ETICS : l`enduit
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ETICS : l`enduit
CT Plafonnage et Jointoyage ETICS : l’enduit Système d’enduit sur iso- lation extérieure, un ETICS est constitué, de l’intérieur vers l’extérieur, de moyens de fixation (colle et/ou ancrages mécaniques), d’un isolant et de l’enduit proprement dit. Cet article traite de la nature et des fonctions des matériaux qui constituent l’enduit. ? Y. Grégoire, ir.-arch., chef adjoint de la division ‘Matériaux’, CSTC E. Godderis, ingénieur coordinateur, Inspection-Certification, BCCA 1 Systèmes ‘fermés’ Les ETICS sont des systèmes ‘fermés’. Cela signifie qu’un producteur/fournisseur est responsable de la déclaration de l’attestation de conformité (marquage CE sur le système par le biais d’un Agrément technique européen – ATE) des produits qui constituent son système. Des mélanges de matériaux de systèmes issus de fournisseurs différents sont donc à proscrire. Fig. 1 Bâtiments revêtus d’un ETICS. L’isolation rapportée à l’extérieur du bâtiment permet la conservation de la masse thermique à l’intérieur, par laquelle le comportement hygrothermique de la façade est fortement favorisé. pas pour fonction de garantir l’étanchéité à l’air, mais contribue à cette propriété. Outre ses fonctions techniques, il remplit un rôle esthétique évident. 2Fonctions 3Nature des matériaux Tout au long de sa durée de vie, l’enduit doit assurer la protection face au climat (étanchéité à la pluie en particulier) et être suffisamment perméable à la vapeur d’eau. Il doit être reconnu insensible à la fissuration, adhérent et résistant aux chocs susceptibles d’affecter la zone d’exposition. L’enduit (et l’ETICS) n’a Le système d’enduit est composé d’un enduit de base doté d’une armature en fibres de verre et d’un enduit de finition (voir tableau 1). Différents modes de mélange et de mise en œuvre existent sur le marché : pâte à base d’un liant organique à laquelle est ajoutée une quantité de ciment sur chantier, poudre à base de ciment ou de chaux hydraulique à laquelle est ajoutée une quantité déterminée d’eau sur chantier et enfin, des pâtes prêtes à l’emploi. À ceci s’ajoutent d’éventuels produits de prétraitement ou de finition qui règlent l’absorption du support, peuvent contribuer à l’adhérence entre les couches et en homogénéiser la teinte. Une peinture appropriée peut parachever le système. Divers accessoires (profils de départ, d’arrêt et d’angle en PVC, en acier inoxydable ou en aluminium) forment en outre le complément indispensable de ce procédé d’exécution (voir figure 2, p. 2). Tableau 1 Familles d’enduits de finition, composition et caractéristiques. Famille Liant principal Enduits organiques Résine acrylique Enduits siliconés Résine siliconée (acryl-siloxane) Enduits silicatés Silicate de potassium (verre de potassium) Enduits minéraux Ciment ou chaux hydraulique (éventuellement modifiés) Durcissement Conditions climatiques lors de la mise en œuvre (*) Facilité de mise en œuvre Séchage physique / Coalescence Sec De 5 à 30 °C Simple Sec à légèrement humide De 8 à 25 °C Difficile Sec à légèrement humide De 5 à 30 °C Très difficile Réaction chimique / Séchage physique Teintes disponibles Très nombreuses Nombreuses Limitées (*) Ces conditions s’appliquent pendant la durée des travaux et au minimum pendant 24 h consécutives. Dans tous les cas, les surfaces doivent être protégées contre l’ensoleillement direct et les grands vents. Les températures indiquées sont celles de l’ambiance et du support. Publié en février 2010 Les Dossiers du CSTC – N° 4/2009 – Cahier n° 11 – page 1 CT Plafonnage et Jointoyage la vapeur d’eau. Ces produits sont à l’origine fortement alcalins en raison du liant principal. Sous forme de pâtes, ils sont prêts à l’emploi. Fig. 2 Complément indispensable de ce procédé d’exécution : les accessoires. On parle d’un enduit mince lorsque l’épaisseur totale est de l’ordre de 3 à 8 mm. Les systèmes épais ont une épaisseur supérieure à 8 mm. 3.1 Enduit de base L’enduit de base peut contenir un liant organique (acrylique, par exemple) ou un liant minéral (ciment, par exemple) éventuellement modifié par un liant organique. La nature du liant joue un rôle important dans la reprise des inévitables tensions hygrothermiques et dans le comportement à la fissuration (résistance en traction et module d’élasticité). Les enduits de base organiques sont réputés plus élastiques que les enduits minéraux. À titre indicatif, le module d’élasticité s’élève à 1000 N/mm² pour un enduit de base organique, à 2000 N/mm² pour un enduit minéral à base de chaux hydraulique et à 8000 N/mm² pour un enduit minéral à base de ciment. 