Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs
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Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs
MISE AU POINT Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites Clinical partnership between an institution for elderly people and a palliative care network: benefits and limits Clémentine VAQUIN-VILLEMINEY, Pascale GAUTHIER, Eric PAUTAS, Pascale FOUASSIER, Inès DECASSIN RÉSUMÉ ________________________________________ SUMMARY ______________________________________ Le cadre légal actuel en France incite à garantir l’accès des patients âgés à des structures spécialisées en soins palliatifs et en prise en charge de la douleur, qu’ils soient hospitalisés ou qu’ils vivent au domicile ou en EHPAD. Pour renforcer l’impact des textes législatifs, deux récents plans du ministère de la Santé ont notamment pour objectif, pour les sujets âgés vivant en EHPAD, le développement de réseaux de santé dont l’activité principale est axée sur la prise en charge de la douleur ou la gestion de la fin de vie. Cette mise au point reprend les éléments constitutionnels d’une coopération entre un réseau de soins palliatifs et un EHPAD, s’intégrant plus généralement dans une démarche qualité d’un établissement. Sont soulignés les avantages d’un tel partenariat : soutien aux résidents et à leur famille, soutien aux équipes soignantes et au médecin traitant qui peuvent être en difficulté devant une situation de fin de vie ou la gestion complexe d’une douleur. Sont aussi abordées les difficultés de sa mise en place, parfois atténuées par la simple information des soignants sur l’existence et les rôles d’un réseau de soins palliatifs, et par la participation du réseau à la formation des personnels de l’EHPAD. The current legal framework in France incites to guarantee the access of elderly subjects to structures specialized in palliative care and pain management whether these subjects are hospitalized, or living at home, or institutionalized. To reinforce the impact of the legislative texts, two recent plans of the ministry for Health concerning in particular, institutionalized elderly subjects, aim to develop heath networks whose principal activity is centered on pain and endof-life management. This article reviews the constitutional elements of a cooperation between a palliative care network and an institution for elderly people. Based on a quality approach, it highlights the advantages of such a partnership: support for residents and their families, support for medical teams and attending physicians, which can encounter problems in pain and end-of-life management. Implementation difficulties are also discussed as well as measures that sometimes attenuate them: information of caregivers about the existence of the palliative care network and its roles, participation of the network in the training of the institution’s staff. Mots clés : Soins palliatifs - EHPAD - Réseaux Convention. Key words: Palliative care - Institution for elderly people - Networks - Convention. Réseau de Soins Palliatifs Epsilon (CVV, ID), Versailles ; Unité de Soins Palliatifs Gériatriques (PG, PF) ; Unité de Gériatrie Aiguë (EP), Hôpital Charles Foix (AP-HP), Ivry-sur-Seine ; France. Article reçu le 16.09.2009 et accepté le 14.12.2009. Auteur correspondant : Dr Pascale Gauthier, Unité de Soins Palliatifs Gériatriques, Hôpital Charles Foix (AP-HP), 7 avenue de la République – 94200 Ivry-sur-Seine, France. E-mail : [email protected] © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 La Revue de Gériatrie 2010 ; 35:263-269. 263 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites E aux personnes, mais aussi les difficultés qui peuvent être rencontrées dans la mise en œuvre de ces dispositions. n 2006, moins d’une personne sur dix mourait en EHPAD, alors que les enquêtes d’opinion montrent que les français souhaitent majoritairement décéder à domicile (1). En particulier, la majorité des personnes âgées hébergées en EHPAD expriment le choix de mourir au sein de leur structure de vie. Même si toutes les situations de fin de vie ne nécessitent pas la mise en œuvre de soins palliatifs, ces soins doivent cependant constituer un droit lorsqu’ils se révèlent nécessaires. La loi du 9 juin 1999 vise ainsi à garantir l’accès aux soins palliatifs et d’accompagnement, que ce soit au sein des institutions sanitaires ou médico-sociales ou à domicile (2). En complément, la loi de 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, reconnaît comme