Extrait PDF - Prologue Numérique

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Extrait PDF - Prologue Numérique
Les morts de la guerre de Sept Ans
au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
JEAN-YVES BRONZE
Préface de Jacques Mathieu
Les morts de la guerre de Sept Ans
au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Les Presses de l’Université Laval
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Illustration de la couverture 1
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avec l’aimable autorisation de Parcs Canada.
Endos
Illustration : Benoît Gauthier
Source : Commission de la capitale nationale du Québec
Les drapeaux militaires français en Nouvelle-France
Les drapeaux des régiments paraissant en page 136 sont reproduits du site internet http:/
/www.stanford.edu/’’baronian/vgaf/1534.html avec l’aimable autorisation de Luc Baronian.
Nous l’en remercions.
Conception et infographie : Mariette Montambault
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À mes parents
Table des matières
REMERCIEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
PRÉFACE (Jacques Mathieu) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
AVANT-PROPOS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1. HISTOIRE DE L’HÔPITAL GÉNÉRAL DE QUÉBEC . . . . . 23
L’Hôpital Général devient un hôpital militaire . . . . . . . . . . . 24
Les Augustines, dépositaires de la mémoire des soldats
de la Nouvelle-France . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2. LA GUERRE DE SEPT ANS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
L’amorce de la guerre : l’affaire de George Washington . . . . . 31
Le Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec : un cimetière
de guerre ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3. CLASSIFICATION RÉGIMENTAIRE DES MORTS
DE LA GUERRE DE SEPT ANS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de Béarn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de Berry . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de Guyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de Languedoc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de La Reine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment de La Sarre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment du Royal Artillerie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Régiment du Royal-Roussillon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Compagnies franches de la Marine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
39
43
45
59
63
66
70
75
75
79
10
Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Marine française . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Les miliciens canadiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Autres régiments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
Régiments non identifiés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
Les soldats anonymes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4. LES BRITANNIQUES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
5. ANALYSE DU CLASSEMENT AU CIMETIÈRE
DE L’HÔPITAL-GÉNÉRAL DE QUÉBEC . . . . . . . . . . . . . . 121
6. LES CHEVALIERS DE SAINT-LOUIS . . . . . . . . . . . . . . . . 137
CONCLUSION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
NOTES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
TABLEAUX ET ANNEXES
Tableau 1
Classification des morts identifiés de la guerre de Sept Ans . . . . . . .
Tableau 2
Classification des morts identifiés selon les années . . . . . . . . . . . . .
Annexe A Autres victimes de guerre, de Québec et des environs,
non inhumées au Cimetière de l’Hôpital-Général
(du 27 juin 1759 au 16 mai 1760) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Annexe B « Le cimetière des héros. » Article de Pierre-Georges Roy . . . . .
Annexe C Plan du Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec . . . . . . . . .
Annexe D Classement des morts du cimetière des picotés,
1755-1760 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tableau 3 Cimetière des picotés
Classification des morts connus de la guerre de Sept Ans,
1755-1760 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tableau 4 Cimetière des picotés
Classification des morts enregistrés selon les années . . . . . . . . . . . .
Annexe E Liste des officiers britanniques tués à Québec
du 27 juin 1759 au 21 mai 1760
Pertes britanniques lors de la campagne de 1759-1760 à Québec . .
126
127
155
169
171
175
176
177
179
Remerciements
C
’est dans l’anonymat absolu que les religieuses Augustines de
l’Hôpital Général de Québec ont conservé et maintenu pour
les générations à venir le site du Cimetière de l’Hôpital-Général
de Québec ainsi que de fort nombreux documents manuscrits relatifs à
l’histoire du pays. Collectivement nous leur devons notre reconnaissance
car elles ont été, pendant si longtemps, contre vents et marées, les seules à
perpétuer le souvenir des braves qui reposent dans ce cimetière si important à notre histoire.
J’aimerais exprimer ma reconnaissance à deux d’entre elles : sœur
Juliette Cloutier, archiviste des Augustines, humble, dévouée et compétente, qui s’est toujours empressée à répondre à mes interrogations et sœur
Aline Plante, supérieure au Monastère des Augustines, pour son soutien
constant envers le projet de commémoration du Cimetière de l’HôpitalGénéral.
Je veux aussi témoigner ma reconnaissance à monsieur Jacques
Mathieu, professeur d’histoire et doyen de la Faculté des lettres de l’Université Laval pour l’excellence et la générosité de sa présentation. Grand
merci également à monsieur Marcel Masse, président de la Commission
des biens culturels et président de la Commission franco-québécoise sur
les lieux de mémoire communs pour son soutien constant et ses judicieux
conseils, commentaires et observations. J’exprime aussi mes remerciements
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
au docteur Serge Bernier, historien et directeur du service Histoire et Patrimoine au ministère de la Défense nationale ainsi qu’à madame Agnès
Maltais, ministre de la Culture et des Communications, pour leur appui
substantiel à ce projet d’édition. Par ailleurs, je veux souligner la disponibilité de monsieur Daniel Olivier, chef bibliothécaire à la salle Gagnon de
la Bibliothèque centrale de Montréal pour avoir facilité mon travail grâce
à de nombreux « prêts spéciaux ».
Je veux aussi remercier toutes les associations et organismes suivants
qui par leur soutien ont rendu possible la publication de cet ouvrage : la
Commission de la capitale nationale du Québec, la Commission des
Champs-de-bataille nationaux, la Commission franco-québécoise sur les
lieux de mémoire communs, la Direction histoire et patrimoine de la
Défense nationale, la Fédération des anciens combattants français de Montréal, la Fédération des anciens combattants d’Afrique du Nord – section
Canada, Le Souvenir français, le Musée Stewart du fort de l’île SainteHélène, Parcs Canada, la Société nationale des Québécois et des Québécoises de la Capitale et la Ville de Québec.
