Le traitement antirétroviral et le safer sex - Pas-de
Transcription
Le traitement antirétroviral et le safer sex - Pas-de
MÉDECINE | SOCIÉ TÉ | DROIT Swiss Aids News 1 | F É VRIER 2008 Le traitement antirétroviral et le safer sex ÉDITO RIAL 2 Coopération au sein du système VIH/sida PRO GRAMME NATIONAL VIH/SIDA 3 Catastrophe pour la prévention? MÉD EC INE 4 VIH sous contrôle thérapeutique 6 Recommandations pour la consultation SOCIÉTÉ 8 Bonnes nouvelles pour de nombreuses personnes séropositives D ROIT 10 Règlement sur le VIH/sida à la place de travail FORUM 12 Interviews avec des personnes séropositives 12 Grisélidis: travail de rue auprès des prostituées à Fribourg INTERVIEW 13 Unsafe Surf et prévention de l’infection à VIH C OLO NN E DU TESSIN 15 «Jodel latin» PROJETS 16 «Mission: Possible» ÉDITORIAL Chère lectrice Cher lecteur Les photos de cette édition ont été réalisées par Andreas Lehner, photographe à Zurich. Exclusivement pour l’ASS, Lehner s’est occupé dans ses images des différents aspects des relations et du monde du travail. Nous rendons une sélection de cette série dans le numéro actuel de SAN. Les acteurs sont Christoph Rath et Silke Buckholz du théâtre am Neumarkt, Zurich. mouton Fotografie Andreas Lehner 0041 79 633 48 03 www.andreaslehner.com [email protected] IMPRESSUM Edité par Aide Suisse contre le Sida (ASS) Office fédéral de la santé publique (OFSP) Rédaction Rainer Kamber, lic. ès lettres (rk), rédacteur en chef Claire Comte, lic. ès lettres (cc) Lukas Meyer, lic. ès lettres (lm) Dr iur. LL. M. Caroline Suter (cs) Kristina Wagner, avocate (kw) Dr phil. Harry Witzthum (hw) Conseils techniques et lectorat Dr méd. René Jaccard (rj) spécialiste FMH médecine interne, Zurich Version française Jaime Calvé, Bâle (médecine) Transit TXT, Fribourg (droit) Mise en pages et présentation Ritz & Häfliger, Visuelle Kommunikation, Bâle SAN No 1, février 2007 Tirage: 5500, parution bimestrielle © Aide Suisse contre le Sida, Zurich Les SAN bénéficient du soutien de l’Office fédéral de la santé publique d’Abbott SA de Boehringer Ingelheim (Suisse) SA de Bristol-Myers Squibb SA de GlaxoSmithKline SA de Roche Pharma (Suisse) SA de Tibotec, a Division of JANSSEN-CILAG AG de TRB Chemedica, under licence from Gilead Pour vos communications Rédaction Swiss Aids News Aide Suisse contre le Sida CP 1118, 8031 Zurich Tél. 044 447 11 11 Fax 044 447 11 12 [email protected] www.aids.ch 2 Swiss Aids News 1 | février 2008 Il y a un an exactement, dans le Swiss Aids News 1 de février 2007 (p. 3), la section Sida de l’Office fédéral de la santé publique en informait pour la première fois. l’OFSP avait invité la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida à répondre à la question suivante: «Les personnes séropositives sous TAR dont la charge virale se situe en dessous du seuil de détection sont-elles infectieuses?» La CFS invita à son tour sa Commission spécialisée Clinique et Thérapie (CCT) à réunir les éléments avérés pour répondre à la question, puis à émettre une recommandation sur cette base. La CCT et la CFS sont des organes consultatifs et n’ont aucune compétence décisionnelle d’ordre politique. C’est l’autorité ministérielle, l’Office fédéral de la santé publique en l’occurrence qui possède l’autorité correspondante. La CCT a terminé ses travaux à l’automne dernier et fait part de sa recommandation à la CFS. La CFS a formulé une résolution et l’a soumise à la section Sida. L’OFSP a décidé pour finir, en accord avec l’Aide Suisse contre le Sida, d’informer de façon ciblée les groupes concernés par la recommandation de la CFS de même que le public en général. Le message est le suivant: «Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle.» L’OFSP souligne qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’un message de prévention du VIH, mais du constat de l’«effet secondaire» réjouissant d’une thérapie antirétrovirale efficace. Ce constat doit induire une adaptation de la jurisprudence, car les relations sexuelles non protégées de personnes VIH-positives constituent encore et toujours dans tous les cas un délit pénal poursuivi d’office. Plus encore: s’il n’existe pas, médicalement parlant, de danger de transmission en cas d’une thérapie efficace, des relations sexuelles non protégées ne sauraient constituer un comportement délictueux. Ce nouveau message constitue aussi un défi pour les médecins spécialistes du sida et les services de consultation du système suisse VIH/sida. Il faudra appliquer la recommandation de la CFS avec circonspection et en observant avec précision les restrictions qu’elle implique. Pour réussir, les acteurs du système doivent opérer de concert et en commun. Pour finir, toutes les personnes séropositives de Suisse et leurs partenaires sont concernés par le nouveau message de la CFS: c’est à elles qu’appartient de mettre en œuvre au quotidien ce message très réjouissant mettant en exergue l’absence de transmission du VIH lorsque la charge virale est supprimée. Souhaitons à tous les acteurs que leur action contribue en fin de compte à réduire le nombre d’infections nouvelles autant qu’au bien-être des personnes séropositives et de leurs partenaires. Rainer Kamber Rédacteur en chef de Swiss Aids News P R O G R A M M E N AT I O N A L V I H/S I D A ( P N V S ) Catastrophe pour la prévention? C’est «officiel» depuis la fin novembre 2007, décidé par la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au sida (CFS) et public depuis janvier 2008: les personnes séropositives suivant une thérapie antirétrovirale efficace ne transmettent pas le virus sexuellement. La Suisse fait office de pionnière dans le monde en faisant une telle déclaration. La CFS, ainsi que les organisations et les organismes participants (OFSP, ASS, spécialistes du VIH) ont tout mis en oeuvre pour ne pas donner l’impression que de ce fait les choses allaient beaucoup changer dans la prévention. Or, des voix se sont élevées à l’étranger par crainte de répercussions négatives sur la prévention consécutives à une stratégie solitaire de la Suisse. D’un point de vue rationnel, il s’agit surtout d’une bonne nouvelle pour toutes les personnes suivant une thérapie antirétrovirale efficace et vivant avec un/une partenaire sérodifférent(e). Dans ce genre de couple, il est désormais possible, après information et consultation, de renoncer aux mesures de protection lors de rapports sexuels. Nous continuons de recommander aux personnes séropositives d’observer les règles de safer sex lors de contacts anonymes et occasionnels, car elles limitent notablement le risque de contracter une autre infection sexuellement transmissible. Mais les personnes affectées ne doivent plus craindre de constituer un risque pour leur partenaire lors de rapports sexuels. Rien ne change pour les personnes séronégatives ou qui n’ont pas effectué de test: en cas de relation stable, trois mois de protection systématique et de fidélité réciproque restent la règle avant un test commun. Et pour les contacts anonymes ou occasionnels, chacun est responsable de sa propre santé. La nouvelle question sur la thérapie efficace n’a pas plus de sens que l’ancienne question sur le statut sérologique de l’autre. TAR comme «Magic Bullet» t de la prévention du VIH? Si une thérapie efficace empêche l’infection, ne faudrait-il pas traiter les personnes séropositives plus tôt? La «thérapie à titre préventif» devra certainement faire l’objet de discussions dans les mois à venir. Il faut savoir à cet égard que pour le financement d’une thérapie à titre préventif par la LAMal, d’autres articles et dispositions sont applicables que pour la prescription d’une TAR comme indication thérapeutique. Il faut des données éprouvées, répondant aussi à la question du rapport entre coût et bénéfice, avant d’avancer le commencement de la thérapie à titre préventif. C’est alors seulement que peut s’ouvrir la procédure visant à faire inscrire ce mode de thérapie antirétrovirale sur la liste des mesures préventives dans l’esprit de la loi sur l’assurance maladie (LAMal). Le patient/la patiente doit toutefois demeurer au cœur de toutes les réflexions: il/elle doit être disposé(e) à accepter de