3.2 Enduit de finition Les enduits minéraux se composent d’un liant principal minéral (ciment et/ou chaux), d’une éventuelle part organique (ciment modifié) et de charges. Ils nécessitent l’adjonction d’eau de gâchage sur chantier. Leur pH initialement alcalin diminue au cours du temps par carbonatation à partir de la surface apparente. Les enduits silicatés sont des produits composés d’un liant principal minéral silicaté (verre de potassium), d’une quantité limitée de polymères en dispersion, voire d’éventuels additifs organiques (pour augmenter le comportement répulsif à l’eau) résistant aux alcalis (généralement des styrènes acryliques), des pigments et des charges inorganiques ne réagissant pas avec le verre de potassium. Cette contrainte limite le nombre de pigments colorés disponibles. L’adjonction du liant organique en quantité restreinte permet de réduire l’absorption d’eau tout en maintenant une bonne perméabilité à Les enduits organiques se composent d’un liant principal organique sous forme de résine acrylique en dispersion, de charges et d’additifs. Ne contenant pas de liant inorganique (minéral), ils ne sont pas alcalins. Leur pH neutre requiert en général l’addition d’un biocide non biodégradable leur conférant une résistance à la prolifération d’algues et de mousses. S’ils sont appliqués sur un enduit de base minéral alcalin (contenant du ciment), ils doivent être résistants aux alcalis. Sous forme de pâtes, ils sont prêts à l’emploi. Quant aux enduits organiques siliconés, ils sont composés d’un liant principal sous forme de résine acrylique siliconée (répulsion à l’eau accrue) en émulsion, de polymères en dispersion, de pigments, de charges et d’additifs. Ils ont une bonne perméabilité à la vapeur d’eau. Sous forme de pâtes, ils sont prêts à l’emploi. Chaque type d’enduit peut résulter de différentes formulations et procédés de production. On ne peut se baser uniquement sur leur appartenance à un type pour en déduire leurs propriétés. Dès lors, il convient d’adopter une approche basée sur des exigences perfomancielles (cf. [3] pour le marquage CE). Ces dernières sont rappelées au § 5. Étant donné les différents modes de durcissement, le respect des exigences concernant les conditions climatiques lors de l’application est indispensable. Les produits doivent en outre être mis en œuvre selon les prescriptions du fournisseur/producteur (combinaisons d’enduits de base et de finition, nécessité d’une couche d’apprêt, modes de mélange et de mise en œuvre, proportions, épaisseur de l’enduit, conditions climatiques pendant et après les travaux, ...). 4Aspect La texture et l’aspect dépendent de la granulométrie de la charge et de l’épaisseur de la couche mise en œuvre. Différentes textures granuleuses de fine à grossière sont possibles. La structure ‘grattée’ nécessite des épaisseurs plus importantes et des enduits minéraux spécialement formulés pour cet usage (‘enduit gratté’). La palette de couleur des enduits de finition organiques est plus grande que celle des enduits minéraux et silicatés. Les sollicitations thermiques auxquelles sont soumises l’ensemble des couches constituant le système Fig. 3 Protection des menuiseries lors des travaux. d’enduit, en particulier l’enduit de finition, découlent en grande partie de la clarté de la couleur, les couleurs ‘sombres’ étant défavorables. Il est recommandé de limiter l’indice de clarté ‘L’ [7] pour une façade exposée à l’ensoleillement direct. La limitation (p. ex. L ≥ 20, 30 ou 40 %) dépend aussi de