Nouvelle lettre 794 du 8 mai 2004

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Nouvelle lettre 794 du 8 mai 2004
la nouvelle lettre
Directeur de la publication : J. GARELLO
Commission Paritaire 63570
N°794 du 8 Mai 2004
Hebdomadaire 1 €
EDITORIAL
LE SECRET DE LA RICHESSE : DEPENSER DAVANTAGE
En écrivant la Richesse des Nations (1776) Adam Smith, réputé fondateur de la science économique,
faisait en réalité étalage de son ignorance. Il expliquait en effet que certains peuples étaient plus
prospères parce qu’ils pratiquaient avec plus d’intensité l’échange : dans une société ouverte, et
sous l’aiguillon de la concurrence, les hommes sont davantage portés à l’innovation et au service de
la communauté, leurs qualités personnelles s’épanouissent et les sentiments moraux dominent.
Société ouverte, société de confiance comme disait Alain Peyrefitte.
Heureusement quelques années plus tard Malthus donnait une version différente de la crise et de la
prospérité. La crise provient d’un excédent d’épargne, alors que la prospérité existe quand chacun
s’empresse de dépenser le pouvoir d’achat qu’il a obtenu par son activité productive. Malthus venait
d’inventer la vraie science économique, la moderne, celle de Keynes, celle des socialistes de tous les
temps et de tous les pays, celle de Jacques Attali et celle de… Nicolas Sarkozy.
Elle est bien plus séduisante que la précédente : dépensez tout votre argent, et vous en aurez
davantage encore, la croissance va repartir et le chômage va disparaître.
Le mérite spécifique de Nicolas Sarkozy est de présenter la vieille lune keynésienne sous un
emballage nouveau. Et ici il voit juste : les Français aiment leurs enfants et leurs petits-enfants, ils
sont attachés à la notion de patrimoine familial, alors que la rapacité du fisc et le droit successoral
détruisent les fortunes, grandes et petites, et réduisent la liberté de disposer de son bien au bénéfice
de ceux que l’on aime. L’emballage est libertifère, même si le contenu est liberticide.
Or donc, notre bien aimé ministre de l’Economie, pour lequel j’ai de la sympathie à plus d’un égard,
vient d’inciter les Français à faire donation à leur progéniture d’une somme de 20.000 Euros en
exonération fiscale complète. Ce n’est libéral qu’à moitié, puisqu’il faudrait en toute logique
libérale exonérer toutes les libéralités, quelles qu’elles soient. Mais c’est surtout le « mode
d’emploi » qui me laisse pantois.
Nicolas Sarkozy nous explique en effet que les personnes âgées ont tendance à trop épargner, ce qui
est mauvais pour l’économie, tandis que ces braves jeunes gens vont s’acquitter du devoir citoyen
qui consiste à dépenser. Voilà de la bonne éducation : montrer aux jeunes qu’ils doivent avoir les
mains percées, non par esprit de jouissance, mais par souci de la croissance globale et par solidarité
avec les chômeurs.
Il est inutile de dire qu’il s’agit d’une fable, dont la moralité est à l’opposé de celle du « Laboureur
et ses enfants ». Le laboureur cher à La Fontaine : « travaillez, prenez de la peine ». Le laboureur
de Bercy : « dépensez, prenez du plaisir ».
La fable commence par l’idée saugrenue que les Français épargneraient trop. Il est vraisemblable
que s’ils étaient libres de leurs revenus et de leurs placements, ils épargneraient encore davantage,
parce qu’ils ont le réflexe naturel de se garantir contre la disparition progressive de leurs « droits
sociaux » : demain moins de retraite, moins de remboursements de soins et de médicaments. Quand
la protection « sociale » est en faillite, le relais est pris par la précaution individuelle et familiale.
Va-t-on reprocher aux quinquagénaires de prendre des dispositions pour échapper à l’explosion de
la Sécurité Sociale ?
La fable continue avec l’incitation à la dépense des jeunes. Va-t-on leur donner l’habitude
d’attendre la manne familiale, puis la manne de l’Etat ? Ne serait-il pas préférable de les inciter à
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EDITORIAL
travailler pendant l’été ou même pendant l’année scolaire pour s’acheter leur première voiture, ou
leur première chaîne, ou pour faire leur premier voyage à l’étranger ?