droit fondamental de la personne le soulagement de la douleur, a fortiori pour tout malade requérant des soins palliatifs (3). Enfin, la loi Léonetti de 2005, relative au droit des Malades et à la fin de vie, donne un cadre légal au développement des soins palliatifs, en particulier en favorisant le développement de structures adaptées à l’intérieur même des EHPAD (4). A ces textes législatifs, on peut ajouter l’existence de deux plans du ministère de la Santé : le plan Douleur 2006-2010 et le plan Soins Palliatifs 20082012 (5-6). La priorité du plan Douleur est d’améliorer la prise en charge de la douleur des personnes âgées et en fin de vie, notamment en la renforçant dans les réseaux de santé. Alors qu’en 2008 existaient 110 réseaux avec une activité dominante en soins palliatifs ou de lutte contre la douleur prenant en charge environ 27 500 patients, le plan prévoit le doublement de cette activité, avec l’amélioration de la coordination des professionnels. L'objectif est d'atteindre 50 000 patients pris en charge en 2012 par la création de réseaux dans les territoires qui n'en sont pas pourvus et avec le renforcement des réseaux là où ils existent déjà (6). DÉMARCHE QUALITÉ EN EHPAD ET SOINS PALLIATIFS OU COMMENT LA CULTURE PALLIATIVE SE FAIT UNE PLACE DANS LES ÉTABLISSEMENTS MÉDICO-SOCIAUX _________________________ L'élément nouveau introduit par la réforme de la tarification des EHPAD est la formalisation systématique de démarches d'évaluation et d'amélioration continue de la qualité, dans le cadre de conventions tripartites établies entre chaque établissement, l'Assurance Maladie et le Conseil Général du département. Les EHPAD sont impliqués de façon réglementaire dans une démarche qualité appuyée sur un référentiel, qui est l’outil d’autoévaluation ANGELIQUE (Application Nationale pour Guider une Évaluation Labellisée Interne de la Qualité pour les Usagers des Établissements) (8). Ce référentiel ANGELIQUE évoque la question des soins palliatifs à travers 2 points : - le premier concerne l’organisation de la continuité des soins par le médecin coordonnateur, qui doit s’assurer que la fin de vie au sein de l’EHPAD fait l’objet d’une prise en charge spécifique des résidents (par exemple soins d’accompagnement adaptés incluant la famille, respect des convictions religieuses), et qu’il existe un programme de formation continue du personnel soignant ; - le second concerne la formalisation d’une filière de soins spécifiques (douleur, soins palliatifs ….), sous la forme d’une convention entre l’EHPAD et une équipe mobile ou une unité de soins palliatifs de proximité. Une démarche palliative de qualité nécessite dans chaque institution, qu’elle soit médico-sociale ou sanitaire, un investissement dans la formation d’un référent en soins palliatifs et de l’ensemble du personnel en charge des résidents. Il est également indispensable d’inclure la dimension palliative dans le projet médical de l’établissement, associant l’organisation d’un soutien des soignants, et une réflexion sur l’accueil et le soutien des familles (7). L’enjeu pour un EHPAD est de mettre en place une réflexion éthique sur la fin de vie de ses résidents, en respectant leurs droits, en écoutant leurs souhaits et ceux de leurs proches, et en permettant une prise en charge palliative de qualité au sein de l’établissement. L’optimisation de la prise en charge des patients en fin de vie résidant en EHPAD passe par le développement d’une démarche palliative au sein de l’établissement. Celle-ci est rendue obligatoire par la circulaire du 19 février 2002 relative à l'organisation des soins palliatifs et de l'accompagnement (7). Cette circulaire met en particulier l'accent sur les missions et les modalités de fonctionnement des réseaux de soins palliatifs intervenant au sein des EHPAD. Elle précise d’autre part que les schémas régionaux d’organisation inciteront chaque EHPAD à établir un partenariat clinique avec ces réseaux. Nous abordons dans cette mise au point, les effets positifs d’un développement du partenariat clinique entre EHPAD et réseaux de soins palliatifs sur les soins apportés © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 La mise en place d’une telle démarche palliative nécessite aussi des compétences extérieures visant à 264 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites situation de fin de vie. La prise en charge palliative consiste à guider les proches tout au long de l’aggravation d’une maladie chronique incurable, en identifiant les symptômes présents