les nouveaux clients du market research
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les nouveaux clients du market research
METIERS 1/02/06 17:56 Page 1 Métiers 57 OFFICINES, PATIENTS : LES NOUVEAUX CLIENTS DU MARKET RESEARCH Elles pèsent 70 % des études ad hoc des laboratoires pour lesquels elles se sont fortement spécialisées au fil des années. Elles apportent un éclairage indispensable au déploiement des stratégies opérationnelles du marketing pharmaceutique. Ces sociétés d’études qui passent au scanner opinions et comportements connaissent un nouveau boom. Explications. —————— lles scannent le comportement des prescripteurs dans « la vraie vie » et s’efforcent de cerner au plus près ce que pensent et font les médecins face aux pathologies auxquelles ils apportent des réponses thérapeutiques. Elles, ce sont les sociétés d’études, à ce jour au nombre d’une trentaine, rassemblées au sein d’un club, l’Asocs1, présidé depuis octobre dernier par Alain Collomb, co-président d’A+A, opérateur historique d’un marché de l’ad hoc pré et post marketing, « quali et quanti » très convoité. « Nous sommes des gens du marketing et notre tâche est d’aider les laboratoires à comp re n d re c e q u i s e Le « market passe sur le marché », research », un rappelle volontiers Alain Collomb, qui esvrai métier time que les prestataires exercent dans le champ du « market research » un vrai métier, avec sa valeur ajoutée spécifique, mais qui peine parfois à être reconnu comme tel. « Les gens du marketing sont de plus en plus demandeurs d’outils nouveaux, car les outils classiques ne suffisent plus », explique Vincent André chez EO Consult, qui observe la cohabitation croissante des méthodes traditionnelles de recueil des données avec les nouveaux outils E d’analyse. « Aujourd’hui, les besoins sont différents, on veut comprendre comment fonctionne un médecin, quel chemin l’amène à un produit », explique le directeur, qui propose à ses clients une méthode basée sur des algorithmes de prescriptions. De l’étude au conseil. « Nous vivons un marché en plein développement », confirme de son côté Françoise Chetochine, directrice générale de la société éponyme, qui considère que les prestataires se trouvent face à du « marketing sophistiqué » où le recours aux études est un must afin de légitimer les démarches engagées par les laboratoires. « Nous sommes aujourd’hui dans un environnement d’anticipation forte », confirme Eric Ohayon chez Fovea. Hier parent pauvre de l’industrie, le secteur des études est vu comme un tremplin pour faire carrière dans le marketing, analyse encore ce dernier qui observe une montée en puissance du « market research » dans tous les laboratoires quelque soit leur taille. « Ils ont besoin d’être challengés et plus que jamais conseillés, poursuit ce dernier. » Car les batailles ne se gagnent plus l’œil rivé au rapport effica- cité/risque. « Il faut sortir des sentiers battus, développer des méthodologies innovantes, faire ressortir de l’information immédiate, objective, mais aussi subjective », plaide celui dont la société a adopté un positionnement spécifique avec une méthodologie basée sur un jeu de société, le « Tabou ». Sur ce marché bien pourvu des prestataires d’étude ad hoc, les opérateurs rivalisent d’imagination. Certains se sont ainsi fortement position- FÉVRIER 2006 _ PHARMACEUTIQUES METIERS 1/02/06 17:56 Page 53 ÉTUDES DE MARCHÉ m é t i e r s 59 nés sur les TIC, dont l’Internet, sur lequel la société YSSUP2 a constitué ses panels de médecins (7 500 généralistes et 2 500 spécialistes) et d’officinaux (750), en parallèle à d’autres médias plus classiques que cette dernière met à disposition des laboratoires. « Ils sont de plus en plus attentifs aux résultats des études de marché qui sont réalisées ; ils ont besoin de disposer de décisions rationalisées vis-à-vis de leur maison mère et de conseil sur ces études », note Hélène Panak, gérant et directrice associée de la jeune entreprise. « Nous sommes dans une dialectique de partenariat pour aider les laboratoires à faire les bons choix et suivre les bonnes directions, qu’elles soient opérationnelles ou stratégiques », ajoute cette dernière dont la société s’est adossée à l’agence de communication Boz pour « oser », selon ses propres termes, aller plus loin dans cet opérationnel. « Le poids de l’international est de plus en plus grand » confirme Alain Collomb qui réalise une bonne moitié de son CA (15 millions d’euros) à l’international, notamment pour le compte de « biotech » qui n’ont pas toujours une culture de la pathologie et de sa prise en charge. « Nous sommes souvent face à des études qui nous échappent, avec des méthodologies très précises et très verrouillées, avec de grands axes donnés par les sièges sociaux des big pharma anglosaxonnes et peu de possibilité de changer la forme », confirme Dominique Taillandier, directrice commerciale chez Impact Performance. Des pressions accrues sur les coûts. Chez Fovea, Eric Ohayon n’a pas observé de mouvement de recentrage et