Les dessous du débat sur une alimentation pauvre en glucides dans
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Les dessous du débat sur une alimentation pauvre en glucides dans
Pratique clinique Débat : Jusqu'où peut-on aller ? Les dessous du débat sur une alimentation pauvre en glucides dans le cadre de la gestion du diabète de type 1 Soucieux d'aborder des problèmes pertinents la nécessité de surveiller la consommation complique le contrôle glycémique, en parti- pour la communauté du diabète, Diabetes de glucides et d'adapter la dose d'insuline culier au vu des valeurs cibles des excursions Voice proposera désormais un forum dans le en fonction de celle-ci pour parvenir à un postprandiales (1 h après le repas : ≤140 mg/dl cadre duquel des experts pourront se pencher contrôle glycémique inférieur ou plus ou (7,8 mmol/l) ou 2 h après le repas : ≤120 mg/ sur des problèmes controversés et fournir des moins égal à un HbA1c de 7 %. Des objectifs dl (6,7 mmol/l)). Bon nombre des personnes arguments pour étayer leur point de vue. Le plus stricts (<6,5 %) sont recommandés pour atteintes de diabète de type 1, en particulier débat sur les régimes pauvres en glucides les jeunes en bonne santé chez qui le diabète celles qui utilisent une pompe à insuline, marque le début d'une longue série de dis- a récemment été diagnostiqué. ont opté pour une alimentation basée sur un cussions. 42 apport en glucides de 50-60 %, et un "mouBien qu'une alimentation pauvre en glucides vement clandestin" a conduit certains endo- Depuis le plaidoyer en faveur d'une insuli- soit recommandée en tant que mesure à court crinologues soignant de nombreux patients nothérapie intensive né de l'étude Diabetes terme (jusqu'à deux ans) efficace pour perdre atteints de diabète de type 1 à les soutenir Control and Complications Trial, les personnes du poids, la mise en place d'une alimenta- dans leurs efforts. atteintes de diabète de type 1 ont reçu des tion permanente très pauvre (>30 g/jour) conseils généraux en matière de nutrition ou pauvre (30-105 g/jour) en glucides est Nous avons demandé à deux experts ayant et d'alimentation, avec des avis divers quant moins claire. D'après les directives de l'ADA, des avis divergents de répondre à la question à l'apport journalier total recommandé en l'apport journalier recommandé (AJD) rela- suivante : glucides. Les directives actuelles de l'Associa- tivement bas en glucides (130 g/jour) consti- Une alimentation basée sur un faible apport en tion américaine du diabète (ADA) proposent tue "une exigence minimale moyenne". De glucides peut-elle déboucher sur un contrôle gly- une fourchette flexible pour les glucides, les nombreuses personnes se plaignent que le cémique sûr et plus efficace dans le cadre d'une protéines et les lipides afin de répondre aux maintien d'une alimentation relativement gestion saine de la glycémie chez les personnes préférences de chacun, et mettent l'accent sur pauvre en glucides est contre-productive, et atteintes de diabète de type 1 ? DiabetesVoice Juin 2013 • Volume 58 • Numéro 2 Pratique clinique OUI Franziska Spritzler Bien que les glucides soient le seul macro- en glucose du système nerveux central nutriment ayant un impact perceptible sur (SNC). Ces assertions méritent toutefois le taux de glycémie, la plupart des médecins d'être examinées plus avant. estiment actuellement que la limitation des glucides n'est pas une option à long terme Un régime pauvre en glucides correcte- pour la gestion du diabète. D'après l'Asso- ment formulé est parfaitement à même ciation américaine du diabète, il n'existe de répondre aux besoins en fibres et en pas de régime adapté à tous. La majorité oligo-éléments sans aucun complément. des diététiciens et des autres professionnels Bien que l'on nous répète sans cesse que de la santé continuent toutefois à recom- les graisses saturées augmentent le risque mander aux personnes atteintes de diabète de crise cardiaque, cela n'a jamais été L'apport optimal en glucides pour la gestion une