suivre une thérapie antirétrovirale et de s’y tenir pendant des années. Les traitements interrompus nuisent autant à la personne affectée qu’à la santé publique: les souches de virus résistantes sont plus difficiles à traiter individuellement et ne doivent surtout pas se propager. Quiconque contracte aujourd’hui un virus résistant a un pronostic moins favorable malgré les progrès obtenus grâce aux médicaments antirétroviraux disponibles. Ces considérations sont aussi le principal argument contre les traitements obligatoires: seuls les patients prêts pour la thérapie la supporteront aussi! Direction du programme national VIH/sida, Office fédéral de la santé publique, Berne Martin Dannecker: nouvelle dimension du serosorting e? Le professeur Martin Dannecker estime – aussi paradoxal que cela puisse paraître – que, dans les milieux homosexuels, les hommes efficacement traités pourraient devenir des partenaires très prisés pour ceux qui éprouvent des difficultés à accepter le préservatif r. Justement parce que les rapports non protégés sont possibles avec eux sans grande inquiétude. Ce nouveau type de sérosélection donnerait une nouvelle signification aux séropositifs, car, jusqu’à présent, les séronégatifs s’étaient distancés sexuellement plus ou moins ouvertement des séropositifs. Reste que se pose la question de comment les hommes séronégatifs vont-ils apprécier la crédibilité d’un «je suis sous traitement» lors de rapports sexuels plus ou moins anonymes. e Serosorting: les partenaires sexuels sont choisis en fonction de leur statut sérologique. Jusqu’à présent, on entendait par là que les personnes, connaissant leur propre statut (séronégatif ou séropositif), cherchaient un(e) partenaire de même statut et avaient des rapports sexuels exclusivement avec des personnes de même statut, afin de réduire le risque de transmission lors de rapports non protégés (cf. Swiss Aids News 3, juin 2007, pp. 8-9). r «HIV-Prävention in der Krise?», dans HIV&more, Sonderausgabe WeltAIDS-Tag 2007, pp. 12-13. t Par analogie au classique d’Allan M. Brandt, No Magic Bullet: A Social History of Venereal Disease in the United States Since 1880. With a New Chapter on AIDS, New York: Oxford University Press, 1987. Swiss Aids News 1 | février 2008 3 MÉDECINE VIH sous contrôle thérapeutique Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre maladie sexuellement transmissible (MST) et suivant un traitement antirétroviral (TAR) efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle. Sous certaines conditions spécifiques, les couples stables peuvent renoncer aux règles de safer sex. Celles-ci demeurent toutefois la meilleure option pour tous les autres groupes, ainsi que pour les relations sexuelles de type occasionnel en dehors d’un partenariat stable. Ces faits doivent se répercuter sur la législation ayant trait aux poursuites pénales encourues pour la transmission de l’infection à VIH. Remarques e Vernazza P, Hirschel B, Bernasconi E, Flepp, M, «Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle», Bulletin des médecins suisses, No 5, 30 janv. 2008, pp. 165-169, www.saez.ch. r Pour toutes les références des études mentionnées, voir la publication de l’article en haut, p. 169. 4 Swiss Aids News 1 | février 2008 L’OFSP avait invité la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida (CFS) et sa Commission spécialisée Clinique et Thérapie (CCT) en 2007 à établir si les personnes séropositives sous TAR dont la charge virale se situe en dessous du seuil de détection sont encore infectieuses. La CFS a achevé ses travaux en automne 2007. Sa recommandation a été publiée récemment dans le Bulletin des médecins suisses e. Voici un des messages centraux de cette recommandation: «Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle.» L’évidence nécessaire à cette déclaration provient d’études par observation et d’études cliniques effectuées ces dernières années. Il faut bien comprendre que la probabilité d’une transmission du VIH est bien liée aussi à son mode (voie sanguine, contact sexuel), mais qu’elle dépend essentiellement de la charge virale qui caractérise les fluides corporels de la personne infectée. Plus une quantité donnée de sang, de sperme, de sécrétion vaginale ou rectale contient de virus, plus la probabilité d’une transmission est élevée. La charge virale varie au cours des phases de l’infection à VIH et en particulier avec l’administration de la TAR. Dans les deux semaines qui suivent l’infection, la reproduction en masse du VIH entraîne des charges de centaines de milliers, voire de millions de virus par millilitre de sang et des concentrations analogues dans les sécrétions génitales. Après 20 jours environ, la réponse immunitaire du corps infecté atteint son apogée, de sorte que la charge virale baisse considérablement en l’espace de 2 à 4 semaines. Durant cette phase d’infection chronique, l’infectiosité est moindre. Elle reprend de l’ampleur durant la phase tardive de l’infection, lorsque le système immunitaire perd son combat contre la reproduction virale. La charge virale peut toutefois augmenter durant l’infection chronique à la suite d’activations immunitaires déclenchées par d’autres infections. Les autres maladies sexuellement transmissibles (MST) jouent un rôle important en combinaison avec l’infection à VIH, car elles accroissent non seulement l’infectiosité des personnes séropositives, mais aussi la vulnérabilité des personnes séronégatives. Une TAR efficace parvient à stopper quasi totalement la reproduction du VIH dans les cellules hébergeuses. La charge virale passe alors en dessous du seuil de détection dans le sang et, différé, dans les autres fluides corporels r. L’objectif thérapeutique de récupération du système immunitaire affecté est ainsi atteint. Indépendamment de cela, la suppression de la reproduction du VIH a pour effet supplémentaire d’empêcher pratiquement toute transmission virale par les personnes séropositives suivant une thérapie efficace. L’effet épidémiologique de ce fait cliniquement avéré a été observé dans diverses études. Il est apparu ainsi que l’administration des TAR depuis 1996 s’est traduite par une baisse marquée de la fréquence des infections dans les groupes à forte concentration épidémique. Par ailleurs, diverses études effectuées auprès de couples sérodifférents ont révélé que le partenaire séropositif suivant une TAR stabilisant la charge virale en dessous d’un certain seuil ne transmettait plus l’infection. Ce constat est particulièrement étayé par une étude sur des couples hétérosexuels formés par des partenaires sérodifférents ayant des rapports sexuels non protégés en vue d’une grossesse. Dans cette étude, tous les hommes suivaient une TAR et aucune transmission du VIH ne s’est produite parmi les 62 couples sous observation r. Cette évidence permet d’ajuster la prévention de l’infection à VIH – sous certaines conditions. La déclaration de la CSF est donc valable lorsque le patient ou la patiente (1) suit scrupuleusement la TAR, consulte régulièrement son médecin à ce sujet, (2) présente une charge virale stabilisée en dessous du seuil de détection depuis 6 mois au moins, et (3) ne présente aucune autre maladie sexuellement transmissible (MST). La troisième condition montre de manière significative que le respect des règles de safer sex hors des relations stables garde une signification fondamentale pour la prévention de l’infection à VIH. La recommandation de la CSF contient donc encore d’autres restrictions importantes concernant la TAR comme mesure préventive anti-VIH, le groupe cible auquel est destinée la recommandation et les conséquences pénales de la transmission. Début de la thérapie. Dans sa recommandation, la CFS dit expressément que l’administration de la TAR pour des raisons préventives «n’est pas souhaitable». L’emploi de la thérapie demeure ainsi exclusivement une indication médicale, et il ne faut tenter de «persuader» aucun patient ou aucune patiente de suivre ce genre de traitement à titre préventif. Une telle démarche est à proscrire, car la motivation appropriée des patients est une condition essentielle du succès thérapeutique. Partenariats