Pourquoi les propulser dans le monde illusoire du court terme, qui exclut l’épargne et la prévoyance
et prône le « carpe diem » ? Et que se passerait-il si quelques jeunes égarés se mettaient, eux aussi,
à épargner stupidement, parce qu’ils auraient déjà compris que leur illusoires « droits sociaux »
vont se dissoudre dans l’héritage de la dette publique et des derniers vestiges de la répartition ?
Il serait d’ailleurs intéressant de suggérer à notre ministre des Finances de calculer les droits de
succession sur l’héritage net, en déduisant des actifs patrimoniaux hérités de la famille le passif
social hérité de l’Etat et de la Sécurité Sociale. Cela équivaudrait à supprimer purement et
simplement les droits de succession, comme l’horrible Berlusconi l’a d’ailleurs réalisé en Italie.
Comme beaucoup de Français, j’attends de Nicolas Sarkozy, sinon du gouvernement, qu’il cesse
enfin de prendre ses compatriotes pour des demeurés. Qui peut penser sérieusement qu’en dépensant
l’argent on devienne subitement plus riche ? Vivre au dessus de ses moyens a toujours entraîné la
ruine. Ce qui est vrai dans la micro-économie du ménage ou de l’entreprise l’est aussi au niveau
macro-économique, en dépit des élucubrations de Malthus, Keynes et Marx. Car Marx est aussi au
rendez-vous : fidèle à Malthus il expliquait que le capitalisme devait disparaître parce que l’argent
allait aux riches qui épargnaient trop et pas assez aux pauvres qui eux avaient besoin de dépenser.
Lutte des classes, conflit de générations, même combat : il faut exproprier les patrons et pousser le
grand’père dans les orties. Il est vrai que mes propos sont ceux d’un grand’père dépensier.
Jacques Garello
Conjoncture
2003 : L’ANNEE HORRIBLE
La semaine dernière, nous avons évoqué l’exception française en matière de croissance. Le
dernier rapport publié par l’INSEE permet de faire un point complet sur la situation de l’économie
française pour l’année 2003. Le résultat est bien pire que ce que le seul critère de la croissance
laissait entrevoir : l’année dernière a été, pour notre économie, une véritable « annus horribilis ».
Entreprises : l’investissement productif en chute libre
Avant que l’INSEE ait publié les résultats 2003 (4 mois après la fin de l’année), nous avons
travaillé sur des prévisions, puis sur des estimations. Voici maintenant les vrais chiffres. Et ils ne
sont pas brillants.
Nous n’insisterons pas sur la croissance, puisque nous en avons parlé la semaine dernière.
Finalement, le PIB (produit intérieur brut) aura progressé de 0,5% dans l’année (contre une
estimation de 0,2%). C’est donc un tout petit peu mieux que prévu, mais nous allons voir à quel
prix ou plutôt par quel tour de magie. De toutes façons, c’est le résultat le plus mauvais depuis
1993 : il faut remonter dix ans en arrière pour faire aussi mal. L’INSEE parle pudiquement d’un
« creux de cycle », façon polie de dire qu’on est au fond du trou.
Comment se portent nos entreprises ? L’investissement productif (celui des sociétés non
financières et des entreprises individuelles) a reculé de 1,9%, en chute pour la seconde année
consécutive (le recul était déjà de 3,6% en 2002). Or l’investissement d’aujourd’hui, c’est la
croissance et l’emploi de demain ; c’est ce qui prépare l’avenir. Autrement dit, non seulement nous
étions en 2003 en pleine récession, quand les autres pays connaissaient une reprise, mais de plus
nous ne préparions pas l’avenir, puisque nos entreprises ne pouvaient investir plus.