Préface
D
’entrée de jeu, Jean-Yves Bronze inscrit sa démarche dans un
projet d’ordre commémoratif, dont le livre constitue à la fois
le germe et la référence justificative. Ce projet comporte ainsi
de puissants enjeux symboliques, à la fois personnels et collectifs, nationaux et civiques, émotifs et idéologiques, unificateurs et divergents.
Les motifs de l’auteur, descendant en ligne directe de Jean Buch dit
Saint-Roch dit Bronze, soldat dans le régiment de Guyenne qui participa
à plusieurs batailles de la guerre de Sept Ans en Amérique, paraissent aussi
légitimes qu’évidents, même si cet ancêtre survécut aux périls des armes et
prit épouse, avant de s’installer dans la région de Saint-Ours. Sur un plan
collectif, le respect dû aux morts et, en particulier, à ceux qui ont sacrifié
leur vie sur les champs de bataille peut aussi facilement emporter l’adhésion de différentes collectivités à l’idée que, 240 ans plus tard, il soit louable de rendre hommage à ces personnes.
Mais les rappels mémoriels n’ont rien de purement nostalgique ou
passéiste. Ils traduisent une volonté actuelle, bien ancrée dans le présent.
Ils sont aussi porteurs de messages variés, parfois opposés. Les laisséspour-compte de l’histoire, inhumés dans le Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec, ont donné leur vie pour une bonne cause, mais aussi pour
des intérêts politiques qui les opposaient au point d’en faire des ennemis
à passer par les armes. Encore aujourd’hui, les promoteurs politiques de
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
cette commémoration souscrivent à des objectifs bien différents. L’objet
est sujet à polémique, voire à des conflits de valeurs.
Des anonymes de l’histoire sont ici érigés en figure de héros. Mais
qui sont ces héros ? Les vainqueurs ou les vaincus ? Célébrera-t-on la défaite
ou la victoire, les événements ou les hommes ? Le Québec voudra-t-il
honorer ces hommes de la Nouvelle-France, agriculteurs transformés en
miliciens, ou préférera-t-il réaffirmer sa culture française et renouveler ses
liens privilégiés avec l’ancienne mère-patrie, voire rappeler la victoire française du 28 avril 1760 ? Le Canada anglais y verra-t-il plutôt l’occasion
d’insister sur l’issue de la bataille du 13 septembre 1759 et ses effets dans
le reconfiguration de la carte du monde ? Voudra-t-il, à son tour, honorer
les soldats britanniques ? Chercher à les identifier et à célébrer leur mémoire ? Le projet prendra-t-il au contraire une connotation généalogique
ou civique centrée sur la provenance des soldats qui ont laissé leur vie en
sol américain, à Québec comme ailleurs ? La Ville de Québec se satisferat-elle d’un projet d’embellissement urbain au bénéfice de ses citoyens et
des touristes ? Profitera-t-on aussi de l’occasion pour souligner l’œuvre de
générosité des Augustines ?
Cimetière des héros, cimetière des pauvres, cimetière des Augustines ou de l’Hôpital Général, ces différentes appellations à caractère historique n’ont rien de neutre. Elles symbolisent des valeurs indissociablement
liées au contexte et à l’identité de leurs promoteurs, ainsi qu’à l’usage de la
vie de ces frères d’armes, réunis dans la mort.
Mettra-t-on également en évidence l’éthique des religieuses accueillant indifféremment les blessés des deux armées ? Insistera-t-on plutôt sur leur dévouement envers les pauvres ? Évoquera-t-on, de préférence,
ces valeurs d’un autre temps qui incitaient des personnes riches à choisir
de se faire inhumer dans un apparat marqué par le souci de faire preuve de
la plus grande humilité au moment de passer dans un autre monde ? On
le comprend, le rappel du passé est une pédagogie du souvenir, un véhicule d’identité.
Les projets de mise en valeur et les investissements financiers qui
découlent des intentions commémoratives proposent en quelque sorte
des modèles à suivre et des expériences à partager. Ils illustrent bien le fait
que l’histoire est éminemment vivante. Les rappels historiques sourdent
des préoccupations et des sensibilités du présent et des personnes. Ils visent
Préface
à instaurer un dialogue entre les générations, entre les collectivités sociales
et entre les cultures. C’est pourquoi on a si souvent parlé d’un devoir de
mémoire. En ce sens, la construction de l’histoire ne saurait être une chasse
gardée. Chaque citoyen est libre d’y apporter sa contribution.
Jean-Yves Bronze s’est passionné pour cette histoire des militaires
enterrés au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec. Il a tiré des archives du monastère tous les renseignements utiles pour en dresser une liste
aussi exhaustive que possible. Il a été impressionné par ses découvertes,
ainsi que par la vie et les sensibilités des principaux acteurs de cette histoire. Il livre ici les résultats d’une compilation systématique caractérisée
par la minutie du dépouillement des sources. Ce livre et le projet qu’il
met de l’avant révèlent implicitement les motifs et les enjeux en cause. La
diversité d’intentions et de motifs explique peut-être pourquoi il aura
fallu près de deux siècles et demi de deuil avant de tirer de l’oubli les noms
de ces personnages et de leur ériger un mémorial. Preuve que le passé est
encore bien vivant !
