 11) 1.4.2 L’analyse lexicométrique La lexicométrie est une méthode qui a pour objectif le calcul des éléments lexicologiques d’un corpus. Il s’agit de tous les éléments car elle « refuse de privilégier quelque élément que ce soit dans un discours ; relevés, elle se l’uniformité fonde du sur l’exhaustivité dépouillement, l’unicité des du critère de dépouillement. » (Maingueneau, « L’Analyse » 48) Maingueneau distingue trois niveaux dans la statistique linguistique : 22 « 1) Un fréquence constat de de certains fréquence : caractères le constat quantifiables élevée dans un corpus que dans un autre 3 d’une plus (…) ; 2) Niveau d’inférence statistique : on démontre que tel corpus possède significativement plus de caractère quantifiables d’un type déterminé que tel autre. » Ici intervient la notion d’hypothèse nulle (Cf. Ch. Muller, « La statistique ») : si l’on prend pour norme le corpus lui-même et si on suppose que le caractère concerné obéit au hasard seulement (situation idéale), on peut calculer « l’écart » entre le modèle théorique ainsi obtenu (« hypothèse nulle ») et la répartition réelle ; on détermine un « seuil de probabilité » permettant de décider d’un intervalle entre les limites duquel l’ « hypothèse nulle » ne pourrait pas être rejetée. « 3) Niveau d’inférence socio-linguistique : on décide alors que tel émetteur a écrit significativement avec plus de ce caractère quantifiable que tel autre 4 . Grâce au « seuil » défini, on peut évaluer le degré d’assurance avec lequel on donne une conclusion. » (4950) Cependant, l’analyse lexicométrique « n’est pas une panacée critique » mais elle permet de « confirmer les intuitions produites par des lectures conventionnelles » et partant « elle ouvre la voie à un renouvellement de ces lectures en faisant ressortir des éléments textuels qui ne frappent pas toujours, éléments 3 Ce que nous allons appeler la spécificité lexicale d’un corpus. 4 Ce qui nous permettra de dégager le champ thématique de l’auteur. 23 qui ont le grand mérite d’être non des constructions de l’esprit, mais des faits langagiers issus du texte. » (Olivier 479-80) En définitive, l’étude lexicométrique « se fonde sur l’importance relative des lexèmes eux-mêmes et oblige à une relecture du texte en fonction de ces informations. » (Olivier 480) Les deux programmes essentiels d’hypertexte qui obéissent aux mêmes principes tout en se distinguant par la présentation des résultats sont appelés fonctions par Brunet qui les présente dans son fascicule accompagnant le logiciel Hyperbase. 1.4.2.1 La fonction contexte En dehors de la circulation libre à travers le texte et le dictionnaire, le logiciel propose dans le menu principal les outils propres à assurer une exploitation méthodique de la documentation. Les deux programmes essentiels CONCORDANCE et CONTEXTE obéissent aux mêmes principes et ne se distinguent que par la présentation des résultats: « 1 - Si résultat l'on figure met en dans œuvre le l'écran bouton CONTEXTE ci-dessous), (le chaque occurrence de ce qu'on cherche est située et montrée dans le contexte naturel du paragraphe. Pour permettre la reconnaissance aisée du mot dans le contexte, ce mot est converti en CAPITALES dans le paragraphe où il est rencontré. Le contexte restitué est généralement suffisamment explicite, d'autant que les références du passage sont livrées en clair, avec indication du texte, de la page, et de la zone dans la page (grâce à un code alphabétique qui commence à la lettre a, pour le début de page, et s’arrête à la lettre f, g ou h pour la fin de page). Mais un lien est établi pour chaque extrait avec la page 24 originale, où l'on est conduit instantanément lorsqu'on clique sur l'extrait localisation du en passage, question. le mot Pour cherché faciliter la apparaît en rouge dans le texte. Figure 1: La fonction contexte 1.4.2.2 La fonction concordance 2 - Si l'on fait appel à la fonction CONCORDANCE du menu principal, on obtient un contexte étroit qui tient en une ligne et qui montre la forme (ou l'expression) cherchée, en position centrale, avec une demi-douzaine de mots à gauche et à droite. Au lieu de suivre l'ordre normal qui respecte la suite des textes, les contextes sont groupés selon leur environnement immédiat, à gauche ou à droite du mot-pôle. Cela souligne la résurgence de syntagmes répétitifs qui ressortissent 25 souvent aux contraintes syntaxiques mais révèlent parfois aussi les tendances phraséologiques de l'auteur Si l'on estime trop étroite la fenêtre de concordance, un simple clic sur une ligne permet de retrouver la page concernée, qui reste exposée (avec mise en relief du mot) jusqu'au moment où un second clic la fait disparaître, comme on peut le constater ci-dessous pour l’exemple de la concordance du mot regard dans le corpus. Figure 2: La fonction concordance Dans les deux procédures, CONTEXTE et CONCORDANCE, des options sont offertes à l'utilisateur pour qu’il puisse préciser la portée et l'objet (Brunet, « Manuel » 23-27) 26 de sa recherche. » Les différentes fonctions de ce programme peuvent être visualisées dans la figure suivante : Figure 3 : les différentes fonctions du logiciel 1.5 Plan de travail Nous avons signalé plus haut que notre démarche avait abouti à une base de données que nous avons appelée DJAOUT.EXE. Cette base est constituée de données quantitatives qui « peuvent être exploitées suivant deux axes principaux : soit pour caractériser une œuvre (…) par rapport à un ensemble (stylistique ou chronologique) dont elle fait partie ; groupe soit de en telles traitant une unité lexicale, ou unités (un champ sémantique) un par rapport à l’ensemble du vocabulaire. » (Muller, « Une Nouvelle » 321) 27 Ce que nous projetons de réaliser dans le cadre de ce travail est une sorte de conciliation entre les deux axes : d’une part, nous allons « caractériser » l’œuvre romanesque de Djaout en dégageant ses spécificités lexicales ; d’autre part, le fait d’aborder la thématique de l’auteur nous amènera à « traiter » de certaines unités par rapport à d’autres. A cet effet, notre travail s’articulera autour de deux parties : Dans la première, nous aurons à analyser le vocabulaire djaoutien, c’est-à-dire son évolution chronologique, sa structure, son contenu et ses spécificités. La statistique linguistique et informatique nous permettra d’« affiner et d’asseoir des bases objectives et d’évacuer l’arbitraire et de contrôler les intuitions en matière lexicale » 33). Cette analyse permet de suivre, non seulement, (Abbès l’évolution du vocabulaire de Djaout, mais aussi son organisation thématique. Par ailleurs, il est possible d’établir des comparaisons avec d’autres textes maghrébins (Mammeri, Chraïbi…) ou à un ensemble littéraire 5 plus vaste que fournit la banque de données du Trésor de la Langue Française (TLF) de Nancy 6 . Une fois cette première analyse faite, nous aborderons la deuxième partie de notre travail qui consistera à analyser la circulation des différents thèmes dans l’ensemble de l’œuvre mais aussi à étudier, à partir de cette analyse thématique, la visée pragmatique du lexique qui laisse apparaître en filigrane une écriture toujours en évolution. 5 6 Cf. les travaux d’Etienne Brunet, cités en bibliographie. Cette comparaison demeure, néanmoins, relative du fait que Djaout appartient plutôt proprement parler, comparaison nous à une celle autre aire de littérature permettra la de littéraire dégager l’auteur (néologismes, emprunts, …). 28 les que celle maghrébine. française Cependant spécificités à cette lexicales de 2 PREMIERE PARTIE : ETUDE DU LEXIQUE DE DJAOUT 2.1 Chapitre I : Analyse statistique du corpus 2.2 Chapitre II : L’organisation du lexique 2.3 Chapitre III : le contenu lexical 2.4 Chapitre IV : Les spécificités lexicales du corpus 2.5 Conclusion partielle 29 2.1 Chapitre I : Analyse statistique du corpus 2.1.1 La manipulation informatique. 2.1.2 L’exploration du corpus 30 « On aurait tort de réduire la lexicométrie à un simple comptage de mots ou même à la statistique lexicale » D. Maingueneau Comme la statistique repose sur des données quantitatives, il s’agit dans cette première partie d’explorer la base lexicale que nous avons constituée. Ce travail d’exploration nous permettra de connaître davantage notre objet et de circonscrire le champ d’investigation. Certes nous rencontrerons un grand nombre de données numériques, mais la maîtrise du logiciel d’exploitation limitera les fluctuations et les aléas statistiques. Cette première partie sera divisée en quatre chapitres présentés selon un ordre imposé soit par les contraintes du logiciel, soit par un souci de logique dans le traitement des données. Nous expliquerons tout d’abord, dans le premier chapitre, les démarches suivies pour arriver à la constitution de la base que nous utiliserons tout au long de ce travail. A ce niveau, nous sommes confronté à une nuée de données constituant l’étendue quantitative de notre corpus et qu’il s’agit, en fait, d’organiser. Une question se pose dès lors : ces données numériques se prêtent-elles à une organisation quelconque ? C’est ce à quoi nous nous proposons de répondre dans le deuxième chapitre. Il s’agit ici de retrouver la structure du vocabulaire de Djaout. Nous entendons par structure les caractéristiques du vocabulaire de l’auteur, concernant aussi bien la richesse lexicale de l’œuvre que le contenu lexical représenté en fréquences. Certaines questions sont soulevées dans ce chapitre : Est-ce que le vocabulaire de l’auteur est riche ? Quelle est la tendance du vocabulaire dans son évolution ? Assistons-nous à un corpus où les mots rares ont un large pourcentage, témoignant de la richesse lexicale du corpus ? Quels sont les groupes de fréquences que constitue le corpus ? Ensuite, une fois l’approche quantitative épuisée, nous nous attarderons sur l’approche qualitative qui nous renseignera sur le contenu lexical du corpus. Ce chapitre nous amènera à 31 clarifier certains points qui restent obscurs, que l’analyse quantitative n’est pas parvenue à éclaircir, dans la mesure où ils dépendent plus de l’intuition que du calcul automatique. Il s’agit de répondre à une question qui préoccupe la statistique linguistique : existe-t-il des frontières étanches entre les divers textes constituant une œuvre ou sont-elles transcendées par la connexion lexicale ? Enfin, le dernier chapitre de cette partie sera consacré à l’élaboration du « portrait lexical » de l’auteur en étudiant les spécificités lexicales de son œuvre. Celles-ci sont obtenues par une comparaison externe avec les textes de la base de données du Trésor de la Langue Française. Ainsi, nous dégagerons le vocabulaire en excédent et celui déficitaire dans notre corpus. A travers ces deux relevés, nous pourrons entrevoir quelques spécificités de l’auteur qui seront étudiées dans le détail. Est-ce que ces spécificités répondent à une exigence et à un choix de l’auteur ou sont-elles, simplement, le fruit du hasard ? Dans l’éventualité où elles sont sujettes à un choix délibéré de l’auteur, quel est leur impact dans les desseins de l’auteur ? Peuvent-elles nous renseigner sur les visées pragmatiques et la stratégie discursive de l’auteur ? 2.1.1 La manipulation informatique. 32 Le traitement informatique de la base que nous avons constituée – l’œuvre romanesque de Djaout – est un ensemble d’opérations statistiques effectuées par un logiciel informatique. Ce logiciel se chargera de certaines opérations en rapport avec la statistique permettant de dégager des résultats quantitatifs. Ces résultats ne peuvent être obtenus manuellement que difficilement, d’où cet appel à la technologie mise au service des sciences humaines. Cependant, les résultats auxquels on accède sont des données brutes qui ne prennent de signification qu’avec une interprétation humaine. Aussi, « recourir à un logiciel, ce n’est pas seulement faire faire par une machine une tâche fastidieuse, c’est transformer l’approche du texte, la stratégie de description dépendant naturellement de la manière dont est conçu ce logiciel. » (Maingueneau, « L’Analyse » 102) Le logiciel mis en application a été élaboré par le professeur Etienne Brunet de l’université de Nice. Il en existe plusieurs versions et à chaque remaniement de nouvelles fonctions sont ajoutées au logiciel de base, l’Hyperbase. Néanmoins, les fonctions fondamentales sont présentes dans chaque version. Celles-ci peuvent être divisées en deux groupes : documentaires et statistiques. Les premières se trouvent horizontalement en haut de la fenêtre : Exporter, Edition, Biblio, Lecture, Contexte, Concordance, Index. Elles servent surtout à explorer la base. Quant aux fonctions statistiques (Graphique, Liste, Excel, Factorielle, Arborée, Spécificités, Phrases-clés, Évolution, Structure) qui se trouvent verticalement à droite, elles proposent une analyse approfondie des connexions lexicales. Par ailleurs, les deux types de fonctions se complétant permettent une multitude d’opérations qui aident le chercheur à affiner son analyse. Ainsi, il peut réaliser entre autres les opérations suivantes : «– le dictionnaire l’auteur établi des fréquences du vocabulaire de à partir 33 du corpus ; – le vocabulaire spécifique de chaque texte et de tout le corpus. On obtient alors une liste triée des formes significativement excédentaires ou déficitaires dans le texte considéré. Une telle liste, précise Etienne Brunet, dessine « comme un portrait, fait de relief et d’ombres, du texte en question ». Le traitement des listes de mots est ouvert à toutes les combinaisons ; – l’environnement thématique d’un mot ou d’un groupe de mots ; – la corrélation chronologique : la fréquence théorique de chaque mot est évaluée afin de voir la progression ou la régression des formes, donc l’évolution du vocabulaire ; – l’effectif des vocables et des mots employés une seule fois ou hapax ; – la connexion lexicale ou selon Charles Muller distance qui sépare chaque texte de tous les la autres quand pour chaque couple de textes, on mesure la part commune – du lexique la et la part richesse exclusive ; lexicale ; – enfin des tableaux et des graphiques divers viennent illustrer tous ces résultats. » (Abbès 38-9) Si nous considérons ces différentes opérations, nous constatons qu’elles se situent sur deux plans. Le premier, quantitatif, permet de faire un recensement succinct du vocabulaire de l’auteur et de suivre son évolution à travers les œuvres. La démarche quantitative rend également compte des spécificités lexicales de l’auteur, qui laissent apparaître l’aspect implicite de sa langue. Pourtant, nous ne pouvons nous arrêter à ces considérations. 34 Sur un autre plan, qualitatif, nous pouvons dégager la portée pragmatique du lexique en envisageant son rapport à la thématique dont il est le noyau et le fil conducteur. Sur ce plan, le nom propre, par exemple, fonctionne comme une extrémité nerveuse permettant, non seulement la connexion entre les différents thèmes, mais aussi la circulation des thèmes dans les différents textes. 2.1.2 L’exploration du corpus L’application du programme Hyperbase nous a permis d’établir la quantification des données lexicales. Ainsi, nous avons pu relever une étendue lexicale équivalente à 226 690 occurrences réparties sur un nombre moindre de vocables (22 909). Mais nous avons aussi relevé les données quantitatives de chaque texte composant notre corpus. Le tableau suivant résume ces informations : Tableau 1 : Les effectifs TITRES OCCURRENCES VOCABLES L’Exproprié 44 077 9 248 Les Chercheurs d’Os 39 182 6 585 L’Invention du Désert 56 303 9 737 Les Vigiles 55 681 8 641 Le Dernier Été de la Raison 31 447 6 406 Total 226 690 22 909 Si nous considérons le tableau ci-dessus, nous constatons que l’étendue lexicale des textes n’est pas homogène. D’une part, au niveau intra-textuel, nous remarquons une grande différence entre occurrences et vocables. Ceci est dû aux dispositions psychiques de chaque individu. En réalité, un individu ne peut pas utiliser tous les mots qu’il connaît ; il réemploie souvent les mêmes vocables. D’autre part, au plan intertextuel, il y a une hétérogénéité dans la distribution des formes entre textes. En effet, le nombre des formes dans L’Invention du Désert, par exemple est nettement supérieur à celui dans Le Dernier Été de la Raison. Nous 35 pouvons dire que ceci est dû à la publication posthume de ce dernier et que, peut-être, des modifications ont été apportées à ce texte. Par ailleurs, nous pouvons rapprocher certains textes comme L’Exproprié et L’Invention du Désert qui ont une étendue voisine. Les Chercheurs d’Os et Le Dernier Été de la Raison se rapprochent également. Quant à Les Vigiles, son étendue lexicale est située en moyenne par rapport aux deux couples de textes. Par contre, l’évolution du lexique de Djaout nous paraît, au premier abord, contradictoire. Effectivement, nous constatons une baisse dans le nombre des formes, bien que, logiquement, nous nous attendions à un enrichissement du capital lexical. Une première hypothèse sur cette évolution nous paraît être l’exigence de l’auteur dans le choix des formes, ce qui exclut bon nombre de termes, mais aussi le fait que les thèmes traités sont divers et nécessitent à des degrés différents l’emploi de tel ou tel champ lexical. Enfin, nous pensons que l’auteur, en se consacrant à l’écriture journalistique aux dépens de l’écriture littéraire, aurait réduit son lexique pour des raisons relevant du discours journalistique. Nous allons tenter de vérifier ces hypothèses dans le deuxième chapitre qui sera consacré à l’organisation du vocabulaire dans l’œuvre de Djaout. 36 2.2 Chapitre II : L’organisation du lexique 2.2.1 La richesse lexicale 2.2.2 L’évolution du vocabulaire 2.2.3 La distribution des hapax 2.2.4 Les ensembles de fréquences 37 « Le vocabulaire se présente au premier abord comme la négation même d’un état, d’une stabilité, d’une synchronie, d’une structure. » Hjelmslev 2.2.1 La richesse lexicale L’emploi du mot richesse ne constitue en aucun cas une évaluation du texte ou de l’œuvre considérée, mais correspond à un souci d’objectivité par rapport au traitement informatique et automatique des textes. Nous l’utilisons dans cet exposé pour rendre compte de la valeur littéraire du texte en question, non par rapport à d’autres textes, que plus d’un considère comme un thermomètre de la fièvre littéraire, mais par rapport au contenu lexical de l’œuvre. La richesse lexicale est positive quand le nombre de vocables d’un texte d’une étendue V est supérieur à celui d’un texte de même étendue. On peut aussi évaluer la richesse lexicale en se référant au nombre d’hapax, c’est-à-dire les vocables utilisés une seule fois. Plus ce nombre est grand, plus le texte est riche. Le logiciel Hyperbase se charge de calculer la richesse lexicale et nous obtenons les résultats présentés dans le tableau et le graphe suivants : Tableau 2: La richesse lexicale N° Réel Théorique Ecart Réduit Hapax Réduit T 1 9 248 8 679 565 6.11 3 261 22.98 L 2 6 585 8 020 -1 435 -16.02 1 451 -14.00 L 3 9 737 10 193 -456 -4.52 3 019 2.37 L 4 8 641 10 120 -1 479 -17.70 2 372 -10.83 L 5 6 406 6 900 -494 -5.95 1 607 -0.47 L Total 22 909 11 710 38 Figure 4: La richesse lexicale En présence de tels résultats, Charles Muller rappelle qu’il ne faut pas céder à la tentation qui consiste à transformer les écarts en pourcentages, et il ajoute : « On ne dira jamais assez combien il faut résister à ce mouvement, et combien une telle opération conduit à l’impasse. La seule méthode correcte (…) est le calcul d’un écart réduit (…) » (« Une Nouvelle » 323) Les opérations portées sur ce tableau sont obtenues par le calcul du vocabulaire réel de chaque texte et de son vocabulaire théorique qui permet de dégager l’écart entre ces deux effectifs. Celui-ci sera transformé en écart réduit qui facilitera l’interprétation car « on mesure la part du vocabulaire théoriquement absent (et par la suite celle du vocabulaire théoriquement présent) dans chacun des textes. Cet effectif attendu est comparé à celui qu’on observe en réalité, et la distance est appréciée par un écart réduit. » (Brunet, « Vocabulaire de Hugo » 27) 39 La lecture des résultats permet de remarquer que les écarts réduits sont en majorité négatifs sauf pour L’Exproprié dont l’écart est positif. La question qui se pose est le pourquoi de cette singularité. Nous pouvons dire, à la suite de Janine Fève-Caraguel, que L’Exproprié transgresse toutes les règles du genre romanesque et n’est « ni un roman, ni un poème ». Le texte est comme une traversée : il se développe au fil des paysages que traverse le train qui transporte le personnage-narrateur. Les quatre autres textes ont un écart réduit comparable deux à deux. En effet, L’Invention du Désert a un écart réduit en valeur absolue (/4.52/) voisin de celui de Le Dernier été de la Raison (/5.95/). Cela est dû, peut-être, au thème traité, à savoir l’intolérance religieuse, et au style utilisé qui relève de la chronique journalistique. Les deux autres textes, Les Chercheurs d’Os et Les Vigiles, ont, eux aussi, des écarts réduits voisins, respectivement en valeur absolue /16.02/ et /17.70/. L’explication est à lier au thème abordé qui reprend à la fois l’Algérie sous l’occupation française et l’Algérie postindépendance. Le deuxième texte est la concrétisation de certaines réflexions lancées par des personnages, tel Da Rabah, dans Les Chercheurs d’Os, qui prédit un avenir qui ne sera reconnaissant qu’aux gens qui figureront sur « le bon registre » (39). Ces gens-là sont les « vigiles » qui veillent à la préservation des privilèges octroyés par leur statut. Nous pouvons donc avancer que la richesse lexicale d’un texte est évaluée par rapport à certains critères déterminants comme le genre et le style, mais qu’elle dépend surtout du thème. 2.2.2 L’évolution du vocabulaire Nous entendons par évolution lexicale la somme des mots nouveaux non employés jusque-là qui sont ajoutés à l’effectif du premier roman dans l’ordre chronologique. S’intéresser à l’évolution du vocabulaire nous permet de retrouver la dynamique lexicale d’un auteur et la tendance de celui-ci à renouveler son vocabulaire ou au contraire de recourir à des formes déjà utilisées témoignant d’un choix délibéré et rendant compte, parfois, 40 d’une tendance sociale. En effet, la fréquence d’une forme peut témoigner d’une nouvelle vision du monde ou au contraire n’a pas d’incidence sur le cours des événements. Le chercheur doit, alors, se poser certaines questions : « telle fréquence est-elle bien un phénomène d’époque, la traduction dans le vocabulaire littéraire d’un mouvement des mœurs ou des idées ? ou bien est-elle due à la présence, dans la tranche considérée, d’un certain texte ? » (Muller, « Une Nouvelle » 327) L’accroissement lexical est, à la différence de la richesse lexicale, à prendre en diachronie en suivant l’évolution chronologique du vocabulaire d’un auteur. Le traitement informatique nous a permis de relever des résultats sous la forme d’un tableau où nous pouvons suivre le développement lexical de l’œuvre. Ces résultats ont été transformés en graphe pour faciliter la visualisation. Les résultats sont ainsi présentés dans la figure et le tableau suivants : Tableau 3: L’évolution du vocabulaire Accroiss. 7 Chrono Acc Vocab Voc Cum Occ. Occ Cum Ecart Pon L’Exproprié 9 248 9 248 9 248 44 077 44 077 406.69 0.9 Les Chercheurs 3 689 6 585 12 937 39 182 83 259 -2 586.45 -0.6 L’Invention 4 876 9 737 17 813 56 303 139 562 6 269.52 1.11 Les Vigiles 3 272 8 641 21 085 55 681 195 243 -5 119.02 -0.9 Le Dernier 1 824 6 406 22 909 31 447 226 690 -383.68 -0.1 7 Les abréviations correspondent : Acc : accroissement ; Vocab. : Vocabulaire ; Voc. Cum. : Vocabulaire cumulé ; Occ. : Occurrences ; Occ. Cum. : Occurrences cumulées. 41 Figure 5 : L’accroissement chronologique La lecture du tableau 3 fait ressortir les constatations suivantes : L’Exproprié, 9248 formes ; Les Chercheurs d’Os, 3 689 formes ; L’Invention du Désert, 4 876 formes ; Les Vigiles, 3 272 formes et Le Dernier Eté de la Raison, 1 824 formes. L’accroissement est calculé en relation avec le premier texte. En fait, le nombre de formes dans le premier texte n’est que celui de l’effectif réel de ce texte. Par la suite, le programme ajoute à ce nombre toutes les formes nouvelles rencontrées dans chaque texte. Ainsi, le nombre de formes nouvelles va dépendre de l’étendue du texte mais aussi du thème. A première vue, nous pouvons dire que L’Invention du Désert est le texte qui présente le plus de formes nouvelles (4 876). Deux explications : premièrement, le texte est plutôt long 42 (134 pages-texte 8 ); deuxièmement, il traite d’un thème nouveau qui n’a pas été abordé jusquelà, à savoir l’intolérance religieuse. Il retrace la traversée du désert de Ibn Toumert qui tente de détrôner la dynastie des Almoravides au Maghreb. L’auteur suit ce personnage durant ses pérégrinations à travers les contrées du Maghreb, ce qui sous-entend une réalité géographique et sociale renouvelée à chaque fois, requérant un vocabulaire nouveau pour en rendre compte. A l’opposé, Le Dernier Été de la Raison est le texte qui présente le moins de formes nouvelles (1 824). Là encore, deux raisons peuvent exprimer ce tarissement. La première est d’ordre quantitatif puisque le texte comprend 111 pages-texte. La deuxième est relative au contenu du texte et spécialement au thème abordé : l’intolérance religieuse, thème déjà abordé dans L’Invention du Désert. Ceci a limité l’emploi de termes nouveaux. Le tarissement du vocabulaire dans Le Dernier Été de la Raison est donc corollaire du foisonnement lexical de L’Invention du Désert. Si nous considérons maintenant les deux autres textes, nous remarquons que le nombre de formes nouvelles est voisin dans les deux textes. En effet, dans Les Chercheurs d’Os, deuxième roman de Djaout, nous trouvons 3 689 formes nouvelles et dans Les Vigiles, quatrième roman de Djaout, 3 272. Il est vrai que la distance entre ces deux textes est réduite mais elle n’est pas insignifiante. Tout d’abord la longueur des deux textes est inégale : 135 pages-texte pour le premier et 208 pages-texte pour le deuxième. Paradoxalement, le nombre de formes nouvelles est relativement supérieur dans le premier. Donc la longueur n’est pas pertinente ou du moins n’a pas une grande incidence, mais c’est le thème traité qui détermine l’enrichissement ou l’appauvrissement du vocabulaire d’un auteur. Effectivement, la 8 Nous entendons par page-texte, le nombre de pages dans le corpus sous format informatique. Pour les références textuelles nous utiliserons le format papier. 43 thématique développée dans les deux textes est similaire : dans le premier, l’auteur porte un regard sur la situation de l’Algérie indépendante avec des flash-back sur l’Algérie coloniale. Le même procédé est employé dans le second texte. Nous pouvons conclure ici par ce constat : la longueur des textes n’est pas assez pertinente pour déterminer l’accroissement du vocabulaire ; par contre, la thématique nous paraît plus à même d’en rendre compte. Nous allons à présent vérifier si l’accroissement inverse du vocabulaire nous conduit aux mêmes conclusions. Les résultats obtenus dans cette perspective sont regroupés dans le tableau suivant et schématisés sous forme de graphe. Tableau 4: L’accroissement lexical : ordre inverse Accroiss inverse Acc Vocab Voc Cum Occur Occ Cum Ecart Pon Le Dernier 6 406 6 406 6 406 31 447 31 447 354.35 0.11 Les Vigiles 5 633 8 641 12 039 55 681 87 128 -2 290.10 -0.4 L’Invention 5 045 9 737 17 084 56 303 143 431 5 668.60 1.01 Les Chercheurs 2 028 6 585 19 112 39 182 182 613 -11002.42 -2.8 L’Exproprié 3 797 9 248 22 909 44 077 226 690 13 285.63 3.01 44 Figure 6: L’accroissement inverse du vocabulaire Nous remarquons d’après ces nouveaux résultats que c’est pratiquement le même mouvement qui est observé. Pour cette opération, nous sommes partis du dernier roman de Djaout pour remonter vers le premier. Nous constatons cependant que l’accroissement inverse du vocabulaire n’apporte pas de nouvelles conclusions et que cet accroissement est sujet aux mêmes facteurs, à savoir l’étendue mais surtout la thématique. Encore une fois, nous percevons l’interrelation entre Le Dernier Été de la Raison et L’Invention du Désert d’une part ; et entre Les Vigiles et Les Chercheurs d’Os de l’autre. Quant à L’Exproprié, les données confirment sa particularité par rapport aux autres romans. Finalement, l’accroissement du vocabulaire ne dépend pas de l’évolution chronologique car, comme démontré, il n’y a pas de parallélisme entre la chronologie et l’accroissement. 2.2.3 La distribution des hapax La statistique linguistique désigne par hapax les mots qui ne sont utilisés qu’une seule fois. Le décompte des hapax est pertinent dans la mesure où « les mots rares ou 45 inconnus [ont] une puissance évocatrice plus grande. » (Yaguello, « Alice » 9 113) Il permet non seulement de mesurer la richesse lexicale d’un texte , mais aussi de dégager les principaux éléments d’un texte au niveau lexical. Le tableau suivant présente les principaux résultats concernant les hapax. Tableau 5: Les hapax L’interpré Titre Hapax Réduit L’Exproprié 3 261 22.98 Les Chercheurs d’Os 1 451 -14.00 L’Invention du Désert 3 019 2.37 Les Vigiles 2 372 -10.83 Le Dernier Été de la Raison 1 607 -0.47 tation de résultats confirme les hypothèses avancées précédemment à propos Total ces 11 710 de L’Exproprié. Ce texte présente la valeur absolue la plus élevée de l’écart réduit (/22.98/), confortant l’hypothèse de sa richesse lexicale due à l’éclatement thématique de son contenu en plusieurs thèmes, éclatement qui perturbe la chronologie des évènements dans la narration. L’emploi des formes rares est lié à la singularité du texte. Ce foisonnement lexical est à lier au genre de ce texte qui se rapproche du texte poétique. En effet, « le texte poétique est (…) celui qui, mettant en échec la redondance, associe les mots de façon inattendue. » (Yaguello, « Alice » 43) 9 Plus l’auteur utilise de mots rares ou hapax, plus il diversifie son vocabulaire témoignant d’une plus grande richesse lexicale et d’un plus grand travail sur le vocabulaire. 46 Les Chercheurs d’Os et Les Vigiles ont respectivement un écart réduit de valeur absolue de /14.00/ et /10.38/. Ils sont certes déficitaires en hapax, comme représenté dans le graphe, mais ils n’en présentent pas moins des similitudes dans le nombre de mots rares, ce qui conforte nos conclusions. Quant à L’Invention du Désert, son écart est positif (/2.37/) et il vient directement après L’Exproprié. Comme nous l’avons fait remarquer, ce texte introduit un thème nouveau dans le champ thématique de Djaout, ce qui explique l’emploi de termes inutilisés jusque-là. Corollairement, dans Le Dernier Été de la Raison, les hapax se font rares et le texte est déficitaire. Figure 7 : Distribution des hapax Le nombre d’hapax dans notre corpus n’est pas homogène dans tous les textes. Il est important dans certains (L’Exproprié et L’Invention du Désert) et l’est moins dans d’autres (Les Chercheurs d’Os, Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison). Certes, il témoigne de la richesse lexicale de ces textes, mais il dénote également une liberté créatrice. 