géopolitique de l`Irlande

Transcription

géopolitique de l`Irlande
Sébastien NOGUÈS
Béatrice SÉRIGNAC
LA GÉOPOLITIQUE
DE IRLANDE
Geo 101. Avril 1997.
SOMMAIRE
Carte............................................................................................................
Qu’est-ce que la géopolitique? ......................................................................
L’IRLANDE EN BREF..............................................................................
L’IRLANDE, UNE NATION AU TROIS QUART................................
I. Les étapes du conflit.............................................................................
1. Les causes du conflit.
2. Le particularisme de l’Uster.
3. 1968-1993 : résurgence du conflit, l’IRA lance une campagne de violence.
II. Les acteurs...........................................................................................
1. La présentation des divers partis politiques.
2. La position de l’IRA
3. La position des États-Unis et du Canada.
III. Les solutions possibles au conflit..................................................
1. Les étapes du processus de paix.
2. La paix est-elle vraiment désirée en Irlande du Nord?
3. La croissance économique au service du processus de paix.
LA QUESTION IRLANDAISE A-T-ELLE UNE SOLUTION?.........
BIBLIOGRAPHIE.........................................................................................................
ANNEXE.......................................................................................................................
Qu’est-ce que la géopolitique?
“Pour en donner une première approche très générale et empirique, on
peut dire que le terme géopolitique désigne une démarche intellectuelle, une
façon de voir les choses qui privilégie les configurations spatiales, géographiques (géopolitiques) des différents types de phénomènes qui relèvent de la
catégorie du politique. On peut en effet utilement distinguer différentes catégories de phénomènes sociaux, bien qu'elles aient entre elles de multiples rapports: celle de l'économique, celle du démographique, celle du culturel (qui comprend notamment le religieux) et celle du politique, qui envisage principalement
les multiples relations de pouvoir. La géopolitique prend en compte les rivalités de pouvoirs dans la mesure où celles-ci portent sur des territoires, ce qui est
très souvent le cas, le contrôle (ou la possession) du territoire étant un moyen
d'exercer une autorité ou une influence sur les hommes et les ressources qui s'y
trouvent. Il s'agit non seulement des rivalités entre les États sur des espaces qui
peuvent etre de très grande envergure, mais aussi de confits ou de concurrence
entre d'autres types de forces politiques et sur des territoires qui peuvent être
de relativement petites dimensions, y compris dans le cadre d'une ville.”
Yves LACOSTE.
L’IRLANDE EN BREF.
SUPERFICIE TOTALE DE LÎLE
84 421 km 2,, dont 70 282 km2 pour la République et 14 139 pour l’Irlande
du Nord.
POPULATION TOTALE DE L’ÎLE
Environ 5 millions d’habitants, dont 3,5 millions en République et 1,5 million en Irlande du Nord.
LANGUE
La langue la plus parlée au Nord et dans la République est l’anglais. En
République d’Irlande le gaélique est la première langue officielle bien que très
peu parlée.
ETAT
La république d'lrlande, qui occupe le sud, le centre et le nord-ouest de
l'île, est une démocratie parlementaire. La Constitution (1937) et le Décret de la
république d'lrlande (1948) ont rompu ses derniers liens officiels avec la GrandeBretagne.
CONSTITUTION
Adoptée «au nom de la Sainte Trinité», selon les termes de son préambule,
elle définit la forme des institutions de l'État, ainsi que les pouvoirs du président, des deux chambres parlementaires (Oireachtas) et du gouvemement. Elle
précise aussi la structure et les pouvoirs des tribunaux, ainsi que les droits fondamentaux des citoyens.
INSTITUTION
Le président est le chef de l'État, élu au suffrage universel pour sept ans
(deux mandats maximum). Son rôle est surtout symbolique. Il existe deux
chambres parlementaires: le Dail (Assemblée nationale) et le Seanad (Sénat). Les
166 membres du Dail sont élus au suffrage universel par un système de représentation proportionnelle. Les élections législatives ont lieu au moins une fois
tous les cinq ans. Le Seanad compte 60 membres. Onze d'entre eux sont nommés
par le Taoiseach (premier ministre), les autres sont élus au sein de commissions
professionnelles et par des diplômés de l'Université. Le Seanad peut proposer
ou amender une loi, mais le Dail a le pouvoir de rejeter tout amendement ou
proposition de loi. Le gouvemement répond de ses actions devant le Dail.
ARMÉE
Les forces armées permanentes comprennent l'armée régulière, la marine
et l'armée de l'air, soit 13 000 hommes au total. Le recrutement est volontaire. Le
corps de réserve est de 15 000 hommes.
INTERNATIONAL. Llrlande est membre de l'Union européenne depuis
1993 et des Nations Unies depuis 1955. Ses troupes participeront à plus d'une
vingtaine de missions de paix de l'ONU, notamment au Koweït et en exYougoslavie.
I. Les étapes du conflit.
Afin de mieux comprendre le conflit qui divise à nouveau le territoire
Irlandais depuis 1966, il est nécessaire d’en préciser son origine ainsi que son
particularisme.
1. Les causes du conflit.
• La partition de l’île.
L'Irlande est une île partagée par une frontière invisible en deux parties.
La République, vingt-six comtés, trois millions et demi d'habitants, est un État
indépendant. L'Irlande du Nord, six comtés, un million et demi d'habitants, est
l'une des provinces du Royaume-Uni.
La lutte des Irlandais pour obtenir, dans un premier temps, leur autonomie,
s'engagea au XIX' siècle, mais elle fut freinée par la répression, par la grande
famine de 1847-1848, ainsi que par l'émigration de dizaines de milliers
d'Irlandais vers les États-Unis. Cette lutte connut son épisode le plus sanglant en
avril 1916, lors de l'insurrection qui fut écrasée à Dublin par l'armée britannique,
mais qui se poursuivit ailleurs.
Jusqu'en 1920, la frontière n'existait pas. L'Irlande formait un seul pays.
Quand la majorité des Irlandais, au lendemain de la Première Guerre mondiale,
se prononça pour l'indépendance et prit les armes, soutenu par le mouvement
indépendantiste sous l'impulsion d'Eamonn de Valera, véritable père de la
nation, leader du parti révolutionnaire Sinn Féin en 1918, négociateur de la partition et figure dominante de la politique irlandaise jusqu'aux années 60. Les
protestants, regroupés essentiellement au nord-est du pays, déclarèrent qu'ils
préféraient mourir en combattant plutôt que d'être intégrés dans un Etat indépendant dominé par l'Église catholique. Londres céda à la volonté loyaliste des
protestants et leur accorda ce qui est aujourd'hui l'Irlande du Nord. Personne ne
voulait la partition. Elle n'était pas inscrite dans les projets de Lloyd Georges.
