Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM

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Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM
ARTICLE ORIGINAL
J Radiol 1999; 80 : 721-726
© Editions françaises de radiologie, Paris, 1999.
ÉTUDE DES CORRÉLATIONS CLINIQUES,
ÉLECTROPHYSIOLOGIQUES ET IRM DANS LE SYNDROME
DU CANAL CARPIEN
V André (1), F Zagnoli (2), M André (1), P Le Dreff (1), S Bellard (2) et JF Garcia (1)
ABSTRACT
Carpal tunnel syndrome: clinical, electrophysiological and MR Imaging correlations
Even though diagnosis of carpal tunnel syndrome is mainly based on clinical findings, other examinations are often useful for
confirmation and management. The most useful of these examinations is EMG. However, EMG may be inconclusive and MRI
may then be helpful. The indications for MRI in patients with carpal tunnel syndrome will be reviewed.
Method : 20 patients with a total of 33 clinically suspected cases of carpal tunnel syndrome (CTS) underwent EMG and MRI
evaluation. Clinical and EMG findings identified three groups of patients based on degree of deficit: mild, moderate, and
severe. The following structures were evaluated at MRI: median nerve, retinaculum, retrotendinous fat, flexor tendons, thenar
space, and muscles and bones of the wrist. Surgery was performed for 19 wrists.
Results : Only retinacular bowing and increased T2W signal intensity within the median nerve were significantly related to the
diagnosis of CTS (sensitivity of 70% and 57% respectively). Retinacular bowing indicates increased “pressure” within the
compartment (mechanical compression of the nerve) and increasedc T2W signal of the median nerve indicates nerve
suffering. These findings correlated well with more severe cases based on clinical and EMG findings.
Conclusion : In cases where there is discordance between clinical and EMG findings, MRI is helpful to identify patients who
would benefit from surgical intervention.
Key words: Carpal tunnel syndrome. Median nerve. Nerve conduction. MRI.
J Radiol 1999;80:721–6
RÉSUMÉ
Le diagnostic de syndrome du canal carpien est avant tout clinique. Les examens complémentaires apportent une aide au
diagnostic positif et à la décision thérapeutique. La méthode la plus utilisée en pratique courante est l’électroneurophysiologie
(EMG). Ses limites conduisent parfois à utiliser l’imagerie par résonance magnétique dont nous voulons préciser les
indications.
Méthode : Vingt patients porteurs de trente trois syndromes du canal carpien cliniquement suspectés ont été explorés en
EMG et IRM. L’examen clinique et l’EMG ont permis de distinguer trois groupes selon le degré d’atteinte : discret, modéré,
sévère. Le nerf médian, le retinaculum, la graisse rétrotendineuse, les tendons fléchisseurs, la loge thénar, les structures
osseuses et musculaires ont été analysés en IRM (quarante-deux canaux carpiens), dix neufs canaux carpiens ont été opérés.
Résultats : Seules la convexité du ligament annulaire du carpe (CLAC) et l’existence d’un hypersignal en T2 du nerf médian
ont été retenues (sensibilité suffisante, respectivement 70 et 57 %). La CLAC rend compte de l’hyperpression intracompartimentale et donc de la compression mécanique du nerf. L’hypersignal T2 traduit la souffrance fonctionnelle du nerf. Elle est
corrélée aux formes sévères cliniques et/ou électromyographiques.
Conclusion : En cas de discordance entre clinique et EMG, la présence d’un hypersignal en T2 sélectionne les patients
susceptibles de bénéficier d’une intervention.
Mots-clés : Syndrome du canal carpien. Nerf médian. Électromyographie. IRM.