47 2.2.4 Les ensembles de fréquences Le recours aux groupes de fréquences est non seulement utile pour délimiter un champ lexical spécifique à un auteur donné, mais aussi pour repérer certains pôles thématiques de l’œuvre considérée. Nous constatons, d’une part, que la majorité de ces fréquences (Annexes 1, 2) sont des mots grammaticaux ; et nous savons que les mots grammaticaux sont ceux qui expriment la logique du discours : « selon l’optique discursive, dans chaque lexique, on distingue en outre deux zones ou groupes de mots : l’un comprend les mots-véhicules, ceux « avec lesquels » on s’exprime ; l’autre les mots-messages, ceux qui précisent « ce que » l’on veut communiquer. (…) Les uns expriment les contenus du discours, les autres la logique. » (Busa, « Dernières Réflexions » 181) Cependant, la logique ne s’exprime pas uniquement par les particules, mais également « par certains verbes auxiliaires et semi-auxiliaires, et certains noms « ontologiques », c’est-à-dire très universels, comme, par exemple, un et plusieurs, le tout et la partie, interne et externe, faire et être fait. » (181) Yaguello distingue, quant à elle, dans le lexique, « les mots pleins et les mots outils, les premiers (noms, adjectifs, verbes, adverbes) étant capables de former à eux seconds particules) seuls (articles, des énoncés complets conjonctions, n’apparaissant jamais « Alice » 61) 48 (…) ; les prépositions, seuls. » (Yaguello, D’autre part, nous signalons la présence de certains mots « pleins » en fréquence élevée tels que hommes (245 occurrences), soleil et monde (230 occurrences) et temps (293), jour (278 occurrences). Ces données nous permettent de dégager quelques vocables qui reviennent de manière récurrente dans le corpus tels que soleil que Djaout célèbre dans sa poésie : « Je suis de l’autre race, celle des hommes qui portent jusqu’aux tréfonds de leurs neurones des millénaires de soleil »(L’Arche). Ce terme est repris par inclusion dans jour et temps. Ou encore hommes, repris, lui, dans monde. Par ailleurs, certains de ces mots font partie des mots lexicaux ayant une très haute fréquence dans le lexique de la langue française, tels que temps, monde ou encore homme(s) (Aïno Niklas-Salminen 37). 49 2.3 Chapitre III : le contenu lexical 2.3.1 La connexion lexicale ou distance lexicale 2.3.2 Analyse factorielle de la connexion lexicale 50 Il s’agit à ce stade de l’analyse de privilégier un autre type d’approche. En effet, nous avons, jusque-là, manifesté un grand intérêt à l’égard du calcul de fréquences et d’occurrences au niveau de chaque texte composant notre corpus. Ce calcul nous permet surtout d’aborder les textes considérés un à un et n’admet qu’hypothétiquement l’existence de rapports et de connexions entre eux. Ce genre d’approche a été entrepris par Pierre Guiraud qui affirme : « on pourrait établir un tableau de corrélations lexicales entre les différentes œuvres en les prenant deux à deux pour voir les mots qu’elles ont en commun et ceux qu’elles ont en propre ; mais c’est un travail énorme. »(Guiraud, « Problèmes »129) Effectivement, à cette époque-là, c’était un travail énorme parce que toutes les opérations se faisaient manuellement. C’est pourquoi Guiraud n’a pas pu arriver aux résultats escomptés. En 1967, Charles Muller entreprend de faire aboutir la théorie de Guiraud et se livre à des calculs certes moins pénibles qu’au temps de Guiraud, mais qui restent tout de même fastidieux. Aujourd’hui, ce type d’entreprise est devenu banal car la programmation des ordinateurs est devenue chose aisée. A cet effet, Etienne Brunet, ayant appliqué les opérations citées, est arrivé à des résultats qui sont détaillés dans son travail sur l’œuvre de Giraudoux. C’est dans cet esprit que nous tenterons de répondre à certaines questions que nous nous sommes posées au sujet des corrélations qui auraient pu exister entre les différents textes de notre corpus. A plusieurs reprises, nous avons esquissé l’éventualité de l’existence d’un lien entre telle et telle œuvre de Djaout. Nous avons, par ailleurs, affirmé qu’il y aurait peut- 51 être une connexion entre Les Chercheurs d’Os et Les Vigiles ou encore entre L’Invention du Désert et Le Dernier Été de la Raison. C’est à cette tâche que nous allons nous consacrer au cours de cette partie pour vérifier nos hypothèses. Mais, avant cela, il est nécessaire de préciser ce qu’est la connexion lexicale. 52 2.3.1 La connexion lexicale ou distance lexicale Il s’agit en fait de retrouver les liens qui sous-tendent les œuvres de l’auteur en ayant recours au calcul des mots qui sont soit communs, soit propres à tel ou tel texte. Cela permettra, également, de dégager la connexion thématique des textes. Nous avons appliqué cette méthode et nous avons obtenu les résultats suivants, répartis en quatre tableaux. Le premier tableau, celui de la distance globale des textes deux à deux, permet de visualiser le rapport existant entre les différents textes et laisse également à lire, d’une façon pertinente, tous les résultats qui seront interprétés ultérieurement en chiffres réels, c’est-à-dire en nombre de formes. A ce niveau, les résultats portés sur le tableau 10 sont un indice de distance entre les textes deux à deux. Tableau 6 : Distance globale des textes deux à deux L’Exproprié 121 124 122 126 129 Les chercheurs 124 114 115 115 122 L’invention 122 115 114 118 121 Les Vigiles 126 115 118 114 118 Le dernier 129 122 121 118 117 L’Exproprié Les L’invention Les Le dernier chercheurs Vigiles Remarque : On remarquera que ce tableau de distance est en réalité une matrice carrée symétrique, les valeurs se reflétant en miroir de chaque côté de la diagonale principale (car la distance de A vers B est la même que de B vers A). Quant à la diagonale principale, elle devrait ne comporter que la valeur 0; la distance d'un texte à lui-même est nécessairement nulle, même 10 53 en cas d'autodérision. Si pourtant une valeur non nulle s'y trouve, c'est par un artifice nécessité par le traitement des profils. Dans un tel traitement, les valeurs nulles de la diagonale ne devraient avoir aucune importance. Elles en ont pourtant dans les calculs multidimensionnels (analyse de correspondance, ou analyse arborée), et leur influence est d'autant plus nuisible que leur valeur s'écarte plus fortement des autres éléments de la même ligne (ou de la même colonne). C'est pourquoi on a porté sur la diagonale une valeur qui correspond au minimum de la série en question, en admettant que la distance de soi à soi est inférieure ou au plus égale à toute autre distance observée dans la série. (Brunet, Manuel accompagnant le logiciel Hyperbase) Le second tableau, représentant le nombre des formes communes, permet de visualiser les relations entre les textes en déterminant l’effectif partagé et du coup la distance lexicale. Tableau 7 : Effectif des formes communes L’Exproprié Les L’invention chercheurs Les Le Vigiles dernier L’Exproprié 0 2 896 3 653 3 292 2 673 Les chercheurs 0 0 3 313 3 176 2 517 L’invention 0 0 0 3 738 3 048 Les Vigiles 0 0 0 0 3 008 Le dernier 0 0 0 0 0 Le tableau des formes privatives met en exergue le nombre de formes qui sont spécifiques à tel ou tel texte. Tableau 8 : Les formes privatives L’Exproprié Les L’invention chercheurs Les Le Vigiles dernier L’Exproprié 0 6 352 5 595 5 956 6 575 Les chercheurs 3 689 0 3 272 3 409 4 068 54 L’invention 6 084 6 424 0 5 999 6 689 Les Vigiles 5 349 5 465 4 903 0 5 633 Le dernier 3 733 3 889 3 358 3 398 0 Enfin, l’indice d’indépendance. Ce tableau représente des chiffres inférieurs à 1 marquant le degré d’indépendance d’un texte par rapport aux autres textes. Tableau 9 : Indice d’indépendance L’Exproprié Les L’invention Les Vigiles Le dernier chercheurs L’Exproprié 0 0.687 0.605 0.644 0.711 Les chercheurs 0.560 0 0.497 0.518 0.618 L’invention 0.625 0.660 0 0.616 0.687 Les Vigiles 0.619 0.632 0.567 0 0.652 Le dernier 0.583 0.607 0.524 0.530 0 La connexion lexicale exploite les 5 textes deux à deux, ce qui donne le nombre de combinaisons suivant : (5 x 4)/2 = 10. Pour chacune de ces 10 confrontations, on a calculé : «– l’étendue du vocabulaire du texte a et celle du texte b (et aussi l’étendue de l’un et de l’autre en nombre d’occurrences) ; – l’étendue du vocabulaire des deux textes réunis dans le même ensemble (en vocables et en occurrences) ; – la part du vocabulaire commun aux deux textes et la part privative de chacun en considérant N et V. » (Abbès 64) Pour mieux interpréter les résultats chiffrés, une représentation graphique des différents résultats est possible. Nous avons dégagé, à chaque fois, la distance lexicale d’un texte par rapport aux autres textes. 55 Figure 8 : L’Exproprié D’après ce graphe, nous pouvons dire que L’Exproprié a plus d'attraction vers L’Invention du Désert. Djaout, lui-même, disait : « Si j'avais à classer mes romans, je mettrais ensemble L’Exproprié et L’Invention du Désert et puis, ensemble Les Chercheurs d’Os et Les Vigiles. »(Algérie Littérature / Action, n°1, 209) D’une part, les deux romans ont ceci de commun qu’ils défient les règles du genre romanesque et ne sont en fait « ni (des) roman(s), ni (des) poème(s). » (FèveCaraguel 60) Aussi, L’Invention du Désert est-il, selon Fève-Caraguel, « un long poème » (68). Et l’auteur, invité à des récitals poétiques, affirmait qu’il lisait des passages de L’Invention du Désert que les auditeurs prenaient pour des poèmes. D’autre part, ils partagent un thème important dans l’œuvre de Djaout, à savoir celui de l’identité. A un degré moindre, L’Exproprié tend vers Les Chercheurs d’Os. Nous savons 56 que ces trois textes sont inscrits dans le déplacement dans l’espace, ce qui a permis de les rapprocher. Examinons de plus près les autres textes. Figure 9 : Les Chercheurs d’Os Les Chercheurs d’Os et L’Invention du Désert ainsi que Les Vigiles ont plus de formes en commun que les autres textes. En effet, Les Chercheurs d’Os et L’Invention du Désert partagent le thème du mouvement, tandis que le premier et Les Vigiles ont en commun la thématique de la désillusion après l’indépendance. 57 Figure 10 : L’Invention du Désert Ce texte a plus d’affinité avec Les Chercheurs d’Os dans la mesure où tous deux ont en commun un thème qui est celui du mouvement et, partant, celui de l’espace. En effet, les deux textes sont étroitement liés à la terre et au village, donnant ainsi lieu à une convergence dans les termes utilisés pour en rendre compte. 58 Figure 11 : Les Vigiles Ce texte entretient une relation intime avec Les Chercheurs d’Os. Celle-ci est due à l’intertextualité 11 qui lie les deux textes à propos du thème de la désillusion après l’indépendance. Il est également proche de celui-ci du fait de l’environnement de l’enfance, le village natal entre autres. 11 entre L’intertextualité est définie « par une relation de coprésence deux ou plusieurs textes, c’est-à-dire eidétiquement et le plus souvent, par la présence effective d’un texte dans une autre. » In Genette, Gérard (1982) : Palimpsestes, La littérature au second degré, Ed. du Seuil, Paris, p.8. A propos de l’intertextualité, Kristeva dit que « le mot (le texte) est un croisement de mots (de textes) où on lit au moins un autre mot (texte). Tout texte se construit comme une mosaïque de citations, tout texte est absorption et transformation d’un autre texte. », In Kristeva, Julia (1969) : Sémeiotiké, Recherches pour une sémanalyse, Seuil, Paris, p.145. 59 Figure 12 : Le Dernier Été de la Raison Le Dernier Été de la Raison a ceci de particulier qu’il est publié à titre posthume. Nous remarquons qu’il a une affinité avec Les Vigiles plus que tout autre texte. Cela suggère que les deux textes partagent des formes communes. Ces formes, en réalité, ont trait à l’environnement spatial que constitue la ville. En effet, les deux récits se déroulent dans une agglomération, imposant ainsi l’emploi du vocabulaire relatif à la ville. Enfin, bien que L’Exproprié soit rebelle par rapport aux autres textes et qu’il y ait entre ce texte et les autres une grande distance lexicale, il n’en demeure pas moins lié à L’Invention du Désert. En outre, nous avons remarqué que tel texte a tantôt des affinités avec un texte, tantôt avec un autre. Cela rend compte de l’enchevêtrement thématique des textes, et de la toile de fond que constituent les thèmes communs qui nient les limites graphiques de chaque texte. 60 2.3.2 Analyse factorielle de la connexion lexicale L’analyse factorielle 12 permet de réduire les propensions des chiffres encombrants en représentant ceux-ci sous forme de graphe régi par des facteurs déterminés : « un facteur est une fonction mathématique qui permet d’assigner une valeur réelle à tous les éléments : le premier facteur prend telle valeur pour chacun des éléments, le deuxième facteur telle autre, et ainsi de suite. » (Maingueneau, « L’Analyse » 55) Elle « fournit une représentation graphique des affinités lexicales du corpus. L’interprétation de ce plan factoriel va consister, à partir des oppositions mises en relief, à tirer des observations et des conclusions en rapport avec l’univers lexical dont ces données sont caractéristiques. »(Martinez 423) Nous obtenons, à cet effet, un schéma dont l’interprétation est plus simple et directement observable. Les données que nous avons soumises à cette analyse sont figurées dans le graphe cidessous représentant les cinq textes de notre corpus. 12 L’analyse factorielle est une analyse en termes de facteurs dont le premier est le temps, le second le genre. 61 Figure 13 : Analyse factorielle Ce schéma conforte les résultats obtenus précédemment selon lesquels certains textes entretiennent entre eux des relations thématiques. Ainsi nous retrouvons Le Dernier Été de la Raison et Les Vigiles à gauche de l’axe 2 (axe vertical) témoignant d’affinités thématiques ou situationnelles. Cependant, ils sont séparés par l’axe 1 (axe horizontal) qui représente le temps. Par ailleurs, Les Chercheurs d’Os et L’Invention du Désert se retrouvent sur le même plan. Ces deux textes ont en commun le thème du mouvement qui suggère un déplacement dans l’espace en vue d’aboutir à un objectif. Enfin L’Exproprié, qui défie les lois du genre, se retrouve à droite et en haut du graphe détaché des autres textes, marquant encore une fois sa particularité, mais il demeure rattaché à L’Invention du Désert et à Les Chercheurs d’Os comme le montre la figure 13. Pour mieux illustrer les liens qu’entretiennent les différents textes et conforter nos conclusions, nous proposons une analyse arborée du corpus. 62 Figure 14 : Analyse factorielle arborée Cependant l’analyse factorielle reste ambiguë : « Est-ce l’emploi d’un vocabulaire original et spécifique à chaque bloc qui permet de distinguer ces derniers ou bien est-ce la mauvaise ventilation d’un vocabulaire de base, d’un fonds commun qui crée les ruptures ? »(Martinez 425) Aussi, pour lever cette ambiguïté, nous devons étudier les données spécifiques à l’auteur. Ce sera l’objet du chapitre suivant. 63 2.4 Chapitre IV : Les spécificités lexicales du corpus 2.4.1 Le vocabulaire excédentaire 2.4.2 Le vocabulaire en déficit 2.4.3 Quelques spécificités lexicales djaoutiennes 2.4.3.1 Les emprunts lexicaux. 2.4.3.2 Les xénismes 2.4.3.3 Les noms propres 2.4.3.3.1 Qu’est-ce qu’un nom propre ? 2.4.3.3.2 Le nom propre en linguistique 2.4.3.3.3 Analyse statistique 2.4.3.3.4 Analyse onomastique 2.4.3.3.5 Typologie des noms propres de personnes 2.4.3.3.5.1 Les noms théophores 2.4.3.3.5.2 Les noms de prophètes 2.4.3.3.5.3 Les hagionymes 2.4.3.3.5.4 Les noms propres relatifs aux croyances 2.4.3.3.5.5 Les sobriquets 2.4.3.3.5.6 Les noms filiatifs 2.4.3.3.6 Le nom propre en interaction 2.4.3.3.6.1 Le nom propre comme élément d’une stratégie discursive 2.4.3.3.6.2 Le nom propre comme inscription historique et géographique 2.4.3.3.6.3 Du nom propre à l’enfance 2.4.3.4 Les néologismes 2.4.3.4.1 Relevé statistique 2.4.3.4.2 Néologisme et implicite 64 L’étude du vocabulaire spécifique de Djaout permettra de cerner un tant soit peu la conception de l’auteur en matière de langue et d’écriture. En effet, le lexique spécifique témoigne de la langue utilisée par l’auteur. Celle-ci n’est certes pas différente de la langue standard mais elle révèle un emploi maghrébin du français avec le lexique relatif à la réalité sociale, mais aussi propre à l’auteur, qui fait usage d’un vocabulaire en rapport avec ses visées pragmatiques. A juste titre, Brunet affirme que l’étude du lexique spécifique de l’auteur permet de dresser son « portrait lexical » : « C’est le mélange des ombres et des éclats, des creux et des reliefs qui donne au portrait ses traits spécifiques. »(« Le vocabulaire de Zola » 400) Pour établir ce portrait, il est nécessaire de relever le vocabulaire en excédent et le vocabulaire déficitaire dans le texte, ce que le logiciel se charge de faire ; il fait en même temps une comparaison avec le TLF pour dégager les spécificités lexicales de l’œuvre. Il s’agit, en fait, « d’évaluer, sur un modèle probabiliste, la signification d’une fréquence dans un sous-corpus. »(Michel Bernard 125) En d’autres termes, il s’agit de repérer « du point de vue lexical, les points de ruptures et de continuités, les coupures et les coutures »(127) dans le corpus. 2.4.1 Le vocabulaire excédentaire On entend par vocabulaire en excédent le vocabulaire qui, après une comparaison avec le TLF, a un écart réduit positif, c’est-à-dire présent d’une manière significative dans le corpus de l’auteur. Le tableau reprenant ce vocabulaire est donné dans l’Annexe 3. Les résultats obtenus par l’application de la fonction Spécificité du logiciel et présentés dans ce tableau, nous montrent que le vocabulaire excédentaire est relatif à deux espaces qui s’enchevêtrent souvent dans l’œuvre de Djaout. Ces deux espaces sont la ville et le village. Pour ces deux termes, nous trouvons, respectivement, des fréquences de 204 et 182. Certes, ce 65 ne sont pas les plus élevées, mais ces termes sont au centre de deux constellations qui ont des ramifications qui touchent aussi bien à l’enfance, l’environnement natal et à la topographie du village qu’aux peurs et aux angoisses de la ville. Nous pouvons également dire que Djaout se sert de ces espaces pour rendre compte des habitudes sociales d’un groupe et de son idéologie. Cela dit, il se sert de ces lieux comme point d’ancrage. Ainsi, le mot désert est-il fortement excédentaire. Comme lieu, il est le point de départ de diverses expériences humaines sous-tendant des formes et des discours structurant cet espace. Nous reviendrons dans un autre chapitre sur ces considérations car « l’établissement de (…) noyaux lexicaux (…) conduit à une étude qui est nécessairement, en premier lieu, thématique de par sa nature »(Olivier 468), ce qui n’est pas notre propos pour l’instant, d’autant plus qu’il s’agit, pour nous, d’émettre des hypothèses de travail préliminaires et de dégager, justement, ces noyaux lexicaux qui nous serviront dans l’analyse thématique proprement dite. 2.4.2 Le vocabulaire en déficit Nous appelons vocabulaire déficitaire les formes qui n’apparaissent pas beaucoup dans le corpus et dont la présence par rapport au TLF est insignifiante. Ces formes ont un écart réduit négatif. Ce sont des « spécificité(s) négative(s) qui indique(nt) un déficit par rapport à ce qui était attendu. »(Michel Bernard 126) Cependant, pour notre analyse, ces formes sont pertinentes, vu qu’elles nous renseignent sur les choix de l’auteur en matière de lexique. Le tableau récapitulatif de ces formes (Annexe 4) nous conduit à dégager deux conclusions. Tout d’abord, des termes comme dire, mot, femme, fille sont déficitaires mais Djaout se propose de « vaincre toutes les aphasies » et il s’est engagé dans les luttes pour l’émancipation de la femme. Ainsi le déficit n’est-il pas dû à une volonté de l’auteur car 66 d’autres mots fonctionnent comme palliatifs et la deuxième partie de ce travail le démontrera. Ensuite, des mots comme raison, vérité sont déficitaires dans la mesure où, dans l’œuvre, la raison tend à être supplantée et la vérité à être travestie. Nous voyons donc qu’une interprétation unilatérale des résultats peut susciter des discussions et qu’il faudrait un regard global sur les différents résultats et une application des différentes opérations pour arriver à une objectivité dans l’interprétation. 2.4.3 Quelques spécificités lexicales djaoutiennes Étudier les spécificités d’un auteur, c’est s’intéresser à sa langue et examiner ses stratégies discursives. Au cours de ce chapitre, nous tenterons de cerner les spécificités lexicales de l’œuvre de Djaout. Ainsi, selon Lise Gauvin, « l’écrivain francophone est [-il], à cause de sa situation particulière, condamné à penser la langue » (qtd. In Achour, Christiane ; Bekkat, Amina 87), et elle propose de nommer ce fait « la surconscience linguistique. » Le travail sur la langue apparaît, en premier lieu, au niveau du lexique. Celui-ci fait appel, dans un texte écrit, à plusieurs procédés (emprunts, xénismes, néologismes, archaïsmes, etc.) qui en font la diversité. A ce sujet, Bakhtine affirme : « le roman pris comme un tout, c’est un pluristylistique, plurilingual, plurivocal » est « la langues diversité sociale et voix de de langages, individuelles, phénomène et qu’il parfois de diversité littérairement organisée » (« Esthétique » 87 ; 88) Le texte est donc un lieu de rencontre entre plusieurs langues. Lieu « plurilingual » que Djaout actualise par l’emploi du lexique relatif à ces différentes langues. C’est ainsi que nous rencontrons dans notre corpus, d’une part, des mots empruntés au berbère et à l’arabe, 67 qui permettent l’ancrage géographique du texte et, d’autre part, à l’anglais ou à l’espagnol, qui témoignent de l’universalité du texte. La visée et le dessein de l’auteur sont contenus dans ce discours multilingue sur une réalité diversifiée grâce à un lexique hétérogène. Son discours « pénètre dans dialogues et étrangers, ce milieu tendu se compliquées, de de mots, faufile fusionne mots de dans avec étrangers jugements, leurs les uns, agité de d’accents interactions se détache des autres, se croise avec les troisièmes. Tout cela peut servir énormément à former le discours (…) » (Bakhtine 100) En définitive, « le polylinguisme introduit dans le roman (quelles que soient les formes de son introduction), c’est le discours d’autrui dans le langage d’autrui, servant à réfracter l’expression des intentions de l’auteur. » (144) C’est à cet effet que nous allons tout d’abord nous intéresser aux emprunts lexicaux, ensuite aux xénismes, puis aux noms propres et enfin aux néologismes dans la mesure où ces types de lexies participent au polylinguisme du corpus. 2.4.3.1 Les emprunts lexicaux. Nous entendons par emprunt lexical toute lexie qui est, en quelque sorte, externe au capital lexical d’une langue donnée et dont la présence témoigne d’un état donné de cette langue à un moment précis de son histoire. En effet, selon Louis Guilbert, l’emprunt est défini comme : « un phénomène linguistique dont l’étude va de pair avec l’histoire de la formation d’une langue. Aucun peuple (…) n’a autochtone, pu à développer l’abri de une tout 68 culture contact entièrement avec d’autres peuples, qu’il économiques, s’agisse si bien de que, guerres ou de nécessairement, relations sa langue s’est trouvée en rapport avec une ou d’autres langues, et en a reçu une influence quelconque, si minime soitelle. » (« La Créativité » 89) Au-delà de cette définition, l’emprunt fonctionne souvent comme moyen d’identification par rapport à une réalité déterminée. Ainsi, l’emploi d’emprunts dans notre corpus témoigne-t-il d’un ancrage dans la réalité maghrébine en général et algérienne en particulier. Effectivement, Djaout essaie divers métissages pour obtenir ce « frelatage d’un mot et d’une syntaxe autre » (« L’Exproprié » 105) qui lui est cher. Mais aussi, dans son œuvre s’allient « mots banals ou poétiques, mots crus ou mots du registre scientifique (…) afin de mieux dire ou dire autrement la nostalgie du pays natal, l’embrasement des sens ou les fureurs « L’Exproprié de » iconoclastes. » ( Kazi Tani, 146) Par ailleurs, Foudil Chériguen définit l’emprunt lexical comme : « une unité plusieurs de fonctionnement parties, toutes comportant susceptibles une ou d’usage syntaxique autonome. Il est mis en morphologie (…) parce que passé dans la langue cible. La base lexicale relève de la langue source. Il y a donc un rapport avec celleci (rapport étymologique)… » (« Les Procédés » 55) Nous allons donc, dans un premier temps relever les emprunts lexicaux présents dans notre corpus en en indiquant la référence dans les textes composant ce corpus et en en 69 donnant une définition littérale telle que relevée dans un dictionnaire de langue. Dans un deuxième temps, nous essaierons de déterminer la portée pragmatique de ces emprunts dans l’œuvre romanesque de Djaout. Tableau 10 : Les emprunts lexicaux Lexies Alfa Transcription Fréquence phonétique Corpus Ex 13 Ch ID Vi Der [alfa] 1 1 Sens littéral 0 0 0 0 n.m. (1848, arabe halfa) plante herbacée (gram et d’Espagne dont les feuilles servent de matiè fabrication de la sparterie et de certains papier Burnous [byrnus] 23 9 5 8 1 0 n.m. (1851 ; barnousse, 1556 ; arabe bournous sans manches que portent les Arabes. Caïd [kaid] 1 0 0 1 0 0 n.m. (1568 ; arabe qaid) En Afrique du nord f qui cumule les attributions de juge, d’administ police. Chéchia [∫e∫ja] 4 1 0 2 1 0 n.f. (chachia, 1575; repris en 1845; arabe chac d’Asie où on fabrique des bonnets) coiffure en portent les Arabes. Cheikh [∫ek] 4 1 0 3 0 0 n.m. (1700, arabe, « vieillard ») chef de tribu c synonyme de sage. Coran [korã] 3 0 0 2 1 0 Livre saint des musulmans Couscous [kuskus] 13 3 8 1 1 0 n.m. (csoucsou, 1556, couscous, 1505) semou avec de la viande, des légumes et des sauces p Dey [dej] 1 0 0 1 0 0 n.m. (dey, 1628 ; turc dâi, « oncle », titre hono gouvernement d’Alger (1771-1830). Djebel [žebel] 1 0 1 0 0 0 n.m. (1870 ; arabe « montagne ») terrain mont nord. 13 les abréviation correspondent à : Ex : L’Exproprié ; Ch : Les Chercheurs d’Os ; ID : L’Invention du Désert ; VI : Les Vigiles ; Der : Les dernier été de la raison. 70 Djellaba(s) [želaba] 4 4 0 0 0 0 n.f. (1870, mot arabe du Maroc) longue robe à capuchon portée par les hommes et les femme Djemaa [žemaa] 16 1 10 5 0 0 n.f. (1870, mot arabe « assemblée ») réunion d représentent un village en Afrique du nord. Douar [duwar] 1 1 0 0 0 0 n.m. (dour, 1628 ; adouar, XVIII, arabe magh tentes disposées en cercles que les Arabes nom temporairement, c’est aussi une division admi nord. Fakir [fakir] 2 2 0 0 0 0 n.m. (1653, arabe « pauvre ») 1° religieux asc se livre à des mortifications en public ; 2° personne qui donne un spectacle d’exercice prestidigitation, hypnose…). Gandoura [gãdura] 14 3 2 1 4 4 n.f. (1852, mot arabe du Maghreb) sorte de tun les Arabes portent sous le burnous. Henné [ene] 6 2 0 2 1 1 n.m. (1553, arabe) 1° arbuste des régions tropi feuilles séchées et pulvérisées donnent une po jaune ; 2° poudre utilisée dans les pays musulmans po cheveux, des doigts … Imam [imam] 35 4 1 26 1 3 n.m. (1959, arabo-turc) 1° titre donné aux succ 2° fonctionnaire employé dans une mosquée c Kouba [kuba] 1 0 1 0 0 0 n.f. (1846, arabe « dôme, coupole ») monumen Marabout. Ksar [ksar] 1 1 0 0 0 0 n.m. (1857, arabe) lieu fortifié en Afrique du n Kabyle [kabil] 1 0 0 1 0 0 n.m. (cabilah 1761, arabe kabaily) personne or région montagneuse de l’Algérie. Khol [kêol] 1 0 0 0 0 1 n.m ; (arabe kuêl) 1. Fard noirâtre provenant d substances grasses, utilisé, à l’origine, dans le maquillage des yeux. 2. poudre d’antimoine Kif [kif] 1 0 0 0 0 1 n.m. (mot arabe maghrébin, aise, état de béati haschisch mêlée de tabac, en Afrique du Nord Mihrab [mirab] 1 1 0 0 71 0 0 Dans une mosquée, niche creusée dans un mur la Mecque. Mihrabs [mirab] 1 1 0 0 0 0 Pluriel de mirab. Mastaba [mastaba] 1 1 0 0 0 0 n.m. (de l’arabe) monument funéraire trapézoï chapelle, construit pour les notables de l’Egyp l’Ancien Empire. Muezzin [myezẽ] 5 1 0 0 2 2 n.m. (1823, maizin, 1568; turc meuzin, de l’ara appelle à la prière »). Fonctionnaire religieux mosquée et dont la fonction consiste à appeler Souk [suk] 12 4 0 4 4 0 n.m. (1848, mot arabe « marché ») en pays d’i réunissant dans un dédale de ruelles des boutiq pop. : lieu où règne le désordre, le bruit Sourate(s) [surat] 4 1 0 1 0 2 n.f. (sura, sure 1732, mot arabe) chapitre du C Nous constatons que les emprunts lexicaux dont use l’auteur sont pour la plupart présents dans le lexique français, bien qu’utilisés rarement. Ces termes-là ont été vulgarisés notamment durant les années de colonialisme par la littérature dite « exotique ». Ainsi les mots comme « chéchia » ou « souk » ne sont-ils presque plus perçus comme étant des emprunts, surtout pour le natif de la langue source. Cependant, pour le non natif, ils représentent une transposition dans la réalité algérienne. Aussi le but recherché par l’auteur est-il d’adjoindre une identité ou une nationalité à son œuvre. Ceci dit, leur rôle ne se limite pas à cloisonner l’œuvre dans une identité précise car le propre de celle-ci est de prétendre à l’universalité, mais les emprunts servent également, voire particulièrement, à rendre compte d’une réalité sociale et géographique que le lexique du français métropolitain n’arrive pas à accomplir ou qu’il dénature. Ainsi, quand parler d’une « assemblée » suggère une interprétation « scientifique ou politique » du terme, parler d’une « djemaa » ouvre l’horizon de la lecture par l’intrusion des 72 métaphores relatives à cet espace de vie qui n’est plus celui des débats politiques ou sociaux mais celui de la douce enfance et du village natal. L’emprunt lexical revêt donc une double fonction. Certes, il permet d’adjoindre à la langue française une substance nord-africaine et de rendre compte de cette réalité sociale autre, mais il est également un lieu de souvenir et une échappatoire vers le territoire de l’enfance. 