Faire tomber les barrières entre l`école et son environnement

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Faire tomber les barrières entre l`école et son environnement
dOssier
Éducation au sensible
Faire tomber les barrières entre l’école
et son environnement
La loi sur la refondation de l’école propose la création d’un parcours artistique et culturel obligatoire pour chaque élève. Pour
Philippe Joutard 1, une telle entreprise n’aura de chances de réussite que si sont bien articulés temps scolaire et temps extrascolaire,
école et monde extérieur, collectivités territoriales, institutions culturelles et associations périscolaires.
U
n des défauts de l’enseignement français est la
primauté absolue accordée
à l’intelligence verbo-conceptuelle, au détriment d’autres for­
mes comme l’intelligence sensible, que cherche à développer
l’éducation artistique. L’Éducation
nationale en a conscience. Elle
s’est efforcée depuis plus d’un
demi-siècle de la promouvoir,
avec un succès inégal tant les résistances sont fortes.
L’éducation artistique et culturelle – a-t-on besoin de le rappeler ?
– ne relève pas d’une approche
cognitive. L’école n’est pas enfermée dans la seule transmission
des savoirs, comme le montrent
les pédagogies les plus dynamiques et les plus innovantes. Un
apprentissage efficace de la langue
passe aussi par la littérature et la
poésie. L’histoire des arts, domaine pluridisciplinaire nouvellement introduit, ne se réduit pas à
des connaissances, puisqu’elle
privilégie l’approche par les œu­
vres. Les cours de musique et
d’arts visuels sont fondés sur une
pratique, même si des connaissances sont indispensables. Cela
dit, le rapport direct avec le patrimoine et la création vivante sont
les deux fondements indissociables d’une réelle éducation artistique, l’une n’allant pas sans
l’autre.
Or l’école ne peut assurer cette
relation qu’à la marge, les lieux où
se découvrent l’un et l’autre lui
étant extérieurs. D’où l’impor-
tance d’intermédiaires facilitant
cette relation. Aujourd’hui encore,
c’est le plus souvent la famille qui
joue ce rôle, facteur d’inégalité
maintes fois souligné. Il est indispensable de trouver des médiateurs qui s’adressent à tous. L’accès au patrimoine est le plus
facile : les collectivités territoriales
ont souvent en charge directement ou indirectement ce patrimoine, ne serait-ce que pour les
monuments historiques ou les
musées. Elles peuvent donc jouer
un rôle privilégié, d’autant plus
facilement que les compétences
partagées les mettent en relation
permanente avec l’école. Pour le
primaire, l’aménagement des
rythmes scolaires offre une occasion inespérée à saisir. La large
diffusion des témoins du passé
sur le territoire national prémunit
contre les inégalités. Les nombreuses associations gravitant autour de ces lieux de mémoire
peuvent aussi fournir un appui
précieux.
Beaucoup plus délicat est le
lien avec la création vivante, plus
inégalement répartie sur le territoire national, les zones rurales
étant particulièrement défavorisées. Les transports sont une première forme d’aide des communes
et des départements qui peuvent
aussi encourager financièrement
théâtres, concerts, expositions.
Les associations d’éducation populaire, fidèles à leurs origines,
devraient jouer un rôle dans la
mise en relation des jeunes avec
les artistes et les créateurs, dans
une vision très large de la création, intégrant aussi bien le design, l’artisanat d’art ou les jardins
que les beaux-arts.
L’éducation artistique et culturelle est une occasion magnifique
pour faire tomber les barrières
entre l’école et son environnement, pour le bien de l’un et de
l’autre.
●●Philippe Joutard
1. Ancien recteur d’académies, Philippe
Joutard est professeur d’histoire à
l’université de Provence et à l’École des
hautes études en sciences sociales
(EHESS).
Ateliers d’écriture : l’éducation littéraire
C
haque année, la Ligue de l’enseignement des Côtes-d’Armor accueille
des résidences d’écrivains qui se
couplent avec des ateliers d’écriture pour
les élèves, du primaire au lycée, notamment
à la Maison Louis Guilloux de Saint-Brieuc.
Loin encore du pragmatisme des précurseurs et très répandus creative writings américains, et plus proches peut-être de techniques de pédagogie active héritée de
Célestin Freinet qui, dès les années 1930,
faisait appel à l’écriture de textes libres,
« ces ateliers sont avant tout un travail avec
un auteur, dans le cadre d’un processus de
création et dans une perspective d’éducation artistique et littéraire. Nous laissons les
auteurs rester au plus proche de leurs préoccupations personnelles afin qu’ils les partagent mieux et que les élèves entrent dans
un univers plutôt que dans un cadre technique », explique Soizic Landrein, déléguée
générale de la fédération des Côtes-d’Armor.
À la Ligue 22, une classe participe généralement à raison de six séances d’une
heure et demie. Au fil des rencontres, la
production de chacun des élèves, inscrite
dans un cadre collectif, va s’élaborer pour
être publiée sous la forme d’un blog ou sur
un autre support. « Ce temps long, régulier,
permet peu à peu une appropriation de
l’écriture par les élèves, poursuit Soizic. Il
permet de faire tomber les craintes qu’ils
peuvent nourrir à l’égard de l’écrit. Au
début, la plupart sont intimidés, ils pensent
ne pas savoir, ont peur de faire des fautes.
Cette réticence est d’autant plus grande que
les séances sont organisées sur le temps
scolaire, en présence de leur enseignant.
Nous insistons sur le fait qu’on ne se préoccupe pas de grammaire ou d’orthographe
ici, mais de ce qu’ils veulent exprimer. »
Tous les ateliers sont travaillés au préalable avec les enseignants afin d’en adapter
les thèmes et les modalités. Mais les effets
ne se trouvent pourtant pas tant dans l’adéquation du contenu avec le programme
scolaire que dans la curiosité suscitée pour
l’écriture créative et la littérature, ainsi que
dans la confiance que prennent les élèves
Les idées en mouvement
© Ligue de l’enseignement des Côtes d’Armor
Centrés sur l’écriture créative et accompagnés par un écrivain, les
ateliers d’écriture organisés par la Ligue de l’enseignement des Côtesd’Armor font tomber la crainte de l’écrit et initient à la littérature.
dans leurs propres capacités. « Je me souviens de jeunes d’un lycée agricole qui disaient ne pas savoir écrire. Avec l’écrivain
Jérémie Lefevre, ils ont beaucoup travaillé
sur les registres de langue. Il y avait une dimension ludique qui leur a permis de les
mettre à l’aise. »
Les ateliers d’écriture ouvrent ainsi d’au­
tres possibles que le cadre scolaire. Selon
Soizic, « pour des élèves, être face à un auteur change la relation à l’écrit. Les auteurs
ont leur propre approche, ils sont dans des
démarches de création personnelle qui proposent d’autres entrées. L’écrivaine Anne Savelli commençait par exemple toutes ses
séances par une lecture de textes d’auteurs
très peu connus. Les élèves découvrent ainsi
une diversité de publications, et peuvent
trouver des écrits proches de leurs préoccupations ou de leur sensibilité ».
●●Stéphanie Barzasi
le mensuel de la Ligue de l’enseignement
n° 210
juin-juillet 2013 13.