Faut-il investir dans les bureaux à Namur
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Faut-il investir dans les bureaux à Namur
CHRISTOPHE NIHON Courtier de référence pour l’immobilier d’entreprise wallon Faut-il investir dans les bureaux à Namur ? La réponse est claire et enthousiaste pour le fraîchement réélu bourgmestre de Namur. « Oui ! » assure Maxime Prévot. « Namur est appelée à assumer de plus en plus une position stratégique. » Certains promoteurs sont également convaincus de ce futur prometteur. De là à se lancer dans des opérations présentant un certain risque ? C’est un pas que ne franchissent pas tous les promoteurs, certains revoyant d’ailleurs leurs ambitions en matière de marchés de bureaux. Ceci dit, dans ce domaine, l’avenir de Namur est probablement le plus enviable par rapport aux autres villes wallonnes et surtout Bruxelles. D’ailleurs, les chantiers sont nombreux, qu’ils accueillent ou non des bureaux. A côté des futurs palais de justice ou archives de l’Etat et avant un hypothétique nouveau palais des congrès, d’autres projets sortent de terre ou figurent en bonne place dans les cartons. Et les conséquences de la prochaine régionalisation de l’Etat augurent de nouvelles perspectives... Explications. uest Edito Le privé est le bienvenu à Namur. C’est le bourgmestre Maxime Prévot qui l’affirme haut et fort. On s’en réjouit évidemment. Pourtant, la vie n’est pas nécessairement simple pour les investisseurs dans la capitale politique de Wallonie. Le marché manque de limpidité. Là comme ailleurs, les acteurs immobiliers entretiennent le plus souvent une discrétion certaine autour de leurs clients et de leurs projets. Ici plus qu’ailleurs, les pouvoirs publics ont une position déterminante sur le marché des bureaux. Alors qu’ils pourraient – devraient – avoir un rôle d’aiguillon avec un effet entraînant pour les investisseurs privés comme l’a bien compris le bourgmestre, ils entretiennent un désagréable flou, constituant un frein à l’investissement. L’information nécessaire à la prise de décision manque, ou n’est pas à la disposition des décideurs privés. Cela vaut pour la situation présente et à venir avec l’impact de la régionalisation. C’est dommage, car le potentiel namurois est évident. Il convient d’ouvrir ce marché; Immoquest vous aide à pousser la porte... Christophe Nihon Quels sont les principaux atouts de la cité mosane ? Le titre de capitale politique de la Wallonie n’a pas qu’une valeur symbolique. Le marché des bureaux est tout naturellement porté par la présence des pouvoirs publics régionaux, concentrés essentiellement à Jambes. Ministères, administrations, etc..., occupent des dizaines de bâtiments et abritent de nombreux emplois, générant des retombées conséquentes pour Namur et son hinterland. La ville et sa périphérie sont globalement bien desservis au niveau des infrastructures de transports (trains, bus, autoroutes,...) et échappent encore aux interminables files observées ailleurs. Cet atout devient essentiel : le facteur « mobilité » gagne en effet en importance dans les critères de choix guidant l’implantation des entreprises et des travailleurs. Cet énorme avantage ne doit pas occulter la position géographique favorable de la ville. Namur se situe au centre de la dorsale wallonne mais aussi de l’axe BruxellesLuxembourg, de plus en plus porteur sur le plan économique. Enfin, la ville - certes calme – est un endroit où il fait bon vivre et donc travailler ; voilà qui ne gâche rien ! uest CHRISTOPHE NIHON Existe-il une demande importante? Un tour d’horizon auprès de quelques acteurs délivre un bulletin quelque peu contrasté. « La pression commence déjà à s’exercer » constate le bourgmestre Maxime Prévot. « J’observe par exemple une présence accrue de multiples acteurs économiques et non marchands entraînés par le statut de capital ». Et de citer des mutualités, fédérations et autres petites PME soucieuses de se trouver à proximité du pouvoir politique wallon. C’est clair que le marché privé peine à s’exprimer indépendamment de son pendant public. « Le marché est en effet fort dépendant de la promotion publique qui fonctionne avec sa logique propre » relève Olivier Granville, secrétaire général du Bureau économique de la province de Namur (BEP). « Le marché n’est pas très dynamique » note de son côté Paul de Sauvage, acteur immobilier incontournable de la place namuroise. « Il existe des demandes ponctuelles de PME, principalement pour des surfaces à la carte et évolutive, avec des prix inférieurs à 120 €/m². Aujourd’hui, il est impératif d’être flexible