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Conjoncture
En effet, elles n’ont pas investi parce que les perspectives étaient catastrophiques et qu’aucune
croissance n’était en vue. Mais, même si elles l’avaient voulu, elles n’auraient pas pu investir car
les taux de marge des entreprises continuent à baisser. Pour investir, il faut des perspectives,
mais il faut aussi des moyens. Et pas question de compenser l’autofinancement par un appel à
l’épargne puisque l’essentiel de l’épargne disponible est absorbé par les déficits publics abyssaux
de notre économie : les dépenses publiques ainsi financées par l’emprunt ont provoqué un
véritable effet d‘éviction sur le reste de l’économie et en particulier sur nos investissements
productifs.
Ménages : perte de pouvoir d’achat
En outre, contrairement à ce que l’on a lu tout au long de l’année, et conformément à ce que nous
avions annoncé ici même il y a peu, le taux d’épargne des ménages est en baisse, passant de
16,8% à 15,8%, du revenu disponible. Et si les ménages épargnent moins, ce n’est pas parce
qu’ils consomment plus, mais parce que leurs revenus sont en recul. En effet, la consommation
des ménages, abusivement présentée comme le moteur de la croissance, a été ralentie en 2003 :
elle a progressé de 1,7% seulement en 2003, contre 2,3% en 2002 et 2,9% en 2001. Et le pouvoir
d’achat des ménages progresse moins vite. C’est ainsi que le revenu disponible des ménages a
nettement décru, passant de 4,3% de hausse en 2002 à 2,3% seulement en 2003, tandis que le
pouvoir d’achat individuel reculait de 0,5%.
Commerce extérieur : perte de compétition
Pouvons-nous nous consoler avec le commerce extérieur ? Ce devrait être le cas, puisque
l’économie mondiale était en pleine reprise : les pays étrangers auraient dû acheter beaucoup plus
et nos exportations auraient dû s’envoler. Or les exportations, qui avaient progressé de 1,9% en
2002, ont reculé de 2,5% en 2003, ce qui est proprement invraisemblable dans le climat
international actuel, où les échanges internationaux progressent très vite, à cause de la reprise,
sauf à envisager une perte considérable de compétitivité de nos produits, ce qui hélas a été le cas.
Secteur public : il explose
Pourtant, il faut reconnaître qu’un secteur se porte bien et même très bien et tranche avec le reste
du tableau. C’est le secteur public. Non seulement la consommation effective des administrations
publiques est en hausse de 2% (alors qu’on nous annonce avoir stabilisé les dépenses publiques),
mais encore les investissements des administrations publiques, qui avaient reculé de 0,4% en
2001 et progressé à peine de 0,7% en 2002, ont connu une véritable explosion avec une hausse
de 5,2% en 2003 !
Evidemment, ces « excellents » résultats sont en réalité une catastrophe, en particulier dans l’état
actuel de nos dépenses publiques. Cela explique que le déficit public soit aussi élevé et que la
dette publique ait encore battu de nouveaux records, bien au dessus des limites autorisées par les
traités européens. Mais en plus, ces dépenses là sont totalement improductives et plombent
encore plus l’économie française. Or la « croissance » de 2003 s’explique pour l’essentiel par la
seule progression des dépenses publiques ; sans celle-ci, au lieu d’avoir 0,5% de croissance, nous
aurions eu 0,1%, autrement dit une croissance zéro. Ce qui signifie que même le peu de
croissance que nous avons est artificiel et ne repose que sur les dépenses publiques.
Emploi : il diminue
Reste le seul domaine dont nous n’avons pas encore parlé, celui de l’emploi. Quelques chiffres
simples : en 2003, pour la première fois depuis longtemps, nous avons détruit des emplois.
Résultat, le taux de chômage était en fin d’année de 9,6% de la population active. Mais l’INSEE
vient de procéder à son enquête annuelle sur l’emploi et il en résulte que le chômage français a
été sous-estimé : le chiffre réel est de 9,8% ; et les mauvais résultats du mois de mars, qui
viennent de paraître, confirment la tendance à la dégradation en 2004.
Voilà donc le bilan pour 2003. Et 2004 pourrait être une seconde « année horrible ».