2.4.3.2 Les xénismes Le xénisme est un état par lequel tout emprunt éventuel d’une langue est susceptible de passer. Ainsi, bon nombre d’emprunts, avant d’être reconnus comme tels, ont été des xénismes. Louis Guilbert souligne que lorsqu’un « terme étranger est introduit dans le corps d’une phrase française en référence à un signifié propre à la langue étrangère (…) » (« La Créativité » 92), on le qualifie de « xénisme, parce qu’il demeure effectivement étranger. » Il est, aussi, selon Chériguen, « une unité de fonctionnement pouvant comporter une ou plusieurs d’usage parties ; syntaxique chacune d’elles autonome. Il étant n’est susceptible pas mis en morphologie parce que n’appartenant pas (ou pas encore) à la langue cible pour laquelle sa base est étrangère. Il a un rapport avec une langue source. » (55) Le xénisme témoigne également d’un travail sur la langue pour en extraire une substance qui lui donnerait une identité particulière. Ainsi, dans notre corpus, les xénismes font figure d’empreinte, ou de cachet spécial donné à tel ou tel roman. D’où la disparité dans la présence de ces termes dans les différents textes. Nous tenterons à présent de cerner ces termes par un relevé succinct pour en dégager la visée implicite. Les résultats obtenus sont présentés dans le tableau suivant : 73 Tableau 11 : Les xénismes Terme ou Langue de Fréquence Sens littéral en langue cible expression vulgarisation corpus EX CH ID VI Der Abd arabe 1 0 0 1 0 0 « esclave ou serviteur » Aïd arabe 8 3 0 0 5 0 « fête religieuse chez les musulma Ameksa berbère 1 1 0 0 0 0 « berger » And anglais 3 1 0 2 0 0 « et » Answers anglais 1 0 0 0 0 1 « réponses » arr berbère 1 0 1 0 0 0 « expression pour faire avancer un At anglais 2 0 0 2 0 0 «à» Ath berbère 1 1 0 0 0 0 « ceux de » Azraïn arabe 1 1 0 0 0 0 « ange de la mort en kabyle » Barrani berbère 1 0 1 0 0 0 « étranger » Be anglais 1 1 0 0 0 0 « être » Blaghdji turc 1 0 0 1 0 0 « artisan qui fabrique des sandale Blend anglais 1 0 0 1 0 0 « mélange » Boat anglais 1 1 0 0 0 0 « bateau » Boy anglais 2 2 0 0 0 0 « garçon » Break anglais 1 0 0 0 1 0 « pause »; « cassure » ; « rupture By anglais 1 1 0 0 0 0 « par » Chahada arabe 1 1 0 0 0 0 Plusieurs significations, entre autr convertit à l’islam » Charia arabe 1 0 0 1 0 0 « droit musulman » Chikha arabe 1 1 0 0 0 0 « féminin de cheikh » Chouari berbère 3 0 3 0 0 0 « sorte de besace qu’on met sur le Cold anglais 1 0 0 1 0 0 « froid ou frais » Crowd anglais 1 1 0 0 0 0 « foule » Da berbère 17 0 17 0 0 0 « particule honorifique équivalent Dahr arabe 1 0 0 1 0 0 « le temps ou l’époque » Day anglais 1 1 0 0 0 0 « jour » Desires anglais 1 1 0 0 0 0 « désirs » 74 Djelsat arabe 1 0 0 1 0 0 « assises ou assemblées religieuse Djida berbère, de 1 1 0 0 0 0 « ma grand-mère » l’arabe Djada Donated anglais 1 1 0 0 0 0 « donné » Doping anglais 1 0 0 1 0 0 « dopage » Dreams anglais 2 2 0 0 0 0 « rêves » Dry anglais 1 1 0 0 0 0 « sec » Exchanged anglais 1 1 0 0 0 0 « échangé » For anglais 2 2 0 0 0 0 « pour » Fouta berbère 1 1 0 0 0 0 « pagne avec lequel la femme kab Fqih(s) arabe 4 2 0 2 0 0 « savant religieux dans l’islam » Girl anglais 2 2 0 0 0 0 « jeune fille » Guerba arabe 4 2 0 2 0 0 « outre à eau ou à lait » Guerbas arabe 2 2 0 0 0 0 « pluriel français de guerba » Guerrab arabe 1 1 0 0 0 0 « porteur d’eau» Hadid arabe 1 0 0 1 0 0 « fer » Half anglais 1 0 1 0 0 0 « moitié ou demi » Hands anglais 1 1 0 0 0 0 « mains » Hidjab arabe 1 0 0 0 1 0 « voile féminin coranique » Him anglais 1 1 0 0 0 0 « son » Houris arabe 2 2 0 0 0 0 « vierges du paradis promises aux Ighzer berbère 2 0 0 2 0 0 « ruisseau » Ihiqel berbère 1 0 0 1 0 0 « mâle de la perdrix » Ikoufane berbère 1 0 0 1 0 0 « silo à grains ou à figues sèches Illah arabe 1 0 0 1 0 0 « Dieu » Imzad berbère 1 1 0 0 0 0 « instrument de musique à cordes Touaregs » In anglais 3 1 0 2 0 0 « dans » Ink anglais 1 0 0 1 0 0 « encre » Is anglais 3 3 0 0 0 0 « est » Kaaba arabe 1 0 0 1 0 0 «temple de la Mecque » Kachabia arabe 1 0 1 0 0 0 « tunique maghrébine longue sans 75 kachabias arabe 1 0 1 0 0 0 « pluriel de kachabia » Kahf arabe 1 1 0 0 0 0 « grotte » Kanoun berbère 6 3 0 3 0 0 « âtre » karkabouses arabe 1 1 0 0 0 0 « instrument de musique gnawi te fait claquer » Khandjar arabe 1 0 0 1 0 0 « genre de couteau » Khauya berbère 1 1 0 0 0 0 « mon frère » khzène arabe 1 0 0 1 0 0 « réserve » Koullouna arabe 2 2 0 0 0 0 « nous tous » Lekhrif berbère 1 1 0 0 0 0 « hyperonyme pour désigner les f Little anglais 1 1 0 0 0 0 « petit ou peu » Ilahi arabe 1 1 0 0 0 0 « mon Dieu » My anglais 1 1 0 0 0 0 « mon » Naâdine berbère 1 1 0 0 0 0 « déformation d’une forme d’inju Nath berbère 1 0 1 0 0 0 « particule indiquant l’origine trib Nemrod arabe 1 1 0 0 0 0 nom biblique «chasseur » New anglais 2 0 0 2 0 0 « nouveau » Not anglais 1 1 0 0 0 0 « particule négative équivalant à p Nouab arabe 1 0 0 1 0 0 « tours » Now anglais 1 1 0 0 0 0 « maintenant » Only anglais 1 1 0 0 0 0 « seulement ou uniquement » Oua arabe 1 1 0 0 0 0 « et » Ouazal berbère 1 0 0 1 0 0 Ou « de… » et azal « le milieu de Ouzal berbère 1 0 1 0 0 0 Variante du précédent. ‘oudi arabe 1 1 0 0 0 0 « mon cheval » Ouretrou berbère 1 1 0 0 0 0 « ne pleure pas » Play anglais 1 1 0 0 0 0 « jouer » Qalaa arabe 2 1 0 1 0 0 « forteresse » Qasba arabe 1 0 0 1 0 0 « casbah » Radji’oun arabe 1 1 0 0 0 0 « nous reviendrons » Ramyou arabe 1 0 0 1 0 0 « jet » Reader anglais 2 1 0 1 0 0 « lecteur » 76 Ready anglais 1 1 0 0 0 0 « prêt » Room anglais 1 1 0 0 0 0 « salle » Sandouk arabe 1 0 0 1 0 0 « caisse » Shaïtan arabe 1 0 0 1 0 0 « Satan » She anglais 3 3 0 0 0 0 « elle » Singing anglais 1 1 0 0 0 0 « action de chanter » Sings anglais 1 1 0 0 0 0 « chants » Smakh arabe 1 0 0 0 0 1 « encre traditionnelle à base de la Sold anglais 1 1 0 0 0 0 « solder », « vendre » Steel anglais 1 0 0 1 0 0 « acier » Switched anglais 1 1 0 0 0 0 « éteint » Tala berbère 1 1 0 0 0 0 « fontaine ou source » Tassekkourt berbère 1 0 0 1 0 0 « perdrix » Teenager anglais 1 1 0 0 0 0 « adolescent » Teeth anglais 1 1 0 0 0 0 « dent » The anglais 10 8 0 1 0 1 « article équivalent à le ou la ou l Thinks anglais 1 1 0 0 0 0 « pense» Tracks anglais 1 0 1 0 0 0 « monte-charge », « trace, piste » Twists anglais 1 1 0 0 0 0 Verbe «elle danse le twist » Typewriter anglais 1 0 0 1 0 0 « machine à écrire » Waiting anglais 1 1 0 0 0 0 « Attente » Walkman anglais 1 0 0 1 0 0 « baladeur » War anglais 1 1 0 0 0 0 « guerre » Waters anglais 1 1 0 0 0 0 « les toilettes » Woman anglais 1 1 0 0 0 0 « femme » Words anglais 1 1 0 0 0 0 « mots » Yemma berbère 1 1 0 0 0 0 « ma mère ou maman » Yemmak berbère 1 1 0 0 0 0 « ta mère » You anglais 5 5 0 0 0 0 « toi ou vous » Your anglais 1 1 0 0 0 0 « ton, ta ou votre, vos » Zerda berbère 2 0 2 0 0 0 « festin donné à l’occasion d’une Maghreb » 77 Deux remarques peuvent être faites. Tout d’abord, le nombre des xénismes est important. En effet, il dépasse de loin celui des emprunts. Ensuite, ces xénismes sont pour la plupart des mots anglais et à un degré moindre berbères et arabes. L’utilisation des mots anglais est certes prépondérante mais elle n’est pas homogène dans tous les textes. Aussi nous retrouvons la majorité de ces xénismes dans L’Exproprié et à un degré moindre dans L’Invention du Désert. Concernant le premier, nous savons maintenant que c’est un texte comprenant des passages de plusieurs genres, notamment la poésie. Nous savons également que Djaout utilise dans ses recueils poétiques, qui ont précédé ses romans, beaucoup de termes anglais. A cet effet, Djaout « insèr(e) des mots d’anglais pour dire, même visuellement, sa conviction de l’universalité de la parole poétique. » (Toso Rodinis 130) Par ailleurs, l’utilisation de termes berbères est une revendication identitaire intrinsèque à l’œuvre de Djaout, très accentuée dans L’Exproprié et L’Invention du Désert, dans le sillage de ses recueils poétiques : « Aujourd’hui j’exige un alphabet / pour revendiquer ma peau / et exhiber à la face du monde / mes espoirs de classé ammonite. » (« L’Arche » 39) Djaout « élève (...) son cri de revendication de « tous les mots séquestrés » au nom de la renaissance du monde et de la renaissance berbère. » (Toso Rodinis 122) Nous remarquons cependant, dans les romans qui ont suivi L’Exproprié, la chute du nombre de ces mots anglais, exception faite de L’Invention du Désert. Celui-ci présente lui aussi un nombre relativement important de xénismes mais pas autant que dans le premier. Du reste, les xénismes présents dans ce texte sont surtout d’origine arabe ou berbère. D’une part, le thème principal du roman, à savoir l’intolérance religieuse, convoque un champ lexical particulier, celui relatif au culte musulman (fqih, etc.) ; d’autre part, les pérégrinations du 78 personnage principal dans le vaste pays du Maghreb interpelle à la fois des mots arabes et berbères (guerba, ighzer, etc.). Enfin, nous signalerons que les trois autres textes présentent un nombre négligeable de xénismes. Pourtant leur absence nous conduit à d’autres conclusions. Les quelques xénismes présents dans Les Chercheurs d’Os sont là pour accentuer l’univers romanesque et les habitudes culturelles de la société kabyle. Ainsi, la mythologie (akli ouzal) côtoie la croyance musulmane (azraïn). Dans les deux derniers romans, Les Vigiles et Le Dernier Eté de la Raison, les xénismes se réduisent à quelques mots qui sont surtout en rapport avec l’accoutrement religieux (hidjab). En somme, la plupart des xénismes ont été recensés dans le premier texte, ce qui confirme son caractère poétique dans la mesure où leur emploi équivaut à une volonté d’expressivité. Dans les autres textes, les xénismes servent à l’ancrage culturel et social de l’histoire romanesque. A côté de cette conviction qui veut que l’écriture, poétique principalement, soit universelle, traduite par la présence marquée de l’anglais, nous assistons à la signature de l’œuvre littéraire par des moyens linguistiques qui lui donnent son caractère non seulement social et culturel, mais aussi géographique. Nous pouvons donc dire, à la suite de Kazi Tani que dans l’œuvre romanesque de Djaout, « se tisse un vrai patchwork linguistique : archaïsmes, mots techniques et français soutenu, serti de mots berbères » (« L’Exproprié de » 147), anglais et arabes. Parmi les xénismes les plus répandus, nous retrouvons ceux qui renvoient à un référent surdéterminé soit par une réalité géographique, soit par une réalité sociale. Ces termes sont le plus souvent intraduisibles et leur emploi renseigne sur le degré d’ancrage du texte dans l’environnement sociologique et historique. Il s’agit, en fait, des noms propres. 79 En effet, selon Guilbert, dans la catégorie des xénismes « entrent les noms propres, patronymes, les noms géographiques de fleuves, de villes … » (« La Créativité » 92) 2.4.3.3 Les noms propres 2.4.3.3.1 Qu’est-ce qu’un nom propre ? Une définition satisfaisante du nom propre à travers les différentes théories qui l’ont abordé reste difficile du fait de la nature spécifique de cet objet. Bien que des critères de reconnaissance aient été établis, il n'en demeure pas moins ambigu. En effet, les critères utilisés par les grammaires normatives, à savoir le critère graphique – la majuscule – et celui syntaxique – l'absence de déterminant –, ne sont pas exhaustifs et pas toujours déterminants. Beaucoup de théories ont tenté de cerner le nom propre : il y a celles qui ont essayé de l’aborder en décrivant les objets typiques de cette catégorie. D’autres ont surtout fait le rapprochement avec le nom commun pour tenter de dégager une définition succincte. Enfin, celles qui ont assimilé la description du nom propre à la connaissance du monde, en passant par la connaissance des sociétés et par celle de l’individu. 2.4.3.3.2 Le nom propre en linguistique La grammaire a de tout temps considéré le nom propre comme à la source de tout savoir et lui a réservé une place particulière. Il était le nom authentique, l’onoma kurion qui a été traduit en latin par l’expression nomen proprium. Mais qu’en est-il en linguistique ? Bien que le nom propre ait été abordé dès les premiers traités de grammaire occidentale qui le qualifiaient d’« authentique », il demeure néanmoins le parent pauvre de la linguistique moderne. Même si la grammaire historique et comparative a instauré une tradition onomastique, le nom propre n’était étudié que pour son aspect étymologique. En effet, cette approche pouvait rendre compte des différents changements phonétiques. 80 Saussure ne fait qu’une brève allusion au nom propre lorsqu’il aborde l’analogie : « Les seules formes sur lesquelles l’analogie n’ait aucune prise sont naturellement les mots isolés tels que les noms propres, spécialement les noms de lieux qui ne permettent aucune analyse et par conséquent aucune interprétation de leurs éléments » (« Cours » 237) En somme, l’étude du nom propre n’a guère évolué au sein de la linguistique. Ainsi Molino s’interroge-t-il sur la possibilité de faire une « analyse structurale ou générative des noms propres » (5) Au moment où l’on s’attendait à un réel intérêt pour le nom propre de la part de la linguistique moderne – puisqu’il fait partie de la langue –, c’est du côté de la logique que des développements sont apparus. Effectivement, avec Frege et Russel, mais aussi Mill et Kripke, le nom propre est devenu un problème logico-philosophique. C’est à juste titre que le nom propre pose le problème de la référence au réel qui est une question majeure de la philosophie et de la logique modernes. Comment ce débat autour du nom propre s’est-il présenté ? « Le débat autour du nom propre du point de vue logique, répond Nogues, s'oriente entre deux pôles qui s'affrontent autour de ce qui serait une dénotation avec ou sans connotation »(25) Pour certains logiciens, tel J. S. Mill, le nom propre n'est qu'une « marque » ou étiquette. Autrement dit, il dénote un individu sans autre référence. Russel, quant à lui, définit le nom propre comme pouvant désigner des choses particulières. Ainsi, pour lui, « Socrate n'est pas un nom propre, il l'a été, ne l'est plus en tant que pour nous il évoque le maître Platon, celui qui a bu la ciguë, etc., en devenant un terme descriptif le d'être un nom propre» (Nogues 25). 81 mot Socrate a cessé C’est ainsi qu’il introduit le concept de «description définie » qui « est une expression qui peut, sans modification de sa signification, être paraphrasé en une expression de la forme : l’objet x qui possède la particularité p » (Molino 13) Pour Frege, tout mot peut être un nom propre ; à cet effet, le nom commun n’existerait pas. Il souligne que le nom n’a de signification que dans une proposition et non à l’état isolé. Wittgenstein, quant à lui, pense que le nom propre n’acquiert une valeur référentielle que dans un « jeu de langage ». Tandis que pour Francis Jacques, dans ses Dialogiques, il n’obtient sa valeur co-référentielle que dans un « interacte de communication ». Kripke, enfin, qui prône le retour aux thèses de Mill et soutient la référence pure du nom propre, qualifie celui-ci de « désignateur rigide ». Il dit, en substance, qu’un nom propre ne saurait être réduit à une description définie car celle-ci, même si elle permet de reconnaître un individu, ne peut désigner cet individu de façon continue, tandis que le nom, lui, est indépendant de toute modification temporelle, spatiale ou personnelle. Par ailleurs, les anthropologues s’intéressent également aux noms propres car ils participent à la classification sociale. Lévi-Strauss affirme que « le nom est universel et, dans toutes les sociétés, sert à signifier, à identifier et à classer » (qtd. In Akin 37) Pour plusieurs raisons, le nom propre est indispensable et n’est jamais dépourvu de sens : - la nomination fait entrer dans l’ordre symbolique et social ; - le nom fait partie d’un « capital symbolique » partagé par les membres d’une société ; - la nomination est l’enjeu d’un pouvoir et d’une maîtrise ; - il y a un rapport entre le nom et l’individu basé sur des croyances imaginaires ; - le nom est un marqueur généalogique et territorial. La nomination remplit une 82 fonction d’identification répartie sur l’adresse et la référence ; - le nom assure, à la fois, pour l’individu, l’identité personnelle et la conscience d’appartenance tant à une lignée qu’à une communauté.(Cf. « Nom », In Encyclopaedia Universalis, France, S. A., 1999) Enfin, en psychanalyse, le nom propre a été révélé par l’expression lacanienne de « Nom du Père » qui, elle-même, répond à l’expression freudienne de « Père primitif ». Elle « est préexistant destinée à tous à désigner le signifiant qui, les autres, rend possible toute mutation du réel en signifiant. Il est le support de la fonction symbolique et équivaut au nom de la Loi. » (« Nom » 14) Il n’a pas pour fonction première l’usage social. Il n’a nul besoin d’être une marque particulière : « sa fonction est de désigner la marque, qu’on appelle celle-ci mort […] ou castration. » (Lacan, qtd. In Nusinovici 101) Le nom propre, donc, fait trou dans l’Un par la castration car « l’effet de nomination […] est un effet d’interpellation – très précisément, d’interruption de la contemplation de son image propre par le jeune enfant dans le miroir.» (« Nom » 13) Quant à l’écrivain, il exploite les diverses dimensions du nom propre, car il trouve dans celui-ci un signe poétique où est condensée l’expérience humaine. C’est, disait Barthes au sujet des noms propres chez Proust, l’équivalent de la « réminiscence » (« Le Degré » 124). Et il ajoute que le nom propre se déplie comme un souvenir. Il dit également : « chaque nom contient plusieurs scènes surgies d’abord d’une qui ne demandent qu’à se fédérer et à former de la sorte un petit n’est manière récit, discontinue, car raconter, erratique, ce 83 mais jamais que lier entre elles, par procès métonymique, un nombre réduit d’unités pleines. » (127) A la limite, « toute la recherche est sortie de quelques noms »(127-8) propres : « c’était, ce Guermantes, dit Proust, comme le cadre d’un roman. » (Raczymow 40) Cependant, l’écrivain n’arrive pas à voir dans l’acte de baptiser un acte accompli et « la tâche de le poursuivre lui paraît toujours actuelle et urgente. »(« Nom » 18) En effet, « lorsqu’un écrivain invente un nom propre, il est tenu législateur aux mêmes platonicien règles de lorsqu’il motivation que le veut un nom créer commun ; il doit (…) « copier » la chose, et comme c’est évidemment impossible, du moins copier la façon dont la langue elle-même a créé certains de ses noms. »(Barthes, « Le Degré » 130) Maintenant, que des noms comme Yekker, Elbouliga ou autres existent ou n’existent pas, ils présentent néanmoins une « plausibilité » maghrébine ou algérienne : « leur phonétisme, et au moins à titre égal leur graphisme, sont élaborés en conformité avec des sons et de groupes de lettres attachés spécifiquement » (131) à la construction des noms propres algériens ou maghrébins. Cela dit, le nom propre participe donc à la constitution de l’identité romanesque de notre corpus : « il a une signification commune : il signifie au moins la nationalité et toutes les images qui peuvent s’y associer. » (131) Aussi, « noms des lieux (toponymes), noms de personnages (anthroponymes) (…) « classent » l’œuvre dans un espace géographique, parfois historique et social. Ils marquent une interaction constante entre fiction, référence et expérience. » (Achour ; Bekkat 81) 84 Pourtant, le nom propre chez Djaout n’est pas uniquement le nom algérien ou maghrébin mais témoigne d’une culture universelle de l’auteur qui utilise aussi bien les noms de l’Orient que ceux de l’Occident. Ainsi, le nom propre est-il le dépositaire, en quelque sorte, de la connaissance. 2.4.3.3.3 Analyse statistique L’outil statistique nous permet d’avoir une vue d’ensemble des différents noms de personnes qui constituent l’onomastique de notre corpus. Il nous permet également de voir la répartition de ces noms dans les différents textes. Les résultats obtenus sont représentés dans un tableau (Annexe 5). Ce tableau nous permet d’avoir une vision globale de la disposition des noms propres de personnes dans notre corpus. La fréquence du nom propre nous apprend si tel ou tel personnage est important ou non dans le texte. Ainsi, le nom Mahfoudh a-t-il une fréquence de 245 occurrences et Boualem 161. Cela nous permet de penser que ces deux personnages jouent un rôle essentiel dans les deux textes où ils apparaissent, respectivement Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison, car, selon Greimas, le personnage qui a le plus de fonctions est le plus « agissant ». Aussi nous remarquons que certains noms sont particuliers à tel ou tel texte comme Ziada ou Younès qui sont spécifiques à L’Invention du Désert, tandis que d’autres comme Yahia, Saïd, Tayeb 14 circulent dans les différentes œuvres. Ils sont non seulement témoins 14 Il est à noter que ce prénom a été utilisé comme pseudonyme, par Tahar Djaout pour signer un certain nombre d’articles de journaux, d’une part et d’autre part, « c’est le prénom de l’ami de toujours, simple travailleur à l’ENIEM de Oued Aïssi » selon les propos de R. Hammoudi in El Moudjahid n° 8990 du dimanche 29 mai 1994. 85 d’une intertextualité interne mais aussi d’une intertextualité externe, qui interpelle les textes d’autres auteurs. Effectivement, embrayeur le nom « est, d’intertextualité par excellence, restreinte ou un élargie. Restreinte ou interne s’il y a circulation des mêmes noms à l’intérieur de l’œuvre d’un même auteur. (…) L’intertextualité peut être élargie quand le nom renvoie à d’autres textes d’autres auteurs. » (Achour ; Bekkat 84) Dans notre corpus, un nom comme Tayeb fonctionnerait donc comme embrayeur d’intertextualité interne à quatre romans : L’Exproprié, Les Chercheurs d’Os, L’Invention du Désert et Les Vigiles. A l’inverse, un nom comme Azzi ou Arezki nous rappelle des textes de Mouloud Mammeri, tandis que des noms historiques (Ibn Toumert, par exemple) renvoient à l’Histoire. En outre, les noms en présence dans le corpus peuvent être distribués en deux catégories : « fictifs et attestés » : « la fiction est accréditée par le mélange de noms fictifs et de noms attestés qui assurent au récit un solide ancrage socio-historique. Sa cohésion est assurée car les noms sont des pôles d’identification dans la diégèse, des repères. » (Achour ; Bekkat 83) Les noms fictifs ou « autoréférentiels » sont des « noms qui appartiennent à l’univers de la fiction et sont créés pour et par lui. » (49) Parmi ces noms, nous pouvons citer Mahfoudh, Boualem, Tayeb, etc. Par « attestés » ou « référentiels », il faut entendre ceux qui « renvoient à une réalité extratextuelle, qui ancrent la 86 fiction dans le réel» (49). Ibn Toumert, Ibn Tachfin, Moqrani, etc., font partie de cette catégorie. Une dernière remarque relative au genre de ces noms propres : la majorité d’entre eux sont masculins. Il y a une distribution presque exclusivement masculine des personnages mis à part quelques prénoms féminins tels que Kenza, Samia, Azzi ou Khadra. Nous nous intéresserons tout d’abord, d’un point de vue onomastique, à tous les noms propres, d’origine arabe en général, et maghrébine, en particulier. Ensuite, nous aborderons le nom propre d’un point de vue pragmatique car, finalement, la création d’un nom propre n’est pas fortuite et répond à un dessein de l’auteur. Ainsi, le nom de Boualem Yekker qui signifie littéralement « celui qui a l’étendard est debout » ou « l’intellectuel est debout » est-il un symbole de résistance à l’obscurantisme religieux qui s’empare de la vie quotidienne dans le roman de Djaout Le Dernier Été de la Raison. A cet effet, Achour et Bekkat affirment : « dans un roman ou toute œuvre littéraire, la nomination du personnage est un acte d’onomatomancie, c’est-à-dire l’art de prédire, à travers le nom, la qualité de l’être. » (81) 2.4.3.3.4 Analyse onomastique Le tableau suivant reprend les noms de personnes relevés dans notre corpus. Tableau 12 : Les noms de personnes ORIGINE 15 LEXIE MORPHOLOGIE ORIGINAL 15 Nous entendons par origine, l’aire évolue le nom propre considéré. 87 DERIVE linguistique TRONQUE dans laquelle COM Abchir arabe + Abdallah arabe + Abdelhadi arabe + Abdelkader arabe + Abdelmoumen arabe + Abdelwahab arabe + Abdenour arabe + Ahmad arabe + Ahmed + Akli berbère + Ali arabe + Amar arabe + Amina arabe + Amoqrane berbère + Arezki berbère + Assemam berbère + Aziz arabe + 88 Azzi berbère + Bachir arabe Bakli berbère + Boualem arabe + Bouziane arabe + Brik arabe + Chaâbane arabe + Chébib arabe + Chérif arabe + Dahmane arabe + Driss arabe + Elbouliga Berbère Fatima arabe Ferhat arabe + Hadj arabe + + + + 89 Hamid arabe + Hammouch berbère + Hamou berbère + Hand berbère + Hassan arabe + Hocine arabe + Hssen arabe Ibrahim arabe Idir berbère + Ismail arabe + Kahéna arabe + Kahina arabe + Kamel arabe + Khadra arabe + Khaled arabe + Koceilah berbère + + 90 Lemdjad arabe + Maâchou berbère + Mahfoudh arabe + Mahrez arabe + Mansour Arabe + Menouar arabe + Mériem arabe Messaoud arabe + Mezayer Arabe dialectal + Méziane berbère + Mhand berbère Mohamed arabe + Mohammed arabe + Mohand berbère Mokhtar arabe + Mokrane berbère + Moqrane berbère + Moqrani berbère + Mourad arabe + Nabiha arabe + Nadjib arabe + + + + 91 Nedjm arabe + Okba arabe + Omar arabe + Ouahmed Berbère et arabe + Ouali Berbère et arabe + Ouancharissi arabe + Oukaci Berbère et arabe + Oumeziane berbère + Ourezk berbère + Ouzerouk berbère + Rabah arabe + Redhouane arabe + Saâdi arabe + Saïd arabe + Salah arabe + Salihi arabe Samia arabe + + 92 Skander + Tachfin arabe + Tahar arabe Taïbi arabe Tamim arabe + Tartouchi arabe + Tayeb arabe Touhami arabe + Toumert arabe + Yahia arabe + Yamina arabe + Yamna arabe + Yekker berbère + Youcef arabe Younès arabe + Zahra arabe + Ziada arabe + + + + + 93 + 2.4.3.3.5 Typologie des noms propres de personnes 2.4.3.3.5.1 Les noms théophores On entend par noms théophores les noms qui ont dans leur structure l’un des quatrevingt-dix-neuf noms de Dieu cités dans le Coran : « Les croyants sont invités à invoquer le Seigneur en l’appelant de noms multiples disséminés dans le livre sacré (le Coran), noms collectés, décomptés. On en trouve 99, le centième, le nom suprême restant inconnu ou étant (=Lui) ou n’importe encore lequel Allah, des de 99, Elohim, ou ou bien « huwa » encore « les lettres mystérieuses, lumineuses » qui se trouvent au début de certaines sourates. Il en existe7 » (Hammad 165) Ces noms sont très usités dans les pays musulmans et le Maghreb n’est pas en reste car, comme dit la Sourate VII : 180, « Allah détient les noms de l’excellence. Invoquez-les, abandonnez ceux qui blasphèment ses noms ». Ils ont été introduits dans la société maghrébine avec l’Islam. Ils sont, en majorité, des qualités attribuées à Dieu et s’emploient avec la particule « abd » (esclave ou serviteur ou encore adorateur). En effet, le nom de Dieu ne doit pas être porté par l’homme selon un hadith (parole du prophète) : « Quand vous nommez, assujettissez. » Par ailleurs, Chériguen dit que dans la société musulmane « Dieu et l’homme ne doivent pas porter un même nom. Ainsi, si Dieu est désigné par Allah (…), sa créature doit être désignée distinctement de lui mais en rapport avec lui, d’où l’usage du préfixe 94 « abd ». Le nom d’homme serait alors ainsi : Abdallah. » (« Toponymie » 65) Cependant ils ont perdu dans certains milieux, notamment au Maghreb, leur caractère sacré et ils sont employés sans la particule « abd ». A cet effet, Chériguen remarque : « bien des noms d’homme (…) ont fini par perdre le préfixe, le second composant devenant alors un simple nom. Exemple : à partir de Abd el kader, « adorateur du Tout-puissant », l’usage a fait Kader. En dehors du fait que cette simplification obéit à la loi de l’économie linguistique, il faut convenir que ce suffixe d’origine n’est devenu un prénom que parce que le sens initial du substantif (ou de l’adjectif) a été quelque peu altéré par l’usage et l’habitude pour ne plus évoquer qu’un prénom d’homme ou, au mieux, un patronyme. Le changement linguistique est aussi une des causes de cette évolution vers la différence simplification : entre un arabe c’est le classique produit d’une sacralisé, en Afrique du Nord, et un arabe algérien plus populaire et plus profane. » (65) 2.4.3.3.5.2 Les noms de prophètes Nous remarquons dans notre corpus la présence de noms qui renvoient aux prophètes. Ainsi, à côté de Mohamed et ses différentes variantes et graphies (Mohammed, Mohand, etc.) nous trouvons Ibrahim, Ismail, etc. L’emploi de ces noms est très fréquent en Afrique du Nord et leur usage participe d’une symbolique qui veut que l’emploi de tel ou tel nom confère à son porteur les qualités premières du premier porteur permettant ainsi au nom d’exercer son pouvoir sur la communauté. 95 2.4.3.3.5.3 Les hagionymes Nous entendons par hagionymes les noms des saints reconnus dans une communauté religieuse. Abbès affirme : « la multitude des sanctuaires dressés à la mémoire d’un mystique mort et enterré ailleurs est une conception populaire typique de l’islam populaire maghrébin. Cette pratique est fondée sur le culte de l’absent. » (132) L’emploi des hagionymes dans l’œuvre de Djaout est à vocation ethnographique car ils sont là pour rendre compte des habitudes sociales de la société algérienne, surtout berbère, et des croyances et mythes populaires. Ainsi Maâchou ben Bouziane revient à plusieurs endroits dans notre corpus et est commun à deux textes (L’Exproprié et Les Chercheurs d’Os avec deux et sept occurrences respectivement). Par ailleurs bon nombre de saints interviennent dans le corpus faisant office d’indications géographiques, tels que Sidi Yahia, Sidi M’hamed, Sidi Mahrez, Sidi Abbou, etc. En fait, ces saints participent à l’organisation sociale de la société, d’où les différents pèlerinages organisés avec une grande dévotion et dont Djaout parle dans son œuvre : « ces saints qu’on vénère parce qu’ils étaient des mystiques, des juristes et des théologiens ont tous une légende locale populaire empreinte de haute spiritualité » : « Une femme jeune encore vint aussitôt les solliciter. Mon fils est atteint d'un mal incurable, ô mes maîtres. Vous, descendants du saint Sidi Maâchou ben Bouziane aux pouvoirs innombrables, guérissez-le moi ; ma paire de bœufs est à vous. » (« Les Chercheurs » 60 ; « L’Exproprié » 150-1) 96 Nous remarquons dans ce passage que les pouvoirs prêtés aux saints sont héréditaires, c’est-à-dire qu’ils suivent la lignée et sont transmis aux descendants. 2.4.3.3.5.4 Les noms propres relatifs aux croyances Certains noms propres sont empreints de mythologie et leur attribution répond à des croyances ancestrales. Nous rencontrons dans notre corpus des noms comme Akli ou Idir. Ces deux noms illustrent notre propos. En effet, selon les croyances, donner le nom de Akli à une personne préserve son porteur du mauvais œil, Akli témoignant d’une profession (boucher) et d’un teint (noir) ; c’est la deuxième qualité qui est invoquée fonctionnant comme un totem. Cela témoigne du pouvoir symbolique du nom. 2.4.3.3.5.5 Les sobriquets La pratique du sobriquet ou du surnom est courante dans presque toutes les sociétés. Il arrive parfois que le sobriquet se substitue au nom usuel et devienne un anthroponyme. Le sobriquet est souvent donné en référence à une caractéristique physique, psychologique ou à une profession. Son emploi témoigne d’une certaine intimité entre les différents interlocuteurs et revêt un caractère soit amical, soit taquin. Nous avons recensé dans notre corpus quelques sobriquets : - Elbouliga : l’obèse (ou celui qui a la diarrhée, qui a mal au ventre) - Brik : beignet tunisien indiquant ici la profession du premier porteur et par là même son origine géographique ; - Mezayer : le coincé, l’avare ; - etc. Ces sobriquets servent à décrire les personnages qui les portent et leur simple usage dispense d’une description. 