Jacques Mathieu
Doyen, Faculté des lettres
Université Laval
15
Inscriptions des sépultures du 15 septembre 1759,
deux jours après la bataille des Plaines d’Abraham.
Registre de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, Hôpital Général de Québec, p. 119.
Archives du monastère des Augustines HGQ.
Avant-propos
Trop tard vient la gloire qui fleurit sur la tombe.
MARTIAL, 40-104 ap. J.-C.
C
’est à l’occasion de l’éventuelle commémoration du petit
Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec que nous avons
effectué la classification militaire de plus d’un millier de soldats, marins et miliciens qui reposent en ce lieu. L’Hôpital Général de
Québec ayant obtenu le statut de paroisse Notre-Dame-des-Anges depuis
1721, il importait aux autorités d’enregistrer tous les décès survenant sur
leur territoire. De plus, l’enregistrement des malades et des morts était
une tradition bien implantée chez les hospitalières aux XVIIe et XVIIIe
siècles.
Outre le fait que ce cimetière soit le plus ancien à Québec, la singularité et l’importance du lieu tiennent à ce qu’une partie du Cimetière de
l’Hôpital-Général de Québec constitue le plus ancien site de cimetière de
guerre existant au Québec et au Canada. Les autres ont disparu. De plus,
les recherches démontrent que ce cimetière est aussi le seul témoignant de
la guerre de Sept Ans dans le monde. L’essentiel de cet ouvrage de référence mise précisément sur la fonction militaire du cimetière pendant
cette guerre.
La Commission de toponymie du Québec, le 24 août 2000, a officialisé le toponyme
Cimetière de l’Hôpital-Général pour désigner un cimetière situé sur le territoire de l’Hôpital
Général, dans la municipalité de la paroisse de Notre-Dame-des-Anges.
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
L’enregistrement manuscrit des décès et des inhumations des soldats survenus à l’Hôpital Général procède selon un ordre chronologique.
Nous avons opté pour un classement régimentaire et alphabétique, plus
respectueux de l’ordre militaire convenant à ce type de lieu. La pratique
de l’écriture au son s’avère une difficulté pour préciser les noms et ce
d’autant plus que, dans la France du XVIIIe siècle, les accents et patois
régionaux sont très prononcés. Or en Nouvelle-France, la réminiscence
de ces multiples accents et patois est partout présente car toutes les anciennes provinces ont contribué à l’immigration. Nous avons actualisé les
noms qui présentaient les plus grandes ressemblances avec aujourd’hui.
Ex. : Trudelle pour Trudel, Fortié pour Fortier. De plus, nous avons effectué des recherches historiques et généalogiques complétant ou corrigeant,
selon le cas, des informations pour un certain nombre d’individus.
La période couverte dans ce répertoire militaire des morts de la guerre
de Sept Ans qui reposent dans le Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec va du débarquement à Québec des renforts du roi en Nouvelle-France,
prélude à la déclaration officielle de guerre, soit du 23 juin 1755, à la
reddition de Montréal le 8 septembre 1760.
Il aura fallu 240 ans pour que ces hommes sortent enfin de l’oubli
collectif. La tragédie entourant l’histoire de ce singulier cimetière en fait
un lieu de mémoire national.
Introduction
L
’enseignement de l’histoire du Canada dans nos écoles a
toujours fait référence aux grands personnages qui ont marqué
leur époque soit par leurs actions soit par leurs discours. Cela
est particulièrement vrai pour l’histoire du régime français. Ainsi Montcalm et Lévis occupent une place prédominante dans notre histoire. Mais
si valeureux qu’ont été ces personnages, ils n’étaient pas seuls. Très rares
sont les Québécois et les Canadiens qui peuvent avancer le nom d’un seul
autre individu qui était sous leur commandement. Le Canada anglais n’est
guère mieux car, outre Wolfe, très peu de gens peuvent nommer un seul
de ses subalternes. En tant que peuple, nous avons complètement oblitéré
de notre mémoire ces milliers d’hommes qui se sont battus pour la
Nouvelle-France ou, de l’autre côté, pour le roi d’Angleterre.
Le but avoué et intéressé de cet ouvrage est de sortir ces hommes de
l’oubli. Des milliers ont été estropiés ou ont connu la mort au cours des
diverses campagnes et batailles. D’autres furent les impuissantes victimes
des épidémies. Comment est-ce possible que nous ayons si peu de mémoire ? La réponse la plus plausible permettant de comprendre : il y a eu,
dans le temps, une rupture dans la transmission de la mémoire.
Il était coutume à cette époque d’enterrer les morts sur le champ de
bataille ou près du lieu où ils avaient succombé. Ainsi les soldats qui ont
péri aux batailles des plaines d’Abraham et de Sainte-Foy ont tous été
20
Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
inhumés sur les lieux mêmes des batailles, dans des fosses communes. Si
nous connaissons aujourd’hui les noms de tous les officiers, nous ne connaîtrons probablement jamais les simples soldats, ni leur nombre exact1.
L’Hôtel-Dieu de Québec ayant considérablement réduit ses activitées
à cause des intenses bombardements de l’été 1759, tous les blessés ont été
conduits à l’Hôpital Général, situé à la campagne, hors des murs de la
ville. Par exemple, on n’a comptabilisé à l’Hôtel-Dieu que 15 décès (aucun
Anglais) entre juillet 1759 et septembre 1760 (voir annexe D). Les blessés
de l’Hôpital Général sont décédés dans les heures, les jours, les semaines
et, dans certains cas, les mois suivant les batailles. Cependant de tous les
endroits où ont été inhumés et enregistrés ces soldats, marins et miliciens
pendant la guerre de Sept Ans, seul subsiste en Amérique du Nord et dans
le monde le petit cimetière face à l’Hôpital Général de Québec. Grâce aux
Augustines de l’Hôpital Général de Québec, nous connaissons le nom de
la majorité de ces intrépides individus.
