Les Trois Fenêtres

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Les Trois Fenêtres
SEMINAIRE CC∴ (09/04/6013) JV
Les Trois Fenêtres
Ce symbole, placé sur le Tableau de Loge, trouve son origine dans la Bible et plus précisément dans la
er
description du temple de Salomon (1 Livre des Rois, VI, 4) : « Le roi fit à la maison des fenêtres
solidement grillées ».
Le mot « fenêtre » vient du latin « fenestra » et se définit comme une ouverture, une baie faite dans un
mur pour permettre à la lumière du jour et à l’air de ventiler le local. On a relié l’étymologie latine au mot
grec « phanein » qui signifie « venir à la lumière », « apparaître ».
Sur le Tableau de Loge on voit trois fenêtres de forme rectangulaire et munies de grilles.
Leur origine reste assez hypothétique. Les loges des grands chantiers ecclésiastiques du Moyen Age
étaient généralement adossées sur le côté sud le long de l’église. C’est l’endroit où l’ensoleillement est le
plus fort et le plus long, cela permettait aux tailleurs de pierre de profiter pleinement de la lumière du jour
pour y prendre leurs repas, pour s’y reposer mais surtout pour y recevoir l’enseignement de l’Art de bâtir.
Dans nos locaux, les fenêtres apparaissent sur les tableaux de loge et sont très rarement figurées aux
murs de la pièce, contrairement aux lacs d’amour, par exemple. Elles apparaissent encore plus rarement
sous forme de fenêtres réelles.
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Ces trois fenêtres sont ainsi disposées :
· La première à l'Orient,
· La deuxième au Midi,
· La troisième à l'Occident.
Aucune fenêtre ne figure au Nord. Le Nord est l’endroit de la Colonne des Apprentis, elle reçoit la lumière
non pas de manière directe mais uniquement par reflet.
A ce titre le Nord est semblable à la Lune : celle-ci est privée de lumière propre et ne reçoit qu’un reflet du
soleil placé à l’orient.
Les tableaux de loge font figurer ces fenêtres à l’ Orient, au Midi et à l’Occident, disposition qui était celles
des ouvertures lumineuses des loges ou ateliers des maçons francs et oeuvriers travaillant sur le chantier
des cathédrales, accolées à l’abri du regard des profanes contre le mur Sud, et donc privées de la
lumière du Nord. D’ailleurs dans les régions froides, le côté Nord des églises souvent ne comporte que
peu de fenêtres, voire pas du tout.
Parlant des fenêtres des édifices religieux, un auteur catholique du XIIIè. siècle, Durand de Mende, a dit
qu’elles représentent l’obstacle qui repousse le vent et la pluie, qui empêche l’entrée des non fidèles
dans l’Eglise. Il a ajouté que les fenêtres livrent passage à la clarté du vrai soleil qui est Dieu pour la
porter dans le cœur des fidèles. Pour cet auteur les grillages qui sont devant les fenêtres représentent les
prophètes de l’Eglise, les Divines Ecritures.
La forme même de ces fenêtres varie en fonction des représentations figurées sur le tableau de loge,
souvent rectangulaires présentant trois divisions horizontales et trois barreaux verticaux ou d’autres
combinaisons formant des carrés, des rectangles ou des losanges .
Sur certains tableaux de loge, la partie supérieure est voûtée en berceau, plein cintre ou ogive.
Un des premiers manuels d’instruction datant de 1730, le « Masonry Dissected de Prichard » ne donne
aucune information quant à la taille ou à la configuration de la fenêtre.
La fenêtre est souvent composée d’une base carrée surmontée d’un arc de cercle, représentant le
passage du plan terrestre au plan céleste. En tant qu’ouverture sur l’air et la Lumière, la fenêtre symbolise
la réceptivité. Si l’ouverture est ronde, la réceptivité est de même nature que celle de l’œil ou de la
conscience. Si elle est rectangulaire, nous sommes en présence d’une réceptivité de l’ordre terrestre. La
fenêtre carrée ou rectangulaire contient, dans l’iconographie du vitrail, des messages de nature humaine,
alors que les fenêtres de forme circulaire véhicules des messages divins. On reconnait ici le symbolisme
du 4 terrestre et celui du cercle ou de la voûte de nature céleste et extra-terrestre, c’est-à-dire divine , en
liaison avec respectivement l’équerre et le compas.
La Loge est toutefois en communication avec le monde extérieur grâce à ces 3 fenêtres, certaines sont
vitrées, amoindrissant ainsi les bruits et rejoignant la notion de secret ou du moins de discrétion
La fonction symbolique première de l'existence de ces trois fenêtres est la diffusion de la lumière à
l'intérieur du Temple maçonnique selon la marche apparente du Soleil.
Les fenêtres indiquent les 3 principales heures du temps maçonnique, celle où les ouvriers se mettent à
l'ouvrage, celle où ils l'accomplissent, et celle où ils le quittent.
La Fenêtre à l'Orient
Elle éclaire le Vénérable Maître.
De même que le soleil se lève à l'Orient pour ouvrir "la carrière du jour", de même le V∴M∴ va donner
naissance à une nouvelle journée de travail des F∴ en Loge; il crée ainsi une rupture temporelle.
L'ouverture de la Loge nous fait passer d'un temps profane à un temps sacré qui nous fait entrer dans les
voies de la Franc Maçonnerie.
La baie de l’ Orient s’illumine des rayons du soleil levant dissipant les ténèbres , lumière combative image
de l’enthousiasme du jeune homme s’attaquant aux vieilles erreurs et aux préjugés récurrents . Ici
s’exerce la raison pure cherchant à détruire tout ce qui n’est pas fondé.