la nature, de l’épaisseur et donc aussi de l’élasticité de l’enduit de base. Si le système d’enduit est suffisamment élastique, le fournisseur/producteur peut garantir le bon comportement de couleurs plus sombres (indice de clarté plus faible). Tant pour la couleur que pour la texture, il est déconseillé de se baser sur des échantillons de démonstration (échantillon de référence) pour prévoir l’aspect visuel de la façade une fois réalisée. Il peut être utile de réaliser des mesures de couleurs à l’aide d’un colorimètre pour évaluer la gêne visuelle [7] de manière plus objective. À cet effet, on calcule l’écart (valeur ∆E) entre les deux zones comparées. Un écart ‘normal’ (d’application dans les documents contractuels, sauf prescription contraire) ne devrait pas dépasser 10 unités (1). Toute exigence plus sévère (5 unités) devra être mentionnée explicitement dans les documents contractuels. À l’avenir, les critères actuels évolueront probablement vers des exigences plus sévères liés à la couleur RAL (voir le tableau 12 de la NIT 216 [2] pour le principe d’écart toléré pour une couleur RAL). Le maintien de l’aspect de l’enduit dépend fortement du système, de l’environnement, de l’exposition (en particulier à l’humidité) ainsi que de détails d’exécution mûrement réfléchis lors de la conception et de la réalisation. 5 Performances Les méthodes d’essai et critères provenant de l’ETAG 004 [3], servant de base pour le marquage CE des ETICS, ne s’appliquent qu’aux (1) Plus sévère que dans la NIT 209, compte tenu des prescriptions techniques les plus récentes pour les façades en béton apparent. Les Dossiers du CSTC – N° 4/2009 – Cahier n° 11 – page 2 Publié en février 2010 CT Plafonnage et Jointoyage Tableau 2 Résistance aux impacts : catégorie d’utilisation en fonction de l’exposition. Catégorie d’utilisation Description I Zone facilement accessible au public au niveau du sol et vulnérable aux chocs de corps durs mais non soumise à une utilisation anormalement sévère. II Zone exposée à des chocs (jet d’objets ou coups) plus ou moins violents, mais dans des endroits publics ou la hauteur du système limite l’étendue de l’impact; ou à des niveaux inférieurs lorsque l’accès au bâtiment est principalement utilisé par des personnes soigneuses. III Zone qui n’est pas susceptible d’être endommagée par des chocs normaux causés par des personnes ou par des objets (jet d’objets ou coups). Fig. 4 Exemple de débords de toiture. ETICS à base d’isolant plastique alvéolaire (tels que l’EPS-polystyrène expansé) et de laine minérale. Des exigences supplémentaires peuvent être imposées pour d’autres matériaux isolants. Un ETICS est inutilisable si les reprises d’eau par capillarité de l’enduit de base ‘seul’ et du système d’enduit (enduits de base et de finition) sont supérieures à 1 kg/m² après 1h d’immersion. Notons que selon l’ETAG 004, si la reprise d’eau du système d’enduit est inférieure à 0,5 kg/m² après 24h, le système est considéré comme ‘résistant au gel-dégel’, sans qu’un essai direct de gel-dégel ne doive être réalisé. Même si les systèmes sont éprouvés en matière d’étanchéité à l’eau, leur humidification peut être à la source de vieillissement ‘normal’ de l’aspect (p. ex. algues et mousse). Une conception réfléchie du bâtiment permet néanmoins de favoriser la durabilité à cet égard. Ainsi, en plus de respecter les détails préconisés dans [1] et [8], des choix architecturaux tels que des débords de toiture (figure 4) suffisants peuvent se justifier afin de diminuer la sollicitation de la façade et ainsi, son humidification. Lors du choix d’un ETICS, la résistance aux impacts est un critère important (p. ex. au rezde-chaussée en milieu urbain). Pour effectuer un choix adéquat, on se réfèrera à la catégorie d’utilisation I, II ou III du système précisé par le fournisseur et dans l’ATG, ainsi qu’au tableau 2 repris ci-dessus. Par ailleurs, les éventuelles dégradations mécaniques sont un facteur déterminant pour le bon maintien des fonctions de l’ETICS. Le donneur d’ordre ou le maître d’ouvrage doit notamment être conscient de la nécessité d’une réparation immédiate lors d’un tel désagrément. 