dans ses produits ». Le patron d’Actibel cite à titre d’exemple les quelque 10.000 m² loués ces deux dernières années boulevard Mélot et à Belgrade avec un concept low cost (99 €) comprenant des locaux communs (salles de réunion, réfectoires, fitness sanitaires,...). « Le marché n’est pas très dynamique mais je suis très content de nos immeubles » déclare de son côté Philippe Walravens, administrateur délégué de Tribeca Capital Partners, propriétaire de trois bâtiments du Namur Office Park, en périphérie. « Les 10.000 m² sont occupés et l’arrivée du Decathlon a un effet positif sur le parc ». Le 4e immeuble, propriété de la société Skyline Project, est pratiquement complet. Ce promoteur construira le 5e et dernier bâtiment (4.500 m²) sur le terrain encore disponible. Le taux d’occupation reste lui aussi élevé dans les infrastructures du BEP. A côté de 17 bâtiments-relais (soit 15.600 m² de bureaux et ateliers) occupés à 90 pc, les 7 centres d’entreprises principalement aménagés en bureaux affichent un taux de location de 75 pc. « Le solde s’explique essentiellement par l’ancienneté des premiers bâtiments qui n’offrent plus le confort recherché par les entrepreneurs. » La demande reste belle et bien présente avec une moyenne de 25 pc de nouveaux locataires en 2012. « Les permis de bâtir pour des bureaux affichent une hausse constante » souligne de son côté Pierre Dulieu, rédacteur en chef du magazine namurois Le Confluent et observateur averti du développement de sa ville, citant le chiffre de 28.000 m² pour 2012. «On assiste ces dernières années à une réorganisation dans le monde bancaire, institutionnel ou encore de la santé avec des acteurs qui, par exemple, quittent leurs immeubles anciens et/ou regroupent leurs implantations dispersées au sein d’immeubles neufs. » « Le marché est extrêmement plat » n’hésite pas à affirmer Nathalie Henry, de la société Cobelba. « On ressent un ralentissement depuis la crise de 2008 ». Si Cobelba, en collaboration avec le BEP, a créé 8 à 9.000 m² de bureaux sur le parc scientifique Crealys depuis sa création, elle peine à trouver des occupants pour les 600 m² encore libres et aucun nouveau bâtiment n’est programmé à ce jour. uest CHRISTOPHE NIHON Les promoteurs croient-ils au marché namurois ? Oui, il en existe et nous en avons rencontré ! Tony Di Prima est à la fois promoteur, développeur et constructeur. « Nous avons réalisé l’Office Park d’Alleur en périphérie liégeoise » précise l’administrateur délégué d’Hobeco. « C’est un investissement de l’ordre de 27 millions d’euros ». Aujourd’hui, cet ensemble de plus de 10.000 m² est loué à 95 pc, avec des occupants de référence (CMI Defense, Randstadt, Deloitte,...). L’entreprise liégeoise s’attelle à présent à remettre le couvert en région namuroise avec le Green Park, qui offrira près de 10.000 m² à Jambes. « Nous construisons 3 bâtiments (rez+3) basse énergie de 3.000 m² avec 63 emplacements de parking en sous-sol sur un total de 250 places » précise M. Di Prima. « Ce sont des immeubles à taille humaine, très modulables avec des charges peu élevées. » Le deuxième bâtiment sortira de terre à la fin de cette année. A l’inverse, Besix est en train de changer ses plans. Cette société est propriétaire d’un terrain située sur la chaussée de Liège à Jambes. Initialement prévu pour une affectation de bureaux, l’immeuble envisagé serait désormais destiné à du résidentiel. « C’est dans cette direction qu’évolue notre réflexion » indique Frédéric van Marcke, directeur de développement Belux de Besix Real Estate Development. « Une opération de bureaux est risquée à court terme. » Le développeur ne s’est pas fixé d’échéance. Namur « Je crois à 100 pc au marché namurois et d’ailleurs nous travaillons à blanc » souligne le Liégeois, qui précise quand même avoir des discussions avec la Wallonie. Hobeco a évidemment plus que tâté le terrain avant de se lancer dans cet investissement de 22 millions d’euros. « Il manque par exemple de bureaux de qualité un peu à l’extérieur de la ville ; l’accessibilité directe aux autoroutes ou la proximité de la gare constituent des facteurs de réussite très importants ». Deuxième cas : le projet du boulevard Cauchy porté par Thomas & Piron et BAM (Kairos). Le projet porte sur 14.619 m² de bureaux neufs répartis en trois blocs, avec 170 places de parkings en sous-sol et au rez-de-chaussée. « Nous sommes dans les startings-blocks » souligne avec enthousiasme Aubry Lefèbvre (Thomas & Piron). « Nous avons obtenu le permis il y a un an et je ne m’inquiète pas pour ce projet ». Des discussions sont en