Marathon de Chicago 2007
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Marathon de Chicago 2007
Marathon de Chicago 2007 Certes, ce qui est arrivé était prévisible… En effet, pendant les deux semaines environ qui ont précédé ce dimanche 7 octobre 2007, les températures à Chicago étaient élevées : 28-30 ° C. Le dernier footing matinal de 20 minutes la veille de la course, sur place, s’est terminé en sueur. Le samedi soir, à la TV, la carte de la chaîne météo locale montrait une zone rouge centrée sur les grands lacs et prévoyait pour le lendemain une température de 90° Fahrenheit, soit 33° Celsius. Mais la confiance était au rendez-vous Ma préparation avait été bonne. Le poids était correct. Bien sûr, une légère sciatique me tenaillait depuis début août et un rhume contracté quelques jours plus tôt aurait pu m’inquiéter. Évidemment, la fatigue du voyage (départ de Lille le vendredi à 9 heures et arrivée à l’hôtel à Chicago à 22 heures locales, soit 5 heures du matin samedi heure française !), le décalage horaire (7 heures) et la marche du samedi pour aller chercher les dossards (à elle seule, la Health and Fitness Expo Public où étaient délivrés les Marathon Paquets vaut le voyage de par sa taille) et commencer la visite de Chicago devaient logiquement avoir des conséquences. Mais tous ces facteurs ne ternissaient pas l’espoir de réaliser l’objectif de 4h15’ (après 4h28’ à Venise il y a deux ans et 4h19’ à Amsterdam l’an dernier). Antoine était content de son entraînement (avec 5 séances / semaine) et visait 3h10’, après 3h14’ à Paris en avril. Marathon de Chicago 2007 1 Jacques Doutté Le décor Capitale de l’Illinois, au bord du lac Michigan, Chicago est la 3 ème plus grande ville des États-Unis après New York et Los Angeles. Son nom a longtemps été associé à la prohibition et à Al Capone. Aujourd’hui, elle est renommée pour la qualité architecturale de ses buildings. Bien que presque totalement urbain, le parcours est agréable et permet de visiter douze quartiers, très différents les uns des autres : du Loop, central et financier, aux quartiers périphériques, chinois, afro et latino, entre autres. Formé de trois boucles, le parcours permet aux spectateurs qui le souhaitent de voir plusieurs fois les coureurs. Le public est impressionnant. Estimé à 1,5 million personnes, il est très bruyant et encourage en permanence les runners, à tel point qu’au bout d’une heure on souhaiterait un peu de calme. Ma course (euphémisme !) En quittant l’hôtel à 6 heures du matin, il faisait 73° F (24° C). A 8 heures, au départ, 80° F (26° C) et 86 % de taux d’humidité. Mais le départ ayant lieu au bord du lac, dans un parc, l’air était agréable. L’hymne américain, chanté magnifiquement a cappella par une vedette locale, était un premier moment d’émotion intense. Cela m’a toutefois semblé un peu choquant eu égard aux nombreux participants et spectateurs non US. Curieusement, au départ, l’organisation n’a donné aucun avertissement ou conseil aux coureurs. Pas un mot sur les conditions météo, pas de mise en garde. Marathon de Chicago 2007 2 Jacques Doutté 45 000 inscrits, 35 867 partants. Jogging de novembre informe que les organisateurs, par le biais des médias, avaient donné des conseils de prudence dans les jours qui précédaient la course, ce qui explique probablement le nombre important de non partants. Il me fallut 9 minutes et demi après les premiers pour passer la ligne de départ. Antoine partira après seulement 44 secondes. Les premiers miles se déroulaient en partie à l’ombre des gratte-ciel et la chaleur paraissait supportable. Après dix kilomètres (tous les miles étaient indiqués et le temps enregistré par les puces tous les cinq kilomètres), les presque deux minutes de retard par rapport à mon tableau de marche ne m’inquiétaient pas trop. Je m’efforçais de courir sous les arbres lorsqu’il y en avait. La traversée du Lincoln Park au nord de la ville apporta une fraîcheur relative. A plusieurs occasions, je discutais avec les membres d’un club de jogging strasbourgeois qui avaient fait le déplacement à 25. Puis assez brusquement, j’eus l’impression d’avoir un poids énorme sur le dos… ou alors j’étais en train de tirer le El (métro de Chicago, qui dans le Loop est aérien, d’où le surnom de El comme Elevated Train) ! Je n’étais pas encore persuadé que la chaleur était en cause. Aussi, j’avalais un des gels que j’avais