alimentation pauvre en lipides et à prouvé. Lors d'une récente méta-analyse du diabète sur le plan nutritionnel est un teneur modérée à élevée en glucides. Divers de 21 études sur les graisses saturées et sujet très débattu parmi les professionnels arguments sont avancés pour s'opposer les maladies cardiaques, les chercheurs de la santé et les personnes atteintes de dia- à la limitation des glucides : les régimes ont au contraire conclu qu'il n'existe pas bète, y compris de type 1. Cette population pauvres en glucides présentent des carences assez de données prouvant l'existence d'un s'est vu imposer des restrictions strictes en en fibres et en certains oligo-éléments ; les lien entre les deux.1 La consommation de matière de glucides jusqu'en 1922, date de la régimes riches en lipides, en particulier en moins de 130 g de glucides par jour ne découverte de l'insuline exogène, qui a rendu graisses saturées, augmentent le risque de présente aucun risque pour la santé dans possible la consommation d'aliments conte- maladies cardiaques ; et la consommation la mesure où une grande partie du SNC et nant des glucides, quoique souvent avec un de moins de 130 g de glucides par jour n'est les autres organes du corps peuvent utiliser contrôle glycémique loin d'être idéal. pas saine car elle ne répond pas aux besoins en toute sécurité les corps cétoniques en Juin 2013 • Volume 58 • Numéro 2 DiabetesVoice 43 Pratique clinique guise de carburant.2 Les quelques struc- partant, réduire le risque de lésions micro tures nécessitant du glucose peuvent par- et macrovasculaires. faitement satisfaire leurs besoins via la gluconéogenèse, même en cas d'apport L'une des critiques fréquentes à l'égard limité en glucides. de la limitation des glucides est qu'un tel régime n'est pas tenable à long terme. Le Compte tenu de l'impossibilité d'évaluer nombre de personnes atteintes de dia- avec précision la quantité de glucides bète de type 1 qui suivent actuellement consommée et des degrés variables d'ab- un régime pauvre en glucides n'est pas sorption de l'insuline, il est difficile de faire connu, mais des données en provenance correspondre consommation de glucides de communautés du diabète en ligne et et dosage de l'insuline. Une réduction de rapports isolés laissent entendre que notable de la teneur en glucides des repas ce nombre est relativement important et limite le risque d'imprécision et permet de que la majorité de ses adeptes le trouve mieux prédire la réponse glycémique. Ainsi, agréable, facile à suivre et pratique. Un l'injection d'une dose d'insuline prandiale partisan bien connu de cette limitation, le pour une omelette végétale dont la teneur Dr. Richard K. Bernstein, suit un régime en glucides a été évaluée à 10 g au lieu des très pauvre en glucides (30 g) depuis plus 13 g qu'elle contient réellement aura beau- de 40 ans. Toujours en activité à l'âge de coup moins de chance de provoquer une 78 ans, il affiche une glycémie, un taux excursion glycémique postprandiale qu'une d'HbA1c et des valeurs lipidiques normaux dose administrée pour un repas composé et n'a développé quasiment aucune com- de pâtes complètes, de poulet et de légumes plication liée au diabète. évalué à 45 g, alors qu'il en contient 70 g. La surestimation de la teneur en glucides Une alimentation pauvre en glucides du repas à base de pâtes et l'administration bien équilibrée – contenant 30-100 g de d'une dose trop élevée d'insuline fait courir glucides et des protéines, des graisses et à la personne un risque élevé d'hypoglycé- des légumes en proportions équilibrées mie – un problème bien plus grave. – peut être un moyen sûr et efficace de parvenir au contrôle glycémique souhaité 44 Les recherches sur les régimes pauvres en et devrait être proposée en tant qu'option glucides chez les patients atteints de diabète aux personnes atteintes de diabète de de type 1 sont limitées, mais néanmoins type 1. Bien que tout le monde ne soit pas encourageantes. Dans le cadre d'études prêt à limiter ses glucides de la