97 2.4.3.3.5.6 Les noms filiatifs Ces noms sont souvent explicitement liés à un espace géographique précis et rendent compte de l’histoire des individus qui les portent. Nous trouvons dans le corpus des noms comme Ouancharissi, originaire de l’Ouarsenis, massif montagneux du nord ouest de l’Algérie. Toutefois l’auteur use de détours pour marquer l’origine d’un personnage. Il est presque impossible de détecter cette origine si le lecteur n’a pas une connaissance approfondie de la culture et de l’histoire algériennes. Ainsi, à première vue, le nom Skander Brik n’évoque-t-il qu’un nom algérien. Cependant, il peut être interprété comme d’origine tunisienne à cause de Brik « beignet ou personne qui le prépare en Tunisie » et d’origine égyptienne grâce à Skander « hypocoristique d’Alexandre ou originaire d’Alexandrie » (Cf. Infra) A côté de tous ces noms, nous pouvons citer un procédé de dénomination qui est celui des titres honorifiques. Ce sont des particules qui s’utilisent soit seules, soit avec un nom ou un prénom. Leur utilisation répond à une exigence de bienséance et de respect. Certaines sont connotées de religiosité tandis que d’autres font référence aux règles de cohabitation dans la société algérienne en général, et kabyle en particulier. Selon Abbès, « les titres honorifiques recouvrent un éventail de procédés formellement hétérogènes » (137). C’est ainsi qu’elle présente ces procédés : Tableau 13 : Les titres honorifiques Titre Forme tronquée Origine Genre Sidi Si arabe masculin Dada Dda ou Da kabyle masculin Cheikh — arabe masculin L’hadj Hadj arabe masculin 98 Pourtant, on ne saurait limiter l’interprétation du nom propre au niveau onomastique puisque le nom propre est toujours investi d’une épaisseur destinée à cautionner un certain point de vue de l’auteur. En effet, celui-ci n’utilise jamais le nom propre sans arrière-pensées et sans volonté de faire passer un message, de laisser apparaître une intention particulière. C’est ce que nous nous proposons de découvrir dans ce qui suit. 2.4.3.3.6 Le nom propre en interaction Nous avons relevé dans notre corpus un grand nombre de noms propres de personnes ou d’anthroponymes qui respectent en général les règles de formation. En effet, l’écrivain qui crée des noms propres est tenu de respecter certaines règles de construction. Certes le « romancier a la liberté (mais aussi le devoir) de créer des noms propres à la fois inédits et exacts » (Barthes, « Le Degré » 128), mais lorsqu’il les crée, il doit s’assurer que tel ou tel autre nom respecte les règles onomastiques socialement admises. Néanmoins, précise par delà Bernard ces Magné, règles, le nom « dans est une soumis fiction, à deux tendances contradictoires : selon la vraisemblance, il doit obéir signifiance, à la il règle doit de l’arbitraire ; obéir à la selon règle la de surdétermination. Une trop évidente motivation du nom fonctionnel sape les effets de réel. » (qtd. In Achour ;Bekkat 84) L’écrivain essaye de concilier les deux tendances pour obtenir un emploi optimisé du nom propre. Tout d’abord, Djaout utilise à la fois des noms banals, de tous les jours mais auxquels il assigne une fonction particulière. Dans ses romans, chaque nom est là pour étayer son 99 argumentation sur un thème particulier. Et lorsqu’il n’a pas ce rôle, il fonctionne comme « pôle » de l’histoire romanesque. Ensuite, à travers les noms utilisés par Djaout, nous pouvons, d’une part, entrevoir l’évolution du nom propre en Algérie, et d’autre part le classer dans un cadre géographique précis. Enfin, nous pouvons distinguer un emploi particulier du nom patronymique et du prénom selon la période de la vie du personnage. 2.4.3.3.6.1 Le nom propre comme élément d’une stratégie discursive Dans ses deux derniers romans — Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison — Djaout fait de l’emploi du nom propre une stratégie discursive 16 . En effet, il utilise sa substance symbolique comme moyen de convergence vers une thématique précise. Boualem Yekker ou Menouar Ziada ou encore Mahfoudh Lemdjad sont là pour rappeler au lecteur les dangers de l’obscurantisme, du nationalisme à outrance ou encore les vertus des traditions ancestrales. Menouar Ziada dans Les Vigiles est le bouc émissaire d’une conspiration en haut lieu dans une localité enclavée où « les vigiles » ne pensent qu’aux privilèges octroyés par leur statut d’anciens maquisards. Son nom qui signifie littéralement « l’illuminé » nous annonce que ce naïf va nous éclairer sur les manigances de ces vigiles. Effectivement, à la fin du roman, il a une réflexion dans ce sens mais il n’arrive pas encore à franchir le pas et à l’exprimer réellement : 16 On linguistiques entend mis en par stratégie œuvre par discursive, l’auteur en l’ensemble vue de faire des moyens passer ses positions et d’amener le lecteur à adhérer à celles-ci. Voir aussi ici Partie II, p. 105. 100 « Menouar Ziada a envie de dire que ce pays appartient à tous cette ses citoyens manie des et qu'il anciens ne comprend combattants pas de toujours vouloir le défendre contre son propre peuple. Et puis, défendre quoi exactement? Le pays ou leurs privilèges? » (« Les Vigiles » 111) Quant à Mahfoudh Lemdjad, le héros de ce roman, il est l’incarnation des idées de l’auteur qui prône un saut qualitatif dans la société algérienne tout en respectant la tradition et en insistant sur un retour indispensable au passé pour une construction plus effective de l’identité nationale dans toutes ses dimensions. C’est ainsi que Mahfoudh Lemdjad, inventeur d’un métier à tisser presque disparu, se voit confronter aux vigiles et à l’appareil bureaucratique. Son combat est clairement dirigé contre ces hommes qui ont substitué à l’identité algérienne une autre identité aux fins de préserver leurs privilèges. Ceux-ci voient dans l’invention un subterfuge dans le but de les destituer de leur poste et un risque majeur dans la mesure où elle leur rappelle leurs traditions et leur passé. Bref, l’utilisation de ce nom, Mahfoudh Lemdjad, qui signifie « celui qui préserve les gloires du passé » est plus que représentative de la stratégie discursive de Djaout. 2.4.3.3.6.2 Le nom propre comme inscription historique et géographique Le nom propre dans les romans de Djaout a encore cette fonction de situer un personnage par rapport à son origine géographique et / ou culturelle. Nous remarquons à cet effet dans le deuxième texte de notre corpus, à savoir Les Chercheurs d’Os, que les personnages portent des noms qui témoignent de leur origine. Ainsi l’onomastique de ce roman est basée sur une dénomination propre à la Kabylie. Hormis le personnage-narrateur qui n’a pas de nom, les autres personnages sont désignés par des noms qui marquent la filiation par rapport au père. Nous citerons comme exemple le compagnon du 101 jeune garçon, en l’occurrence Rabah Ouali : « Rabah fils d’Ali ». A côté de ce nom nous avons également Hand Ouzarouk, Ali Ouahmed, Chérif Ourezki, etc. Ces noms sont constitués de deux éléments : le premier est un prénom, tandis que le deuxième est l’association d’un autre prénom (celui du père) et de la particule filiative « ou » (fils de…). Ce deuxième segment fonctionne comme patronyme. Cependant celui-ci n’est pas commun à toute la société algérienne. Il nous renseigne ainsi sur l’origine géographique et, ce qui va de soit, sur l’origine culturelle. Il n’est en fait que la désignation courante dans la tradition kabyle, abstraction faite du patronyme imposé par l’état civil qui est réservé aux correspondances administratives. Tous ces noms fonctionnent dans la société kabyle et dans le cadre géographique qui lui est réservé dans le texte. Le déplacement des personnages, qui produit un effet de dépaysement, est accentué par le « dépaysement onomastique ». En effet, dès que change l’espace habituellement connu par le garçon-héros, les noms changent avec lui. Par ailleurs, dans le troisième texte — L’Invention du Désert —, les noms propres sont pour la plupart des noms historiques : Ibn Toumert, Ibn Tachfin, Abdelmoumen ibn Ali, etc. Ces personnages ont fait l’Histoire de l’Afrique du Nord au Moyen Age. Mais en dehors de leur illusion référentielle, ils signifient un état, à une époque donnée, de l’onomastique algérienne. Celle-ci a été adaptée aux desseins du conquérant — arabe ou français — dans un but d’appropriation du territoire et de l’histoire. En effet, Djaout fait allusion à cette appropriation dans son premier texte en évoquant un personnage historique: « Ali Amoqrane (= ? Mohand Ath Moqrane ~ El-Moqrani) » (« L’Exproprié » 15) La diversité des dénominations témoigne d’une volonté de corruption du nom propre afin de travestir l’Histoire. Nous pouvons dire que dans les deux cas cités le nom propre fonctionne comme un repère à la fois historique, géographique et culturel. 102 2.4.3.3.6.3 Du nom propre à l’enfance Le nom propre est enfin utilisé par Djaout pour distinguer les deux moments de la vie de ses personnages. En effet, Djaout, par une subtilité stylistique, se sert le plus souvent du prénom et du patronyme pour désigner un personnage adulte, et du prénom uniquement lorsqu’il s’agit d’un personnage enfant. Lorsqu’il s’agit d’un souvenir d’enfance, le personnage est volontiers désigné par son prénom, marquant ainsi un emploi particulier du patronyme. Celui-ci n’est invoqué qu’après un passage par l’école, qui institue un rapport de distance entre les personnes. Nous retrouvons effectivement le nom propre Boualem dans les passages renvoyant à des souvenirs ou convoquant la mémoire : « Boualem s’agrippe voracement à ces images comme s'il sentait que le jour viendrait où aucune évasion, même par l'imagination, ne serait plus permise. » ; « Chaque fois que Boualem prend un de ces livres aux lettres crochues ou accolées, il se revoit à l'école coranique.» (« Le Dernier 14 ; 60) Par contre, le couple prénom + patronyme Boualem Yekker est souvent utilisé dans les faits de la vie actuelle du personnage : « Une pluie accélère drue pour se met échapper à à tomber ; un Boualem désastre. » ; Yekker « Boualem Yekker se retient de lui sauter au cou. Il est tellement content de trouver un allié dans ce moment d'adversité. Sa peur et sa nervosité s'évanouissent. Le monde retrouve un visage humain. » ; « Boualem Yekker aspirait à une humanité libérée de la hantise de la mort et du châtiment éternel. » (15 ; 47 ; 68) 103 Nous remarquons le même procédé s’agissant du nom propre du personnage central de Les Vigiles. La figure suivante représente les contextes où apparaissent le prénom et le patronyme du personnage : Figure 15 : Contexte d’un nom propre Finalement, nous pouvons dire que l’emploi du prénom pour désigner le personnage durant l’enfance participe à la caractérisation de celui-ci dans la mesure où le prénom accentue ce rapport à l’enfance et défait les liens symboliques que tissent le patronyme avec le monde réel car l’enfance, et ce qui s’y rattache, est le berceau du rêve et de l’imaginaire. 2.4.3.4 Les néologismes On entend par néologismes les mots nouveaux qui, à un moment donné de la vie d’une langue, se trouvent employés, généralement par un seul individu, dans le système de cette langue. On parle alors de néologie lexicale. Celle-ci est définie par Guilbert comme « la possibilité de création de nouvelles unités lexicales, en vertu des règles de production incluses dans le système lexical. » (31) 104 Il ajoute plus loin que « l’étude de la néologie consiste (…) à rassembler un ensemble de néologismes apparus dans une période précise de la vie de la communauté linguistique. » (31) Nous allons tout d’abord porter dans un tableau (Annexe 6) tous les néologismes apparus dans notre corpus et ensuite, nous essayerons de dégager la portée pragmatique de ces mots puisque « le néologisme néologisme exprimer un dans littéraire la référent langue. ou un diffère profondément Celui-ci est signifié forgé nouveau du pour (…). Le néologisme littéraire, par contre, est toujours perçu comme une anomalie, et [il est] utilisé en raison de cette anomalie, parfois même indépendamment de son sens » (Riffaterre, « La production » 61) 2.4.3.4.1 Relevé statistique Nous distinguons dans cette liste (Annexe 6) trois catégories de néologismes : des adjectifs verbaux, des noms et des verbes. Les adjectifs verbaux sont formés à partir des participes présents auxquels l’auteur ajoute tantôt la marque du féminin, tantôt celle du pluriel. Les noms quant à eux sont, pour la plupart, des noms construits avec le suffixe -eur. Enfin, les verbes sont spécifiques par l’emploi, dans leur formation, du préfixe re-. Une grande partie des néologismes sont relevés dans L’Exproprié (25 formes) ; vient ensuite L’Invention du Désert (18 formes), Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison (10 formes chacun) ; enfin, Les Chercheurs d’Os (08 formes). Cette remarque permet de consolider l’hypothèse selon laquelle L’Exproprié est un texte différent des autres textes du corpus. Cependant il se rapproche de L’Invention du Désert. Les trois autres textes sont, en outre, voisins et entretiennent des liens entre eux. La présence d’un grand nombre de néologismes dans L’Exproprié renseigne encore une fois sur le travail engagé par l’auteur 105 dans l’écriture foncièrement différente de ce texte dans la mesure où celui-ci tend vers le poème. Le propre même de ce texte est de créer une nouvelle syntaxe, mais aussi et surtout un univers lexical qui défie les règles lexicales établies. En effet, Djaout « aime forger des néologismes (…). Il affirme qu’il aime les mots incultes qui l’aident à « ruiner la syntaxe », à « terroriser le verbe » (…) » (qtd. In Toso Rodinis 131-2) Le nombre de néologismes n’est peut-être pas indicatif mais il est certainement significatif. Selon Riffaterre, « le néologisme est plus motivé que le nonnéologisme. » (65) 2.4.3.4.2 Néologisme et implicite A la lecture du relevé succinct des contextes où sont apparus ces néologismes, effectué par la machine, nous notons qu’hormis indénonçable et égaration 17 , qui sont attribués à des personnages, le reste des néologismes est l’œuvre du narrateur qui s’identifie souvent à l’auteur. Il n’en demeure pas moins que ces mots sont utilisés pour satisfaire des desseins que l’auteur s’assigne et assume, telles la perversion de la syntaxe et la destruction des normes de formation lexicale. Il affirme dans L’Exproprié sa volonté de « souder mots pour faire émerger caricature d'un semblant de révolte. Revendication formulée à travers un délire qui feignait de nier toute structure au nom d'une saignée (authentifiée par intérim !) et d'une poignée d'abysses. Je me réjouissais toutefois en considérant la récolte : mots lavés de leur gangue atavique, infarctus de l'ordre et de la syntaxe. » (116) 17 Ce mot est placé entre guillemets dans le texte : cf. L’Invention du Désert, p. 47. 106 Et Toso Rodinis dit : « c’est sa façon de transgresser l’expression française (…) pour confirmer sa propre identité et sa différence, une fois entré transmettant « dans ainsi la gueule l’universel du de loup », son en remous psychologique. » (132) Djaout porte la création de mots, qui restent toutefois « la résultante d’une dérivation à partir d’une donnée initiale » (Riffaterre, « La Production » 62), au niveau de la révolte et de la révolution. L’acte de création est pour lui un acte de changement social et il ne saurait se faire sans un bouleversement du langage, qui est certainement l’institution sociale par excellence et où tous les individus d’une communauté se reconnaissent. Puisque « les usages sociaux de la langue doivent leur valeur proprement sociale au fait qu’ils tendent à s’organiser en systèmes de différences (…), reproduisant dans l’ordre système symbolique des des différences écarts différentiels sociales » le (Bourdieu, « Langage » 83) l’auteur veut abolir ces différences qui sont tout d’abord latentes dans le rapport entre un français métropolitain et un français algérien, ensuite manifestes dans la société algérienne par la séquestration de la langue et du langage par les « zèbres de l’Académie » (« L’Exproprié » 43). Guilbert ajoute que la néologie lexicale dans son aspect sociologique « consiste dans le changement du statut social du mot en tant qu’unité principe, de fonctionnement essentiellement du social, 107 langage, réside dont dans le la communication entre les sujets parlants d’une communauté. » (80) Enfin le néologisme ne saurait être détaché du corps du texte pour être analysé indépendamment, mais il doit être envisagé du point de vue du rapport qu’il entretient avec les thèmes présents dans le texte. Le néologisme, comme le nom propre 18 , est là pour « servir implicitement un ensemble de thèmes » (Riffaterre, « La Production » 71), et plus particulièrement, le néologisme littéraire qui, « loin d’être arbitraire, loin d’être un corps étranger dans la phrase, est le signifiant le plus motivé qu’on puisse trouver dans le texte (…). Sa fonction est (…) de réunir ou condenser en soi les caractéristiques dominantes du texte. Fait exprès, créé pour les besoins de la cause, il est par excellence le mot propre. » (74) 2.5 Conclusion partielle A la fin de cette première partie nous sommes arrivé au constat selon lequel la statistique introduit dans le champ de la linguistique appliquée à la littérature une nouvelle approche. En effet, elle permet, d’un côté, de construire des bases objectives pour l’analyse textuelle, et de l’autre, elle donne une assise scientifique aux intuitions en matière d’interprétation littéraire. En somme, nous avons abouti à certaines conclusions qui nous seront utiles au cours de la deuxième partie. Cela dit, il est nécessaire de revenir sur certaines d’entre elles. 18 « L’égalité du nom propre et du nom commun devant la création est bien illustrée par un cas extrême : celui où l’écrivain fait semblant d’user de mots courants qu’il invente cependant de toutes pièces (…). », Barthes, R. (1972) : op. cit., p. 131. 108 Nous avons pu, en premier lieu, constater que malgré le caractère « erratique » du lexique, que des auteurs comme Hjelmslev (« Essais » I, 97) soutiennent, il dépend cependant d’une structure, voire d’une structuration. La nuance est importante car la structuration 19 implique un processus engagé par l’auteur, tandis que le mot structure est pris dans son état statique. L’intervention de l’auteur dans l’emploi du lexique est perceptible à travers plusieurs facteurs. Ainsi, la richesse lexicale aussi bien que les hapax de chaque texte sont-ils conditionnés par ses thèmes. Thèmes qui sont traités par l’auteur en utilisant un lexique propre, dont la structuration va de pair avec l’orientation donnée aux thèmes. Cela suggère qu’en réalité la richesse lexicale ne se traduit pas par un accroissement du vocabulaire, mais par une « spécialisation lexicale ». Nous entendons par là que l’évolution chronologique n’amène pas, forcément, un accroissement du capital lexical, mais, au contraire, un contrôle judicieux du vocabulaire dans le but de servir des desseins particuliers. Par ailleurs, certaines composantes du lexique échappent à ce contrôle dans la mesure où elles contribuent à l’organisation psychique de la langue. Ces composantes ont été relevées dans ce que nous avons appelé les « groupes de fréquences ». Ces hautes fréquences sont en fait les unités que tout locuteur d’une langue donnée utilise pour structurer son discours. En second lieu, l’approche statistique a pu prouver l’existence de liens entre les différents textes. La frontière physique qui sépare les différents textes a été réduite par l’outil informatique qui a pu mettre en évidence les fils à travers lesquels communiquent ces textes. 19 La structuration « indique en quelque sorte un aspect dynamique, l’ « acte » ou le « processus » d’organisation structurelle. », Cazacu (1957), cité par Cassas Gomez M. : « L’euphémisme et la théorie du champ morphosémantique », In Cahiers de lexicologie n°49, 1982-2, p.36. 109 En effet, la connexion lexicale a mis en exergue les relations et les affinités entre eux. Nous avons pu conclure que, par exemple, L’Exproprié, même s’il reste un texte extrêmement différent des quatre autres, demeure lié à L’Invention du Désert. De même que Les Chercheurs d’Os est lié à Les Vigiles, tandis que Le Dernier Été de la Raison est tantôt lié à L’Invention du Désert, tantôt à Les Vigiles. Cela témoigne du réseau thématique qui est sousjacent à l’œuvre romanesque de Djaout. Enfin, l’exploration de la base a décelé les spécificités lexicales de Djaout qui ont permis de dégager son « portrait lexical ». Mais au-delà de ce portrait, c’est sa stratégie discursive qui apparaît en filigrane. En effet, l’étude des emprunts, mais surtout des xénismes, a abouti à la conclusion selon laquelle l’emploi de ces mots étrangers a une double conséquence. Ils reflètent, tout d’abord, un lieu à partir duquel s’écrit le texte, à savoir l’espace maghrébin. Puis, ils donnent à la langue française une substance nouvelle tout en clamant une différence dans son utilisation. De cette manière, la langue française « renouvelée » devient un cri de révolte contre tous les interdits. A ce propos, Djaout disait : « Je ne sais pas si ce n’est pas une manière pour moi de dire que le français que j’écris est différent, qu’il vient d’un autre lieu où le métissage est très important, est beaucoup plus possible qu’en France. Le français n’est pas totalement assumé par moi dans une optique de pureté… j’introduis manière de dans la C’est une langue revendiquer un sorte de fracture que française, une certaine métissage qui interdit l’entrée aux puristes de la langue française. » (qtd. In Tcheho 221-2) Ainsi, celui qui interdit tombe-t-il à son tour sous le coup de l’interdiction. 110 L’étude d’un autre type de xénismes représenté par le nom propre nous conduit à d’autres conclusions. D’abord, l’utilisation des noms propres n’est pas seulement dictée par un souci de réalisme, mais elle contribue à asseoir la stratégie discursive de l’auteur. Nous l’avons vu, la sémantique des différents noms propres est là pour conforter et accompagner la sémantique générale des textes. Ensuite, le nom propre est inscription dans un territoire, tout d’abord géographique, culturel ensuite. Enfin, il est revendication en tant qu’identité, que celle-ci soit liée à la culture ou au territoire de l’enfance. En effet, le nom propre est utilisé pour renvoyer le personnage 20 dans son enfance lui donnant une épaisseur par rapport aux autres personnages en tant que dépositaire d’une mémoire et détenteur d’une pureté. Enfin, les néologismes, en tant que spécificités lexicales, nous renseignent eux aussi sur les visées de l’auteur. Le néologisme rejoint le xénisme dans sa détermination symbolique. En effet, il symbolise un emploi autre de la langue, qui défie la norme imposée. Il participe, dans ce cas, de l’identité de son créateur. Mais il sert aussi, comme le nom propre, à illustrer une thématique donnée. Cependant, les différentes conclusions que l’approche statistique a pu dégager, chiffres à l’appui, ne dispensent pas le chercheur d’une étude plus poussée. Il est de son devoir de confirmer à chaque fois ses hypothèses dans la mesure où chaque résultat est une nouvelle question. Les résultats que nous avons obtenus jusque-là nous ont souvent conduit vers une autre piste, en l’occurrence celle des thèmes. C’est donc à cet exercice que nous allons nous 20 Certains personnages ont une mémoire et une enfance qui sont accompagnées par l’usage du prénom attirant ainsi la sympathie de l’auteur et surtout du lecteur, tandis que des autres, nous ne connaissons rien, si ce n’est leur nom patronymique. 111 consacrer dans la deuxième partie de notre travail pour montrer que le lexique est employé pour rendre compte d’un thème dans une perspective d’un « faire » dans la mesure où « [...] dire, c’est faire ». 112 3 DEUXIEME PARTIE : APPROCHE THEMATIQUE 3.1 Chapitre I : Les textes et leurs spécificités lexicales 3.2 Chapitre II : Les thèmes dominants dans le corpus 3.3 Conclusion partielle 113 « Je connais la force des mots. Du vent semble-t-il, des pétales tombés sous les talons d'une danse, mais l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse. » Maïakovski Des hypothèses ont été formulées sommairement à propos de la thématique de notre corpus en général, et celle de chaque texte en particulier. Pourtant, elles ne restent que des hypothèses tant que nous n’avons pas procédé véritablement à l’analyse thématique. C’est ce travail que nous allons effectuer au cours de cette seconde partie. Nous avons vu plus haut que certains thèmes fonctionnent comme des ponts qui relient les différents textes. Cependant, cette interrelation est assurée par le mot. En effet, selon Bakhtine21 , le mot fonctionnerait comme un point de départ d’un pont qui relierait un discours à un autre discours dont le mot, de l’autre côté, constitue le point d’arrivée de ce pont. Par ailleurs, les mots qui perdent leur sens particulier n’ont de signification que par rapport au texte dans la mesure où ils se constituent en réseaux isotopiques pour en former le champ thématique. Selon Riffaterre, « les effets réseau que fini, substituent à les mots, produisent la relation en les tant qu’éléments uns sur sémantique les d’un autres verticale une relation latérale qui, se constituant au fil du texte écrit, tend à annuler la signification individuelle que les mots peuvent avoir dans le dictionnaire. » (« L’Illusion » 94) 22 21 22 Cf. Bakhtine, M. (1981) : Le principe dialogique, Le Seuil, Paris. Riffaterre, M. : « L’illusion référentielle », In Littérature et réalité, Ouvrage collectif, Ed. du Seuil, Paris, 1982, 114 p. 94. Cela dit, les thèmes présents dans un texte sont repérables grâce aux réseaux isotopiques interreliés par les mots. En fin de compte, les mots n’ont pas de signification mais une signifiance puisque celle-ci n’est pas intrinsèque au mot mais se construit dans le dialogue qu’il entretient avec les autres mots. A cet effet, Michel Riffaterre dit que « la signifiance, c’est-à-dire le conflit avec la référentialité apparente, est produite et régie par les propriétés du texte (…) » (94) en tant que discours faisant référence à d’autres discours. Et le texte, en tant que discours, ne doit pas être résolu « dans un jeu de significations préalables » (Foucault, « L’Ordre » 55). Certes, le texte est un appel à d’autres discours mais il est surtout le lieu où se dépose une « formation discursive » particulière. Celle-ci est constituée par l’ensemble des thèmes qui peuvent être considérés comme caractéristiques d’une œuvre, organisés dans un système qui définit une « formation idéologique ». En effet, « dans le cas où entre les objets, les types d’énonciation, les concepts, les choix thématiques, on pourrait définir une régularité (un ordre, des corrélations, des positions et des fonctionnements, des transformations), on dira par convention qu’on a affaire à une formation discursive (…) » (Foucault, « L’Archéologie » 53) En d’autres termes, l’auteur qui construit son texte accomplit nécessairement, par un jeu thématique, une sorte de signature de son œuvre en défendant ou en dénonçant une certaine conception idéologique ou pragmatique de la réalité sociale qui l’entoure. Il contribue ainsi à refaçonner l’univers textuel par l’utilisation de vocables qui, s’organisant autour d’un thème, participent à l’élaboration de la stratégie discursive de l’auteur dans la constitution de sa « formation idéologique » ou, à la suite de Lucien Goldmann, de sa « vision du monde » et celle de son groupe. Une formation idéologique comporte « nécessairement (…) une ou 115 plusieurs formations discursives interreliées, qui déterminent ce qui peut et doit être dit (…) dans une conjoncture donnée. » (Haroche et al. 101) A la lumière de ces considérations théoriques, nous diviserons cette partie en deux chapitres. Nous allons, tout d’abord, dans le premier, traiter des spécificités de chaque texte dans le but d’en dégager, à travers les « mots-thèmes », les champs isotopiques qui constitueront les thèmes majeurs de notre corpus. Ensuite, dans le second, nous tenterons, une fois délimités les différents thèmes, de reconstituer la « formation discursive » de Djaout qui sous-tend une « formation idéologique » qui représente ses principales préoccupations en tant qu’écrivain et intellectuel. 116 3.1 Chapitre I : Les textes et leurs spécificités lexicales 3.1.1 L’Exproprié 3.1.2 Les Chercheurs d’Os 3.1.3 L’Invention du Désert 3.1.4 Les Vigiles 3.1.5 Le Dernier Été de la Raison 117 Après avoir dégagé le vocabulaire spécifique de chaque texte composant notre corpus nous allons procéder, à chaque fois, au cours de ce chapitre, à l’analyse de ce vocabulaire dans le but de déterminer les points de continuité et de discontinuité du lexique de Djaout. Ceci nous permettra de repérer les mots thèmes « par lesquels [se motiverait] la pensée » (Guiraud 39) de l’auteur, pour pouvoir les exploiter dans le deuxième chapitre. 3.1.1 L’Exproprié Les résultats présentés dans le tableau de l’annexe 7 nous montrent le vocabulaire spécifique du premier roman de Tahar Djaout, à savoir L’Exproprié. Nous voyons en haut de cette liste le pronom je et ses variantes grammaticales dont me, m’, moi. Cette prédominance est intrinsèque au genre ambigu de ce texte. En effet nous avons, à plusieurs reprises, dit que ce texte est plus proche du poème que du roman. Nous savons également que le pronom je est spécifique, dans une large mesure, à la poésie où l’exaltation du moi est prépondérante. Barthes dit, à juste titre, que « moins ambigu, le « je » est (…) moins romanesque (…). » (Barthes, « Le Degré » 29) L’analyse factorielle (Figue 16) représentant la distribution des pronoms personnels dans le corpus conforte les résultats obtenus dans le tableau précédent. Cette figure montre également la présence dans ce texte, comme spécificité, du pronom tu qui est corollaire du pronom je. 118 Figure 16 : L’analyse factorielle des pronoms A côté de ce vocable, nous pouvons en entrevoir d’autres qui renvoient également à la poésie, non parce qu’ils lui sont propres car « le lexique poétique est lui-même un lexique d’usage, non d’invention » (Barthes 35-6) mais parce qu’ils caractérisent les thèmes du texte. Nous pouvons citer mère, papa, poèmes, poème, poète. Ces derniers sont, à plus d’un égard, caractéristiques de ce texte. Autour de ces termes, se construit un univers digne des poètes romantiques, fait de soleil et de mer entre lesquels se dresse une forêt reposante et enivrante. De là l’on peut aussi deviner les thèmes dominants dans ce texte. Ainsi l’enfance estelle presque un refuge pour le narrateur-voyageur. C’est un thème récurrent dans la mesure où foisonnent des termes comme enfant(s), fille, mère, père, papa, etc. Ce thème est corollaire d’un autre thème non moins important qui est l’espace. En effet ces deux thèmes sont liés par l’opposition qu’ils instaurent village/enfance, ville/adulte que nous verrons en détail dans un autre chapitre. L’espace que traverse ce narrateur lui permet de convoquer l’univers de l’enfance et lui permet de retracer et de remonter les traces de l’Ancêtre (ou Amoqrane), vocable 119 spécifique de ce texte. Le déplacement dans l’espace hétéroclite est donc un thème conducteur dans ce roman. Par ailleurs, la critique des faux dévots, dont le missionnaire est la figure emblématique, ajoutée à la satire des zèbres de l’académie et des « détenteurs » de littérature de tout acabit, est aussi signifiante dans ce texte. Il faut signaler enfin que la figure de l’Ancêtre est la désacralisation même de l’Histoire, autre thème marqué par la présence d’El Mokrani, héros de la résistance contre l’occupant français. Les frasques de ce personnage ancestral délivrent un double message qu’il faut décrypter : tout d’abord, le statut de héros de ce personnage est à relativiser dans un élan de désacralisation. La désacralisation de l’histoire de chaque homme contribue à la désacralisation de l’Histoire globale des hommes ; puis la dénaturation du nom de ce héros — « Ali Amoqrane (=? Mohand Ath Moqrane = El-Moqrani) » (15) — est à même de suggérer une volonté de travestissement de l’identité des personnages historiques : ne reste de ce héros national que le nom d’El Moqrani, forme arabisée du nom berbère. En somme « L’Exproprié est un roman bâti sur le conflit entre ce qui tente de pérenniser le despotisme et l’immobilisme de l’histoire et la poésie qui reste le meilleur moyen de révolte, de libération renaissance. » (Kazi-Tani, « Flash » 63) 120 et de Figure 17 : La distribution des vocables village et ville 3.1.2 Les Chercheurs d’Os Les Chercheurs d’Os, deuxième roman de Djaout, comme nous l’avons présenté plus haut, est le récit d’un jeune adolescent qui quitte, pour la première fois, son village natal, perché sur une colline qui domine la mer, pour aller à la recherche des os de son frère mort au combat en héros. Cette quête va constituer le fil d’Ariane de la trame narrative. A cet effet, « l’héroïsme du frère sera (…) le thème introducteur d’un triple procès : – procès des mascarades officielles, par le truchement de la figure négative de l’instigateur tout puissant de la tâche macabre. (…) – procès de la faillite de la génération des pères », d’où la fréquence de substantifs comme parents, troupeau et d’adjectifs péjoratifs tels que honteux, silencieux, entassés. – procès, en dernier lieu, de 121 l’espace ancestral en déliquescence. Les silhouettes avachies des vieillards, « chiffes répugnantes », « détenteurs hypocrites d’une sagesse qu’ils ne respectent même pas », « mollusques » indolents, affalés », « poules révèlent oppressées » la face et hideuse « crapauds d’un monde recroquevillé sur lui-même. Animalisées, fossilisées et privées d’histoire car témoins d’un âge sans grandeur et sans honneur, elles s’opposent, par leur charge négative, à la lumière et au dynamisme de l’absent » (F.A., « Le Brouilleur » 153-4) qu’est le jeune. Cette dualité jeunes, jeunesse/ vieillards est illustrée par l’environnement thématique de ces vocables comme représenté dans les figures 18, 19 et 20. Nous remarquons que l’environnement immédiat du vocable vieillards est caractérisé par la fréquence de termes à valeur négative tels que crapauds, mouches et d’autres qui annoncent leur destin : mort ; ou encore ceux qui témoignent de leur immobilité tels que djemaa ou leur croyance : saints, tutélaires, prêtres. Quant à jeunesse et jeunes, leur environnement thématique est composé de termes mélioratifs : vigueur, délices, générosité ; des termes qui témoignent de leur action : transformer, arracher, assaillir et de leur mouvement : errance, étirements, passagers. 