et à venir, en rassurant sur leur prise en charge active. Cela contribue à améliorer la collaboration avec l’équipe en charge du résident, et cela permet de soutenir et d’accompagner l’entourage épuisé par la durée de la maladie et angoissé par l’aggravation de celle-ci. Le partenariat clinique entre un réseau et un EHPAD permet donc de renforcer le cadre médical autour du résident, ce qui peut avoir un caractère rassurant pour les familles. Elles se retrouvent face à une équipe complémentaire de soignants disponibles pour les écouter, les soutenir et répondre à leur questions qu’elles soient médicales, sociales, psychologiques ou organisationnelles. Dans ce cadre, le rôle du psychologue coordinateur est de repérer les familles en difficulté, de reconnaître une souffrance qui peut engendrer l’agressivité ou la fuite vis à vis de l’équipe, et de leur proposer un soutien. Le psychologue du réseau est également à la disposition des familles qui se savent et se disent en difficulté, et qui souhaitent être soutenues dans la prise en charge de leur proche malade. Son rôle est alors de faire une évaluation psychologique et d’orienter si nécessaire le proche vers un confrère de proximité. Dans les situations de fin de vie en EHPAD, les réseaux de soins peuvent enfin sensibiliser les proches aux symptômes liés à l’agonie, ce qui leur permet d’appréhender plus sereinement la mort (10). améliorer le travail des soignants, aides spécifiquement apportées par les membres d’un réseau de soins palliatifs (soignants experts, psychologues ou bénévoles d’accompagnement) (9). Les réseaux de soins palliatifs sont chargés de coordonner l'action des soignants et des équipes mobiles prenant en charge un patient atteint d'une maladie grave et potentiellement mortelle. Ils permettent le respect du désir des patients en ce qui concerne le choix du lieu de prise en charge et prennent également en compte les capacités de l’entourage à accepter ce choix. AVANTAGES D’UN PARTENARIAT ENTRE UN EHPAD ET UN RÉSEAU DE SOINS PALLIATIFS Un travail de concertation avec un réseau de soins palliatifs peut apporter, au sein d’un EHAPD, les soutiens nécessaires au patient et sa famille, aux soignants et au médecin traitant. Soutien au résident et à sa famille Au cours de leur séjour dans un EHPAD, les résidents sont fréquemment confrontés aux décès successifs d’autres patients institutionnalisés. Ils sont donc fragilisés psychiquement par la réalité de leur finitude au travers de cette expérience de la mort. De plus, il peut exister un isolement social expliquant la rareté ou la pauvreté d’un soutien par les échanges avec les proches. L’implication d’un réseau de soins palliatifs dans l’EHPAD permet de détecter les résidents en difficulté et de leur proposer, entre autres choses, de rencontrer la psychologue coordinatrice dans le cadre d’un suivi de deuil. C’est dans ce soutien aux patients et aux familles que les bénévoles d’accompagnement prennent le plus naturellement leur place. De nombreuses associations de bénévoles existent en France, dont les deux tiers sont regroupées au sein de l’UNASP (Union Nationale des Associations pour le développement de Soins Palliatifs) ou de la fédération JALMALV (Jusqu'A La Mort Accompagner La Vie) (11). Ce mouvement associatif a d’ailleurs été souvent à l'origine de la prise de conscience des professionnels de santé de la nécessité du développement des soins palliatifs. Le plan soins palliatifs 2008 - 2012 prévoit d’ailleurs de former 7 000 bénévoles par an (6). Les réseaux de soins palliatifs signent des conventions avec ces associations et peuvent donc faciliter l’action des bénévoles dans un EHPAD, en accord avec l’équipe de la structure. L’intervention des bénévoles dans un EHPAD est régie par une convention (12). Le réseau peut aussi aider l’EHPAD à mettre en place une information des résidents sur leur droits, en particulier sur la possibilité de désigner une personne de confiance, en ayant même éventuellement un rôle d’aide au choix de cette personne de confiance. Cette démarche peut permettre aux résidents de préparer les conditions de leur mort, de recueillir leurs directives anticipées et, par la même, d’évoquer leurs souhaits, leurs refus, et de les rassurer sur la capacité de l’institution à les accompagner jusqu’au bout de leur vie. Les réseaux de soins palliatifs ont également pour mission de soutenir et d’accompagner les proches du malade résidant en EHPAD. L’accompagnement est d’abord inscrit dans le cadre de l’information faite aux