INTRODUCTION
Le syndrome du canal carpien (SCC)
est une pathologie fréquente dont l’incidence est estimée de 125 à 515/
100 000 habitants (1, 2). La symptomatologie est liée à une hyperpression
dans le canal carpien, parfois en rapport
avec une ténosynovite des tendons fléchisseurs. Le diagnostic est le plus souvent fondé sur les seuls critères cliniques : douleurs et paresthésies des
mains à recrudescence nocturne dans
(1) Service d’Imagerie Médicale
(2) Service de Neurologie, Hôpital ClermontTonnerre, Rue du Colonel Fonferrier, 29240 Brest
Naval
Correspondance : V André
le territoire du médian. Les douleurs
peuvent être plus proximales, une perte
de sensibilité et une amyotrophie complètent parfois le tableau clinique (3). La
confirmation est habituellement apportée par l’examen électrophysiologique
(4, 5). Mais la sensibilité et la spécificité
de ce dernier sont variables (6-8) selon
les méthodes utilisées et les opérateurs.
D’autres examens complémentaires,
principalement l’imagerie, ont également été proposés : radiographies du
canal carpien (8), thermographie (9),
échographie (10, 11) et scanner (12)
avec des bénéfices discutés. L’IRM, par
sa remarquable aptitude à visualiser les
tissus mous, par sa caractérisation tissulaire même sommaire, apparaît bien
supérieure à tous ces examens. Elle
permet l’analyse simultanée du nerf médian (morphologie et signal) et de son
environnement (1, 13-16).
Notre objectif est de confronter données
cliniques, électrophysiologiques et IRM
pour préciser les indications de l’IRM
dans cette pathologie.
PATIENTS ET MÉTHODE
Il s’agit d’une étude prospective, avec
témoins, concernant 20 patients chez
lesquels le bilan clinique a permis de
suspecter 33 cas de SCC. L’étude porte
sur 40 canaux carpiens. Le suivi moyen
722
V André et al. : Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM dans le syndrome du canal carpien
des patients est de 25 mois (extrêmes :
9-35 mois).
Méthodologie clinique
Les patients ont été répartis en trois
groupes selon l’intensité des signes cliniques, subjectifs et objectifs :
a) Atteinte clinique discrète, symptômes subjectifs isolés avec examen clinique normal.
b) Atteinte clinique modérée, déficit
sensitif objectif dans le territoire du médian, sans déficit moteur.
c) Atteinte clinique sévère, déficit sensitif et déficit moteur, avec ou sans amyotrophie thénarienne.
Les patients ont été comparés à 10
témoins (20 canaux carpiens), appariés
par l’âge et le sexe, recrutés parmi les
patients ou le personnel de l’établissement, sans antécédent de troubles neurologiques des mains ou de neuropathie.
Méthodologie électrophysiologique
Tous les canaux carpiens ont été examinés selon le même protocole électrophysiologique, sur un appareil VICKERS HME.
L’étude de la conduction motrice a pris
en compte la latence motrice distale
(recueil par électrode de surface monopolaire sur le court abducteur du pouce).
Sa valeur normale est de 3,7 ms ± 0,4.
Elle est considérée comme pathologique si elle est supérieure à 4,5 ms.
L’amplitude normale de la réponse musculaire est de 7,4 mV ± 1,7. Elle est
considérée comme pathologique si elle
est inférieure à 4 mV.
L’étude de la conduction sensitive s’effectue après stimulation orthodromique
au troisième doigt par des électrodes
annulaires et recueil par une électrode
monopolaire au poignet. La latence du
potentiel est mesurée au pic positif.
La vitesse de conduction sensitive
(VCS) normale est de 51 m/s ± 3. Elle
est considérée comme pathologique
lorsqu’elle est inférieure ou égale à 45
m/s. L’amplitude de la réponse sensitive
mesurée de pic à pic est de 9 µV ± 2.
Elle est pathologique quand inférieure
ou égale à 5 µV. L’examen de détection
est effectué à l’aide d’une aiguille bifilaire (non réalisé chez les témoins).
L’activité, au repos et à l’effort, est étudiée dans le court abducteur du pouce.