122 Figure 18 : L’environnement thématique du vocable vieillards Figure 19 : L’environnement thématique du vocable jeunes 123 Figure 20 : L’environnement thématique du vocable jeunesse Figure 21 : Distribution des vocables vieillards et jeunes Par ailleurs, Les Chercheurs d’Os en tant que récit mettant « en relief le rapport de l’Algérien à l’histoire et, plus exactement, à celle de la guerre de libération » (Kazi Tani, « Flash » 63) présente une multitude de termes (Annexe 8) en relation avec cette guerre tels 124 que militaire(s), camions, avions, morts, etc. Et s’agissant de la distribution du terme guerre dans le corpus, nous pouvons voir à travers la figure 22 qu’il est spécifique de ce texte dans une large mesure. A travers ce roman, Djaout « suggère que l’Histoire, en tant que mémoire du passé, peut être détournée par le pouvoir en place pour mieux dissimuler les réalités du présent. » (Kazi Tani 63) Mais, selon Kazi Tani, ce qu’il « revendique dans Les Chercheurs d’Os (…) n’est pas une quelconque mission prophétique de dévoilement des réalités historiques et de mise en garde pour le futur mais le droit de porter un regard vigilant et lucide sur les hommes, leurs actions et les « vérités » que leurs discours prétendent contenir… » (64) Figure 22 : Distribution du vocable guerre 125 3.1.3 L’Invention du Désert L’Invention du Désert « est un texte qui tourne autour du désert » (Djaout, In Tcheho 219), d’où la fréquence du terme désert. A la demande de son éditeur, le narrateur de L’Invention du Désert entreprend d’écrire l’histoire des Almoravides. Pour ce faire, il suit les déambulations d’Ibn Toumert, père spirituel de la dynastie des Almohades, à travers le Maghreb. Ce personnage nous mène de ville en ville et l’auteur en profite pour remonter aux origines de l’intolérance. Cependant l’histoire est presque impossible à écrire et le narrateur se réfugie dans son enfance ou nous embarque dans d’autres voyages où il tente de réconcilier l’Occident et l’Orient. D’après le tableau (Annexe 9), nous pouvons constater que les fréquences les plus excédentaires sont celles qui marquent justement ce voyage. Nous retrouvons ainsi les termes désert, voyage, transhumances, la ville de destination du personnage central : Marrakech, le terme oiseaux qui symbolise le mouvement. En effet, Djaout affirme : « l'oiseau est le maître du mouvement, et le mouvement régit le monde. C'est pourquoi j'aime associer l'oiseau à tout ce qui fait naître en nous et attise l'émotion incoercible — l'assoupissement remous, les les violences caniculaire, arbres malmenés la par de la mer parcourue le vent. tempête, Il de y a toujours, pour moi, un oiseau aux commandes du mouvement (…). » (« L’Invention » 127) 126 Par ailleurs « passé et présent se superposent (…) à partir des lieux contemplés et remémorés, déserts réels (Aden, Sanaa, Ouargla…) qui deviennent bien vite, par le travail de l’écriture, lieux où se déploient les obsessions et les délires pour dire l’indicible. » 23 Ce roman est alors un récit de migration et d’errance. Celle-ci, c’est à l’enfant de la relater, « de déjouer les pièges de l’aphasie, de tendre l’oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées. » (122) L’environnement thématique de ce terme — migration — (Figure 23), nous montre les vocables avec lesquels il entretient une relation directe. Nous retrouvons ainsi les termes hirondelles (symbole de migration), oiseaux, ciel, mais aussi enfant (migration vers le territoire de l’enfance par le rêve — rêvait), mère, ou encore désir, pays, Arabie. Cependant la migration c’est aussi la peine, les autres ; c’est entre la peine et les autres. Figure 23 : L’environnement thématique du vocable migration Nous avons vu que la migration, c’est aussi celle qu’entreprend le narrateur vers l’enfance. Celle-ci se présente comme un refuge. A cet effet, Afifa Bererhi nous dit que chez Djaout 23 Kazi-Tani, N. : « Flash sur l’œuvre de T. Djaout », art. cit., p. 65. 127 « le présent douloureux et étrange convoque le refuge dans l’enfance. C’est là une constante repérable dans l’ensemble poético-romanesque de Djaout en filiation avec Jean Amrouche qu’il cite : « le poète n’est-il pas l’homme dont la vie n’est pas séparée de la vie de la mère ? » (Bererhi, « Migrations » 30) Nous pouvons signaler, enfin, que migration et enfance dans ce roman sont parallèles comme le montre la figure 24. Nous remarquons que la migration qui est sans doute douloureuse s’accompagne par un refuge dans la douce enfance. Figure 24 : Distribution des vocables migration et enfance 3.1.4 Les Vigiles Ce roman, publié au début des années 1990, est l’histoire des déboires d’un jeune inventeur d’un métier à tisser, Mahfoudh Lemdjad. Le récit se déroule donc dans une banlieue d’Alger où le personnage central met au point une machine : un métier à tisser (ces deux termes sont spécifiques au texte ; cf. Annexe 10).Cependant, il se heurtera rapidement à l’appareil bureaucratique (fréquence de termes comme bureau, guichets, guichetier, fichier, démarches, document, agent, administration). 128 Tout d’abord, au niveau de la mairie pour l’obtention d’un brevet d’inventeur. La municipalité n’a pas l’habitude de telles demandes, vu que tous ses habitants « usent toute leur énergie à traquer des produits introuvables comme le beurre, les ananas, les légumes secs ou les pneus. » (42). D’ailleurs, le secrétaire général dit froidement à Lemdjad : « Vous venez perturber notre paysage familier d'hommes qui quêtent des pensions de guerre, des fonds de commerce, des licences de taxi, des lots de terrain, des matériaux de construction » (42) Même le terme inventeur est remis dans la méfiance car il prête à confusion dans la religion. Dès lors, « il attire la suspicion des rouages de l’administration dont Les Vigiles veillent, insomniaques, sur la fortune rentière. » (Mokhtari, « La Blessure ») Ensuite au niveau de la préfecture pour l’établissement d’un passeport (ce terme est fréquent) A travers ce roman, ce sont tous les passe-droits et la séquestration de l’intelligence qui sont dénoncés, annonçant par là même le dernier roman de Djaout : « le roman de Djaout met en exergue différentes plaies sociales : crise de logement, népotisme, démagogie, bureaucratie, culte de la médiocrité et par-dessus tout, la perversion algérienne » combattants responsables par de des principes Les la Vigiles guerre politiques et de de qui la Révolution « sont certains libération propriétaires des devenus biens arrachés aux colons. » (Kazi Tani, « Flash » 66 ; 65) Se sentant trahi par ses anciens compagnons, Menouar Ziada, ancien combattant, découvre le vrai visage de ceux qui détiennent le pouvoir. Il s’aperçoit que leur premier souci 129 est le gain personnel avant l’intérêt général. Déphasé par rapport à eux, il se réfugie dans l’enfance et se suicide quand on lui fait porter le chapeau dans les tracasseries rencontrées par l’inventeur qui, maintenant, est primé dans un pays étranger. Nous remarquons que le pronom « il » est fréquent, justifiant l’écriture romanesque de ce texte, à la différence, par exemple, de L’Exproprié où le pronom « je » est dominant. Au-delà de la spécificité du « il » caractérisant le discours romanesque, il est également représentatif de la « référentialité » du texte. A ce sujet, Maingueneau dit : « le morphème il, à la différence de je-tu est un pronom au sens strict, c’est-à-dire un élément anaphorique qui remplace un groupe nominal dont il tire sa référence. »(« L’Énonciation » 23) Les Vigiles est, dans une large mesure, un texte référant à la réalité algérienne. La comparaison de la distribution des deux morphèmes est donnée dans la figure suivante : Figure 25 : Distribution des pronoms je et il 130 3.1.5 Le Dernier Été de la Raison Le Dernier Été de la Raison, après Les Vigiles qui, selon l’auteur, est « son premier roman urbain », est lui aussi un roman urbain. L’analyse factorielle de l’espace montre, en effet, que l’action de ce roman se déroule principalement dans une ville (Figure 26). Figure 26 : Analyse factorielle de l’espace Il n’y a plus de raison car « Les gens se sentirent fatigués de penser, une lassitude s'abattit sur l'intelligence, et la raison vacilla » (« Le Dernier » 114). Le texte met en scène le héros, Boualem Yekker, libraire de son état, face à l’écrasante vérité de la foi. Boualem n’a qu’une retraite intellectuelle à défaut de physique. Le vocabulaire spécifique de ce texte (Annexe 11) montre que les termes intelligence et raison sont des fils conducteurs de la position du personnage central. Les Frères Vigilants (F.V.), qui ont réussi à « convaincre » et à embrigader sa femme et ses enfants, sont désignés par le biais d’un lexique diversifié : les termes les signalant (brigades, bandes, guerriers afghans, nouveaux maîtres, détestables représentants, prédicateurs, nouveaux impétrants, prêtres légistes, milices religieuses, vigiles insomniaques, etc.) sont au pluriel : 131 « L’individu est aboli par les nouveaux maîtres qui n’admettent de la vie que le destin collectif et le devenir d’une collectivité de l’au-delà avec pour mission de corriger les déviances du monde de « l’ici et maintenant » (Mokhtari, « La Graphie » 193) Boualem résiste avec ses livres, ses rêves, son amour de la famille et ses désirs. Mais sa résistance semble vaine, car « les thérapeutes de l'esprit » attirent les derniers vrais penseurs, ses livres brûlent du feu de la foi, la raison cède à la violence (des termes comme violent, brutalement, menace témoignent de cette violence), le silence et l’aphasie sont imposés par le Livre. Les modérateurs de la foi vont même jusqu’à proscrire la roue de secours qui met en doute la volonté de mettre son destin entre les mains de Dieu. Djaout établit que le tyrannie intégriste, armé de son Œil Omniscient (le terme regard revient à plusieurs reprises, Figure 27), produit des "bêtes d'affût" (menaçants, menace, rendent compte de cette férocité), muselle l'homme (les termes soumis, humiliés, impuissance, nous éclairent sur l’état de cet individu), le désavoue, foule sa chair et son essence. Pris au piège, « il n'a plus ni bouche, ni estomac. Il n'est plus que masse de nerfs vibrants. » (99) En effet, « c’est contre cet Œil inquisiteur que Boualem Yekker tente de résister en vain car, inexorable, il est gommage de profession sa de conscience, libraire de qui sa culture « profane » le et de sa Livre. » (Mokhtari, « La Graphie » 185) Cependant, le combat n’est pas perdu et l’heure de la reddition n’a pas encore sonné. La dernière phrase sonne comme l'espoir (Figure 28) d'un lendemain qui ne va pas désenchanter : « Le printemps reviendra-t-il? ». 132 Figure 27 : Distribution du vocable regard Figure 28 : Distribution du vocable espoir 133 3.2 Chapitre II : Les thèmes dominants dans le corpus 3.2.1 Migrations 3.2.2 Un devoir de mémoire 3.2.3 La terre ancestrale 3.2.4 Enfance et territoire maternel 3.2.4.1 Enfance et village 3.2.4.2 Le territoire maternel 3.2.5 L’engagement 3.2.5.1 Combat pour la femme 3.2.5.2 Combat pour l’école 134 L’œuvre romanesque de Tahar Djaout est traversée par plusieurs thèmes qui révèlent l’engagement de l’auteur dans les conflits socio-politiques mais aussi culturels. Son engagement qui, comme nous le savons, lui a coûté la vie en juin 1993, à la suite d’un attentat terroriste, se traduit par un combat continuel contre toutes les forces obscurantistes. Ses différents romans, qui ont été accueillis favorablement par un lectorat de plus en plus hétérogène, se répartissent selon deux grandes tendances thématiques, à savoir des romans qui ont tendance à faire de la question identitaire un thème principal (L’Exproprié et L’Invention du Désert) et ceux qui se consacrent à l’Histoire de l’Algérie (Les Chercheurs d’Os, Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison). A propos de Les Vigiles, l’auteur d’un article de la revue Djazaïr reconduit cette taxinomie en affirmant : « par le thème comme par la transparence du style, ce roman se situe dans le cheminement des Chercheurs d’os, alors posent que L’Exproprié globalement s’inscrivent dans et le L’Invention problème une du de seconde Désert, qui l’identité, catégorie des préoccupations de l’auteur, avec une quête d’écriture plus ambitieuse et [partant] plus complexe. » (K.B. 22) 24 Cependant, ne reniant pas totalement cette taxinomie, Djaout disait : « J’ai personnellement extrêmement instantanés introspectif, et des un rapport donc intentions j’ai à l’écriture des ponctuelles. désirs Le texte prend la forme du désir. Je n’ai pas du tout délimité à l’avance une certaine manière d’écrire. Il y a cependant des maillons qui relient les différents romans entre eux 24 K. B. : « Tahar Djaout, ce vigile de l’écriture », In Djazaïr 2003, n°, revue de l’Année de l’Algérie en France, p. 22. 135 même si Les Chercheurs d’Os et Les Vigiles se présentent de prime abord comme des textes plus ouverts, plus lisibles. » (qtd. In K.B. 22-3) Ce sont ces maillons, constitués par les différents thèmes et interreliés par un lexique particulier, que nous allons tenter de reconstituer pour dégager la logique thématique de l’auteur dans l’élaboration de son œuvre. Nous pouvons dire, de prime abord, que le thème qui sert de fil conducteur à tous les autres est sans conteste celui de la migration et du mouvement (Figure 26). 3.2.1 Migrations L’auteur lui-même se situe dans ce mouvement en disant : « On peut construire des refuges, on peut construire des histoires, on peut construire des migrations. C’est dans cette migration que j’ai voulu me situer. » (qtd. In Mokhtari, Le Matin n° 517) Cette migration lui permet de traverser toute son œuvre, en instituant, à travers elle, ces « maillons » dont il parle. Ainsi la migration se fait-elle vers le territoire de l’enfance, mais aussi vers la mémoire qui interpelle tout un chacun par un engagement effectif dans la préservation du patrimoine et la revalorisation de l’identité plurielle. C’est également celle qui mène vers la terre ancestrale et celle qui appelle à la tolérance entre les hommes. 136 Figure 29 : Distribution du terme mouvement Le mouvement migratoire aboutit à un territoire pur dont les oiseaux sont les maîtres. La figure 30 montre que la distribution des termes mouvement et oiseau est symétrique, sauf pour Les Chercheurs d’Os. Cela peut s’expliquer, d’une part, par le fait que seul ce texte a un mouvement particulier qui va de l’intérieur du village vers l’extérieur, du village vers le désert : « Les habitants de Bordj es-Sbaâ ne parlent pas notre langue. Je comprends soudain cette clarté vive et la douceur crépusculaire de l’air : nous ne sommes pas loin du vaste pays de sable et de palmiers. » (133) D’autre part, le territoire des oiseaux est celui de l’enfance — le village : « il s’oppose au désert, espace fuyant et obsédant où fleurissent les mythes, « viatique de désespérance et d’évasion métaphorique », en tant que « sanctuaire de l’utopie et de la pureté. » (Kazi-Tani, « Flash » 65) 137 Figure 30 : Distribution des vocables mouvement et oiseau 3.2.2 Un devoir de mémoire Selon Bererhi, « un des combats de Djaout est la lutte contre l’oubli et le silence. Il engage sa parole et son verbe pour transformer briser l’amnésie, l’ombre déchirer en les lumière. » linceuls, (Bererhi, « Migrations » 28) C’est ainsi que nous retrouvons dans notre corpus une grande fréquence du terme mémoire (Figures 31 ; 32), qui renseigne sur la valeur donnée à ce terme, somme toute banal 25 , par l’auteur dans l’intention d’interpeller les consciences quant au danger que représente le reniement de son passé. 25 épisodes « Les mots les plus quotidiens, les gestes les plus banals, les les plus insignifiants se soumettent de bonne grâce à une discipline qui exigent qu’ils soient mots, geste et épisodes révélateurs. » 138 En effet, il s’indigne qu’une jeunesse « démunie et désorientée, dénuée de repères rationnels, taraudée par le désarroi et la frustration » (« Incartades ») oublie son Histoire et la travestisse par une autre qui n’est pas la sienne. Il dit en substance : « A Constantine (...) : regardant défiler un cortège d'exaltés dont la mode afghane, la méthode iranienne et les étendards d'inspiration saoudienne se disputaient les faveurs, je me surpris à me demander combien d'entre eux savent qu'à quelques dizaines de kilomètres de là, à El Khroub, se trouve le monument funéraire d'un certain Massinissa - un ancêtre qui aurait largement mérité de faire partie de leur mémoire et de leurs symboles. » (« Brouillage ») T. Djaout soutient que cet état de délabrement généralisé de la mémoire collective est entretenu par ceux qu’il appelle les "pèlerins de la négation", « négation d'eux-mêmes, de leur histoire et de leurs valeurs ». Cette usurpation de l'Histoire, Djaout la fait remonter aux premières années de l’Indépendance : « Tout a sans doute commencé dès l'Indépendance lorsque par un Oulémas habile les détournement, bénéfices d'une on attribue révolution aux seuls qu'ils n'ont jamais faite. En se choisissant des ancêtres-symboles sur mesure, l'État autocratique efface l'histoire pluraliste du mouvement nationaliste et s'approprie une Bersani, Léo : « Le réalisme et la peur du désir », In Littérature et réalité, ouv. Coll., Ed. du Seuil, Paris, 1982, pp. 48-49. 139 révolution en reléguant au second plan (derrière les Oulémas) ceux qui l'ont réellement conduite. (...) Tout le discours identitaire institutions de l'État et va culturel produit conforter le par les credo des Oulémas: Nous sommes des “arabes et des musulmans", nous ne sommes rien d'autre que cela. » (Brouillage ») Ceci dit, le devoir de mémoire que Djaout s’engage à respecter n’est pas seulement d’ordre historique. Il affirmait quelques mois après la sortie de Les Vigiles : « Mon désir de bouleversement n’est pas seulement d’ordre politico-social, il est aussi de l’ordre de l’écriture, de l’expression. » (qtd. In K.B. 22) En effet, Djaout l’étend à tous les domaines : littérature, sociologie, peinture, musique, etc. Concernant la littérature, il se traduit par un hommage à tous les auteurs de la littérature maghrébine. Outre les articles et les entretiens consacrés à certains d’entre eux (Mammeri, Feraoun, Jean Amrouche, Kateb…), Djaout emploie un lexique teinté de la tradition de ces aînés. Il affirme : « c’est en antagonique partant et originels 26 que algérienne de de d’un la j’aime langue décalage, hantise de m’inscrire française. » d’une pluralité quelques dans la (qtd. signaux littérature In Bererhi, « Migrations » 37) Parmi ces « signaux originels », nos pouvons citer les termes Ancêtre et Missionnaire. Ces termes présents dans L’Exproprié renvoient au mythe de l’Ancêtre dans Nedjma (Kateb) et la figure du « missionnaire » dans Le Fils du Pauvre (Feraoun). Nous pouvons encore citer les noms propres des personnages qui font un clin d’œil à d’autres œuvres telles que celle de Mammeri avec des noms, nous l’avons vu, comme Arezki ou Azzi ; ou encore les termes 26 C’est nous qui soulignons. 140 métier à tisser qui reprennent le titre d’un roman de Dib : Le Métier à Tisser. Il fait également référence à Nabile Farès qu’il cite nommément dans L’Invention du Désert. En outre, selon Bakhtine, « le mot (T) n’est pas une chose mais le milieu toujours dynamique, toujours changeant, dans lequel s’effectue l’échange dialogique. Il ne se satisfait jamais d’une seule conscience, d’une seule voix. La vie du mot, c’est son passage d’un locuteur à un autre, d’un contexte à un autre, d’une collectivité sociale à une autre. Et le mot n’oublie jamais son trajet, ne peut se débarrasser entièrement de l’emprise des contextes concrets dont il a fait partie. » (qtkd. In Fève, « Les écrivains algériens » 114) Dans le même sillage, Barthes ajoute que « les mots ont une mémoire seconde qui se prolonge mystérieusement au milieu des significations nouvelles. » (« Le Degré » 16) Finalement, bien que Djaout reprenne des mots empruntés à ses prédécesseurs, il leur donne une nouvelle substance sémantique. Néanmoins, l’utilisation du lexique de Mammeri, de Feraoun, de Kateb ou de Dib est un engagement contre l’oubli. 141 Figure 31 : Distribution du terme mémoire Figure 32 : Distribution des vocables mémoire et oubli 3.2.3 La terre ancestrale Le retour à l’Histoire dans cette migration qu’entreprend le narrateur des Vigiles s’accompagne d’une accentuation du rapport de l’individu à la terre. La comparaison de la distribution des deux termes dans notre corpus (Figure 33) fait ressortir que l’Histoire est étroitement liée au territoire. 142 Figure 33 : Distribution des termes histoire et terre Nous remarquons que, mis à part Les Chercheurs d’Os, les deux termes entretiennent un rapport de connivence dans tous les autres textes, c’est-à-dire que l’Histoire authentique, pour Djaout, est celle qui est directement liée à la terre. Dans L’Exproprié, le voyage à rebours accompli par le narrateur le fait traverser non seulement le village natal (Iboudja), mais aussi certains territoires de l’Histoire tels Tazoult, Sétif, Aurès ou interpelle des personnages historiques comme Kahéna. Le même procédé est à l’œuvre dans L’Invention du Désert, Les Vigiles et Le Dernier Été de la Raison. Dans le premier, le rapport à l’Histoire est le plus apparent puisque le texte retrace un épisode de l’Histoire de l’Afrique du Nord. C’est ainsi que nous retrouvons des personnages historiques : Ibn Toumert, Kahina, Okba, Koceilah ; des lieux historiques Tehouda, Marrakech, etc. ; des dynasties maghrébines Almoravides, Almohades. Dans les deux autres, le lien Histoire / terre est harmonieux dès lors qu’il s’agit de réconcilier la terre avec son Histoire. La réconcilier dans Les Vigiles avec l’Histoire de la guerre de libération (Figure 34) et la réconcilier dans Le Dernier Été de la Raison avec l’Histoire authentique de l’Algérie. Quant au deuxième roman de Djaout, Les 143 Chercheurs d’Os, les deux termes y sont opposés justement parce que, dans ce texte, la désillusion est très grande tant l’Histoire est travestie et que, justement, c’est ce regard sur l’Histoire qui est posé comme trame de fond de ce texte. Figure 34 : Distribution des termes terre et guerre Par ailleurs, le retour à la terre est dicté par ce déracinement antérieur qu’il faut abjurer par l’écriture. Selon Charles Bonn, « la littérature algérienne est souvent une littérature d’errance, de déracinement, d’aliénation. » (« Problématiques » 17) La figure suivante montre la distribution du terme errance dans le corpus. 144 Figure 35 : Distribution du terme errance Même si le terme est peu fréquent, nous pouvons conclure que L’Invention du Désert et L’Exproprié sont des textes d’errance où se cherche la terre qui est liée à l’identité. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que, justement, ces deux textes se présentent comme une quête de l’identité perdue. En outre, Ch. Bonn dit que « l’homme du Tiers-Monde retrouve son identité perdue par un retour à la terre et à l’enfance qui lui est le plus souvent liée. » (« Problématiques » 17) L’environnement thématique de errance (Figure 36) montre que ce mot entretient un lien avec des mots comme trajectoire, obsession, territoire, visage, Histoire, etc. Cet échantillon détermine, schématiquement, que l’errance dessine des trajectoires dont l’obsession est de retrouver le territoire perdu, l’identité (visage) et l’Histoire claustrées. Par ailleurs, le problème de l’identité ne se pose pas avec la même acuité dans les différent textes et l’analyse factorielle des correspondances des termes errance, terre, histoire, enfance et identité (Figure 37) est là pour le prouver. 145 Figure 36 : L’environnement thématique du vocable errance Figure 37 : Analyse factorielle : enfance, histoire, identité, terre et errance Nous voyons à travers cette analyse que le problème de l’identité se situe à droite de la fenêtre où nous retrouvons le premier, troisième, quatrième et cinquième textes 27 de Djaout ; tandis qu’à gauche de la fenêtre où nous trouvons Les Chercheurs d’Os, il ne se pose pas. 27 1er : L’Exproprié ; 2ème : Les Chercheurs d’Os ; 3ème : L’Invention du Désert ; 4ème : Les Vigiles ; 5ème : Le Dernier Eté de la Raison. 146 Aussi, pouvons-nous conclure que la seule présence de terre comme symbole d’authenticité et d’enracinement n’a pas suscité d’interrogation sur l’identité dans Les Chercheurs d’Os. Au contraire, dans les autres textes, l’absence de ce lieu d’enracinement a soulevé la question de l’identité même si nous entrevoyons la présence des termes enfance et histoire, car ceux-là sont présents, l’un par son refoulement, puisque l’enfance est dans un territoire étranger délimité par errance et l’autre par sa négation. Cela nous amène à traiter d’un autre thème non moins important qui est celui de l’enfance. 3.2.4 Enfance et territoire maternel Si nous considérons la distribution statistique (Tableau 14) et l’analyse factorielle (Figure 38) des termes enfant, enfants, enfance et enfances, nous pouvons en tirer certaines conclusions quant à l’importance que leur donne Djaout. Tableau 14 : Relevé statistique des termes enfant, enfants, enfance et enfances Terme Corpus Exproprié Chercheurs Invention Vigiles Enfant 184 65 6 80 17 Enfants 88 9 13 14 32 Enfance 54 6 4 20 16 Enfances 1 0 1 0 0 147 Figure 38 : Analyse factorielle : enfant, enfants, enfance et enfances D’une part, nous remarquons que la fréquence la plus élevée est celle du mot enfant qui constitue, pour ainsi dire, le mot-pôle de cette liste. A l’inverse, le mot enfances a la fréquence la plus faible. D’autre part, la fréquence du terme au pluriel est toujours inférieure à celle du terme au singulier. Ceci nous amène à avancer une autre hypothèse qui servira dans la suite de notre travail : le mot pluriel, par son caractère anonyme et généralisant, est à mettre sur un niveau qui situerait son interprétation dans le caractère même de la langue qui ferait de lui un usage commun. Contrairement, le mot singulier, en général, et les mots enfant et enfance en particulier, participe, dans son usage spécifique et particularisant, à la constitution thématique du corpus. 148 En effet, le mot enfant, par exemple, fonctionnerait presque comme un nom propre 28 et constituerait un socle à partir duquel partent plusieurs ramifications thématiques. En outre, Djaout assigne à l’enfant une fonction particulière : « c’est à lui de relater l’errance, de déjouer les pièges de l’aphasie, de tendre l’oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées. » (« L’Invention » 122) Donc, c’est l’enfant qui transporte ce « lourd fardeau » qu’est la parole, qui nomme les territoires. Bererhi ajoute que « l’âme maghrébine [est] inscrite dans l’enfance et le territoire originel. » (« Migrations » 30) Cependant, sa tâche principale est de retrouver, au milieu des territoires, le lieu authentique de l’enfance qu’est le village ou la « Terre » comme l’appelle Bonn. Djaout, dit Bererhi, «remonte ʺle fleuve de l’enfanceʺ (…) pour retrouver ʺ le pays innocent miraculeusement préservé au fond de lui-mêmeʺ et ʺle rythme fondamental du sangʺ » (30) De là, une opposition apparaît dans notre corpus : enfant – village –terre /adulte – ville - territoire autre. En effet, selon Bonn, « l’espace de l’adolescent et surtout l’espace adulte, pour le garçon au moins, est toujours un espace autre. » (« Problématiques » 17) 3.2.4.1 Enfance et village Dans l’œuvre de Djaout, les personnages tentent de « remonter le fleuve de l’enfance » pour retrouver le village natal. Ainsi, dans Les Vigiles, Ménouar Ziada se réfugie dans l’enfance pour échapper à ses détracteurs citadins. Boualem Yekker, dans Le Dernier Été de la Raison, considère le village comme seul lieu où le rêve est encore permis et s’y réfugie pour retrouver la paix intérieure et antérieure, et pour se détacher des tracasseries de la ville devenue antre des « régulateurs de la foi ». 28 Surtout dans L’Invention du Désert et L’Exproprié. 149 L’enfance, qui est souvent liée au village, constitue un refuge pour Djaout et pour ses personnages. Au contraire, la ville, qui est étrangère, est souvent un non-lieu. Elle symbolise l’autre et elle est agressive. En effet, Ch. Bonn affirme : « si l’on devine Paris ou Alger, parfois nommées, dans ce que représente la ville pour le roman algérien, la ville y sera le plus souvent l’espace de la différence, depuis lequel seulement peut se dire le lieu emblématique de l’identité. » (22) Effectivement, si nous considérons l’environnement thématique de ville (Figure 39), nous retrouvons des termes qui n’ont aucune épaisseur sémantique et qui sont, somme toute, étrangers au personnage. Ainsi, lorsque le narrateur de Les Chercheurs d’Os arrive, pour la première fois, à Anezrou, bien qu’il soit fasciné par la propreté, les bâtiments, les rues, etc., il se sent rejeté par le regard des enfants qu’il rencontre et par l’indifférence des adultes : il se sent inexistant et étranger : « Je me demande si ces gosses sont vraiment comme mes copains du village et moi. Sont-ils façonnés de chair, de privations et de peurs comme nous ? Ont-ils des parents qui les battent ? Leurs sœurs doivent être très jolies. Comment mangent-ils et dorment-ils ? Ont-ils, comme nous, des besoins naturels dégradants ? Non, cela je ne le pense pas. » (121) 150 Figure 39 : L’environnement thématique du vocable ville Par contre, en considérant l’environnement thématique du terme village (Figure 40), nous retrouvons des termes qui renvoient, à proprement parler, à l’univers de l’enfance comme famille, frère, mère, etc. Justement, la mère occupe une place particulière car « la mère (…) et la terre, sont les garantes de l’ancienne loi. Mais aussi celles de l’éternel recommencement qu’elles « Problématiques » 19) 151 symbolisent. » (Bonn, Figure 40 : L’environnement thématique du vocable village 3.2.4.2 Le territoire maternel La mère comme corps où s’inscrit l’écriture est un thème majeur dans toute œuvre littéraire. Dans le cadre de notre travail, nous allons tenter de voir comment ce vocable s’inscrit dans la thématique de Djaout. Sa distribution (Figure 41) nous montre que sa fréquence est élevée dans L’Exproprié, et, à un degré moindre, dans L’Invention du Désert, tandis que dans les trois autres textes, il est déficitaire. Cette particularité est le résultat de l’écriture mise en œuvre dans ces deux textes, romanesque certes, mais entrecoupée par des genres intercalaires, surtout poétique — ce qui justifie la fréquence de mère 29 . A propos de ces genres, Djaout dit qu’ils « ont pour fonction de raconter profondément la crise, l’inavouable, de casser le 29 depuis Nous savons que, d’après les psychanalystes, la poésie est élaborée le territoire maternel et que le poète entretient un rapport incestueux avec la mère à travers les mots qu’il violente et réinvente. 