familles sur l’évolution d’une situation médicale. En effet il est primordial d’aider un proche à reconnaître une © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 Soutien à l’équipe soignante de l’EHPAD La plupart des EHPAD souhaitent accueillir leurs résidents jusqu’au décès, mais ce souhait est parfois difficile à réaliser sur le plan pratique devant l’émergence d’obstacles variés : épuisement professionnel des soignants, 265 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites d’antibiothérapie de malades en fin de vie….). La collaboration avec un réseau de soins palliatifs peut enrichir ces discussions sur le travail de l’équipe, et aider à clarifier et argumenter la décision retenue auprès des soignants, afin que l’équipe adhère à la cohérence du projet de soins, après que chacun ait pu exprimer son point de vue. Lors des réunions de relecture de cas cliniques ou de cas éthiques, sont repris des cas complexes, analysés “à froid”. Le réseau de soins palliatifs peut animer ces réunions et apporter une expertise extérieure. Les thèmes abordés sont proposés selon les besoins de l’EHPAD. Enfin, le réseau organise des réunions post-décès afin de permettre à chacun d’évoquer les difficultés rencontrées lors de la prise en charge ou d’oser verbaliser ses émotions ou ses interrogations restées sans réponse au moment du suivi du résident. anxiété des équipes devant une complication aiguë, difficulté d’accès au plateau technique, disponibilité du personnel face à la souffrance des familles, manque de personnel. Le travail en étroite collaboration avec les structures complémentaires, type réseau de soin, permet de lever certains obstacles en collaborant avec l’équipe du réseau pour les soins techniques et la prise en charge des symptômes. L’équipe soignante de l’EHPAD peut déléguer une partie de la prise en charge au réseau, qui est souvent plus disponible. La prise en charge de résidents en fin de vie nécessite souvent de la part des soignants un investissement important face à des situations exigeantes. Ainsi, contrairement à certaines idées reçues, la charge globale de travail peut s’intensifier lorsque les soins deviennent palliatifs et non plus curatifs, même si ce travail est rarement valorisé. Un des objectifs, pour l’EHPAD qui travaille en partenariat avec un réseau, est d’établir un projet global de soins dans lequel les soins palliatifs sont intégrés au même titre que les soins curatifs, afin qu’ils soient considérés par l’équipe soignante comme un objectif positif et non comme un abandon de soins. De plus, la confrontation à la souffrance et à la mort est un facteur majeur d’épuisement professionnel (13). Or, la qualité de la prise en charge palliative des personnes en fin de vie dépend souvent plus de l’implication des personnes que de l’organisation médicale, soignante et administrative. Le réseau de soins palliatifs offre un soutien, parfois même par des moments informels de discussion “à chaud” entre soignants, temps d’échange précieux permettant une expression libre des émotions, qui permet de prévenir l’épuisement des soignants. Le réseau de soins palliatifs peut aussi assurer un soutien technique à l’équipe soignante de l’EHPAD. Les infirmières des réseaux de soins se rendent disponibles auprès des équipes soignantes en tant que conseillères et non en tant que soignantes à proprement parler. Elles peuvent ainsi être amenées à prodiguer des conseils sur les soins de bouche, à discuter autour des protocoles de pansements d’escarre ou encore à participer à l’évaluation de la douleur d’un patient. Ces conseils peuvent être donnés par téléphone ou directement au lit du malade. Enfin, la formation initiale et continue de l’ensemble des acteurs concernés par les soins palliatifs, et en particulier le personnel des EHPAD, constitue l’un des leviers essentiels pour garantir l’accès de tous à des soins palliatifs de qualité. La formation au sein d’un EHPAD a un triple objectif : permettre un apprentissage théorique homogène au niveau de l’équipe en termes de connaissances cliniques, psychologiques et éthiques des patients en soins palliatifs, apprendre à se connaître, et encourager chaque soignant à prendre la parole. Sensibiliser l’ensemble de l’équipe n’est pas toujours facile. Il convient de choisir le meilleur créneau horaire et un rythme adapté, ce qui oblige les réseaux de soins qui organisent les formations à intervenir de façon répétée afin de toucher l’ensemble du personnel. Les thèmes à aborder correspondent aux besoins des équipes