Les protestants voulaient simplement rester au sein du Royaume-Uni. Les nationalistes catholiques voulaient l'indépendance pour l'ensemble de l'île; majoritaires, ils ont été assez forts pour imposer la libération de la plus grande partie
de leur territoire, mais pas assez pour conserver le Nord-Est. Les loyalistes n'ont
pas été assez forts pour empêcher l'indépendance, mais assez obstinés pour lui
échapper. La frontière bizarre qui délimite l'Irlande du Nord n'est pas le résultat
d'une volonté politique, mais le point d'équilibre entre les forces contradictoires qui ont fini par se résigner à l'inacceptable compromis. Cette solution
fut rejetée par les nationalistes les plus radicaux, ceux de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). Solution bâtarde, souhaitée par personne, qui contenait
en germe les conflits actuels. Si la configuration de l'Irlande du Nord est une
aberration, les différences entre le Nord et le Sud, entre l'Irlande protestante
et l'Irlande catholique sont bien réelles.
• Le désaccord constitutionnel.
En théorie, la réunification constitue toujours le but avoué de la
République. La Constitution (voir ci-dessous) datant de 1937 affirme dans son
article 2 que «le territoire national comprend l'île tout entière, ses îles (mineures)
et ses mers territoriales et que la juridiction de la République sur les vingt-six
comtés est limitée en attendant la réintégration du territoire national. Mais de
son côté le gouvernement irlandais a reconnu la validité du Northern Ireland
Act de 1949, texte de représailles qui assurait que le Nord ne quitterait jamais le
Royaume-Uni sauf par consentement», d’où ce désaccord constitutionnel
Le passage du temps a permis à l’irlandicité de se développer dans de nouvelles directions. Mais le pays reste largement catholique (ce qui explique les
annexes aux traités européens.
Ce malentendu n’aurait pas dû exister, en effet beaucoup pensent que les
dés ont été jetés par Eamonn de Valera en 1937-1938, et qu'il aurait presque certainement pu obtenir du gouvernement britannique la fin de la partition s'il
avait cédé un peu de souveraineté en matière de politique étrangère. Mais beaucoup diront que c'est la détermination de se trouver une place sur la scène internationale qui a donné un statut à l'Irlande et lui a permis de traiter en termes
presque égaux avec les gouvernements britanniques. Car il ne faut pas oublier
que malgrè ce conflit l’Irlande a reussi à affirmer son identité sur la scène iternationale : en 1948 elle quitte le COMMONWEALTH; en 1993 elle rentre à l’ONU.
2. Le particularisme de l’Uster.
L'une des quatre provinces de l'ancienne Irlande qui tire ses origines d'un
ancien royaume d'Irlande, l'Ulster (elle comprenait neuf comtés), fut partagée en
1921 : le Nord-Est constitua l'Irlande du Nord unie au Royaume Uni, tandis que
trois comtés (Cavan, Donegal et Monaghan) font partie de la République
d'Irlande (voir les cartes des provinces et des comtés). Bien entendu, la province
n'a aucune réalité politique ou administrative aujourd'hui bien qu'elle existe
toujours sur les cartes.
Depuis 1969, I'Irlande du Nord - qui comprend six des neuf comtés de la
province historique d'Ulster - est devenue dans le monde entier synonyme de
territoire agité. Le terrorisme de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et celui
des organisations paramilitaires protestantes a été longtemps considéré comme
la forme la plus violente que l'Europe occidentale ait connue depuis 1945. Même
si les ghettos ouvriers de Belfast, de Londonderry et les regions frontalières sont
les premiers affectés, la province tout entière en tant qu'entité politique est
déchirée par des tensions dans les trois strates de ses relations territoriales : relations au sein de la province (Nord contre Nord), relations entre la province et la
République (Nord contre Sud) et relations entre les deux gouvernements les plus
directement concernés (Westminster et Dublin).
3. 1968-1993 : résurgence du conflit, l’IRA lance une campagne de violence.
La révolte irlandaise a éclaté en 1968. Sortant d'un long silence, la minorité catholique (six comtés) de l'Ulster — restés partie intégrante du Royaume-Uni
lors de l'indépendance irlandaise — s'est jetée dans un vaste mouvement de protestation contre la suprématie politique et économique dont bénéficie la majorité protestante. Cette révolte a pris rapidement le caractère d'une guerre civile.
Au mouvement pacifique des droits civiques a succédé la guérilla urbaine des
commandos de l'lRA, l'Armée républicaine irlandaise. Les « provos » appartiennent à la branche dure de l'armée nationaliste, qui, à l'inverse des «politiques»,
ne croit ni à la négociation ni aux réformes pour « libérer » les catholiques irlandais, mais à la seule lutte armée. De leur côté, les protestants extrémistes ont
constitué des milices armées UDA (Association pour la défense de l'Ulster) et
Vanguards.
L'armée britannique a déçu les espoirs que son intervention avait suscité.
Elle apparaît désormais comme une simple force de répression, et non comme
l'instrument d'un arbitrage. En janvier 1972, la fusillade sanglante de
Londonderry, où des soldats britanniques tirent sur de jeunes manifestants (13
morts, des dizaines de blessés), achève de discréditer l'armée britannique aux
yeux de la population et déclenche une vague de terrorisme sans précédent.
Pour la première fois, I'IRAfrappe en Grande Bretagne même: une bombe explose dans une caserne à Aldershot.
Le gouvernement conservateur se décide alors à agir. Il prend une série de
mesures qui peuvent ouvrir la voie à un règlement: le 24 mars, il supprime le
Stormont, le parlement régional, symbole de la puissance protestante. Les pouvoirs dont celui-ci jouissait sont transférés au Parlement de Westminster, à
Londres. Les six comtés passent sous l'autorité directe de Londres. Un secretaire
d'État pour l'lrlande est désigné, William Stephenlan Whitelaw (né en 1918), qui
démontrera vite de grandes capacités de conciliateur et d'autorité. Son premier
soin est d'ordonner la libération de nombreux prisonniers politiques. Malgré ce
geste d'apaisement, les attentats redoublent (16 morts au cours du seul mois de
juillet) et l'armée britannique lance de vastes opérations de ratissage. L'IRA semble
pourtant prête à observer une trêve. William Whitelaw convoque une conférence
tripartite - protestants, catholiques irlandais et Britanniques - pour envisager l'ave-
nir des six comtés. Seuls les modérés des deux camps acceptent d'y participer. Les
extrémistes protestants du revérend Ian Richard Paisley (né en 1926) et de William
Craig (né en 1924), sentant une menace dans la nouvelle politique de Londres, se
lancent au contraire dans la violence. L'IRA renonce à la trêve.
La violence triomphe. En avril 1974, I'Irlande du Nord enterre la millième
victime de la guerre civile. En mai, les protestants declenchent une grève
générale pour obtenir une capitulation officielle de Londres. Dès le 28 mai,
l'exécutif provisoire, dont l'impuissance est devenue manifeste, démissionne.
Les attentats sont de plus en plus spectaculaires et meurtriers. Une bombe éclate
à la Tour de Londres le 17 juil let 1974, un attentat à Birmingham fait 19 morts.