emportés car aucun ravitaillement solide n’était prévu. Rien n’y fit et mon allure baissait. Au 13ème mile, dans le West Loop, se présenta alors une très longue ligne droite de 2 miles, plein ouest, donc soleil dans le dos et sans ombre. J’attrapais alors Marathon de Chicago 2007 3 Jacques Doutté très mal dans les épaules. Je regrettais de ne pas avoir fait un peu plus de musculation. Mais n’était-ce pas aussi le coup de soleil que j’étais en train d’attraper ? Je n’avançais plus. Bizarrement, mon rythme cardiaque restait bas. Je reprenais un gel. J’avais pris soin dès le début de bien m’hydrater. Mais désormais à chaque ravitaillement (il m’a semblé qu’il y en avait plus que ceux prévus initialement tous les cinq kilomètres), je buvais abondamment du Gatorade et de l’eau, seules boissons proposées. L’objectif de temps initial était loin. Je ne savais d’ailleurs plus où j’en étais. J’avais abandonné la recherche des panneaux de miles qui étaient d’ailleurs difficiles à repérer compte tenu du nombre de coureurs et de spectateurs. Probablement vers le 25ème kilomètre, l’inexorable arriva et je dus alterner marche et course. Autour de moi, nombre de coureurs marchaient aussi. A signaler que bien que nous soyions toujours très nombreux, la largeur des rues et des avenues permettait de ne pas se gêner. Heureusement, le fait d’être entouré en permanence était motivant. J’avançais tant bien que mal. Le nombre de concurrents s’arrêtant pour s’étirer ou s’allonger augmentait. Aux ravitaillements, le sol était jonché de tellement de gobelets écrasés, que par endroit on ne voyait plus la chaussée. Tenir. Tenir à ce rythme lent. J’essayais de me divertir en regardant les spectateurs et leurs encouragements inscrits sur des pancartes, en détaillant les façades, en profitant des nombreuses animations : orchestres divers, Écossais en kilt jouant de la cornemuse, sosie d’Elvis chantant (très bien) sur son estrade… Nous traversâmes Little Italy, puis Pilsen, le quartier latino. Je calculais que même finir en moins de 5 heures devenait utopique. Marathon de Chicago 2007 4 Jacques Doutté Au bout de 3 h 50’ de course, je vis un policier au milieu de la rue, criant : « Race is over… Race is ended… Walk… Walk… !: ». Puis un autre. Puis un pompier un peu plus loin nous intimant lui aussi l’ordre de marcher. Au dessus de nous, un hélicoptère et son haut parleur donnaient les mêmes consignes. Soulagement. A partir de ce moment, les bips caractéristiques des puces ne retentirent plus tous les 5 kms. Chinatown se présentait : deux dragons animaient le virage juste avant le portique portant la banderole de la célébration de l’anniversaire de la création de la République populaire de Chine. A partir de ce moment, aux intersections, les ambulances arrivaient de toutes parts, sirènes hurlantes. Les hélicoptères continuaient à tournoyer. Les camions de pompiers aussi. Ceux-ci se mirent à ouvrir les bouches d’incendie, ce qui provoquait de véritable geysers, salvateurs. Nous dépassâmes trois bus de Chicago, en attente, dans le sens du parcours. Je trottinais un peu de temps en temps… entre deux voitures de police, craignant d’être pris en excès de vitesse ! Puis ce fut Bronzeville, le quartier African-American, et ses rythmes, qualifié de « Birthplace of the Blues ». Aux ravitaillements, les volontaires semblaient débordés. Ils étaient aidés par la population, jeunes et vieux, toutes races confondues, pour servir les boissons. Certains habitants avaient sorti leurs tuyaux d’arrosage. D’autres les sacs de glaçons des congélateurs, qu’ils cassaient sur le trottoir avant de les tendre dans des bols. Le personnel d’un supermarché apportait des bonbonnes d’eau et des gobelets. Des bananes apparurent à un ravitaillement. Il régnait une ambiance empreinte de gravité et d’entraide qui serrait la gorge. Les encouragements étaient moins nombreux mais plus graves : aux « Keep running » et autres « Good job », succédaient les « You can do it », « You are heroes »… Un peu flatteur tout de même ! Quoique : à un moment, ma voisine de course attira mon attention sur un panneau d’information digital : 97° F, soit 37° C ! Juste après Bronzeville, au 24ème mile, nous débouchâmes sur la Michigan Avenue, longue de près de 3 miles. Nous croisâmes une autre colonne de trois bus, roulant en sens inverse, partant vers l’arrière de la procession… pardon de la course ! Tout