soignantes de l’établissement. Les sujets les plus demandés sont : la prise en charge de la douleur, les soins de bouche, la prise en charge des symptômes de fin de vie, la réflexion éthique en fin de vie autour de l’arrêt de la nutrition et de l’alimentation, et la mort. Face à l’importance des attentes des professionnels, des personnes malades et des familles, la Direction Générale de la Santé a initié et confié, en juillet 2002, à la Société Française de Gériatrie et Gérontologie, en lien avec l’ensemble des De façon plus formelle, le travail interdisciplinaire entre les deux équipes participe à l’élaboration de la réflexion et donc facilite la prise de décision palliative partagée et collégiale. En effet, il est important que plusieurs espaces de parole soient ouverts au sein des EHPAD : réunions interdisciplinaires de discussion de cas de malades, réunions de relecture de cas cliniques ou de cas éthiques, réunions post-décès. Les réunions interdisciplinaires de discussion de cas de malades permettent à chaque soignant de comprendre la démarche médicale à travers une réflexion globale, d’y participer en apportant les éléments nécessaires à la prise de décision palliative concernant les patients qu’il prend en charge. En présence de tous les membres de l’équipe, les problèmes médicaux, mais également l’information donnée aux malades et aux familles, le contexte psychologique ou les questions d’ordre éthique sont abordés (arrêt des traitements curatifs, arrêt ou renoncement à une alimentation ou une hydratation artificielle, décision de transfusion ou © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 266 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites sociétés savantes concernées, la création puis la diffusion d’un outil de sensibilisation et de formation appelé MobiQual (Mobilisation pour l’amélioration de la Qualité des soins) (14). Dans le cadre de ce programme de santé publique, le “classeur soins palliatifs” peut être utilisé par tout soignant, en particulier par les professionnels des structures fixes et mobiles de soins palliatifs, par les soignants et référents soins palliatifs des institutions gériatriques et par les médecins coordonnateurs. En 2008, les tutelles se sont engagées à mettre en place des actions de formation MobiQual auprès du personnel des structures médico-sociales et des services de soins à domicile (6). multiplication des interlocuteurs pouvant être un inconvénient. Il est important de bien expliquer que le médecin coordinateur du réseau de soins palliatifs est à la disposition de chacun des professionnels, du patient et de sa famille, pour un rôle d’expertise médicale, clinique et thérapeutique, mais qu’il ne le fait que quand il est “invité” au sein de l’EHPAD par le médecin coordinateur de la structure et auprès du malade par le médecin traitant. Lorsque le médecin du réseau de soins palliatifs évalue un résident en fin de vie et propose un traitement au médecin référent, il est fréquent que ces conseils ne puissent pas être suivis en raison de problèmes organisationnels liés à l’EHPAD, dont les deux principaux sont : le sous-effectif infirmier et en particulier l’absence de personnel infirmier la nuit, et le mode de tarification des EHPAD. Soutien pour le médecin traitant Le suivi par le réseau intègre des évaluations médicales en fonction de l’évolution des symptômes de fin de vie. L’information médicale est ensuite transmise aux équipes soignantes et au médecin traitant dans le but d’adapter au plus vite les traitements mis en place. Le médecin du réseau suggère différentes propositions au médecin traitant, qui reste le décideur principal. Depuis 2008, le Ministère de la Santé s’est engagé à améliorer l’information des professionnels de santé, en particulier des médecins traitants, à travers la diffusion de documents relatifs à la démarche palliative et aux dispositions de la loi sur le droit des malades, et à la fin de vie. Les réseaux de soins palliatifs participent à cette action de santé publique en s’associant à cette campagne de communication auprès, en autres, des médecins traitants intervenant au sein d’EHPAD. Le soutien d’un réseau vient encourager les médecins traitants à prendre en charge des malades en fin de vie. Les soins palliatifs nécessitent des connaissances théoriques spécifiques sans lesquelles un médecin généraliste peut se sentir démuni face à l’un de ses patients. Or, l’enseignement théorique des soins palliatifs n’est intégré au programme du second cycle des études médicales