cours, mais aucune décision n’a encore été prise pour l’occupation des bâtiments. « Nous démarrerons les travaux dès que l’une ou l’autre concrétisation auront été réalisées ». uest CHRISTOPHE NIHON Namur Bureaux Le privé est-il le bienvenu à Namur? Que faut-il pour faire activer le marché des bureaux? La grande inconnue réside dans les conséquences de la régionalisation de l’Etat. Si les matières concernées sont connues, il reste beaucoup d’inconnues quant aux modalités de transferts, y compris sur le plan immobilier. C’est donc l’expectative qui prévaut dans le milieu, en attente d’éléments de réponses du pouvoir politique. A ce stade, personne ne connaît la demande future en surfaces de bureaux. Du côté des cabinets ministériels, on se refuse à apporter des précisions. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que le secteur privé reste prudent, à quelques exceptions près. Le bourgmestre Maxime Prévot, lui, est optimiste. « Namur a déjà fait la démonstration de son potentiel, mais le meilleur reste à venir ». Avec un appel du pied au privé très marqué. « Le secteur privé est à nouveau le bienvenu dans notre ville » clame le mayeur qui a repris l’urbanisme dans ses attributions et qui connaît manifestement bien le sujet. Il affiche un volontarisme certain, convaincu que le pouvoir communal peut avoir un rôle d’aiguillon avec effet entraînant. Il s’investit donc, avec Eurogare, dans l’aménagement que les Namurois appellent la « courgette », soit cette zone située sur la partie gauche de la gare. Plusieurs projets de revitalisation sont en cours ou à venir. « La ville doit se reconstruire sur elle-même avec une mixité des fonctions ». C’est dans ce sens que les autorités communales ont adopté un schéma de structure balisant les différentes fonctions. Un acteur comme Actibel s’inscrit bien dans cette vision avec différentes opérations déjà réalisées ou en cours comme la réhabilitation des anciens bureaux de Vers l’Avenir avec, selon les options, entre 1.000 et 3.000 m² de bureaux. Enfin, pour faire face à l’avenir, le premier élu namurois entend disposer de données précises et actualisées. C’est l’objet de l’inventaire réalisé par le BEP, initié à la demande du groupe AXUD qui rassemble les forces vives namuroises. Cet outil recense 70 fiches détaillées de sites, principalement bâtis et appartenant à des acteurs publics et privés, situés essentiellement dans le centre-ville et le long des grands axes routiers, pour un total avoisinant les 130.000 m². « Namur a la capacité théorique de sortir 30 à 50.000 m² dans les 3 à 5 ans avec les projets de bâtiments neufs et les surfaces prochainement libérées (cfr. fin de baux) » précise Olivier Granville, le secrétaire général du BEP. Attention toutefois, cet inventaire déjà très riche ne reprend pas l’intégralité des projets déjà initiés ou dans les cartons, comme en témoigne l’absence de certains dossiers évoqués dans cet article. Il n’est malheureusement pas non plus disponible, fut-ce partiellement, aux investisseurs. Par ailleurs, à titre indicatif, selon les chiffres les plus récents qui datent tout de même de 2004 avec une étude de l’université de Liège, Namur offrait quelque 385.000 m² de bureaux, majoritairement occupés par le public, soit plus de 254.000 m² partagés principalement entre la Wallonie (165.000 m²), le fédéral (47.000 m²), la Ville (24.000 m²) et la Province (10.100 m²). Le privé occupait quelque 100.000 m², soit le quart des surface disponibles. En 2013, ces chiffres sont à revoir légèrement à la hausse. Dans le cadre de la réforme de l’Etat, la capitale politique wallonne entend démontrer sa capacité à recevoir de nouveaux segments de la fonction publique. Avec cet inventaire régulièrement actualisé et présenté au gouvernement wallon, les force vives locales positionnent donc leur ville, au cas où, par exemple, les Carolos ou les Liégeois auraient aussi des velléités pour capter les retombées immobilières des transferts de compétences vers la Wallonie. Pour faire bouger le marché des bureaux à Namur, la balle est donc plus que jamais dans le camp du pouvoir politique; principalement wallon, évidemment, mais aussi du côté de la Province s’il se confirme que la future cité administrative verra le jour à Salzinnes en 2015, libérant dès lors des surfaces en ville suite au regroupement des services dans un seul et même lieu. S’ils étaient correctement informés, les acteurs privés du marché seraient enclins à aller plus en avant dans leurs ambitions dans la capitale wallonne. uest Christophe Nihon - 04/265 45 06 - [email protected]