stables. Lorsque des partenaires sérodifférents (séropositif avec séronégatif) souhaitent avoir des rapports sexuels non protégés, les trois conditions concernant le partenaire séropositif doivent tout d’abord être réunies. En second lieu, le/la partenaire séronégatif/séronégative doit décider s’il ou elle souhaite renoncer aux rapports habituel- lement protégés, compte tenu de l’information disponible. Les deux partenaires doivent troisièmement convenir des mesures à prendre pour empêcher une grossesse indésirable, ou prévenir ensemble la transmission de MST respectivement. L’accord doit porter sur la protection et sur l’information concernant les rapports sexuels en dehors du couple. En présence d’une relation entre deux personnes sérodifférentes où le partenaire séropositif ne suit pas de TAR efficace, tous deux doivent bien entendu continuer d’appliquer les règles de safer sex pour éviter la transmission de l’infection à VIH et de MST. Les médecins traitants assument une responsabilité nouvelle dans l’application de la recommandation CFS en permettant au partenaire séronégatif une décision sur sa propre protection contre l’infection à VIH en connaissance de cause. Les médecins peuvent et sont invités à mettre aussi à profit les offres de consultation des antennes régionales de l’Aide Suisse contre le Sida, et ses informations imprimées ou en ligne (www.aids.ch). Relations occasionnelles. Les règles de safer sex restent inchangées pour les relations sexuelles d’ordre occasionnel. Les personnes séropositives et les personnes séronégatives doivent appliquer les règles de safer sex en dehors de la relation stable. Cela vaut pour les personnes séronégatives, car elles ne peuvent juger le statut sérologique ou l’effet d’une éventuelle TAR chez le partenaire occasionnel. Les personnes séropositives ne suivant pas de TAR doivent continuer de se protéger pour éviter de contracter des MST et d’aggraver éventuellement le cours de l’infection, et pour éviter Les cliniques de l’étude Suisse de cohorte VIH, pour traitements, tests et urgences Basel Medizinische Poliklinik, Universitätsspital, 4031 Basel, Tel. 061 265 50 05 Bern HIV-Sprechstunde, Medizinische Poliklinik, Inselspital, 3010 Bern, Tel. 031 632 25 25 Genève Division des maladies infectieuses, HCUG, 1211 Genève, tél. 022 372 96 17 Lausanne Division des maladies infectieuses, CHUV, 1011 Lausanne, tél. 021 314 10 22 Lugano Ambulatorio di malattie infettive, Sede Civico, 6900 Lugano, tel. 091 805 60 21 St. Gallen Infektiologische Sprechstunde, Kantonsspital, 9007 St. Gallen, Tel. 071 494 10 28 Zürich Abteilung Infektionskrankheiten und Spitalhygiene, Universitätsspital, 8091 Zürich, Tel. 044 255 33 22 Zentrum für Infektionskrankheiten, Klinik Im Park, 8038 Zürich, Tel. 044 209 20 60 Autres adresses des centres de test du dépistage VIH, des Checkpoints et des centres de traitement antiVIH, urgences et prophylaxie postexposition (PEP VIH) en Suisse, voir www.aids.ch/test. Swiss Aids News 1 | février 2008 5 MÉDECINE de transmettre le VIH au partenaire. Les personnes séropositives suivant une TAR efficace doivent de protéger pour éviter de contracter des MST et aggraver éventuellement le cours de l’infection de même que nuire au traitement antirétroviral. Personnes séropositives suivant une TAR efficace. Les médecins et les services de consultation doivent expliquer aux personnes séropositives qu’elles ne courent aucun risque de transmettre l’infection si les trois conditions exposées plus haut sont réunies (observance thérapeutique, contrôles réguliers et absence d’autres MST). Cette information est importante, car elle peut avoir une incidence positive sur la santé sexuelle et psychique des personnes séropositives. Cela peut avoir à son tour un effet bénéfique sur l’observance thérapeutique et sur le succès du traitement. En même temps, il est essentiel que les personnes séropositives se protègent lors de contacts occasionnels pour éviter les MST. Pénalisation de la transmission du VIH. Conformément aux dispositions juridiques actuelles, la transmission du VIH lors d’un contact sexuel non protégé tombe sous le coup de la loi. Cela signifie que les simples rapports sexuels d’une personne séropositive avec une personne non infectée peut faire l’objet d’une plainte (pour tentative de lésions corporelles ou tentative de propagation d’une maladie transmissible). La recommandation de la CFS contient un appel au législateur pour qu’il corrige cette situation insatisfaisante. Toutes les personnes séropositives suivant une TAR efficace, pour qui les trois conditions sont réunies, doivent être épargnées sans réserve aucune des menaces de sanction. rk Recommandation CFS sur le caractère non infectieux des personnes séropositives suivant une TAR efficace Recommandations à l’usage des services de consultation de l’Aide Suisse contre le Sida Les recommandations de l’Aide Suisse contre le Sida ont trait aux principes et à la démarche applicables aux conseils dispensés sur la question hors du domaine médical. Ils portent aussi sur le rapport entre conseils médicaux et conseils non médicaux. Les messages pour la consultation Selon le premier élément central du message sur la prévention, une personne suivant une thérapie antirétrovirale efficace (TAR efficace) n’est pas sexuellement infectieuse. Ce message est exclusivement valide lorsque trois conditions sont réunies par ailleurs: (1) la personne en question suit scrupuleusement le traitement et fait l’objet d’un contrôle médical régulier, (2) sa charge virale se situe depuis 6 mois au moins en dessous du seuil de détection, et (3) elle ne présente aucune autre maladie sexuellement transmissible (MST). Le respect et le contrôle d’une TAR efficace et les trois conditions sont plutôt réunis au sein d’une relation stable. C’est la raison pour laquelle ce message s’adresse, en 6 Swiss Aids News 1 | février 2008 premier priorité, aux personnes séropositives ayant une relation stable. Selon le deuxième élément central du message sur la prévention, seule la pratique du safer sex permet valablement d’éviter une infection à VIH dans toutes les situations où les conditions précitées ne sont pas réunies, ou lorsque leur conjonction n’est pas connue. Cela signifie que le respect des règles de safer sex reste l’option la plus sûre pour toutes et tous, afin d’éviter l’infection à VIH ou les MST en dehors d’une relation stable. Groupe cible du message Les couples stables sérodiscordants ou séropositifs concordants sont invités à consulter ensemble leur médecin traitant ou les services régionaux spécialisés. Le renoncement commun aux règles de safer sex au sein du couple doit se décider surtout après consultation médicale. L’application des règles de safer sex reste conseillée en l’absence de consultation. Les personnes séropositives doivent être informées en principe sur l’effet protecteur et les conditions de la TAR efficace. Elles doivent par ailleurs être au courant du risque de contracter d’autres MST et du risque de surinfection, tout comme de la législation en vigueur. L’application des règles de safer sex est recommandée pour tout contact sexuel en dehors d’une relation stable, compte tenu aussi justement du souci d’efficacité thérapeutique. Les personnes séronégatives et les personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique sont responsables de leur santé en dehors d’une relation stable. Elles doivent continuer d’appliquer les règles de safer sex si elles veulent valablement éviter une infection à VIH. Thèmes de discussion à la consultation médicale Les services de l’Aide Suisse contre le Sida n’ont ni la responsabilité ni la compétence pour dispenser des conseils médicaux à leur clientèle. Il est important à cet égard que les conseillers sachent quelles informations sont utiles aux patients et qu’il convient de leur dispenser sur les rapports sexuels non protégés et la TAR efficace. Compte tenu de la complexité des aspects médicaux caractérisant l’infection à VIH et son traitement, il est particulièrement difficile pour les patients de savoir s’ils disposent de toutes les informations médicales requises et s’ils les comprennent