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l'actualité qui nous fait réfléchir
« LA BAISSE DES IMPOTS DEPENDRA DU NIVEAU DE CROISSANCE »
C’est Jacques CHIRAC qui s’exprime ainsi, lors de sa conférence de presse consacrée pour l’essentiel
à l’élargissement de l’Europe. Il a en particulier déclaré qu’il s’était fixé deux objectifs : relancer
l’emploi grâce au retour de la croissance et maîtriser les déficits. « La baisse des impôts dépendra
naturellement des conditions de réalisation de ces deux objectifs et aussi de la croissance et du niveau
de la croissance ».
Si l’on comprend bien la pensée du chef de l’Etat : on peut baisser les impôts si la croissance est forte
et de même on peut baisser les impôts si l’emploi est dynamique et si les déficits sont faibles et
maîtrisés. Sous entendu : ce n’est pas possible dans le cas contraire et, par exemple, il ne faut pas
baisser les impôts si la croissance est faible ou le chômage élevé. Sans doute la baisse des impôts
provoquerait-elle quelque drame, dont le chef de l’Etat a le pressentiment.
Jacques CHIRAC fait un contresens complet et il faut remettre sa formule à l’endroit : c’est le niveau
de la croissance, de l’emploi et des déficits qui dépendra de la baisse d’impôts, et non l’inverse. C’est
de l’ampleur de la baisse d’impôts que dépendra la reprise. Il ne faut donc pas attendre la reprise pour
baisser les impôts, lorsque celle-ci le permettra, mais il faut, comme par exemple aux Etats-Unis,
baisser les impôts pour provoquer la reprise. Il y a donc urgence, car si le Président attend pour agir
que tout aille bien, il risque d’attendre longtemps.
Encore ne faut-il pas faire de contresens sur le lien entre baisse d’impôts et croissance. On lit un peu
partout -et certains ministres tiennent le même discours- que la baisse des impôts, en augmentant le
revenu disponible, accroît la consommation. Si on pense à ce mécanisme là, on risque d’avoir les pires
désillusions. Car ce raisonnement là est d’une stricte orthodoxie keynésienne. Il suffirait d’augmenter
la demande pour que l’économie redémarre, et la baisse des impôts serait une manière parmi d’autres
d’accroître la demande.
Or s’il faut baisser les impôts, ce n’est pas pour provoquer un effet illusoire et incertain sur la
demande et la consommation, mais c’est pour stimuler l’offre, dans la logique qui est celle de la
courbe de LAFFER. La baisse des impôts stimule le travail, l’investissement, l’activité des
entrepreneurs, encourage les productifs, puisqu’on ne leur confisque plus autant ce qu’ils produisent.
C’est sur l’offre de biens et services que l’effet de la baisse d’impôt jouera. Bien entendu, ensuite,
comme SAY l’avait déjà compris, l’offre créera sa propre demande et les débouchés existeront
automatiquement.
Pourquoi est-il essentiel de rétablir le sens réel de cette action ? D’abord, parce que l’on explique
souvent que baisser les impôts, c’est un cadeau fait aux plus riches -sous-entendu à ceux qui paient le
plus d’impôts. Passons sur le paradoxe qui consiste à appeler cadeau ce qui n’est que la fin d’une
spoliation arbitraire. Mais qui bénéficie des effets de la baisse d’impôts ? Tous, à commencer par les
plus démunis, puisque la baisse d’impôts provoque des créations d’emplois, diminue le chômage,
entraîne une reprise économique, qui bénéficie à tous. Elle est donc éminemment « sociale » pour
reprendre un terme à la mode.
En outre, il est essentiel de comprendre que le mécanisme de la baisse d’impôts agit d’autant mieux
sur l’offre, qu’on l’aura accompagné de toutes les mesures capables de libérer les entreprises. Les
obstacles administratifs, sociaux, réglementaires freinent le développement de l’offre, les faire sauter
permettra que la baisse des impôts se traduise en emplois pour tous. Croire que l’effet des impôts
passe par la demande, c’est oublier toutes les conditions de libération de l’offre, de déréglementation
et c’est laisser passer les véritables chances de reprise.