que depuis 1996. Le diplôme d’études spécialisées complémentaires “Douleur et Soins palliatifs” n’est mis en place que depuis 2008 (6). Il est donc logique qu’un regard expert puisse s’avérer utile pour discuter autour d’un cas complexe. Le soutien autour des discussions thérapeutiques ou éthiques avec les équipes de l’EHAPD peut aussi être un motif de sollicitation du réseau. Le manque de personnel au sein des EHPAD entraîne à moyen et long termes un épuisement professionnel des soignants, avec pour conséquence ultime la maltraitance de la personne âgée. Ce “burn out” est également responsable d’un turn-over trop rapide des soignants au sein des établissements. Les soignants, ainsi soumis à ce stress continu, sont moins disponibles en temps et n’ont pas l’état d’esprit nécessaire pour recevoir une formation continue. Les réseaux de soins qui proposent des formations aux équipes des EHPAD ont parfois l’impression d’un manque de motivation, alors qu’il s’agit plutôt d’indisponibilité psychique par épuisement professionnel. L’absence de personnel infirmier la nuit est une véritable contrainte pour la mise en place de traitements en continu (par exemple une perfusion d’antalgique sur 24h). En 2006, une étude réalisée dans 134 établissements du Val d’Oise accueillant des personnes âgées, dont 48 EHPAD, montrait que seuls 13 établissements étaient dotés d’une infirmière de nuit, permettant de dispenser un traitement morphinique à un patient douloureux, et qu’un établissement utilisait une seringue électrique de morphine malgré l’absence d’infirmière de nuit (15). L’autorisation d’intervention de l’Hospitalisation à Domicile (HAD) en EHPAD doit permettre, en théorie, de pallier le manque de personnel qualifié la nuit et d’administrer des traitements en continu (16). En pratique, très peu d’établissements ont recours à l’HAD et il est probable que cette structure ne pourrait pas répondre à une augmentation importante de ce type de demande. Pour tenter de garantir la prise en charge en soins palliatifs des personnes en fin de vie en EHPAD, des expériences seront menées entre 2008 et 2012 avec la présence d’infirmières de nuit formées (6). Une étude réalisée par la Direction LIMITES OU DIFFICULTÉS D’UN PARTENARIAT ENTRE UN EHPAD ET UN RÉSEAU DE SOINS PALLIATIFS ____________________________________ Aux yeux du patient, l’articulation entre les différents intervenants ne semble pas toujours aussi simple, la © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 267 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites Générale de l’Action Sociale portant sur 25 EHPAD de plus de 200 places et sur 25 autres de moins de 200 places, est prévue sur une durée d’un an et demi, et doit faire l’objet d’une évaluation en 2010. Les réseaux de soins doivent donc intégrer la notion de manque de personnel au moment de faire leurs propositions thérapeutiques. teur. En dépit de ces difficultés, le développement de la “culture palliative” en France et l’extension géographique des réseaux de soins participent à une meilleure acceptation des médecins coordinateurs des réseaux par les généralistes. Se pose aussi le problème de la tarification des EHPAD, qui ont la possibilité de choisir entre un tarif de soins global ou un tarif de soins partiel (n’intégrant pas les rémunérations versées aux médecins généralistes et aux auxiliaires médicaux libéraux intervenant dans l’établissement - hors médecin coordonnateur et infirmières libérales - ainsi que les examens de biologie, de radiologie et les médicaments). Depuis 2002, les établissements “médico-sociaux” ne disposant pas de pharmacie à usage intérieur ne peuvent plus prendre en charge les médicaments et les produits et prestations mentionnées à l'article L. 165-1 du code de la sécurité sociale. Ces derniers sont donc prescrits et remboursés directement aux résidents. Certains soins de confort en fin de vie, comme les soins d’escarres évoluées, nécessitent l’utilisation de pansements onéreux à renouveler fréquemment. Le mode de tarification peut donc avoir des conséquences sur la qualité de prise en charge de ce type de patient. CONCLUSION ___________________________________ La volonté affichée depuis quelques années par les instances gouvernementales de renforcer le nombre des réseaux de soins palliatifs va dans le sens d’un engagement vers une meilleure prise en charge de la fin de vie. Le partenariat clinique entre les EHPAD et ces réseaux apporte de nombreux bénéfices en termes de soutien au résident et à sa famille. Les