Quatre degrés d’atteinte électromyographique (EMG) ont été définis :
— N : examen normal ;
— 1 : atteinte EMG discrète, ralentissement de la conduction sensitive avec
diminution de l’amplitude de la réponse
sensitive évoquée au poignet ;
— 2 : atteinte EMG modérée, ralentissement de la conduction sensitive et
J Radiol 1999; 80
motrice, mais avec détection EMG normale ;
— 3 : atteinte EMG sévère, avec ralentissement de la conduction sensitive et
motrice et anomalies à l’examen de détection.
Méthodologie IRM
Les examens ont été réalisés avec un
appareil de 1 Tesla (Signa, General
Electric). Des coupes axiales ont été
réalisées, après repérage, en pondération T1 et T2. Trois antennes ont été
utilisées. Une antenne souple ou une
antenne extrémités (genou) pour une
étude bilatérale et comparative en procubitus (position de nage indienne). Une
antenne de surface en réseau phasé
(ATM) pour l’étude successive des deux
canaux carpiens en décubitus. Le choix
de l’antenne a été fait en fonction de la
disponibilité de celle-ci et des possibilités du patient (scapulalgie, cervicalgie).
Les coupes sont réalisées en spin écho.
Leur épaisseur est de trois millimètres,
l’intervalle de 0,3 millimètres. Une pile
de dix à douze coupes est définie sur le
repérage, centrée par le canal carpien.
Les examens sont revus indépendamment par deux radiologistes sans
connaissance des données cliniques ou
électrophysiologiques. Chaque examen
dure environ 20 minutes (35 minutes
avec l’antenne ATM). Les structures osseuses et musculaires (variantes anatomiques, lésions), la loge thénar et son
signal, le ligament annulaire du carpe
(rectitude ou convexité, épaisseur), le
nerf médian (forme, signal en T2), la
graisse rétrotendineuse (signal, volume), les tendons des fléchisseurs des
doigts, leur diamètre et leur forme, le
signal et la distance intertendineuse ont
été analysés.
RÉSULTATS
Nous avons examiné 20 patients (13
hommes et 7 femmes) dont l’âge moyen
est de 51 ans. Sur les seuls arguments
cliniques, 33 syndromes du canal carpien ont été suspectés dont 13 formes
discrètes (A 39 %), 12 modérées (B
36 %) et 8 sévères (C 24 %). Sur 40
canaux carpiens étudiés, 33 examens
EMG sont pathologiques : 11 discrets
(1) avec une atteinte sensitive isolée, 13
modérés (2) avec des anomalies de
conduction sensitive et motrice et 9 sévères (3), avec des anomalies lors de
l’examen de détection. Deux canaux
carpiens symptomatiques ont un EMG
normal (sensibilité : 94 %) et, inversement, deux canaux carpiens cliniquement asymptomatiques ont un EMG
perturbé de façon discrète ou modérée
(spécificité : 94 %). S’il existe une bonne
corrélation électro-clinique dans 21 cas
(52,5 %), une discordance est constatée
dans 19 cas (47,5 %). En effet, l’EMG
révèle une atteinte plus importante que
la clinique 11 fois (27,5 %), alors que la
situation inverse se produit 8 fois
(20 %).
L’atteinte sensitive est retrouvée 32 fois
(94 %), qu’il s’agisse d’une réduction
d’amplitude (29 cas) ou de vitesse de
conduction (25 cas). Cette atteinte sensitive est isolée dans 10 cas (31 %).
Les anomalies motrices sont observées
dans 23 cas, dont une fois isolément :
allongement de la latence distale (21
cas), réduction de l’amplitude motrice
(11 cas) ou signes de dénervation dans
9 cas (27 %).
Chez tous nos témoins et pour 9 canaux
carpiens cliniquement symptomatiques,
l’IRM est normale (tableau I). Le nerf
médian est rond ou ovoïde, de signal
intermédiaire situé dans le canal en
avant du long fléchisseur du pouce et du
fléchisseur commun superficiel des
doigts (fig. 1). Le retinaculum est légèrement hypointense, plutôt concave ou
rectiligne, tendu entre l’apophyse de l’os
crochu et le tubercule du trapèze. Il
constitue la limite superficielle du canal.