6 Conclusion Le choix de la typologie ‘enduit sur isolation extérieure’ est plus que pertinent dans le contexte de la performance énergétique des bâtiments, tant en construction neuve qu’en rénovation. Le choix du système d’enduit dépend de plusieurs facteurs économiques, techniques et esthétiques, rappelés ici : conditions climatiques lors de la mise en œuvre, état du support (p. ex. planéité), hauteur du bâtiment, destination et sollicitation aux chocs, sensibilité à l’exposition aux agents climatiques, aspect souhaité de la finition (texture et couleur) ainsi que le comportement au feu recherché, le coût des travaux et l’ampleur de l’entretien ultérieur nécessaire. Les données renseignées dans cet article entendent assister le prescripteur à s’orienter vers un système déterminé. Nous recommandons enfin vivement l’usage de systèmes évalués adéquats pour le climat belge. C’est le cas des systèmes qui disposent d’un ATG en plus d’être marqués CE (Agrément technique européen – ETA) selon l’ETAG 004). Par ailleurs, les ETICS doivent être mis en œuvre par des entreprises spécialisées. n L’étanchéité à l’eau peut également être évaluée au moyen d’essais de vieillissement déterminant la durabilité [5] (voir figure 5). Dans le cadre des ATG, des exigences complémentaires en matière de durabilité ont été élaborées en Belgique. Ces exigences concernent l’adhérence du système d’enduit à l’isolant et la couche d’enduit à hauteur de l’armature après un essai de durabilité spécifique, en tenant compte des spécificités du climat belge. Après un tel essai de vieillissement sévère, l’adhérence doit atteindre au moins 0,03 N/mm². Afin d’éviter l’accumulation potentiellement néfaste d’une trop grande quantité d’humidité migrant par diffusion de l’intérieur vers l’extérieur (à l’interface entre les panneaux d’isolation thermique et le système d’enduit), la diffusion de la vapeur d’eau du système d’enduit doit être supérieure sur laine de roche (Sd ≤ 1 m) que sur des panneaux de polystyrène expansé (Sd ≤ 2 m). Publié en février 2010 Fig. 5 Maquette ‘Grand Mur’ simulant une façade revêtue par des ETICS et destinée à l’évaluation en laboratoire des comportements hygrothermique (selon l’ETAG 004) et au gel-dégel ‘humide’ (selon les directives de l’UBAtc). Les Dossiers du CSTC – N° 4/2009 – Cahier n° 11 – page 3 CT Plafonnage et Jointoyage i Informations utiles Le présent article a été rédigé dans le cadre des actions du groupe de travail ‘Enduits extérieurs’ du CSTC sous l’égide du Comité technique ‘Plafonnage-Jointoyage’. La diffusion d’informations relatives aux normes dans ce domaine bénéficie du soutien des Antennes Normes subsidiées par le SPF Economie. t Bibliographie 1. Centre scientifique et technique de la construction Les enduits extérieurs. Bruxelles, CSTC, Note d’information technique, n° 209, 1998. 2. Centre scientifique et technique de la construction Les sols industriels à base de résine réactive (remplace la NIT 139). Bruxelles, CSTC, Note d’information technique, n° 216, 2000. 3. European Organisation for Technical Approvals ETAG 004 Systèmes d’isolation thermique extérieurs par enduit. Bruxelles, EOTA, 2000. 4. Grégoire Y. Mise en oeuvre des enduits avec isolation extérieure (Infofiche “interactive” en ligne). Bruxelles, CSTC, Infofiche n° 37, 2009. 5. Grégoire Y. Spécifications européennes sur la durabilité des enduits extérieurs. Bruxelles, CSTC, Les Dossiers du CSTC, n° 2/2006, Cahier n° 4, 2006. 6. Institut für internationale Architektur-Dokumentation GmbH & Co. KG. Plaster, Render, Paint and Coatings. Munich, Birkhaüser, Detail Practice, 2004. 7. Mahieu E. Evaluation objective des variations de teinte. Bruxelles, CSTC, Infofiche n° 25, 2009. 8. Union belge pour l’agrément technique dans la construction Systèmes d’isolation extérieure de façades avec enduit de finition : technique de mise en œuvre et détails d’exécution. Bruxelles, UBAtc, Feuillet d’information UBAtc, n° 2, 2003. Les Dossiers du CSTC – N° 4/2009 – Cahier n° 11 – page 4 Publié en février 2010