Malgre le déploiement de la violence, le nouveau gouvernement travailliste
reprend le dossier irlandais dans un esprit de conciliation, mais sans idée
nouvelle. Il se borne à convoquer une nouvelle « convention constitutionnelle »
en mai 1975. Mais elle est dominée par les protestants, qui, lors de son élection,
s'approprient 46 sièges sur 78. Tout espoir d'un réel dialogue s'évanouit. Londres
revient à l'administration directe. L'Irlande du Nord s'enfonce dans une guerre
civile larvée. La situation économique devient catastrophique: 9,3 p. 100 de la
population active est en chômage. L'émigration, seul moyen d'échapper au
marasme et à la violence, double en quelques années.
C'est dans ce climat de désespoir que les femmes irlandaises, sous
l'impulsion de la catholique Elisabeth (dite Betty) Williams (née en 1943) et
de la protestante Mairead Corrigan (née en 1944), lancent, dans un sursaut,
un mouvement de paix. En quelques semaines, elles recueillent des milliers
d'adhésions de femmes des deux communautés. Mais, malgré la sympathie
internationale qu'elles rencontrent, leur initiative ne suscite aucune solution.
Le terrorisme ne désarme pas. Il vise désormais des personnalités britanniques:
en juillet 1976, I'ambassadeur britannique à Dublin, Christopher Thomas
Ewart-Biggs (né en 1921); en mars 1979, Airey Neave (né en 1916), membre du
cabinet fantôme et proche collaborateur de Margaret Thatcher.
En juillet 1979, I'assassinat de lord Mountbatten, ancien vice-roi des
Indes, ancien Premier lord de la mer et oncle de la reine, montre que l'IRA
entend frapper fort. Margaret Thatcher, dès son arrivée au pouvoir, entend
manifester une nouvelle dynamique.
Mais malgré toutes ces initiatives dans le Nord la violence n’a jamais cessé.
On compte maintenant 2 800 tués et 30 000 blessés.
Les années 1980-81 sont marquées par une certaine agitation dans les
prisons. Les prisionniers Républicains entament une grève de la faim soutenue
par Bobby Sands et ces compagnons. Ils réclament le statut de prisonniers
politiques. Margaret Thatcher, alors premier ministre britanique, refuse de
céder, dix grévistes meurent.
Dans les années 80, l’IRA change de cible : elle ne s’attaque plus aux civils
ordinaires, mais seulement aux hommes politiques, à l’armée et à la police. C’est
pourquoi en 1984, Margaret Thatcher et les membres de son Gouvernement
échappent de peu à un attentat à la bombe de l’IRA, lors de la conférence nationale du parti conservateur qui se tient au grand hotel de Brighton. En 1991,
c’est une réunion du cabinet ministériel à Downing Street qui est visée, ainsi
que plusieurs gares londonnienes.
Après avoir fait tant de victimes, souvent des civils d’ailleurs, le 31 août
1994, l'Armée républicaine irlandaise (IRA) annonce la fin de sa campagne
militaire en Irlande du Nord. Désormais, le mouvement républicain, composé de
l'IRA et de sa branche politique, le Sinn Féin, n’emploiera que des voies politiques
pour parvenir à la réunification irlandaise. Il doit obtenir par la persuasion ce
qu'il n'a pas pu obtenir par les armes. Il lui faut convaincre les protestants unio-
nistes du nord-est de l'île de s'allier aux catholiques nationalistes pour construire une nouvelle Irlande. La tâche sera difficile, étant donné la profonde opposition unioniste à la moindre ingérence de Dublin dans les affaires de la province
du Nord.
Le problème irlandais est né en 1921 lors de la partition de l’île. L’Ulster
divisée entre portestants et catholiques devient alors le théâtre d’une violence excessive et démesurée. Après 1945, les tensions s’étant apaisées, on aurait put croire à la
naissance d’un processus de paix. Mais en 1966, les troubles resurgissent, ayant
toujours les mêmes origines et les mêmes finalités. De 1966 à 1993, on assiste à
une série d’attentats violents de la part de l’IRA. En 1994, l’IRA dépose les armes
et se résoud à discuter, un premier pas vers un long processus de paix est engagé mais une paix est elle possible tant les intervenants sont nombreux et les intérêts divergeants?
II. Les acteurs.
Afin de mieux comprendre les intérêts de chacun dans ce conflit, il est
nécessaire de connaitre les différents protagonistes, leur tendance pour analyser
le rôle qu’ils jouent dans cette lutte.
1. La présentation des divers partis politiques.
• les partis politiques du Sud.
FIANNA FAIL Littéralement, «Soldats de la destinée», généralement appelé
Parti républicain. Dingeant : Bertie Ahern. Parti conservateur, traditionnellement républicain et nationaliste. Fondé par Eamon de Valera, en 1926, il est
depuis 1932 le parti le mieux représenté au Dáil. Il a remporté 39 % des voix aux
élections générales de 1992.
FINE GAEL. Littéralement, «Tribu des Gaëls». Dirigeant : John Bruton
(Premier ministre en 1995). Parti chrétien-démocrate, fondé en 1933. Depuis les
années 1970, il encourage une législation plus souple sur le divorce et l'interruption volontaire de grossesse. ll a remporté 25 % des voix en 1997.
LABOUR. Il s’agit d’un Parti travailliste. Le dirigeant actuel est Dick
Spring (ministre des Affaires étrangères, en 1995). Parti social démocrate,
fondé en 1912. Il a remporté 19,3 % des voix en 1992.
PROGRESSIVE DEMOCRATS. C’est un Démocrate progressiste. Le dirigeant est Mary Hamey. Parti conservateur fondé en 1985, à la suite d'une scission du Fianna Fáil.
DEMOCRATIC LEFT représente la Gauche démocratique. C’est un Parti
socialiste de l'Eire, fondé en 1992, à la suite d'une scission au sein du Worker's
Party (Parti des travailleurs) .
• Les partis politiques du Nord.
ULSTER UNIONIST PARTY. C’est le Parti unioniste d'Ulster. David
Trimble dirige ce parti. Considéré comme un parti protestant modéré, il a obtenu
29 % des suffrages lors des élections de conseils de district, en mai 1993. En 1995,
il compte neuf députés au Parlement britannique.
DEMOCRATIC UNIONIST PARTY. C’est la Parti unioniste démocratique.
Le révérend Ian Paisley est le dirigeant du Parti protestant extrémiste, il a obtenu
17,2 % des voix en 1993 et compte trois députés à Londres, en 1995.
SDLP. John Hume dirige ce parti social démocrate et travailliste. Parti
nationaliste, catholique et modéré, il a obtenu environ 22 % des voix en 1993 et
compte quatre députés à Londres, en 1995.
SINN FÉIN. Littéralement, «Nous seuls » ou «Nous-mêmes». Le dirigeant :
Gerry Adams. Fondé en 1905, c'est un parti catholique et républicain, la branche
politique de l'IRA. Il a obtenu environ 12 % des voix en 1993, mais n'a aucun
député à Londres, ses candidats refusant d'y siéger.