sorte, les récentes menées en Suède, les participants diététiciens et autres professionnels de la ont été invités à consommer 70-90 g de santé se doivent de soutenir les efforts de glucides par jour, et ce sur une période ceux qui ont opté pour une telle alimen- maximale de quatre ans. Une diminution tation, au lieu d'essayer de les décourager. considérable de l'HbA1c, une réduction Il va de soi que le suivi et la surveillance spectaculaire des épisodes d'hypoglycémie par un médecin, un éducateur agréé en et une amélioration des profils lipidiques diabète ou un autre prestataire de soins ont été observées chez les personnes ayant maîtrisant parfaitement la limitation des suivi ce régime à la lettre.3,4 Chez les pa- glucides constituent une composante es- tients motivés, l'adoption d'un programme sentielle de la gestion du diabète. J'espère d'alimentation similaire ou contenant en- que, dans un avenir proche, cette possi- core moins de glucides peut se traduire au bilité sera offerte à toutes les personnes final par des taux de glycémie adéquats et, atteintes de diabète. DiabetesVoice NON Carolyn Robertson Si l'on fait fi de la possible menace que représentent le gain de poids ou les facteurs de risque cardiovasculaire pour le patient atteint de diabète de type 1, les conséquences négatives du maintien d'une alimentation pauvre en glucides sont évidentes au vu de la physiologie normale d'un individu. Le glucose constitue l'unique source d'énergie d'un certain nombre de tissus — principalement le cerveau, les globules rouges et les nerfs. Ces tissus sont incapables de synthétiser le glucose, d'emmagasiner des réserves pour plus de quelques minutes ou de puiser du glucose dans la circulation. Lorsqu'il a besoin d'une dose de glucose supplémentaire, l'organisme utilise les réserves de glycogène. Cette réserve est toutefois limitée par l'apport journalier en glucides et par sa capacité limitée à stocker le glycogène. Le cerveau a besoin d'environ 100 g de glucose par jour et un jeûne d'une nuit suffit généralement à épuiser les réserves de glycogène du foie.5 La gluconéogenèse sert de système secondaire pour assurer un apport continu en glucose. La contribution du foie à la fourniture de glucose permet au cerveau de fonctionner quelles que soient les actions alimentaires de l'individu. Un régime faible en glucides (moins de 100 g/jour) oblige l'organisme à utiliser des protéines et des graisses pour créer des sources d'énergie alternatives moins efficaces et des sous-produits potentiellement toxiques connus sous le nom d'acides cétones. On aboutit ainsi à une situation où l'organisme libère du glucose dans la circulation sanguine de manière totalement imprévisible. Or sans cette prévisibilité, le Juin 2013 • Volume 58 • Numéro 2 Pratique clinique contrôle glycémique d'une personne insuli- à 20-30 g/jour, la gluconéogenèse se déroule en nodépendante devient instable. continu et le foie libère une quantité constante de glucose. La dose d'insuline requise pour Les personnes atteintes de diabète de type 1 gérer ce glucose est essentiellement basale et qui ne produisent pas d'insuline endogène seules de faibles quantités sont nécessaires au doivent calculer la quantité d'insuline requi- moment des repas. Il est cependant difficile se et les heures d'injection en fonction des de respecter en permanence un tel niveau de différentes sources de glucose. L'utilisation de restriction des glucides. La plupart des per- certaines informations spécifiques – quantité, sonnes atteintes de diabète ne parviennent pas type et qualité des glucides ; glycémie actuelle ; à s'en tenir à ce régime strict et leur contrôle niveau d'activité et présence de certaines va- glycémique s'en ressent. Franziska Spritzler et Carolyn Robertson Franziska Spritzler est diététicienne clinique au sein du Département des anciens combattants et éducatrice certifiée en diabète à Los Angeles (États-Unis). Carolyn Robertson est infirmière clinicienne spécialisée, certifiée en tant qu'éducatrice en diabète et