Evaluation Mali Soleil

Transcription

Evaluation Mali Soleil
Création du Centre André Formation dans la commune V de Bamako
Principales caractéristiques du projet
Session de
Dotation
Printemps
2006
Dotation
accordée
5000
(MAE)
Budget total
Période projet
(initial / final)
(prévue / réalisée)
61 085 euros
Objectifs principaux
mai-sept 2006
Association et responsable
en France
Responsables locaux
Mali Soleil : Jean-Christian
Pottier : 06 22 75 89 15 /
[email protected]
Marie Traoré, actuelle responsable
du Centre,
[email protected] / 223
643 50 85 / Albert Traoré, futur
responsable 646 89 87 /
Principaux résultats attendus
A moyen terme, 40 à 50 femmes sont formées à la couture et à la
Réduire la vulnérabilité de la population à la pauvreté
broderie (formation de 4 ans). Un atelier de couture employant 6
par la formation des femmes à la couture et
tailleurs et 2 brodeurs est mis en route. Un petit magasin facilite
l'aphabétisation des enfants. Valoriser l'artisanat
l'exposition et la vente des productions. Une école d'alphabétisation
malien
avec bibliothèque est créée permettant d'alphabétiser au moins 12
enfants par an. Un réfectoire fonctionne.
Bilan synthétique de la visite
Durée de la
visite
1/2 journée
Interlocuteurs locaux rencontrés
Lieu
Albert Traoré, responsable du centre
Marie Traoré, responsable commerciale
Fatouma Tangara, maîtresse d’école
Maître KRA, responsable pédagogique de l’école de couture
Bamako
Compte-rendu :
Le centre André Formation, construit avec l’appui financier de l’association Mali Soleil, a pour
objectif d’abriter divers volets d’activités : une formation à la couture, un atelier de couture, des cours
d’alphabétisation pour les enfants du quartier, une bibliothèque, un réfectoire…Très récemment
financé par les Dotations à la date de notre visite, ce centre est toutefois déjà construit et opérationnel
sur le volet de l’alphabétisation des enfants. Les activités liées à la couture, objet de la Dotation, ne
sont toutefois pas encore lancées. Cette visite a donc consisté à prendre contact avec les acteurs locaux
impliqués et à discuter avec eux de la mise en œuvre de cet axe du projet.
L’origine du projet est familiale et sociale. Sensible aux difficultés rencontrées par les habitants de son
quartier et en mémoire de son petit frère décédé d’un mauvais diagnostic médical, une femme
soutenue par sa famille se mobilisent pour créer un projet, qui soit un centre de vie et d’activités au
sein du quartier Daoudabougou de la commune V de Bamako. Selon Albert Traoré, l’objectif est de
« former les jeunes filles du quartier », en prenant en particulier « des gens qui ne savent rien faire ».
Une formation à la couture leur serait proposée à moindre coût (10 000 FCFA par mois 1). « Il y a déjà
des gens qui cherchent à s’informer », dit M. Traoré, « d’ici octobre, on passera à la radio.
Actuellement, on a déjà fait des panneaux pour informer de l’existence du centre ».
Les centres de formations à la couture, agréés par l’Etat malien doivent se conformer à un programme
pédagogique précis. La durée de ces formations est de quatre ans dont un an de mise en pratique
(perfectionnement). Mais tempère Albert Traoré, « il sera possible de ne faire que deux ans ». Dans le
cadre du projet, une politique de suivi est envisagée « des prêts sans intérêts pourront être accordés
1
Le prix sera finalement fixé à 6000 FCFA/mois. En novembre, après un mois de fonctionnement, 20 femmes se sont
inscrites.
aux élèves ». « Le centre espère également recruter une partie des personnes formées », nous dira plus
tard M. Pottier.
L’originalité de ce projet réside dans le fait que le centre abritera à la fois une formation à la couture
pour des jeunes femmes du quartier, un atelier de couture employant six tailleurs et deux brodeurs,
ainsi qu’un petit magasin d’exposition. L’appui pédagogique, les échanges et les complémentarités qui
résulteront de la proximité de ces trois activités seront certainement intéressants.
Un autre atout important est l’investissement personnel dans ce projet d’un maître tailleur reconnu,
Maître Kra. Participant à des foires internationales (Paris, Dakar) au cours desquelles il réalise la
plupart de ses ventes, il a créé son propre centre de formation à la coupe-couture et stylisme. Nous
assistons à un défilé de mode organisé à l’occasion de la sortie de la première promotion d’élèves.
Trente-sept jeunes filles sont diplômées en présence d’un représentant du Ministre de l’Artisanat et du
Tourisme et du Maire de la commune V. L’école leur propose ensuite une année de perfectionnement
pratique, l’occasion pour Maître Kra « de recruter les meilleures tailleuses pour les garder comme ses
propres couturières ». Il dit également « inscrire toutes ses élèves à la Chambre des Métiers, puis les
aider à trouver les moyens de s’installer ». Notre interlocuteur explique avoir été « le premier couturier
à avoir fabriqué des cravates en tissu local malien ». Il se définit comme « la locomotive » du centre
André Formation et indique que les formateurs de son propre centre iront également former au centre
André Formation.