de concentration des études consécutif aux récentes fusions. Mais le secteur a cependant été l’objet d’une véritable chasse à la réduction des coûts, engagée dans les rangs des laboratoires par les services achats. Cette véritable lame de fond, qui a battu en brèche bien des « copinages », a mis les sociétés d’étude sous pression. « Nous sommes sur un marché d’information de masse, largement discounté », observe Françoise Chetochine qui considère que ces pressions et la rigidité, voire la dureté qui peut en découler, ne sont pas toujours favorable à la qualité. « Les grands groupes montent souvent des protocoles avec des consultants financiers, ce qui conduit à référencer des sociétés d’études par pays. » Avec pour résultat, constaté par nombre d’opérateurs, d’entrer dans des logiques de volumes et de prix qui peuvent parfois contrecarrer les résultats en terme de qualité. Au-delà de cette internationalisation des études qui va TROIS QUESTIONS À… PIERRE ANHOURY IMS Health se lance dans l’EPP Directeur du département « Price & Market Access », le Dr Pierre Anhoury développe au sein d’IMS Health de nouvelles expertises et des conseils autour de l’évaluation des pratiques professionnelles sur laquelle la société d’étude se positionne résolument. Quelles tendances nouvelles observezvous sur le marché des études marketing ? Nous observons, dans le cadre des études de marché quantitatives traditionnelles, un virage qui s’amorce en direction des études d’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) et du bon usage du médicament. Nous complétons le « quantitatif » par du « qualitatif » et dans ce dernier registre analysons comment les médicaments sont prescrits, dans quel protocole, et plus largement dans quelle prise en charge du patient, ils s’insèrent. Nous distinguons dans ce registre général deux familles de produits : les molécules innovantes et coûteuses pour lesquelles ces études qualitatives sont une obligation nouvelle et les molécules plus classiques pour lesquelles les laboratoires engagent des études sur une base plus volontaire. Sur ces molécules innovantes, nous sommes en train de passer du quantitatif simple à la mise en place d’observatoires des pratiques professionnelles dans un domaine donné : cancer du sein, cancer du colon, polyarthrite rhumatoïde etc. Des domaines dans lesquels les laboratoires se dotent de moyens pour comprendre comment, par qui et dans quelles conditions leurs molécules sont utilisées. Quels sont les enjeux de ce développement ? Pour les prescripteurs, il s’agit de s’assurer du remboursement total de ces médicaments –totalité qui est associée à la preuve du bon usage-. Le laboratoire apporte un service au prescripteur et le malade est assuré du bon usage du produit. L’effet de ce développement est donc triple : celui qui prescrit est sûr d’être payé, le malade est sûr d’avoir accès à bon escient et enfin le laboratoire prouve qu’il incite au respect des indications reconnues. A qui proposez vous vos conseils et comment organisez-vous ce service dans votre société ? Aux laboratoires pharmaceutiques, mais aussi aux sociétés savantes qui vont également se saisir de cette question de l’évaluation des pratiques professionnelles. Enfin, il est possible que demain des projets soient conduits au sein des Unions régionales de médecins libéraux (URML), soutenus ou accompagnés par un ou plusieurs laboratoires. IMS a recruté des personnes qui ont l’expertise et réalisé des publications dans ce domaine. Mon sujet de thèse, passée en 1988, était centré sur l’EPP. Le Dr Carine Chaix-Couturier, médecin de santé publique, spécialiste de ces questions d’évaluation, a rejoins IMS Heath à mes côtés pour développer cet axe. De plus, les bases d’IMS comportent un réservoir exceptionnel de données qui servent de piliers à ces évaluations. FÉVRIER 2006 _ PHARMACEUTIQUES METIERS 1/02/06 17:56 Page 55 ÉTUDES DE MARCHÉ m é t i e r s 61 crescendo, le marché du « market re- search » poursuit pour l’heure une croissance lente, estimée entre + 3 % et + 4 % au niveau mondial, avec quelques domaines en progression, mais aussi sa mutation. « Ce marché se situe à un tournant », estime Vincent André chez EO Consult qui analyse trois composantes en évolution : le secteur du marketing médical, celui de la satisfaction client et enfin celui qui concerne l’enfant. Chez Axone Santé, Anne Laure Ledoriol a résolument positionné la société sur l’approche patient et l’annonce du diagnostic difficile, pour lesquelles la consultante propose aux laboratoires des approches qualitatives spécifiques. « La culture patient est plus développée ailleurs qu’en France, où existe une demande mais où les objectifs ne sont pas assez ambitieux », note cette dernière, pour qui la compréhension de l’évolution des pratiques passe par celle de l’évolution du patient. « Beaucoup d’études sont faites sur les patients, avec l’objectif stratégique de monter des actions d’accompagnement de ces derniers », confirme-t-elle. « Le patient prend du poids », ajoute