différents acteurs de santé autour de la personne âgée sont mieux coordonnés. Les réseaux proposent aux soignants, au médecin coordinateur et au médecin traitant de suivre des formations, d’analyser leurs pratiques et d’aborder les questions d’ordre éthique. Ils permettent ainsi une continuité de prise en charge au sein de l’EHPAD pour permettre au patient de rester au sein de l’institution jusqu’à la fin de sa vie, quand le souhait en a été exprimé. Des difficultés au développement de ces partenariats persistent. Elles sont liées à la méconnaissance des réseaux par le public, mais aussi par de nombreux professionnels, à l’organisation politico-économique propre aux EHPAD. Dans la coordination entre les différents praticiens intervenant auprès du patient, le médecin du réseau de soins palliatifs se heurte parfois à une certaine réticence de la part du médecin traitant à suivre les propositions thérapeutiques. Une étude menée auprès de 370 maisons de retraite privées montre que 70% des médecins traitants ne respectent pas les protocoles médicaux déjà en place, même si l’auteur de cette étude estime que dans 75% des cas la relation avec le médecin coordinateur de l’établissement est bonne. Le médecin coordinateur du réseau doit toujours rappeler au patient, au mieux en présence du médecin traitant, qu’il est complémentaire du généraliste mais ne se substitue en aucun cas à celuici. Le médecin traitant reste le décideur et le prescrip- © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 L’annonce officielle du programme de soins palliatifs 2008 - 2012 et les mesures coordonnées, opérationnelles ou expérimentales, qu’il contient sont autant d’éléments positifs face aux besoins actuels en termes de soins palliatifs et d’accompagnement. Reste à évaluer ses effets sur l’amélioration de la qualité de la prise en charge des personnes en fin de vie hébergées en EHPAD. ■ Conflits d’intérêt : Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêt concernant cet article. 268 Partenariat clinique entre un EHPAD et un réseau de soins palliatifs : bénéfices et limites RÉFÉRENCES ___________________________________________________________________________________________ 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. www.la-croix.com. Enquête sur les soins palliatifs réalisée par Ipsos pour la Fondation de France. Article paru le 10 juin 2009. Loi n°99-477 du 9 juin 1999, visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs. 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Brève préparée avec l’aide de Successful Aging – Plus de brèves sur le site www.saging.com L’ostéoporose concerne aussi les hommes osseuse, moins pratiquée chez l’homme que chez la femme, est encore l’objet de controverses quant aux valeurs de référence à adopter. Quoi qu’il en soit, un risque de fracture à 10 ans peut être calculé sur la base de quelques paramètres, dont en particulier : une histoire de fracture, des antécédents familiaux de fracture de hanche, un tabagisme actif, une consommation excessive d’alcool, la prise au long cours de corticoïdes, la présence d’une polyarthrite rhumatoïde. L’arsenal thérapeutique permettant une prise en charge efficace de l’ostéoporose est équivalent chez l’homme et chez la femme. Si de nombreuses questions demeurent sans réponse en ce qui concerne les mécanismes responsables de cette ostéoporose chez l’homme, l’aspect le plus préoccupant est bien le dépistage et la prise en charge de cette affection chez les seniors de sexe masculin. Khosla S. J Clin Endocrinol Metabol. 2010;95:3-10 Dans l’esprit de bon nombre de personnes, l’ostéoporose et les fractures qui lui sont associées concernent essentiellement les femmes âgées. Même si la perte osseuse est moins rapide chez l’homme, elle est bien réelle et les statistiques montrent qu’après la cinquantaine, un homme sur 5 fera une fracture associée à l’ostéoporose. De même, un tiers du total des fractures de hanche et plus de 40% des fractures vertébrales surviennent chez les hommes. Une recherche des antécédents de fractures est d’autant plus importante chez ces derniers que le risque de nouvelles fractures est pratiquement 2 fois plus élevé chez les hommes. Tout comme chez la femme, les hormones sexuelles et tout particulièrement les niveaux sanguins de l’?stradiol, semblent contribuer de façon déterminante au risque de fracture qui est augmenté de façon significative en dessous d’une valeur seuil. L’évaluation de la densité minérale © La Revue de Gériatrie, Tome 35, N°4 AVRIL 2010 269