Les tendons fléchisseurs à l’intérieur du
canal apparaissent ronds ou ovalaires,
de faible signal, plus ou moins bien
alignés sur deux rangs, superficiels et
profonds, entourés d’une gaine de signal plus intense. Une mince couche
graisseuse limite le canal en profondeur.
La loge thénar est bien limitée, de signal
homogène intermédiaire (fig. 2 et 3).
Dans deux cas, une CLAC est constatée
alors que clinique et EMG sont normaux
(sensibilité : 73 %; spécificité : 92 %).
Inversement, une IRM normale est observée dans 10 cas dont l’EMG est
perturbé. Pour les 26 IRM pathologiques, l’anomalie la plus fréquente
consiste en une convexité du ligament
annulaire du carpe (CLAC) trouvée 25
fois (70 %) dont 4 fois isolément. Parmi
ces quatre cas, deux n’ont pas d’anomalies clinique ou électrophysiologique.
Pour les deux autres, il s’agit d’une
forme asymptomatique à EMG normal
ou d’une forme discrète avec des anomalies purement sensitives. Une modification de forme et un hypersignal en
séquence pondérée en T2 du nerf médian (fig. 4) sont trouvés en fréquence
équivalente, respectivement 18 et 19
fois, de façon toujours concomitante,
sauf dans 1 cas où l’hypersignal en T2
est la seule anomalie observée, dans
une forme électro-clinique modérée.
Ces trois critères IRM (CLAC, modification de forme et hypersignal T2 du médian) sont réunis dans 18 cas. Il s’agit
cliniquement de formes discrètes (A)
V André et al. : Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM dans le syndrome du canal carpien
Tableau I :
Données IRM.
Table I :
MRI findings.
Témoin
Malade
CLAC
T2 médian
Aplatissement
Ténosynovite
Muscle palmaire
accessoire
2
25
0
19
0
18
0
2
0
1
Fig. 1 : Schéma anatomique d’après Rouvière.
Fig. 1 : Anatomy.
dans 3 cas. Dans 8 cas, le tableau
clinique est modéré (B) ou sévère (C)
dans 7 cas et ce quel 820que soit
l’EMG. Ces trois critères IRM sont également observés dans 4 cas avec atteinte EMG discrète, 7 cas avec atteinte
EMG modérée et 7 cas avec atteinte
EMG sévère. Une ténosynovite des fléchisseurs a été observée deux fois (observations 7 et 8), un muscle palmaire
accessoire une fois (observation 13). Il
n’a pas été noté d’anomalie de signal de
la loge thénar. L’analyse de la raréfaction du tissu graisseux s’est heurtée aux
variations interindividuelles constatées
chez les témoins et à l’absence de
norme définissable. Il en a été de même
de la notion d’épaisseur du ligament
annulaire du carpe. Quant à la distance
intertendineuse normalement inférieure
ou égale à 1 mm, elle nous a semblé
difficile à mesurer en routine et elle est
723
sujette à une grande variabilité interobservateur. Dix-neuf canaux carpiens
(57,5 %) ont été opérés d’emblée ou
après échec des traitements par infiltrations pour 8 d’entre eux. À la date de
réalisation des examens, ils étaient cliniquement sévères (8 cas), modérés (8
cas) ou discrets (3 cas), alors que les
EMG étaient sévères (8 cas), modérés
(8 cas) ou discrets (3 cas). Dans 7 cas,
l’EMG était plus sévère que le tableau
clinique, l’inverse étant observé à trois
reprises. L’intervention s’est effectuée à
« ciel ouvert » pour 5 canaux carpiens,
par voie endoscopique, selon la technique d’Âgée pour les 14 autres. Cette
dernière technique ne permet pas de
voir les éventuelles anomalies anatomiques. À « ciel ouvert », l’opérateur a pu
constater une souffrance du médian :
nerf œdématié (cas no 6), aspect en
sablier (cas no 8) ou association des
deux anomalies (cas no 12). Dans un
cas (no 13), il existait un volumineux
muscle palmaire accessoire et dans
deux (cas no 7 et 8), une ténosynovite.