ALLIANCE. C’est un parti multiconfessionnel, il a obtenu environ 8 % des
voix en 1993 et n'est pas représenté à Londres.
Au Sud les différentes tendances politiques ont des approrches assez
sim i l a i res du conflit. Partiquement tous les partis sont pour la réunification
de l’île. La plupart sont pour une réunification négociée, la République bannit tout acte de violence. La République Irlandaise souhaite un jour pouvoir
appliquer sa constitution en toute légalité.
Au Nord les tendances politiques sont assez divergeantes : même si la plupart des partis politiques sont contre le fait d’appartenir un jour à la République,
une certaine minorité (12 % de la population) est favorable à une réunification.
Cette même minorité se reconnaît dans le parti politique du Sinn Féin et dans le
SDLP (Parti Social Démocrate et Travailliste) qui prône la réconciliation quel que
que soit le futur statut de l’Ulster.
En conséquence le Sud de l’île souhaite récupérer ce qui lui appartient
confortée à ce sujet par la constitution Irlandaise de 1937. Le Nord reste divisé
entre deux tendances politiques : ceux qui sont favorables à la partition de l’île
et ceux qui souhaitent la réunification. Face à une telle réalité on finit par
se demander si l’Ulster souhaite intégrer la République car même si un
quelconque processus de paix aboutit il y aura toujours une minorité assez
forte pour déro g e r.
• Les personnalités emblématiques nationalistes :
GERRY ADAMS (nÉ en 1948).
Il dirige le Sinn Féin, branche politique de l'IRA (Irish Republican Army,
armée républicaine irlandaise), depuis 1983. Adams a un peu plus de 20 ans
quand les premiers «troubles» éclatent en Irlande du Nord. Il aurait participé à
la défense du bastion catholique de Belfast-Ouest et serait même devenu, selon
les forces de sécurité, commandant de la «brigade de Belfast».
C'est en prison, où il séjoume trois ans au total, qu'il mûrit sa pensée politique et
arrive à la conclusion que la lutte armée seule ne peut réussir; ce dont il
par v i e n d ra à persuader le Sinn Féin, malgré le manque de conciliation des
Britanniques. Lui-même réchappe à deux tentatives d'assassinat. Élu à deux
reprises au Parlement de Westminster, où il ne siégera jamais, il impose à
Londres la légitimité de son mouvement. Ayant abandonné la rhétorique austère
des «combattants de la liberté», Adams apprend aussi au cours de ces quinze
demières années à utiliser au mieux la télévision. Ses partisans les plus enthousiastes le comparent à Nelson Mandela, qu'il a d'ailleurs rencontré en Afrique du
Sud, en 1995.
MARTIN MC GUINNESS (né en 1950).
Homme fort du Sinn Féin, il est convaincu que catholiques et protestants
peuvent vivre en paix dans une Irlande unie. Il joue un rôle clé dans le processus
de paix en Irlande du Nord dont il est une sorte de «diplomate de l'ombre ».
McGuinness dément son appartenance à l'IRA (passible de six mois de prison),
mais son entourage le présente comme un ancien chef d'état major de l'organisation.
Son histoire se confond avec celle du mouvement républicain En 1968, il est
apprenti boucher à Londonderry (côte nord), quand les nationalistes catholiques
se rebellent pour la première fois contre les discriminations politiques et économiques exercées par l'élite protestante. Engagé dans les combats de rue, puis
dans l'action clandestine, il monte rapidement dans la hiérarchie de I'IRA, surtout après l'internement administratif de l'ancienne direction, en 1971.
L’année suivante, à 22 ans, il rencontre secrètement, à Londres, William
Whitelaw, ministre chargé de l'lrlande. Les forces de sécurité britanniques
auraient tenté de l'éliminer à plusieurs reprises, et il a été deux fois emprisonné à
Dublin.
BOBBY SANDS (1954-1981).
Martyr de la cause républicaine, Sands est mort à la prison de Maze (près
de Belfast), au 66e jour d'une grève de la faim. Neuf autres membres présumés
de l'IRA perdent la vie lors de cette action pour obtenir le statut de prisonniers
politiques. lls sont victimes de la double intransigeance de Margaret Thatcher,
alors Premier ministre britannique, et de l'IRA, qui n'ordonne pas la fin d'une
grève qui avait pourtant peu de chances d'aboutir. Les images des cellules de
prison, volontairement maculées d'excréments par leurs occupants, firent le tour
du monde et contribuèrent à faire connaître la «question irlandaise».
La position des Républicains est claire : ils souhaitent une réunification
pure et simple de lîle, mais ce rattachement de l’Ulster à la République
Irlandaise doit se faire en toute légalité. Il ne doit y avoir aucune domination
d’aucun parti que ce soit. C’est pour cela que le Seim Fein refuse en 1994 la
déclaration conjointe, rejettant le principe de deux consultations séparées, l’une
au Nord et l’autre au Sud car cela revient à donner une voie déteminante aux
unionistes. Le Seim Fein refuse ce qu’il appel le «veto unioniste». Il souhaite au
contraire qu’il y ait un consensus entre unionistes et nationalistes.
• Les unionistes :
DAVID TRIMBLE (né en 1944).
Il est élu à la tête de l'Ulster Unionist Parly (UUP) en septembre 1995. Alors
que le processus de paix suit son cours, tant bien que mal, le plus grand parti
d'lrlande du Nord choisit pour leader un dur parmi les durs. Ancien professeur
de droit à l'université Queen's de Belfast, Trimble s'est lancé dans la politique au
début des années 1970, parce qu'il jugeait le camp unioniste trop conciliant...
Son élection comme chef de l'UUP trahit l'inquiétude des protestants d'lrlande
du Nord, majoritaires dans la population, qui redoutent la signature d'un accord
de paix conclu sur leur dos.
REVEREND IAN PAISLEY (né en 1926).
C'est le leader du Democratic Unionist Party (DUP). Ses détracteurs l’accusent d'être un des pnncipaux obstacles à un règlement de paix en Irlande du
Nord. De sa voix puissante, il fustige depuis des années, à la télévision et dans
les meetings, les «papistes (catholiques), suppôts de Satan».
Malgré ses excès, ou grâce à eux, il emporte l'adhésion de beaucoup de protestants qui voient en lui un rempart solide contre toute évolution administrative de la province à Dublin.
Les unionistes ont peu varié leur position depuis le début du conflit.
Ils s'opposent à l'unification avec le Sud et à toute intervention de Dublin dans
les affaires de la province. Il est normal qu'ils exigent que la République
d'Irlande abandonne sa revendication constitutionnelle en matière de territoire
nord-irlandais et en fassent leur condition préalable à l'ouverture de négociations. Ils s'opposent aussi au partage du pouvoir avec la minorité nationaliste au
sein de la province. Par ailleurs, jusqu'au mois d'août 1994, une évolution importante s'est poursuivie: l'augmentation, durant deux ans, de la vio lence des paramilitaires protestants, qui a dépassé celle des républicains. Cette résurgence de la
violence chez les protestants signifie que les unionistes pèseront lourd dans le
succès de tout éventuel accord entre le gouvernement britannique, le gouvernement irlandais et les républicains. Mais, après l'IRA, les protestants mettent fin
à leur campagne violente au mois d'octobre 1994.