correctement. Les conseillers n’appartenant pas au corps médical ont un rôle d’intermédiaire important à jouer. Lorsque les patients ou les patientes sont bien informés sur leur infection à VIH et leur état de santé, ils comprendront bien plus facilement le concept et les conditions d’une TAR efficace – et, ainsi, le contexte de la recommandation CFS. Le service de consultation spécialisé L’entretien médical occupe une place primordiale pour s’informer sur la TAR efficace. Lorsque la clientèle se rend au service de consultation pour la première fois, l’entretien qui s’y déroule doit aussi servir à recommander une consultation médicale. L’ASS a développé un mémo circonstancié à l’attention du conseiller. En voici les principaux éléments. Les besoins de conseil sont tirés au clair en premier lieu, tout comme l’information dont dispose déjà la clientèle. Les facteurs d’influence pour la charge virale et l’infectiosité sont prioritaires. Les conditions à réunir pour que la TAR soit efficace doivent être exposées lorsque des explications sont demandées sur sa fonction préventive. Il convient d’aborder par ailleurs la signification que revêt l’observance thérapeutique et les complications pouvant se produire sous TAR. La question de la contraception doit en outre être traitée avec les couples hétérosexuels. La recommandation CFS actuelle prévoit aussi qu’une personne séronégative vivant une relation stable sérodifférente puisse prendre une décision éclairée et personnelle concernant sa protection contre la transmission d’une infection à VIH. Si le client/la cliente vit une relation stable sérodifférente, le/la partenaire doit prendre part à la consultation lorsque les deux ont pour but de renoncer à l’emploi du préservatif lorsque la TAR s’avère efficace. Les personnes séropositives doivent être informées au sujet de la situation juridique concernant la transmission du VIH. Selon le droit actuel, la transmission potentielle du VIH en cas de relations sexuelles non protégées est en soi déjà punissable. Et cela indépendamment de la question de savoir si le partenaire/la partenaire VIH-négatif était au courant de la séropositivité de son partenaire ou était d’accord d’avoir des rapports non protégés. La CFPS demande à la jurisprudence et au législateur de changer cette situation peut satisfaisante. En 2006, le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral de l’intérieur de modifier la loi sur les épidémies. La consultation sur l’avantprojet de révision, qui a débuté en décembre 2007, va durer jusqu’à fin mars 2008. Cet avantprojet inclut une modification de l’art. 231 CP (propagation d’une maladie de l’homme dangereuse): une personne VIH-positive ne devrait pouvoir être condamnée au titre de l’art. 231 que si l’acte, ou la tentative d’acte, est fait avec la volonté délibérée de nuire. rk Maraviroc autorisé en Suisse Le premier médicament de la nouvelle classe des antagonistes CCR5 sera commercialisé en Suisse sous le nom de Celsentri® et disponible sur le marché suisse à partir de la mi-mars 2008. Ce médicament est indiqué pour le traitement de l’infection par le VIH-1 uniquement à tropisme CCR5, chez l’adulte prétraité par des antirétroviraux. Celsentri® s’utilise en association à d’autres médicaments antirétroviraux. Un test de tropisme VIH doit être réalisé avant le début du traitement au maraviroc pour exclure complètement la présence de virus CXCR4 ou dualtropes. Les coûts du test sont également prise en charge par la caisse maladie. Veuillez demander conseil à un spécialiste du VIH pour le dosage du maraviroc. L’administration de maraviroc aux patients n’ayant suivi aucune thérapie préalable est encore examinée. Swiss Aids News 1 | février 2008 7 SOCIÉTÉ | PRÉVENTION Bonne nouvelle pour de nombreuses personnes séropositives La nouvelle recommandation de la CFS constitue une très bonne nouvelle pour de nombreuses personnes vivant une relation sérodifférente stable. Elle leur permet en principe, sous certaines conditions, de vivre leur sexualité avec moins d’angoisse, même sans préservatif. Les services de consultation doivent expliquer avec clarté les conditions de validité de la nouvelle recommandation, et s’assurer à qui elle s’adresse. La nouvelle recommandation CFS permettant de renoncer à l’usage du préservatif lorsque la TAR suivie se révèle efficace possède un champ d’application clairement délimité. Elle s’adresse aux personnes séropositives de Suisse vivant en un partenariat stable et à leurs partenaires habituels. Le domaine de validité de la nouvelle recommandation peut se cerner au moyen de sept questions. Chacune de ces questions peut et doit faire l’objet d’un «oui» ou d’un «non» sans ambiguïté préalablement à la consultation correspondante. Le client/la cliente est-il séropositif? L’indication médicale est-elle donnée pour une thérapie antirétrovirale ou bien un traitement de ce type est-il déjà suivi? La thérapie est-elle déjà suivie depuis six mois au minimum? La charge virale se situait-elle en dessous du seuil de détection à chaque contrôle les six derniers mois? Peut-on exclure la présence d’autres maladies sexuellement transmissibles (MST)? Bonne nouvelle si la personne peut répondre cinq fois par l’affirmative: elle n’est plus infectieuse sexuellement, c‘est-à-dire qu’elle ne transmettra pas le virus sexuellement, avec ou sans préservatif. Toutefois, la nouvelle recommandation de la CFS sur le renoncement éventuel au préservatif lorsque la TAR s’avère efficace vaut exclusivement pour les personnes qui peuvent aussi répondre par l’affirmative aux questions suivantes: Vivez-vous une relation stable? Les deux partenaires sont-ils informés de tous les aspects de la recommandation et ontils pris ensemble la décision de renoncer au préservatif? Les couples sérodifférents pour lesquels ces sept conditions sont réunies pourraient 8 Swiss Aids News 1 | février 2008 en principe renoncer aux règles de safer sex après consultation médicale. Il est important pour tous les services de consultation de prêter une attention particulière aux aspects suivants dans l’application de la nouvelle recommandation CFS. Uniquement les couples stables sérodifférents Rien ne change dans la stratégie de prévention en Suisse. Toutes les personnes séronégatives doivent continuer de se protéger lors des rapports occasionnels ou à chaque nouvelle relation. Il est impossible d’attendre de relations nouvelles une affirmation fiable sur leur statut sérologique ou sur l’efficacité d’une TAR. Tout comme le statut sérologique ne se lit pas sur le visage, le statut ou le succès thérapeutique des personnes séropositives ne sont pas visibles. La TAR efficace peut uniquement permettre de renoncer aux règles de safer sex lorsque les deux partenaires sont intégralement et correctement informés, et peuvent donc se comporter en conséquence. Ces conditions sont réunies en présence d’une relation stable, car les partenaires peuvent s’appuyer sur une consultation commune et compter sur la franchise et la confiance de l’autre. La thérapie n’est pas une mesure préventive La thérapie antirétrovirale est complexe et onéreuse. Les personnes séropositives doivent la suivre une vie entière conformément à l’ordonnance médicale une fois qu’ils l’ont commencée. Les connaissances avérées sur ses effets à long terme sont à ce jour encore limitées. Le moment adéquat pour entamer le traitement résulte donc d’une appréciation médicale de la situation et du consentement éclairé du patient à commencer ce traitement. Un avancement du début de la thérapie n’est pas souhaitable pour des raisons de prévention (voir SAN 3/07, pp. 6-7), et la couverture de la caisse maladie ne serait pas assurée. Contrôles médicaux réguliers Le traitement efficace de l’infection à VIH exige beaucoup de toutes les parties concernées. La suppression durable de la reproduction virale dans l’organisme infecté présuppose d’une part un suivi clinique spécifique et régulier et, d’autre part, une stricte observance thérapeutique de la part des patients. Tout traitement contre l’infection à VIH n’est pas une TAR efficace, et même des TAR efficaces dans un premier temps peuvent, en