152 réalisme du texte pour permettre au lecteur de voir ce qu’on voulait lui montrer. » (« Agave ») Et d’après Bakhtine, ils « peuvent complètement entièrement être directement objectivés, des intentionnels c’est-à-dire intentions de l’auteur, ou dépouillés non pas « dits », mais seulement « montrés », comme une chose par le discours ; mais le plus souvent, ils réfractent, à divers degrés, les intentions de l’auteur (…). » (« Esthétique » 142) L’intention de l’auteur, ici, est de dire l’exil, l’expropriation et la séquestration du territoire maternel et de l’identité : les Algériens, affirme Farès, ont été « expulsés de tout un univers imaginatif, tout l’univers dans lequel ils se représentent comme existants. » (qtd. In Kazi Tani, « Littérature(s) » 55) Et il se trouve, justement, que L’Exproprié et L’Invention du Désert sont des textes où la question de l’identité, de l’expropriation et de l’errance, est la plus lancinante. Figure 41 : Distribution du vocable mère 153 3.2.5 L’engagement En plus du combat contre l’oubli, Djaout porte dans son cœur toutes les luttes pour la liberté. Il dit à juste titre : « le concept de liberté est lié à celui de choix. Les situations exceptionnelles et extrêmes, comme l’occupation étrangère, mettent en effet chacun devant ses responsabilités choisir : la en lui résistance, donnant la la liberté reddition ou de la collaboration. » (« Le Retour ») Djaout a choisi de résister et d’engager des combats sur plusieurs fronts. 3.2.5.1 Combat pour la femme Dans l’œuvre romanesque de Djaout, l’apparition de personnages féminins est rare car l’essentiel pour lui n’est pas de faire la distinction entre personnages féminins d’une part, et personnages masculins d’autre part, mais de rendre compte d’une réalité sociale. Ainsi, son mérite est-il d’avoir su, au sujet de la femme, « mettre l’accent sur la condition féminine plutôt que sur le sexe, c’est-à-dire adopter un point de vue social plutôt que psycho-biologique. » (Yaguello, « Les Mots » 9) La présence du vocable femme dans le corpus est très hétérogène (Figure 42). Sa plus grande fréquence est dans Les Vigiles. Le terme revient souvent dans L’Exproprié et Le Dernier Été de la Raison. Cependant, il est déficitaire dans les deux autres textes. 154 Figure 42 : Distribution du vocable femme Figure 43 : Distribution du vocable homme 155 Figure 44 : Distribution des vocables homme et femme Cette présence, bien que timide, de la femme par rapport à l’homme (Figures 43 ; 44), n’est pas pour contredire les engagements de Djaout mais elle est due au statut qui lui est donnée en société et, partant, dans le langage, qui est la première instance sociale. La société algérienne étant une société masculine, la place donnée à la femme dans les débats sociaux est infime, bien qu’elle constitue souvent un « sujet » de débat. C’est lorsqu’elle sera Sujet à part entière dans le débat que son statut changera. C’est, à cet effet, que Djaout tente de lui donner la parole en dénonçant son statut actuel ne serait-ce que par les mots qui constitue son entourage thématique (Figures 45 ; 46 ; 47) 156 Figure 45 : L’environnement thématique du vocable femme Figure 46 : L’environnement thématique du vocable femme 157 Figure 47 : L’environnement thématique du vocable femme Nous remarquons que cet environnement est structuré selon des cercles qui renferment des termes liés par une certaine sémantique. Ainsi, dans l’environnement immédiat du terme femme, nous retrouvons des termes comme vieille, jeune, cheveux, drame, métier (à tisser), profond, noir, etc. Ces termes renvoient au statut social de la femme, qui la confère dans les tâches ménagères, mais aussi dans la préservation des traditions. Dans un deuxième cercle, nous constatons la présence de termes tels que sexe, enfants, ventre, lit, bête, homme, maîtres, etc. Ici la femme est vouée à la procréation. Dans un troisième cercle, des termes comme amour, parole, désir, sourire, personne, lèvres, poitrine, montagne, etc. sont à signaler. Ce dernier cercle peut être interprété comme le statut que Djaout veut attribuer à la femme, même si celui-ci est difficile à atteindre car il s’éloigne du centre. Pourtant, ce n’est pas impossible car la parole est là pour « vaincre toutes les aphasies », d’autant plus que « la libération du langage, le rejet des tabous, parallèle à la libération des mœurs ou du vêtement, peut apparaître un élément indispensable de la libération des femmes » (Yaguello, « Les Mots » 63), et abolir tous les cocons dans un retour aux racines symbolisées ici par le terme montagne. 158 Par ailleurs, Djaout a su exploiter une composante lexicale dans son combat pour la femme, à savoir le nom propre pour témoigner de son soutien à la femme. En effet, Djaout utilise des noms propres particuliers pour dire que le statut de la femme doit changer. Nous pouvons citer le prénom Samia qui signifie littéralement « l’élevée, celle qui atteint les cimes ». Et, justement, « c’est en se donnant un nom qui ne soit pas le reflet de son statut dans la société que la femme peut conquérir son identité sociale et son identité tout court. » (Yaguello 179) Aussi, puisque « le statut social de la femme est marqué par différents indicateurs linguistiques : titres, préfixes, patronyme et nom marital, et même choix des prénoms » (175) et comme le nom d’une femme est, dans la société algérienne, celui du mari ou du père, Djaout choisit de ne donner à ses personnages féminins qu’un prénom, oblitérant ainsi le rapport qu’ils pourraient entretenir avec le mari ou le père. 3.2.5.2 Combat pour l’école L’école est un thème qui revient fréquemment dans l’œuvre romanesque de Djaout. Ce thème est aussi traité dans les articles du journaliste. La Figure 48 fait ressortir un emploi irrégulier du vocable école. Il revient souvent dans Les Chercheurs d’Os, ainsi que dans L’Exproprié et Le Dernier Été de la Raison où il est excédentaire. Au contraire, dans L’Invention du Désert et dans Les Vigiles, il est déficitaire. 159 Figure 48 : Distribution du vocable école Les divers contextes (Annexe 12) où apparaît le vocable école laissent entrevoir deux périodes par lesquelles est passée l’école en Algérie. Ces deux périodes correspondent également à des sentiments à l’égard de cette institution. En effet, dans le corpus, il y a l’école sous l’occupation française et l’école d’après l’indépendance. La première est connotée positivement par la nostalgie de l’enfance : « Les lauriers-roses commencèrent à dépérir dans le lit du fleuve, et l'école ouvrit de nouveau ses portes. L'instituteur aux talons usés ne revint pas. Ce fut une enseignante frêle et brune qui nous accueillit. Sa voix avait la sonorité dansante des barques décapant la houle. L'institutrice m'aimait bien (elle appelait tout le monde par son prénom), car je lisais mieux que quiconque. En retour, j'étais (« L’Exproprié » 111) 160 amoureux d'elle. » A ce niveau, l’école ne sert qu’à éveiller des souvenirs chers à Djaout et à ses personnages. Pourtant, ceux-là sont conscients du danger qu’aurait représenté l’école sans une prise de conscience des enjeux qu’elle soulève. D’ailleurs, Saïd, un ouvrier marocain qui a déjà construit des écoles dans son pays, avertit les enfants : « L'école maintenant va être finie. Mais ne croyez pas qu'elle va se tenir là, inoffensive et bienveillante, pour étancher la soif d'apprendre des jeunes bergers. Le savoir n'a pas de blancheur, il a la couleur des matraques. Oh oui, rêvez d'images innocentes, de mots qui n'écorchent pas la bouche, d'un feu de poêle en hiver. Il y aura bien autre chose pour accueillir votre faim et votre naïveté inconsciente. » (« Les Chercheurs » 88) Parmi ceux qui n’ont pas compris cela, « il y a le faux iconoclaste qui triche avec l'alphabet, qui croit la conscience du peuple modelée à l'image de ses délires (simulés). Il épouse de fâcheuses contestations (devenues en fait conventions depuis déjà des décennies - car notre écrivain s'est mis au diapason d'une école occidentale vieille de vingt ans). Il jugule mosquées et hadith, les remplace par structuralisme et Lacan. Il rejette hargneusement la responsabilité de sa misère et de son impuissance sur autrui ; il accuse l'Autre pour s'absoudre mais refuse d'ausculter matrice de sa propre mère, caleçon de son père pour détecter le virus de l'arriération, refuse de trucider les épouvantails enjolivés de prières, de renifler les pots 161 de chambre, de faire une lecture critique des livres saints. » (« L’Exproprié » 62) Donc, bien que cette école soit source de périls, Djaout insiste sur le fait que le meilleur peut en être extrait pour progresser. A l’opposé de celle-ci, l’école de l’indépendance, cette « institution naufragée » dont le rôle n’est plus d’inculquer le savoir aux enfants mais de les amener à des considérations qui les dépassent : « Mahfoudh remarque, atterré, que les attitudes paternelles atteignent maintenant Redhouane. Mais il ne peut dire avec précision à qui revient la palme: au père ou à l'école. Cette dernière est en effet devenue, après une série de réformes et son investissement par une caste théologique, une véritable institution militaroreligieuse. » (« Les Vigiles » 65) Cette caste s’est donnée pour objectif de « créer un système d’enseignement tellement médiocre, qu’eux seuls [ses représentants] s’y sentiraient à l’aise et pourraient le gérer. » (Djaout, « La Logique ») Autour de cette école, aucun sentiment mélioratif, aucune nostalgie. L’environnement thématique du terme école (Figures 49 ; 50) est composé essentiellement de vocables appréciatifs et favorables au savoir comme musique, couleurs, image, etc., corrélés par des termes renvoyant à l’enfance comme parents, oiseaux et surtout paradis. Ce paradis, Menouar Ziada préférerait le troquer contre une seconde chance de revivre son enfance : « Menouar s’était surpris un jour à penser que s’il avait à choisir entre le paradis et la possibilité de vivre une deuxième fois son enfance, il opterait sans 162 hésitation pour la seconde solution. » (« Les Vigiles » 19) Et Djaout disait : « L'Éden n'est ni de l'ordre de l'utopie, ni de l'espace, ni du spirituel mais il est de l'ordre du temps. L'Éden, c'est l'enfance. » (« Les Introuvables » 212) Figure 49 : L’environnement thématique du vocable école Figure 50 : L’environnement thématique du vocable école (suite) 163 3.3 Conclusion partielle L’analyse du corpus dans cette seconde partie a permis d’étudier le lexique et sa visée pragmatique, et de dégager les principaux thèmes abordés dans l’œuvre romanesque de Tahar Djaout. L’approche thématique n’a été en fait qu’un moyen pour approfondir notre analyse du lexique, car la lexie n’est plus à considérer comme un fait en soi mais plutôt comme faisant partie du discours. Toutefois, beaucoup de zones d’ombre restent à éclaircir par d’autres approches, que le cadre restreint de ce travail ne permet pas. Néanmoins, nous sommes arrivé à la conclusion que l’emploi et le choix du lexique chez Djaout ne sont pas neutres. Aussi le lexique est-il le soubassement de tensions, à la fois sociales, idéologiques, linguistiques et historiques. La thématique, que nous avons un tant soit peu étudiée, a confirmé les conclusions auxquelles nous avions abouti au cours de la première partie. Elle a mis en exergue, entre autres, les liens et les relations de connivence entre certains textes. Ceux-ci sont non seulement liés par un capital lexical commun, mais aussi par la présence, à l’intérieur de ce capital commun, de vocables qui font office de mots-thèmes se trouvant au sommet de réseaux sémantiques transcendant les différents textes du corpus et répondant, à leur tour, à une organisation qui n’est pas fortuite. Ils sont construits autour d’une dynamique constituée par le thème du mouvement. Ce mouvement oscille entre un retour rétrospectif vers l’Histoire pour retrouver l’identité perdue et une immersion dans les abysses de l’espace et du moi pour revivre l’enfance maternelle. 164 4 CONCLUSION GENERALE L’approche statistique et pragmatique du lexique qui a débouché sur une étude thématique que nous avons adoptée tout le long de ce travail, a permis d’apporter des éléments nouveaux pour aborder le texte littéraire dans sa substance lexicale. En effet, ce type d’approche introduit un autre point de vue dans les sciences sociales en général et dans la linguistique et la littérature en particulier. La difficulté à tracer des frontières étanches entre linguistique et littérature, à embrasser la rigueur scientifique de l’une et le flou des interprétations de l’autre, nous a amené à considérer le lexique littéraire d’une façon autre, qui unit l’exactitude des relevés à l’interprétation pragmatique. Cette association de la lexicologie et de l’informatique est une méthode de travail d’un grand intérêt car elle permet de comparer les fréquences de certains phénomènes linguistiques présents dans les textes. En effet, notre première tâche a été de dresser des relevés statistiques susceptibles d’interprétation. Ainsi nos premières hypothèses ont pu être confirmées grâce au travail en contexte et sur le discours. Nous avons en outre pu entrevoir des corrélations entre les différents textes en travaillant sur la connexion lexicale. Nous avons mis en évidence des formes communes à plusieurs textes. Ceci peut s’expliquer, pour certains textes, par la présence de thèmes communs. D’autres, au contraire, ont des formes privatives car ils abordent un thème qui leur est particulier et une spécificité au niveau de l’écriture. Par ailleurs, nous avons pu accéder aux spécificités lexicales du corpus. Leur étude a démontré l’exactitude de certaines hypothèses, notamment celles qui concernent l’emploi des emprunts, xénismes, néologismes et des noms propres. En effet, ces mots répondent à une stratégie discursive et ont une visée pragmatique. Cet aspect fera l’objet d’un travail plus élaboré dans le cadre du doctorat. Ces spécificités ont été exploitées dans l’analyse 165 thématique qui constitue le deuxième volet de ce travail. Nous envisageons à l’avenir de voir le rôle et l’impact de ces phénomènes de contact de langues (emprunt, néologismes, alternances codiques, etc.) en milieu plurilingue et dans une approche pédagogique de l’interculturel. L’étude thématique à partir du lexique a servi à repérer les thèmes dominants et leur circulation à travers toute l’œuvre. Ils ont été dégagés grâce à la prépondérance de tel ou tel mot-thème gouvernant tel ou tel champ sémantique. Ces thèmes véhiculent une certaine vision et sont à la base d’un discours, d’une stratégie discursive et d’une écriture propres à l’écrivain. Nous avons abouti à certaines conclusions : Djaout se sert d’un lexique particulier pour rendre compte des conflits sociaux et culturels sous-jacents à la société algérienne. Parmi ces conflits, ceux de l’Histoire et de l’identité sont les plus en vue. A côté de ces facteurs de retard dans le modernisme et l’accession au développement, le statut de la femme et de l’école est à redéfinir. L’Histoire événementielle est, en effet, sans cesse revisitée pour en extraire le suc, pour dévoiler les « vérités travesties » par le discours des hommes. Djaout revendique, par l’intermédiaire de ce thème, le droit des Algériens, mais aussi de tout peuple, de connaître leur Histoire pour se construire des références fiables et une identité propre. Il dit à ce propos que l’identité n’est pas donnée mais qu’elle se construit au fil des années et des siècles. La connaissance de la portée des discours dans l’Histoire sert à réconcilier l’être humain avec son identité. Puisque l’identité se construit et ne se donne pas, la connaissance des premiers piliers de cet édifice est indispensable. C’est ainsi que Djaout tente, par les vibrants hommages qu’il rend à ces piliers de l’algérianité, de contribuer à l’imprégnation de la mémoire collective par cette identité. Il interpelle les lecteurs au sujet des artistes, qu’ils soient écrivains, poètes, 166 peintres ou musiciens. Il contribue à sa manière à ce devoir de mémoire. Il reprend le lexique de ses devanciers, le retravaille et le réinvente. L’identité ne saurait, non plus, être dissociée de l’enfance et de la terre ancestrale. Celle-ci est chantée dans tous les textes de notre corpus, dans la mesure où elle symbolise le terreau de l’identité. L’enfance, quant à elle, c’est le paradis et vice versa. C’est aussi la langue et le sein maternels. En remontant le fleuve de l’enfance, c’est la sécurité maternelle qui est recherchée, la quiétude et la tranquillité que procure la présence de la mère et de la nature dont l’enfant est le cœur. La mère, c’est aussi toute femme qui, dans la société algérienne, reste prisonnière des règles sociales, des tabous et des croyances. Djaout s’immisce dans la condition féminine et dénonce le statut auquel elle est vouée en utilisant le lexique des autres contre eux-mêmes. Il l’utilise comme purgatoire pour ces hommes dont la sécurité est assurée par ce statut et qu’ils tentent de maintenir par tous les moyens, y compris l’école. Celle-ci traverse, chez Djaout, deux périodes. La première est synonyme de bonheur, bonheur de savoir et bonheur de vivre, tandis que la seconde est associée à la mort, mort de l’intelligence et mort biologique. En somme, les thèmes majeurs de Djaout sont une volonté d’opérer un saut qualitatif dans la vie sociale algérienne et de briser tous les interdits et les tabous qui l’empêchent de faire partie de la « famille qui avance ». Djaout veut mettre l’Algérie sur les rails de la modernité en la conciliant avec son Histoire — la vraie —, son authentique identité, en intégrant toutes ses couches sociales et en usant de tous les moyens, dont le plus important est l’école. Malgré ces considérations qui frôlent le politique et qui lasseraient le lecteur, Djaout effectue tout un travail sur le texte : poésie, imaginaire afin d’exorciser ce qu’il ressent au plus profond de lui-même. Il ne veut pas échapper à la règle qui dit que le texte est tout d’abord un plaisir et un désir. Le « plaisir du texte » est ce voyage dans le « moi profond » qui mène 167 également vers l’enfance : « l'écriture est une réalité dont les seuls mobiles, les seuls moteurs sont de l'ordre du moi profond. » (Djaout, In « Algérie Littérature / Action » 207) Ce travail sur le texte que nous n’avons pu exploiter dans ce mémoire pourrait faire sera envisagé dans le cadre d’une recherche ultérieure. Une telle étude, conjuguée à une stylistique littéraire informatisée et à une analyse du discours journalistique, sera beaucoup plus complète. 168 5 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES. 1.ŒUVRE DE TAHAR DJAOUT. — Solstice barbelé, poèmes, Naaman, Canada, 1975 — L’arche à vau-l’eau, Poèmes, Éd. 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(1969) : Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, Paris. — Encyclopedia Universalis, société anonyme, Paris. 177 178 6 ANNEXES 6.1 Annexe 1 : Fréquences supérieures à 1000 R ang F réq. 1 M 0 ot 1 R , ang 0897 2 . d e 262 5 351 5 l a 4 586 6 4 t 328 281 8 279 9 l 3 l 1 919 1 i 9 ans 845 179 as 1 267 8 j e 1 230 2 p 1 2 d n e 296 7 ue u 304 6 d 1 2 q 1 1 2 e p our 309 5 n 953 8 ' 3 1 1 1 2 q s ' 367 4 ui 206 7 es 524 1 2 1 4 3 ne 430 6 u st 464 2 2 1 à - e 1 2 761 5 e n ot 575 2 M 1 2 u 2 1 l 4 942 1 e 4 7 3 ' e réq. 1 s F 2 d 2 820 ang es 995 1 R d 2 1 0 ot 131 2 2 M 3 1 8 4 réq. 1 753 l F 1 9 3 400 q u' 1 n 9 081 ' 3 1 s 0 007 ur 6.2 Annexe 2 : Fréquences supérieures à 100 au 1 69 no 2 61 us so 3 46 n ma 4 32 is pa 5 30 r ce 6 25 co 7 15 mme pl 8 45 us a 9 20 lui 0 13 sa 180 1 09 53 64 5 éta 2 01 it mê 4 53 me ses 3 00 69 5 ut 42 01 89 88 r 71 70 57 11 00 n te 4 93 mps ; 3 00 bie 3 46 36 ce 5 on 52 12 y 2 ait ma 2 on av 51 42 m 1 42 nt m' 1 e ou 50 43 ell 0 45 e so 0 x où 49 44 au 9 57 êtr 9 ils 8 57 leu 8 88 ) 8 c' 7 58 j' 7 96 rs ( 7 29 : 6 66 me 6 ec 6 ns av 5 leu sa to 4 91 93 s cet 4 26 te ? 6 ” 181 pu 92 is ja 7 92 mais fai on 8 88 85 82 78 72 89 49 tre 8 30 eil 9 30 onde core fai 00 29 re ahfoudh ho us qu 62 45 31 m M 2 7 sol en 47 s nt us 1 38 no do 49 6 s ur 0 us rs 69 65 85 49 40 me trè so 4 8 5 ux ssi si 83 to ve vo 2 60 s jo 1 7 41 t de au 80 60 t foi 9 6 4 3 45 mmes elques là 6.3 Annexe 3 : Le vocabulaire en excédent Ecart TLF Corpus Mot Ecart TLF Corpus Mot Ecart TLF Corpus Mot 13.68 91853 359 ( 2.61 30140 78 ailleurs 43.64 13.22 93294 357 ) 2.33 8172 25 aimait 16.58 1583 32 âne 17.82 4225728 9756 . 40.41 4.66 13934 51 années 11.34 1870339 4287 à 4.15 20657 66 allait 3.14 8472 29 appris 5.42 14630 57 afin 3.41 71530 178 alors 4.75 5180 25 approche 840 53 Ali 182 254 31 Ancêtre 5.80 7062 35 arbre 9.58 2693 27 capitale 4.16 14900 51 coups 18.15 11756 109 arbres 2.94 86124 204 car 7.15 7865 43 cri 5.97 13030 55 arrive 5.48 8954 40 certains 4.06 8908 34 cris 3.27 9769 33 arriver 4.03 7914 31 chair 13.401217634 2997 d' 3.44 9489 33 assis 15.21 7804 74 chaleur 10.42 751295 1845 dans 3.86 6101 25 attend 4.43 8400 34 champ 4.624074626 8267 de 3.56 6462 25 attendait 8.16 7884 47 champs 7.05 4402 29 début 5.83 6738 34 attendant 5.85 4270 25 chant 6.27 4215 26 décidé 2.36 13061 37 attendre 11.33 36403 165 chaque 3.81 11833 41 dehors 6.68 3939 26 attente 5.88 5029 28 chaud 5.67 47191 145 déjà 8.11 3140 26 aube 4.30 18369 61 chemin 8.73 4015 32 dépit 8.74 24108 106 aucun 30.48 710 37 chèvres 4.74 21510 72 derrière 7.22 20868 86 aucune 2.74 7547 25 chien 30.29 953329 3136 des 3.27 26316 74 4.52 47560 135 choses 20.55 5196 75 désert 7.81 24218 100 ci 7.72 11069 57 désir 4.68 5248 25 auraient 8.25 41225 153 ciel 7.28 4020 28 désirs 12.23 32382 159 aurait 6.77 3653 25 cité 11.10 5365 46 3.42 119369 282 aussi 8.54 358694 916 comme désormais 3.23 24311 69 autour 5.21 8040 36 aujourd'hui 2.05 16783 44 devait 6.23 183523 471 aux commence 2.01 61752 141 devant 10.86 37947 166 avaient 12.28 2956 35 6.02 7115 36 devenu 5.43 254486 611 avait compagnon 13.24 2264 32 8.72 52183 188 avant 7.17 5765 35 aventure 2.53 9050 28 avions 6.61 8745 44 bête 8.01 3389 27 compagnons discussion 3.66 8793 32 doigts 7.09 3911 27 complètement 2.98 7214 25 doivent 5.65 9976 44 dos 24.90 5434 91 bêtes 5.37 18251 67 compte 5.35 35231 112 doute 5.60 7873 37 bleu 6.07 4874 28 connaît 2.65 630915 1309 du 5.09 23682 80 bout 13.80 1466 26 contrée 20.91 6306 85 durant 11.03 3275 34 bruits 15.38 36960 201 corps 7.48 29751 114 eau 31.85 1037 47 buissons 2.85 34620 90 côté 3.93 6357 26 école 4.66 298766 688 c' 5.24 8951 39 couleur 18.62 1016 28 el 9.91 6811 49 café 12.59 5398 51 couleurs 8.15 8924 51 endroit 183 11.54 6631 54 enfance 7.35 5616 35 horizon 2.55 9407 29 lieux 13.47 36696 184 enfant 3.10 12382 39 hors 2.93 21358 60 livre 6.26 23695 88 enfants 4.751626354 3402 il 6.79 15506 67 livres 4.53 73684 196 entre 8.08 249011 657 ils 6.12 37776 125 loin 8.31 5584 38 espace 3.51 9016 32 image 5.15 23528 80 9.86 55188 208 étaient 14.00 4213 48 images 8.68 306548 802 était 6.34 9368 45 immense 9.21 18316 90 lorsqu' 2.51 97802 223 été 6.80 8531 44 12.96 22068 127 lorsque longtemps 5.70 4383 25 étoiles impression 11.25 16710 96 lumière 4.53 8258 34 étrange 23.25 1221 38 insectes 2.54 8237 26 lune 6.15 4058 25 étrangers 14.07 7698 69 intérieur 12.16 3607 39 machine 3.90 49692 134 eux 8.41 6435 42 jadis 2.40 40361 99 mains 7.21 18917 80 face 5.37 110770 292 jamais 7.62 36779 135 9.67 5486 42 faim 8.57 7989 49 jambes maintenant 3.15 7706 27 faisaient 2.39 10923 32 jeunesse 31.85 4.60 6876 30 fête 7.64 91550 278 jour 3.12 436864 933 mais 7.83 6941 42 feuilles 7.89 11702 60 journée 3.97 43825 121 maison 4.39 15929 55 foi 2.22 60654 141 jours 4.84 9497 39 maisons 10.05 82613 286 fois 16.22 29232 178 jusqu' 2.40 9671 29 manger 5.47 5386 28 forêt 7.35 18335 79 juste 4.39 16299 56 manière 3.63 14826 48 forme 5.431668758 3526 l' 4.47 11782 44 marche 12.76 2661 34 12.362346510 5356 la 8.41 4840 35 membres fraîcheur 12.90 9192 72 langue 11.88 9261 68 12.97 19731 118 frère 3.39 8103 29 large mémoire 9.62 12951 73 froid 7.991989831 4332 le 18.17 21003 156 mer 8.93 4510 35 fruits 2.47 14079 40 2.79 49649 123 mère 2.57 43337 107 gens 11.90 5438 49 gorge 654 37 maintes 4.31 10987 41 mesure lendemain 3.90 7398 29 6.31 9710 46 met 7.55 5943 37 herbe lentement 2.93 13102 40 midi 2.74 22762 62 histoire 26.131493471 4281 les 5.71 10847 47 moindre 8.79 8265 51 hiver 7.05 184205 488 leur 2.16 53469 125 moment 11.92 60410 245 12.23 101250 366 leurs 3.77 6549 26 moments hommes 2.15 34920 85 lieu 6.39 78528 230 monde 184 8.15 6171 40 montagne 9.89 6177 46 montagnes 9.08 5254 39 papa 3.75 26946 79 pouvait 4.00 423021 930 par 21.57 1259 36 prairie 12.10 3321 37 paradis 3.26 28017 78 26.04 11961 148 parfois première 4.06 56794 152 mort 4.31 17979 60 parmi 2.75 11851 36 premiers 4.67 9739 39 morts 5.67 12531 52 partir 2.04 12450 34 prend 27.82 3.35 8897 31 passage 3.46 37611 102 prendre 2.84 23318 64 mots 30.69 3.65 10993 38 présence 2.67 8816 28 mur 16.90 26314 171 pays 2.22 36490 89 presque 2.59 8942 28 murs 9.68 2994 29 paysage 7.58 4732 32 prière 2.47 9952 30 musique 19.24 1025 29 5.36 5208 27 7.59 5431 35 neige paysages 458 27 mosquée 467 30 passeport printemps 3.27 71389 176 ni 8.07 3159 26 paysans 30.20 3.13 7004 25 noirs 11.41 7960 60 peau proximité 7.53 74571 234 notre 3.95 18007 58 pense 7.56 98074 293 puis 4.43 433468 964 nous 12.74 1550 25 période 3.76 14559 48 3.29 7158 26 3.77 42893 117 nouveaux 6.84 4305 28 nuages 10.05 47595 188 nuit 421 28 quelqu'un 11.17 69058 262 personne 9.72 12033 70 quelques 7.79 3097 25 queue personnes 5.01 5237 26 nuits 7.45 23366 95 peur 7.40 977554 2206 qui 4.64 6835 30 objets 36.70 501 37 pièges 5.98 5212 29 rappelle 14.91 6963 68 odeur 4.19 15952 54 pierre 4.93 21444 73 regard 20.80 1139 33 odeurs 10.45 5580 45 pierres 7.82 14714 70 regarde 14.32 5149 55 oiseau 2.82 34707 90 place 5.80 11669 50 regarder 29.76 5835 111 oiseaux 2.35 17754 48 plein 11.95 2089 28 région 6.13 18756 73 ombre 11.44 7104 56 pluie 3.26 27591 77 rendre 5.31 109395 288 ont 4.66 6184 28 poids 9.84 3096 30 retrouve 4.13 6127 26 oreilles 2.98 7582 26 poitrine 3.85 6450 26 retrouver 11.47 3417 36 os 4.32 5921 26 pourra 14.46 9085 78 rêve 13.41 197360 642 ou 5.78 4849 27 poussière 2.00 8709 25 revenir 11.42 214634 646 où 6.47 4570 28 20.16 3817 62 rêves 3.81 7172 28 outre 4.61 5315 25 revient pouvaient 185 8.46 17855 84 route 24.66 27026 230 soleil 11.271241413 2945 un 7.30 6156 37 rues 3.19 8767 30 sommeil 18.58 867001 2431 une 14.87 516147 1464 s' 2.25 456043 946 son 4.29 5953 26 vaste 3.79 367748 810 sa 2.07 159577 344 sont 9.04 17148 85 vent 11.82 4942 46 sable 10.89 10685 70 soudain 8.67 6689 44 ventre 5.75 4345 25 saison 5.32 6995 33 souffle 10.24 2154 25 verdure 14.49 1261 25 saisons 5.66 97260 265 sous 9.74 70351 249 vers 5.30 21654 76 sait 2.67 32604 84 souvent 6.59 6815 37 vieillard 7.36 25925 102 sang 28.78 11.35 1984 26 4.16 235117 542 sans 6.26 429450 1008 sur 5.21 6216 30 savais 2.97 20832 59 surtout 4.17 15995 54 vieille 4.34 12002 44 savait 11.28 9822 68 4.10 7155 29 viennent 22.60 559632 1821 se tellement 41.05 8463 182 village 597 32 squelette vieillards 5.35 8180 37 sent 6.24 105797 293 temps 68.32 9.69 295111 800 ses 10.03 48707 191 terre villageois 4.22 8010 32 seuls 8.30 61526 209 tête 19.64 29308 204 ville 76.96 175 45 sidi 2.24 9949 29 tôt 6.10 5381 30 villes 5.39 25515 87 silence 2.83 89598 210 toutes 9.35 26224 117 visage 11.97 2630 32 5.52 10798 46 train 2.47 15768 44 vite silencieux 3.97 17971 58 travers 4.09 19634 63 vivre 4.31 13873 49 simple 6.95 83431 249 très 7.30 14342 66 voyage 6.78 7444 40 13.28 2253 32 troupeau simplement 2.72 24951 67 trouver 186 378 59 6.4 Annexe 4 : Vocabulaire déficitaire Écart TLF Corpus Mot 36.60 2.19 133863 223 autre 8010689 10903 , 33 avons ainsi 2.43 32229 51 aller 43 2.88 37572 44 amour 48 4.66 38388 59 ans 34 3.92 62826 38 assez 78 4.21 43921 37 95 5.96 294522 426 cette 46 bonne 3.17 32114 3.84 72823 cet bon 7.06 58561 29 ces bien après 4.92 36369 6.24 218250 293 12.63 318200 301 5.55 101393 118 67 cependant belle 2.70 43389 2.52 47206 celle beau 7.98 71316 2.58 111411 177 cela ayant 2.47 37308 12.78 728237 926 ce 3.43 30808 3.31 72700 101 25 cause avoir ai 3.71 26756 5.92 115195 134 12.95 248484 196 autant 66 avais a TLF Corpus Mot 3.50 52437 4.89 504761 821 Écart 2.32 76835 120 chez 3.80 40144 bras 44 4.00 70252 chose 187 89 2.05 25005 34 encore cinq fond 5.97 55978 7.24 89054 77 enfin cœur 69 esprit deux 57 est dire 25 85 39 eut donc 38 faire donner 30 fait effet TLF j' femme Corpus Mot 5.501146804 1953 en 23.361252134 1268 je 3.73 50752 61 fille 2.32 20533 25 joie 6.81 51908 32 fit 2.10 146370 247 62 13.08 454107 489 3.00 77603 113 Écart 2.53 44239 2.21 127370 211 87 faut elle 38 homme 6.02 85086 22.69 663862 469 2.59 29902 heures 6.90 206109 260 3.08 27072 69 grands 5.87 175830 231 4.25 38729 2.84 50270 grande 2.97 32396 5.72 81163 65 eu dix 2.33 90085 143 grand 2.38 45221 3.71 26764 36 fut être dit 7.32 59192 4.21 79962 102 2.64 205620 344 13.33 213100 141 33 fort 7.52 986675 1575 10.09 103399 2.12 24698 font 3.58 54826 3.02 162486 260 46 4.37 34575 188 31 3.58 156730 240 là 5.46 39103 28 lettre 5.73 309477 457 mon 2.79 23124 26 lit 3.69 30117 30 5.14 134116 176 4.70 35801 30 2.01 21773 4.25 637831 1081 11.05 319425 342 2.84 130739 207 9.06 868891 1305 6.45 547190 846 2.98 40027 3.78 60566 76 51 4.18 101292 137 65 12.12 507528 600 45 34 45 27 19.291540412 3.52 741472 1297 91 moins 39 1920 que pas 3.50 41038 2.07 28135 37 quatre parle moi 5.98 87434 quand 3.60 34385 2.23 21409 10.16 228778 228 987132 1230 qu' parce milieu 71 8.50 141803 133 4.90 47669 2.82 28452 45 oui mieux 3.12 53166 15.45 5.41 51169 5.40 51129 60 porte on me 12.66 138131 point non mal 12.92 477329 529 plus nom main 3.96 54813 peut ne ma 29 peuple n' m' 5.31 218211 312 peu mot long mois petit 48 189 81 45 2.90 34568 43 quel pendant 3.09 59123 3.88 41255 quelle 2.53 91572 143 5.32 38903 29 ta quelque 4.85 45239 4.15 75155 42 95 tant quoi vérité 3.24 30495 veut 5.05 76978 87 te 4.58 35812 31 raison 3.75 27687 26 4.54 88836 112 voir tes 6.65 136895 156 rien 6.53 52014 35 49 sais 4.47 60871 69 47 sera 2.14 81846 131 45 soit 10.45 210093 195 97 suis 2.02 22426 30 2.10 20922 27 venir 7.33 63217 41 t' 42 3.31 39279 47 vu 7.95 336060 446 y tu 8.93 120934 2.78 33319 vrai trop 6.04 55797 60 vous tous si 10.47 110162 32.86 818177 274 3.85 159401 240 17.53 389357 271 53 votre ton 3.23 38864 5.47 57290 vos toi 4.38 46985 34 190 6.5 Annexe 5 : Les noms propres Nom Fréquence Exp roprié Cher cheurs Inve ntion Vi giles De rnier C orpus Abchir 0 5 0 0 0 5 Abdalla 0 0 1 0 0 1 Abdelh 0 0 1 0 0 1 Abdelk 0 0 0 1 0 1 Abdelm 0 0 17 0 0 17 Abdelw 0 0 3 0 0 3 Abdeno 0 0 0 3 0 3 Ahmad 0 0 0 0 1 1 Ahmed 13 9 7 0 0 29 Akli 0 2 1 0 0 3 Ali 15 7 9 1 21 53 Amaou 0 8 0 0 0 8 h adi ader oumen ahab ur che 191 Amar 0 0 6 0 0 6 Amina 2 0 0 0 0 2 Amoqra 16 0 0 0 0 16 Arezki 0 5 0 0 0 5 Assema 5 0 0 0 0 5 Aziz 0 0 2 0 0 2 Azzi 0 0 2 0 0 2 Bachir 0 0 2 0 0 2 Bakli 0 0 0 2 0 2 Bouale 0 0 0 0 16 16 ne m m 1 1 Bouzia 2 6 0 0 0 8 Brik 0 0 0 45 0 45 Chaâba 0 1 0 0 0 1 Chébib 0 0 0 1 0 1 Chérif 0 2 1 0 0 3 Dahma 0 1 0 0 0 1 Demik 0 0 0 3 0 3 Driss 14 0 0 0 0 14 Elbouli 0 0 0 0 17 17 ne ne ne 192 ga Fatima 1 0 0 0 0 1 Ferhat 0 1 0 0 0 1 Hadj 0 0 1 0 5 6 Hamid 0 0 2 0 0 2 Hammo 0 0 1 0 0 1 Hamou 0 2 0 0 0 2 Hand 0 6 0 0 0 6 Hassan 0 0 1 7 0 8 Hocine 0 0 1 0 0 1 Hssen 0 0 1 0 0 1 Idir 0 0 3 0 0 3 Ismail 0 0 1 0 0 1 Kahéna 5 0 0 0 0 5 Kahina 0 0 6 0 0 6 Kamel 0 0 0 0 12 12 Kenza 0 0 0 0 7 7 Khadra 0 0 0 2 0 2 Khaled 0 0 0 4 0 4 Koceila 0 0 1 0 0 1 Lemdja 0 0 0 63 0 63 Maâcho 2 7 0 0 0 9 uch h d 193 u Mahfou 0 0 0 dh 24 0 5 24 5 Mansou 0 0 1 0 0 1 Menoua 0 0 0 15 0 15 r r 3 3 Mériem 0 0 1 0 0 1 Messao 6 0 0 24 0 30 Mezaye 0 0 0 21 0 21 Mézian 9 2 0 0 0 11 Mhand 0 2 0 0 0 2 Moham 0 0 1 0 0 1 Moham 0 0 9 0 3 12 Mohan 6 4 0 0 0 10 Mokhta 0 0 0 1 0 1 Mokran 0 1 0 0 0 1 ud r e ed med d r e 194 Moqran 1 0 0 0 0 1 Moqran 1 0 0 0 0 1 Mourad 0 0 1 0 0 1 Nabiha 0 0 1 0 0 1 Nadjib 0 0 0 5 0 5 Nedjm 0 0 2 0 0 2 Okba 0 0 7 0 0 7 Omar 0 0 1 0 1 2 Ouahm 0 1 0 0 0 1 Ouali 0 51 1 0 0 52 Ouanch 0 0 3 0 0 3 Oukaci 0 2 0 0 0 2 Oumezi 0 1 0 0 0 1 Ourezki 0 1 0 0 0 1 Ouzero 0 5 0 0 0 5 Rabah 0 66 0 6 0 72 Redhou 0 0 0 6 0 6 Saâdi 0 1 0 0 0 1 e i ed arissi ane uk ane 195 Saïd 0 2 0 5 0 7 Salah 0 0 1 0 0 1 Salihi 0 0 1 0 0 1 Samia 0 0 0 18 0 18 Skander 0 0 0 45 0 45 Tachfin 0 0 3 0 0 3 Tahar 0 2 3 0 0 5 Taïbi 0 0 0 6 0 6 Tamim 0 0 2 0 0 2 Tartouc 0 0 2 0 0 2 Tayeb 18 2 6 0 1 27 Touha 0 0 1 0 0 1 Toumer 0 0 94 0 0 94 Yahia 0 1 2 0 0 3 Yamina 0 0 1 0 0 1 Yamna 0 0 0 1 0 1 Yekker 0 0 0 0 62 62 Youcef 0 0 13 0 0 13 Younès 0 0 0 13 0 13 Zahra 0 0 4 0 0 4 Ziada 0 0 0 84 0 84 hi mi t 196 6.6 Annexe 6 : Les néologismes 197 FREQUENCE LEXIE CORPUS EX CH IN VI DER Associataire 1 0 0 0 1 0 Baratteuse 1 1 0 0 0 0 Bavements 1 1 0 0 0 0 Braillants 1 0 0 0 0 1 Calcinantes 1 1 0 0 0 0 Calcinants 1 1 0 0 0 0 Charognarde 1 0 1 0 0 0 Chikha 1 1 0 0 0 0 Civilisationnelle 1 0 0 0 0 1 Conspueurs 1 1 0 0 0 0 Crissante 2 0 0 0 1 1 Croassante 1 0 0 1 0 0 Déclencheuses 1 0 1 0 0 0 Délivrante 1 0 0 1 0 0 Dépeupleur 1 0 0 1 0 0 Déplaceurs 1 1 0 0 0 0 Désemparement 1 0 0 1 0 0 Déshabillantes 1 0 0 1 0 0 Dévoyante 1 1 0 0 0 0 Dévoyeur 1 0 0 0 0 1 Dévoyeurs 1 0 0 0 0 1 Ecorchante 2 0 0 1 1 0 Ecorchantes 1 0 0 1 0 0 Egaration 1 0 0 1 0 0 Embrouillante 1 0 0 1 0 0 Embrouillantes 1 1 0 0 0 0 Etancheuse 1 1 0 0 0 0 Excommuniants 1 1 0 0 0 0 Exhibitrice 1 0 1 0 0 0 Exsudante 1 0 1 0 0 0 Flamboyantes 1 0 0 0 0 1 198 Fourvoyants 1 1 0 0 0 0 Fourvoyeur 1 0 0 1 0 0 Fracturante 1 1 0 0 0 0 Houlaient 1 1 0 0 0 0 Imamales 1 0 0 1 0 0 Indénonçables 1 0 0 0 1 0 Irisures 1 0 0 0 0 1 Jaugeuses 1 1 0 0 0 0 Ligoteur 1 0 0 0 0 1 Lustrante 1 0 0 1 0 0 Mecques 1 1 0 0 0 0 Napalmisé 1 1 0 0 0 0 Pressurante 2 0 1 1 0 0 Priapes 2 2 0 0 0 0 Psalmodieurs 1 1 0 0 0 0 Rebaliser 1 0 0 1 0 0 Réchauffante 1 0 0 1 0 0 Redisposés 1 0 0 0 1 0 Réenjambe 1 0 0 0 1 0 Réenraciner 1 0 0 0 1 0 Réenterrer 1 0 1 0 0 0 Régénérante 1 0 0 1 0 0 Rematérialise 1 1 0 0 0 0 Reparcourir 1 0 0 0 1 0 Revérifie 1 0 0 0 0 1 Revérifier 1 0 0 0 1 0 Ridiculisants 1 0 1 0 0 0 Rissolante 1 1 0 0 0 0 Soutireurs 1 0 0 0 1 0 Tenaillante 1 0 0 1 0 0 Traînaillante 1 0 0 0 0 1 Traîtreuses 1 1 0 0 0 0 Transfigurante 1 0 1 0 0 0 199 Vermifères 1 0 0 1 0 0 Vitupérante 1 1 0 0 0 0 Vitupérantes 1 1 0 0 0 0 Total 71 25 08 18 10 10 6.7 Annexe 7 : Liste du vocabulaire excédentaire dans L’Exproprié N° Écart Corpus Texte 1 6.10 489 151 j' 1 4.49 44 22 train Mot 1 5.90 12 12 rat 1 4.40 48 23 pendant 1 16.66 1267 481 je 1 5.90 12 12 Iboudja 1 4.39 36 19 mit 1 15.03 457 222 mon 1 5.82 26 19 paysans 1 4.37 15 11 roses 1 14.28 312 167 ma 1 5.79 123 52 mère 1 4.34 7 7 prirent 1 12.00 529 217 me 1 5.61 1 4.34 7 7 pollen 1 11.02 1 5.58 25 18 étoiles 1 4.34 7 7 gosse 1 10.01 36 34 prairie 1 5.56 228 80 moi 1 4.31 13 10 hameau 1 9.33 238 108 mes 1 5.44 17 14 folle 1 4.27 11 1 9.26 1 5.24 27 18 Tayeb 1 4.23 80 32 étais 1 8.69 9753 2215 . 