• Les réconciliants :
JOHN HUME (né en 1937).
Originaire de Londonderry, c'est l'un des artisans du cessez-le-feu de l'lRA
en Irlande du Nord. Président du Parti travailliste et social-démocrate ( S D L P )
qu'il a cofondé en 1970, il est le principal porte-parole des catholiques
modérés.
Ancien séminariste, Hume lutte depuis plus d'un quart de siècle, contre les
injustices et les ségrégations dont sont victimes, selon lui, les catholiques nord
irlandais. Homme d'ouverture, qui prône la réconciliation entre catholiques et
protestants, il a pris le risque d'engager le dialogue avec Gerry Adams, président
du Sinn Féin.
Ces contacts, restés secrets jusqu'en avril 1993, ont permis d'amorcer le processus de paix.
2. La position de l’IRA
• Armée Républicaine Irlandaise.
Le mouvement irlandais nationaliste, catholique et clandestin connu sous le
nom d'Armée républicaine irlandaise (IRA) est l'aile militaire du parti
r é v o l u t i o n n a i re républicain Sinn Fein. Il tire ses origines de la lutte menée
pour l'indépendance de l'Irlande à partir de 1916. Contre la solution de
partition imposée par le gouvernement britannique en 1921, l'IRA a r e f u s é
le compromis, au contraire du gouvernement irlandais, qui consistait à
a c c epter la partition à titre provisoire. L'IRA rentra alors dans la clandestinité.
En 1969, lors de l'apparition des troubles en Irlande du Nord, la toujours
clandestine IRA n'avait pas avancé dans son projet. L'unification d'une
Irlande indépendante n'était nullement à l'ord re du jour. La direction de
l'IRA, marxisante, considérait même que le pouvoir utilisait la question
religieuse comme un instrument de division au sein de la classe ouvrière .
Après une scission du mouvement, l'aile «provisoire» de l'IRA émergea cette
année-là pour reprendre la lutte armée et protéger la minorité catholique, en
Irlande du Nord, à Belfast et surtout à Londonderry, tandis que l'IRA «officielle»,
devenue minoritaire, déclara un cessez-le-feu à partir des années 70.
Les objectifs révolutionnaires se transformèrent donc, la priorité étant
donnée aux efforts pour chasser l'armée britannique hors de l'Irlande. L ' I R A
p rov i s o i re - les Provos - se présenta comme un mouvement de libération.
Cette scission fut suivie par d'autres. En 1974, l'Armée de libération nationale irlandaise (Irish National Liberation A r m y, INLA) se forma autour
d'idées trotskistes. En 1987, suite à une vendetta, un autre groupe param i l i t a i re trotskiste se forma : le Mouvement de libération du peuple irlandais (Irish People's Liberation Organization, IPLO).
• Les paramilitaires protestants.
Les activités antibritanniques des catholiques extrémistes au sein de l'IRA
ont naturellement toujours attiré des représailles armées de la part des protestants,
défenseurs du Royaume-Uni. Une Association de défense de l'Ulster (Ulster
Defence Association) fut fondée en 1912. Créée en 1966, la Force Volontaire
d'Ulster (Ulster Volunteer Force, UVF, proscrite elle aussi en 1992) déclara d'emblée la guerre à l'IRA.
Deux autres groupes paramilitaires virent le jour par la suite: les Combattants de
la liberté en Ulster (Ulster Freedom Fighters) et les Commandos aux mains rouges
(Red Hands Commandos). Comme les autres organisations protestantes loyales à
la Couronne, elles ne dirigèrent pas leurs activités contre l’armée britannique et les
forces de l'ordre (Roval Ulster Constabulary, RUC). Leur violence était de nature
sectaire. Cela explique en partie pourquoi on a vu l'IRA jouer sur plusieurs
registres : registre sectaire, registre criminel (le racket), registre politique (la grève
de la faim de Bobby Sands et des détenus IRA du block H en 1974 pour l'obtention du statut de prisonnier politique), assassinats spectaculaires (ceux de cinq soldats britanniques à Guildford et vingt et un à Birmingham en 1974, ceux de lord
Mountbatten - l'oncle de la reine - et de dix-huit soldats le même jour de 1979, l'attentat contre Margaret Thatcher et ses ministres à Brighton en 1984), sans oublier
la tentative d'utiliser les urnes aussi bien que les fusils (the ballot box and the bullet) en présentant des candidats du Sinn Fein aux élections à partir de l981.
Les victimes de la violence politique depuis 1969, soit plus de 3 000 morts et de
30 000 blessés - l'IRA revendiqua sa responsa bilité dans plus de 60 % des cas - ,
étaient sur tout des civils. Les assassinats étaient donc sectaires.
3. La position des États-Unis et du Canada.
• Les américains :
45 millions des Américains, soit 20 % de la population, étant d'origine
irlandaise, le président Bill Clinton suit de près le dossier irlandais. Sans avoir
une action déterminante, il soutient habilement le processus de paix, en pariant
sur une évolution au sein du Sinn Féin.
En dépit de l'opposition de Londres et de Washington, il a invité Gerry Adams
à plusieurs colloques, et s'est rendu en visite à Dublin et Belfast, en novembre
1995. Parallèlement, les Irlandais américains, qui finançaient autrefois la lutte
armée de l'IRA, se montrent moins généreux que par le passé. Noraid, l'organisation relais de l'IRA aux États-Unis, est en perte de vitesse.
• Les canadiens :
Le Canada manifeste aussi son soutien au processus de paix. Monsieur
Lloyd Axworthy condamne les attentats de l’IRA. Il demande un cessez -le -feu
afin que le processus de paix se déroule dans un climat de sérénité facilitant les
négociations. Selon les canadiens aucun processus de paix ne pourra aboutir dans
un climat de violence et d’intolérance. Afin de participer activement au processus de paix, le Canada et plus précisément le ministre des affaires étrangères
(Lloyd Axworthy) a chargé son diplomate, le Général De Chastelain à participer
avec vigueur au réglement du conflit dans le but de conclure une paix véritable.
Les intervenants sont certes nombreux mais leurs idéologies sont assez semblables. En effet on peut les rassembler en deux camps opposés : D’un côté les nationalistes favorables au rattachement de l’Ulster à la province et au départ des britanniques. Cette position est partagée par le scène internationale et par l’IRA. De l’autre
côte, les unionistes, opposés à tout processus de paix et par là même à toute réunification. Dans une telle situation le processus de paix a-t-il une chance d’aboutir?
III. Les solutions possibles au conflit.
Il s’agit d’étudier les différentes étapes du processus de paix qui ont marqué
cette dernière décennie. Ce processus s’établit grace aux nombreux accords
signés entre les trois gouvernements et les nombreuses déclarations prononcées
par les différentes acteurs. Depuis une dizaine d’années ce processus de paix
doit composer avec une République d’Irlande fortifiée par une croissance
économique sans précédent.