Eric Ohayon. « Il faut le motiver à la prise de son traitement, l’accompagner, le conseiller, et pour cela, il faut bien l’appréhender et comprendre sa psychologie. » Ce secteur des études « observationnelles » se déploie en direction des patients, mais également sur les officines. « La tendance est de plus en plus prégnante ; il faut prouver en haut lieu que tout est bien cadré », explique Véronique Zimeray, pharmacienne et pdg de Vivactis HPR, qui s’est lancée bien avant d’autres, dès 1994, dans l’observationnel d’officine. « De notre expérience sur ce pôle d’étude ad hoc très analytique, nous sommes arrivés à tirer des recommandations opérationnelles sur un marché très restreint », ajoute cette dernière. L’officine constitue également le domaine d’étude privilégié, sinon exclusif, de la société PHI. « Les laboratoires éthiques ne les connaissent pas, ils s’en méfient quand ils ne craignent pas leur capacité à faire POINT DE VUE DR « MANAGER LA PERFORMANCE GLOBALE » Directeur général de TNS Healthcare*, né en France il y a six mois de la fusion des activités médicales de TNS Sofres et de Louis Harris, Michel Murino s’exprime sur les grandes tendances observables sur le marché des études ad hoc. Quelles ont été les principales raisons de la fusion entre deux sociétés bien positionnées sur le marché des études ? Historiquement ces deux sociétés, présentes sur le marché avec des enseignes et des positionnements différents, appartiennent au même groupe qui est TNS. La première, TNS Sofres, plutôt positionnée sur la médecine de ville, avait des compétences plus « quantitatives ». Harris Medical de son côté était plus « qualitative » et plutôt positionnée sur le marché hospitalier. Il était donc tout à fait pertinent de réunir le meilleur des deux pour former une nouvelle compagnie qui offre à nos clients des expertises et compétences qui répondent à leurs besoins et demandes. Comment évolue selon vous le marché des études ? On observe un net recentrage sur certaines marques historiques matures au sein des grands groupes, la volonté de mieux manager la performance de ces dernières, dans un contexte marqué par le ralentissement des lancements de blockbusters. Il y a aussi la volonté de défendre ces marques par rapport à la montée des génériques, avec en toile de fond le souci de limiter les dépenses promotionnelles. Tout cet ensemble entraîne la nécessité de disposer de données fines sur l’évolution des marques les unes par rapport aux autres, de mieux comprendre les retours sur investissement de chaque canal de promotion utilisé, d’optimiser la force des ventes, avec une tendance lourde d’une main mise plus forte de l’international sur les filiales. Ce dernier a ainsi besoin de données homogènes et comparables d’un pays à l’autre. D’où la nécessité de s’adresser à un institut de taille « locus » sur leur marché », explique Evelyne Bessières, gérante de PHI, pour qui l’officine devient un relais incontournable. « C’est un marché porteur, qui est loin d’être arrivé à saturation et qui va encore évoluer vers des mutations et des phases nouvelles », poursuit-elle, convaincue que l’officine va se positionner comme « acteur de santé » au regard duquel d’ici deux ans tous les laboratoires devront avoir arrêté une réelle stratégie. Car ce « nouveau client », tout comme son homologue hospitalier, est l’objet d’attentions croissantes des experts du CRM3. Et ici, comme en amont chez le prescripteur et en aval auprès du patient, comprendre les comportements et analyser les opinions devient un nouvel impératif. ■ JJC (1) Association des Sociétés d’étude de l’Opinion et du Comportement dans le domaine de la Santé. Voir www.asocs.info (2) YSSUP ou « Your Solution to Speed Up pharma research » (3) Customer relation management ou gestion de la relation client internationale, capable de conduire ces études multi pays, avec une même approche homogène, un même souci de qualité, afin de disposer de données comparables et pertinentes. Nous observons ainsi dans notre groupe une très forte augmentation des études multi pays par rapport à celle menées sur le plan domestique. Comment vous situez-vous dans cette évolution ? Nous avons à cet égard lancé un produit dénommé « brand performance optimisation », qui est un modèle intégré qui permet aux décideurs de mieux manager leurs marques et le lancement de leurs nouveaux produits. Nous mettons à leur disposition des solutions d’études complètes qui permettent de mesurer la force de la marque sur son marché et l’engagement du prescripteur par rapport à chaque marque proposée. Ces outils permettent d’analyser les logiques qui veulent qu’un prescripteur est attaché à une marque et d’optimiser au mieux les moyens à mettre en œuvre du côté de la force de vente du laboratoire. C’est aujourd’hui un de nos axes prioritaires de développement. * TNS Healthcare, leader français et référence des études ad hoc « santé », est une des composantes françaises de TNS, 2ème acteur mondial du marché. FÉVRIER 2006 _ PHARMACEUTIQUES