1 5.20 12 11 chameau 1 4.19 113 41 père N° Écart Corpus Texte 1 5.06 184 65 enfant 1 4.17 21 13 eus Mot 1 4.93 17 13 gosses 1 4.16 16 11 lait 1 8.34 230 99 soleil 1 4.85 27 17 1 4.07 14 10 gardien 1 8.16 complètement 1 3.98 102 37 sang 1 7.50 342 125 m' 1 4.79 470 134 elle 1 3.97 6 6 Seigneurs 1 7.35 391 137 ” 1 4.73 60 28 peau 1 3.97 6 6 seghia 1 7.13 24 21 poète 1 4.68 155 55 mer 1 3.97 6 6 poème 1 7.10 28 23 forêt 1 4.68 8 8 temple 1 3.97 6 6 orgasme 1 6.95 16 16 1 4.68 8 8 insulaire 1 3.97 6 6 offrit 39 38 papa 32 30 â 24 23 Seigneur 11 11 poèmes 9 Méziane Amoqrane 1 4.66 1007 255 sur 1 3.97 6 6 Matmata 1 6.83 358 124 ( 1 4.60 14 11 grives 1 3.97 6 6 Isabelle N° Écart Corpus Texte 1 4.58 12 10 lauriers 1 3.97 6 6 Mot 1 4.58 12 10 iconoclaste 1 6.74 357 123 ) bibliothèque 1 6.44 1 3.97 14 14 Driss 200 6 6 grottes 1 3.97 6 6 cul 1 3.58 5 5 Kahéna 1 3.17 6 5 hune 1 3.97 6 6 cigalière 1 3.58 5 5 défilé 1 3.17 6 5 houle 1 3.97 6 6 carte 1 3.58 5 5 cervelle 1 3.17 6 5 1 3.97 6 6 apparut 1 3.58 5 5 Assemam gendarmes 1 3.96 17 11 amitié 1 3.58 5 5 agaves 1 3.17 6 5 décidai 1 3.94 10 8 the 1 3.56 14 9 rage 1 3.17 6 5 criait 1 3.94 10 8 1 3.56 14 9 gardiens 1 3.17 6 5 chiffre 1 3.56 7 6 caverne 1 3.17 6 5 académie 6 alla 1 3.17 6 5 abords 1 3.15 4 4 verbe 4 testicules compartiment 1 3.94 10 8 chacals 1 3.56 7 1 3.92 8 7 pisser 1 3.55 69 26 ton 1 3.92 8 7 mémoires 1 3.52 187 56 nuit 1 3.15 4 1 3.92 8 7 1 3.50 17 10 vais 1 3.15 4 4 Tazoult confectionner 1 3.50 17 10 fleuve 1 3.15 4 4 salaud 1 3.89 1 3.45 12 8 paysan 1 3.15 4 4 rossignol 1 3.84 436 117 ; 1 3.41 53 21 vos 1 3.15 4 4 promit 1 3.84 26 14 lune 1 3.38 15 9 sûrement 1 3.15 4 4 partit 1 3.72 24 13 vint 1 3.31 37 16 vieillard 1 3.15 4 4 orties 44 20 ventre 1 3.70 265 76 sous 1 3.31 37 16 herbe 1 3.15 4 4 orifice 1 3.68 11 8 sexe 1 3.26 66 24 avais 1 3.15 4 4 neurones 1 3.68 11 8 français 1 3.25 8 1 3.15 4 4 mine 1 3.61 54 22 vieille compatriotes 1 3.15 4 4 1 3.60 31 15 bientôt 1 3.25 8 6 bain indéniablement 1 3.60 9 7 stop 1 3.25 8 6 aurore 1 3.15 4 4 grandi 1 3.60 9 7 hurler 1 3.21 25 12 prit 1 3.15 4 4 dirent 1 3.59 72 27 langue 1 3.21 16 9 regardait 1 3.15 4 4 dégoût 1 3.59 25 13 chien 1 3.21 16 9 décida 1 3.15 4 4 balancer 1 3.58 5 5 zèbres 1 3.20 22 11 dis 1 3.15 4 4 Ajdir 1 3.58 5 5 you 1 3.19 19 10 nez 1 3.14 87 29 te 1 3.58 5 5 quartz 1 3.18 35 15 1 3.12 29 13 Ahmed 1 3.58 5 5 mioches compagnon 1 3.58 5 5 1 3.17 maisonnette 1 3.58 5 6 6 1 3.12 11 7 vallée 5 randonnées 5 luzernière 1 3.17 6 1 3.12 11 7 notables 1 3.08 195 55 tu 5 noyer 201 1 3.07 14 8 sel 1 3.07 14 8 instituteur 1 2.77 10 6 temples 1 2.62 8 5 mourut 1 2.77 10 6 Mohand 1 2.62 8 5 introduire 1 3.05 20 10 jouer 1 2.77 10 6 firent 1 2.62 8 5 entières 1 3.05 17 1 2.77 10 6/ 1 2.62 8 5 défaire professeur 1 2.75 13 7 1 2.62 8 5 abeilles 1 3.03 292 77 puis apercevoir 1 2.58 31 12 Ancêtre 1 3.03 62 22 fille 1 2.75 5 4 vitre 1 2.58 11 6 revint 1 3.02 97 31 suis 1 2.75 5 4 tunnel 1 2.58 11 6 entendait 1 3.01 30 13 long 1 2.75 5 4 tuiles 1 2.50 43 15 cri 1 2.99 9 6 sus 1 2.75 5 4 prochaine 1 2.49 2761 582 - 1 2.99 9 6 ébats 1 2.75 5 4 prêtres 1 2.48 51 17 pieds 1 2.99 9 6 agneau 1 2.75 5 4 nourrir 1 2.48 18 8 jusque 1 2.98 118 36 frère 1 2.75 5 4 mousse 1 2.48 18 8 classe 1 2.92 21 10 soif 1 2.75 5 4 inspecter 1 2.48 18 8 ami 1 2.92 21 10 dents 1 2.75 5 4 fis 1 2.45 6 4 vider 1 2.90 15 8 touristes 1 2.75 5 4 1 2.45 6 4 refusant 1 2.90 15 8 assaut commençaient 1 2.45 6 4 orée 1 2.45 6 4 lançait 9 1 2.87 961 220 nous 1 2.75 5 4 calcul 1 2.87 133 39 quand 1 2.75 5 4 aurores 1 2.45 6 4 lança 1 2.86 35 14 toi 1 2.75 5 4 asphalte 1 2.45 6 4 écueils 1 2.86 7 5 vaches 1 2.74 40 15 1 2.45 6 4 ébranla 1 2.86 7 5 notable montagne 1 2.45 6 4 crapauds 1 2.86 7 5 moelle 1 2.69 176 48 yeux 1 2.45 6 4 crânes 1 2.86 7 5 leva 1 2.69 176 48 alors 1 2.45 6 4 cliquetis 1 2.86 7 5 essayait 1 2.68 1 2.45 6 4 catimini 1 2.86 7 5 dieux 1 2.64 143 40 grand 1 2.45 6 4 battait 1 2.86 7 5 complice 1 2.64 20 9 venaient 1 2.45 6 4 astre 1 2.86 7 5 Club 1 2.64 20 9 plage 1 2.45 6 4 aimer 1 2.85 61 21 … 1 2.64 20 9 aussitôt 1 2.44 15 7 prenait 23 10 cou 1 2.82 32 13 doigts 1 2.63 262 67 1 2.44 15 7 oliviers 1 2.80 22 10 fleurs quelques 1 2.44 15 7 exil 1 2.77 1 2.62 8 5 seau 1 2.43 44 15 dos 1 2.62 8 5 rêvais 1 2.41 12 cependant 29 12 202 6 semblait 1 2.41 12 6 mutisme 1 2.29 4 3 sanglier gendarmerie 1 2.41 12 6' 1 2.29 4 3 remarquée 1 2.29 4 3 faisais 1 2.41 9 5 1 2.29 4 3 rejoignit 1 2.29 4 3 équation 1 2.29 4 3 régions 1 2.29 4 3 envoya probablement 1 2.41 9 5 portait 1 2.29 4 3 regardai 1 2.29 4 3 envolèrent 1 2.41 9 5 joues 1 2.29 4 3 ramena 1 2.29 4 3 enveloppé 1 2.41 9 5 couvert 1 2.29 4 3 prêtre 1 2.29 4 3 1 2.41 9 5 ablutions 1 2.29 4 3 pleurant engloutissaient 1 2.39 85 25 vent 1 2.29 4 3 phrase 1 2.29 4 3 empreinte 1 2.37 73 22 froid 1 2.29 4 3 permettait 1 2.29 4 3 embarquer 1 2.36 26 10 venu 1 2.29 4 3 parut 1 2.29 4 3 dort 1 2.36 26 10 nuits 1 2.29 4 3 parcourais 1 2.29 4 3 désespoir 1 2.35 49 16 jambes 1 2.29 4 3 paniers 1 2.29 4 3 démesurée 1 2.34 182 47 toujours 1 2.29 4 3 oliveraie 1 2.29 4 3 délit 1 2.33 99 28 mains 1 2.29 4 3 mordre 1 2.29 4 3 décliner 1 2.33 30 11 savais 1 2.29 4 3 mixtures 1 2.29 4 3 1 2.32 278 68 jour 1 2.29 4 3 commençai 1 2.31 missionnaires 34 12 belle 1 2.29 4 3 chics 1 2.30 23 9 pensait 1 2.29 4 3 mîmes 1 2.29 4 3 caresses 1 2.30 23 9 cour 1 2.29 4 3 mettais 1 2.29 4 3 bons 1 2.30 23 9 burnous 1 2.29 4 3 matrice 1 2.29 4 3 bondir 1 2.30 16 7 viens 1 2.29 4 3 maman 1 2.29 4 3 beignets 1 2.30 16 7 vague 1 2.29 4 3 Leila 1 2.29 4 3 auras 1 2.30 16 7 1 2.29 4 3 lascars 1 2.29 4 3 approprié 1 2.29 4 3 lâchait 1 2.29 4 3 aphone connaissait 1 2.29 4 3 ya 1 2.29 4 3 jupe 1 2.29 4 3 aperçûmes 1 2.29 4 3 volontiers 1 2.29 4 3 Juif 1 2.29 4 3 annoncer 1 2.29 4 3 vespérale 1 2.29 4 3 jugeant 1 2.29 4 3 amnésique 1 2.29 4 3 tirait 1 2.29 4 3 1 2.29 4 3 amadouer 1 2.29 4 3 succion honorables 1 2.26 13 6 nerfs 1 2.29 4 3 soyeuses 1 2.29 4 3 gourds 1 2.26 13 6 disait 1 2.29 4 3 solaire 1 2.29 4 3 globe 1 2.26 13 6 amas 1 2.29 4 3 semence 1 2.29 4 3 1 2.24 20 8 entrailles 203 1 2.23 35 12 neige 1 2.18 28 10 nuages 1 2.02 8 4 versets 1 2.22 51 16 nom 1 2.18 17 1 2.02 8 4 tardai 1 2.22 39 13 eut 1 2.15 48 15 venait 1 2.02 8 4 rigoles 1 2.22 10 5 voyant 1 2.13 21 8 écrire 1 2.02 8 4 répondit 1 2.22 10 5 tripes 1 2.13 21 8 cheval 1 2.02 8 4 religieux 1 2.22 10 5 rêvant 1 2.12 65 19 premier 1 2.02 8 4 poings 1 2.22 10 5 propice 1 2.12 65 19 mal 1 2.02 8 4 partis 1 2.22 10 5 lentisques 1 2.12 14 6 révolte 1 2.02 8 4 nuque 1 2.22 10 5 langues 1 2.12 14 6 pousser 1 2.02 8 4 mouton 1 2.22 10 5 effroi 1 2.11 78 22 bon 1 2.02 8 4 devais 4 brûler 7 cheveux 1 2.22 10 5 coulait 1 2.10 113 30 femme 1 2.02 8 1 2.22 10 5 apparaît 1 2.10 25 9 gros 1 2.02 8 4 blessure 1 2.22 7 4 turban 1 2.10 25 9 gloire 1 2.01 26 1 2.22 7 4 trouvai 1 2.09 49 15 mis 1 2.01 5 3 vulgaire 1 2.22 7 4 suffisait 1 2.09 29 10 pied 1 2.01 5 3 vessie 1 2.22 7 4 robe 1 2.08 292 69 jamais 1 2.01 5 3 vérités 1 2.22 7 4 1 2.08 33 11 odeurs 1 2.01 5 3 sortirent 1 2.08 33 11 es 1 2.01 5 3 solide 5 3 psalmodier 9 tes 1 2.22 7 4 pressaient 1 2.06 11 5 veux 1 2.01 1 2.22 7 4 partîmes 1 2.06 11 5 tombait sérieusement 1 2.22 7 4 offert 1 2.06 11 5 sortit 1 2.01 5 3 sachant 1 2.22 7 4 moustache 1 2.06 11 5 sérieux 1 2.01 5 3 rejette 1 2.22 7 4 méfaits 1 2.06 11 5 lézards 1 2.01 5 3 rase 1 2.22 7 4 langage 1 2.06 1 2.01 5 3 race 1 2.22 7 4 inutiles finalement 1 2.01 5 3 prêtait 1 2.22 7 4 furieux 1 2.06 11 5 femelle 1 2.01 5 3 précipita 1 2.22 7 4 élevée 1 2.06 11 5 drôle 1 2.01 5 3 pratiqué 1 2.22 7 4 déserte 1 2.06 11 5 brebis 1 2.01 5 3 perdait 1 2.22 7 4 couverture 1 2.06 11 5 arriva 1 2.01 5 3 passa 1 2.22 7 4 boîte 1 2.05 4279 873 les 1 2.01 5 3 partaient 1 2.22 7 4 alcools 1 2.03 22 8 jeu 1 2.01 5 3 osaient 1 2.18 4328 887 le 1 2.03 22 8 étions 1 2.01 5 3 nœud 1 2.18 1 2.02 160 40 dieu 1 2.01 5 28 10 ta 11 5 204 3 moisissures 1 2.01 5 3 1 2.01 5 3 1 2.01 5 3 bouse 1 2.01 5 3 bourg 5 3 1 2.01 5 3 mettant effectivement 1 2.01 5 3 mauvaises 1 2.01 1 2.01 5 3 mare éclabousser 1 2.01 5 3 injures 1 2.01 5 3 disais 1 2.01 1 2.01 5 3 hurlait 1 2.01 5 3 bergeronnettes 1 2.01 5 3 génitrice désappointement 1 2.01 5 1 2.01 5 3 gangue 1 2.01 5 3 danser 1 2.01 5 3 arracha 1 2.01 5 3 fusaient 1 2.01 5 3 copain 1 2.01 5 3 armé 1 2.01 5 3 flaque 1 2.01 5 3 colères 1 2.01 5 3 arbitre 1 2.01 5 3 filets 1 2.01 5 3 cimes 1 2.01 5 3 apprit 1 2.01 5 3 fastes 1 2.01 5 3 chars 1 2.01 5 3 agneaux 1 2.01 5 3 étouffer 1 2.01 5 3 chante 1 2.01 5 3 absoudre 1 2.01 5 3 estivants 1 2.01 5 3 cerveau 1 2.01 5 3 abattait 1 2.01 5 3 errants 1 2.01 5 3 centimes 1 2.01 5 3 entendais 1 2.01 5 3 cécité 5 caniculaire 3 3 assiette 6.8 Annexe 8 : Liste du vocabulaire excédentaire dans Les Chercheurs d’Os N° Écart Crp. Texte Mot 2 7.19 118 54 étrangers frère 2 7.22 36 26 os 2 2 6.78 25 205 20 plus 6.42 845 220 2 6.35 32 22 squelette 2 N° Écart Crp. Texte avions Mot 5.92 49 2 27 sais 2 4.88 32 18 avons 4.23 245 69 hommes 2 4.19 4279 843 les 2 5.90 1919 432 que 4.86 8 8 Amaouche 2 5.70 15 13 camions 2 2 5.47 18 14 4.84 14 11 5.47 18 2 14 ânes 4.82 24 15 5.41 155 2 55 nos 4.79 10 5.33 26 vieillards 2 4.76 39 20 2 457 124 mon 4.68 127 44 2 4.99 34 19 sommes 2 2 529 137 me 2 4.55 293 82 4.95 228 70 4.51 7 7 Anezrou 2 4.13 6 6 2 4.13 6 6 2 4.13 6 6 2 4.13 6 6 2 4.13 6 6 2 4.10 8 7 46 20 billet 4.30 14 10 militaires 2 2 6 Boubras 2 4.98 6 cheik ces 2 5.21 196 64 ai 4.13 consenti lorsque 5.25 2 Hand 2 17 90 N° Écart Crp. Texte 9 morts 2 343 Mot lézard 2 4.17 Sbaâ villages 2 2 sont vache viande moi 2 accompagnent 4.30 14 10 comprends 2 2 montagnes 4.27 206 28 15 4.09 2 4.05 33 16 arriver 2 3.79 14 9 parlent 2 4.03 4586 895 et 3.79 9 7 natte 2 3.99 13 9 3.98 113 37 3.79 9 7 Maâchou 2 2 3.78 657 151 3.97 51 21 guerre 3.96 249 2 68 très 3.78 29 14 3.91 16 2 10 djemaa 3.76 288 75 3.91 16 2 10 berger 3.76 97 32 3.90 63 2 24 fils 3.74 54 21 3.88 25 doivent 3.74 23 12 3.88 11 2 8 allons 3.74 23 12 3.79 14 9 5 2 3.72 5 5 3.72 5 5 2 3.72 5 5 2 3.72 5 5 2 3.67 107 34 2 3.65 37 16 2 3.59 238 63 2 3.59 152 44 2 3.56 166 47 2 3.52 208 56 mes 2 3.72 7 6 mort sauce 2 5 chèvres biens 2 pauvres 2 13 3.72 gens saint 2 2 Abchir pierre 2 5 Arezki suis 2 5 bouquet ont 2 3.72 2 viennent 2 2 connaissaient 2 3.78 489 117 j' 2 5 drap ils ceux 5 Leloup 2 allez 3.72 nôtre 2 2 4.03 193 56 ! 2 2 3.72 Ouzerouk 207 5 5 avaient étaient 2 2 3.52 85 28 2 3.47 39 16 22 11 3.46 13 8 3.46 13 8 2 2 3.41 8 6 2 3.41 8 6 2 3.41 8 6 2 3.41 8 6 8 6 3.38 135 39 choses 6 3.32 5 6 5 3.38 40 16 4 4 2 3.28 4 4 2 3.28 4 4 3.28 4 4 3.28 4 4 3.28 4 4 2 3.25 240 61 2 3.22 260 65 2 3.22 24 11 2 3.16 9 6 2 3.16 9 6 2 3.16 9 6 2 3.32 6 5 2 Bouharoun 3.31 11 7 2 bénissez 3.28 17 9 tous 3.28 17 9 3.28 14 8 vois 2 4 3.28 4 sac 4 4 somme pioche 2 3.28 carrossable 2 3.28 2 jeunes 3.32 mets aurions 2 fait 2 3.41 5 enfer Bordj 2 6 richesses Bouziane 2 3.32 morceaux film 2 26 arrivons restes 2 80 dépotoirs couscous 4 chercheurs 2 2 3.34 engins voilà 4 creuser 2 2 3.28 humides pieuses douce 2 fosse 2 3.46 17 femmes maisons 2 44 impression donc 2 3.36 2 3.28 imposant 208 4 4 posé occasions 2 2 3.16 9 6 9 6 2 3.13 47 17 2 3.07 688 149 2 3.05 22 10 19 9 2 3.01 7 5 2 3.01 7 5 2 3.01 7 5 2 3.00 37 14 2 2.99 26 11 grandes respirer 2.97 16 8 2.94 23 10 2.91 46 16 2.90 84 25 2.88 5 4 2.88 5 4 2.88 5 4 2.88 5 4 2.88 5 4 2 2.86 932 193 2 2.84 112 31 2 2.84 94 27 2.83 24 10 2 2.83 17 8 2 2.83 17 8 2 2.83 17 8 2 2.81 2 2.80 60 19 2 2.79 95 27 2 2.79 14 7 beaucoup vêtements tombe garçon blancs 2.88 209 5 4 600 129 on journée tant incroyable 2 4 voir jetant 2 2 6 lieutenant paradis 2 10 ressembler chaises 2 2.95 5 mais sieste pages 2 6 route terminée 2 10 bonne plat 2 2.95 2.88 agréablement 2 2 3.01 8 asseoir bœufs 2 16 ben c' 2 2.97 triste vu 2 créatures étranger aperçois 2 8 2 2 3.16 16 Moh discussions 2 2.97 vivants 2 2.79 14 7 généreux plusieurs 2 2 2.79 14 7 2 2.78 366 83 2 2.77 8 5 2 2.77 8 5 2 2.77 8 5 2 2.77 8 5 2 2.77 8 5 2 2.76 44 15 21 9 11 6 11 6 2 2.76 11 6 8 2.70 18 8 2.70 18 8 2.69 134 35 2 2.64 247 58 2 2.64 126 33 2 2.64 15 7 2 2.64 15 7 2 2.64 15 7 2 2.64 15 7 2.64 15 7 troupeaux piété paraît imaginer 2.68 300 69 grosse 2.68 211 51 est 2.68 62 19 2.68 chacun 210 41 14 2.60 38 13 2 2.59 12 6 2 2.59 12 6 chercher heures rappeler 2 18 77 2 2 2.76 2.70 342 air toutes squelettes 2 47 2.64 2 2.62 1575 309 2 2.76 191 2 encore bien herbes 2 2.70 13 2 2 2.76 21 eux vite 2 70 dormir coule 2 2.72 37 m' formes créé 2 65 mouches pensai 2 278 autres sainte 2 2.74 2.68 pièges personnes véritables 2 6 jour leurs 2 11 fruit chansons 2 2.76 2 quitté posséder 2 2 2.59 12 6 2 2.59 12 6 2 2.59 12 6 2 2.59 12 6 2 2.59 6 4 2 2.59 6 4 2 2.59 6 4 2.59 2 6 4 2 2.59 6 4 2 2.59 6 4 2 2.59 6 4 2 2.59 constamment 6 4 137 35 2.58 19 8 2.58 19 8 2.57 9 5 2.57 9 5 2.57 9 5 2.57 9 5 2.57 9 5 2.57 9 5 crête 2 2.57 211 9 5 43 14 2 2.54 23 9 2 2.53 2 2.53 87 24 2 2.52 35 12 2 2.52 31 11 2 2.51 16 7 2 2.51 16 7 2 2.51 16 7 2 2.51 16 7 2 2.51 16 7 2 2.51 16 7 701 145 avec silence rouge chair papiers oncle demain découvert gêne faisons 2 2.58 2.54 pèlerins miel frappe 2 4 sujet habillés 2 6 surveiller honteux 2 2.59 2 famille véhicules montagnards 2 4 ensemble rentré 2 6 voisin servent 2 2.59 elles entrée 2 condition ange machines 2 4 comble militaire 2 6 comprenais mission 2 2.59 chiens appareil 2 2.51 16 7 abri 2 2.40 191 45 prêter terre 2 2.48 48 15 images 2 2 2.40 4 3 2.47 121 31 maison 2 2.40 4 3 qui 2 2.40 4 3 2.45 66 19 avais 2 2.40 4 3 2.45 40 13 montagne 2 2.45 40 13 2 2.40 4 3 36 12 devenu 2 2.44 13 6 vieil 2 2.40 4 3 2.44 13 6 poursuivre 2 2 2.40 4 3 13 6 pesant 2 2.40 4 3 2.44 13 6 belles 2 2.40 4 3 2.40 4 3 2.40 4 3 progéniture 2 2.40 241 55 là 2 3 2 2.40 4 3 2.40 4 3 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 gêné fusent fûmes progression 2 4 groupes récitants 2.44 2.40 inhabituelle revois 2 2 2 rogne 2 3 laborieusement royalement 2.44 4 2 supplice lendemain 2 2 2.40 mangent tiennent 2 2 matelas tombés 2 3 naturels transformés 2 2.45 2206 421 4 portaient vienne 2 2.40 2.40 212 4 3 fasse entendent 2 2.40 4 3 puis disperse 2 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 4 3 2 2.40 4 3 2.40 2 4 3 2 2.40 4 3 4 3 2 2 2.40 4 3 2 2 2.40 4 3 2 2.40 4 3 292 65 7 4 2 2.35 7 4 2.35 7 4 2.35 7 4 2 2.35 7 4 2 2.35 7 4 2.35 7 4 2 2.35 7 4 2 2.35 7 4 2 2.35 7 4 pouvions 2 2.39 10 5 particulière 2.39 10 5 nues 2.38 17 7 hammam 2.37 72 20 entassés 2.36 21 8 devons 2.35 77 21 attends 2.35 29 10 allions 2 2.32 1304 254 2 2.39 5 manger admis 2 10 cœur attestations 2 2.39 heureusement auront 2.35 somnolence langue autrefois 2 2 2 2.40 5 tenu brave 2 10 agréable carabine 2 2.39 4 villa estomac changements 2 5 humains colons 2 10 7 2 2 2.40 2.39 2.35 voient pièces couchés 2 24 tristes creusaient 2 90 côté dalles 2 2.39 2 2.35 rester 25 9 ne 2 213 2.31 42 13 faim 2 2 2.30 78 21 2 2 2.30 14 14 6 oh 13 laisse 2 2.22 187 43 2 2.22 39 12 14 2 6 2.22 11 5 2 2.28 2 553 114 2.22 11 5 2 2.27 74 2 20 2.22 11 5 2 2.27 74 2 20 2.22 11 5 2 2.27 2 2.27 18 18 2 7 soi 7 2 2.26 56 16 2 2.25 26 9 2 2.25 26 9 2 existence 2.25 22 8 11 5 2.22 11 5 2.22 11 5 2.20 35 11 2.17 15 6 2 2.17 15 6 2 2.17 15 6 2 2.17 15 6 2 2.16 23 8 2 2.16 19 7 2 2.16 19 7 2 2.16 19 7 2 2.16 8 4 2.16 8 4 garçons aimé voisinage compagnon 2 2 nullement alentour 2 aube 2.22 6 larmes choix 2 vaste 5 malheur manière 2 11 monture secondes 2 2.22 15 collines nettement chaleur 2.17 courir parcelle soir 2 grosses piège même 6 halte vaut crâne 15 tandis malgré 2.30 2.17 tranquille nuit 6 occupation 2 43 heureux première 2 2.30 2.24 2 2.18 214 44 13 pieux 2 2.16 8 4 retrait peinture 2 2 2 2.16 8 4 2 2.16 8 4 2 2.16 8 4 2 2.16 8 4 2.13 2 36 11 5 3 2.12 5 3 2 2 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 5 3 2.12 5 3 2 2.12 5 3 5 3 2 2.12 5 3 2.12 5 3 2.12 5 3 2.12 5 3 5 3 2.12 5 3 2.12 5 3 familiarité 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 condisciples 2.12 5 3 2 2.12 comportements 2.12 5 3 2 circulation 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 2.12 5 3 2 2.12 5 3 bouffe 2 2 2.12 larges roseau 3 fier brusquement 2 2.12 5 fausse massue signifier 3 fournaise 3 méconnaissable tutélaires 2 5 montent vertes 2 2.12 occupant verve 5 conseils 2 2 2.12 2 2.12 osait vîmes 3 entretenait 2 2.12 3 paître premiers 2 5 passaient accompagner 2 2.12 5 immuable 2 pastèque guêpes 2 3 personnages palabres 2 5 précipité partis 2 2.12 2.12 2.12 jouir 5 3 anxiété 215 2 2.12 5 3 murs anges magasins 2 2 2.12 5 3 5 3 5 2.08 12 5 importe âmes 2.12 5 3 aménagé 2 2 2.08 12 5 5 3 affirmer 2 2.06 24 8 2.12 5 3 accablant 2 2 2.06 24 8 32 10 troupeau 2 2.05 46 13 2 2.05 20 7 2 2.04 108 26 2 2.04 60 16 2 2.02 51 14 parmi parents 2.10 6 voix source 2 16 pleine étable 2.12 2.06 met 2 2.08 12 5 fus 2 2 basse 2 2.12 12 sert anecdotes 2 2.08 2 2.06 24 8 2 2.06 16 6 2 2.06 16 6 aller canicule 2 2.10 32 10 silencieux 2 tourner 2.08 28 9 6.9 Annexe 9 : Liste du vocabulaire excédentaire dans L’Invention du Désert N° Écart Crp. Texte Mot 3 7.59 3 19.55 120 119 ibn 3 17.36 94 94 Toumert 22 22 3 7.41 75 49 désert Marrakech 3 7.18 20 20 3 7.42 Almoravides 66 45 voyage 216 3 7.14 3131 951 des 3 4.83 3 6.97 3 3.62 6 6 ramenait 3 4.81 489 169 j' 3 3.62 6 6 parvint N° Écart Crp. Texte Mot 3 4.80 3 3.62 6 6 moula 3 6.63 3 4.79 19 15 bâton 3 3.62 6 6 Kahina 3 6.57 111 60 oiseaux 3 4.59 153 64 ciel 3 3.62 6 6 déserts 3 6.55 3 4.56 9 3 3.62 6 6 chleuh Almoravide 3 4.56 9 9 dynastie 3 3.62 6 6 Biskra 3 6.55 3 4.48 1309 396 du 3 3.62 6 6 bab Abdelmoumen 3 4.39 37 22 fallait 3 3.62 6 6 Amar 3 6.23 21 19 corbeaux 3 4.36 30 19 villes 3 3.60 33 18 3 6.10 15 15 Aden 3 4.29 3524 985 l' mouvement 3 6.05 35 26 imam 3 4.22 3 3.59 109 44 arbres 3 6.02 55 35 oiseau 3 4.17 688 219 c' 3 3.59 N° Écart Crp. Texte Mot 3 4.16 209 79 tête 3 3.57 44 22 savait 3 5.86 14 14 Sanaa 3 4.12 20 14 berbère 3 3.54 14 10 voulais 3 5.80 801 272 était 3 4.12 10 3 3.52 8 7 océan 3 5.62 13 13 Youcef 3 4.07 16 12 vents 3 3.52 8 7 murailles 3 5.62 13 13 Tehouda 3 3.97 62 30 histoire 3 3.52 8 7 islam 3 5.62 13 13 3 3.96 230 84 monde 3 3.52 8 7 éternité hirondelles 3 3.95 191 72 terre 3 3.52 8 7 étendue 3 5.62 13 13 Arabie 3 3.95 7 7 Orient 3 3.52 8 7 chauffeur 3 5.62 13 13 3 3.95 7 7 Okba 3 3.52 8 7 bec Almohades 3 3.95 7 7 Djedda 3 3.51 12 9 3 5.62 13 13 Alger 3 3.91 4279 1172 les Mohammed 3 5.57 18 16 pèlerin 3 3.87 66 31 allait 3 3.51 3 5.50 184 80 enfant 3 3.83 9 8 hôtel 3 3.49 1845 522 dans 3 5.44 91 47 bêtes 3 3.83 9 8 contrées 3 3.49 10 8 royaume 3 5.37 12 12 Bejaia 3 3.80 342 116 m' 3 3.49 10 8 pèlerinage 3 5.10 16 14 mahdi 3 3.76 94 40 ici 3 3.49 10 8 3 5.10 16 14 3 3.76 22 14 têtes inébranlable immobilité 3 3.76 22 14 terres 3 3.44 357 117 ) 3 5.06 28 20 el 3 3.73 27 16 mosquée 3 3.41 358 117 ( 3 4.84 10 10 disciples 3 3.62 6 6 Rimbaud 3 3.39 204 72 ville 22 21 Maghreb 46 33 sable 17 17 17 17 25 18 noirs 21 16 casbah 9 qat 76 36 seule 9 mecque 217 23 14 siècles 12 9 dunes 3 3.33 15 10 roche 3 3.19 7 6 relais 3 2.87 4 4 trajectoires 3 3.33 15 10 aveugle 3 3.19 7 6 plaque 3 2.87 4 4 Targui 3 3.29 25 14 cité 3 3.19 7 6 migration 3 2.87 4 4 soucoupe 3 3.29 25 14 aimait 3 3.19 7 6 France 3 2.87 4 4 Shamsan 3 3.27 13 3 3.19 7 6 3 2.87 4 4 reçut 3 2.87 4 4 possibles 3 2.87 4 4 9 nudité 3 3.26 102 40 fut effondrement 3 3.26 5 5 Yémen 3 3.19 7 3 3.26 5 5 vastitude 3 3.19 7 6 aéroport parallélépipède 3 3.26 5 5 traversées 3 3.17 51 23 hiver 3 2.87 4 4 Ouargla 3 3.26 5 5 traque 3 3.14 37 18 sortir 3 2.87 4 4 narguilé 3 3.26 5 5 Touggourt 3 3.09 52 23 partir 3 2.87 4 4 murettes 3 3.26 5 5 Tlemcen 3 3.07 32 16 fit 3 2.87 4 4 mont 3 3.26 5 5 tisons 3 3.05 14 9 but 3 2.87 4 4 Mellala 3 3.26 5 5 rectitude 3 2.98 30 15 vit 3 2.87 4 4 largeur 3 3.26 5 5 prophétie 3 2.98 12 8 souverain 3 2.87 4 4 lancés 3 3.26 5 5 Occident 3 2.98 12 8 devenait 3 2.87 4 4 jarres 3 3.26 5 5 golfe 3 2.97 22 12 eaux 3 2.87 4 4 3 3.26 5 5 Géant 3 2.95 17 10 bateau hammadide 3 3.26 5 5 désolation 3 2.93 63 26 faisait 3 2.87 4 3 3.26 5 5 délivre 3 2.92 10 7 raisin 3 2.87 4 4 fourmis 3 3.26 5 5 bouches 3 2.92 10 7 quartiers 3 2.87 4 4 fondateur 3 3.26 5 5 Ahaggar 3 2.92 10 7 perdrix 3 2.87 4 4 3 3.22 11 8 milliers 3 2.92 10 7 palais éternellement 3 3.22 11 8 mille 3 2.92 10 7 Nord 3 2.87 4 4 empire 3 3.22 11 8 fantômes 3 2.92 10 7 désastre 3 2.87 4 4 égayer 3 3.21 18 11 naître 3 2.91 79 31 pouvait 3 2.87 4 4 coulé 3 3.19 31 16 Ancêtre 3 2.91 51 22 couleurs 3 2.87 4 4 approchant 3 3.19 9 7 superbe 3 2.91 48 21 feu 3 2.87 4 4 Aghmat 3 3.19 9 7 parfait 3 2.90 148 52 parfois 3 2.87 4 4 3 3.19 9 7 hormis 3 2.89 28 14 désirs accomplissement 3 3.19 9 7 argile 3 2.87 4 4 Zahra 3 2.86 15 9 histoires 3 3.19 7 6 tribu 3 2.87 4 4 3 2.86 15 9 bataille 3 3.19 7 6 théologien vacillement 3 2.86 8 6 telles 6 constitué 218 4 gel 3 2.86 8 6 Satan 3 2.68 11 7 viscères 3 2.52 7 5 écorce 3 2.86 8 6 ruine 3 2.68 11 7 guerriers 3 2.52 7 5 dénuement 3 2.86 8 6 routes 3 2.67 27 13 poussière 3 2.52 7 5 débris 3 2.86 8 6 mâle 3 2.65 2206 598 qui 3 2.52 7 5 chameaux 3 2.86 8 6 inventer 3 2.65 48 20 plein 3 2.50 133 45 quand 3 2.86 8 6 imaginais 3 2.64 42 18 jadis 3 2.48 12 7 veiller 3 2.86 8 6 3 2.64 36 16 fort 3 2.48 dromadaires 12 7 plaine 3 2.63 19 10 rivière 3 2.48 12 7 noires 6 3 2.63 19 10 prophète 3 2.48 12 7 gorges correspondance 3 2.63 19 10 combat 3 2.48 12 3 2.86 8 3 2.60 9 6 errance 3 2.46 23 11 pèlerins 3 2.85 34 16 retour 3 2.60 9 3 2.46 23 11 furent 3 2.84 80 31 étais 3 2.60 9 6 écriture 3 2.46 5 4 vrais 3 2.84 6 5 statue 3 2.60 9 6 cruauté 3 2.46 5 4 victorieux 3 2.84 6 5 sacs 3 2.60 9 6 campement 3 2.46 5 4 troncs 3 2.84 6 5 sables 3 2.60 9 6 cadavre 3 2.46 5 4 simples 3 2.84 6 5 réel 3 2.60 9 6 appelait 3 2.46 5 4 Sahara 3 2.84 6 5 prince 3 2.59 71 27 force 3 2.46 5 4 promenade 3 2.84 6 5 cachette 3 2.58 14 3 2.46 5 4 produisit 3 2.84 6 5 3 2.58 14 8 lecture 3 2.46 5 4 porta architecture 3 2.57 25 12 verdure 3 2.46 5 4 pétrole 3 2.83 170 58 pays 3 2.55 43 18 cri 3 2.46 5 4 persistait 3 2.77 471 142 aux 3 2.55 40 17 3 2.46 5 4 obligés 3 2.77 13 8 voyager simplement 3 2.46 5 4 marqué 3 2.77 13 8 remparts 3 2.54 34 15 fraîcheur 3 2.46 5 4 majesté 3 2.76 114 41 eau 3 2.52 17 9 étranges 3 2.46 5 4 localités 3 2.74 38 17 voici 3 2.52 7 5 regardions 3 2.46 5 3 2.73 108 39 seul 3 2.52 7 5 pistes 3 2.46 5 4 justicier 3 2.73 3 2.52 7 5 lointain 3 2.46 5 4 intraitables 3 2.73 21 11 pattes 3 2.52 7 5 itinéraire 3 2.46 5 4 3 2.68 16 9 direction 3 2.52 7 5 hermétique insaisissable 3 2.68 16 9 atlas 3 2.52 7 5 gent 3 2.46 5 4 immensité 3 2.68 16 9 aimais 3 2.52 7 5 errances 3 2.46 5 4 fumées 3 2.86 8 6 consommé 21 11 surface 6 éprouvante 8 pouvais 219 7 fièvre 4 légende 3 2.46 5 4 fragiles 3 2.37 10 6 lèvent 3 2.23 28 12 proximité 3 2.46 5 4 figuiers 3 2.37 10 6 frontières 3 2.23 19 3 2.46 5 4 eût 3 2.37 10 6 bateaux 3 2.22 25 11 saison 3 2.46 5 4 étals 3 2.36 39 16 malgré 3 2.18 54 20 enfance 3 2.46 5 4 escalader 3 2.35 55 21 foi 3 2.17 11 6 terreur 3 2.46 5 4 égale 3 2.35 21 10 rouges 3 2.17 11 6 rang 3 2.46 5 4 dromadaire 3 2.35 21 10 parcours 3 2.17 11 6 invisible 3 2.46 5 4 crêpes 3 2.35 21 10 époque 3 2.16 245 74 hommes 3 2.46 5 4 courette 3 2.34 24 11 olivier 3 2.15 78 27 ailleurs 3 2.46 5 4 contes 3 2.31 201 63 corps 3 2.15 35 14 telle 3 2.46 5 4 conquête 3 2.30 600 171 on 3 2.15 6 4 triomphe 3 2.46 5 4 3 2.30 13 7 parlaient 3 2.15 6 4 trésor 3 2.30 13 7 oued 3 2.15 6 4 tasse 7 limites 3 2.15 6 4 soustraire 3 2.15 6 4 sœur commandes 9 exemple 3 2.46 5 4 chevreaux 3 2.30 13 3 2.46 5 4 chanteur 3 2.29 59 22 surtout 3 2.46 5 4 3 2.27 9753 2507 . 3 2.15 6 4 pureté 3 2.26 16 8 oublier 3 2.15 6 4 pêche 3 2.26 8 5 tue 3 2.15 6 4 palper bruissement 3 2.46 5 4 bleues 3 2.45 38 16 insectes 3 2.26 8 5 tempête 3 2.15 6 4 ouvrait 3 2.45 26 12 oreilles 3 2.26 8 5 serrés 3 2.15 6 4 ocre 3 2.44 57 22 désir 3 2.26 8 5 savions 3 2.15 6 4 natal 3 2.44 35 15 horizon 3 2.26 8 5 précise 3 2.15 6 4 morte 3 2.42 67 25 celle 3 2.26 8 5 note 3 2.15 6 4 monts 3 2.41 15 8 malade 3 2.26 8 5 métro 3 2.15 6 4 monticule 3 2.40 292 89 jamais 3 2.26 8 5 goutte 3 2.15 6 4 moderne 3 2.39 74 27 chaleur 3 2.26 8 5 franchir 3 2.15 6 4 imposante 3 2.39 48 19 beau 3 2.26 8 5 fragile 3 2.15 6 4 3 2.37 42 17 aurais 3 2.26 8 5 émanations imperceptible 3 2.37 18 9 mouettes 3 2.26 8 5 caravane 3 2.15 6 4 humide 3 2.37 18 9 ailes 3 2.26 8 5 bornes 3 2.15 6 4 froids 3 2.37 10 6 sud 3 2.26 8 5 bords 3 2.15 6 4 égard 3 2.37 10 6 oasis 3 2.25 63 23 vivre 3 2.15 6 4 efface 3 2.37 10 6 mi 3 2.24 34 14 étrange 3 2.15 6 4 définitive 220 3 2.15 6 4 collier 3 2.05 4 3 téméraire 3 2.05 4 3 légendes 3 2.15 6 4 cacher 3 2.05 4 3 tambour 3 2.05 4 3 lapereaux 3 2.15 6 4 bouger 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 lampes 3 2.13 177 55 cela symbolique 3 2.05 4 3 infatigable 3 2.13 32 13 image 3 2.05 4 3 secouer 3 2.05 4 3 impuissant 3 2.13 14 7 signes 3 2.05 4 3 sandales 3 2.05 4 3 gris 3 2.13 14 7 remous 3 2.05 4 3 salutaire 3 2.05 4 3 goudron 3 2.13 14 7 froide 3 2.05 4 3 rythmes 3 2.05 4 3 fracas 3 2.13 14 7 commun 3 2.05 4 3 roi 3 2.05 4 3 fourrure 3 2.11 96 32 lumière 3 2.05 4 3 rochers 3 2.05 4 3 figée 3 2.11 26 11 contrée 3 2.05 4 3 ramène 3 2.05 4 3 fatal 3 2.11 23 10 miracle 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 enlacés 3 2.11 23 10 chambre puritanisme 3 2.05 4 3 2.11 17 8 venus 3 2.05 4 3 prostituées 3 2.05 4 3 dirigeait 3 2.11 17 8 tapis 3 2.05 4 3 promenait 3 2.05 4 3 déployait 3 2.10 42 16 feuilles 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 criant 3 2.08 39 15 eut préoccupait 3 2.05 4 3 coranique 3 2.08 39 15 couleur 3 2.05 4 3 prédateur 3 2.05 4 3 convives 3 2.07 76 26 sens 3 2.05 4 3 poussait 3 2.05 4 3 continents 3 2.05 4 3 vigiles 3 2.05 4 3 plonger 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 vigilante 3 2.05 4 3 pleut Constantine 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 pleurs 3 2.05 4 3 congé tumultueuse 3 2.05 4 3 pleure 3 2.05 4 3 conduite 3 2.05 4 3 troubles 3 2.05 4 3 pierreux 3 2.05 4 3 cistes 3 2.05 4 3 translucide 3 2.05 4 3 pesanteur 3 2.05 4 3 circulaient 3 2.05 4 3 3 2.05 4 3 parentèle 3 2.05 4 3 cinquante 3 2.05 4 3 oppressant 3 2.05 4 3 cheikh transhumances 3 emprise 3 2.05 4 3 tranchant 3 2.05 4 3 moiteur 3 2.05 4 3 chaînes 3 2.05 4 3 trajectoire 3 2.05 4 3 meurtre 3 2.05 4 3 cessait 3 2.05 4 3 touriste 3 2.05 4 3 Mercedes 3 2.05 4 3 cendre 3 2.05 4 3 théologiens 3 2.05 4 3 massifs 3 2.05 4 3 caroube 3 2.05 4 3 terrassés 3 2.05 4 3 marchands 3 2.05 4 3 cachent 3 2.05 4 3 ténacité 3 2.05 4 3 mange 3 2.05 4 3 brûle 221 3 2.05 4 3 brasero 3 2.04 3 2.04 9 5 noms 3 2.05 4 montagnes 3 2.04 9 5 muscles 3 2.05 4 3 babioles 3 2.04 9 5 voyages 3 2.04 9 5 matins 3 2.05 4 3 avion 3 2.04 9 5 vertige 3 2.04 9 5 justice 3 2.05 4 3 avaler 3 2.04 9 5 vaincre 3 2.04 9 5 hivers 3 2.05 4 3 3 2.04 9 5 supporter 3 2.04 9 5 fouet assoupissement 3 2.04 9 5 sec 3 2.04 9 5 délire 3 2.05 4 3 anti 3 2.04 9 5 sauterelles 3 2.04 9 5 cadavres 3 2.05 4 3 anonyme 3 2.04 9 5 riches 3 2.04 9 5 arrivant 3 2.05 4 3 anéantie 3 2.04 9 5 revenu 3 2.01 137 43 elles 3 2.05 4 3 agilité 3 2.04 9 5 pluies 3 2.05 4 3 Afrique 3 2.04 9 5 ordres 3 bouillant 46 17 6.10 Annexe 10 : Liste du vocabulaire excédentaire dans Les Vigiles N° Écart Crp. Txt. Mot passeport 4 30.12 245 245 4 8.38 Mahfoudh Mebrouk 4 6.28 426 163 cette 4 23.03 153 153 4 7.75 820 299 a 4 6.28 Menouar 4 7.62 2761 850 - Messaoud 4 20.51 3400 1321 il 4 7.62 22 22 maire 4 6.26 4 16.36 84 84 Ziada 4 7.54 39 32 responsable 4 13.88 machine 4 6.04 20 18 police N° Écart Crp. Txt. Mot 4 5.92 4 7.42 4 5.86 1464 458 s' 63 63 Lemdjad 4 11.46 45 45 Skander 4 11.46 4 6.36 26 26 21 21 Mezayer 16 16 préfecture 30 24 21 19 36 26 sent 4 5.76 1575 487 est 45 45 Brik 4 7.01 19 19 mairie 4 5.72 23 19 général 4 9.80 946 364 son 4 6.80 18 18 Samia 4 5.70 16 15 4 9.37 813 317 lui 4 6.68 159 78 aurait secrétaire 4 9.09 4 6.64 564 209 ? 