Conclusion :
Il est délicat d’émettre un avis sur un volet de projet qui n’a pas encore débuté. Le fort ancrage du
centre au sein du quartier Daoudabougou, la compétence et la notoriété de Maître Kra, la
complémentarité et les synergies possibles entre l’ensemble des activités développées par le centre
sont autant d’atouts importants.
Toutefois cette rapide visite suscite aussi un certain nombre de questions et de remarques dont les
suivantes :
- Le projet a une origine affective et sentimentale forte, ce que revendiquent nos interlocuteurs.
Cela suscite deux questionnements : Le lien entre le drame vécu, aussi terrible soit-il, et un
projet de centre de formation ciblant en particulier les femmes ne paraît pas évident. Par
ailleurs de réelles compétences de management et de gestion sont nécessaires pour faire
fonctionner un tel projet. Est-ce le cas des personnes locales pressenties pour diriger la
structure ? En auront-elles durablement la motivation ?
- Les modalités de mise en oeuvre du projet semblent encore peu claires pour le futur
responsable du centre : comment s’organisent les activités entre la formation et l’atelier ? quel
est le planning d’occupation des machines ? qui gère quoi ? quelles sont les personnes
effectivement recrutées ? comment est organisé l’achat de tissu ? qui vend ? à qui ? etc… Ces
questions méritent sans doute encore des réflexions et des discussions.
- La participation de Maître Kra au projet est positive. Il semble toutefois très investi sur sa
propre école. Des conflits d’intérêt ne sont-ils pas à craindre ? La mise en route et par la suite
la bonne marche des activités de formation et d’atelier semblent aujourd’hui très dépendantes
de lui. Quelles sont ses priorités, quels sont ses motivations et ses objectifs vis-à-vis de ce
projet ?
- Le public ciblé par les formations suscite également des questions. Combien de jeunes filles
par promotion (30 selon M. Traoré ou 50 ?) ? Seront-elles vraiment des jeunes filles du
quartier ? Auront-elles les moyens de payer ?
- Concernant l’objectif de ses formations : est-il réaliste de penser que ces jeunes filles en feront
une activité rémunératrice ? Et les autres ? Comment seront « vendues » ces formations ?
Réaction de Jean-Christian Pottier (Mali Soleil) :
a) Il n’y a pas de lien direct entre le décès d’André et la création du Centre, même si André est bien
entendu dans la mémoire de tous. La famille Traoré est par nature une famille qui a toujours soutenu
les personnes en difficulté de son quartier. De nombreuses personnes en détresse viennent y trouver
de l’aide, de la nourriture ou des moyens de se soigner et ceci depuis leur installation dans ce
quartier. Agnes Traoré s’inscrit dans cet esprit en voulant, avant tout, créer un centre d’échange et de
formation permettant à des personnes en difficulté d’avoir la chance d’accéder à l’éducation ou à la
formation. C’est en hommage à un de ses frères (André) décédé très jeune, suite à un mauvais
diagnostic médical qu’elle a donné son nom au centre. André était reconnu pour sa grande générosité.
Les personnes locales investies dans le projet ont déjà fait preuve d’une énorme motivation pour en
arriver où elles sont. Albert Traoré qui souffre d’un handicap physique majeur se bat depuis son plus
jeune âge pour réussir. Le parcours est tout simplement exemplaire. Marie Traoré, sur place, s’est
battue pendant deux années, quotidiennement, pour permettre la construction et la reconnaissance du
Centre. Le centre a été construit à partir de rien par des personnes locales. La preuve de leur
motivation n’est plus à faire. Ils continueront de franchir les difficultés les unes après les autres. Il est
vrai que la gestion d’un tel projet nécessite des qualités de gestion et d’organisation. C’est une des
principales difficultés régulièrement rencontrées. Mais il faut aussi savoir encourager ceux qui
souhaitent s’impliquer et qui n’ont aucun moyen. A la base, Albert et Marie avaient-ils seulement la
possibilité de se payer un stylo et un cahier ? Ont-il aujourd’hui les moyens de se soigner lorsqu’ils
sont malades ? Pas toujours ! Le personnel identifié a les motivations et les compétences. Ce qui
manquait ce sont les moyens. Aujourd’hui, grâce à votre aide (en particulier) ces moyens arrivent.