Bien qu’en Nouvelle-France l’enregistrement des malades et des morts
était une tradition chez les hospitalières dès le XVIIe siècle, il n’en demeure pas moins que, jamais auparavant, on ne s’était préoccupé de perpétuer de façon individuelle la mémoire des soldats morts à la guerre par
l’enregistrement de leur nom, la conservation des registres mortuaires et
l’entretien perpétuel du lieu de leur sépulture. Sans le savoir, les religieuses ont accompli une première dans l’histoire de l’humanité. Il faudra
attendre à la Première Guerre mondiale pour que, systématiquement, le
nom de chaque soldat mort à la guerre soit enregistré afin que sa mémoire
soit perpétuée de façon individuelle2.
Dans le présent ouvrage de référence, la première partie traite de
l’origine de l’Hôpital Général de Québec et de la manière dont il est devenu, par la force des choses, un hôpital militaire. Nous avons également
voulu « contextualiser » les événements de la Conquête à Québec dans le
contexte plus large de la guerre de Sept Ans et de son origine. Nous verrons ensuite comment et pourquoi ce cimetière a été affublé du qualificatif de cimetière des héros et pourquoi ce cimetière (du moins une partie)
doit être considéré comme cimetière de guerre.
La pièce maîtresse du livre réside en son répertoire et classement
militaire de tous les soldats connus qui y ont été inhumés pendant la
guerre de Sept Ans, y compris les militaires anglais. Nous avons utilisé
Introduction
l’excellent Guide de la France routière et touristique de Reader’s Digest pour
actualiser les lieux de provenance de ces soldats.
Enfin, nous avons voulu porter une attention particulière aux chevaliers de Saint-Louis qui reposent en ce lieu. Ce cimetière a l’honneur
d’abriter dans ses entrailles l’une des plus importantes concentrations de
chevaliers de Saint-Louis au monde.
Par souci d’équité, nous ne pouvions passer sous silence la numération de tous les autres soldats et miliciens décédés au cours des événements de 1759 et de 1760 à Québec et dans les environs mais qui ne
reposent pas au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec. On les retrouvera dans l’annexe A. Par ailleurs, l’ajout des annexes D et E comportant le classement régimentaire des soldats et marins du cimetière des
picotés, aujourd’hui disparu, ainsi que des pertes britanniques donnera
aux lecteurs un meilleur aperçu de l’ensemble des militaires et des miliciens morts à Québec lors de la guerre de Sept Ans.
21
L’Hôpital Général de Québec vers 1760, gravure anglaise.
Archives du monastère des Augustines HGQ.
Histoire de l’Hôpital Général
de Québec
L
’idée de l’implantation d’un second hôpital à Québec a germé
sous l’intendant Jean Talon. Il faut attendre Mgr Jean-Baptiste
de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1653-1727) qui
reçoit en 1692, de Louis XIV, les lettres patentes pour l’érection de l’Hôpital
Général de Québec ; le 13 septembre, il achète à cette fin la seigneurie, le
couvent et l’église des Récollets. Dès le 30 octobre 1692, l’hôpital reçoit
ces premiers pauvres avec sœur Sainte-Ursule. Mais c’est véritablement à
partir du 1er avril 1693 que les quatre premières hospitalières s’y installent
à demeure : la fondatrice Louise Soumande de Saint-Augustin (1663-1708),
Marguerite Bourbon de Saint-Jean-Baptiste, Geneviève Gosselin de SainteMadeleine et Madeleine Bacon de la Résurrection ; ces religieuses proviennent de l’Hôtel-Dieu du Précieux Sang de Québec.
Jusqu’en 1699, l’Hôpital Général et l’Hôtel-Dieu sont liés au niveau administratif par une même communauté religieuse. La séparation
en deux communautés distinctes ne se fait pas sans heurts. Le partage des
vocations et des maigres ressources financières de la colonie crée un certain malaise, voire de la jalousie. Mgr de Saint-Vallier doit alors plaider sa
cause jusqu’en France. Jusqu’au début du XXe siècle, la communauté de
l’Hôtel-Dieu éprouvera de l’amertume envers la nouvelle communauté
des Religieuses Hospitalières de la Miséricorde de Jésus de l’Ordre de
24
Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Saint-Augustin. La vocation de l’Hôpital Général sera de recevoir les invalides, les infirmes et paralytiques, les aliénés, les vieillards « en enfance »,
les femmes de « mauvaise vie ». L’Hôtel-Dieu n’exercera son hospitalité
qu’envers les malades.
C’est précisément à cause de la vocation même de l’Hôpital Général,
soignant les indigents et les affligés, que son cimetière sera longtemps
identifié et connu par la population sous le vocable de cimetière des pauvres. Les toutes premières inhumations dans le cimetière datent d’avril
1710. En effet, à l’occasion de la construction de l’une des ailes devant
servir d’appartement à Mgr de Saint-Vallier, on a relevé les corps du
deuxième cimetière des Récollets qui se trouvait précisément à cet endroit
appelé aujourd’hui presbytère. Les corps ont été réinhumés dans l’actuel
terrain face à l’hôpital. En 1711, les Annales des Augustines font état de
l’inhumation d’un vieillard ; d’autres enterrements ont suivi. Cependant,
les premiers registres ont été détruits ou perdus.