1. Les étapes du processus de paix.
• L’accord anglo-irlandais de Hillsborough (15 Novembre 1985) :
L’accord anglo-irlandais est signé le 15 Novembre 1985 par Margaret
Thatcher et le premier ministre de la République Irlandais Garret Fitzgerald.
En signant ce traité, les deux gouvernements décident de se réunir régul i è re m e nt pour parler de la situation en Irlande du Nord. Les dirigeants de
Dublin pourront « présenter leurs opinions et leurs propositions » sur les
a ff a i res de la province britannique. Ces réunions sont baptisées
Co n f é rences intergouvernementales «cadre dans lequel le gouvernement
irlandais pourra faire part de ses opinions concernant le rôle et la composition
des organismes nommés par le ministre (britannique) à l'Irlande du Nord, ou
son ministère» (article 6). Voilà donc le gouvernement irlandais associé à la
gestion de l'Ulster, et doté d'un véritable d roit de re g a rd sur les aff a i res du
ter r i t o i re britannique. Il est précisé également que la Conférence sera assistée,
dans ses tâches quotidiennes, d'un secrétariat permanent, installé à Belfast, qui
comptera des fonctionnaires des deux pays. Ce bureau, a-t-on laissé entendre
avant la signature de l'accord, jouera un peu le rôle de «consulat» au service de
la minorité catholique d'Ulster. Lorsqu'on sait que les Irlandais du Nord peuvent
choisir librement entre les nationalités britannique et irlandaise, on comprend la
portée du texte signé à Hillsborough.
Le Royaume-Uni cède une partie de son autorité sur l'Ulster à la
République, et place, dans une certaine mesure, l'embarrassante minorité
catholique de la province sous la tutelle morale de Dublin. Pour les protestants, c'est le début de la fin, l'abandon de leurs privilèges, la dissolution graduelle
de leur identité dans le gouffre catholique. Un peu comme si on livrait les juifs
aux Arabes. Certes l'accord offre des garanties à la majorité protestante: il
prévoit notamment une coopération plus étroite entre les forces de sécurité des
deux pays, pour lutter contre l'IRA, et rappelle que rien ne sera changé au statut
constitutionnel de l'Ulster tant que la majorité de la population de la province
s'y opposera.
• Un accord mal compris par la population de l’Ulster.
C’est accord est un double mensonge : d'une part, le texte qui vient d'être
signé constitue, d'ores et déjà, un changement important, historique, dans le
statut de la province, et la population n'a pas été consultée.
Les protestants s’inquiètent et ils ont raison, car le gouvernement de
Dublin a refusé, pendant la négociation du traité, d'envisager une modification
de la constitution irlandaise, dont l'article 2 stipule : «Le territoire national est
constitué de la totalité de l'Ile d'Irlande, de ses îlots et eaux territoriales.» Il
n'y a donc rien de changé au dessein nationaliste des Irlandais. Au chapitre
des réalisations pratiques, l'accord anglo-irlandais a eu jusqu'à présent des
résultats pratiquement nuls, et les propositions du gouvernement du Sud,
visant à améliorer le sort des catholiques du Nord n'ont pas été retenues.
Rien n'a été fait en particulier pour mettre fin au système des juges uniques
pour les «crimes terroristes». Dublin souhaite la présence d'au moins trois
juges dans ces tribunaux, où de surcroît, les prévenus sont bien souvent
condamnés sur simples dénonciations de la police ou de mouchards.
La seule conséquence politique majeure de l'accord aura été de faire
reculer, sans doute provisoirement, la popularité de Sinn Féin et de sa branche
armée, I'IRA. L'effet psychologique du traité, par lequel la République s'installe - il est vrai sur la pointe des pieds - à Belfast, a incontestablement joué
sur les catholiques du Nord, qui se sont tournés vers l'artisan de cette nouvelle politique, John Hume, le dirigeant du parti nationaliste modéré.
Ainsi, Margaret Thatcher et Garret FitzGerald ont coupé l'herbe sous le
pied de l'IRA, déclarée ennemi commun. Pour combien de temps ?
• La déclaration conjointe de Septembre 1992.
Lors d'une rencontre anglo-irlandaise au sommet, en septembre 1992, John
Major et Albert Reynolds, le nouveau Premier ministre irlandais s'engagent à
parvenir à la paix en Irlande du Nord pendant la durée de leurs mandats
respectifs. Par la suite, Albert Reynolds rencontre John Hume, chef du SDLP.
Quelque temps après John Hume commence une série de rencontres avec Gerry
Adams, le chef du Sinn Féin, l'allié politique de l'IRA. Déjà en 1988, John Hume
et Gerry Adams se sont rencontrés plusieurs fois sans que leurs conversations
n'aient toutefois abouti à une cessation de la violence. Elle montrent néanmoins,
et leur reprise en 1992 le confirme, la grande importance que le chef des nationalistes nord-irlandais attache à une participation républicaine dans toute
recherche d'une solution. Pendant ces conversations, John Hume serait resté en
étroit contact avec Dublin.
L'aboutissement en est un projet que le gouvernement irlandais soumet au
gouvemement britannique en vue d'une dédaration commune sur le conflit
nord-irlandais. Le contenu de ce document, ayant l'aval des républicains, en
plus, bien entendu, de celui des nationalistes nord-irlandais et du gouvernement
de Dublin, constitue la première véritable chance de parvenir à la paix en Ulster.
Le gouvernement britannique amende ce texte qui, suite à des échanges supplémentaires, devient la déclaration conjointe du 16 décembre 1993.
Dans cette déclaration, la Grande-Bretagne affirme qu'elle soutiendra la
volonté démocratiquement exprimée par une majorité en Irlande du Nord,
qu'elle s'exerce dans le sens du maintien de l'union au sein du Royaume-Uni ou
dans le sens d'une Irlande unifiée. De cette façon, la Grande-Bretagne souligne
qu'elle ne s'oppose pas à une Irlande unie.
De même, la République d'Irlande dit qu'elle ne s'oppose pas au maintien
de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni. Le principe du consentement étant
affirmé avec force, le gouvernement britannique déclare que la Grande-Bretagne
n'a aucun but stratégique ou économique en Irlande du Nord. Il dit par ailleurs
que seul le principe de l'autodétermination exercée par l'ensemble des Irlandais
peut constituer le fondement, consentement librement donné au Nord et au Sud.