Ces observations macroscopiques sont
corrélées avec les données de l’imagerie. Les suites opératoires ont été satisfaisantes, deux patients exceptés. L’un
a présenté une ténosynovite secondaire. L’autre a dû, dix semaines plus
tard, être réopéré en raison de la persistance des douleurs, à « ciel ouvert »
cette fois. Entre les deux interventions,
l’EMG était semblable à l’examen préopératoire. Une seconde IRM a révélé
une amélioration de la forme et une
diminution du signal du médian, mais la
persistance de la CLAC.
Fig. 3 : IRM, coupe axiale en pondération T2.
Canal carpien normal. Retinaculum rectiligne, nerf médian (fléche) de signal et de
forme normaux.
Fig. 2 : IRM, coupe axiale des deux canaux carpiens en pondération T1.
Témoin normal. Retinaculum rectiligne, nerf médian (flèche) de signal et de forme normaux.
Fig. 2 : MRI. Axial T1W images through both carpal tunnels.
Normal control. The retinaculum is straight, normal shape and signal of median nerve
(arrow).
J Radiol 1999; 80
Fig. 3 : MRI. Axial T2W axial section.
Normal control. The retinaculum is
straight, normal shape and signal of median nerve (arrow).
724
V André et al. : Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM dans le syndrome du canal carpien
Fig. 4 : IRM, coupe
axiale en pondération T2.
Bombement
convexe du LAC et hypersignal du nerf
médian (flèche).
Fig. 4 : MRI. Axial
T2W axial section.
Retinacular bowing
and increased signal intensity of the
median nerve (arrow).
Il existe (tableau II) une bonne corrélation entre les trois examens, clinique,
EMG et IRM. Parmi les 5 canaux carpiens d’atteinte clinique et électromyographique discrète, 4 ont une IRM normale et 1 une CLAC isolée. Parmi les 6
canaux carpiens cliniquement et électromyographiquement définis comme sévères, 5 réunissent les trois critères : ils
ont tous été opérés d’emblée. Le
sixième ne montre qu’une CLAC isolée :
il a bénéficié d’une infiltration, mais une
intervention a d’être pratiquée six mois
plus tard. Pour les 5 formes électrocliniques modérées, les 4 opérés ont
soit les 3 critères IRM pour 3 d’entre
eux, soit un hypersignal T2 isolé pour le
quatrième. Le cinquième, traité par infiltration a une simple CLAC. Lorsque la
clinique est plus sévère que l’EMG (8
cas), les trois critères IRM sont réunis
cinq fois et quatre patients sont opérés.
Dans cette situation, le résultat de l’IRM
ne modifie pas la prise en charge. Mais
dans les 9 cas où l’altération EMG était
plus importante que le tableau clinique,
les 5 patients opérés avaient les trois
anomalies IRM alors que la forme clinique semblait initialement discrète. Les
quatre patients qui se sont améliorés
après infiltration avaient une IRM normale ou une simple CLAC. Les données
de l’IRM permettent donc, dans ce cas
de figure, d’orienter le choix thérapeutique. Enfin, dans les 11 cas cliniquement
modérés ou sévères, où il existait une
bonne corrélation électro-clinique, les 9
patients opérés avaient tous un hypersignal en séquence pondérée en T2, alors
que les 2 non opérés n’avaient qu’une
CLAC et leur symptomatologie a disparu
après infiltration.
DISCUSSION
Il s’agit d’une étude prospective permettant d’éviter les biais de recrutement
évoqués par certains auteurs (17). La
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prééminence masculine de notre série,
dans une pathologie majoritairement féminine, peut être liée à notre statut
d’hôpital militaire recrutant une population active essentiellement masculine.