Le 18 septembre 1721, les Messieurs du Séminaire consentent à
ériger en petite cure le regroupement de l’église, l’hôpital et les terres avoisinantes, sous le nom de paroisse Notre-Dame-des-Anges. Le premier mort
consacré de cette nouvelle paroisse est Mgr de Saint-Vallier. Il meurt le
lendemain de Noël de 1727 ; le soir du 2 janvier 1728, l’intendant Dupuy
ordonne son inhumation dans un tombeau spécialement conçu sous les
dalles du sanctuaire de la chapelle de l’Hôpital Général. Les Augustines
de l’Hôpital Général sont ses légataires universelles. Cependant, la première
inhumation officiellement enregistrée dans le cimetière paroissial a lieu le
4 février 1728 et est celle d’un vieillard de 90 ans, Gatien Tourangeau.
L’HÔPITAL GÉNÉRAL DEVIENT UN HÔPITAL MILITAIRE
En 1706, l’Hôpital Général abrite quatre soldats invalides à charge
de la charité. Ce n’est qu’en 1720 que l’Hôpital Général est appelé à recevoir ses premiers soldats malades et invalides appartenant aux troupes
coloniales des Compagnies franches de la Marine. Toutefois, ces soldats
ne sont pas à la charge de l’Hôpital mais à celle du Roi qui fait remettre à
la Communauté la demi-solde accordée à ces invalides. Mais c’est à partir
de 1734 que l’Hôpital Général prend soin des soldats invalides, sur une
base assidue. Cependant, jusqu’en 1755, l’institution ressemble à la fois à
un hospice et à un hôpital.
Histoire de l’Hôpital Général de Québec
Pour remédier à leurs dettes sans cesse croissantes, les Augustines
demandent officiellement, en 1752, la permission de recevoir les malades
des troupes. Le roi acquiesce à leur requête. À cause des événements, l’Hôpital Général va devenir un véritable hôpital militaire par le grand nombre de soldats et matelots qui commencent à y affluer dès la fin de juin
1755 et ce d’autant qu’un incendie a ravagé une partie de l’Hôtel-Dieu au
début du mois. L’Hôpital Général accueille, cet été-là, 400 soldats et marins malades. Précisons que, sans qu’il perde son statut et son caractère
religieux, la conjoncture a fait de l’Hôpital Général un hôpital militaire.
En 1756, l’arrivée du vaisseau Le Léopard amène d’un seul coup 280
malades, atteints semble-t-il de la peste. Les épidémies de 1757 font des
ravages chez les soldats ; la seule journée du 30 juillet, on voit arriver 430
malades que l’on place dans les dortoirs, au noviciat et même dans l’église.
Le lendemain, on en amène 80 autres. Le 2 août suivant, quelque 530
soldats et matelots, débarqués de France, sont conduits à l’Hôpital Général. Les religieuses n’échappent pas aux épidémies. À la fin de l’année, 22
sœurs sont atteintes des fièvres ; dix d’entre elles sont emportées3.
En 1758, quelque 600 à 700 malades occupent la maison. L’apaisement des fièvres ne se fait sentir qu’en mars 1759. Le 27 juin, l’arrivée de
la flotte anglaise à proximité de Québec est cause de nombreuses escarmouches et de dévastateurs bombardements sur la ville. Les blessés affluent à l’Hôpital Général. Au lendemain de la bataille des plaines
d’Abraham, le 13 septembre 1759, le nombre d’hospitalisés s’élève à près
d’un millier.
Qui plus est, pendant le siège qui précède la reddition de la ville de
Québec, l’Hôpital Général devient un refuge pour les Hospitalières de
l’Hôtel-Dieu et pour les Ursulines. Les Augustines partagent leur chambre avec ces réfugiés et couchent dans les dortoirs. De plus, une foule de
gens, ne se trouvant pas en sécurité dans Québec, demandent asile à l’Hôpital Général. Cette fois, tout l’espace possible est réquisitionné : corridors, greniers, étables, hangars, granges et même la maison des domestiques.
Pour couronner le tout, le 18 septembre, après la défaite des plaines
d’Abraham, l’état-major anglais oblige les religieuses à loger une trentaine
de soldats, en plus de soigner leurs centaines de blessés et de malades. À
partir de ce moment-là, l’Hôpital Général est devenu selon l’expression
de Micheline D’Allaire « un véritable embouteillage d’êtres humains ».
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Voici un ahurissant rapport de la situation : « Après avoir dressé plus
de 500 lits... il en restait encore autant à placer. Nos granges et nos étables
étaient remplies de ces pauvres malheureux. Nous avions dans nos infirmeries 72 officiers ; il en mourut 13. On ne voyait que bras et jambes
coupées. Il nous vint encore une vingtaine d’officiers anglais, qu’ils n’eurent
pas le temps d’enlever, et dont il nous fallut aussi nous charger. En outre,
plusieurs officiers des leurs nous avaient été envoyés pour les loger4 ».
La bataille de Sainte-Foy apporte encore son lot de blessés tant français qu’anglais. Cette fois le tumulte et la pagaille sont tels qu’il est même
difficile d’enregistrer les noms de tous ceux qui succombent. Voici ce que
le chanoine de Rigauville écrit dans le registre des décès : « L’an mil sept
cent soixante, les vingt-huit et vingt-neuf avril, ont été inhumés dans le
cimetière de cet hôpital les corps de quelques hommes apportés au dit
hôpital expirant après l’affaire du vingt-huit du présent mois entre les
François et les Anglois, et dont le tumulte et l’affluence des blessés n’a pas
permis de sçavoir les noms ; En foy de quoy j’ay signé5 ».