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l'actualité qui nous fait réfléchir
LA CHINE MENACE HONGKONG -SUITE–
Il y a trois semaines, nous avions indiqué à nos lecteurs comment la Chine communiste menace
Hongkong. En particulier, les dirigeants chinois ont décidé que toute réforme électorale serait soumise
à un droit de veto de l’Assemblée populaire chinoise (c'est-à-dire du parti communiste). Les dirigeants
chinois s’opposent à un élargissement du corps électoral de Hongkong, qui est aujourd’hui limité à
800 personnes soigneusement choisies par Pékin : la meilleure façon de gagner les élections, c’est, en
effet, de désigner soi-même les électeurs.
Cette analyse n’était-elle pas trop pessimiste : la Chine n’avait-elle pas promis de respecter la formule
« un pays, deux systèmes » et de permettre des élections libres sur le territoire ? Il n’a pas fallu
attendre longtemps. Trois semaines plus tard, nous voici fixés : Pékin vient d’enterrer toute espérance
de démocratisation.
En effet, le comité permanent de l’assemblée nationale populaire a décidé que la situation n’était pas
mûre pour que Hongkong élise au suffrage universel direct le chef de l’exécutif en 2007, ni
l’intégralité du conseil législatif en 2008. C’est donc un non sans appel aux espoirs de libéralisation du
système, qu’espérait le mouvement démocratique de Hongkong, alors que la loi fondamentale posait
le suffrage universel à ces deux élections comme un objectif ultime.
Pékin a interprété littéralement cette expression d’objectif « ultime », pour décider que le suffrage
universel n’était donc pas un objectif immédiat. On en restera donc au système actuel : le chef de
l’exécutif sera élu par ce collège sur mesure des 800 électeurs, et seule la moitié des 60 membres du
conseil législatif sera élue au suffrage universel direct.
Le comité permanent de l’assemblée nationale populaire a donc décidé que ce double mode de scrutin
serait inchangé pour les « élections » de 2007 et 2008 et que la libéralisation était reportée à une date
ultérieure non déterminée. Pékin pousse le culot jusqu’à avancer comme argument le fait que la classe
politique de Hongkong est divisée sur le sujet (et pour cause puisqu’une partie obéit directement à
Pékin). Et un dirigeant communiste a même invoqué un argument pour le moins étonnant : il faut
protéger « le système capitaliste de Hongkong » contre les risques d’une pleine démocratie. Car,
comme chacun le sait, c’est la démocratie qui menace le capitalisme et c’est le totalitarisme
communiste qui le protége.
La stupéfaction est totale à Hongkong, car peu de Chinois ici imaginaient que Pékin allait mettre ses
menaces à exécution et enrayer le processus de démocratisation. Des incidents ont même eu lieu avec
des parlementaires démocrates qui ont essayé d’interrompre les discours officiels, mais Pékin apprécie
peu ces types de fantaisies. Malgré tout les démocrates ne renoncent pas et une grande manifestation
est prévue pour l’anniversaire de la rétrocession, le 1er juillet. En attendant, devant les menaces
chinoises, certains envisagent déjà l’hypothèse d’une fuite des cerveaux, c'est-à-dire d’une émigration
massive hors de Hongkong.
Jusqu’à ce jour, on ne peut pas dire que les Occidentaux aient élevé de bien grandes protestations face
à l’attitude de Pékin. Pourtant, les Anglais, par exemple, sont garants des accords signés. Il est peutêtre temps de dire à la Chine que tout n’est pas permis, et qu’elle ne peut impunément menacer et
Taiwan, et Hongkong. Si on ajoute au passif des communistes la répression antireligieuse dont nous
avons antérieurement parlé, le régime de Pékin devrait appeler des réactions occidentales fermes et
immédiates. Les leçons de la guerre des boxers seraient-elles oubliées ? Par tradition les dirigeants
Chinois n’admirent pas la couardise.
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l'actualité qui nous fait réfléchir
LE RETOUR DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE
Voici donc que le Président et le gouvernement affirment leur volonté de lutter contre la
désindustrialisation et contre les délocalisations. Et ils mettent à exécution leur choix pour une
politique industrielle nationale.