Le tableau clinique de notre population
de 33 SCC est 2 par ailleurs comparable
à celui d’autres études : âge moyen
entre 45 et 55 ans (14), troubles sensitifs objectifs chez 30 à 40 % des patients
et moteurs chez 20 à 25 % (5, 18). Il en
est de même des résultats de l’examen
EMG dont la sensibilité dans le diagnostic positif du SCC est élevée, de 85 à
99 % (6, 7, 17, 19, 20). Une atteinte
sensitive en stimulo-détection est observée dans 85 % des cas (6, 7) et des
signes de dénervation dans 30 % (7,
19). Nous n’avons pas observé de forme
axonale pure comme cela est parfois
décrit (20). Une corrélation électroclinique par niveau de gravité n’a été
que rarement décrite de façon explicite
(7, 19, 21). Nous retrouvons une discordance électro-clinique comparable à
celle déjà décrite par d’autres auteurs :
42 % dans (21). Les critères de normalité du canal carpien à l’examen IRM ont
été décrits par de nombreux auteurs
(14, 22-25) et correspondent à ce que
nous avons observé chez nos témoins.
Dans les études IRM du SCC, différents
éléments ont été étudiés et retenus
comme pathologiques : forme et signal
du médian, rectitude et épaisseur du
ligament annulaire du carpe, signal et
volume de la graisse péritendineuse,
diamètre et forme des tendons et distance intertendineuse, signal de la loge
thénar. Certains auteurs préconisent la
comparaison des images avant et après
une série de mouvements de flexionextension du poignet (26) ou dans différentes positions (neutre, 45° de flexion
puis d’extension) (27). Nous avons
choisi de pratiquer l’IRM en position
neutre, au repos, afin de conserver une
reproductibilité et une tolérance de
l’examen satisfaisantes. La modification
du signal de la loge thénar est un critère
trop peu sensible : 4 sur 43 canaux
carpiens (28), toujours en rapport avec
des signes de dénervation à l’EMG. La
modification de forme ou de signal des
tendons fléchisseurs, si elle est retrouvée fréquemment pour certains, de 67 à
88 % (26, 29), correspond à une ténosynovite des fléchisseurs et son appréciation est sujette à une importante variabilité interobservateur. Il en est de même
de l’épaisseur du ligament annulaire du
carpe, du volume de la graisse péritendineuse (1, 29) et de la distance intertendineuse. Une modification de la
forme du médian est constatée dans 62
à 95 % des cas de la littérature (16, 20,
30-32) et 54 % des nôtres. Quoiqu’informative, cette modification de forme ne
s’avère ni plus sensible, ni plus spécifique que l’hypersignal en séquence pondérée T2. La subjectivité qui intervient,
là encore, dans la définition de cette
modification de forme en fait, à nos
yeux, un critère moins fiable, bien
qu’elle puisse être corrélée à l’amincissement des fibres nerveuses observé
en histologie (33). Un hypersignal du
nerf médian en séquence pondérée T2
est observé dans 52 à 85 % des cas (5,
19, 30, 33, 34), ce qui est comparable
aux 57 % de notre série.
L’hypersignal en séquence pondérée T2
y est fortement corrélé avec un syndrome modéré sur le plan clinique ou
électrophysiologique. Il traduit une modification de la gaine de myéline avec
soit un bloc par compression directe ou
une ischémie focalisée (30). Une perte
axonale peut également être associée
(31). Dans notre série, la CLAC est
retrouvée dans 70 % des cas contre 73
à 85 % dans la littérature (29, 30, 33).
C’est le signe le plus fréquemment observé. Il peut être isolé dans les formes
paucisymptomatiques. Il est le premier à
apparaître et rend compte de l’hyperpression intracanalaire. Convexité du ligament annulaire du carpe et modification de signal du nerf médian nous semblent donc les signes IRM essentiels du
syndrome du canal carpien. Si aucun
des éléments observés en IRM, seul ou
combiné, n’est suffisamment sensible
ou spécifique pour permettre de poser le
diagnostic, ils constituent des arguments intéressants dans l’évaluation de
la sévérité et dans la décision thérapeutique. Les deux critères que nous avons
retenus ont pour intérêt d’être simples à
analyser et de présenter une faible variabilité interobservateur. Si la sensibilité
de l’IRM reste inférieure à celle de
l’EMG (73 % contre 94 %) dans les syndromes cliniquement définis, il est un
certain nombre de situations dans lesquelles l’IRM apporte sa contribution à
la décision thérapeutique. C’est le cas
lorsque l’EMG est plus altéré que le
tableau clinique avec, en particulier, des
V André et al. : Étude des corrélations cliniques, électrophysiologiques et IRM dans le syndrome du canal carpien
725
Tableau II :
Corrélations clinique/EMG/IRM.