Ce n’est qu’après la Conquête que l’Hôpital Général perd son caractère militaire pour reprendre ses fonctions normales d’asile pour invalides et vieillards.
LES AUGUSTINES, DÉPOSITAIRES DE LA MÉMOIRE
DES SOLDATS DE LA NOUVELLE-FRANCE
Le territoire occupé par l’Hôpital Général et ses terres est consacré
comme paroisse Notre-Dame-des-Anges en tant que corps civil et religieux en 1721 grâce à l’intervention de Mgr de Saint-Vallier. Par ailleurs,
les Augustines ont établi depuis 1710, sur un petit terrain face à leur
monastère, un cimetière qui doit servir à l’inhumation éventuelle des pauvres et des pensionnaires perpétuels qui logent à l’Hôpital Général.
La première inhumation d’un soldat a lieu en 1730. En 1732, un
sergent et deux soldats y sont enterrés. Le nombre d’inhumations de soldats (14 sépultures entre 1740 et 1750) augmente doucement jusqu’en
1755, année où le roi expédie un premier contingent de troupes régulières
pour la défense de la colonie. À la fin de 1755, 17 soldats et matelots sont
inhumés, ainsi qu’un sergent. L’année suivante, 61 inhumations seront
enregistrées ; ce chiffre n’est pas aussi élevé qu’il le paraît compte tenu de
Histoire de l’Hôpital Général de Québec
la supposée épidémie de peste à bord du Léopard. Cependant, en 1757,
une foudroyante épidémie de fièvre fait grimper les inhumations à 491
dont 347 pour les seuls soldats et marins français. En 1758, les fièvres
non contrôlées persistent et on dénombre 300 morts, dont 249 marins et
soldats ; les marins étaient cette fois plus nombreux (voir le tableau 2 du
chapitre 5).
À partir de juin 1759, les combats qui ont été jusque-là menés aux
extrémités de la colonie ont lieu au cœur de la Nouvelle-France. Les Anglais ont en effet remonté le fleuve. Des escarmouches et des embuscades
se produisent en maints endroits et l’escadre anglaise se met à bombarder
la ville de Québec, ce qui sera cause de nombreux blessés et de morts.
Puis vient le débarquement anglais et la bataille des plaines d’Abraham du 13 septembre 1759, la reddition de la ville de Québec et la revanche française du 28 avril 1760 à Sainte-Foy ; tous les soldats, miliciens et
alliés amérindiens morts sur les champs de bataille de 1759 et de 1760
ont été inhumés pêle-mêle dans une fosse commune. Les mœurs de l’époque exigeaient que l’on procède ainsi. Mis à part les officiers dont les
noms nous sont parvenus, l’identité de tous les autres soldats, morts et
enterrés sur les champs de bataille ces deux journées-là, nous est jusqu’à ce
jour inconnue (voir note 1).
Bien qu’elles aient aussi soigné les soldats Anglais par charité chrétienne et par obligation morale, les Augustines ont démontré plus d’une
fois leur patriotisme et leur courage face à l’ennemi. Voici un fait méconnu illustrant que leur cœur penchait vers les nôtres dans les jours et
semaines suivant la bataille des plaines d’Abraham : « [...] ils [soldats français et miliciens canadiens] nous demandaient en grâce, quand ils se
voyaient rétablis, de les laisser sauver pour aller rejoindre l’armée ; nous le
faisions de grand cœur, et à nos dépens, leur fournissant des vivres et des
hardes pour les mettre en état de le faire ; ce qui nous attira les reproches
et les menaces les plus dures, de la part de l’ennemi, qui nous menaçait de
nous laisser mourrir de faim6 ».
De plus, le capitaine John Knox (en 1759-1760, il était lieutenant
dans la compagnie du capitaine Richard Maitland au 43rd Regiment of
Foot) affirme que la directrice de l’Hôpital Général, Mère Saint-Claudede-la-Croix (Marie-Charlotte de Ramezay, sœur du major de la ville et du
gouvernement de Québec, Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay), ne
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Mère Saint-Claude-de-la-Croix (Marie-Charlotte de
Ramezay) directrice de l’Hôpital Général en 1759-1760,
sœur de Monsieur de Ramezay, major de la ville et du
gouvernement de Québec. Son patriotisme lui vaut à maintes reprises les réprimandes du gouverneur Murray.
Portrait. Archives du monastère des Augustines HGQ.
Salle Sainte-Croix de l’Hôpital Général où furent soignés les officiers anglais.
« [...] chaque patient avait son lit propre avec rideaux et une garde malade pour prendre soin de lui. Les lits sont rangés
en galeries de chaque côté... Chaque officier a une pièce à sa disposition et, pour prendre soin de lui, une de ces
religieuses qui, en général, sont jeunes, élégantes et jolies ».
Captain John Knox, 43rd Regiment of Foot. Photo de M. R. Traquair en 1928. Archives du monastère des Augustines HGQ.