l’absence d’une observance thérapeutique insuffisante par exemple, devenir inopérante. Seuls des contrôles médicaux réguliers permettent de l’établir et d’éviter ainsi une mise en danger du partenaire. Protection contre les autres MST D’autres affections des organes sexuels (MST) peuvent favoriser la transmission du VIH en dépit d’une TAR efficace. Les personnes suivant une TAR efficace ainsi que leurs partenaires doivent absolument se protéger contre les MST. En dehors de la relation stable, les règles de safer sex constituent la meilleure protection et préservent par ailleurs, au sein du couple héterosexuel ou bien en dehors, contre toute grossesse indésirable. Consentement éclairé au sein du couple Les deux partenaires doivent assister ensemble aux consultations pour couples sérodifférents ayant pour but d’informer sur la nouvelle recommandation CFS. En effet, la personne séropositive doit suivre le traitement, mais la personne séronégative assume aussi un risque éventuel, au cas où tout ne fonctionnerait pas comme prévu. La marge de manœuvre du partenaire séronégatif dépend fortement de l’observance thérapeutique et de l’information dont dispose le partenaire séropositif. A l’inverse, le partenaire séropositif dépend de la protection du partenaire contre les MST et de son information, en cas de rapports sexuels en dehors de la relation stable. Dans ce contexte, consentement éclairé ne signifie pas uniquement information individuelle sur la situation médicale, mais présuppose aussi la compréhension réciproque de la situation différente du partenaire. La consultation doit faire en sorte de prévenir un glissement imperceptible des responsabilités dans ce cadre relationnel. La consultation commune est par ailleurs nécessaire, car même si la personne séronégative accepte de renoncer au préservatif, son consentement ne met pas à l’abri d’éventuelles poursuites pénales en l’état de la législation actuelle. En outre, tous deux doivent se mettre d’accord sur les règles à observer lors de contacts d’ordre sexuel en dehors du couple. Et, pour finir, les deux doivent avoir confiance en l’action protectrice d’une TAR efficace. Toutes les personnes séropositives en Suisse ne suivent pas en même temps, et de loin, une TAR efficace, ni ne vivent une relation de couple stable. Les personnes séropositives sous TAR efficace qui ne vivent pas une relation de couple stable doivent savoir elles aussi qu’elles ne transmettront pas le virus. Pour elles, l’usage du préservatif lors de rapports sexuels occasionnels s’impose en raison de la protection nécessaire contre d’autres MST. Communication scrupuleuse La teneur de la recommandation CFS suscitera certainement l’intérêt d’autres groupes aussi. Sans commentaire, l’information sur l’effet protecteur d’une TAR efficace pourrait modifier le système d’incitation au sein d’autres groupes cibles importants pour la prévention de l’infection à VIH, en particulier celui des hommes entretenant des rapports sexuels avec différents autres hommes. Il est à prévoir que la question de l’information sur la thérapie soit posée à l’avenir dans les négociations sur les risques entre des partenaires occasionnels. Il faut mettre en garde les personnes séronégatives – aussi nettement au moins que pour le cas du serosorting (voir SAN 3/07, pp. 8-9) – au sujet du caractère non infectieux sous TAR efficace lors de contacts occasionnels. Si les sept questions formulées au début de l’article ne peuvent pas toutes faire l’objet d’une réponse affirmative, seules les règles de safer sex garantissent une protection suffisante. Il y a tout lieu d’attendre aussi des effets ambivalents parmi le grand public au sujet de la nouvelle recommandation. Il faut espérer que le message contribuera à atténuer les craintes irrationnelles de transmission du virus et à déstigmatiser l’infection à VIH. De la sorte, la modification du contexte juridique pénal Swiss Aids News 1 | février 2008 9 D R O I T | T R AVA I L actuel permettant des poursuites en justice pour transmission de l’infection à VIH serait favorisée. D’un autre côté, il n’est pas erroné de craindre que l’idée selon laquelle l’épidémie du VIH peut se maîtriser au moyen de TAR efficaces se propage. Des raisons morales peuvent s’opposer aux souhaits de «thérapies forcées». La transmission de l’infection à VIH peut être empêchée par chacun à tout moment avec de simples moyens. La responsabilité à cet égard doit donc se répartir symétriquement en principe: les personnes séronégatives sont tout aussi responsables de leur protection personnelle contre une infection que les personnes séropositives soucieuses du bien-être de leurs partenaires. D’un point de vue médical par ailleurs, seuls les traitements contre l’infection à VIH suivis volontairement sont efficaces, car ils demandent une grande observance thérapeutique. Ajoutons, dans une optique épidémiologique, qu’une partie significative des transmissions de l’infection à VIH provient de personnes ne connaissant pas leur statut sérologique et qui ne suivent pas (ne peuvent suivre) de traitement. Il appartient à l’ensemble du système de consultation en Suisse de veiller à ce que la communication sur ce thème soit correcte et inté- grale. De la sorte, la nouvelle recommandation CFS produira ses effets bénéfiques optimaux. Compte tenu de la grande responsabilité qui incombe au corps médical dans cette constellation, nous sommes d’avis qu’il ne faut pas trop surcharger la relation de médecin à patient et qu’il convient de ramifier l’offre de consultation. Les services de consultation hors clinique, tout spécialement les antennes régionales de l’ASS, ne peuvent qu’exposer et expliquer les conditions requises sous TAR efficace pour renoncer à l’emploi du préservatif au sein d’un couple stable. L’appréciation des cas individuels n’est possible qu’avec des connaissances médicales et demande les examens appropriés. La fonction des consultations hors clinique consiste à transmettre efficacement les messages appropriés à la clientèle, en incluant l’information sur la situation juridique et l’assistance du couple dans sa prise de décision éclairée. Les conseils circonstanciés des spécialistes de la médecine ou des affaires sociales peuvent aussi être dispensés en clinique de manière groupée, par exemple au service d’infectiologie de Saint-Gall. Lorsque ce cas ne se présente pas, la coordination de l’action entre les cabinets médicaux et les services régionaux de lutte contre l’infection à VIH est particulièrement souhaitable. rk/lm D R O I T | T R AVA I L Règlement sur le VIH/sida à la place de travail La propagation du VIH/sida concerne surtout les personnes adultes en âge de travailler. Grâce aux progrès de la médecine, les personnes VIH-positives peuvent généralement vivre et travailler normalement pendant de nombreuses années. En Suisse, elles sont près de 15 000 à travailler (soit 70% des personnes touchées), dont 70% à plein temps. L’intégration professionnelle est garante de sécurité financière, de reconnaissance sociale et de participation à la vie en société. C’est dire son importance cruciale pour la satisfaction et la santé de tout être humain. Pourtant, les personnes vivant avec le VIH/sida ont souvent un 10 Swiss Aids News 1 | février 2008 accès plus difficile à l’emploi et leur situation professionnelle est marquée par l’exclusion et l’isolement, même s’il n’existe pas en principe chez nous de restrictions professionnelles pour ces personnes. Nombreux sont les employés VIH-positifs qui taisent leur infection de peur de perdre leur emploi et/ou de subir des discriminations. Une peur qui n’est pas sans fondement, comme il ressort du travail du service de consultation juridique de l’Aide Suisse contre le Sida. En 2006 et 2007, environ 40% des demandes d’aide concernaient le VIH/sida et le droit du travail, plus spécialement la protection des données, les visites médicales et les absences, la discrimination et le mobbing, des problèmes avec les assurances de l’entreprise et les licenciements abusifs. Pour compléter le soutien individualisé offert par le service de consultation juridique dans le domaine VIH et emploi, l’Aide Suisse