CONCLUSION
Table II :
Clinical correlations/EMG/MRI.
Au terme de cette étude, il apparaît que
l’IRM ne représente pas l’examen paraclinique idéal pour l’exploration des syndromes du canal carpien. Sa sensibilité,
sa spécificité, son coût et la disponibilité
des machines n’en font pas un examen
de première intention. Néanmoins, deux
indications nous paraissent tout à fait
licites. D’abord, les discordances électro-cliniques avec des altérations motrices révélées par l’EMG, (environ un
quart des cas dans notre étude). Elle
permet de poser plus rapidement une
indication opératoire, limitant ainsi les
coûts induits par les infiltrations successives et les arrêts de travail prescrits
(37). Ensuite, le suivi postopératoire en
cas de récidive du syndrome. Enfin,
depuis l’avénement de la chirurgie endoscopique, elle est devenue la seule
exploration anatomique du canal carpien, préalable pour certains au geste
curateur.
Âge/Sexe
CLIN
EMG
Forme du nerf
T2 MED
CLAC
CHIR
Patient 1
74/M
Patient 2
39/M
Patient 3
47/M
Patient 4
50/F
Patient 5
57/F
Patient 6
53/M
Patient 7
85/F
Patient 8
47/M
Patient 9
56/M
Patient 10
50/M
Patient 11
57/F
Patient 12
26/M
Patient 13
42/M
Patient 14
41/F
Patient 15
47/M
Patient 16
59/F
Patient 17
49/F
Patient 18
48/M
Patient 19
55/F
Patient 20
39/M
C
Bl
A
N
B
N
C
C
B
A
C
B
A
B
A
B
N
A
A
C
B
A
B
C
B
A
N
A
A
B
A
N
C
B
B
A
N
A
C
N
3
3
2
2
2
1
3
3
1
N
2
1
2
2
2
3
N
1
2
3
1
1
1
1
2
2
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1
2
1
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3
2
2
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1
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+
N
+
N
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+
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+
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+
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+
+
+
+
+
+
+
-
CLIN : classification clinique ; N = normal ; A = SCC discret ; B = SCC modérée ; C = SCC
sévère
EMG : classification EMG ; N = normal ; 1 = atteinte discrète ; 2 = atteinte modérée ; 3 = atteinte
sévère.
Forme MED : aspect du nerf médian ; N = normal ; + = aplati
T2 MED : signal du nerf médian en séquence pondérée en T2 ; N = signal normal ; + =
hypersignal.
CLAC : convexité du ligament annulaire du carpe ; N = absent ; + = présent
CHIR : chirurgie.
anomalies de conduction motrice ou de
détection. Dans cette situation, l’IRM
permet de dissocier les patients qui vont
bénéficier d’une ou plusieurs infiltrations
et ceux qui bénéficieront d’une chirurgie
d’emblée. Il existe une bonne corrélation
entre l’observation peropératoire et
l’IRM chez 4 des 5 patients opérés à
« ciel ouvert ». Le développement des
techniques endoscopiques fait de l’IRM
J Radiol 1999; 80
l’unique source d’information anatomique (32, 35, 36). Seul un de nos patients
(cas no 4), a bénéficié d’une IRM postopératoire alors que l’EMG était difficilement interprétable du fait de la proximité
de l’intervention. L’imagerie a révélé la
persistance d’une convexité importante
du ligament annulaire, confirmant son
intérêt en cas de douleurs postopératoires persistantes (33).
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