en gestion avancée du diabète. riables (heures de sommeil, stress, infection, hormones, etc.) – permet de déterminer la Un plan de repas prévoyant un apport en quantité d'insuline exogène requise. Même glucides alimentaires compris entre 30 et si c'est difficile, il est possible d'estimer la dose 100 g/jour est encore plus difficile à gérer d'insuline requise pour parvenir à un taux pour une personne insulinodépendante. La de glycémie proche de la normale après un contribution du foie à la glycémie est mixte repas. Les sources de glucose non alimentaires et découle à la fois de la glycogénolyse, de (c.-à-d. endogènes) engendrent un problème la libération de glycogène par le foie et de de dosage de l'insuline dans la mesure où il est la gluconéogenèse. La contribution du foie quasiment impossible de prédire la quantité ne pouvant être prédite, il est impossible de glucose libérée par le foie et le moment d'anticiper la dose d'insuline requise pour où cette libération surviendra. La personne empêcher une hausse ou une chute excessive sous insulinothérapie est donc contrainte de du glucose. La personne atteinte de diabète prendre de l'insuline de manière proactive, de type 1 ne peut donc réagir qu'a posteriori, au risque de voir son taux de glycémie chuter une fois que son taux de glycémie change. si le foie n'apporte pas sa contribution, ou Des hypoglycémies et des hyperglycémies se d'attendre que sa glycémie augmente pour produisent indépendamment de la nourriture prendre une dose d'insuline supplémentaire. ingérée ou du fait que le patient soit à jeun. 6,7,8 Dans les deux cas, le contrôle glycémique risque fort d'être irrégulier. En résumé, un plan alimentaire composé de moins de 100 g de glucides par jour se Prenons l'exemple de trois apports journaliers traduit par un contrôle glycémique irrégu- en glucides différents pour une personne in- lier. Il est quasiment impossible de mettre au sulinodépendante : plus de 100 g/jour ; moins point un régime insulinique efficace à même de 30 g/jour ; et entre 30 et 99 g/jour. Dans d'identifier les pics et les chutes du taux de le cas d'un apport supérieur à 130 g/jour, le glycémie. Un régime pauvre en glucides ne glycogène stocké par le foie suffit à répondre constitue pas une stratégie appropriée pour aux besoins énergétiques du cerveau. Une les personnes atteintes de diabète de type 1 gluconéogenèse, c'est-à-dire la production de principalement à cause de leur absence de glucose par le foie dans la circulation systé- réactions biologiques efficaces ou de leur mique, a lieu, mais principalement la nuit ou incapacité à identifier une modification du en cas de besoin imprévu de glucose (activité taux de glucose secrété par le foie. Ce type de ou stress, par exemple). régime pour la gestion du diabète de type 1 d'un point de vue alimentaire se traduit par Dans le cas d'un faible apport en glucides, la un contrôle glycémique irrégulier frustrant gluconéogenèse doit combler le manque. Si tant pour la personne atteinte de la condition l'apport journalier réel en glucides est inférieur que pour l'équipe soignante. Juin 2013 • Volume 58 • Numéro 2 Références 1. Siri-Tarino PW, Sun Q, Hu FB, Krauss RM et al. Meta-analysis of prospective cohort studies evaluating the association of saturated fat with cardiovascular disease. Am J Clin Nutr 2010; 91: 535-46. 2. W estman EC, Feinman RD, Mavropolous JC, et al. Low carbohydrate nutrition and metabolism. Am J Clin Nutr 2007; 86: 276-84. 3. N ielsen JV, Joensson EA, Ivarsson A. A low carbohydrate diet in type 1 diabetes: clinical experience – a brief report. Upsala J Med Sci 2005; 110: 267-73. 4. N ielson JV, Gando C, Joensson EA, Paulsson C et al. Low carbohydrate diet in type 1 diabetes, long-term improvement and adherence: a clinical audit. Diabetol Metab Syndr 2012; 4: 23. 5. C hiasson JL, Atkinson RL, Cherrington AD, et al. Effects of fasting on gluconeogenesis from alanine in nondiabetic man. Diabetes 1979; 28: 56-60. 6. 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