contre le Sida a lancé en 2003 un programme visant le maintien de la capacité de travail des personnes vivant avec le VIH/sida, sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique. Le but de ce programme est d’améliorer durablement une situation qui laisse encore beaucoup à désirer. Plusieurs projets individuels ont déjà été réalisés, comme les brochures «Le VIH et milieu professionnel – guide à l’usage des employeurs» et «VIH et emploi – guide à l’usage des travailleurs et des demandeurs d’emploi séropositifs», la Bourse aux emplois en ligne pour les employeurs et les demandeurs d’emploi/employés séropositifs, et «jobcoaching», le conseil d’orientation professionnelle gratuit pour les personnes vivant avec le VIH/sida. Dans une prochaine étape, il s’agit d’impliquer les employeurs dans la lutte contre les discriminations au travail en les incitant à thématiser le VIH/sida dans leur entreprise et à introduire un règlement correspondant. Le nombre d’entreprises qui connaissent un tel règlement est en augmentation constante aux Etats-Unis et en Europe. Mais en analysant les rapports annuels 2006 d’entreprises suisses et de groupes commerciaux établis en Suisse, il apparaît que rares sont les entreprises qui mentionnent explicitement le VIH/sida dans un règlement relatif à la place de travail. Preuve que les employeurs en Suisse ne sont pas encore suffisamment sensibilisés à cette thématique. Pour les aider à élaborer un tel règlement, l’Aide Suisse contre le Sida a rédigé un règlement modèle qui peut être adapté sans grand investissement aux réalités de chaque entreprise. Ce modèle fait partie intégrante de la brochure «Règlement sur le VIH/sida à la place de travail», éditée par l’Aide Suisse contre le Sida à l’occasion de la Journée mondiale du sida 2007. La brochure contient en outre des informations de fond sur les voies et les risques de contamination et sur la législation à considérer en rapport avec des employés VIH-positifs, ainsi qu’un guide avec des tuyaux concrets pour l’élaboration et la mise en œuvre d’un règlement sur le VIH/sida à la place de travail. Service de consultation juridique de l’Aide Suisse contre le Sida Nous répondons à des questions juridiques en relation directe avec une infection VIH dans les domaines suivants: Droit des assurances sociales Prestations complémentaires, assurance chômage, assurance maladie, assurance accidents, prévoyance professionnelle Droit de l’aide sociale Assurances privées Domaine surobligatoire dans la prévoyance professionnelle, assurance maladie complémentaire, assurance indemnités journa- Avec cette brochure, qui peut être téléchargée de notre site e, l’Aide Suisse contre le Sida veut faire du lobbying auprès d’employeurs de différentes (grandes) entreprises en Suisse et tenter de les convaincre de l’importance d’un règlement sur le VIH/sida à la place de travail. Plusieurs raisons plaident en faveur d’un tel règlement: hormis qu’il permet de combattre efficacement les discriminations et les violations de la protection des données, ce qui a un impact positif sur le climat de l’entreprise, il rapporte des points additionnels dans le reporting Global Reporting Initiative (GRI) r. Par ailleurs, les entreprises qui s’engagent à combattre la stigmatisation et les préjugés à l’égard des personnes vivant avec le VIH/sida ou atteintes d’une autre maladie chronique fournissent une contribution précieuse en termes d’économie publique et aident à la mise en œuvre de la 5e révision de l’AI, qui prévoit notamment des mesures visant le maintien et l’amélioration de la capacité de travail et de gain. Il reste beaucoup à faire – ne restons pas les bras croisés! Rita Bossart, ressort Advocacy, section Vivre avec le VIH, Aide Suisse contre le Sida lières pour maladie, assurance vie Droit du travail Droit en matière de protection des données Droit des patients Droit sur l’entrée et le séjour des étrangers Nous répondons à vos questions par téléphone ou par écrit et vous aidons à rédiger des demandes, des oppositions et des recours. Si nécessaire, nous vous mettons en contact avec des avocats qui ont toute notre confiance. Vos questions sont traitées de manière strictement confidentielle. Notre équipe est à votre service lundi: de 9 h à 12 h mardi: de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h jeudi: de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h Tél. 044 447 11 11, fax 044 447 11 12 [email protected], www.aids.ch Remarques e www.workpositive.ch r La GRI propose aux entreprises un cadre de référence pour le reporting en matière de développement durable. Utilisé par de nombreuses entreprises dans le monde entier, le reporting GRI porte sur les performances économiques, écologiques et sociales. Swiss Aids News 1 | février 2008 11 FORUM | PRÉVENTION Interviews détaillées avec des personnes séropositives Sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique, la Haute Ecole spécialisée du NordOuest suisse (FHNW) effectue une enquête qualitative auprès de personnes ayant récemment contracté l’infection à VIH pour mieux cerner les circonstances des infections se produisant à l’heure actuelle. L’enquête qualitative partielle réalisée dans le cadre de l’étude CH.A.T. a montré que les interviews individuelles avec des personnes récemment infectées fournissaient d’importantes informations pour la prévention de l’infection à VIH (cf. Swiss Aids News 2/2007). La section Sida de l’OFSP a maintenant chargé la Haute Ecole du Travail Sociale FHNW d’une étude subséquente. L’enquête «Interviews détaillées avec des personnes ayant récemment contracté l’infection (CHAT 2)» vise à établir comment les personnes en question expliquent leur infection, ainsi que les causes de leur comportement sexuel à risque. L’étude doit en outre permettre d’établir sur une période d’un an si des modifications de la situation et des circonstances sont liées aux infections nouvelles à VIH. La demande de participation à l’enquête est faite aux patients et aux patientes par les médecins peu après le constat, à un moment donc où l’assimilation psychologique du diagnostic revêt une priorité bien supérieure que la participation à une étude scientifique. L’équipe chargée du projet à la FHNW est tributaire des médecins se trouvant en contact direct avec les personnes affectées et qui sont à même de les inciter à participer à l’étude, en leur montrant, p. ex., la signification que revêt la mise à jour de la prévention contre l’infection à VIH. L’étude a déjà commencé. Le concept précis de l’étude est exposé sur le site internet de la FHNW. Pr Dr Daniel Gredig, directeur de l’étude CHAT 2, Haute Ecole spécialisée du Nord-Ouest suisse. www.fhnw.ch/sozialearbeit/iip/forschung-undentwicklung/laufende-projekte Grisélidis: travail de rue auprès des prostituées à Fribourg Depuis mars 2007, l’entreprise Grisélidis est présente sur les lieux de prostitution à Fribourg aux heures de travail typiques des prostituées. Un bus est présent rue Grand-Fontaine une fois par semaine. Les médiatrices et les professionnels de la santé présents dispensent des informations sur l’attitude face aux risques, ainsi que des informations sur la prévention de l’infection à VIH et des IST. Une permanence est ouverte deux aprèsmidi par semaine. Les femmes peuvent y parler en toute confiance de leurs problèmes spécifiques sous le couvert de l’anonymat, et elles ont plus de temps pour la consultation que dans la rue ou dans le bus. Un autre projet de Grisélidis a démarré en octobre 2007. Il s’agit d’une offre de seuil bas destinée aux toxicomanes proposée sur les lieux de thérapie substitutive. Une fois par mois, deux médiateurs/médiatrices y dispensent des conseils sur la réduction du risque, ainsi que la prévention de l’infection à VIH et 12 Swiss Aids News 1 | février 2008 des IST, de même que des conseils sur la santé psychique et sexuelle. Les activités de Grisélidis sont financées par le service de la santé du canton de Fribourg, par la Loterie Romande et par Infodrog (Coordination intervention suisse). Grisélidis prend part au programme APIS de l’Aide Suisse contre le Sida (prévention du VIH et des IST dans la