Histoire de l’Hôpital Général de Québec
cesse de répandre des fausses rumeurs démoralisantes pour les soldats de
Sa Majesté : « [...] Madame de St-Claude, Abbess of the Augustine Convent,
is reputed the industrious inventress of many groundless rumours, which
have been circulated among the troops, with a view to corrupt and
discourage our brave soldiers ; particularly that of General Amherst’s army
being defeated at the Isle au Noix, with an irretrivable loss of men and
artillery... » Irrité de toute cette désinformation, Murray, gouverneur de la
garnison de Québec, lui aurait ironiquement proposé de l’enrôler comme
grenadier (selon Knox) : « [...] if she is tired of living out of the world, and
will change her habit for that of a man, his Excellency will inroll her as a
grenadier7... »
Malgré leur patriotisme, les Augustines font preuve d’une grande
charité chrétienne en soignant avec compassion tous les blessés et malades
anglais amenés à l’Hôpital Général. Le capitaine Knox raconte comment
ses compatriotes étaient traités : « [...] quand nos pauvres compagnons
tombaient malades et qu’on les faisait transporter de leurs détestables hôpitaux de régiments dans ce réfuge général, ils s’en trouvaient assurément
rendus plus heureux d’une manière qu’on ne peut dire ; chaque patient
avait son propre lit avec rideaux et une garde malade pour prendre soin de
lui. Les lits sont rangés en galeries de chaque côté [...] ces galeries sont
grattées et balayées tous les matins, puis arrosées de vinaigre, de sorte
qu’un étranger ne peut percevoir aucune odeur désagréable ; l’été on ouvre
généralement les fenêtres et on donne aux patients une sorte d’éventail
pour se rafraîchir quand il fait une chaleur presque étouffante ou pour
éloigner les mouches [...] ». Plus loin, il ajoute : « [...] Chaque officier a
une pièce à sa disposition et, pour prendre soin de lui, une de ces religieuses qui, en général, sont jeunes, élégantes et jolies ». (Source : D’Allaire,
1971, p. 181, op. cit. de Knox, An Historical Journal..., vol. II, p. 213.)
Le général James Wolfe, qui parlait un excellent français, témoignera sa reconnaissance aux religieuses en leur promettant que « [...] si la
fortune favorisait ses armes, il ferait honorer et respecter une maison où
l’on rendait de tels services à l’humanité souffrante, et où l’on avait d’égards
pour des étrangers et des adversaires ». (Source : D’Allaire, op. cit., 1971,
p. 181.)
Tous les blessés sont conduits à l’Hôpital Général. Plusieurs meurent dans les jours, les semaines ou les mois suivant les fatidiques batailles.
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
Les religieuses ont conservé minutieusement dans un registre mortuaire
les noms de tous ceux qui succombent à leurs blessures. Ces morts sont
inhumés dans le petit cimetière face à l’hôpital. C’est ainsi qu’à leur
demande faite en 1752 de soigner les soldats du roi et pour l’histoire, les
Augustines de l’Hôpital Général deviennent les dépositaires de la mémoire
des soldats de la Nouvelle-France. Elles ont gardé précieusement les noms
de tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la défense de la patrie.
Elles ont, d’une génération à l’autre, entretenu le cimetière où reposent,
face à leur monastère, tous ces soldats, marins et miliciens de France et de
Nouvelle-France. Elles sont les gardiennes de leurs mémoires.
La guerre de Sept Ans
U
n irréductible conflit d’intérêts oppose la France et l’Angleterre, tant en Europe qu’en Amérique. La rivalité commerciale en Amérique du Nord entre les deux colonies ne cesse
d’augmenter. La Nouvelle-Angleterre, avec une population vingt fois supérieure à celle des colonies françaises, se sent coincée entre la mer et les
Appalaches. Les compagnies de commerce des deux pays se font une lutte
acharnée. À la fin de 1754, l’Angleterre autorise l’envoi en Amérique de
deux bataillons d’infanterie. La nouvelle parvient à Paris qui, pour contrecarrer cette action, décide d’envoyer à son tour, au printemps de 1755,
six bataillons d’infanterie en Amérique.
De plus, le traité d’Aix-la-Chapelle signé le 28 octobre 1748, mettant fin à la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), est mal digéré
par les habitants de Nouvelle-Angleterre. En effet, ce traité prévoit rendre
aux Français la forteresse de Louisbourg, conquise trois ans auparavant
par les Anglais, le 27 juin 1745, après un siège de 47 jours.
L’AMORCE DE LA GUERRE : L’AFFAIRE
DE GEORGE WASHINGTON
Des événements trop peu connus, mettant en scène un jeune officier
virginien âgé de 22 ans du nom de George Washington, ont servi de prétexte à la guerre de Sept Ans. Officieusement, les hostilités se déclenchent
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
le 28 mai 1754 près de l’actuelle ville de Jumonville en Pennsylvanie alors
que Washington, commandant une quarantaine d’hommes, ordonne de
tirer sans avertissement préalable, sur un détachement de 34 soldats des
Compagnies franches de la Marine sous le commandement de Joseph
Coulon de Villiers de Jumonville (1718-1754). Celui-ci a pour mission
de sommer formellement le colonel Washington et son détachement de se
retirer de la région de l’Ohio que la France réclame comme étant sienne.