Le gouvemement irlandais, pour sa part, affirme que, sans le consentement de
la majorité au Nord, il ne saurait y avoir une Irlande unifiée. Les deux gouvernements déclarent que, si les républicains acceptent les termes de la déclaration
et si une fin est mise à la campagne violente, ils sont libres de participer pleinement au processus démocratique. La déclaration, présentée aux Parlements de
Londres et de Dublin, reçoit un accueil enthousiaste. Il en est de même à
Bruxelles et à Washington. Seul le DUP (Democratic Unionist Party) du pasteur
Paisley s'y oppose. Le parti unioniste de James Molyneaux, certes avec des réticences, l'accepte. Meme les paramilitaires protestants donnent leur aval à la
déclaration. Il ne reste plus qu'à obtenir l'accord des républicains pour avoir un
appui quasi général en faveur d'un processus qui offre une véritable possibilité
de mettre fin à un conflit vieux de presque quatre cents ans.
• Le plan de paix anglo-irlandais (Février 1995).
Il est présenté le 22 février 1995 à Belfast par John Major et John Bruton,
chefs de gouvernement de Grande-Bretagne et d'lrlande. Adopté après dix-huit
mois d'intenses négociations, massivement approuvé par les deux Parlements, il
doit servir de base à une future négociation multipartite entre les deux communautés, sous l'œil de Londres et de Dublin. Le texte prévoit :
- l'élection à la proportionnelle d'une nouvelle Assemblée à Belfast, avec des
garanties pour la minorité catholique, chargée notamment de l'éducation et du
logement, ces questions étant administrées par les pouvoirs locaux dans le
reste du Royaume-Uni;
- la création d'un organisme comprenant des élus des Assemblées du Nord et
du Sud, chargé de discuter des sujets soumis par les deux gouvernements:
- l'abandon par Dublin de sa revendication constitutionnelle sur le Nord;
- la reconnaissance par Londres du droit de la majonté des Irlandais du Nord
de déterminer leur avenir.
Depuis 1985 les trois gouvernements (Dublin; Belfast; Londre), multiplient
les négociations afin de concrétiser un accord de paix équitable. Beaucoup de
progrès ont été fait depuis. Le fait que l’IRA privilégie les négociations plutôt
que les armes met en évidence les nombreux efforts fourmit depuis plus d’une
décennie. Mais la fausse alerte à la bombe au grand Derby d’Epson en Angleterre,
il y a moins de 10 jours, prouve que certaines tensions subsistent encore.
2. La paix est-elle vraiment désirée en Irlande du Nord?
• Espoir de paix en Irlande du Nord :
Le 15 décembre 1993 fut une date assez importante pour les partisans de
la réunification. John Major, premier ministre anglais, ainsi que A. Reynolds,
premier ministre irlandais, ont envisagé un possible rattachement de l’Irlande
du Nord à la République par le biais d’un référendum, mais tout le monde n’y
est pas favorable, car les protestants estiment que la constitution de la
République irlandaise est une atteinte, voire une menace pour eux. Mais le
plus important ne réside pas dans ces “détails”: en effet, il s’agit aujourd’hui
d’arriver à une cohabitation entre les deux religions.
• Cette paix qui retient son souffle en Irlande du Nord:
Après le cessez-le-feu de 1994, les irlandais savent que la route est encore longue avant d’arriver à une paix totale, qui verrait cohabiter catholiques et
protestants. Ce cessez-le -feu est donc la marque d’une rupture entre les
anciennes hostilités et les futures réconciliations. Il subsiste encore des discriminations dont sont surtout victimes les catholiques. Dans tous les cas, il est la
marque d’un ras-le-bol collectif, mais beaucoup pensent que cela ne va pas
durer. Le problème de la réunification est encore aujourd’hui source de division, mais l’Irlande du Nord bénéficie quand même d’un atout considérable:
une croissance économique considérable.
• Difficile adieu aux armes en Irlande du Nord :
Malgré les solutions qui étaient proposées et le cessez-le-feu qui régnait
depuis plusieurs mois, deux attentats meutriers revendiqués par l’IRA (le 9 et
17 février 1996) remettent en question tout ce qui avait été fait précedemment
et notamment la politique menée par John Major. Il s’agit de savoir pourquoi
l’IRA a récidivé alors que tout le monde était satisfait de cette situation de paix.
3. La croissance économique au service du processus de paix.
• La croissance économique sourie enfin à la République d’Irlande :
L’image d’une région rurale, pauvre, soumise à l’autorité d’une église
catholique rétrograde est désormais dépassée. En effet depuis «une génération
le pays le plus pauvre du Nord de l’Europe est passé dans le groupe des plus
riches». La croissance atteint 6 % par an, et de ce fait le nombre de création
d’emploi permettent petit à petit le taux de chômage. De ce fait le niveau de
vie moyen d’un irlandais évolue, la natalité repart ce qui permet à la population totale d’augmenter. La situation économique est donc favorable à la
République d’Irlande, dans de telles conditions l’Ulster a peut-être moins de
scrupules à quitter la Grande-Bretagne pour se rallier à une République
d’Irlande économiquement solide.
Cela fait plus de dix ans maintenant que les négociations en faveur de la
paix sont ouvertes. En effet en 1985, les trois gouvernements (Dublin; Belfast;
Londres) ont entamé un processus de paix afin de mettre un terme à cette «sale
guerre», processus dans lequel Dublin à l’avantage d’avoir une croissance économique favorable. Pour le moment toutes ces négociations n’ont abouti en
1994 qu’à un cessez -le- feu de l’IRA, mais le problème est de savoir si l’Ulster
et la Grande-Bretagne souhaitent vraiment se séparer.
La croissance, un défi pour l’Irlande.
par Garret Fitzerald
P
endant des générations, les Irlandais ont été pauvres. Leur niveau de vie,
les infrastructures aux quelles ils avaient accès étaient de loin inférieurs à
ceux de leurs voisins européens. Notre mentalité nationale en a été profondément marquée. Quand, il n'y a pas si longtemps, la fortune nous a souri,
nous n'étions absolument pas préparés à ce changement radical : être propulsés,
en une géné ration, de la place de pays le plus pauvre du nord de l'Europe au
groupe des plus riches, en termes de revenu annuel sinon - et pour long temps
encore - en termes d'infrastructures. Un éminent économiste indiquait récemment
que notre potentiel de croissance économique atteignait près de 6 % par an. Ce
chiffre est peut-être un peu trop optimiste : même si nous avons les capacités
nécessaires, il y aura forcément des périodes de ralentissement. C'est pourquoi
nous nous contenterons d'envisager les implications d'un taux de croissance
moyen de 5 % sur les quinze ans à venir. Cette prévision apparaît réaliste : à l'exception du début des années 80, où un effort a dû être entrepris pour mettre de
l'ordre dans les finances publiques, notre économie a crû à un rythme de 4,2 % par
an entre 1958 et 1988. Et, depuis 1988, notre taux de croissance avoisine 5,5 %, de
sorte qu'un taux de 5 % sur le long terme impliquerait en fait un certain ralentissement de notre économie. Peu de gens se rendent compte qu'un taux de «seulement» 5 %, s'il était maintenu pendant quinze ans, ferait plus que doubler notre
production nationale. Même en admettant que l'impact de la croissance économique sur l'emploi ces quatre dernières années a été exceptionnel, un doublement
de la production nationale augmenterait l'emploi de plus d'un tiers, soit au moins
450 000 emplois créés.