prostitution). Le financement accordé permet de poursuivre les projets en 2008 aussi comme prévu. Le mandat de prestation conféré à Grisélidis vise à étendre aux salons du canton de Fribourg l’offre de conseils pour les prostituées. Cette démarche est prévue pour la deuxième moitié de l’année. Laurence Charrat Diop Directrice de Grisélidis Rue Guilliman 12, 1700 Fribourg 026 321 49 45, [email protected] INTERVIEW Recherche de partenaire en ligne et prévention de l’infection à VIH SAN: Luis, que fait exactement votre entreprise? Luis Pestana: nous diffusons un magazine imprimé gratuit pour la communauté gay et nous gérons quatre différents sites Internet partiellement liés entre eux. Le site original contient encore aujourd’hui ce qu’il propose depuis 1997: des informations sur les fêtes et les manifestations dans toute la Suisse. Mais nous avons continué d’élargir considérablement l’offre en permanence. En outre, nous avons intégré d’autres fournisseurs sur nos sites, notamment un volet santé très complet et une boutique de préservatifs en ligne. Quel est le lien avec les autres offres? Luis Pestana est en charge du magazine imprimé et du site Internet du portail gay le plus visité de Suisse gay.ch. Il a largement contribué à l’élaboration et au perfectionnement de l’offre. La plate-forme d’information enregistre aujourd’hui plus d’un million de visites par mois et le forum de discussion en ligne compte 120 000 profils d’utilisateur. Cette entreprise de quatre personnes collabore avec l’Aide Suisse contre le Sida dans l’application des mesures de prévention contre l’infection à VIH. De là, chacun peut accéder à nos rubriques et les offres sont coordonnées. Les rubriques les plus fréquentées sont les forums et les party pics. Au travers de la rubrique Lifestyle, nous essayons d’intéresser un nouveau cercle de lecteurs depuis 2007. Nous voulons une offre à même de fidéliser le plus de lecteurs possibles. C’est la condition pour intéresser les annonceurs et financer notre travail. Concernant la prévention, c’est le forum qui m’intéresse en particulier. Les forums sont principalement conçus pour les gays à la recherche de relations sexuelles. Mais il n’est pas interdit de faire seulement connaissance en ligne. De nombreux membres se connaissent depuis longtemps et se rencontrent régulièrement. Tout internaute de plus de 18 ans peut s’inscrire. Chacun se décrit, fait part de ses attentes et peut placer ses propres photos. Néanmoins il est interdit de s’identifier, au moyen d’un numéro de téléphone p ex.. Le téléchargement ou le visionnement de matériel pornographique est réservé aux abonnés payants. L’âge est contrôlé au moyen de la carte de crédit. Mais tous peuvent consulter les profils d’autres membres et contacter de manière anonyme ceux qui sont en ligne. Quels avantages ai-je à faire des connaissances ici plutôt que dans un club, à une fête ou ailleurs? C’est une combinaison de caractéristiques. Chacun sait de quoi il retourne et pourquoi il se trouve là. C’est comme au sauna. Mais ici, tu peux regarder les gens en toute tranquillité et lire leurs textes. Confortablement assis chez soi, chacun peut déjà se faire une idée assez précise de l’autre, avant d’entamer un dialogue. Toute question peut se régler de manière anonyme avant la première rencontre. Et le choix s’avère énorme. Beaucoup d’hommes présents sur le site ne fréquenteraient jamais les saunas ou les salles obscures et n’iraient pas voir de prostitué. Nous avons récemment interrogé nos utilisateurs sur le type de partenariat idéal: 30% ont déclaré vouloir rester indépendants et avoir autant de rapports sexuels que possible en toute liberté. Ils ne tiennent pas à revoir régulièrement les mêmes partenaires sexuels. Le safer sex est-il à l’ordre du jour lorsque je cherche un partenaire en ligne? Oui, c’est très important pour nous en tant que prestataire. D’une part, nous passons gratuitement les annonces de l’ASS sur le site. D’autre part, il existe une rubrique «safer sex» à remplir avec le profil de l’utilisateur. Quand quelqu’un s’intéresse à toi, il le voit automatiquement avec ton profil. Nous pouvons dire que 70% environ indiquent toujours Swiss Aids News 1 | février 2008 13 INTERVIEW «safer sex» dans leur profil. Par contre, 30% tout de même n’écrivent rien ou indiquent «jamais de safer sex». Dirais-tu que l’infection à VIH et les autres infections sexuellement transmissibles jouent un rôle important pour les utilisateurs? Je ne peux pas me prononcer, à l’exception des chiffres que je viens de mentionner. Quiconque cherche un partenaire sur le site veut se montrer aussi séduisant que possible. Cela peut vouloir dire beaucoup de choses, mais reconnaître que l’on a une maladie vénérienne n’en fait sûrement pas partie. Quand je regarde les profils des utilisateurs, je constate qu’à part les indications sur le profil, qui ne sont pas particulièrement exhaustives, je ne rencontre guère d’indications «safer sex». Et pas du tout quand je vais en chat. Il semble que la proximité croissante d’un nouveau partenaire éloigne toujours plus la prévention. Oui, mais il faut que tu saches que la prévention n’est pas notre activité principale. Notre travail consiste à offrir à nos membres des conditions idéales au possible pour établir des contacts. Les adultes doivent assumer personnellement la responsabilité de leur santé. Mais si je compare la situation en ligne avec celle des clubs réels, j’ai vraiment l’impression que ces derniers sont plus proches de la prévention. Des préservatifs sont disponibles devant chaque salle obscure, ainsi que peut-être une affiche et des brochures. C’est vrai. Mais comment faire de même en ligne? Sur Internet, tu ne cliques pas sur ce qui ne t’intéresse pas. C’est un problème que nous avons aussi avec la publicité. Ce genre d’offre est cliqué trois fois moins souvent qu’il y a quelques années. Les messages sur la prévention ne sont certainement guère plus intéressants que la publicité. S’agit-il d’obstacles fondamentaux qui iraient à l’encontre d’une pénétration moindre des mesures préventives sur la plate-forme en ligne pour la recherche de partenaires? A lire «Virus», Groupe Sida Genève, CHF 25.– A l’occasion du 20e anniversaire du Groupe Sida Genève, quelque 20 dessinateurs ont reçu carte blanche pour réaliser leur bande dessinée sur le thème du VIH/sida. Le résultat est un cocktail fascinant et divertissant d’humour, d’imagination et, aussi, de triste réalité. Commande à www.groupesida.ch, la recette de la vente est versée au GSG. «Pilules bleues», Frederik Peeters Dans sa bande dessinée autobiographique, Frederik Peeters décrit l’histoire de son amour pour Cati. Une relation marquée par l’infection à VIH de son amie et du fils de cette dernière âgé de 3 ans. Peeters ne dessine pas uniquement un tableau incisif de la vie de tous les jours avec l’infection. L’ouvrage captive par la souveraineté et la justesse avec lesquelles est exposé et réfléchi un univers complexe de sentiments. Disponible dans le librairies, www.frederikpeeters.free.fr 14 Swiss Aids News 1 | février 2008 Nous sommes très favorables aux idées sur la prévention et avons fait beaucoup avec diverses organisations. Sur Internet, il faut créer la surprise encore et toujours pour le visiteur. Ce n’est pas toujours facile ni pour la prévention ni pour nous. Est-il besoin de travailler encore plus sur la prévention dans cet environnement? Beaucoup trop de personnes ne sont guère conscientes des risques et en parlent trop peu souvent aussi. Ce serait assurément un avantage si l’on pouvait changer les choses. Nous voyons, comme je l’ai déjà évoqué, que de nombreux participants abonnés à nos forums viennent de milieux où la question des maladies vénériennes n’est jamais abordée. Surtout les hommes mariés ou les pères de famille et de nombreux hommes des régions rurales. Surtout les jeunes hommes. En comparaison des amateurs traditionnels et des anciens de ce milieu, ils sont généralement moins bien informés des règles de safer sex et n’ont pas l’habitude d’en parler. Plus de communication en ligne permettrait alors d’atteindre un plus grand nombre de personnes qui ne sont pas très