4 5.67 1296 408 pas 30 30 222 4 5.65 13 13 Younès 4 4.63 14 12 4 3.93 446 146 y N° Écart Crp. Txt. Mot commissariat 4 3.88 285 99 fois 4 5.65 4 4.62 22 16 bureau 4 3.85 112 46 doute Heidelberg 4 4.58 9 9 inventeur 4 3.85 24 15 crois 4 5.43 4 4.58 9 9 4 3.85 9 13 13 76 41 sait 8 logement 4 5.38 1230 385 qu' formulaire 4 3.84 642 200 ou 4 5.32 4 4.57 260 97 deux 4 3.80 223 80 autre 4 5.31 19 16 cabine 4 4.51 27 18 parle 4 3.79 22 14 port 4 5.29 91 46 moins 4 4.43 11 10 4 3.73 20 13 semaine 4 5.29 57 33 vient douanier 4 3.69 25 15 revient 4 5.13 11 11 4 4.37 140 58 dit 4 3.68 69 31 regarde commissaire 4 4.34 15 12 sortie 4 3.64 611 189 avait 4 5.06 4 4.28 4 3.63 6 6 Taïbi 6 6 6 6 72 39 doit 20 16 dossier 8 8 4 5.05 114 53 t information 4 3.63 4 4.97 45 27 sidi 4 4.26 46 25 enfin restaurant 4 4.96 13 12 métier 4 4.17 89 40 va 4 3.63 4 4.88 809 260 sa 4 4.15 10 9 policiers Redhouane 4 4.88 15 13 tisser 4 4.15 10 9 Galeries 4 3.63 4 4.86 10 10 4 4.08 14 11 répond journaliste Scarabée 4 4.08 4 3.63 4 4.86 10 10 préfet problème 4 4.73 113 51 femme 4 4.01 65 31 eu 4 3.63 6 6 guichet 4 4.70 4 4.00 696 217 : 4 3.63 6 6 estrade 4 3.97 344 117 être 4 3.63 6 6 article 4 3.97 7 7 vigile 4 3.63 6 6 4 3.97 7 7 national appariteur 7 4 3.62 28 16 lettre 4 3.62 23 14 service 4 3.62 23 14 marché 12 11 nationales 4 4.70 12 11 invention 14 11 6 6 6 6 incorruptible 4 4.70 12 11 foire 4 3.97 4 4.70 12 11 fiche municipalité 4 4.65 24 17 4 3.97 7 7 7 questions administratif 4 3.60 36 19 travail 4 4.63 925 289 ce 4 3.96 21 14 ouvrir 4 3.60 4 4.63 4 3.95 49 25 café commence demande 53 29 4 3.94 223 81 été 223 4 3.57 36 19 14 10 produit 4 3.54 8 7 Révolution 4 3.27 5 5 Etat 4 3.21 7 6 4 3.27 5 5 suscité marchand 5 5 rez-de- 4 3.21 7 6 coffre 4 3.21 7 6 chantier 4 3.21 7 6 barrière 4 3.54 8 7 Hassan 4 3.27 4 3.53 12 9 policier chaussée 4 3.53 12 9 bière 4 3.27 5 4 3.53 12 9 autorité 4 3.27 5 5 Militant 4 3.18 8262 2148 de 4 3.52 1081 315 n' 4 3.27 5 5 masses 4 3.15 21 12 intérêt 4 3.52 10 8 refus 4 3.27 5 5 intrus 4 3.15 4 3.52 10 8 4 3.27 5 5 4 3.15 16 10 débat 5 Nadjib 21 12 avez indépendance inspecteur 4 3.52 10 8 chanson 4 3.27 5 4 3.49 272 92 vous 4 3.27 5 5 cravate discussion 4 3.48 1820 510 se 4 3.27 5 4 3.08 14 9 décide 4 3.48 4 3.27 5 5 bureaux 4 3.08 14 9 chargé 4 3.47 125 48 4 3.27 5 5 banlieue 4 3.06 19 11 émotion moment 4 3.27 5 5 Aliouate 4 3.05 44 20 mettre 23 13 4 3.05 27 14 société 4 3.05 27 14 capitale 30 15 19 12 ancien 4 3.46 57 26 dire 4 3.24 4 3.42 17 11 portail situation 4 3.13 55 24 arrive 5 e68 5 chèque 4 3.11 4 3.40 10897 2823 , 4 3.24 11 8m 4 3.02 4 3.40 4 3.24 11 8 aperçoit demander 27 15 sourire 32 16 4 3.38 58 26 pense 4 3.23 136 50 non 4 3.01 2430 658 une 4 3.37 4 3.23 4 3.00 22 12 chance 4 3.00 12 98 39 trois 18 11 4 3.36 207 72 peut monsieur 4 3.35 4 3.22 51 23 années combattants 4 3.33 134 50 avoir 4 3.21 60 26 point 4 2.94 89 34 chose 4 3.32 118 45 après 4 3.21 9 7 nationale 4 2.93 4 3.32 25 14 queue 4 3.21 9 remarque 4 3.32 25 14 4 3.21 7 6 solution 4 2.93 4 3.21 7 6 quart 4 2.91 20 11 secret 15 10 chef attendait 7 costume 8 10 7 10 7 motif 4 3.29 36 18 table 4 3.21 7 6 patio 4 2.91 4 3.29 13 4 3.21 7 6 4 2.90 177 60 cela 9 néanmoins 4 3.27 nationalité 5 5 voulez 4 3.21 7 6 monter 224 20 11 connu 4 2.88 34 16 cinq 4 2.88 15 9 reprendre 4 2.88 4 4 4 2.85 6 5 avarice 4 2.85 6 5 agent 6 5 4 2.88 8 6 troisième démarches 4 2.88 8 6 4 2.88 4 4 convient 4 2.85 4 2.88 4 4 concepts administration résistance 4 2.88 8 6 lu 4 2.88 4 4 clientèle 4 2.81 59 24 ans 4 2.88 8 6 file 4 2.88 4 4 chape 4 2.81 18 10 subir 4 2.88 8 6 citoyen 4 2.88 4 4 4 2.81 18 10 projets 4 2.88 8 6 chaise appartements 4 2.81 18 10 étant 4 2.88 4 4 4 2.88 4 2.80 29 14 rappelle 4 4 accusation vaguemestre 4 2.79 108 39 voix 4 2.88 4 4 utile 4 2.87 49 21 simple 4 2.79 13 8 rentrer 4 2.88 4 4 4 2.86 23 12 période 4 2.76 21 11 couteau 4 2.85 6 4 2.73 24 12 certain 4 2.73 24 12 transitaire 5 4 2.88 4 4 réception travailleurs 4 2.88 4 4 nouée 4 2.85 6 5 savez auparavant 4 2.88 4 4 4 2.85 6 5 4 2.71 16 9 quartier 4 2.70 11 7 rendu 4 2.70 11 7 11 7 agit quinzaine négligence 4 2.88 4 4 musarde 4 2.85 4 2.88 4 4 maquette quatrième 4 2.88 4 4 Khaled 4 2.85 4 2.88 4 4 justes populaires 4 2.88 4 4 4 2.85 6 4 2.85 6 5 inventé 4 2.67 117 41 inventions 6 5 demandé 6 5 4 2.70 4 2.69 120 42 chez 5 kiosques 4 2.69 45 19 pouvoir 4 2.88 4 4 humilier 4 2.85 6 5 Hadj personne 4 2.88 4 4 habitués 4 2.85 6 5 4 2.66 19 10 entrer 4 2.88 4 4 guichets document 4 2.88 4 4 2.85 4 4 2.65 114 40 celui 6 5 demandent guichetier 4 2.62 101 36 ainsi 4 2.61 14 8 4 2.88 4 4 fouille 4 2.85 6 5 déjeuner importance 4 2.88 4 4 fichier 4 2.85 6 5 confiture 4 2.61 14 8 cherche 4 2.88 4 4 fiches 4 2.85 6 5 cigarette 4 2.61 14 8 affronter 4 2.88 4 4 émet 4 2.85 6 5 chaussée 4 2.61 9 6 officier 4 2.88 4 4 écrie 4 2.85 6 5 bûcheron 4 2.61 9 225 6 combattant 4 2.61 9 6 bienfaisante 4 2.61 9 6 arguments 4 2.53 7 5 étage 4 2.47 5 4 étroite 4 2.53 7 5 confort 4 2.47 5 4 escalier 4 2.53 7 5 atteinte 4 2.47 5 4 employés 4 2.53 7 5 4 2.47 5 4 éclairée adolescence 4 2.47 5 4 4 2.61 9 6 anciens 4 2.51 47 19 rue démarche 4 2.61 9 6 allures 4 2.51 20 10 manque 4 2.47 5 4d 4 2.60 188 61 avant 4 2.50 12 4 2.47 5 4 civil 4 2.60 88 32 enfants possession 4 2.47 5 4 caisses 4 2.60 25 12 dix 4 2.50 12 7 meubles 4 2.47 5 4 bières 4 2.59 28 13 connaît 4 2.50 12 7 malaise 4 2.47 5 4 barque 4 2.58 260 81 fait 4 2.50 12 7 légumes 4 2.47 5 4 4 2.58 37 16 quatre 4 2.50 12 7 attentivement 4 2.58 34 15 bruits deuxième 4 2.55 17 9 vont 4 2.49 23 11 donné 4 2.44 15 8 laissait 4 2.55 17 9 pièce 4 2.48 38 16 trouve 4 2.44 15 4 2.54 229 72 faire 4 2.48 35 15 4 2.42 45 18 soit 4 2.54 89 32 presque aventure 4 2.40 18 9 4 2.53 7 5 vente 4 2.48 26 12 pourra convaincu 4 2.53 7 5 sentit 4 2.47 32 14 dépit 4 2.40 18 9 cas 4 2.53 7 5 Saïd 4 2.47 32 14 argent 4 2.40 18 9 attention 4 2.53 7 5 respect 4 2.47 32 14 affaire 4 2.39 10 6 réaction 4 2.53 7 5 4 2.47 5 4 2.39 10 6 rapports 4 2.39 10 6 lunettes 7 4 2.45 4 vainqueur reproches 51 20 guerre 8 issue 4 2.53 7 5 plate 4 2.47 5 4 supplices 4 2.39 10 6 fumée 4 2.53 7 5 4 2.47 5 4 2.39 10 6 étoile 4 2.39 10 6 croit 4 remémore personnage 4 2.53 7 5 monnaie 4 2.47 5 4 rapporter 4 2.38 21 10 effort 4 2.53 7 5 4 2.47 5 4 quatorze 4 2.38 21 10 dure 4 2.47 5 4 produits 4 2.35 49 19 passer matériaux 4 2.53 7 5 marches 4 2.47 5 4 parfaite 4 2.33 4281 1110 à 4 2.53 7 5 4 2.47 5 4 intéresse 4 2.32 4 2.47 5 4 humour supérieur explications 226 13 7 4 2.32 13 7 pipe 4 2.32 13 7 ouvert 4 2.32 13 7 né 4 2.16 6 4 localité aujourd'hui 4 2.16 6 4 introduit 4 2.22 64 23 mots 4 2.16 6 4 4 2.31 553 157 même 4 2.20 38 15 interrogatoire 4 2.31 100 34 ci présence 4 2.16 4 2.28 4 2.19 145 46 déjà interlocuteurs 4 2.28 16 8 surpris 4 2.19 11 6 sinon 4 2.16 6 4 informer 4 2.28 16 8 répondre 4 2.19 11 6 4 2.16 6 4 gaieté 4 2.28 16 8 possibilité 4 2.16 6 4 6 4 16 8 trouvait magasins 4 2.23 74 26 4 2.19 11 6 efforce exécution 6 4 4 2.28 8 5 tait 4 2.19 11 6 dirige 4 2.16 4 2.28 8 5 reproche 4 2.19 11 6 corde entreprise 4 2.28 8 5 remet 4 2.18 68 24 esprit 4 2.16 6 4 ennemi 4 2.28 8 5 4 2.18 4 2.16 6 4 destinée 4 2.16 6 4 découvrit 6 4 6 4 48 18 reconnaissance quelqu'un 4 2.28 8 5 quinze 4 2.18 35 14 douleur 4 2.16 4 2.28 8 5 presse 4 2.17 32 13 contenant 4 2.28 8 5 occuper silencieux 4 2.28 8 5 journal 4 2.16 6 4 zone construction 4 2.28 8 5 4 2.16 6 4 viendrait 4 2.16 4 2.16 6 4 victoires campagne entreprend 4 2.16 6 4 4 bar 4 2.28 8 5 content 4 2.16 6 4 torride 4 2.16 6 4 2.28 8 5 attendu 4 2.16 6 4 stratégie 4 2.16 6 4 assurée 4 2.28 8 5 aïd 4 2.16 6 4 stérile 4 2.15 135 43 4 2.27 60 22 reste 4 2.16 6 4 soldat maintenant 4 2.27 34 14 voit 4 2.16 6 4 4 2.15 29 12 tôt 4 2.26 94 32 responsables 4 2.15 14 7 laissé beaucoup 4 2.26 19 9 combien 4 2.25 25 11 attend 4 2.16 6 4 reconnaît 4 2.15 14 7 forte 4 2.16 6 4 rasé 4 2.15 14 7 élève 4 2.16 6 4 4 2.15 14 7 décision 4 2.15 14 7 alcool 4 pouvez 4 2.15 14 7 agissait 6 4 pénétré 4 2.13 42 16 vrai 4 2.24 176 55 peu principale 4 2.24 4 2.16 6 4 2.16 57 21 afin 4 2.24 44 17 laisse 227 4 2.13 23 10 jardin 4 2.06 4 2.13 consommateurs paradisiaque 4 2.06 9 5 certaine 4 2.06 4 3 opinion 4 2.06 4 3 20 9 interminable 9 5 4 3 4 2.13 17 8 rend 4 2.06 9 4 2.13 17 8 4 2.06 9 5 aisance nonchalamment 4 2.06 9 5 agitation 4 2.06 4 3 mouillé 4 2.06 4 3 voiles 4 2.06 4 3 menacer 4 2.13 17 8 obtenir 4 2.06 4 3 virtuel 4 2.06 4 3 mélangé 4 2.13 17 8 lance 4 2.06 4 3 vapeurs 4 2.06 4 3 mauvaise 4 2.13 17 8 forces 4 2.06 4 3 trophée 4 2.06 4 3 manège 4 2.11 59 21 parler 4 2.06 4 3 tabac 4 2.06 4 3 local 4 2.11 4 2.06 4 3 suscite 4 2.06 4 3 levaient 4 2.08 126 40 air 4 2.06 4 3 4 2.06 4 3 4 2.08 subitement professeur 4 2.13 17 8 parlé 39 15 certains 46 17 bonne 5 avis 4 2.06 interrompre 4 2.07 2995 777 d' 4 2.06 4 3 soirée 4 2.06 4 3 instar 4 2.07 33 13 odeurs 4 2.06 4 3 sévère 4 2.06 4 3 ingéniait 4 2.06 9 5 réplique 4 2.06 4 3 retourne 4 2.06 4 3 honorer 4 2.06 9 5 remise 4 2.06 4 3 requête 4 2.06 4 3 habiter 4 2.06 9 5 réflexion 4 2.06 4 3 remuer 4 2.06 4 3 gorgées 4 2.06 9 5 politique 4 2.06 4 3 4 2.06 4 3 gardé 4 2.06 9 5 pensant remarquer 4 2.06 4 3 funeste 4 2.06 9 5 osé 4 2.06 4 3 réagit 4 2.06 4 3 foudre 4 2.06 9 5 4 2.06 4 3 rampe 4 2.06 4 3 flair 4 2.06 4 3 proviseur 4 2.06 4 3 fébrilement informations 4 2.06 9 5 inconnue 4 2.06 4 3 policière 4 2.06 9 5 4 2.06 4 3 pause 4 2.06 4 3 parvient 4 2.06 4 3 participer exaltation 4 2.06 9 5 erreur 228 6.11 Annexe 11 : Liste du vocabulaire excédentaire dans Le Dernier Été de la Raison par N° Écart Corpus Texte Mot beauté 5 5.17 5351 874 la 5 28.81 161 161 Boualem 62 5 62 Yekker 5.17 10 9 5 9.78 10897 1852 , 4.99 18 7.99 17 5 17 Elbouliga 5 14 librairie 4.98 27 7.11 272 vous 4.82 7 6.63 67 livres 4.68 17 6.55 12 4.67 68 25 4.62 30 6 4.41 6 6 4.41 6 6 5 4.41 6 6 5 4.41 6 6 5 4.36 19 11 5 15 5 F.V. 4.57 53 21 Ali 5 5.41 930 189 6 mandoline musique se 6 libraire 5 5 5.61 1820 338 6 4.41 5 5 4.64 1575 284 12 Kamel 5 11 est 5 4.41 questionnement 5 32 7 N° Écart Corpus 7 mémoire 5 8 sonnerie 5 83 5 15 voie 5 4.42 Texte Mot 5 14 8 violent Kenza 7.16 5 12 vérité 5 10 télévision voudrait 5 4.50 certitudes juge 5 16.71 5 êtes 5 4.57 229 34 16 5 4.30 820 158 a 5 5 4.30 74 25 192 49 3.82 117 32 4.17 343 76 5 3.78 3524 566 5 4.12 9 7 5 5 4.04 32 14 5 5 4.04 12 8 5 4.04 12 8 5 4.02 7 6 5 4.02 7 6 5 3.98 5 5 5 3.90 26 12 5 3.88 293 65 3.68 62 20 3.67 11 7 3.63 77 23 3.60 293 63 3.59 6 5 3.59 6 5 dogme 5 3.58 288 230 62 89 25 5 3.52 15 8 5 3.52 15 8 5 3.50 34 13 5 3.50 4 4 5 3.50 4 4 5 3.50 4 4 5 3.50 4 4 avance veut téléphone marient jugés impertinence revoit nouveaux 5 6 ces vitrine 5 8 cœur instrument 5 3.72 3.52 ténèbres traces littérature 5 10 fille humaine 5 20 appartient prisonnier 5 3.76 5 va humanité troupeau 9 qui l' émir 18 foule Texte Mot sont 3.57 5 3.53 2206 363 N° Écart Corpus 5 ont visage vie temps 19 5 5 4.27 55 foi aujourd'hui 5 3.84 5 3.50 4 4 5 3.50 4 4 hésite dominer 5 3.48 12 7 brutalement masse horizons 5 3.48 9 6 résister 5 3.21 160 37 3.48 9 6 communauté 5 3.47 5 3.21 29 11 19 chemin 5 3.16 14 7 3.37 58 18 savoir 5 3.15 230 49 3.36 40 14 ordre 3.32 20 5 9 tente 3.12 5 4 3.30 7 5 5 tend 3.12 5 4 3.30 7 5 5 message 5 3.12 5 4 s' 3.12 5 4 3.27 10 5 6 morale 3.10 22 9 3.27 10 6 flux 5 3.09 11 6 5 3.09 11 6 possèdent 5 3.27 10 6 8 5 5 3.06 8 5 3.06 8 5 5 3.05 269 55 5 3.02 15 7 5 3.01 27 10 5 2.99 19 8 5 2.99 19 8 5 2.98 55 16 5 2.97 60 17 êtres arrête secrets 5 3.06 société violence 5 5 éprouve baguette 5 3.27 1464 246 5 si illumine 5 8 décisions passion 5 3.06 5 slogans 5 5 inquiétude monde 5 14 planche assistance 5 44 pourront paysages 61 3.07 amour dieu 5 5 5 3.09 231 11 6 arrive nouveau 5 2.97 60 17 mépris livre 5 5 2.95 32 11 5 2.93 12 6 12 6 5 2.93 12 6 5 2.93 12 6 5 2.93 12 6 5 5 2.88 47 14 5 2.88 20 8 5 2.87 33 11 5 2.86 57 16 5 5 2.86 9 5 5 2.86 9 5 6 4 2.76 204 42 2.84 6 4 2.84 6 4 2.84 6 4 5 2.72 35 11 5 2.68 207 42 5 2.68 22 8 5 2.67 31 10 douleur peut voiture chair 5 2.66 4281 650 2.84 6 4 à 2.84 6 4 2.81 48 14 2.78 21 8 2.78 lettres 13 6 5 2.65 18 7 5 2.65 18 7 5 2.65 14 6 5 2.65 14 6 présent intelligence seront état tracé 5 2.84 images afin 5 de alerte droit 5 4 ballon univers 5 6 bousculent moindre 5 2.84 carrément continuer 7 car fauteuil formules 5 20 taire puissant 5 78 17 finit tremble répandre 5 2.84 2.77 5 2.74 8262 1226 5 2.93 5 rêve tenue 5 9 couples jeunesse 5 2.86 5 ombres 5 2.62 4586 693 232 et 5 5 2.61 7 4 5 2.61 7 4 5 2.61 7 4 5 2.61 7 4 5 2.61 7 4 7 4 5 2.61 7 4 7 4 7 4 7 4 32 10 traquée 4 3 2.60 4 3 5 2.60 4 3 5 2.60 4 3 bravant arabes adversité 4 3 5 2.58 23 8 5 2.58 23 8 5 2.57 84 20 5 2.55 141 30 5 2.55 19 7 5 2.53 15 6 5 2.53 15 6 5 2.53 15 6 citoyens 2.60 4 3 2.60 4 3 2.60 4 3 2.60 4 3 2.60 4 3 volonté 5 2.60 2.60 dépasse noir 5 3 5 chienne folie 5 2.60 4 épand cieux 5 2.60 3 devant 5 2.61 3 essence cordes 5 4 4 souvent 5 2.61 2.60 gagnés effacer 5 3 2.60 cessé 5 2.61 4 hideux laideur 5 2.60 humiliation pente 5 3 5 5 2.58 193 39 ! 5 2.61 4 opposer plages 5 2.60 perdant poésie 5 cousin questionnements pointe 5 3 sagacité rendent 5 4 talent renoncé 5 2.60 2.60 4 3 défis visite 5 2.60 233 4 3 visages 5 5 2.53 15 6 15 6 5 2.53 11 5 53 14 5 5 2.50 80 19 24 8 5 5 2.49 24 8 5 2.45 20 7 20 7 2.45 20 7 espaces 8 4 2.42 8 4 2.42 8 4 2.42 8 suffi 2.42 8 4 2.42 8 5 2.36 201 39 5 2.33 73 17 5 2.33 5 3 5 2.33 5 3 5 2.33 5 3 2.42 8 4 5 2.33 5 3 2.41 25 8 5 2.33 5 3 16 2.33 5 3 2.41 16 2.33 5 3 2.33 5 3 2.33 5 3 6 fil 5 6 poitrines 5 5 4 5 substance 2.40 88 20 enfants 5 12 profonds 5 4 2.39 valeur barbe 5 5 regard 5 2.41 5 sagesse 2.42 paix fini 5 repérer 5 2.45 4 absolu pénombre 5 8 capables âme 5 2.42 constituent réalité 12 vigilants 5 2.49 2.39 indignation étire femmes 5 4 interroger vos 5 corps 5 2.52 8 orateur public 5 2.42 passagers Créateur 5 4 soumis 5 2.53 8 prêts gigantesque 5 2.42 passager 5 5 2.39 quel 45 12 parcourt 5 234 menaçants 5 désir 2.33 5 3 lointains 5 5 2.30 645 108 5 3 libérée 5 2.30 17 6 2.33 5 3 lecteur 5 2.26 946 153 2.33 5 3 injonctions 5 5 2.26 22 7 5 3 formé 5 2.26 13 5 2.33 5 3 flot 5 2.26 13 5 2.33 5 3 émois 5 2.26 13 5 2.33 5 3 déterminé 5 2.25 9 4 2.33 5 3 5 5 3 beautés 5 2.25 9 4 5 2.33 5 3 agi 5 3 adolescents 5 5 2.25 9 4 2.31 57 14 2.25 9 4 nécessaire 5 9 4 5 2.25 9 4 5 2.25 9 4 5 2.20 18 6 5 2.18 54 13 5 2.17 33 9 2.17 23 7 5 2.17 23 7 5 2.16 60 14 5 2.15 14 5 2.15 14 5 voitures arrêter physique 5 2.33 2.25 5 résultat 2.33 5 question tristesse cinquantaine 5 5 4 haut chemins 5 9 texte devenus 5 2.25 commande enveloppe 5 5 délivré loi 2.33 4 épaisseur son 5 9 éveil entend 5 2.25 guère où 2.33 5 2.25 menaces 9 4 votre mosquées 5 235 misère plane 5 2.15 14 5 espère déchirante 5 2.12 6 3 penche 5 2.15 14 5 devenue 5 223 5 41 été 2.12 6 3 2.12 6 5 3 vacances 5 2.12 6 3 6 tremblait 5 5 3 2.12 6 3 6 5 3 soifs 2.12 6 3 2.12 6 3 retient 5 2.12 6 3 2.12 6 3 repères 6 3 5 2.12 6 3 5 2.12 6 3 5 2.12 6 3 5 2.12 6 3 5 2.11 10 4 2.11 10 4 2.11 10 4 allant 5 2.12 6 3 impuissance 5 2.12 antre joue 5 5 auxquelles lois 2.12 3 choc mécréants 2.12 6 citronnier obstacle 5 2.12 conduit pareils 2.13 5 5 tremblement 2.12 6 3 2.12 6 3 2.12 6 3 fonctions 5 2.12 6 3 rémission 5 explication 5 2.12 6 3 5 2.11 10 4 5 déchirante terrible 5 5 2.11 10 4 nerveux soumission 5 5 2.11 10 intéresser 4 236 5 2.11 10 4 espoir 5 2.11 10 4 atteindre 5 2.11 10 4 capable 5 ouvre 2.10 19 6 5 2.04 15 5 5 2.04 15 5 5 2.04 15 5 5 2.04 15 5 5 2.01 25 7 5 2.01 25 7 5 2.01 20 6 5 2.01 20 6 5 2.00 69 15 souvenirs 5 2.09 96 20 aventure lumière 5 2.09 29 8 science lieux 5 2.09 24 7 honte implacable 5 2.09 24 7 devient idées 5 2.09 24 7 arrière genre 5 2.06 40 10 saisons instant 5 2.06 40 10 attend dernier 5 2.05 51 12 mètres endroit 5 2.04 35 9 semble 5 2.04 35 9 5 2.04 35 9 5 avenir intérieur fruits 237 2.10 19 6 6.12 Annexe 12 : Contextes du vocable école 238 239 240 Table des matières 1 INTRODUCTION................................................................................................ 5 1.1 LITTERATURE MAGHREBINE D’ « ECRITURE »/ D’« EXPRESSION » FRANÇAISE 6 1.2 L’ŒUVRE LITTERAIRE DE DJAOUT ................................................................. 13 1.3 PROBLEMATIQUE ........................................................................................... 17 1.4 LE CORPUS .................................................................................................... 19 1.4.1 Préparation des données textuelles.......................................................... 20 1.4.2 L’analyse lexicométrique ......................................................................... 22 1.4.2.1 La fonction contexte .......................................................................... 24 1.4.2.2 La fonction concordance ................................................................... 25 1.5 2 PLAN DE TRAVAIL ......................................................................................... 27 PREMIERE PARTIE : ETUDE DU LEXIQUE DE DJAOUT..................... 29 2.1 CHAPITRE I : ANALYSE STATISTIQUE DU CORPUS .......................................... 30 2.1.1 La manipulation informatique.................................................................. 32 2.1.2 L’exploration du corpus ........................................................................... 35 2.2 CHAPITRE II : L’ORGANISATION DU LEXIQUE ................................................ 37 2.2.1 La richesse lexicale .................................................................................. 38 2.2.2 L’évolution du vocabulaire ...................................................................... 40 2.2.3 La distribution des hapax......................................................................... 45 2.2.4 Les ensembles de fréquences.................................................................... 48 2.3 CHAPITRE III : LE CONTENU LEXICAL ............................................................ 50 2.3.1 La connexion lexicale ou distance lexicale .............................................. 53 2.3.2 Analyse factorielle de la connexion lexicale ............................................ 61 2.4 2.4.1 CHAPITRE IV : LES SPECIFICITES LEXICALES DU CORPUS .............................. 64 Le vocabulaire excédentaire .................................................................... 65 241 2.4.2 Le vocabulaire en déficit .......................................................................... 66 2.4.3 Quelques spécificités lexicales djaoutiennes............................................ 67 2.4.3.1 Les emprunts lexicaux....................................................................... 68 2.4.3.2 Les xénismes ..................................................................................... 73 2.4.3.3 Les noms propres............................................................................... 80 2.4.3.3.1 Qu’est-ce qu’un nom propre ?.................................................... 80 2.4.3.3.2 Le nom propre en linguistique.................................................... 80 2.4.3.3.3 Analyse statistique...................................................................... 85 2.4.3.3.4 Analyse onomastique.................................................................. 87 2.4.3.3.5 Typologie des noms propres de personnes................................. 94 2.4.3.3.5.1 Les noms théophores ........................................................... 94 2.4.3.3.5.2 Les noms de prophètes ........................................................ 95 2.4.3.3.5.3 Les hagionymes ................................................................... 96 2.4.3.3.5.4 Les noms propres relatifs aux croyances............................. 97 2.4.3.3.5.5 Les sobriquets...................................................................... 97 2.4.3.3.5.6 Les noms filiatifs ................................................................. 98 2.4.3.3.6 Le nom propre en interaction ..................................................... 99 2.4.3.3.6.1 Le nom propre comme élément d’une stratégie discursive100 2.4.3.3.6.2 Le nom propre comme inscription historique et géographique 101 2.4.3.3.6.3 2.4.3.4 2.5 Du nom propre à l’enfance ................................................ 103 Les néologismes .............................................................................. 104 2.4.3.4.1 Relevé statistique...................................................................... 105 2.4.3.4.2 Néologisme et implicite............................................................ 106 CONCLUSION PARTIELLE ............................................................................. 108 242 3 DEUXIEME PARTIE : APPROCHE THEMATIQUE ............................... 113 3.1 CHAPITRE I : LES TEXTES ET LEURS SPECIFICITES LEXICALES...................... 117 3.1.1 L’Exproprié ............................................................................................ 118 3.1.2 Les Chercheurs d’Os.............................................................................. 121 3.1.3 L’Invention du Désert............................................................................. 126 3.1.4 Les Vigiles .............................................................................................. 128 3.1.5 Le Dernier Été de la Raison................................................................... 131 3.2 CHAPITRE II : LES THEMES DOMINANTS DANS LE CORPUS ........................... 134 3.2.1 Migrations .............................................................................................. 136 3.2.2 Un devoir de mémoire ............................................................................ 138 3.2.3 La terre ancestrale ................................................................................. 142 3.2.4 Enfance et territoire maternel ................................................................ 147 3.2.4.1 Enfance et village ............................................................................ 149 3.2.4.2 Le territoire maternel....................................................................... 152 3.2.5 3.3 L’engagement ......................................................................................... 154 3.2.5.1 Combat pour la femme .................................................................... 154 3.2.5.2 Combat pour l’école ........................................................................ 159 CONCLUSION PARTIELLE ............................................................................. 164 4 CONCLUSION GENERALE ......................................................................... 165 5 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES....................................................... 169 6 ANNEXES......................................................................................................... 179 6.1 ANNEXE 1 : FREQUENCES SUPERIEURES A 1000 .......................................... 179 6.2 ANNEXE 2 : FREQUENCES SUPERIEURES A 100 ............................................ 180 6.3 ANNEXE 3 : LE VOCABULAIRE EN EXCEDENT .............................................. 182 243 6.4 ANNEXE 4 : VOCABULAIRE DEFICITAIRE ..................................................... 187 6.5 ANNEXE 5 : LES NOMS PROPRES .................................................................. 191 6.6 ANNEXE 6 : LES NEOLOGISMES ................................................................... 197 6.7 ANNEXE 7 : LISTE DU VOCABULAIRE EXCEDENTAIRE DANS L’EXPROPRIE... 200 6.8 ANNEXE 8 : LISTE DU VOCABULAIRE EXCEDENTAIRE DANS LES CHERCHEURS 205 D’OS 6.9 DESERT ANNEXE 9 : LISTE DU VOCABULAIRE EXCEDENTAIRE DANS L’INVENTION DU 216 6.10 ANNEXE 10 : LISTE DU VOCABULAIRE EXCEDENTAIRE DANS LES VIGILES ... 222 6.11 ANNEXE 11 : LISTE DU VOCABULAIRE EXCEDENTAIRE DANS LE DERNIER ÉTE DE LA RAISON 6.12 229 ANNEXE 12 : CONTEXTES DU VOCABLE ECOLE ............................................ 238 244 Table des illustrations I. Les figures FIGURE 1: LA FONCTION CONTEXTE ....................................................................................... 25 FIGURE 2: LA FONCTION CONCORDANCE ................................................................................. 26 FIGURE 3 : LES DIFFERENTES FONCTIONS DU LOGICIEL ..................................................... 27 FIGURE 4: LA RICHESSE LEXICALE ....................................................................................... 39 CHRONOLOGIQUE ................................................................... 42 FIGURE 5 : L’ACCROISSEMENT INVERSE DU VOCABULAIRE .................................................... 45 FIGURE 6: L’ACCROISSEMENT FIGURE 7 : DISTRIBUTION DES HAPAX ................................................................................. 47 FIGURE 8 : L’EXPROPRIE..................................................................................................... 56 FIGURE 9 : LES CHERCHEURS D’OS ..................................................................................... 57 FIGURE 10 : L’INVENTION DU DESERT ............................................................................... 58 FIGURE 11 : LES VIGILES ................................................................................................... 59 FIGURE 12 : LE DERNIER ÉTE DE LA RAISON ................................................................... 60 FIGURE 13 : ANALYSE FACTORIELLE .................................................................................... 62 FIGURE 14 : ANALYSE FACTORIELLE ARBOREE ..................................................................... 63 FIGURE 15 : CONTEXTE D’UN FIGURE 16 : L’ANALYSE FIGURE 17 : LA NOM PROPRE ........................................................................ 104 FACTORIELLE DES PRONOMS ....................................................... 119 DISTRIBUTION DES VOCABLES VILLAGE ET VILLE................................. 121 FIGURE 18 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE VIEILLARDS .......................... 123 FIGURE 19 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE JEUNES .................................. 123 FIGURE 20 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE JEUNESSE .............................. 124 FIGURE 21 : DISTRIBUTION DES VOCABLES VIEILLARDS ET JEUNES ............................... 124 FIGURE 22 : DISTRIBUTION DU VOCABLE GUERRE ............................................................. 125 245 FIGURE 23 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE MIGRATION ............................ 127 FIGURE 24 : DISTRIBUTION DES VOCABLES MIGRATION ET ENFANCE ............................... 128 FIGURE 25 : DISTRIBUTION DES PRONOMS JE ET IL ....................................................... 130 FIGURE 26 : ANALYSE FACTORIELLE DE L’ESPACE ........................................................... 131 FIGURE 27 : DISTRIBUTION DU VOCABLE REGARD ............................................................. 133 FIGURE 28 : DISTRIBUTION DU VOCABLE ESPOIR ............................................................. 133 FIGURE 29 : DISTRIBUTION DU TERME MOUVEMENT ........................................................... 137 FIGURE 30 : DISTRIBUTION DES VOCABLES MOUVEMENT ET OISEAU................................. 138 FIGURE 31 : DISTRIBUTION DU TERME MEMOIRE ............................................................... 142 FIGURE 32 : DISTRIBUTION DES VOCABLES MEMOIRE ET OUBLI ...................................... 142 FIGURE 33 : DISTRIBUTION DES TERMES HISTOIRE ET TERRE ........................................ 143 FIGURE 34 : DISTRIBUTION DES TERMES TERRE ET GUERRE ............................................ 144 FIGURE 35 : DISTRIBUTION DU TERME ERRANCE ............................................................... 145 FIGURE 36 : L’ENVIRONNEMENT FIGURE 37 : ANALYSE THEMATIQUE DU VOCABLE ERRANCE ................................ 146 FACTORIELLE : ENFANCE, HISTOIRE, IDENTITE, TERRE ET ERRANCE........................................................................................................................... 146 FIGURE 38 : ANALYSE FACTORIELLE : ENFANT, ENFANTS, ENFANCE ET ENFANCES ...... 148 FIGURE 39 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE VILLE .................................... 151 FIGURE 40 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE VILLAGE ................................ 152 FIGURE 41 : DISTRIBUTION DU VOCABLE MERE ................................................................. 153 FIGURE 42 : DISTRIBUTION DU VOCABLE FEMME ............................................................... 155 FIGURE 43 : DISTRIBUTION DU VOCABLE HOMME ............................................................... 155 FIGURE 44 : DISTRIBUTION DES VOCABLES HOMME ET FEMME .......................................... 156 FIGURE 45 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE FEMME .................................... 157 FIGURE 46 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE FEMME .................................... 157 246 FIGURE 47 : L’ENVIRONNEMENT FIGURE 48 : DISTRIBUTION THEMATIQUE DU VOCABLE FEMME .................................... 158 DU VOCABLE ECOLE ............................................................... 160 FIGURE 49 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE ECOLE .................................... 163 FIGURE 50 : L’ENVIRONNEMENT THEMATIQUE DU VOCABLE ECOLE (SUITE).................... 163 II. Les tableaux TABLEAU 1 : LES TABLEAU 2: LA EFFECTIFS ................................................................................................ 35 RICHESSE LEXICALE ..................................................................................... 38 TABLEAU 3: L’EVOLUTION DU VOCABULAIRE ......................................................................... 41 TABLEAU 4: L’ACCROISSEMENT TABLEAU 5: LES LEXICAL : ORDRE INVERSE ............................................... 44 HAPAX .......................................................................................................... 46 .............................................. 53 TABLEAU 6 : DISTANCE GLOBALE DES TEXTES DEUX A DEUX TABLEAU 7 : EFFECTIF DES FORMES COMMUNES ................................................................... 54 TABLEAU 8 : LES FORMES PRIVATIVES ................................................................................. 54 TABLEAU 9 : INDICE D’INDEPENDANCE ................................................................................ 55 TABLEAU 10 : LES EMPRUNTS LEXICAUX .............................................................................. 70 TABLEAU 11 : LES XENISMES ............................................................................................... 74 TABLEAU 12 : LES NOMS DE PERSONNES .............................................................................. 87 TABLEAU 13 : LES TITRES HONORIFIQUES TABLEAU 14 : RELEVE STATISTIQUE .......................................................................... 98 DES TERMES ENFANT, ENFANTS, ENFANCE ET ENFANCES ......................................................................................................................... 147 247