au bout de l’avenue, on distinguait un immense geyser. Il s’agissait d’un camion de pompier qui projetait de l’eau à travers un immense ventilateur formant ainsi un nuage de gouttelettes d’eau. Puis ce fut, me semble-t-il, la seule côte du parcours (donc très plat) pour franchir un pont, juste avant l’arrivée, que nous fûmes beaucoup à passer en courant. Déjà la fin du film ! Marathon de Chicago 2007 5 Jacques Doutté Bilan Dès le premier tiers de la course, ce fut une grosse déception de prendre conscience ne pas pouvoir atteindre l’objectif et de ne rien pouvoir faire. Toutes ces heures d’entraînement pour ça ! Puis, la honte de devoir marcher, avant l’ordre, fut difficile à admettre. Mais progressivement, devant une telle succession d’événements, ressentis ou vus, le caractère exceptionnel de la situation et du décor me rendirent spectateur. Je sentais bien que ce que j’étais en train de vivre resterait unique et j’essayais de profiter de tous ces instants. Je terminais serein et « en bon état » physique. Souvenir ! Finalement, les organisateurs ont quand même publié les temps de passage et finaux ainsi que le classement : 35 867 partants, mais seulement 24 933 arrivants. Je termine 18 801ème en 5 h 27’. En réalité, les participants n’ayant pas atteint un certain point au moment de l’arrêt de la course, ont été sommés de s’arrêter et ont été détournés vers l’arrivée, à pied ou en bus. Ni le public à l’arrivée, ni les coureurs de tête n’étaient informés de ce qui se passait à l’arrière. Antoine a terminé assez éprouvé et déçu en 3 h 32, donc loin de son objectif. Mais il fut beaucoup plus content de lui en apprenant son classement : 1 212ème ! Seuls environ 4 000 coureurs terminèrent avant que la course ne soit arrêtée. Outre le fait de ne constater aucune séquelle, sauf un début de coup de soleil, j’ai curieusement très bien récupéré et ne ressentait pratiquement aucune douleur le lendemain, contrairement aux marathons précédents. Par ailleurs, je m’interroge sur les raisons physiologiques qui expliquent les difficultés que rencontre le corps humain à supporter les excès de chaleur et d’humidité. Recherche à effectuer. Enfin, après une telle expérience, une inquiétude commence toutefois à sourdre : dans quelle disposition d’esprit serai-je au départ du prochain marathon ? Fallait-il arrêter le marathon ? La presse locale s’est faite l’écho de participants mécontents de n’avoir pas pu terminer l’épreuve. Elle relate aussi le manque d’eau à certains ravitaillements. Il semble enfin que les organisateurs auront à faire face à de nombreux procès. Voir les textes mis sur le blog par Laurent le 8 octobre. J’ai toujours été servi en Gatorade et en eau même si vers la fin les bénévoles avaient des difficultés à faire face à la demande. J’ai vu énormément de runners marcher ou s’arrêter, un homme se tordre de douleur au milieu de la chaussée, des concurrents ayant des postures curieuses en courant. Mais statistiquement, vu le nombre de participants, cela était peut être normal. Par contre, les tentes médicales étaient surpeuplées et le remède miracle était la poche à glace sur la tête. Je pense que les organisateurs ont eu raison de forcer les concurrents à s’arrêter ou marcher. Lire le message du directeur du marathon sur le site www.chicagomarathon.com Volet touristique Chicago est une grande ville typique américaine. S’y ajoute la qualité architecturale des buildings, notamment anciens, et la situation sur la rivière Chicago et au bord du lac Michigan. Comme toujours aux USA, les musées sont nombreux et divers. Marathon de Chicago 2007 6 Jacques Doutté Nous sommes restés aux States jusqu’au vendredi suivant. Après avoir poursuivi la visite, partielle, de Chicago, nous partîmes pour Milwaukee, au nord, toujours au bord du lac Michigan. Ville fondée par des colons allemands, c’est la capitale américaine de la bière, avec notamment la brasserie Miller, 2ème brasseur américain. Puis, plein ouest vers Madison, capitale du Wisconsin. Quelques dizaines de miles plus loin, nous arrivâmes au bord du Mississipi, à Prairie du chien, ancien comptoir de fourrures, fondé par des français en 1673. Un petit circuit intéressant alliant villes de différentes tailles et campagne. Jacques Doutté – octobre 2007 NDLR : Consultez également l'album photos du « Chaud, Chicago, Show » sur le blog. Marathon de Chicago 2007 7 Jacques Doutté