Progressivement, la possibilité d’organiser et de gérer se développe. Sans moyen, difficile de mettre
en place une structure de gestion et d’encadrement à la hauteur !
b) Lors de votre passage, Albert n’était pas encore investi de la responsabilité du centre. Tout
reposait sur les épaules de Marie qui travaillait pratiquement bénévolement. Aujourd’hui, nous
commençons à être en mesure de rémunérer du personnel et donc de se structurer. L’organisation du
fonctionnement est aujourd’hui en place. Il y a un Directeur Général, une Directrice Commerciale, un
responsable pédagogique, un enseignant à la couture, une secrétaire, un contrôleur des entrées et
sorties de matériel et d’argent, une maîtresse, un couturier, un aide couturier et un gardien. Chacun
sait ce qu’il a à faire, des cahiers de gestion ont été réalisés. Des bilans financiers sont faits chaque
mois. Chaque service dispose de ses planning et objectifs… Des réunions de travail sont
régulièrement faites. Il est certain que des difficultés arrivent et arriveront encore. Nous pensons que
l’équipe a la motivation, l’esprit et les compétences pour les franchir. Leur connaissance du milieu est
un appui majeur. La difficulté est que le centre se développe très vite et qu’il nécessite, par
conséquent, des investissements nouveaux régulièrement indispensables à sa pérennisation. Le dernier
ayant été l’installation d’une connexion internet assez coûteuse et pourtant indispensable à notre
fonctionnement.
c) Quelles peuvent être ses motivations sinon d’aider au développement de son pays par le
développement de sa profession. Aider notre centre, pour lui, c’est aider le monde de la couture
malien qui est encore très peu développé. C’est aussi inscrire son nom à la création d’une structure.
Enfin, Maître Kra bénéficie d’une rémunération justifiée et correcte vis à vis de notre centre, dans le
cadre d’une convention légalement enregistrée.
d) Le nombre de jeunes filles par promotion sera fonction de la demande et de la qualité de la
formation. Les femmes du quartier souhaitent s’en sortir. Il n’y avait aucun centre accessible pour
elles, sinon des centres très coûteux et très éloignés, ce qui augmente encore les coûts (transport très
cher…) et les complications liées à la gestion familiale. Le centre offre une formation d’un coût très
modeste. Le matériel est pris en charge, les blouses, les fournitures, les frais de fonctionnement…
Pouvons-nous fonctionner totalement gratuitement pour les femmes démunies ? Qui accepterait de
financer notre association pour donner des cours gratuits pendant quatre ans ? Les femmes qui
viennent s’inscrire ont peu de moyens. Souvent elles n’ont pas pu suivre d’études. Le centre leur offre
cette possibilité avec, à la clé, un métier et des revenus. Les femmes qui s’inscrivent doivent être
motivées. Offrir une formation gratuite laisse la porte ouverte à des personnes éventuellement non
concernées, susceptibles de perturber la qualité de la formation. Nous voulons que la formation soit
avant tout de qualité pour le développement du Mali. Le personnel du centre forme une belle équipe.
Elle a plaisir à créer, et à être fier de ce qu’elle fait. C’est un esprit d’équipe.
e) Tant qu’il y aura des hommes, des enfants et des femmes, il y aura des vêtements. Le problème de la
couture aujourd’hui (comme pour de très nombreuses professions du Mali) n’est pas de trouver des
marchés, mais bien du personnel compétent. Les hommes et les femmes qui sortent des centres de
formation actuels ne savent pas utiliser une machine. Il est très difficile aujourd’hui de trouver un bon
couturier malien. Ce n’est pas par hasard que les meilleurs couturiers du Mali sont sénégalais ou
ivoiriens. Ne commence-t-on pas à voir l’offre prise par les chinois ? Notre formation doit donc être
avant tout de qualité !! 6000 F CFA pour cette qualité, ce n’est vraiment pas cher et les femmes déjà
inscrites le reconnaissent amplement. Vous n’imaginez pas quel bonheur cela représente pour tous, de
les voir, dès le premier jour de la formation, travailler sur de vraies machines !
Il est évident que la construction d’un tel projet n’est pas chose aisée. La critique peut être
constructive, mais à force, elle peut aussi être décourageante. Combien de fois, ces personnes ontelles essuyé des critiques ? Combien d’obstacles doivent-elles lever ? Combien d’entre-nous ont émis
des doutes sinon nous tous ? N’ont-elles pas le droit, elles aussi à l’erreur ? Les bailleurs ne se
trompent-ils pas eux aussi ? Jusqu’à présent, les responsables du centre ont travaillé prudemment,
progressivement, étape par étape, pour justement être en mesure de limiter les risques. Et force est de
constater, qu’ils obtiennent des résultats impressionnants. La construction est réussie, l’école des
enfants fonctionne, la gestion est saine…) Par ailleurs, peut-on parler d’échec, lorsque partant de
rien, avec rien au départ et sans être certain de savoir si on aura de quoi se nourrir le lendemain, on
essaie de construire quelque chose de solide ? Combien d’entres-nous l’on fait ?
Pour conclure, nous vous remercions vraiment beaucoup et du fond du cœur, au nom de l’équipe du
Centre André Foramtion et de l’association Mali Soleil, de nous avoir donné la possibilité de les
soutenir. Votre soutien nous a permis de franchir rapidement l’étape de la création de l’école de
formation à la couture. Nous pouvons raisonnablement penser que sans votre aide, cette ouverture
n’aurait pas été possible avant la rentrée de 2007. Nous tenions également à souligner que nous
apprécions vivement les échanges de points de vue qui nous permettent d’avoir un regard extérieur
contructif.
Un grand merci !!