Venant du désordre du monde profane, le V∴M∴ nous invite à pénétrer dans l'ordre établi du monde
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sacré. Nous allons alors adopter une attitude de réflexion propice à notre évolution intérieure.
La Fenêtre au Midi
Elle apporte la force et la chaleur.
Le soleil est au plus haut de sa course et permet à la fenêtre placée au Midi de livrer sa véritable fonction
: éclairer l’Apprenti.
Le soleil rayonne alors de toute sa force dans le Temple et tout est sensé être visible.
C’est l’heure la plus propice à la découverte de notre être, c’est l’heure où il nous faut agir.
La lumière nous force à l’éveil, à la réflexion, en conséquence elle nous évoque la création et la
révélation.
Ainsi par l’ouverture du Midi, la grande lumière du jour chasse l’ombre et la réduit à son minimum,
présentant les choses telles qu’elles sont dans leur réalité la plus visible, objective. Cette approche est
celle de l’observation strictement positive de données scientifiquement établies par l’homme adulte, en
pleine possession de ses moyens.
Ainsi nous sommes en mesure de faire notre travail d’introspection et de travailler la Pierre Brute en
utilisant le Maillet, le Ciseau et la Règle.
La lumière éclaire également l'ensemble de la loge et sa lumière est maximale à midi.
La Fenêtre à l'Occident
Elle donne une lumière au déclin apparent qui rappelle la mort symbolique et la régénération.
Pour les Egyptiens, la journée ne commençait pas au matin, mais le soir au coucher du soleil.
Ainsi la naissance du soleil au matin n’est pas le début de sa course ; celle-ci commence en fait à son
coucher à l’occident, début de son périple nocturne pendant lequel il va passer par le nord, endroit où il
n’y a pas de fenêtre sur le Tableau de Loge.
La fenêtre à l’Occident nous invite ainsi au repos et à l’attente de la naissance d’un jour nouveau.
La lumière du couchant illuminant la baie occidentale témoigne de tout ce qui mérite d’ être conservé,
ayant passé l’épreuve de la sagesse et de la vérité.
Elle permet d'alerter le V∴M∴ de la fin de la journée de travail des F∴ afin qu'il clôture leurs travaux.
Nous pouvons alors regagner le monde profane mais en gardant à l'esprit, c'est à dire de manière
intelligible, que la lumière qui a éclairé les travaux continue de briller en nous pour que nous continuions
au dehors l'œuvre commencée dans le Temple.
Ces trois âges de l’homme ci-dessus évoqués sont à mettre en relation avec le soleil éclairant la loge à
son lever, à son méridien et à son coucher. Ce sont les trois stations du soleil qui indiquent les 3
principales heures du temps maçonnique, celle où les ouvriers se mettent au travail, celle où ils le
réalisent eu celle où ils le quittent. Il s’agit aussi de permettre la réception de la lumière à ces 3 stades et
certainement sous 3 niveaux différents de compréhension.
La Loge est toutefois en communication avec le monde extérieur grâce à ces 3 fenêtres, certaines sont
vitrées, amoindrissant ainsi les bruits et rejoignant la notion de secret ou du moins de discrétion.
La lumière accompagne l’épanouissement de tout être par son élévation, au même titre que le chant, la
fumée de l’encens, les parfums ou la prière, cette synesthésie est illustrée par le propos de Teilhard de
Chardin « Tout ce qui monte converge » La lumière est en liaison avec l’air, c’est-à-dire le vent, le souffle,
le monde subtil ou encore le pranâ ; qui sont autant d’intermédiaires entre le ciel et la terre, relevant du
souffle vital cosmique créateur identifié avec le Verbe.
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Le grillage des 3 fenêtres est lié au silence et au secret du travail des ouvriers. Certains auteurs pensent
de façon sans doute simpliste que le grillage empêche les profanes de voir les ouvriers au travail.
Je crois plutôt qu’il défend l’accès du Temple au non-initié.
Mais, pour l’initié, le Temple reste ouvert sur l’univers tout entier puisqu’il en est la reproduction, et les
fenêtres permettent de passer d’un espace clos à un espace infini.
Le grillage des fenêtres protège aussi l'initié des travers et des vices et qu’il rappelle au Maçon que s’il ne
peut pas matériellement voir à l’extérieur du Temple, son travail consiste à s’élever spirituellement, à
prendre de nouvelles forces de façon à répandre, une fois revenu dans le monde profane, les étincelles
de lumière qu’il a reçues.
Les fenêtres sont grillagées non pas pour interdire au profane de regarder dans le Temple — car si le
Temple était éclairé intérieurement un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher dc voir ce qui s'y
passe — mais simplement pour défendre l'accès du Temple.
Malgré toutes les gloses qui prétendent que par ccs fenêtres le Maçon a vue sur l'extérieur, nous dirons
que cette explication est vraisemblablement erronée. Il suffît que les fenêtres soient placées a une
certaine hauteur pour empêcher de voir l'agitation de la rue.
Le temple est isolé du monde profane ct le Maçon ne doit avoir aucune tentation de devenir spectateur de
ce même monde. Il faut, au contraire, qu'en sortant du Temple, après y avoir puisé de nouvelles forces, le
Maçon redevienne acteur dans la foule anonyme et y répande la Sagesse, la Force et la Bénignité qu'il
est venu y acquérir.
Ce grillage agit comme un filtre laissant passer seulement le son, l’air et la lumière.
Les trois fenêtres représentent une ouverture vers l’extérieur et une ouverture vers l’intérieur.
L’ouverture tournée vers l'extérieur signifie l'accès vers le monde profane, l'écoute d’autrui et le devoir
d'aide envers mon prochain.
L’ouverture tournée vers l'intérieur de note être est un passage vers le monde spirituel. Une manière de
nous élever et d'élever notre âme.
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