Une teile embellie de l’emploi réduirait sensiblement le nombre de chômeurs,
même en tenant compte d'un afflux d'émigrés revenant chercher un travail en
Irlande, de mères de famille retournant à la vie active et d'étudiants en quête de
leur premier emploi (en raison de la baisse de la natalité enregistrée après 1980,
cette dernière catégorie ira en diminuant à partir de l'an 2000). Notre population
va certes continuer à augmenter mais, compte tenu de notre taux de natalité, sa
croissance sera inférieure à celle de l'emploi. Dans les quinze ans à venir, la population pourrait croître de 250 000 à 300 000 personnes, en fonction de l'importance
de l'immigration.
L'emploi augmentant plus rapidement que la population active, le nombre
d'inactifs à la charge des actifs, qui avait déjà diminué d'un cinquième en l'espace
de dix ans, va se réduire d'encore d'un tiers. Dans l'hypothèse où la production et
le pouvoir d'achat de chaque travailleur augmenterait de moitié sur la période, ce
surplus de ressources serait réparti - dans le cadre familial ou par le jeu de la taxation - sur un nombre plus réduit d'inactifs. Dans ces conditions, le niveau de vie
moyen des Irlandais devrait presque doubler.
Pour la même période, en Europe continen tale, la hausse du niveau de vie
devrait être in férieure à 50 % (et de 30 % pour la Grande Bretagne, si les prévisions se révèlent exactes). Notre niveau de vie moyen pourrait donc dépasser celui
de la Grande-Bretagne dès le début de la prochaine décennie et, dans quinze ans,
celui de la plupart des pays européens. Dans ce contexte, qu'en est-il des finances
publiques? Plusieurs scénarios sont envisageables, selon les priorités que retiendront les gouvernements futurs. L'un consisterait à réduire d'un quart le poids de
la fiscalité, ce qui laisserait tout de même suffisamment de ressources pour augmenter de 3 % par an les dé penses de santé et de sécurité sociale. Parallèlement,
on pourrait doubler le volume des investissements publics, en les finançant grâce
à un excédent budgétaire plutôt que par l'emprunt (le pays sera alors en phase de
désendettement).
Soulignons, encore une fois, qu'un tel scénario n'est pas optimiste à l'excès. Il
reflète seulement ce qui serait possible si, durant les quinze prochaines années,
nos performances économiques étaient non pas aussi bonnes, mais plutôt légèrement inférieures en moyenne à celles que nous connaissons de puis huit ans. Le
danger qui nous guette, c'est de ne pas prendre assez au sérieux ces perspectives
et de les gâcher par notre impréparation.
Si, par exemple, nous cédions à la tentation de remplacer, à l'école, les cours
traditionnels par un enseignement trop professionnel et spécialisé, notre système
éducatif répondrait mal aux besoins futurs, et la chance remarquable que nous
venons d'évoquer pourrait être perdue. Notre succès économique, jusqu'à présent
est dû pour l'essentiel à la qualité de notre système éducatif libéral et non spécialisé. Les exemples pourraient être multipliés en matière d'infrastructures de transports, d'ur banisme, d'institutions locales. Si nous n'y prenons pas garde, les goulets d'étranglement dans tous ces domaines peuvent handicaper notre potentiel de
croissance. La principale tâche du prochain gouvernement sera d'amener la société
à prendre conscience d'un enjeu inattendu, celui consistant à tirer le meilleur parti
d'un taux de croissance inconnu en Eu rope depuis quarante ans.
Garret Fitzgerald a été premier ministre d'lrlande de 1983 à 1987. Economiste, il
écrit une chronique dans l’«Irish Times» de Dublin chaque samedi.
Source : Le monde; mardi 1er avril 1997.
LA QUESTION IRLANDAISE A-T-ELLE UNE SOLUTION?
C’est bien une tragédie qui se joue depuis des années dans ce morceau
d’Irlande, entre trois acteurs épuisés à ressasser leur rôle : les nationalistes, les
unionistes, et l’occupant britannique.
Ce conflit est né d’un partage simple : les nationaliste sont catholiques et
veulent mettre fin à l’autorité britannique sur l’Ulster, tandis que les unionistes, protestants, sont favorables au maintien de la province au sein du
Royaume Uni. Les protestants, majoritaires en Irlande du Nord, y imposent
leur loi depuis soixante ans et défendent jalousement leurs privilèges avec l’assentiment de Londres. Les catholiques, opprimés et minoritaires, veulent chasser les britaniques, se libérer du joug protestant et réunifier l’île. Ainsi les protestants majoritaires dans leur province au Nord, sont minoritaires lorsque
l’on considère l’île dans sa totalité. Ils refusent ainsi l’intégration. Tous les
ingrédients sont réunis pour un conflit interminable.
Pour q’une coexistence soit possible, il faut que l’histoire des dominations passées soit dite. Il faut que chacune des traditions soit respectées par
l’autre, chose encore difficile.
Pourtant le 1er Septembre 1994, l’IRA a déclaré le cessez-le-feu, une guerre de 25 ans semble terminée mais pour combien de temps encore?
À Londres l’opinon publique ne demande qu’à en finir avec cette «sale
guerre» irlandaise, mais quel premier ministre prendra la décision historique
de quitter l’Irlande du Nord?
BIBLIOGRAPHIE
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• DEUTSH Richard
Irlande, le Landeau écrasé : deux femmes pour la paix.
1977
• DIDIER Romain
La place de l’Europe.
1989
•EPSTEIN Marc
Irlande : qui, quand, quoi?
Hachette livre, 1996
•FALIGOT Roger
Guerre spéciale en Europe.
Flammarion 1980.
• FRECHET Rene
Histoire de l’Irlande.
Que sais je; 1995
• GOLDRING Maurice
Gens de Belfast : deux peuples sans frontière.
l’Harmattan; 1994
• GUIFFAN Jean
La question d’Irlande.
Édition complexe; 1989
• JAOUEN Hervé
Journal intime.
• LEWIS John
Un pays divisé.
1990
• COOGAN Tim Patt
IRA, histoire et actualité de l’armée Républicain irlandaise.
Édition Alain Moreau; 1972
• RIVOALLAN A.
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2. Les revues.
• SAILHAN Michelle
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• Notes de travail en Ulster.
Collection Toulouse Terres Heretiques
3. Les chiffres.
• OCDE
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• MOINDROT Claude
Grande-Bretagne et Irlande du Nord, géographie économique.
Hachette supérieur; 1993
4. Les sites internet.
•Http://www.utbm.fr/lespersonnes/Therry.Vignaud/Galleg/Histoire/
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•Http://gm.gc.ca/french.pmo/releases/reland.htm
•Http://gm.gc.ca/french.pmo/releases/poblacht.htm
•Http://www.vms.uTexas.edu/˜JDANA/retist.html
•Http://easyweb.easynet.co.uk/˜rominet/irlande/nord.html
•Http://www.serve.com/rm/sinnFein