Il y a eu d’abord l’affaire Alstom, et elle n’est pas terminée. Voilà une entreprise que l’Etat entend
sauver à tout prix, et à coup de subventions publiques ou au moins d’aides bancaires fortem
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l'actualité qui nous fait réfléchir
LE MARIAGE DE MAMERE
Les verts en ont rêvé. Noël MAMERE l’a fait : le 5 juin, il célébrera dans sa mairie le premier mariage
homosexuel français. Une union entre deux hommes « dans les conditions et avec les obligations du
code civil ». Pour moi, dit M. MAMERE, « ce geste s’inscrit dans un combat que je mène depuis
longtemps pour l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations ». Et le combat ne s’arrêtera
pas là : si le mariage était déclaré nul, « l’affaire serait portée devant la Cour européenne des droits de
l’homme ».
Gageons que les médias accorderont une grande place à l’opération et déjà, forts de ce précédent, des
élus parisiens de gauche se sont déclarés prêts à célébrer ces unions, tandis qu’une pétition a été
signée de 2 000 personnalités pour l’égalité des droits dont celui, pour les homosexuels, au mariage et
à l’adoption. L’affaire est bien organisée, on le voit, et derrière ces projets de mariage se profile déjà
le combat pour le droit à l’adoption pour les couples homosexuels.
Les réactions ne se sont pas fait attendre et Philippe de VILLIERS n’a pas manqué de parler de
« provocation libertaire typique de la gauche qui cherche à déstructurer la société et qui vise à casser
les cadres traditionnels et les institutions ». Christine BOUTIN à son tour se déclare « contre le
mariage gay », qui, à ses yeux, « est le chemin tracé pour l’adoption ». Jean-Luc ROMERO (UMP),
habituel défenseur des droits des homosexuels, parle d’un « coup politique ». Enfin l’UMP Richard
MAILLE souhaite « personnellement que la responsabilité pénale de M. MAMERE soit mise en
œuvre ».
Il faut d’abord rappeler, comme l’a fait le professeur de droit Françoise DEKEUWER-DEFOSSEZ
dans le Figaro, qu’il n’y a aucune ambiguïté juridique. « La raison d’être du mariage, c’est de garantir
la sécurité de la filiation. L’institution consacre l’union d’un homme et d’une femme appelés à avoir
des enfants. Contrairement à ce que l’on dit parfois, les travaux préparatoires du Code civil sont très
clairs sur ce point et le texte également : l’article 108 vise « le mari et la femme », l’article 75 précise
que les époux déclarent au maire « se prendre pour mari et femme ». « Revenir sur ce principe, c’est
remettre en question l’un des socles de notre société ». De plus, « toute différence de traitement n’est
pas une discrimination ».
Mais l’une des réactions les plus intéressantes est celle du garde des sceaux, Dominique PERBEN,
toujours dans le Figaro. Il est parfaitement clair : « Le mariage homosexuel est contraire à la
loi ». « Ce mariage sera purement et simplement nul, car contraire à l’état du droit ». Le parquet fera
opposition a priori ou déclenchera a posteriori une action en nullité. Et, pour le ministre, la cour
européenne des droits de l’homme dira la même chose. M. MAMERE, pour M. PERBEN, ferait
mieux de revenir sur sa décision : « tout le monde sait, et lui le premier, que sa démarche serait
contraire à la loi. Il est évident que celle-ci est davantage inspirée par un souci de provocation et de
médiatisation que par un désir de répondre aux vrais problèmes des personnes homosexuelles ». « Je
crois qu’il y a un large consensus en faveur du maintien de la conception actuelle du mariage. La
modification du mariage n’est pas une réponse aux problèmes de l’heure ».
Il y a déjà le Pacs, qui a été en son temps discuté et qui était discutable. Mais ceux qui disaient que ce
débat en cachait un autre, celui de l’adoption par les couples homosexuels, avaient raison ; c’est ce
débat là, en dernier ressort, que veut poser M. MAMERE. Mais il se trompe s’il veut faire ainsi
évoluer la loi ; le droit ne s’improvise pas avec des coups médiatiques. Il ne peut être imposé par une
minorité contre l’opinion commune. Il ne peut s’opposer radicalement au droit naturel. Ce que Noël
MAMERE remet finalement en cause, c’est la conception même du droit dans une société libérale. Le
droit ne s’invente pas avec des a priori idéologiques. Il se constate dans la réalité d’une société, il ne
rompt pas avec la tradition, il n’ignore pas la nature humaine. Le droit du législateur, et a fortiori la loi
d’un maire, ne peuvent aller contre le droit naturel.