De Jumonville et neuf de ses compagnons sont tués ; les autres, à
l’exception d’un seul, sont capturés. Les Français ont prétendu que
Jumonville fut abattu alors qu’il signifiait aux Virginiens une mise en
demeure officielle de se retirer des territoires de l’Ohio. Un mois plus
tard, son frère Louis Coulon de Villiers (1710-1757), à la tête de 600
hommes (dont une centaine d’Amérindiens), passe à l’endroit même de
l’embuscade précédente et découvre les cadavres qui ont été abandonnés
aux loups et aux oiseaux de proie. Il se venge le 3 juillet en attaquant le
petit fort Nécessité construit un mois auparavant par les soldats de Virginie. Washington (futur président des États-Unis) est forcé de capituler car
la moitié de ses hommes sont ivres. Pour quelques heures, il est prisonnier
des Canadiens. À propos de cet événement, l’historien Guy Frégault affirme ce qui suit : « De fait, la bataille qui vient de se dérouler dans l’Ohio
s’inscrit dans un drame dont la scène se situera sous les murs de Montréal,
le 8 septembre 1760. Non pas que la prise du fort Nécessité soit la cause
de la guerre de la Conquête. Elle marque simplement l’ouverture de sa
phase finale ».
Le 16 janvier 1756, l’Angleterre et la Prusse signent un traité d’alliance avec l’objectif de créer un front continental dans le but de laisser
l’Angleterre libre d’agir sur la mer. La France est contrainte de diviser ses
forces : lutter contre la Prusse sur terre et l’Angleterre sur mer. Son alliance avec l’Autriche, le 1er mai 1756, ne lui apporte pas le soulagement
conforme à ses aspirations.
Voyant cela, l’Angleterre déclare officiellement le 17 mai 1756 la
guerre à la France car les impératifs commerciaux de la fière Albion sont
en concurrence directe avec ceux de Versailles, tant aux Indes que dans les
Amériques. La France riposte le 16 juin.
Bientôt, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, la contagion de la guerre se répand sur tous les continents, sur terre comme sur
La guerre de Sept Ans
mer. En effet, la guerre de Sept Ans a été la véritable première guerre
mondiale de l’histoire mettant en scène la France et ses alliés, l’Autriche,
la Russie, la Suède et l’Espagne (cette dernière à partir du 15 août 1761),
en opposition à l’Angleterre, le Royaume de Hanovre, la Prusse et le Portugal (à partir de 1762). Des combats ont lieu en Europe, de la Baltique à
la Méditerranée, aux Antilles, sur la côte africaine (Lagos), dans les lointains comptoirs commerciaux des Indes, aux Philippines et bien entendu
en Amérique du Nord8.
Les hommes qui ont fait cette guerre chez nous n’avaient certes pas
une vue d’ensemble de la situation. La rigueur du quotidien accaparait
toutes leurs énergies. Les défenseurs de la Nouvelle-France se sont bien
battus et ont fait du mieux qu’ils ont pu avec ce que Versailles leur a
accordé comme ravitaillements. En dépit des magouilles financières de
l’intendant Bigot et de sa clique, malgré les fortes mésententes sur l’art de
la guerre entre Canadiens et métropolitains, ces hommes ont défendu
leurs valeurs et sauvegardé leur honneur dans un cadre historique qui
dépassait leur horizon.
Bien que les plus gros affrontements en nombre de belligérants ont
lieu en Europe centrale, ce sont les batailles en Amérique du Nord qui ont
eu le plus d’importance sur la restructuration du monde pour les siècles à
venir. Ultimement, la guerre de Sept Ans a tracé la voie pour la Révolution américaine. Aussi n’est-il pas paradoxal que celui qui, par son geste
contre la France, a amorcé dans la lointaine forêt de Pennsylvanie la première guerre mondiale a également été l’instigateur d’une nouvelle géopolitique internationale par son alliance avec la France un quart de siècle
plus tard (victoire franco-américaine de Yorktown en 1781). La politique
a de ces curieux retournements !
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Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l’Hôpital-Général de Québec
1754 : –
–
1755 : –
–
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1756 : –
1757 : –
1758 : –
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1759 : –
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1760 : –
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1763 : –
LES PRINCIPAUX FAITS D’ARMES EN AMÉRIQUE DU NORD
V : victoire française
attaque de Washington contre de Jumonville le 28 mai.
bataille du fort Nécessité le 3 juillet dans l’Ohio. V
attaque de l’amiral Boscawen contre des navires français au large de TerreNeuve ; Le Lys et L’Alcide sont capturés le 8 juin.
capitulation des forts Beauséjour et Gaspareau en Acadie, respectivement
les 16 et 17 juin marquant le début de la Déportation.
bataille de la Monongahéla en Ohio le 9 juillet. V
bataille du lac Saint-Sacrement le 7 septembre.
bataille du fort Chouaguen (Oswego pour les Anglais) du 10 au 14 août. V
bataille du fort William Henry du 3 au 9 août. V
bataille du fort Carillon le 8 juillet. V
seconde capitulation de la forteresse de Louisbourg le 26 juillet après
six semaines de siège (depuis le 2 juin).
capitulation du fort Frontenac le 27 août, après 3 jours de bombardements.
destruction et abandon par les Français du fort Duquesne le 24 novembre.
arrivée de la flotte anglaise devant Québec le 27 juin ; début du siège.
capitulation du fort Niagara le 25 juillet après un siège de trois semaines.
évacuation et destruction par les Français du fort Carillon le 26 juillet.
bataille de Montmorency le 31 juillet. V
évacuation et destruction par les Français du fort Saint-Frédéric le 31 juillet.
bataille des plaines d’Abraham le 13 septembre, suivie de la reddition
de Québec le 18 septembre.
bataille de Sainte-Foy le 28 avril, suivie du siège de Québec par les Français. V
bataille navale de L’Atalante commandée par Vauquelin le 16 mai.
bataille du fort Lévis du 22 au 25 août.
bataille du fort de l’île aux Noix du 16 au 28 août.
capitulation de Montréal le 8 septembre.
traité de Paris le 10 février ; cession définitive du Canada à l’Angleterre.