au courant des risques et des règles de safer sex? Oui, mais il faut que cela soit bien conçu pour que les visiteurs s’y attardent. Dans le forum, il est question de relations sexuelles et il faut quelque chose de sexy pour retenir l’attention. Je pense qu’il faut une prévention active et qu’il faut aussi faire de la réclame sur ses propres activités. Nous le faisons aussi pour notre entreprise, sous la forme de publireportages, où ce genre de thèmes est mis au point de manière rédactionnelle. Le projet «Mission: Possible» en est un bon exemple. Alors continuons! Cher Luis, nous te remercions de cet intéressant entretien. COLONNE | TESSIN «Jodel latin» Ecrire du Tessin pour un public principalement germanophone, voire francophone, revient à jodler à Lugano dans l’intention d’être entendu de l’autre côté du Saint-Gothard. Au risque de jodler contre le vent, nous entonnerons en guise d’introduction un péan pour la politique suisse en matière de sida. Les Italiens qui naviguent sur le net suisse nous félicitent pour la «clarté» de nos messages sur les sujets abordant la sexualité. En comparaison des Italiens, nous autres communicateurs sexuels tessinois avons il est vrai l’avantage que la politique catholique (de «gauche» aussi) ne vient pas interférer dans notre discours. Par contre, les agences chargées de la prévention à Berne et à Zurich se penchent toujours volontiers sur nos particularités tessinoises. Cela donne parfois naissance à d’amusantes anecdotes. Un collaborateur de la campagne STOP SIDA 2003 nous avait demandé au téléphone où se trouvait le quartier des lanternes rouges au Tessin. Lanterne rouge: une fois ici, une fois là La personne en question voulait juste s’assurer que les affiches STOP SIDA soient placées au bon endroit pour la clientèle des prostituées («Sans capote, rien à sauter»), mais il ne nous a pas dit ça. Nous l’avons informé que les commerces de sexe étaient disséminés un peu partout au Tessin et qu’ils disparaissaient (pour émerger ailleurs) dès que les gardiens de la loi entreprenaient de les fermer. Ces commerces sont en effet principalement tenus par des «touristes» travaillant illégalement au Tessin. Tout comme c’est la cas pour la majeure partie de la prostitution au Tessin. Majeur et de la Maggia; hot spots très appréciés pour des gays d’ici et d’ailleurs où nos travailleurs du rue distribuent préservatifs et informations. Cette fragmentation fait du Tessin une réalité semi-urbaine qui ne se perçoit guère comme une unité. Ni urbain ni rural, le canton est obligé de se créer ses espaces de liberté pour se forger une identité et une politique partant des dialectiques des petits groupes de pression locaux. Un tel terreau nourrit fréquemment l’illusion répandue ici de vivre en autarcie dans un univers en soi. On oublie à cet égard que nous sommes Suisses par l’histoire et la politique, mais Italiens par la culture, et Européens par l’économie. C’est justement de ce jeu paradoxal des appartenances multiples que les Tessinois tirent l’expérience dont peut profiter la politique de solidarité et d’information dans le domaine pluriculturel de l’infection à VIH et du sida. Vittorio Degli Antoni Directeur de l’Aide Suisse Tessin [email protected] L’ensemble du canton fut donc décoré de slogans sur la prévention destinés en fait aux clients des prostituées. Comment ne pas avoir l’impression que tout le Tessin était un quartier chaud: «Les vrais hommes portent une capote.» Nous nous sommes bien amusés en 2003, même s’il n’était pas toujours très facile de défendre la campagne STOP SIDA. Malgré tout, même pour les tenants notoires du non à répétition, pour les catholiques les plus rigides et pour les conservateurs contemporains, cette campagne aussi représentait une occasion à ne pas manquer. Fédéralisme miniature Comme si les défis (tout comme les avantages) du fédéralisme suisse ne suffisaient pas, le canton du Tessin cultive aussi ses propres particularités «fédérales». Les petites villes – Lugano, Mendrisio, Chiasso, Bellinzona et Locarno – ne sont pas étroitement liées. Par exemple Locarno: plutôt à l’écart et loin de l’axe autoroutier nord-sud (sur les restauroutes duquel les HSH locaux et de passage tiennent leurs rencontres informelles); connu uniquement pour le Festival du film et les très intimistes places sur les rives du lac Swiss Aids News 1 | février 2008 15 PROJETS Campagne «Mission: Possible» Le concept de la campagne «Mission: Possible» a été exposé dans le Swiss Aids News 6/2007. La mise en œuvre est maintenant à l’ordre du jour. Pendant trois mois, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) doivent appliquer systématiquement les règles de safer sex, c’est-à-dire en février, en mars et en avril 2008. Un des buts de la campagne consiste à convaincre la communauté des gays de participer à une action coordonnée. Durant la période d’un infection primaire VIH, la charge virale augmente rapidement. La forte prévalence dans ce groupe a donc pour conséquence qu’un nombre considérable de HSH sont très contagieux. Un deuxième but est qu’aucun HSH ne présente plus de risque infectieux élevé. La campagne est basée sur des informations concernant les données de l’infection, le test, et les accords dans les partenariats stables concernant les relations sexuelles hors du couple (Negotiated Safety). La campagne est coordonnée à l’échelon national par l’Aide Suisse contre le Sida. Elle bénéficie du soutien et de l’accompagnement de divers acteurs des milieux gays. Pour éveiller la plus grande attention possible, la campagne fait l’objet d’une présentation conceptuelle unique évocatrice (la couleur jaune) et se distingue de l’esthétique mainstream véhiculée par les médias gays. Le ton positif doit favoriser le sentiment d’appartenance. La campagne s’articule autour du site www.missionp.ch. Des bannières seront placées sur d’autres sites HSH. La campagne sera émaillée d’affiches, de flyers, d’annonces, de brochures et de SMS. D’autres petits articles d’agrément sont prévus, tels que des sucettes, des préservatifs, des bâtonnets à boire, des autocollants, etc. Après la phase de campagne active, à partir de mai 2008 donc, l’idée du test avec consultation VCT (Voluntary Councelling and Testing) sera propagée. La campagne se poursuivra sur la même ligne, mais cette fois avec pour slogan: «Maintenant, je veux savoir!». Des bons gratuits pour un test seront distribués et le public cible sera informé des stratégies de protection. Car la «protection contre le VIH» restera un thème des milieux gays au terme de la campagne aussi. Index des antennes régionales de l’Aide Suisse contre le Sida, www.aids.ch/f/hivpositive Suisse romande & Ticino Aids-Hilfe Graubünden, Chur, 081 252 49 00, www.aidshilfe-gr.ch Empreinte Fribourg, Fribourg, 026 424 24 84, www.tremplin.ch Fachstelle für Sexualfragen und HIV-Prävention Liechtenstein, Schaan, 00423 232 05 20, www.fa6.li Dialogai Genève, Genève, 022 906 40 40, www.dialogai.org Groupe sida Genève, Genève, 022 700 15 00, www.groupesida.ch Groupe Sida Jura, Delémont, 032 423 23 43, www.gsj.ch Groupe Sida Neuchâtel, Peseux, 032 737 73 37, www.info-sida.ch Aiuto Aids Ticino, Lugano, 091 923 80 40, [email protected] Antenne Sida Valais romand, Sion, 027 329 04 23, www.antennesida.ch Point Fixe Vaud, Lausanne, 021 320 40 60, www.pointfixesida.ch Aids-Hilfe Luzern, Luzern, 041 410 69 60, www.aidsluzern.net Aids-Hilfe Oberwallis, Visp, 027 946 46 68, www.aidsvs.ch Fachstelle für Aids- und Sexualfragen St. Gallen/Appenzell, St. Gallen, 071 223 68 08, www.hivnet.ch Aids-Hilfe Thurgau, Frauenfeld, 052 722 30 33, www.aidshilfe.ch Aids-Hilfe Schaffhausen, Schaffhausen, 052 625 93 38, www.aidshilfe.ch Aids-Hilfe Zug, Zug, 041 710 48 65, www.zug.ch/aidshilfe Suisse allemande & Liechtenstein Aids-Infostelle Winterthur, Winterthur, 052 212 81 41, www.aidsinfo.ch Aids-Hilfe Aargau, Aarau, 062 824 44 50, www.aidshilfeaargau.ch Gesundheit Schwyz, Goldau, 041 859 17 27, www.spd.ch Aids-Hilfe beider Basel, Basel, 061 685 25 00, www.ahbb.ch Zürcher Aids-Hilfe, Zürich, 044 455 59 00, www.zah.ch Aids-Hilfe Bern, Bern, 031 390 36 36, www.ahbe.ch 16 Swiss Aids News 1 | février 2008