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l'actualité qui nous fait réfléchir
L’EUROPE VAUT BIEN UN BUDGET
« Si on veut limiter le budget européen à 1% du PIB, c’est qu’on ne veut pas d’Europe ». Cette
formule de François BAYROU a le mérite de l’obscure clarté. Obscure parce qu’elle semble signifier
que les débats sont ramenés à une opposition simpliste entre ceux qui seraient anti-européens (les
souverainistes de tous bords) et ceux qui seraient proeuropéens. Mais personne ne dit clairement de
quelle Europe on parle, quelle Europe on veut. On reste dans le flou.
François BAYROU nous éclaire : en présentant les candidats UDF aux européennes, il a levé un coin
du voile par une déclaration qui nous parait très significative. Nous n’en voulons pas particulièrement
à M. BAYROU (et il est arrivé que l’Udf ait des positions libérales très sympathiques, à propos du
rapport NOVELLI ou encore du service minimum dans les services publics). Mais c’est rarement le
cas, il faut bien le dire. Et, si les propos de François BAYROU auraient très bien pu être tenus par un
dirigeant socialiste, il se trouve, en l’occurrence, que c’est lui qui les a prononcés et donc que c’est lui
que nous visons.
François BAYROU voulait aussi apporter la contradiction à Nicolas SARKOZY, qui souhaitait que le
budget européen ne dépasse pas 1% du PIB, ce qui est effectivement un débat en cours dans l’Union
européenne. Pour F. Bayrou, l’Europe n’existe que si elle a des dépenses publiques et des dépenses
publiques communes et, si possible, élevées. Plus elles sont élevées, plus l’Europe existe. Je dépense
des deniers publics, donc je suis, pourrait être le slogan de toute une large fraction de la classe
politique, sinon de toute la classe politique. L’Europe n’existe que si elle a un budget public commun
et élevé. Et d’ailleurs, au cas où l’on n’aurait pas compris, M. BAYROU exprime sa volonté de voir
mener des politiques communes au niveau européen (comme on en a déjà tant, par exemple avec la
Politique Agricole Commune). Et de plaider pour « une politique de recherche européenne » et pour
« une politique économique européenne ».
C’est évidemment une option. C’est celle de l’Europe politique. C’est celle des politiques communes.
C’est celle des dépenses communes. C’est celle de la bureaucratie et de l’interventionnisme. C’est
l’Europe harmonisée de force d’en haut par des politiques communes. C’est l’Europe des
technocrates. Celle que les Français n’aiment pas, et celle que nous combattons.
Notre Europe n’est pas celle-là. Notre foi européenne ne se mesure pas au pourcentage de dépenses
publiques ou de prélèvements obligatoires. Notre Europe, c’est celle des citoyens et celle des libertés.
C’est celle du libre commerce entre les hommes. C’est celle de la libre circulation des hommes et des
idées. C’est celle qui trouve l’harmonie non par un grand maître politique, mais dans l’ordre spontané
du marché et des libertés. C’est celle que n’aiment pas les hommes politiques, car c’est celle dans
laquelle le pouvoir leur échappe pour être rendu aux citoyens, suivant la vraie nature du principe de
subsidiarité. Elle se mesure en indices de libertés, pas en indices de prélèvements publics.
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AU SOMMAIRE DU N°794 :
EDITORIAL : Le secret de la richesse : dépenser davantage pp. 1-2
CONJONCTURE : 2003 : L’année horrible pp. 2-3
ACTUALITÉ QUI NOUS FAIT RÉFLÉCHIR : « La baisse des impôts dépendra du niveau de croissance »
p. 4 – La Chine menace Hong Kong –suite - p. 5 – Le retour de la politique industrielle p. 6 – Le
mariage de Mamère p. 7 – L’Europe vaut bien un budget p. 8.
ABONNEMENT DE 1 AN (40 Numéros) : € 35.00.
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